Full text of "Romania"
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Romania
Société des amis
de la Romania
146
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ROMANIA
RECUEIL TRIMESTRIEL
CONSACRÉ A l'ÉTUDK
DES LANGUES KT DES LITTÉRATURES ROMANES
PUBLIÉ PAR
Paul MEYER et Gaston PARIS
Pur remenbrer des ancessurs
Les diz e les faiz c les murs.
Wace.
i8< ANNÉE. — 1889
PARIS
F. VIEWEG, LIBRAIRE-ÉDITEUR
K. BOUILLON KT E. VIEWEG
successeurs
67, RUK DE RICHELIEU
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A.Y
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LELAND STANFORD do. , ;ïER8ITY.
NOV 5 1900
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CONTRIBUTI ALLA STORIA
DELL' EPOPEA E DEL ROMANZO MEDIEVALE 1
vn.
L'ONOMASTICA ITALIANA E L'EPOPEA CAROLINGIA.
L'adozione venutaci ad apparire cosi singolarmente précoce al
di qua délie Alpi per taluno fra i nomi cavallereschi del ciclo
brettone, trova in parte la spiegazione sua in un fatto analogo
ch' ebbe a precedere. Quando s'incominciô a battezzar dei
figlioli « Artù » e « Galvano », già s'era awezzi ai « Rolandi »,
ai « Rinaldi », agli « Uggeri », ai « Miloni », aile « Berte »,
ossia ail' onomastica delP epopea carolingia.
Awezzi, per un procedimento naturale affatto, dove in origine
l'intenzione non era entrata per nulla. Sgorgando dalla vita stessa
e pretendendosi riflesso délia realtà anche più assai che non fosse,
Tepopea franca non poteva non esser popolata di gente chiamata
in gran parte non altrimenti che gli uomini e le donne del
tempo. Moltissimi tra quei nomi, quando pure non fossero già
passati in Italia, ebbero a passarci allorchè le conquiste di Pipino
e di Carlo seminarono di Franchi la penisola. E s'intende che
non rimasero semplicemente tra coloro che appartenevan per
sangue a cotale schiatta : essi vennero a propagarsi tutto ail'
intorno, allo stesso modo e per le cause stesse, sebbene non nel
grado medesimo, corn' era seguito antecedentemente fra le popo-
lazioni romane dei territorii gallici.
Divulgatisi i canti, le convenienze tra Tonomastica reale e
quella délia poesia dovettero qui da noi essere awertite ben più
i. Remania, XVII, 355.
Xomania, XVIII. I
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2 P. RAJNA
che non avvenisse oltralpe, ed essere valutate in maniera diversa.
Gli è che da un lato quei nomi, per quanto divulgati, erano pur
serapre assai meno usuali; dalP altro, quei canti, invece di costi-
tuire un tutto indissolubile, e perô indiscernibile, colla vita di
coloro che li venivano ascoltando, erano e rimanevano qual-
cosa di straniero, che per secoli continué anche a recitarsi in
un linguaggio più o meno esotico. Perô le menti dovevano qui
esser tratte a chiedersi oscuramente un perché délia rispondenza
che sopra si diceva; e, mal sapendo figurarsi, in tanta assenza
di criteri storici, che siffatti nomi gli eroi li dovessero in origine
agli uomini volgari, avevano a immaginare che gli uomini li
avesser presi dagli eroi. O non s'era forse condotti a pensare
cosi anche solo dalPapparente analogia con quel che seguiva
rispetto ai santi ed ai martiri, ai quali, sebbene in misura incom-
parabilmente minore di adesso, dei nomi, dalla popolazione
indigena soprattutto, si chiedevan bene anche allora?
Data una condizione siffatta degli spiriti, era naturale che
dair epopea si venissero a trasportar nella vita anche nomi che
i poeti avevano fabbricato essi medesimi oppure contorto; o
che, sbalestrati dalla poesia lontano dalle loro terre native,
vivevano nel paese unicamente dentro ai racconti. Buon per
noi : giacchè soltanto da queste labbra ci è dato di raccogliere
testimonianze veramente esplicite.
Di qui si vede quanto siano diverse le condizioni del ciclo
brettone e dei cicli francesi : per quello pressochè tutti i nomi
posson valere; per questi invece solo una piccola parte. E non
è neppur sempre facile il decidere, se un nome valga, oppur no.
Per sincerarsi, a due mezzi particolarmente mi par da ricorrere :
Puno cronologico, l'altro geografico. Non potranno ritenersi
d'introduzione epica i nomi che continuino ad apparirci per
quanto si risalga addietro, tanto da raggiungere o da accostarsi
di molto al periodo délie immissioni copiose di sangue franco.
E unicamente con riserve, o in condizioni specialissime, s'avrà il
diritto di giudicar tali quelli che ci siano offerti dai territori
francesi al modo medesimo corne dalP Italia.
L'applicazione di questi criteri porta subito ail' eliminazione
ben dolorosa dei nomi su cui soprattutto si sarebbe desiderato
di poter fare assegnamento, perché son quelli dei personaggi
epici che dovettero esercitare sulle menti un' azione più viva.
Nulla ci provano i Carli, i Rolandi od Orlandi, i Buovi, i
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CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL* EPOPEA 3
Rinaldi, gli Uggeri. E insieme è a far gitto d'una moltitudine di
altri nomi maggiori e minori. Aida, Amerigo, Amico, Amone,
Angelieri, Anselmo, Arnaldo, Astolfo, Baldovino, Beltramo,
Berlinghieri, Berta, Borello, Bosone, Dodone, Gherardo,
Gisberto, Guerino, Guglielmo, Guicciardo, Ivo od Ivone,
Milone, Morando, Pipino, Rinoardo, Sinibaldo, Ugo, e non so
quanti e quanti altri, riescono arnesi inservibili. Insomma, da
un' apparenza di stragrande ricchezza, ci s'ha da rassegnare a
vederci ridotti a una relativa povertà.
E i primi passi che ci accade di muovere son passi incerti, o
anche proprio ci conducon colà, donde la prudenza vuole che ci
si ritragga. Alletta a prima giunta un « Alimundus » spettante al
territorio astigiano, ch* era già morto nel 1025 1 : alletta, perché
PEaumont, Almonte, cuî esso fa pensare, è Féroé supremamente
cavalleresco di un' azione che si svolge in Italia ; ma posto pure
che i nomi siano da identificare — cosa molto dubbia 2 —
l'origine germanica di Almonte^ , e Poccorrere che fa anche più
addietro quello che a me pare il suo etimo*, riducono a cosi
scarsa misura la probabilità delF origine epica, da far si che
l'esempio sia da citare soltanto per dar saggio délie seduzioni
contro cui s'ha da star bene in guardia.
1. « Ego Tebaldus filius quondam alimundi » : Mon. Hist. Pat. t C/wr/., I,
446. Poichè citando questa raccolta sarà quasi sempre ai volumi délie carte
che intenderô di riferirmi, terrô quind' innanzi per sottintesa 1'indicazione,
contentandomi anche délia sigla M. H. P.
2. Fomentano i dubbi in proposito, col dar prova che in AUmondo non si
possa trattare alla leggiera quelT 1, e il casato Alimonda, e gli Arimondi che
accade d'incontrar poi. Uno notevole perché astigiano ancor esso, mi vien
sotto gli occhi nel Codice cosiddetto de Malabayla, edito dal Sella (n. 9$).
Un altro mi si offre, riverberatomi da un figlio, in tre carte del Cod. dipl. Pad.
dalT anno 1101 alla Pace di Costanqi, n. 1306, 1433, *458. E qui, rannodan-
dorai alla nota che précède, profitterô dell* occasione per awertire che con
un semplice Cod. dipl. Pad, vorrô sempre riferirmi a questa tra le due raccolte
del Gloria, mentre aggiungerô una specificazione nei pochi casi in cui sia da
citare il Codice dal secolo seslo a tutto Yundecimo.
3. Orig. del? Ep.jr., p. 263, n. 4.
4. lb. Un a Agelmundus » era giudice a Pavia nel 991 (Vignati, Cod. dipl.
Latd., I, 33 sgg.). Segnerô anche a Martinus filio Petrus qui vocatur de
Agimundo », testimonio in una carta coraacchiese del 956 (Mittarelli,
Ann. Camald.y I, App., 61).
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P. RAJNA
Pur circondandomi di amplissime riserve, potrô lasciarmi
attrarre qualche pochino più da Viviano, occorsomi fino dal
1030 x , e che incontro poi al 1085 2 , al 11043, al 11094, al 11 10 5,
ecc. ecc. Sono indizi in favor suo l'apparizione, per quel tanto
che mi risulta finora, non precocissima tra noi, e l'assenza dalle
più fra le raccolte di carte francesi a cui son ricorso per con-
fronti 6 : indizi, beninteso, d'un valore assai relativo. Il primo
riceve nondimeno un' evidenza di cui è da tener conto dalla
considerazione délie carte che si conoscono del territorio di
Padova , le quali , mentre forniscono esempi in numéro stra-
bocchevole una volta che s'è messo il piede nel secolo xn,
non ne danno invece, per quel ch' io veda, nessuno lungo
l'antécédente, dentro ad un numéro di pergamene minore di
gran lunga, ma pur sempre assai considerevole7.
Avrô io a ricordare un Ganellone che sta sotto la data del
1040 8 ? Ancorchè in certo quai modo mi ripugni, m'indurrô
1. M. H. P., I, 489.
2. Nel documente) originario di copiosissime donazioni fatte alla chiesa e
al monastero di S. Pietro a Villanova « in comitatu Tarvisino », che si con-
serva ail' Archivio dei Frari, e che dovrà ancora citarsi più di una volta. Porta
la data del 29 aprile. Un Viviano ci apparisce corne tenitore di una
masseria a in villa que dicitur sancti Zenonis ».
3. Muratori, Ant. It. M. Ae.,lll y 1106.
4. Spoglio Cecchetti (V. Rom. y XVII, 162, n. 6), sotto « Falier ».
5. Arch. di St. di Firenze, Provenienza « Passignano ». L'atto è rogato
in Barberino.
6. Queste raccolte sono state i Cartulaires dei monasteri di Saint-Père de
Chartres, Saint- Victor de Marseille, Beaulieu, Savigny, Ainay, tutti compresi
nella Coll. de doc. inéd. sur î'hist. de France. Viviani non s'hanno che nel
primo : ivi bensl in numéro piuttosto considère vole.
7. Non dico ciô solo dietro l'esame dell' Indice, dichiaratamente incom-
pleto, di cui s'ha a contentare la prima délie due raccolte del Gloria. Ho pur
scorso le carte : il che non vale tuttavia ad assicurarmi che qualche esempio
non mi possa esser sfuggito. Ma resterà perlomeno indubitabile una rarità ben
grande.
8. « Signum manibus uuanelloni » in un documento di Sangano presso
Torino : M. H. P., II, 134. Avrebbe qui mai il nome del luogo, con quella sua
apparenza d'essere un San Gano, dato una spinta qualsiasi? — Un Gano affatto
illusorio è quello che parrebbe di trovare siccome padre nel 1040 stesso , al
CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL* EPOPEA S
comunque a rammentarlo, avuto riguardo alla molta rarità cosi
in Italia corne fuori l . Che se un nome siffatto, in quanto appar-
tiene ail' epopea, suona non meno infâme che famoso, s'ha da
tener conto che in Gano noi ci troviamo dinanzi una figura tutt'
altro che priva in origine e per un pezzo di parti nobili 2 , e che
d'altronde nel Medio Evo, di nomi, e non di soprannomi sol-
tanto, da cui parrebbe si dovesse rifuggire, c'è una singolare
abbondanza. Gli è cosi — senza uscire dal nostro dominio —
che proseguendo potrem vedere adottati pur quelli di saracini
non adorni nient* affatto délie attrattive di Almonte 3 ; e gli è cosi
piede di una carta di Arquà, pubblicata dal Mittarelii, op. cit. y II, App., 85-87, e
riprodotta dal Gloria, Cod. dipL Pad. dal sec. sesto, n. 140 : « Signum manum
Martinum de Gano ». Neppur l'ombra d'un dubbio che non sia da legger
« degano », ossia « decano », corne il Gloria sospetta. E « degani » vorrà ben
leggersi anche in un documento lodigiano del 1149, dove la stampa del
Vîgnati, Cod. dipl. Laud., I, 169, ha a Lanfrancus de Gani ».
1. I soliti Cartulaires non mi somministrano che due esempi schietti,
cntrambi, par bene, anteriori al mille, nella raccolta del monastero di Chartres
(p. 42 e 60). Quanto ad un « Ganone » in quella marsigliese (n. 765), non
è certo che sia nome di persona.
2. Notevole che questa sua nobilta riesca a manifestarsi anche fuori délia
Ch. de Rol. t ossia in ambienti dov' è un' inipressione complessiva, e quindi
pericolosissima per lui, quella che noi ci s'ha da aspettare. Si guardi al
Fierabras. Ivi (v. 4974 sgg.) Aloris propone a Gano di abbandonar Carlo in
un gravissimo pericolo :
Or porrons avoir France a no commandement ;
Vos pères sera rois. ....
Gano nsponde come potrebbe rispondere il barone più leale :
Ne plaice Dieu, dist Guenes, le pere onipotent,
Que ja vers mon signeur faice traïtrement....
Mils aim avoir le teste et les menbres caupés
Que mon pooir ne face ; ja n'en serai blâmés.
E tuttavia l'eco di Roncisvalle puô tanto qui pure, che Gano è stato chia-
mato poco prima « li traites » (v. 4871); e da lui s'è avuto più addietro un
consiglio, prudente se si vuole, ma tutt' altro che generoso (v. 4415 sgg.).
3. Se da un mondo remoto e fantastico riporteremo gli sguardi ad uno
prossimo e reale, non meno degli Almonti intenderemo subito i tanti Saladini,
copiosi specialmente in territorio ravennate, ed anche i più rari Norattdini
(cfr. Li Fonti delV Orl. Fur. y p. 242) ; ma riusciranno invece singolari a prima
giunta i Solimant\ i Soldant, i Corborani. Cogli esempi si va molto addietro.
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P. RAJNA
che si poteva appunto chiamarsi e Saraceno, e Pagano, e Turco,
e che altro so io 1 . Perfino dei Caifa e dei Caini accade
d'incontrare 2 ! E un argomento quasi inoppugnabile per dover
Un Solimano da Corte — tra Padova e Chioggia — ci si fa innanzi nel 1 123
(Cod. dipl. Pad. y n. 143), ed era già mono ai 23 di novembre dei 1129
(n. 194) : probabilmente da qualche mese soltanto (V. i testimoni dei
n. 188). Un Soldano trovo in una pergamena delP aprile 11 33, appartenente
alla série assai copiosa che TArchivio di Stato di Milano ha raccolto dal
Monastero délia Madonna dei Monte sopra Varese. Un Corborano da Mola
rai si présenta col suopadre Amizone in un atto lodigiano dei 1 146 (Vignati,
op. cit. y I, 148) ; e un altro a Corbolanus » — per un nome siffatto un secondo
esempio non riesce superfluo, specialmente se ce lo foraisce una regione
di versa — incontreremo in territorio di Padova sei anni appresso (Cod. dipl.
Pad., n. 563). — O in che modo vorrà immaginarsi che una merce siffatta
fosse importata fra noi? — Per Soldano e Solimano non mi prenderô Tarbitrio
di pensare ad altro che ad un 1 importazione diretta dalT oriente; ma per
Corborano non so rattenermi dal mettere avanti l'ipotesi che sia forse in giuoco
quello stesso fattore di cui andiamo indagando altri efFetti ; ossia, che l'intro-
duzione si deva ai poemi francesi e provenzali intorno alla prima crociata,
dove il personaggio che cosl si chiama occupava un gran posto.
1. Non si puô credere quanto i Saraceni e i Pagani occorrano numerosi.
Entrambi i nomi trovo p. es. in una stessa carta dei 1066 (Mittarelu, op.
cit. y II, App., 208) e in una dei 1079 2 77)> e un ' dei 1132 mi
dà fra i testimonii un Pagano, un Paganello, e due figlioli di uno o due
diversi Pagani, più, in ufficio di giudice, un Saraceno (I<i., III, App. 339).
Tutte e tre queste carte spettano ad Arezzo o al suo territorio : è rogato
invece in Val dTra un documento dei 1102, con un Pagano che ha un
Saraceno per padre (ib. y 172). Meno copiosi, ma pur sempre non rari nient*
affatto, sono i Turchi : rispetto al quai nome rammenterô Taneddoto di Turco
de' Turcoli e Paolo II, narrato dal Cardinal Jacopo da Pavia e riferito dallo
Zeno nelle note al Fontanini (Bibl. ddV Eloq. //., ed. dei 1753, II, 196). Col
tempo s' era cominciato, si vede, a diventare alquanto meticolosi. Dei vescovi
Pagani se ne possono nei secoli antecedenti raccogliere a dozzine.
2. « Caiphas », Cod. dipl. Pad., n. 1 197 (a. 117s); « Dominicus Caino »
e « Maria de Caino », ib., n. 584 e 1004 (a. 11 53 e 1170). Si trattasse pur
anche, quanto a Caino, di un soprannome, esso avrebbe sempre valore per
noi, una volta che, buono o mal grado, si vede accettato. Strano non meno,
quanto ail' apparenza, ma in altra maniera, un Macone in una pergamena
dei 31 gennaio 1128 air Archivio di Stato di Lucca; strano s'intende, se il
Macone è ciô che la mente corre subito a supporlo, e non qualcosa di affatto
diverse.
CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL* EPOPEA 7
ammettere che la derivazione epica non sia nemmeno nel
caso nostro da csdudere corne impossibile, s'ha nell* incontro
di Gani anche nei secoli successivi, quando sul capo del tradi-
tore di Roncisvalle gravava indubbiamente Todio di tutti. Un
« Ganelus de Vazola » è nel testamento trevigiano del 1 138
cosl ricco di Artù 1 ; un « Gano Bonavita » — curioso e forse
intenzionale l'accoppiamento — viveva a Fermo sul declinare del
secolo xiii 2 .
Tronco per ora di proposito la série dei tentennamenti,
omettendo cose meritevoli certo quanto a sè di discussione, ma
che qui ci ritarderebbero di troppo per venire senz' altro a
una relativa sicurezza. Almeno questa sicurezza per conto mio
me lasento quando m' imbatto negli Olivieri. Se n'abbiano pure
anche nella regione gallica : Petimologia comincia dal farmi
capire che il nome dovrà essere indigeno dei territori meri-
dionali 4. Se poi rifletto che verso la regione degli ulivi
ci trasporta anche la patria leggendaria del fido compagno
d'Orlando, se considero che non lungi da Vienna mi s'affaccia
l'esempio più antico fornitomi dalle mie solite raccolte*, se
osservo che in générale anche gli Olivieri transalpini non son
punto solleciti ad apparire e che si mantengon poi scarsi pur nel
1. Rom., XVII, 166.
2. Tabarrini, Regesta Firmana, nel volume intitolato Cronacht délia Çittà
di Fermo, 4° dei Docum. di St. liai, pubbl. a cura délia R. Députa^, di St. Pat.
per le Prov. di Tosc. ecc., Firenze, 1870, p. 492.
3. A una discussione c'inviterebbe Amelio, contro il quale non s'hanno
quelle chiare ragioni d'ostracismo che colpiscono il suo fido Amico. Sennon-
chè il problema è intricato in maniera, da non potersi contentare di quelP
esposizione succinta che la dubbiezza dei risultati avrebbe qui ad imporre.
4. Nulla si muta alla cosa perché il nome, s'io vedo bene, non vada iden-
tificato con quello delF albero, bensl piuttosto colla designazione di un
mestiere o di un attributo o qualità personale qualsivoglia, che si riferisca
ad esso od al suo frutto : venditore di olive, fornitore di rami d'ulivo per
gli usi del culto , portatore d'un ramo siffatto (cfir. palmiere) con significato
simbolico, o che altro si voglia.
5 . È un « S[ignum] Oliverii » in un documento del Cartulaire di Savigny,
mancante di data précisa, ma da collocarsi intorno ail' anno mille (n. 388).
Ed oltre a questo primo esempio trovo qui anche il secondo di valore sicuro,
in un atto del 1087 (n. 825, « Ego Oliverius », « S. Oliverii »).
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8 P. RAJNA
secolo xn 1 , non posso trattenermi dal pensare che la propaga-
zione sia nella Francia stessa dovuta, almeno in grandissima
parte, a colui, dal quale il nome ripete tutto il suo splendore.
Ma quand* anche non volessi pensar ciô per la Francia, lo
dovrei sempre pensar per l'Italia, dove le tendenze a prender
nomi dal mondo poetico sono indiscutibili, e dove solo il deu-
teragonista di Roncisvalle è atto a spiegarci, in che modo gli
Olivieri, assenti fin tardi, abbondino tanto nel periodo in cui
sappiamo ben nota e lagrimata « la dolorosa rotta 2 ». E ci son
casi che non ci lasciano assolutamente dubbiosi sul signihcato.
O dubiteremo noi quando ci s'incontrerà in Olivieri che abbian
messo nome Orlando a un figliolo * ? Oppure quando, in una
pergamena del marzo 1 145, vedremo chiamarsi Rolando ed
Oliviero due fratelli 4 ? Ma una volta che ci dobbiam render
1. Beaulieu dà un esempio da mettersi fra il 1097 e il 1107 (n. 120, « S.
Bernardi Olivarii capellani Sancti Primi »), ed uno da collocare fra il 11 90 e
il 1 197 (n. 192, « Oliverius del Bosc »); Saint Victor uno del 1 143 (n. 971,
« W. Oliverius »), oltre ad uno poi del 1235 (n. 993, « Olivarius clericus »);
Saint-Père non fornisce nulla. Da avvertire che Teserapio più antico di Beau-
lieu potrebbe prendersi anche quai nome del padre, in maniera da doversi
riportare indietro d'una generazione.
2. Di questa frequenza potrà riuscire dimostrazione quanto mai spiccia ed
efficace un' occhiau alP Indice del t. II Ch. dei Ai. H. P., dove non so se la
schiera degli Olivieri non voglia forse ingrossarsi anche con una parte di
quelli che ci son dati come Alinerii. Da vedere segnatamente sotto « Ianuenses
vel Ianuae degentes » quanti Olivieri contemporanei ci offra una sola città.
3. Il caso mi si présenta nella copia di una carta lucchese del 1 181 , eseguita
da un « Orlandus Oliverij Judex et Notarius Domni Régis Federici » (Memorie
e Documenti per servire alT Istoria del Ducato di Lucca, t. IV, p e 2 a , App.,
p. 145). Re Federico non puô essere che Federico II prima del novembre 1 220.
L'esempio, come si vede, è relativamente tardo ; e mi rassegno a citarlo solo
provvisoriamente, fino a che non ne abbia uno migliore da sostituire. Chè, se
l'Oliviero che qui ci si affaccia, per sè stesso risale abbastanza addietro,
bisogna osservare che il senso cavalleresco del nome suo riesce dimostrato
solo dal momento del battesimo di Orlando. Niente difficile che al pari del
nipote si chiamasse Orlando anche il nonno, ossia il padre dell' Oliviero
nostro ; ma chi potrebbe asserirlo ?
4. La pergamena è ail' Archivio di Stato di Milano, e proviene dal mona-
stero pavese di S. Pietro in Ciel d'Oro. Accanto a Rolando ed Oliviero
s'hanno altri fratelli; ma i nostri due vengon di seguito, e nel testo (« rolan-
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CONTRIBUT1 ALLA STORIA DELL* EPOPEA
conto in questa maniera degli Olivieri di adesso, vorrà bene la
logica — ripeto suppergiù un' argomentazione cui m'accadde di
ricorrere anche a proposito délia Tavola Rotonda 1 — che ci si
renda conto cosi anche di quelli che ci si mostran più addietro,
considerato che non trovano allacciamenti nel passato più
remoto. Per tal modo, attraverso ad una série che va natural-
mente diradandosi mano mano che si risale 2 , ma colla quale ci
si spinge anche proprio nel cuore délia penisola*, si arriverà
dum et olliverura ») e tra le sottoscrizioni (« Signa Manuum rolandi et
oliverii »), dando ragion di pensare che le loro nascite fosser contigue e si
seguissero in quest' ordine, e mettendo ad ogni modo in evidenza rintenzione
del chiamarsi cosi. E i due riflettono un raggio epico-cavalleresco anche sopra
un altro fratello Beltramo, che tien dietro immediatamente. Circostanza poi
da notare per il giudizio sulla loro età presumibile , e quindi sul tempo cui
s'abbia da risalire, si è che, se dal posto essi paiono avère tre fratelli maggiori
ed il padre è vivo sempre, entrambi, e con loro anche Beltramo, sono
aramogliati.
1. Rom., XVII, 169.
2. A costituire una bella série, basta già da solo il Cod. Pad.,d\ cui non cito
se non gli esempi anteriori al 1 1 50. — 1 148, « Olivero », forse « de Alcarda »
(« Aicarda »?),in Monselice (n. 503). 1147, « Oli venus gastaldio », ed « Oli-
vero » senz* altra specificazione, tra i Padovani che giuran la pace con Vicenza
(n. 1541)* H44, « Uliverius molendinarius » (n. 423). 11 38, « Oliverius
subdiaconus qui et Pilosianus dicitur » (n. 355). 11 37, « Oliverius de Sancto
Angelo » (n. 315). 1 1 33 , « Olivero filius Obizo da Burzigana » (n. 243).
11 26, « Uliverius » e nulla più, suscettibile forse di identifkazione con
qualcuno dei compagni (n. 169). 11 17, « Oliverium qui fuit de Carpene »,
massaio in Oriago (n. 88, secondo la lezione di cui si danno in nota le
varianti). Avanza tutti di antichita l'Oliviero che è menzionato in una carta
vigentinadel 1124 per ragione di un flglio : « Adangallo Oliverii » (n. 152).
Da notare che nella carta abbiamo altresl tra coloro che segnano « Albericus
de Adamgallo », ossia, verosimilmente, un nipote già maggiorenne. —
A questi Olivieri veneti ne metto accanto uno lombardo. « Placuit atque
convenit inter brunum et oriverum germanos qui dicuntur cacatosicum de
civitate raediolani », dice una pergamena inedita del 1 141 (Arth. diSt. di Mil,
Monast. Magg.)\ e che 1' a Orivero » sia un Oliviero debitamente accomo-
dato aUa fonetica dialettale, dice un altro documento del 1125 (Vignati, Cod.
dipl. Laud. y I, 114), dove leggiamo invece « Oliverius cacatosico ».
3. Trovo quai testimonio al piede di due importanti carte pontificie del
Liber Censuum, quella « donationis et locationis de intégra medietate Radico-
fani » e l'altra « permutationis de Brittis et Monte S li Johannis », un
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10 P. RAJNA
fino ad un Oliviero del 1085, spettante al territorio di Treviso
e fornitoci da una carta che già mi dette un Viviano 1 , e che
insieme ci présenta, oltre a qualcosa che si citerà poi, e un Gis-
berto, e un Araaldo, non validi per sè, ma non privi di significato
corne contorno. Ben mentevole di osservazione il fatto che qui
si chiamino Oliviero, Gisberto, Arnaldo, Viviano dei semplici
massai 2 , poichè anche in ciô solo s'ha un indizio ben valido
che non siam dawero aile origini. Questo del 1085 è il docu-
mento più antico in cui finora abbia trovato un Oliviero; e con
esso, se ci si riporta alla nascita, c'è da risalire fin verso il 1050;
ma non resterà punto al di qua nemmeno un Oliviero che par
ben risultare padre di un Gibertino in una carta monzese del
10983. Cosl anche coi dati che a me sembran sicuri ci si con-
duce ad un periodo, che agli occhi miei è ancor lontano dal
corrispondere al tempo délia prima introduzione in Italia dell'
« Oliverus Romani de Oliverio » (Cod. ricc. 228, tf> 106*), « Oliverius
Rom. de Oliverio » (#., f<> 109b), che aveva ad essere un personaggio
di conto nella corte papale. Per sè queste due carte, appartenendo solo
al 11 $2 e al 11 57, sarebbero alquanto tardive; ma quel secondo Oliviero
datoci in ciascuna délie due designazioni, ha da essere il nonno del primo, e
ci trasporta cosl ad una data molto remota dawero. Del resto, sara bene la
stessa persona sfigurata dagli editori, che ci si présenta corne « Oliverius de
Romonlium » in un altro documento pontificio anteriore di parecchi anni,
vale a dire del dicembre 1144 (Fantuzzi, Mon. Ravenn., IV, 264).
1. V. p. 4, n. 2.
2. Oliviero ed Araaldo, o propriamente « Olivero » ed « Arnando »
— cfr. p. 47, n. 5 —, a Scandolara (o...Nona per oliverum, ....Undecima
per arnandum »); Gisberto a Saleto; Viviano, come già s'è visto, a San
Zenone.
3. Arch. di St. di Mi1. % Atti Pagensi, Cart. XXIX : « Interfuerunt Moncia-
sinus Negafant et Gibertinus de Oriverio ad hoc vocati. » Mi pare assai più
probabile che il a de Oriverio » indichi la paternità anzichè la patria, dacchè
un Oriverio, Riverio, Rivero, non s'incontra in queste parti. C'è bensl un
« Villa Roverio »; ma etimologia e fonetica oppongono forti ostacoli ail'
identincazione délie due voci. Quanto ad « Oriverius » per « Oliverius »,
dopo T « Oriverus » incontrato dianzi non dovrà parère a nessuno altro che
naturalissimo, quand' anche non mi dessi la briga di spalleggiarlo altresl con
un « Orriverius de Casgiago de Capitemale », in un documento del 11 80
proveniente dalla Madonna del Monte sopra Varese (Spoglio Ferrario-Cossa :
V. Rom., XVII, 162, n. 2).
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CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL* EPOPEA II
epopea francese, ma che è già di sicuro qualcosa di assai rispetta-
bilmcnte antico.
Ed ora che possiam dire di aver preso terra, sarà giusto che
la rassegna si prosegua, non più badando semplicemente alP
ordine cronologico, accidentale affatto corne quello che dipende
dalla conservazione délie testimonianze e quel ch' è peggio
dalla condizione délie mie indagini, sibbene attenendoci altresl
ad un raggruppamento per materia. Alla cronologia si conti-
nuerà nondimeno, salvo circostanze speciali, a lasciare subordi-
natamente la facoltà di dettarci la legge.
È sulla spiaggia délia Chanson de Roland che noi siamo sbar-
cati : ed io rilevo la cosa, piuttosto che per cavare da ciô conse-
guenze, per dire che è molto rischioso il volerne cavare. Ma
subito si capisce che il terreno ci s'abbia da presentare partico-
larmente copioso di monumenti.
Non tutti, beninteso, propriamente solidi. E taie non diremo
sia quello cui ci conduce un Biancardino, che deve ad un
figliolo, massaio in prossimità di Piombino, la sorte di essere
menzionato in una carta dell' anno 1115 1 . Possibile di certo
un collegamento col Blancandrin-Blanchardin délia Chanson 2 ,
per il quale si conseguirebbe un dato cronologico tutt' altro che
disprezzabile 5 : chè il nostro Biancardino deve aver vissuto
molta parte délia vita sua nel secolo xi, e ail* effetto prodottosi
in Italia non si puô non far precedere di parecchio la causa epica
oltramontana. Ma quantunque la regione in cui ci si trova favo-
risca un' idea siffatta, che nell' Italia settentrionale, ricca di
Biancardi y non reggerebbe un momento di fronte a quella di un
mero diminutivo indigeno, non la favorisce tanto da assicurarle
più che la « presa in considerazione ». Vero cioè che biancardo,
1. « Gerardus Blancardini » : Muratori, A. I. M. Ae., III, 11 20.
2. Blancandrin nel testo d'Oxford, Blançardin, Blançardin nei codd. rv
e vu di Venezia e in quello di Châteauroux. Per me, nonostante il Blankandin
délia Karlamagnàs Saga, che ancor esso par da riferire a Blancandrin, mal so
dubitare che la forma originaria non abbia ad essere Blançardin, Blanchardin,
giacchè mi riesce difficile concepire che il vocabolo non sia un* emanazione
del Blancard, Blanchard, altrettanto familiare ail' onomastica, quanto al
linguaggio comune délia Francia. V., p. es., il Cartulaire di Saint-Père,
Pag- 352, 36$, 376, 386.
3. V. Paris, Le Carmen de Prod. Gnen.> qui nella Rom., XI, 491-92.
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P. RAJNA
dedotto con un suffisso di uso peculiarmente francese, non
parrebbe essersi esteso col valore generico di « bianco «, « bian-
castro » alla Toscana, mentre doveva aversi più su 1 ; e veris-
simo altresi che nell' aggettivo sta la causa del nome 2 . Ma la
mancanza locale délie premesse non impedisce sempre le con-
seguenze, le quali possono anche importarsi dal di fuori; e il
fatto si è che perlomeno a Lucca — aile porte, sia pure délia
Lombardia — trovo un « Blancardo arcidiacono fu Berta »
al 1077, e un « Blancardo fu Pagano » al 10793.
Se è dubbio Biancardino, si potrà invece ritener sicuro
MarsiliOy nonostante che anche oltralpe, almeno nel territorio
provenzale, questo nome, sinonimo colà di Marsigliese, non
sia sconosciuto del tutto*. Notevole che esso ci si mostri pri-
mamente in una schiatta, alla quale non è chi non lo conosca
familiare nelle età successive. Chè Pesempio più antico mi è dato
da una carta del 5 giugno 1109, contenente una donazione fatta
1. Che s'avesse nella vallata del Po, risulterà, credo, da prove dirette, ma
risulta intanto, rai pare, anche dal carroccio di Parma, ch* ebbe di certo ad
essere chiamato « il Biancardo », appunto perché bianco, solo quando nel 1281
fu restituito dai Cremonesi dipinto a nuovo e con una nuova bandiera
(Chron. Est.: R. I. 5., XV, 337). « Et tune quum esset totum blancum... »,
dice infatti sotto questa data il CJjronicon Parmense (#., IX, 796), pur non
facendo ricordo se non del nome che il carroccio doveva aver portato prima,
che era Regolium. Quanto alla mancanza délia voce nella Toscana, ci è fatta
suppore dai vocabolari , e riceve una certa quai conferma dal tollerare che vi
si fa Bianciarda in forma esotica (V. Rom., IV, 426). E si consideri che se a
Parma il carroccio fu detto Biavcardo, per il popolo di Firenze il gigantesco
Nettuno di Piazza délia Signoria diventô ed è rimasto il Biancone.
2. Perô accanto a Biancardo s'ha Bianco, Bianca, e, come casato, Bianchi
insieme con Biancardi.
3. 3 di novembre e 16 di gennaio. Le due carte sono anche ora a Lucca, ail'
Archivio di Stato. Mi son contentato di guardarne le schede, senza ricorrere
agli originali.
4. Gli esempi fornitimi dai soliti Carttdaires appartengono tutti a quello di
Saint Victor de Marseille. Ed ivi Marsilius e Massiltus s'alternano con Marsi-
liensis e Marsilès, che ne chiariscon bene il valore, come epiteti di un Ponzio,
moite volte nominato. Quai nome proprio trovo Massilius in tre documenti :
uno di data non precisabile e dove un « Massilius » è menzionato per cosa
appartenente al passato (n. 40), uno del 1005 (n. 1054), ed uno del 1050
(n. 49).
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CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL EPOPEA
al monastero carrarese di S. Stefano da « Marsilio filio quon-
dam Millo de loco Carraria » e dalla madré sua 1 . Questo primo
Marsilio 2 è allora sempre fanciullo : suo padre Milone — il
nome mérita che ci si abbadi — dev' esser morto combattendo
non su s_ î ~r Enrico IV o per Enrico V3, ed egli si trova
ti : r. x- sottoposto a tutela. Nessuna meraviglia pertanto che
alla fine del 1162 fosse ancor vivo4. Minorenne nel 1109, non
puô di certo credersi nato più presto del 10965.
I Carraresi non erano a quel tempo cosl cospicui 6 che si
possan presumere irradiamento del loro Marsilio tutti quelli che
gli si vedano sorgere ail' intorno. Perô, nonostante la difficoltà
di distinguere individuo da individuo, registro un « Marsilius »
in una designazione di confini a Melara nella Saccisica, delT
anno 11327. Similmente uno, contemplato nel testamento che
Alberto, marchese d'Esté, manifestamente suo prossimo consan-
1. Cod. dipl. Pad., n. 41.
2. Stando ai vecchi genealogisti, dei quali si posson veder compendiate le
notizie nel t. X délia Storia délia Marca Trivigiana del Verci, p. 10 1 sgg.,
egli avrebbe ad essere nientemeno che quarto di cotai nome nella sua
famiglia. Il primo sarebbe un Marsilio morto nel 912 combattendo alla
testa dei Padovani contro gli Ungari! Cosa valgano siffatte affermazioni,
basta a mostrarcelo il Marsilio III che vediani dato per padre al Marsilio
nostro. Di prenderle corne verità inconcussa non si sente il coraggio neppure
un discendente délia stirpe, Gian Roberto Pappafava, che, sotto il seraplice
titolo di Dissertations y pubblicô intorno ai Carraresi, anonima e senza fron-
tespizio, un' ampia memoria storico-genealogica. Se ne veda la pagina 20.
3. Raccogliamo questa notizia nientemeno che dalla bocca del Barbarossa,
il quale nel 11 60 consenti a prendere sotto il suo patrocinio Marsilio e la
cognata Matilde con tutti i loro beni, « tum pro fideli servicio Marsilii , tum
per memoriam patris eius qui in servicio antecessoris nostri imperatoris
Henrici constanter et fideliter obiit » (Cod. dipl. Pad. t n. 748).
4. ïb. n. 1533. Nelle Fam. ul. il. del Litta, t. III, è detto, dietro non so
quale autorità ma certo non a caso, ch' egli « Mort probabilmente nel 1163 ».
Dai documenti del Cod. Pad. la morte non risulterebbe in modo positivo altro
che al 1 176 (n. 1226) : a Constat me Jacobinum de Carraria fil. q. Marsilii ».
Ecco qui un altro nome che i Carraresi si trasmetteranno religiosamente per
secoli.
5. V. Rom., XVII, 167, n. 5.
6. Ciô apparisce dal diploma stesso del Barbarossa.
7. Cod. dipl Pad., n. 228.
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14 P. RAJNA
guineo, fece nel 113 5 *. E segnerô anche un Bernardino « de
Marsilio », testimonio ail* investitura che appunto i marchesi
d'Esté ebbero da Enrico il Leone nel 1 154 2 , ancorchè il valore
patronimico del nome rimanga qui discretamente incerto*. Nè
mérita ancora d'essere sdegnato il « Marsilius », colla proprietà
del quale si toccano certe terre situate a Corte, giusta pergamene
del 115 3 e HS4 4 - E sso è cert0 tutt> uno c °l a Marsilium de
Sténo » di una carta di « Plèbe », ossia di Piove, redatta pur
essa nel 11 54 5. Ce ne fa accorti un « Leonardus de Marsilio....
da Curtem que est Plebem », in cui ci s'imbatte nel 1170 6 ,
che sarà sicuramente un figliolo. Proseguire dell'altro con
esempi singoli in questi territorii medesimi, non è cosa che
franchi la spesa. La francherà bensi il rilevare che venendoci a
sfilar dinanzi nel 1 175 la cittadinanza di Bassano in occasione
di un giuramento di fedeltà a Vicenza, sopra un settecento per-
sone, abbiamo, par bene, quattro Marsilii 7. E il nome continuô
a goder simpatia; sicchè son nove i Marsilii, uno dei quali
figlio d'un Marsilio esso stesso, che accade di poter segnalare in
1. Ib. 9 n. 275.
2. Muratori, AnL Est.) I, 341.
3. Rimane, per via dell' esser egli circondato da molta gente, per la quale
il de serve a introduire una specificazione locale. Fa, credo, eccezione un
« Valarii filii quondam Conradi de Benzo » : ma è un' eccezione d'indole
particolare, poichè non è il nome paterno che è accompagnato dal de.
E Marsiglia, Marsiglio, Marsili — ne sia poi quai si vuole l'origine — son
nomi di luogo che occorrono in uno o più eseraplari nelT Italia del setten-
trione.
4. Cod. dipl. Pad., n. 584 e 613.
5. Ib., n. 630.
6. Ib. y n. 990.
7. « Marsilius », « Marsilius de Roberto », « Marsilius de Uberto et Marsilius
frater Albertini » : Verci, Cod. diplom. Eceliniano, — t. III délia Storia degli
Ecelini, — p. 61, 64, 65. Non metto innanzi un « Ubertinus Marsilii » che
tien dietro con due soli nomi frammezzo ai due Marsilii accoppiati, perché
1' « Ubertinus » porta a ritenerlo figliolo del primo di coloro. Si potrà
dubitare altresl che sian tutt' uno il « Marsilius de Roberto » e il « Marsilius
de Uberto » ; ma riflettendo bene, si sarà tratti a dare al dubbio molto minor
peso di quel che gli si concederebbe a prima giunta.
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CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL* EPOPEA 15
Padova un secolo dopo, ossia precisamente nel 1275 x . Di
costoro î più sono sicuramente Marsilii ereditari e di riverbero;
ma per taluno è évidente la coscienza delT origine cavalleresca 2 .
Troppo naturale in una regione quai' è questa!
Se i Marsilii spiccioli meno antichi di quelli che si dicevan
di sopra non meritano più d'esser raccolti nel Veneto, restano
invece per qualche poco degni ancora di osservazione quando ci
s'affacciano altrove. Un « Marxilius de Thoma » si présenta a
Genova nel 1 160 Uno o due diversi Marsilii di questa genera-
zione medesima fa o fiirono padri di un Guidotto — « Guidoctus
Marsilii » — e di un Montanaro — « Montanarius Marxilii »
— cittadini di Reggio, che nel 1188 parteciparono ai giura-
menti délia lega con Parma4. Aggiungiamo un « Marsilius
fil. Cantarini » in un atto pistoiese del 1 172 s, e un « Marsilius »
canonico ad Arezzo nel 1176 6 . Dei posteriori sarebbe dovun-
que superfluo occuparsi. Non superfluo tuttavia rawertire come
« Marsilii » diventasse nel secolo xm un casato bolognese assai
cospicuo7.
A non troppa distanza da Marsilio abbiam Pinabello. Un Pina-
bello, per quel che pare milanese, ci si mostra in una carta
del 1132 8 ; e al terri torio di Milano spetta anche un omonimo
1. Grion, Dette rime volgari, Trattato di Ant. da Tempo, p. 244 sgg. I nove
sono, « Marsilius de Papafava », « Marsilius de Partenopeo », « Marsilius de
Casale » (p. 248), a Marsilius de Pedeligno », « Marsilius de Bellagante »,
« Marsilius de S. Vito », « Marsilius de Marsilio » (p. 251), « Marsilius de
Ambrosino », « Marsilius de Polafrisana » (p. 253). Un altro Marsilio délia
generazione antécédente ci manifesta « Antonius de Marsilio » (p. 249).
2. Puô mai rimanere incertezza quando un Marsilio si vede esser flgliolo
di un « Bellagante », ossia « Balugante »?
3. M. H. P., II, 689.
4. Muratori, A. I. M. Ae.,TV, 353. Sarà bene « Guidoctus Marxilii »
anche il « Guidoctus Marchixii » del seccndo tra i due documenté
S- 26 febbr : Arch. di St. di Firenze, Capitolo délia Cattedrale di Pistoia.
Devo l'indicazione alla cortesia del dott. L. Zdekauer.
6. Mittarelli, op. cit., IV, App., 53 e 55.
7. Esso ritorna moite volte sotto la penna del Ghirardacci, Hist. dt
Bobgna.
8. Vignati, Cod.dipl. Laud. y I, 126.
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l6 P. RAJNA
che apparisce alla metà del secolo successive) 1 . Gli do posto
perché il nome — troppo ben si capisce — non è fréquente.
Occorre più spesso Spinabello, che a me par esserne un' altera-
zione, détermina ta dalla forza attrattiva di spina. Uno Spinabello
è già fra i testimoni delP investitura estense del 1154.
Richiamato qui alla memoria, per mettere il difeso accanto al
difensore, il « Ganelus de Vazola » del 1 138 già menzionato
più addietro 2 , me ne verrô a un Turpino del 11 44*, antico
abbastanza per non dover nulla alla cronaca famosa. Spetta al
territorio di Fucecchio, attraversato dalla Strada Francesca, e,
cosa non inutile da rilevare, è figliolo di un Orlando^. Ma
neanche TArcivescovo incontrô quale eponimo molto favore;
tantochè dal Turpino fucecchiese io mi trovo a saltare ad uno
bassanese del 1 175 5, e da questo ad uno che esercitava in
Padova Pufficio di notaio nel 1214 6 .
Ritorniamo fra i Saracini. Personaggio ben caratteristico il
Margarit, che colla sua bellezza innamora e muove irresistibil-
mente a sorridergli ogni donna, nel tempo stesso che non ha tra 1
suoi chi lo pareggi di valentia7. La natura del nome non per-
mette certamente di affermare che da lui proprio si chiamino i Mar-
gariti che le storie e i documenti ci presentano ; ma che una taie
origine abbia verosimiglianza, già ebbi a dire per un caso
spéciale in un altro di questi « Contributi 8 ». Perô eccomi ad
aprire anche qui le braccia a un Margarito, cui ci fa risalire a
Venezia un Leone « Margariti » del 1171 9; e quindi ad un
altro che ricaviamo del pari nella prossima Chioggia dal
1. Propriamente al 1246 e al 125 1 : in pergamene delT Archivio di Stato
di Milano, provenienti dalla Collegiata di Mariano (Spoglio Ferrario-Cossa).
2. Pag. 7.
3. Lami, Cbaritonis et Hippophiîi Hodoeporicon y p. 11 55.
4. « ....cum quinta parte Torpini filii quondam Rollandi ».
5. « Terpinus Alcela» : Cod. Ecelin. y p. 62.
6. Egli esegul in quell' anno le copie dei documenti cbe portano nel Cod.
dipl. Pad. i n» $85, 733, 832. Quarant' anni dopo — nel 1253 — Turpino,
flglio del notaio Leonardo « de Cuticellis », era imprigionato da Ezzelino
insieme col padre (Rolàndino, vn, 3).
7. Ch. de R., v. 955-60.
8. V. t. XIV, pag. 419-20.
9. Dallo Spoglio Cecchetti, dove i nomi son riportati in forma italiana.
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CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL* EPOPEA 17
« Signum Dati Margarithi » all'anno 1 183 x . Par destino
per costoro Fessera rivelati dai figli; chè anche a Ravenna
abbiamo al 11 82 un « Rodulfus del Malgaritto 2 », e al 1184,
oltre a qucsto medesimo « Rodulfus » qui « de Margarito »,
un « Pepo », « de Margarito » ancor egli, che potrà essere, ma
anche non esser fratello*. Stretto dovere il non dissimulare
Tappoggio che nel primo esempio ravennate Tarticolo premesso
al nome puô dare ail* idea di chi voglia vedere in « Margarito »
il « Rinnegato » senza passare attraverso al mondo cavalleresco4.
Ma foss' anche da pensare cosi in qualche caso, non ne verrebbe
punto che altrettanto s'avesse a fare dovunqueS.
A un altro saracino più cospicuo, ma gittato nel solito
stampo, ci riporta con maggior sicurezza un Barigando del 1 1 5 3 ,
che appartiene al contado lodigiano 6 . Per il modo corne l'uscita
del vocabolo viene ad esser restituita (nelT uso vivo si sarà
avuto di sicuro Bariganf), puô confrontarsi opportunamente,
pur non essendocene nessuna vera necessità, il Beligandus dello
Pseudo-Turpino. Quanto al r per / tra vocali, è una caratteris-
tica idiomatica, molto bene a posto in questo territorio, e che
non s'affaccia qui per la prima volta7. Buono a rilevarsi, a
conferma di cose già dette e ad illustrazione di altri fatti che si
1. Nel Doge del Cecchetti medesimo, pag. 256.
2. Fantuzzi, op. cit. y III, 57.
3. Ib.y IV, 280. Un* altra carta non datata, in cui o Rodulfus de Margarito »
apparisce corne uno dei consoli di Ravenna (III, 419), è messa dal Fantuzzi
intorno al 11 50; ma di certo non ci si periterà noi a ritenerla posteriore d'un
bel tratto. Si noti come gli sian compagni « Vitalis de Fuscardo » e « Tedericus
de Maltagliato », che son con lui anche nel documento del 11 84.
4. Appoggio alcuno non s'avrebbe se fossimo in certe altre regioni, come
ad esempio in Lombardia, o se invece che di un nome mascolino si trattasse di
un nome femminile; chè Tuso romagnolo conviene col toscano nel dare
Particolo aile femmine, e nel rifiutarlo ai maschi : Togn> la Togna.
5. Di un indizio somministrato dalla forma Margaritone, dissi già a pro-
posito delT ammiraglio famoso nelF articolo dianzi allegato (p. 420). Lo
stesso indizio abbiamo anche per un ben noto pittore, scultore, ed architetto
aretino : « Margaritone » ancor egli (i2i6?-i293?).
6. Vignati, Cod. dipl. Laud., I, 184 : « a sero Barigandi » in una specifica-
zione di confini.
7. V. pag. 9, n. 2; p. 10, n. 3.
Romani* > XVIII.
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l8 P. RAJNA
continueranno a vedere, che di un nome in sè cosi poco
simpatico, abbondan gli esempi. Esso doveva per solito sonare
Balegant, Balegante nell' Italia del nord 1 ; era Baligano o Balegano
nella Marca d'Ancona 2 . E sarà mai altra cosa un Baleante
lucchese 3 ?
Un Grandone bergamasco del 1160 potrà molto bene non
essere se non ciô che Petimologia ce lo fa parère 4; ma non sarà
neppure da escludere affatto il ravvicinamento col Grandonie
délia Chanson. E quand' anche ciô non sia punto, Grandonio,
corne lo chiamano i nostri, non avrà da pazientar molto per
vedersi in onore ai fontibattesimali italiani 5. Un « Grandonius »
si mostra a Bassano nel 1 175 6 ; di un Grandonio, piuttosto
che di un Grandorio, sarà probabilmente figliolo un « Johanne
Grandorii » vigentino del 1 189 7 ; e figliolo non probabil-
mente, ma di sicuro, è un « Acetus de Grandonio » del Con-
1 . Facciamo un po' di raccolta. « Balegantus » o « Bellegantus de Scorza-
dis » a Treviso, a. 1208 e 12 18 : (Verci, St. délia Marca Triv., I, doc., p. 51
e 61); e sarà bene la stessa persona, svisata da una lettura erronea del casato,
il « Belegantus de Santozanis » del 1221 (ib., pag. 63). « Balegantus », uffi-
ciale délia corte del doge di Venezia Pietro Ziani (ib , pag. 68). « Gumbertinus
de Balegante », uno dei padovani esiliati nel 1239 da Federico II (Rolandino,
iv, 11). « Melioranza Baligantis », a Bassano nel 1260 (Çod. Ecelin., p. 428).
« Marsiiius » e « Thomas de Bellagante », entrambi di nuovo a Padova ed uno
già dovuto citare, nelia matricola del 127$ (Grion,o/>. cit., p. 251). « Marcus
de Baleganto », nel 1276 a Venezia (Verci, III, doc., p. 14).
2. Regcsta Firmana, p. 352 e 353, « Baliganum Falleronis », « domino
Baligano Falleronis », in transunti di atti del 1228 e 1229. P. 383, a. 1244,
— data voluta correggere, non so se a ragione, in 1294 — , a presentibus
domino Baligano », e insieme con altri un omonimo, « domino Baligano de
Urbisalia ». P. 475, a. 1282, « fratrem Isaiiam Baleganum Ordinis Hererni-
Urum », sdoppiato, credo rettamente, nel sommario di una carta delP anno
successivo, che ci dà « venerabiles fratres Isaiiam et Baliganum » (p. 476).
3. A. 1200 : Mem. e Doc. per serv. alV ht. del Duc. di Lucca, t. IV, p e 2 A ,
p. 207.
4. Si confronti, p. es., un a Perticone » Castelli, bolognese, che dicono
aver preso la croce nel 1 188. Ghirardacci, I, 100.
5. Pazienterebbe due anni soltanto se s'incontrasse al suo posto un Gran-
donio che il Gloria nell' Indice del Cod. Padov. indica quai tesûmonio nel
n. 784. Ma U esso non c'è; e a me non è riuscito di scoprire dove stia
rintanato.
6. Cod. Ecelin., p. 62.
7. Ib., p. 96. Non dimentico, giudicando cosi, Tesistenza del « Graindor de
Douai », rifacitore délia Chanson de Jérusalem.
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CONTRIBUT1 ALLA STOR1A DELL* EPOPEA 19
siglio Générale di Treviso nel 1208 1 . Nel secolo xn rientrerà
in parte anche il Grandonio che risulta da un Piero di Gran-
donio Caccianemici, uno dei bolognesi che combatterono in
pro di Milano nel 1237 2 . Un Grandonio notaio a Padova nel
1290 sarebbe assai tardivo di sicuro; ma egli ci dà occasione
di vedere che si chiamava Grandonio anche il nonno3. Per un
nome siffatto non sarà mal ricordato neppure un altro Gran-
donio, notaio ancor esso, ma trevigiano, che ci si mostra air
anno 1267 e al 12854; nè uno délia famiglia da Bovolenta, che
ci riconduce a Padova facendoci avanzare al 1275 s.
Curioso che mentre si ricorreva cosi volentieri a nomi sara-
cineschi, quello cosi puro e venerabile di Namo fosse poco usato.
O si crederebbe che le mie raccolte me ne diano due soli esempi,
dei quali Puno è un diminitivo Naimino, che mi si présenta solo,
e in modo anche dubbio, con uno dei mariti di Cunizza, verso
la metà dei secolo xin 6 ? Meno maie ch' è almeno discreta-
mente antico l'altro, dacchè si tratta bene dei padre di taie che
aveva in Chioggia la dignità di giudice nel 1 183 7.
Con Namo, al modo stesso che alla Chanson de Roland, il
pensiero avrebbe diritto di correre a non so quant' altri poemi.
Cosa potrebbe mai valere a ricondurci determinatamente tra i
1 . Verci, I, $ 1 . U « Acetus » puô esser sospetto ; ma ciô a noi non
fa nulla. Awerto che con un seraplice « Verci » intenderô sempre quind'
innanzi la Storia dcîla Marca Trivigiaw, e che sempre la pagina si riferirà ai
Documenti, non al testo.
2. Ghirardacci, I, 159.
3. « ...Presentibus Grandonio notario qu. dom. Gerardi de Grandonio» :
Verci, IV, 4. Mi rimane incerto se sia ancor lui, o un suo figliolo, che è
registrato fra i cittadini padovani dei 1320 (Grion, op. cit., p. 282) :
« Grandoinus notariusde Grandovino cum duobus filiis » (1. « Grandonius...
de Grandonio »).
4. Verci, II, 17; Cod. Ecelin., p. 527.
5. Neir altra matricola dei Grion, p. 245.
6. « Naimino de Bragancio » : Rolandino, i, 3, giusta la lezione adottata
dal JarTe (Pcrti, 55., XIX, 41), che è quella dei codice più antico cd autore-
vole. Ma non vorrei certo escludere che il da Breganze si chiamasse invece
« Naimerio », corne porta il manoscritto padovano, efficacemente suffragato
dair estense col suo « Aymerio vel Rainerio » .
7. « Signum... Johannis Nami et Alberti Ravignani judicum » : Cecchetti,
// Doge, p. 254.
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20
P. RAJNA
Pirenei meglio di certi Roncivalli, Runcevalli 1 in carte pistoiesi,
una délie quali rimonta al 1 17 1 2 ? Quanto alla metamorfosi che
ci riduce un luogo a diventare pçrsona, puô parer singolare, ma
non è senza esempi numerosi. Porta una data pressochè identica
— il 1770 — ed appartiene a una regione vicina, un atto in cui
una donna si chiama Compostellaî. « Tervisius », « Tarvisius »,
« Triviso », occorrepiù volte, per Tappunto nella Marca Trevi-
giana*. E chi crederebbe che fin dal secolo xu s'avessero a
incontrar délie Italie^ ?
Titubantemente lascierô che s'avanzi un « Girinus » da
Monselice del 1172 6 , che in cambio d'un Gerin potrebb' essere
forse un Ruggerino apocopato, o che altro so io ; e con discreta
sicurezza invece un « Gererius », Gerier, che vediamo ricevere
nel 1174 un' investitura dal vescovo di Ceneda7. Tra i due fidi
compagni la cronologia avrebbe voluto ficcare un « Terrisius »
ravennate, del 1 173 s , che in questa forma almeno vuol bene
1. Notevole corne il nome si presenti qui senza Vs mediano délia forma
consueta in Italia. Se in ciô v'è accordo collo Pseudo-Turpino, v'è altresi
col!' intitolazione del Carmen de Prod. Gutn. y e con gran parte délia tradi-
zione volgare francese, cominciando da qualche luogo del codice stesso
di Oxford. Rammenterô a questo proposito al Paris una certa sua promessa,
Rom-, XI, 488, n. $. Si veda intanto, sotto Rencesvals, il Glossario del
Gautier aile sue edizioni délia Chanson.
2. 28 sett.: « hoc actum est presentia ronciualli fabri ». Questa carta, del
pari che un* altra del 26 gennaio 1206, dov' è testimonio un « Runcevall. fil.
Guidi », mi fu indicata dal sig. Zdekauer. Entrambe sono ail' Arch. di St. di
Firenze (Pistoia, Capitolo), dove non hanno ad essere di sicuro le sole che
contengano il nome. Una terza intanto del 1 198 m'era stata segnalata dal dott.
C. Frati, e si potrà bene trovare, quando si cerchi con maggior pertinacia che
non abbia fatto io. Probabile che il Roncivaile del 1206 e questo del 11 98
siano una persona medesima ; possibile che sia tutt' uno anche l'altro.
3. L'atto c quel medesimo che fu citato per un Artù a p. 163 dei t. XVII.
4. Cod. dipi. Pad. del sec. VI, n. 121, a. 1028; — Cod. dipl. Pad. dalî
anno uoi, n. 79 e 80, a. 11 16; n. 531, a. 11 50; n. 617, a. 11 54.
5. Il nome intero nel n. 420 del Cod. dipl. Pad. (a. 1143), dove s ' na
« Cono filius de Italia ». Ma sono Italie con un* apocope comunissima anche
le Talie dei n» 301, 424, 509, 570, 737.
6. Ib. t n. 1075.
7. Verci, I, 24.
8. Fantuzzi, I, 323.
CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL* EPOPEA
21
ritcnersi di origine epica. La ragione geografica indurrà a ricor-
dame anche uno di Atina, menzionato alP anno 1237 da
Riccardo di S. Germano 1 .
Ma sarà ancora con qualcosa di saraceno che si chiuderà la
rassegna. Il Baligano che apparisce tra coloro da cui il comune
di Fermo ebbe nel 1228 il castello di Penna e che ci si ripresenta
poi l'anno appresso, anzichè di un « Falleronis », sarà, m'imma-
gino, figlio di un « Falseronis » 2 : congettura paleograficamente
più che plausibile, e fatta assai verosimile anche dal nome
imposto al figliolo. Un Falsarone poi spiattellato, mi è fornito
dal territorio di Ravenna, dentro a un documento senza data
précisa, ma che appartiene, credo, ancor esso al secolo xm 3.
Dalla catastrofe dell' impresa di Spagna, riportiamoci aile fasi
anteriori dell' impresa stessa. Che il bottino abbia ad esser ben
scarso, è troppo facile a presagire. Quelle fasi, fino a che non
si compiacquero i nostri di foggiarle e rifoggiarle, furono senza
confronto meno note, sicchè noi stessi ne possediamo una cogni-
zione o non ben genuina o frammentaria; d'altronde i perso-
naggi erano naturalmente per la massima parte i medesimi che
figuravano altresi nell' ultimo atto. Ma anche il poco è davvero il
ben venu to. Ecosi apriremo festosamente le braccia al bresciano
« Ferragu de Pontecarrathe », uno dei rappresentanti délie
città lombarde che nel maggio del 11 67 giurarono ai lodigiani
la ricostruzione délie loro mura e tant' altre cose4. Preziosa la
forma in cui il nome ci si présenta. Preziosa, perché, oltre a
metterc fiior di dubbio che esso voglia ripetersi dal famosissimo
gigante, fa lega colla cronologia per attestarci che non ne pro-
viene dawero attraverso allo Pseudo-Turpino
È posteriore di pochi anni, e mérita buone accoglienze ancor
lui, un Ferraguto pistoiese, testimonio a una certa intimazione
fatta in Val di Nievole il 5 dicembre 1 173 in nome del vescovo
1. « magistrum Terrisium de Atino » : Pertz, 55., XIX, 375.
2. V. pag. 18, n. 2.
3. Fantuzzi, V, 155.
4. Vignati, Cod. dipl. Laud., II, 36.
5. Da ciô risulterà insieme che non fu lo Pseudo-Turpino a modificare in
« Ferracutus » il più autentico « Fernagut », « Fernagu ». Già, che la modi-
ficazione fosse da imputare a lui, era un* ipotesi a cui probabilmente Io stesso
suo autore (Paris, Hist. poit. de Chm., p. 266, n. 3) non teneva gran fatto.
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22 P. RAJXA
e dei consoli di Lucca 1 . Non so se fosse figlio suo o di un
omonimo un cotale, che ho da una carta del 7 febbraio 1186 2 .
Sia corne si vuole, dalla carta risulta che a questa data un Ferra-
guto pistoiese era morto, lasciandosi dietro un rampollo, « Guido
filius quondam Ferraguti », già in età da prender moglie. Pro-
cedendo, Roberto « de Ferracuto », ambasciatore di Civitanuova
al Comune di Fermo nel 1221 3, viene a manifestarci un esempio
spettante alla Marca d'Ancona e da restituirsi al secolo dodice-
simo. E nel territorio di Ravenna incontreremo al 1291 un
cotai « Dominicus Feragudus », povero di valor cronologico,
comunque s'abbia a prender l'epiteto, ma al quale aggiunge un
po' di sapore il presentarcisi associato con un « Marsilius
Bullarinus* ».
Al Carlo délia tradizione romanzesca la guerra di Spagna
doveva richiamare alla mente il tempo fortunoso in cui egli era
stato condotto fanciullo di là dai Pirenei a cercare un rifugio, e in
cui v'aveva, insieme con questo, trovato amore e gloria. Giusto
che quel tempo essa lo richiami a noi pure. Ch' egli fosse detto
allora Mainetto, non è cosa che a noi giovi : chè il nome ci si pré-
senta spesso bensi, ma è anche suscettibile, e nella somma
richiede, una spiegazione indipendente dai romanzis. Meno che
mai giova il nome dell* aio, quello cioè di Morando. Un discreto
indizio è dato piuttosto di ricavar dzGaliatta, non potutasi natu-
ralmente in antico chiamar altro che cosi pur nelF Italia, e non
divenuta Galerana se non per certuni anche nei secoli tardi 6 .
1. « ...presentia Ferraguti et Meliorati de Pistoria ». La designazione
locale par bene da riferire ad entrambi. La carta fu pubblicata nelle Mem. e
Doc. per serv. alV Ist. del Duc. di Lucca (t. IV, pc 2», App., p. 126), e quindi
in appendice al Sommario délia Storia di Lucca del Tommasi {Arch. St. It. y
S« i â , t. X, doc., p. 5), colla data madornalmente erronea del 3 dicembre 1 107.
L'abbaglio è stato corretto dai Bongi, Inventât io deîR. Arch. di Stato in Lucca,
11, 294.
2. Arch. di St. di Fir., Pistoia, Capitolo. Anche di questo documento devo
la segnalazione al dott. Zdekauer.
3. Regesta Firmana, p. 345.
4. Fantuzzi, VI, 119.
5. V. Giorn. Stor. délia Lett. //., X, 72, n. 2.
6. « Galeana » portano i Reali, non nelle stanipe soltanto, bcnsi anche
nel codice Magliabechiano , il solo cui possa ricorrere. Soggiungerô un altro
CONTRIBETI ALLA STORIA DELL* EPOPEA 23
Dico un indizio : poichè, dal vederci una prova, son trattenuto,
cosl da qualche riscontro oltramontano x , corne da certe consan-
guineità indigène 2 . Comunque sia, menzionerô una Galiana
che insieme col conte Guido Malaparte suo marito ebbe a ven-
dere Forcoli in Val d'Era a Ruggieri arcivescovo di Pisa fino
dal settembre del 11263. Una vera prova mi sarà poi fornita
invece da Br aimant mezzo secolo dopo. Un Braimano, che
dimorava, par bene, in Padova, ci apparisce corne proprietario
di terre al 11674, corne compratore al 1173*, corne venditore
al 1174 6 . Per la forma, si confronti Balegano accanto uBalegante.
E neppure stavolta ci mancherà il riflesso colla dentale preser-
esempio : « £ Galeana di Carlo inpcrieri », nèlla stanza 22 délia Sala di
Mdagigi, giusta la lezione del codice riccardiano 1091, dove il cantare s'ha in
forma ben più pura e corretta che nelle vecchie edizioni, quanto mai interpo-
late e alterate. Su quel codice pubblicai nel 1 871 la Sala « Per nozze D'Ancona-
Nissim ».
1. Il Cartulaire de Savigny, n. 19, a. 857, mi dà un « SpgnumJ Bosonis et
Gallianae » oppure « Galianae ». Vero che qui si tratta di una forma portata
dalla declinazione ; chè al principio dell* atto si ha « Ego Boso et uxor mea
Vaila », oppiir « Gaila ».
2. Dei Galliani maschi hanno bene a incontrarsene senza discendere fino
al secolo xin, che ci dà per es. Galiano Gozzadini, uno dei tanti fautori dei
Geremei citati nel 1 280 a giustificarsi a Ravenna délia cacciata dei Lamber-
tazzi (Ghirardacci, I, 252). Qui intanto indicherô che nel Cod. dipî. Pad.
trovo moite volte « Calianus » (n. 860, 881, 902, 913, 11 39 : a. 1 164-1 174).
Ora, posto che s'abbia Galliano, restano spalancate le porte a considerare
Galliana corne un suo femminile, a quel modo che insieme col « Calianus » il
Cod. Pad. ci dà una « Caiiana » (n. 1012 : a 1 170). Poco maie se fosse da rico-
noscere cavalleresca l'origine di Galliano : se s'avesse cioè da vedervi uno dei
GalUn dell' epopea, e quello segnatamente del Floovent. Ma se un* origine
sifiatu puô stare per qualche caso, non vuole sicuramente essere ammessa
in génère. Basta a farcene convinti la studio délia toponomia.
3. Oppure del 1125, se mai nel dar notizia dell* atto non si fosse ridotto
allo stile comune lo stile pisano. La notizia io l'ho dal Repetti, Di\ion. gtogr,
fis. stor. délia Toscana, sotto Forcole, Forcoli. Galiana e il marito riapparis-
cono poi ancora in una prestazione d'omaggio del 1 141 pubblicata dal
Muratori nelle A. I. M. Ae. t lU, 11 59.
4. Cod. dipl. Pad. y n. 914 e 916.
5. Ib., n. 11 10.
6. Ib., n. 114s.
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P. RAJNA
vata. Lo âvremo dallo Statuto di Viterbo del 125 1, dove si
vieterà che « Nullus Viterbiensis possit turrim suam altius
extollere quam sit turris domini Braimandi sub pena .l. libra-
rum 1 . » Il « domini » porta a supporre che si tratti di persona
vivente.
Staccandomi da questo primo gruppo, non devo di certo
lasciarmi sfuggire l'opportunità di volgermi subito alla leggenda
di Buovo d'Antona, che, corn' è délie più arcaiche nelF epopea
francese, è altresi da supporre fosse di quelle che ebbero a pas-
sare in Italia più di buon' ora. E la supposizione riceve una certa
conferma dai tratti originari conservatisi nelle versioni nostre,
perdutisi invece od offuscatisi fuori d'Italia. Con tutto ci6 una
dimostrazione rigorosa che il poema fosse conosciuto fin dai
primi tempi a cui ci è stato lecito risalire, non posso ancor darla.
Al nome del protagonista non mi è lecito chiederla per le ragioni
generiche dette da principio ; e quello délia fida sua donna lascia
luogo a incertezze. Gli è ch' io non ho modo di determinare
quando la forma Drusiana, comune a tutte le versioni nostrali,
prendesse il posto del Josiane primitivo : sostituzione d'altronde
che poco si capirebbe, se délie Drusiane non se ne fossero avute
di già. Comunque sia, vuol pure segnalarsi una Drusiana
del 1085, che ha il pregio di presentarcisi in quella medesima
carta a cui andiam debitori d'uno dei più antichi Olivieri 2 .
L'appartenere costei alla condizione servile, che la fa esser cosa
di una masseria situata a Vicenza, non deve parerci un accresci-
mento di difficoltà. Una seconda Drusiana, moglie di un Guido
fu Rustico, trovo in territorio lucchese nel 1101 3. E non sarà
altra cosa una « Drisciana » vedova d'un Omodeo, in Lucca
stessa, ail* anno 1130*. Nè tralascerô una Drusiana madré di
figli adulti nel 1170 in quella certa donazione a un ospizio
1. Sez. 3*, c. 119; p. $28 nelT ed. data nei Doc. diSt. II. délia Deput. di
St. patria per la Toscana e regioni contermini (t. V : Croît, e Stat. délia Ciltà
di Viterbo publ. ed. M. da I. Ciampi).
2. V. p. 10.
3. 14 sett., « Actum Vico surrexit » : strano nome che starà per Seressa y
Auseressa, da vedersi nel Di\ionario del Repetti. La pergamena è ail* Arch. di
St. di Lucca.
4. 28 aprile. Ib.
CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL' EPOPEA 2$
filiale d'Altopascio donde s'ebbe un assai notevole Artù 1 . E per
ritornare alla regione donde si mosse, ne menzionerô ancora una
muranese del 1 173 2 . Più ci s'inoltra, più l'origine romanzesca
viene, naturalmente, diventando sicura; e cosi, p. es., io non
saprei metterla in dubbio per la Drusiana Sforza, figliola natu-
rale di Francesco, di cui son note le vicende storiche; ma è una
sicurezza che diventa piena solo quando ha perduto per noi ogni
valore.
Una fonte d'indizi anche più torbida è per il Buow il nome
Passamonte, portato in redazioni nostre, e segnatamente nella più
schietta e autorevole, da un personaggio saracino3. Portato da
quando, gli è ciô che nessuno sarebbe in caso di dire; corne,
volendo pur rinunziare a cavar di qui partito per il Buovo con-
tentandosi di un' applicazione più generica, nessuno, nonostante
Tanalogia dei Braidamont, Danemont, Justamont, Brunamont, su
cui Passamonte ha corne l'aria d'esser foggiato4, potrebbe negare
verosimiglianza non lieve anche air ipotesi, che il nome sia
penetrato nelP epopea dal di fuori, in cambio di uscirne. Sicchè
è solo con ampie riserve ch' io cito un Passamonte milanese,
che al 31 gennaio del 11 15 era già tra i defuntis, in maniera da
dover essere riferito in gran parte, se non per intero, al secolo
undicesimo. Nè le riserve, dipendendo da cause intrinseche,
potranno scemare di troppo nemmeno per un Passamonte
del 1170 in una carta di Montecatini 6 ; nè per uno del 1174,
soprannominato « de li longi », in un documento lodigiano7.
Da un personaggio saracino dei nostri Buovi, o almeno in
générale dell* epopea, ripeto con ben maggior fidanza Macabruno
e Marcabruno : indubbiamente una cosa medesima. Macabruno
1 . La carta s'è ricordata da poco (p. 20) per via di Composteïïa.
2. Cod. dipî. Pad., n. 1109.
3. V. Rie. int. ai R. di Fr., p. 560 (v. 2284 ecc).
4. Foggiato, s'intende, quando s'ignorava che quel -mont fosse un ~mund
germanico, nè più ci si vedeva se non ciô che il suono indicava a un orecchio
romanzo.
5. Pergamena delT Arch. di St. di Milano, Provenienza Monasttro Maggiore:
« Constat nos Amabilia et Manfredus Iugales et filius quondam Passamontis
dicti de Settara » ecc.
6. 19 marzo : Arch. di St. di Lucca.
7. Vignati, Cod. dipl. Laud. y II, 76.
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P. RAJNA
mi è dato fin dal 1 121 da un atto estense 1 ; per Marcabruno non
ho che esempi posteriori di quarant' anni 2 . Nei rappresentanti
délia stirpe cisalpina del Buovo che son potuti giungere a noi, la
forma costantemente in uso è questa seconda : cosa ben naturale,
una volta che anche nell' onomastica essa è la consueta3. In
questa famiglia dei Buovi italiani, oltre a far la parte. d'Yvorin,
Marcabruno occupa altresi il posto tenuto nelle redazioni fran-
ceesi dal semiomofono Danebrun*. Che il nome peraltro non sia
nemmeno nella sua prima metà di fabbricazione nostrale, dice
già il trovatore che subito esso ci richiama alla mente. Nè sarà
fortuita di sicuro la somiglianza con un nome che occorre in
al tri romanzis, e che suona, giusta le lezioni note, Macabré,
1. Muratori, Anl. Est., I, 328: « Signum manibus Machabruno. »
Nel Cod. dipl. délia Città di Orvieto raccolto dal Fumi (nella solita série dei
Doc di St. It. ecc.) trovo invece al 11 57 un « Machabrinus » (p. 2$), dove la
desinenza potrebbe forse risalire a un originario 4m. E questo Macabrino,
aggiunto a un riscontro francese di cui dico sotto, e a considerazioni fone-
tiche, contribuisce a farmi passar sopra ai sospetti sulT esattezza del « Macha-
bruno » muratoriano.
2. Il più antico è in certe attestazioni del 1 161, sui confini di un argine tra
il canale di Conche ed il Brenta (Cod. dipl. Pad., n. 763). Qui « Mar-
cabruno » è sicuramente un uomo di condizione umile. Sarà qualcosa più in
un atto del 1 173 , dove un « Marchabrunus » fa da testimonio a una conferma
d'investi tura data da Jacopino da Carrara (ib., n. 1095). Ed appartiene poi
addirittura alla nobiltà il « Marchabruno de Luxa » délia carta feltrina
del 1182, di cui detti conto a proposito di Galvano (Rom., XVII, 173).
3. Per Macabruno, il solo esempio schietto che mi paia di aver incontrato
è quello del documento estense. Quanto a Marcdbruni, posso invece snoccio-
larne subito più altri : uno bassanese del 117$ (Cod. Ecelin., p. 66); due
padovani, menzionati, il primo nel 1209 (Verci, I, $4), il secondo, in occa-
sione dell' essere stato ucciso in guerra, nel 1256 (Rolandino, ix, 9); un
quarto da Reggio del 1328 (Chron. Veron.: Muratori, R. 1. S., VIII, 64$).
E oserei mettere in conto, supponendo uno sbaglio dell' editore, anche un
« Marchobrio», giudice a Vicenza nel 1 189 (Cod. Ecel., p. 96).
4. Nella nostra versione più sincera Marcabruno apparisce primamente al
v. 258 dei frammenti udinesi (Zeit.f. Rom. PhiL, XI, 17$).
5. Prima di addurre riscontri più remoti, osserverô che la Destruction
de Troie di Jacques Millet, di cui non ho dinanzi che Tanalisi del Petit de
Julleville (Les Mystères, II, 570), ha addirittura un « Machabrum ». Essendo
esso menzionato in corapagnia de* Troiani, non vorrà, credo, identificarsi con
Macareo.
CONTRICUTI ALLA STORIA DELL* EPOPEA
27
Machabré nell' Elie de Saint Gille e nel Gaufrey 1 , Maucabré nel
Gui de Bourgogne 2 y Melcabré nell' Aspremont* : varianti le quali
riescono etimologicamente suggestive anche per il nostro Maca-
bruno-Marcabruno 4 .
Ciô che Marcabruno dice a mezza voce, dichiara a voce spie-
gata Pulicane. Il maie si è che un certo lunghissimo inventario
di rendite che il Monastero Maggiore di Milano aveva ad
Arosio*, dove è registrata la prestazione di un « Poleganus »,
non porta indicazione d'anno. Consta soltanto che fu redatto
al tempo di una badessa « Margarita »; e sotto il governo
di una Margherita, délia famiglia Settala, il monastero ebbe a
trovarsi dal 11 20 al 11 50 ail' incirca. Che si tratti propriamente
di lei, è possibilissimo ed anche verosimile ; la pergamena puô
1. Elie, v. 253 ecc; Gaufrey, v. 1188, 1568 ecc. Si avverta corne al pari
del Marcabruno nostro anche il Macabré dell' Elie riceva Pepiteto di ammira-
glio : Elie v. 891, 912, « Macabré l'amiral » ; Buovo, framm. udin. v. 290,
« Marchabrun l'amiré », testo laur. v. 567, « Marcabrun l'amirant ».
Ne risulta che Marcabruno e Macabré sono arnesi dell' armamentario cavalle-
resco adoperati per gli usi medesimi.
2. V. 1684 sgg.
3. Hist. ////., XXÎI, 310.
4. Basta restaurare Maucabré in Malcabri — restaurazione già più che naturale
per sè stessa, e domandata poi ad alta voce dal confronto di Melcabré —
perché ci s'imponga l'idea che Macabruno e Marcabruno, in cambio di star tra
di loro in rapporti genetici spiegati dall' attrazione di Marca, siano entrambi
metamorfosi di una forma primitiva con /, caduto nell' uno (cfr. Machiavelli,
ecc.), trasformatosi in r nell' altro. Conferraa questo modo di vedere, non
appena si rammenti la forma dataci dal documento orvietano, anche un
« Malchabrinus » (Enrico) nel Codex de Malabayla, n. 142 e 164. Vuol dire
che il nome, corne cosi spesso avviene per i personaggi saracini, sarà un
composto con mal. Cfr. nella sola Ch. de Roi., Malbien , Malcud, Malduit,
Malprimis e Malpramis, Malquiant, Maltraien. In ciô trova una spiegazione
eccellente anche il Mel- dell' Aspreinont. Quanto alla seconda parte délia
parola, vien fatto di pensare, cosi ai riflessi di crabro, calabrone, corne a un
derivato di caper, attribuendo poi, beninteso, ail' analogia di bruno un' azione
modificatrice. Chi prendesse invece le mosse da Macabré, Macabruno, correrà
col pensiero a macabro, con questo bel costrutto, di trovarsi a spiegare un
vocabolo oscuro, con uno più oscuro d'assai.
5. Pergamena dell' Archivio di Stato di Milano stessa. Ll dentro anche un
v Oliverius Oldonis » .
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28
P. RAINA
molto bene essere originaria ed appartenere ancora a quel tempo;
con tutto ciô una vera affermazione non me la vorrei di certo
permettere, ignorando se non ci siano altre Margherite tali da
doversi prendere in considerazione 1 . Dato poi chela Margherita
nostra sia proprio la Settala, ci son ragioni perché tra i due termini
estremi ci si deva tener vicini al secondo piuttosto che al primo 2 .
Del resto, quand' anche il documento spettasse solo al declinare
del secolo dodicesimo, ed anche al principio del decimoterzo, il
dato che esso ci somministra manterrebbe sempre un discreto
valore, avuto riguardo anche a ciô, che questo « Poleganus »
spetta aile campagne.
E qui non ci dobbiamo esimere dal concedere un ricordo ad
un « Yvorinus » notaio ad Ivrea nel 1210*, e, se si vuole, anche
ad un suo omonimo che era délia credenza dclla stessa città
nel 12964. Non glielo concediamo peraltro incondizionata-
mente. L'essere Yvorin escluso dalle redazioni italiane non
significherebbe nulla : che l'esistenza di una stirpe nostra non
potesse impedire ad individui délia schiatta francese di vagare
per la penisola, dovrebbe ammettersi a priori, ed è poi dimo-
strato in modo al di là di positivo dalla mescolanza di sangue
che vediamo essersi prodotta indipendentemente in più casi* ;
quantoad Ivrea poi s'aggiunge anche la circostanza del suo esser
situata precisamente allo sbocco alpino délia gran strada di
Francia. Ciô che obbliga a usar molta cautela, si è la conside-
razione del rapporto che ci si offre ben spontaneo tra quelP
1 . Afferma bensl l'autore di questa idea : un anonimo, appartenentc forse
al seicento, che sul dorso délia pergamena lasciô scritto, « Questo inventario
fu fatto al tempo che fu Abbadessa D. Margarita Settala délia quale trovo la
prima memoria dell* anno 1 121 fino ail* anno 1 148. »
2. Le ragioni appariranno probabilmente da un altro di questi « Contri-
buti », in cui vorrei occu parmi di Pulicane in modo spéciale.
3. M. H. P., I, 1167.
4. Ib., IL, 173 1. Che in cambio di « yuorinus tonsus » si abbia nella
stampa « ynorinus », dipende indubbiamente da una lettura erronea. Al
modo medesimo s'è ivi stesso scritto « ynanus » per yuanus »; I, 1191
« Dauesus « per « Danesus » ; ecc.
$. Nella redazione in ottavâ rima di Gherardo (Rte. int. ai R. di Fr.,
p. 215), nei Rmîi (ib., p. 188), nella stessa compilazione del codicc
marciano xm (ib., p. 134).
CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL' EPOPEA 29
« Yvorinus » e il nome délia città a cui i due Yvorini apparten-
gono. Che se deve parer strano a prima giunta che si potesse
chiamarsi « Ivreesi » ad Ivrea, parecchi « Padovani » a Padova 1
ci dicono che la stranezza non è punto di quelle che il medio
evo non conoscesse. Dato anche ciô, resta pur sempre possibi-
lissimo che si pensasse ad un tempo e alla patriae al personaggio
romanzesco, e che appunto dalla concordanza venisse l'im-
pulso. Che se questo pure non fosse, caverô nonpertanto un
qualche costrutto dalle cose dette, proponendo Pipotesi che per
Tappunto Ivrea, « Ivorie » per il medio evo francese, notissima
corn' era ai pellegrini e ai giullari, suggerisse quel nome di
<* Yvorin » per il marito punto marito délia bella Josiane.
Per ultimo è da ricordare un « Rondellus d ni Jacobini », a
Bassano, nel 1247, padre sicuramente di un « Jacobinus
Rondelli », già uomo fatto ancor lui poichè investito di un
ufficio pubblico, che ci è dato dal documento medesimo 2 . Assai
probabile, ancorchè non sicuro, che quel Rondello non sia se
non il nome del cavallo famoso di Buovo. Di metamorfosi
siffatte incontreremo altrove esempi non dubbi3.
Non è aile Guerre Sassoni ch' io passerei qui di preferenza,
se non mi ci portasse il rispetto che, per avère una norma, mi
son proposto di serbare ail' ordine che risulti dai dati cronolo-
gici esteriori. I canti che quelle guerre avevan suscitato dove-
vano bene esser noti colà dove sonasse nella sua forma epica il
nome del fiero pagano in cui si puô dire che la lotta si personi-
fichi. Siflfatto nome è poco largamente divulgato; ma nel terri-
torio padovano ci si affaccia con singolare insistenza. Un
« Witiclinum » da Caldana, insieme con un fratello e colla
madré, vediam fare una vendita ai 13 di ottobre del 11 15 4.
Ch' egli sia fanciullo, dice Tintervento di un tutore. Per
Tappunto otto anni dopo (18 ottobre 1123) un « Guitaclinus »
1. P. es. « Patavinus de Imiza » e « Patavinus » senza nulla più, nel 1209
(Verci, I, 54); « Patavinus a Prata », « Paduanus de Sangonatiis » nel 1275
(Griok, op. cit. y p. 251).
2. Cod. Eceîin.y p. 308. Giacobino è uno dei « marici » del Comune, e fa
per esso una compera di farine ; Rondello è tra i « fidejussores ».
3. V. p. 58 e 59.
4. Cod. dipl. Pad.y n. 72.
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$0 P. RAJNA
serve da testimonio in Torreglia ail* orfano di un nostro Artù
ed al conte Ugo suo zio 1 . Nel marzo del 1 134 ci si présenta,
e non minorenne, « Fulco filius quondam Witiclini », da Mon-
tagnone 2 . Nel 11 36 vien la vol ta di un « Witiclinus sartor * »;
nel 1 143 quella di un « Witaclinus forbitore* ». Menzionato
poi ancora « Guitaclinus fil. Comitis » rimasto a galla per via
di diciotto denari che pagava annualmente al vescovado di
Padova intorno al 1 146 5, chiudo la mia série con un altro
« Guitaclino » del 1149, discendente probabile di quel che ho
notato in primo luogo 6 , facendo grazia al lettore di molta roba
più tarda 7.
Al soggetto medesimo ci richiama anche il nome Sibilia.
Non senza dar luogo tuttavia a dubbiezze di più che una specie.
Per cominciare dal meno, délie Sibille o Sibilie famose l'epopea
ce ne offre due : insieme colla moglie infedele del re dei Sassoni,
ci dà quella calunniata e purissima di Carlo Magno. Dicendo
« Sibilia » è certo peraltro che si doveva pensare molto più alla
prima che a questa seconda; chè, mentre l'una non è mai desi-
gnata diversamente, i'altra, in Italia almeno, ci si mostra e quai
Blanchefleur e quai Belissant 8 . Non si pensi poi che il perso-
naggio abbia nel tema guerresco ad essere d'introduzione récente.
Una Chanson des Saisnes senza costei e senza gli amori suoi con
Baldovino, noi non arriviamo a conoscerla. E in sè stessa la
donna ci rappresenta uno dei tipi femminili più arcaici dell'
epopea francese 9.
Ma oltre a questo dubbio d'ordine secondario, ce n'è uno ben
più essenziale, che non posso arrogarmi di eliminare del tutto.
Ha proprio significato epico il nome ? Si badi che esso non è
1. N. 141 e 142; c V. Rom.> XVII, 356.
2. N. 261.
3. N. 300.
4. N. 442.
. 5. N. 461. Più sotto, nella stessa pergamena, il nome suona « Guitaclinus
de Comité ».
6. N. 514.
7. Darô semplicemente i numeri dei documenti : 526, $37, $59, 630, 766,
958, 1161, 1291, 1307, 1371, 1386, 1387, 1414, 1424, 1438, 1453» 1480.
8. V. Orig. deir Ep.fr., p. 195, nota.
9. Ib. y p. 270.
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CONTRIBUTI ALLA STOR1A DELL* EPOPEA 31
délia sola Italia. Délie Sibille o Sibilie — corne per le due donne
epiche cosi per le reali si oscilla nella Francia tra questa e quella
forma 1 — ne troviamo anche oltralpe in numéro ragguarde-
vole. Sennonchè va notato che esse , copiose nel secolo xn 2 ,
sono rare invece nel xi, dove fanno altresi un' apparizione tarda
abbastanza3. Sicchè abbiamo qui a fare con una novità, che
anche in quelle parti, al modo stesso corne s'è pensato in qualche
altro caso, ripete forse la sua ragione dall' epopea. E sia poi
questo oppur no, una volta che il nome, in quanto almeno
suoni Sibilia, s'ha da ritenere importato fra noi e importato
nelP età in cui Tepopea era in fiore, ragion vuole che appunto
nelF epopea, cui l'onomastica nostra ha indiscutibilmente tanti
obblighi, s'abbia in ogni caso da vedere il veicolo più naturale
per la sua propagazione.
In quanto, ho detto, suoni Sibilia. È questa la sola forma che
mi sia data dalla nostra tradizione cavalleresca 4, nè d'altronde
sarebbe assolutamente lecito fidarsi di Sibilia in causa délia
derivazione affatto diversa che si présenta ovvia per essa. Si
présenta ovvia e vorrà bene la preferenza — posto che il nome
sia riprodotto esattamente dall' editore — per una Sibilia che
1 . Nel testo di Alberico des Trois Fontaines quai è dato dallo Scheffer-
Boichorst (Pertz, t. XXIII), abbiamo, a proposito délia moglie calunniata,
Sibilia là dove si riassume il poema (p. 712-13), e Sibilia in un accenno che
slncontra più innanzi (p. 715). E mentre i testi francesi nella condizione in
cui si affacciano a noi portano abitualmente Sibille o Sibik, Ramon Feraut ha
invece Sibilia (V. Paris, Hist. poêt.> p. 498). Similmente, per contentarmi di
un esempio, nella stessa cronaca ed edizione di Alberico, la figliola di Ruggero
conte di Porcien, ora è detta Sibilia (p. 794 e 8$ 1), ora Sibylla o Sibilia (p. 796
e822).
2. Basta guardare V « Index Onomasticus » dei tomi XII e XIII del
Bouquet. Quattordici persone nell' uno, quattordid nell' altro — in parte,
beninteso, le medesime, per non dire di qualche altra riduzione — si chia-
mano a questo modo.
3. I tomi IX e X del Bouquet non mi danno esempio alcuno; Y XI
tre soli, in realtà anche alquanto più tardi di quel che non farebbero credere i
limiti del periodo indicato sul frontespizio del volume (103 0-1060).
4. Propriamente Sobilia (Rin. da Montalb., in Propugn., t. III, p e 2*,
p. 107 ; p. 78 negli estratti) : ma l'o, dovuto alla labiale seguente, non fa
differenza, e s'ha spesso d'altronde anche nell' onomastica storica. V. p. 33,
n. 1.
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32 P. RAJNA
insieme col marito ebbe a donare, prima qualche fondo, e poi
ogni sua proprietà e diritto territoriale, al monastero di S. Vittore
délie Chiuse presso Fabriano 1 . Délie due donazioni la più
récente spetta al 1123 ; l'altra risalirebbe nientemeno che
al 1077, ma forse sarà posteriore di vent' anni 2 . Comunque
sia, importa notare come dai paesi dove i due coniugi vivono e
posseggono, non siano gran che lontani i Monti Sibillini o délia
Sibilla, col relativo corredo di leggende.
Solo délie Sibilie vogliam dunque sapere; ma anche con esse
andiam più addietro che non ci abbian condotto i Guitaclini-
Guiticlini. Mi rifaccio da una che incontro a Ravenna, prima
nel 1109, poi nel 1126*. Una seconda apparisce moglie di
Solimano da Corte, in territorio padovano, sul cadere del 11 23,
e riapparisce vedova sei anni appresso^. Suppergiù altrettanto
antica una terza da Cassano in Val di Scrivia, che a proposito
di una figliola ci è rappresentata defunta in un atto genovese
1. MlTTARELLI, Op. cit., II, App. 2Ô2, e III, App. 296.
2. Un intervallo di quarantesei anni e più mesi tra due atti a cui parteci-
pano del pari il marito e la moglie, è taie di sicuro da suscitare una certa
diffidenza. S'accetterebbe nondimeno se non s'aggiungesse che Tindizione
non torna : è 5*, e dovrebb* essere 15a. Senza Paîtra considerazione si pense-
rebbe ail' omissione di un « décima », o piuttosto délia cifra che potrebbe
rappresentarlo ; ma poichè con un mutamento in se stesso altrettanto owio
— del 77 in 97 — si accomoda ogni cosa, sarà bene da appigliarcisi di pre-
ferenza. Nè fa troppa difficoltà che l'anno paia espresso per disteso in lettere :
il « septimo » che seguiva avrà in tal caso dato la spinta a scrivere « septua-
gesimo » in cambio di « nonagesimo ». Quanto ail' abate « Murico » nomi-
nato dalla carta, torna del pari con ambedue le date. Se un Murico era abate
nel 1077, un Murico, a quanto pare diverso dal primo, teneva la medesima
dignità anche nel 1097. V. nelPopera del Mittarelli il t. III, p. 54 e 73 del
testo.
3. Fantuzzi, II, 104 e 1 12-13. Venendoci da una fonte francese, potrebb'
esser Sibilia, sebbene dataci come Sibylla, e ci trasporterebbe ancora alquanto
più su, la figliola « cuiusdam Comitis Longobardiae » (De orig. Corn. Anàeg. y
Bouquet, XII, $34), che dovrebbe aver sposato Elia de la Flèche, conte del
Maine, e délia quale avrebbe ad esser figlia Paîtra Sibilla, detta più solita-
mente e più genuinamente Eremburga, che fu moglie di Folco V d'Angiô.
Ma questa pretesa moglie lombarda di Elia è scartata dagli storici. V. la nota
delP editore, e Sibylla nelP « Index Onomasticus ».
4. Cod. dipl. Pad., n. 143 e 194; e cfr. qui addietro, p. 5-6, n. 3.
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CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL* EPOPEA 33
del 11 57 E a Genova si vede il nome aver attecchito fin da
quoi tempi in modo veramente singolare 2 .
Con braccio più fermo di Sibilia ci condurrà, credo, aile
guerre sassoni Justamont : un nome in cui mi par di scor-
gere un originario Diotmund, DiotamundK Ciô che riman
molto dubbio gli è se l'origine voglia qui ripetersi dai canti
intorno alla guerra medesimadi Guiteclin. Certo nel poema di
Jean Bodel partecipa ail' azione un Justamont signore délia
Persia. E se costui è un personaggio episodico ed effimero* —
donde, insiem col resto, un accrescimento al dubbio, se già
fosse, oppur no, nelle redazioni anteriori 5 — di un altro Justa-
mont non introdotto davvero dal Bodel accade che si faccia
menzione parecchie vol te. È questi il padre stesso di Guiteclin,
che perô è chiamato talora antonomasticamente « li fils Justa-
mont 6 ». Sennonchè i casi suoi, qui appena accennati, erano
sicuramente soggetto di qualche poema spéciale 7 y che poteva
1. « Anna filia quondam sobilie de cassano » : M. H. P. y II, 389.
2. Si guardi alla série dei « Ianuenses aut Ianuae degentes » nell' indice
del tomo citato dei M. H. P.
3. Difesa, difensore del popolo. Un etimo germanico è imposto dal vedere
che romanamente il vocabolo, se ha l'aria di dir qualcosa, non dice che
assurdità. Quello che io metto avanti è ben disposto a ritrarsi di fronte a una
proposta migliore, che non obblighi neppure a ricorrere alF idea, per quanto
owia allorchè si tratta di nomi propri, di un' alterazione anomala dovuta a
ragioni ideologiche ed eufoniche.
4. Ci si fa innanzi nella série cxxxvn (t. II, p. 8), e bastano cento versi
perché sia tolto di mezzo, ucciso da Baldovino. Solo, siccome Puccisore usa
poi lo strattagemma di vestirne le armi, accade che de va poi ancora essere
ricordato nelle scène successive.
5. La Karlamagnûs~Saga ) se ho guardato bene, non lo conosce ; e sebbene
la forma del racconto che da essa abbiamo non rappresenti nient' affatto,
secondo me, una fase più antica, tuttavia, poichè meno ancora si tratta
di un' emanazione del poema nostro, anche il suo silenzio qualcosa val
sempre.
6. Nessun dubbio che non sia erronea la lezione « Brunamont », recata
talora da qualche codice, e improvvidamente accolta dal Michel, 1. 1, p. 5 e 6.
7. Di questo e d'altri poemi perduti intorno agli antenati di CarloMagna
mi occupa vo in un capitolo délie Orig. delV Ep. fr.> che l'economia dej
lavoro m'indusse a sopprimere. La materia potrà poi trovar posto in questi
Contributi .
Remania. XVlll. i
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34 p - RAJNA
benissimo esser penetrato in Italia, e al quale nulla vieta che si
dovesse direttamente, anzichè per riflesso, la divulgazione. Ma
comunque sia, aile guerre sassoni, volendo stare aile maggiori
probabilité, mi terrei fermo ad ogni modo, parendomi che quella
sia per il nome la sede vera, ancorchè, presto o tardi, accada
d'incontrarlo anche altrove, come ad esempio nello Pseudo-
Philomena 1 .
E anche i Giustamonti fanno presto Papparizione loro. Chè
vorrà di sicuro correggersi in Çostamons ecc. il Costamons,
-montis e anche Costamontus, che in due documenti del giugno
1 136 editi dal Fantuzzi ci désigna un grande, ammogliato di già,
che insieme con un fratello e in nome anche di altri fratelli,
certo minorenni, délia madré, délie rispettive mogli, restituisce
alla chiesa di Ravenna tutto ciô che la sua famiglia le aveva
occupato 2 . Di qui le mie raccolte nello stato loro attuale mi
obbligano a discendere fino al 1172 per trovare un altro esem-
pio : Giustamonte da Trebbiano, tra i grandi délia Lunigiana3.
Procedendo un poco — cosa da parer singolare per un nome
siffatto — gli esempi abbondano. Raccogliamone alcuni. « Jus-
tamons de Sancta Agatha » esercitava a Pavia l'ufficio di
notaio sul finire del secolo xiH. A Milano ho Giustamonte
Torriani, diacono nel 1201, canonico nel 1206, vivo sempre
1. V. p. 86, 92, 93, 96 délia traduzione latina pubblicata dal Ciampi. Sono
invece sempre guerre sassoniche o qualcosa di molto affine quelle cui si trova
frammischiato un Justamont dentro ad uno dei frammenti che abbiamo del
Floovant olandese.V. Darmesteter, op. cit., p. 41.
2. Mon. Rav., IV, 254-257. Un esempio anche più antico del ravennate
pretenderebbe di fornirmi una pergamena proveniente dal Monastero Maggiore
di Milano (Arch. di St.), chesotto la data del 30 dicembre 1162 parla di un
fanciullo figlio « condam stephani, qui fuit filius condam Justamonti, qui
dicitur de vicomercato ». Ma la carta è una manifesta e grossolana falsifica-
zione, délia quale si scorge il motivo in un accenno alla dipendenza del
monastero di Rivolta da quello di S. Ambrogio : argomento che dovette dar
luogo a contestazioni.
3. M* H. P. y II, 1033-35. Un « rollandino uicedomino quondam iusta-
montis de treblano » appiè di un editto del vescovo di Luni (ib., 1203),
m'insegna che nel 1200 questo Giustamonte era morto.
4. Lo conosco da pergamene del 1 197, 1198, 1 199, venute ail' Arch. di
St. di Milano dal monastero di S. Pietro in Ciel d'Oro.
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CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL* EPOPEA 35
nel 1223 *. Giustamonte Guardavilla, da Pontremoli 2 o press'a
poco, e « Justamons » o » Zustamons » notaio del Podestà
di Treviso3, mi appariscono entrambi al 122 1. Sotto Panno
1243 trovo un Giustamonte o il figliolo d'un Giustamonte
— il testo riesce d'interpretazione alquanto dubbia — nel terri-
torio di Fermo4. Ritorno a Milano con « Justamons Cicata »
o « Cicada », vale a dire Cicala, negli anni 1245 e 12545. E
alla coda di tutta questa gente verrà a collocarsi nel 1259 il
lodigiano « Justamons Grossus 6 ».
Preso commiato da costoro, arrivo a un tema assai istruttivo,
che mi dà occasione di mostrare quanto siano fallaci i criteri
usati per solito allorchè dal contenuto si vuol giudicare delP età
délie Chansons de geste. Il tema è la storia del personaggio che
una Chanson pervenutaci in doppia redazione francese chiama
di norma Otinel, ma poi anche spesso Otes -on 7, nome di cui
Otinel parve essere un diminutivo. La medesima idea generô
la forma Ottonello, che nell' Italia ebbe, credo, col tempo a pre-
valere 8 , ma che ritrovo altresi nella Spagna9; e mi domando
1. Litta, Fam. cel. y t. IX, Torriani, tav. 1. Non essendomi accertato che sia
una persona diversa, ometto nella série un « Justamons » del 1220, che
so essere in una carta del monastero di S. Ambrogio solo dallo Spoglio
Ferrario-Cossa.
2. M. H. P., II, 1305.
3. Verci, I, 63.
4. Reg. Firrn., p. 380.
5. Frisi, Cod. dipl. Af<wrç., p. 113 e 124.
6. Af. H.J*., I, 1461.
7. Nel testo quai è dato dal Guessard e dal Michelant, spesso Otes, talora
anche per il caso obliquo (p. es. v. 214); di rado invece, e solo molto
innanzi (dal v. 1395), Oton, che in compenso tuttavia si trova elevato ancor
esso a funzione di soggetto (v. 1854).
8. « Ottonellus » a Octonellus », nel racconto di Giacomo d'Acqui
(M. H. P., Scr., m, 1504-150$ ; Paris, Hist. poèt., pag. 505) ; « Ottonello »
nel Cantare dei Cantari y che consacra un' intera ottava — la 52» — al rias-
sunto di una versione certo toscana e probabilmente perduta , nella quale il
tratto più notevolc è il neologismo delT aver fatto intervenire e assegnato una
parte culminante a Rinaldo (Zeit. f. Rom. P/;i7., II, 435).
9. Nel noto passo del trattatello De iis que sunt necessaria ad stabilimentum
castri ecc, che, correggendo una mia ingiusta titubanza (Orig. delV Ep. jr. y
pag. 17, in nota) dirô chiaro dover bene appartenere al secolo xin (V. Mila,
Poes. her.-pop. cast., pag. 336), non già al xiv, e meno che mai al xv. Per
nuda che sia la menzione, a mio vedere, tutto considerato, essa basta.
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P. RAJNA.
se mai non fosse un Otunel svisato dal non essersi posto mente
alla lineetta che pote va rappresentar la nasale, anche YOtucl,
più o men spurio ad ogni modo, délie versioni inglesi e délia
scandinava 1 .
Ma la forma originaria non è neppure Otinel, bensi [Hospinel,
denominazione che noi troviamo largamente diffusa per desi-
gnare il personaggio medesimo 2 , e che gli è attribuita talora
1. Un' altra spiegazione potrebb' essere, che si trasformasse di proposito
in Otuel un Otuiel dovuto a una falsa lettura di Otinel. Un' altra ancora , che
YOtutl fosse dato per mero error di copista dal codice che si aveva davanti ,
a quel modo che in un passo ce lo troviamo avère anche noi (v. 83). Qua-
lunque poi délie alternative si preferisca, non paia strano che l'infezione, nel
capostipite donde hanno a discendere tutte le versioni che hanno comune
YOtucl, potesse propagarsi alP intero poema. Che ciô seguisse, si dovrà,
credo, al costume, che nei monoscritti délie Ch. de g. porta a rappresentarc
per solito i personaggi principali colT iniziale soltanto.
2. L'identità di Otinel e Ospinel è tacitamente avvertita dal Gautier, Ep.
fr. y t. III, p. 398 nella 2* éd., e ben a torto vuol contestarla il Treutlcr
nel suo lavoro intitolato Die Otineîsage im mittelalter (Engl. Sud., V,
148-49). Nel Gautier avranno generato il convincimento cosi Giacomo
d'Acqui, rispetto al quale si veda la nota seguente, come l'autore del Karl
Meinet, che fa un Ospinello protagonista di casi, dove, al di sotto di una
grande difformità, non è da disconoscere un' affinita sostanziale col conte-
nuto deir Otinel. Ma una prova anche più sicura è data dallo Pseudo-
Philomena. Ivi, nelT enumerazione délia grande oste di Marsilio, troviamo
insieme uniti « Hospinellus et Fernegandus rex Nazarae » (pag. 36). O chi
mai a quel nome di Nazara non riconosce in « Fernegandus » (« Çerragandus »
a pag. 119, dove s'ha del pari immediatamente prima « Hospinellus ») il
Fernagut, Fernagu délia tradizione consueta ? Ora, nell' Otinel il protagonista
è precisamente nipote, e per taluno anzi, ancorchè non bene, figliolo (V. la
prefazione degli editori, pag. viij) del famoso gigante :
Una voltapoi stabilita l'identità, non c'è da rimaner titubanti quanto al ricono-
scerc in Hospittelh forma primitiva ; giacchè non so chi mai potrebbe sentirsela
di derivare Hospinel da Otinel, che qucll' / ci mostra non aver nemmeno la
rctta coscienza di sè medesimo, in quanto non gli permette di essere quel
diminutivo di Otlone ch' esso pretenderebbe. La derivazione inversa è invece
suscettibile di spiegazione. Hospinel ebbe, credo, a diventare Ostinel, proba-
Mes oncles fu Fernagu li gentis,
Icil de Nazze , que Rollans m'a ocis.
(v. 243 ; cfr. v. 420.)
CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL* EPOPEA
37
anche nella tradizione italiana 1 . Buon per noi : poichè ciô
che Ottoncllo ci susurrerebbe dubitosamente, Ospinello ci dice
con voce chiara e sicura 2 . E ce lo dice per Tappunto nella
regione nostra settentrionale , dove la leggenda ebbe a fissarsi
bilmente sotto Pazione di Ostin, Agostino. Ostinel trovo in realtà al v. 2001
dcl poemetto; nè Tesser esso suscettibile di una spiegazione meramente
ortografica deve farci disconoscere i diritti di quesf altra. Quanto al pas-
saggio da Ostinel a Otinel, dovrebb* essere accaduto in uno dei territori che
più precocemente fecero tacere il s dinanzi a /. Il fenomeno comincia
a raostrarsi troppo presto perché la cronologia ci crei imbarazzi. Che se
alcuno ancora mi domandasse, cosa io pensi sia da fare di Hospinel giunti
che siarao lassù, direi che un dirainutivo esso me pare indubbiamente,
e diminutivo di qualcosa che ho bene incontrato talora nell' onomastica
italiana (« in loco bucena in domo ospini », Pergam. dell' Arch. di St. di
Firenze, Camaïdoli, a. 1 1 50), ma di cui l'esempio veramente istruttivo mi è
dato dalla Cronaca dello Pseudo-Turpino, cap. ix : « Ospinum regem
Agabiae ». Più oltre di cosi non oserei andare se non con qualche congettura
che dovrei far seguire da troppi punti d'interrogazione , perché non sia
meglio mantenere il silenzio. Dirô solo, parermi verosimile che Yh iniziale,
recata per lo più dalle scritture, sia originaria. In Ostinel, Otinel, essa dovrebb'
esser venuta meno per l'azione stessa di Ostin, o per una ragione idiomatica.
1. La incontriamo presso Giacomo d'Acqui : ancorchè sia ben possibile
che dell' identità tra il « magnus paganus » donde ci si dice aver nome
la « custodia Hospinelli », e il « juvenis paganorum gigas », di cui si
narra poco dopo sempre chiamandolo Ottonello, il cronista non avesse
coscienza. È la diversita dei due vocaboli che obbliga a un forte dubbio;
chè, quanto al parlarsi di Ottonello corne fosse un personaggio nuovo,
non significherebbe nulla per un autore corne costui, che, a giudicarne
dalle ripetizioni che abbiamo in questo racconto stesso, si direbbe non
rammentarsi più dopo poche righe se una cosa l'avesse già detta oppur no, e
non darsi punto la briga di chiarirsi col rilegger lo scritto. Ma quand' anche
Giacomo avesse creduto che Ospinello e Ottonello fosser persone distinte, il
loro esser tutt' uno apparisce chiaro al lettore moderno délia sua narrazione,
posto che dei soggetto abbia una certa quai conoscenza.
2. L'esempio di Ospino nell' onomastica nostra che ho citato testé, non
m'impedisce di giudicare in tal modo. Ospino intralcerebbe se fosse fré-
quente. Data invece la rarità sua e la non rarità di Ospinello, è chiaro che
Ospinello si dovette diffondere indipendentemente quai nome a sé, in forza di
ragioni sue proprie, che io non dubito di rawisare nella narrazione epica di
cui si vien ragionando.
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3«
P. RAJNA
Dio sa fin da quando 1 , non già in maniera vaga, bensi con
determinazioni specifiche, le quali potranno variare nei par-
ticolari, che saranno qui più, là meno copiose, ma che nella
i . Resto un po* titubante tra il ritenere che la scena sia stata messa 11 fin
proprio dal primo concepimento, e il supporvela trasferita da un territorio
spagnolo o attiguo alla Spagna. Per la prima ipotesi sta la condizione di fatto,
e queir antécédente délia presa e distruzione di Roma (v. 91 sgg.), cui non
si rinunzia troppo volentieri. Ma anche per Paîtra ci sono degl' indizi. Il
nome più autentico per il gran re saracino — ben a torto confuso con Marsilio
— di cui Otinel è messaggio, ha da esser Garsie (V. Bangert, in Zeii. f.
Rotn. Phil., V, 582-83); e in questo Garsie s'è fortemente tentati di cercare
un Garcia. E dice pur qualcosa l'essersi pensato a fare d'Otinel un nipote di
Ferraù ; e qualcosa dice altresl Taccoglienza data a Hospinel dallo Pseudo-
Philomena, e più forse TOspino délia cronaca turpinesca. Inoltre, ha un certo
significato l'esser messa in Ispagna l'azione dell' episodio di Ospinel nel Kar-
Meinet. Finalmente c'è un ultimo dato, più intéressante e curioso, se anche
non più conclusivo degli altri. La Ch. de Roi., nel richiamare che fa replicata-
mente la sorte fatale incontrata da Basan e Basilie messaggeri a Marsilio,
désigna due volte il luogo dove il fatto awenne. Il nome è stato assai poco
fortunato , dacchè le varie versioni che conservano questo tratto lo danno in
maniera difforme. Ven. vu (ed. Fôrster, p. 13 e 37) reca Mont Oie; Chât.
(ib.)> una volta Aute Vile, un altra Aute Hoie ; Ven. iv, nel secondo soltanto
dei due luoghi, Dalmacie ( « al pont de », v. 391) ; ed Oxford stesso, al pari
di Châteauroux, non è d'accordo con sè medesimo, dacchè la prima volta
ha Haltilieiy. 209), la seconda Haltoie (v. 491). Ma insomma, tra i due nomi
che ci offre il testo d'assai più attendibile, l'uno, cioè Haltilie, concorda con
quello délia città contro cui Carlo viene nell' Otinel; chè, se questa città è
detta di solito Atilie, Atylie, essa apparisce talvolta anche corne Hatelie
(v. 730), e nelle testimonianze italiane è per lo più propriamente Altilia
(Cant. dei Cant., 1. cit.; e V. i passi di Galvano Fiamma che cito nella nota
seguente). Ed ecco un argomento che di sicuro varrebbe assai, se non fosse il
dubbio che VHaltilie fosse suggerito a un trascrittore délia Ch. de Roi. per
l'appunto da una reminiscenza dell' Otinel. E data pure la genuinità di questa
Haltilie, restcrebbe un dubbio anche più forte, che YOtinel prendesse il
nome délia città dalla leggenda délia guerra di Spagna, alla quale è cosi for.
temente legato il suo stesso protagonista. L'autore primitivo potrebbe aver
immaginato che precisamente quai ricordo délia città spagnola i saracini chia-
massero Haltilie quella da loro medesimi edificata o afforzata in Italia
Une cité ont fet en Lombardie;
Paien l'apelent la cité d'Atillie.
(v. 190-91.)
CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL' EPOPEA
39
sostanza concordano cosi nelle versioni straniere corne nelle
nostrali, sempre portandoci sulla riva sinistra del Po, nella
vallata délia Scrivia 1 . Quindi, date le tendenze onomastiche
i. Si guardi al gruppo rappresentatoci dal poemetto francese, tenendo
a confronte», insieme colla lezione pubblicata dal Guessard e dal Michelant,
pag. 26, il frammento edito da E. Langlois nel t. XII di questo stesso gior-
nale, alla pag. 440-41. Carlo scende per il passo cotanto battuto del Gran
S. Bernardo (a Mongiu » ), sbocca dalla stretta de* monti ad Ivrea (« Ivorie »),
e quindi si conduce a Vercelli. La strada consueta lo guiderebbe adesso
per Mortara a Pavia ; ma ecco che invece l'autore lo fa deviare, traendolo al
Monferrato, ridotto ad essere un monte ( « Muntferant muntent » ) con un
ritorno aile origini determinato dall* etimologia, e alla riva di un fiume, che
è detto « Ton » e in cui non s'ha difficoltà a riconoscere il Tanaro. E c'è di
più. Qui sul fiume l'oste francese s'accampa a « Monpoun », « Munpounc » ; e
sul Tanaro, in prossimità di queir Alessandria che YOtineî ignora a troppo
buona ragione e che i collegati lombardi ebbero certo a piantare in questo
laogo nel 11 68 per ragioni strategiche dipendenti dalle strade, noi troviamo
Pavone, che il vicino Montecastello ci dice non a capriccio fatto « Monte »
dalla Chanson. O il prefisso era comune ad ambedue le borgate, oppure
awenne una specie di metatesi, non casuale neppur essa, corne si capirà più
sotto. — E Altilia ? — Altilia, che sorge dall* altra parte del Tanaro e ad una
discreta distanza, ma che già s'è detta visibile dal « Muntferant », ha
tutta l'aria di voler essere identificata con Tortona. Un altro passo del poema
riesce di valida conferma ; chè, se è già quakosa il trovare Altilia « Entre .11.
eves » (v. 192), corne appunto è Tortona, il qualcosa diventa assai allorchè
si vede Tuna délie due acque esser detta « Soigne », nome che ben risponde
a quello del torrente Ossona, a ponente e a mezzogiorno délia nostra città.
Nè a questa circostanza scema valore raffermazione di una cronaca milanese
del secolo xiv dal nome pretenzionoso di FIos Flontm (V. intorno ad
essa YArcb. Stor. Lomb., XIV, 12), secondo la quale (f° 43 b del cod. brai-
dense) la Tortona di adesso non sorgerebbe colà dov* era quella che il
Barbarossa distrusse : i Milanesi l'avrebbero rifabbricata « longe a loco ubi
tune erat per milliaria .xij. in monte ». Di cotai spostamento, non solo non
trovo nuUa nei contemporanei, ma esso mi pare escluso dal modo corne délia
restaurazione parla — e ne parla con ampiezza — l'autore del poema scoperto
e pubblicato dal Monaci (Gesta di Federico I in Italia, Roma, 1887, v. $04-609).
Si awerta poi che « Tortona » ci spiega anche perche il Tanaro sia illegitti-
raamente divenuto a Ton » nel poema francese. — Del resto, ciô che
qui rimane pur sempre congettura, è un' affermazione positiva in fonti
italiane. Nello stesso Flos Florum (1. cit.) noi abbiamo : « Galli suprascripti ,
in ripa Scrivieapud sanctum Precipianum, in provintia Lombardie, Altiliam,
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40
P. RAJNA
che noi si vengon studiando, un eccitamento ben vivo a pren-
dere a prestito il nome del pagano convertito, cui, insieme
colla mano délia figlia, Carlo Magno concedeva il dominio « de
tote Lumbardie 1 » .
E il prestito mi occorre fin dal 1147 in una pergamena del
Monastero bergamasco di S. Giacomo di Pontida, per taie che
risiedeva nel prossimo Cisano e che sarà probabilmente nato nel
sive Tredonam, fondaverunt ». E Galvano Fiamma, una délie solite fonti per
l'autore del Flos, scrive nel cap. 74 del Manipuïus Florum (Muratori, R. Jt.
Scr., XI, 587) : « In hac provincia » — nell* Alpiscottia — « est Altilia, idest
Terdona, urbs antiquissima ». E più istruttivamente nella Politia Novella,
cap. 95 (f° i8 b -i9 a nel cod. Ambros. A. 27$. inf.) : « Similiter Tertona, que
secundum Sycardum prius dicta fuit Altilia, in ripa fluminis Scrivie apud
sanctum Precipianum fundatur. » La parte délia cronaca di Sicardo in cui si
diceva ciô insieme con moltissime altre cose che a noi piacerebbe di leggerc
nel suo proprio testo, se non è perduta, è smarrita; ma intanto possiamo
essere ben grati a Galvano di averci indicato la sua fonte, per la data preziosa
che ne viene a risultare; chè Sicardo mori nel 121 5. — Con questa topogra-
fia conviene nella sostanza, dissentendo solo negli accident! , quella assai più
ricca di Giacomo d'Acqui. Lasciando stare le cose che ci distrarrebbero inde-
bitamente, il ponte costrutto da Carlo sul Tanaro, comune anche al poema
(v. 739-4$), qui, invece che aPavone,è posto a Montecastello : lieve differenza
che val più di un accordo esatto, e che ci riesce gradita anche per una ragione
già vista. Quanto ad Altilia — o, corne dice Giacomo, d'accordo colle rcda-
zioni francesi che ci son pêrvenute, Atylia, Atilia y Atyllia — non è qui
Tortona, sebbene anche questa città si a parte cospicua del dominio saraci-
nesco e col suo assedio e la sua presa abbia compimento la guerra. Altilia
è situata « supra Serravalum » (Àf. H. P., t. cit., col. 1502), un venti chilo-
metri più addentro nella vallata délia Scrivia. E stando ad un altro passo
(col. 1504), parrebbe che la città s'avcsse ad estendere fino a Serravalle
medesima, dove ad ogni modo sorgeva uno dei forti che ne proteggevan la
fronte.
1. V. 644 neir ed. G. -M., 7 nel frammcnto stampato nella Rom. (p. 438).
In questa seconda lezione sono anche specificati i nomi di varie città :
Vercelli, Ivrca, Asti (« Chaste » vuol correggersi in « Haste »), Piacenza,
Pavia, più una « Tuela », di cui non so dare spiegazione sodisfacentc.
Sarebbe mai da scrivere « Buela », Biella, nei documenti latini « Bugella »?
La restituzione riesce paleograficamente alquanto ostica, c c'è anche la grave
difrîcoltà dell' esser Biella fuori délia strada.
CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL EPOPEA 41
primo ventennio del secolo x . Gli faccio tener dietro un « Hos-
pynellus » testinionio a Monselice nel 1159 2 , per non separare
i molti somministratimi da atti genovesi, che portano la data
del 11573, del n6o4, del 1161*, del 1162 6 , del 11647 : tra
costoro un « Hospinel de Verdun », nipote di un « Oliver »
parimenti « de Verdun », che ha un' apparenza esotica, dalla
quale non ci si deve lasciar trarre in inganno; chè non si tratta
di sicuro se non di un nativo del Verduno situato in prossimità
di quel Tanaro, che ha tanta importanza per la leggenda nostra 8 .
E Bassano ci dà al 1 175 un Ospinello « de Margnano » 9, Bologna
al 11 80 un Ospinello Carbonesi 10 , del quale non sarà più récente
TOspinello, padre di un Augellino nominato tra coloro che
giurarono nel 1201 la pace con Ravenna, Forli e Faenza 11 ;
Feltre, al 1182, Ospinello « de Nassa 12 »; Treviso, al 1186,
Ospinello « de Johanne Dodone 1 * », e al 1190, in ufficio di
Console, Gomberto Ospinello x 4; Como nel 1 195 Ospinello
detto da Lomazzo 1 *; finalmente, per troncare la litania, di cui
1. Arch. di St. di Mil., Proven. indicata.
2. Cod. dipl. Pad., n. 721.
3. M. H. P., II, 395, 420, 455.
4. Ib. 9 col. 659 e 709.
5. lb., col. 743 •
6. Ib. f col. 800.
7. lb., col. 913.
8. Verduno sta tra Alba e Cherasco. Dell' aversi « Verdun » e non
« Verduno » cosi per Ospinello (col. 743) corne per un suo zio, « Oliver de
Verdun » (col. 395), la ragione è meramente dialettale, ed ha riscontri quanti
si vogliono nel « Notulario » dello Scriba, cui anche quest' atto appartiene.
Similmente « Hospinel », o propriamente « Ospinel », era la forma usuale; e
gli esempi son vari. Quindi anche un genitivo « Ospinelis » (col. 45 5), e un
dativo « Hospineli » (col. 913).
9. Cod. Ecelin.y p. 65.
10. Ghirardacci, I, 96.
11. « Auxellinus de Uspinello » : Tarlazzi, Append. ai Mon. Rav. del O
M. Fantuççi, I, 78 : in Mon. Istor. pertin. aile Prov. délia Romagna.
12. Nella carta citata, od anzi ricitata, a p. 26, n. 2.
13. MlTTARELLI, Op. cit., IV, App., p. 1 52.
14. Cod. Ecelin. y p. 105.
15. Repert. dipl. Cremon., p. 176.
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42 P. RAJNA
questo saggio basta a indicar la ricchezza, Ravenna nel 1200
Ospinello « de Marotto », uno dei giuratori dell' accordo con
Ferrara 1 . E alla caterva avrebbero virtualmente il diritto di
essere aggiunti anche non pochi tra gli Ottonelli 2 ; e un diritto
più che virtuale vorrà fiduciosamente riconoscersi a qualche
Ottinello, che ha solo il torto di affacciarsi alquanto tardi *. E
non parrà poi molto giustificato il sospetto che anche gli
Spintlli siano, perlomeno in molta parte, degli Ospinelli? Ospi-
nelli, s'intende, ben presto non più consci delF essere loro;
quindi in due carte pistoiesi del pari e appartenenti al medesimo
anno 1190, si potrà avère, al modo stesso corne uno Spinello,
altresl un « Ispinellus4 ».
Nè Ospinello colle sue varianti e derivazioni è il solo nome
che la nostra leggenda abbia introdotto, e non è neppure il più
esplicito. Cosa si dirà incontrando fra noi dei Garsilioni? O ci
potrà mai essere ombra di dubbio che non siano se non un
1. Tarlazzi, op. cit. 1 I, 76.
2. Ne indicherô qui taluno : 1 174, Ottonello, investito di certe terre dalla
badessa di S. Pietro di Padova (Cod. dipl. Pad., n. 1 161); 1 180, un Ottonello
veroncse « filius... dom. Turisendi » (Verci, I, 31), tutt' uno certo con
Ottonello de* Turisendi, podestà di Vicenza per opéra dei veronesi stessi nel
1 185, secondo abbiamo dalla Storia di Gherardo Maurisio (R. I. 5., IX, 1 1),
c altresl, credo, coll* Ottonello che troviamo tra i consoli appunto di Verona
duc anni appresso (Muratori, Ant. It. M. Ae., IV, 479); poi, 1186,
un terio Ottonello, in una carta rogata in territorio trevigiano corne una
ciuta dianii, pur essa del Monastero di S. Daniele e air Archivio dei Frari.
Si noti bene il fatto che gli Ottonelli appariscon più tardi degli Ospinelli.
In cio s'ha un ottimo indizio délia loro origine cavalleresca, e insieme una
rlprova di quanto si disse intorno al posto rispettivo che nella storia délia
le^enda vuolc assegnarsi ai due nomi.
« Ottinellus Meliorati », del Consiglio di Lucca nel 1234 (Muratori,
A. /. M. Ae. % IV, 73)-
4. le due pergamenc, del Capitolo di Pistoia la prima, la seconda dello
Spcdalc di S. Grcporio, sono ail* Archivio di Stato di Firenze. Portano le date
risiH'ttive del 15 luglio e del 23 marzo. Nel fascio medesimo, cotne se
spettasse *ncor essa al 1190, mentre in realtà è del 1189 (« vij kl. ian. » ),
>e ne trova con uno « Spinello » altresl una terza. Proviene dalla Badia di
i:ohibuouo, sui Momi del Chianti. Nessun Spinello ho incontrato invece
nelle $7 pcruamenc che Y Archivio possiede del nso. Tra questi limiti, chi
volesse darsi la briga di cercare, ne rintraccerebbe di sicuro non pochi.
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CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL* EPOPEA 43
riflesso del Garsilie -Mon, in cui Pazione s'incardina 1 ? E un
« Garsilione » ebbe nel 1 167 un' investitura dal capitolo di
Padova, pur ricusando di prestare omaggio 2 . Probabilmente è
lui stesso quegli che si trova poi nominato Tanno 1178 nella
delimitazione délie parrocchie di Padova, e quegli che nel 1 179
apparisce per entro aile testimonianze prodotte a proposito di
una certa lite, di cui s'ebbe a toccare quando si discorse di
Galvano da Fiesso3. Risulta dal secondo di questi tre docu-
ment che Garsilione era délia famiglia da Vigonza 4.
E ad Ospinello-Ottonello e a Garsilione aggiungerô subito
Cbiarello, « Clarellus ». Che l'origine sia per esso altresi da
cercare nell' epopea, dove il nome, insieme con tutta la sua
famiglia, si trova largamente diffuso, e diffuso specialmente tra
la gente saracinesca*, è probabile in grado sommo; e che dato
1 . Ho riconosciuto più addietro col Bangert che la forma più autentica per
questo nome è Garsie. Ciô non toglie che Garsilie non sia riuscito a farsi
molto valere, dando luogo anche alla confusione con Marsilio. 11 Garsilion di
caso obliquo, represso per lo più da una specie di azione postuma di Garsie,
abbiamo nei v. 29 e 36 del testo a stampa. Poichè presso Giacomo d'Acqui
sTia qualcosa di diverso affatto, cioè un duca Marco, giova avvertire che cosi
non awiene nella versione riassunta dal Cantare àei Cantari : « Carsilio ad
Altilia assenbrato ».
2. Cod. dipl Pad., n. 911.
3. N. 1307 e 1329. L'identità del Garsilione nei n. 911 e 1029 poggia su
buoni fondamenti. Nel primo, come s'è detto, Garsilione riceve un* inves-
titura dai canonici, e la riceve, aggiungo adesso, insieme con altri due che gli
saranno fratelli, « pro se et suo nepote » : nell' altro un cotale dichiara di
sapere « quod Garsilione cum nepote suo Iohanne habent duos mansos in
Strada », terre queste che da argomenti generali e anche da qualche indizio
spéciale si capiscon bene esser roba dei canonici. Quanto al n. 1307, serve
a collegarlo col n. 1329 una certa « d. Elicheta » o « Elicketa », rispetto alla
quale non istarô ad entrare in particolarità.
4. « ...ut de solario illorum de Vigoncia pars Garsilionis » ecc.
5. Nella Ch. de Roi. abbiamo Clarin, Clarien, Clarifan (v. 63, 2670 e 2790
del testo d'Oxford) ; il Fierabras mette in iscena un Clarion, nipote di Balan
(v. 4064 sgg.) ; nella Mort Aymeri de Narbonne ci viene innanzi Clarissant,
principessa del paese di Femenie (V. l'indice dei nomi nelP ed. délia Soc. des
Ane. Text.); YAspremont, giusta gli appunti miei presi sui codici marciani,
conosce e adopera un re Clariel. E cosi ci sarebbe da seguitare parecchio ,
specialmente se si scendesse alla letteratura romanzesca italiana, dove Chia-
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ciô sia da far capo al Clarel, su cui nell' Otitiel, convertitosi il
protagonista, riposano soprattutto le sorti pagane, puô, in tanta
notorietà del poema, e avuto anche riguardo al ritratto che ci
si fa del personaggio *, tenersi poco men che sicuro. Quanto al
tempo deir apparizione, non vorrei dire che da un « Gerardus
Clarellus » — non so se parmigiano o modenese — che nel 1 188
giurô Taccordo con Reggio 2 , sia lecito riportarsi alla genera-
zione antécédente. Che il nome rappresenti qui la paternità, è
possibile, ma forse non troppo probabile*. Ma sia corne si vuole,
a questo « Clarellus » circondato da nebbie, soggiungiamone
uno da Candiana, in quel di Padova, che apparisce nel 1 178,
nella forma ben notevole di « Clariellus* >»; indi un altro,
riello, oltre ad esser nome conosciutissimo per sè, gênera anche un femminile
Chiariello , ben noto per ragione del Pulci. Tutti costoro son saracini. Dalla
parte cristiana abbiam specialmente il Clarté, Clarion, di cui narra parecchio
YAspretnont, e di cui sarà da parlare più oltre.
1. Egli morrà infedele; eppure si guardi corne la sua figura ci sia
presentata :
Li quart Clarel a la chiere riant :
N'ot plus bel home tant com soloeil resplent ;
Il n'est nus home qui joste li demant,
Ne si hardi, se il a cop l'atant,
Qu'il ne Tocie ou abate sanglant.
(v. 766-70.)
E si osservi più oltre la condotta sua verso Ogier, ch' egli scampa mentre è in
procinto d'essere sopraflfatto, mozzando il capo a taie che vuole opporsi
(v. 994 sgg.). Che il carattere non sia tuttavia rappresentato dovunque corne
noi si desidererebbe, e che Clarel possa anche essere chiamato v li gloz »
(v. 1433), non ^ cosa da ^ ar meraviglia.
2. Muratori, Ant. II. M. Ae., IV, 354 e 356.
3. La possibilità, oltrechè dalle ragioni generiche, è stabilita dal fatto che
in questi giuramenti la stessa persona si trova chiamata una volta « Dominus
Rogerius Sigifredus » (col. 353), due altre « Dominus Rogerius Sigifredi »
(col. 356). La scarsa probabilité, dal non esserci qui altro esempio sicuro, ail'
infuori di questo, del nome paterno in forma appositiva o aggettivale. Per
solito — e gli esempi son numerosissimi — è in genitivo o ail' ablativo col de
che noi lo abbiamo. Perô si sarebbe tentati, se mai, di risalire finoal nonno;
ma con quale accrescimento d'incertezza, ognuno capisce.
4. Cod. dipl. Pad.y n. 1304. Cfr. qui dietro la n. 5. E ancora mi giova
avvertire che porta « Chiariello » anche proprio nel sunto dcll' Ottonello il
dintare deiCantari : « ...eOrlando, passato II ponte, combatte con Chiariello.»
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CONTRIBUMI ALLA STORIA DELL* EPOPEA 45
« filius Ioannis de Sténo », che vediamo in Padova stessa giu-
rare due anni dopo Palleanza con Ceneda e Conegliano 1 , ris-
petto al quale nessuno potrebbe dire se sia o no tutt' uno col
« Clarellus » che nel 1190 è testimonio a una convenzione per
motivi di fodro tra il vescovo padovano Gherardo e certi messi
di Enrico VI 2 . Aggiungiamo ancora un esempio vicentino del
12083 ed uno trevigiano del 1233, rimandando in pace la turba
dei posteriori.
Dopo tutto ciô, accadendo di trovare délie Altilie in prossi-
mità dei luoghi dove si poneva la sede famosa, sia poi di re
Garsilio, sia del duca Marco 4, chiamata sempre Altilia, proba-
bilmente per tutt' altro che per effetto di un' alterazione qual-
siasi, nelle fonti italiane, o non si sarà portati a credere che le
due cose stiano tra di loro in istretto legame? Che un nome di
luogo s'applicasse a persone, è un fatto di cui già si son visti altri
esempi*. Qui manderô a tener compagnia ai Roncisvalli, aile
Compostelle, aile Italie, anche una « Magancia » di questi mede-
simi tempi, alla quale considerazioni speciali mi rattengono
dair attribuire un significato romanzesco 6 .
Taie è dunque la spiegazione che vien ovvia alla mente per
certe Altilie, di cui Genova (a parlare più esatto i documenti
suoi) mi offre ben cinque esemplari sotto gli anni 1 1 57,
1. Ib.j n. 1 371 . Qui il nome è scritto « Clerellus ».
2. Muratori, A. I. M. Ae., II, 70.
3. Verci, I, 48.
4. V. la nota délia pagina 39.
5. V. p. 20.
6. Questa Maganza esce fuori come nonna in un certo esame di testimonii,
ch* ebbe luogo nel 1 208 in servigio di una causa che s'agitava tra Adenolfo
vescovo di Fermo e Aginolfo suo fratello da una parte, e i conti d'Aspromonte
c Montefiore dair altra (Rtg. Firm., p. 338). Il motivo che m'impedisce di
assegnare origine romanzesca al nome di costei, consiste negli stretti rapporti
che in un tempo nel quale puô ben esser caduta la sua nascita c'erano stati tra
la famiglia dei conti, cui essa appartiene, e « Lepuldum, qui asserebat se fore
arciepiscopum Maguntinum » (pag. 33$). Questi le amministrô forse il
battesimo, o le fu padrino ; e da lui, o in onor suo, mi pare abbastanza vero-
simile che le fosse imposto quel nome.
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46 P. RAJNA
1158, 1161, 1 163 x . Ma allora ci si domanda, se dalla causa
délie Altilie liguri abbiano a scinder la loro quelle che ci si
mostrano in territorio padovano, ossia nel paese cui andiam
debitori di Garsilione. Gli è ben vero che un' Altilia leggenda-
ria, diversa dalla nostra, s'ha pure in quelle parti, dentro ad
una materia dove Padova occupa un grandissimo posto. Nel
testo prosaico francese délia leggenda d'Attila quale ci è dato da
un codice marciano, contandosi di « Gilius », re di Padova
appunto e protagonista delT azione, che abbandona Concordia
dopo una vigorosa difesa, si dice com' egli arrivi ad una terra
fondata da Antenore : « Anthenor fiu li rois, e l'on apelloit la
ville Anthenoride. Mult furent preudomes cels de cele ville quant
il la firent. Si fu pois apellez Atilie, et l'en Tapelle orendroit
Altin 2 . » E di Atilia od Attilia quai nome arcaico di Altino
fanno poi parola molti cronisti*. Ora, la versione latina del
testo citato, porta, giusta un manoscritto ambrosiano, Alitilia*;
ed Altillie senz' altro dice Nicola da Casola*. O quale sarà mai
tra le due la forma più genuina? Altilia secondo me, conside-
rato esser dessa che maggiormente s'accosta al vocabolo Altino.
1. Af./f. P., II, 398, 506, 531,766, 866. Larazione doppia spettaal 1158.
I nomi dei mariti sotto date cosl prossime forniscono un ecceUente motivo per
ritenere che si tratti sempre di donne diverse. Si noti poi che Tesempio del
1 161 (col. 766) si riferisce ad una morta; e ad una morta délia quale una
figliola è maritata , ed un figliolo è in età da potere dal padre , che fa qui tes-
tamento, essere destinato tutore ai fratelli.
2. Lat., Cl. x, n. 96, f° 28*>.
j. V. p. es. Gorra, Testi ituditi di Storia Trojana, p. 78 e 79.
4. Cod. O. 77;. Sup.. fo 26* : « ...quamdam pulcerimam civitatem que
olim ab Anthenore troiano ipsius conditore Anthenorida fuerat appellata ;
deinde Alitilia, cum fuisset augumentata populis; nunc autem Altinum nun-
cupatur. »
s . T. II, f° MS* nelT unico esemplare che s'abbia (Bibl. Estense, XL B. 18
Car Antenor la fist quant il fu desevrés
De Troie la grant, que fust guaste et brusés;
Par ce le mist ses non, la grant Antenorides,
Que da puis Altillie fu la cité clamés.
Et or avoit (<n7 ?) n0 n Altin por vérités ;
Voir q'il est tôt gustc inviron et deruchés.
1* ttesse cosc son dexw m un altro passo anteriorc Passai, dov* è del pari rt
* Gttius » che ci coiuliue ad « Altillie u.
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CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL"* EPOPEA
47
Ma quest'altra Altilia non verrebbe quanto asè adisturbar nient'
affatto. Poichè Altino non si chiamô mai davvero in cotai modo
altro che nella fantasia di qualche romanzatore e di chi gli ebbe
a dare credenza, sarà quanto mai probabile che cotai designa-
zione essa la deva precisamente alla somiglianza che col nome
suo presentava la città di Garsilione, la quale pertanto è da
supporre ben nota in quelle parti. Che con siffatto rawicina-
mento si sia poi anche collegata una trasposizione délia scena
deir Otinel in versioni perdute, non è cosa inverosimile di
sicuro. E non escluderei nemmeno che la stessa variante Atilie,
Atilia, in cambio di esser dovuta, corne sarebbe naturale sup-
porre, a un' attrazione esercitata da Attila, potesse per avven-
tura collegarsi col fatto che Atilie, o qualcosa di molto simile,
invece di Altilie, portano nell' Otinel le redazioni francesi che ci
son pervenute 1 , e con loro poi anche Giacomo d'Acqui 2 .
Ebbene : messi in disparte certi casi che guardati da vicino si
rivelano fittizi od infidi 3, ci troveremo con un' Altilia saldis-
sima in sella, nientemeno che al 11324. Fin qui tutto va a
meraviglia. Ma in una regione che ci dà a volte Cautana per
Caltanaî, Zausano per Zalsano 6 , o potrà mai non identificarsi
1. V. p. 38, n. 1. Colle francesi vanno d'accordo anche le altre versioni
straniere.
2. V. p. 40, in nota.
3. In una carta del 1 168 Fabate di Fossone parla di una vendita farta al suo
predecessore « a quodara Sesaldo et Altilia uxor eius » (Cod. dipl. Pad.,
n. 927). Risaliamo ad un altro documento del 1 1 50, ed ecco V Altilia vendi-
trice trasformarcisi in Artilla (n. 530). Ma anche questo documento è postumo :
prendiamo in mano gli atti stessi délia vendita, appartenenti al 11 27, e non
avrem più nemmeno Artilla, bensl Artilda (n. 175 e 180). — Si guardi adesso
a una carta delT anno 1 173 (n. 1102). Vi abbiam testimonio a Iohannes
bonus de Altilia ». Sarà Altilia il nome délia madré? Verrebbe naturale il
pensarlo. Ma quando in un* altra carta del 1 144 (n. 42$), rogata in Padova
corne la prima, ci si sarà imbattuti in un « Conte de Johannnes bonus de
Adile », neppure su quest' Altilia vorrem più davvero fare assegnamento
d'alcuna specie.
4. N. 242. La stampa è eseguita sulla pergamena originaria, e qui il nome
Altilia è ripetuto ben sei volte.
5. N. 45, 72, di fronte a 283, 307 ecc.
6. P. es. 1131, 1196, e cfr. 1 177, 1 178, e cosi via. Buona la grafia Zaosano
del n. 1 102 per accertarci che in cambio di u non sia da leggere n , con un
fenomeno ancor esso ben noto. Quanto alla questione nostra, siccome, se mai ,
s'avrebbe a leggere n dappertutto, farebbe sempre il medesimo.
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48 P. RAJNA
con Altilia anche Autilia? E allora ecco dar molto da pensare
il fatto deir aversi Autilia — e in un esempio multiplo — fin
dall'anno 1082 M Cosa argomentarne ? — Che non valgano
le Aitilie venete ? — Che non valgan nè esse nè le altre ?
O invece avrem noi per provato che la propagazione délia
leggenda di Ospinello risalga ben addietro anche nel secolo xi ?
Délie tre risposte la più desiderabile è naturalmente la terza;
ma il desiderio non mi spingerà a credere di poterla finora
fiduciosamente adottare.
AU' Aspremont s'ebbe ad alludere fino dal principio, dicendo
corne sopra un certo indizio quanto mai antico non ci fosse da
fare assegnamento nessuno 2 : un indizio sicuro avremo bensi
in un « Agurano », testiraonio a Pianiga — al nord-est di Padova
— nel giugno del 1 136 * ; data che riceve un certo quai, tempe-
ramento dal fatto, che Agurano si accompagni col padre suo4.
In Agurano io non dubito di vedere Agoulant : si rammenti per
Puscita il Braimano di questo stesso territorio*, il Baligano di
altri 6 ; ed anche Tristano, in grazia délia forma Tristant, si
presterebbe poco o tanto ad esser chiamato in iscena. Quanto
al r tra vocali da /, se non si puô allegare con frutto il Bari-
gando lombardo7, si allegherà opportunissimamente il « Marsi-
rius » che abbiamo senza doverci allontanare accanto al « Mar-
silius » consueto 8 ; e insieme, se mai non paresse bastare9, e
« Bucaronum 10 », e « Guangero 11 ». Niente difficile del resto
1 . Cod. dipl. dal sec. sesto, n. 266, Autilia ritorna cinque volte nel docu-
mente
2. P. 3.
3. Cod. dipl. Pad.y n. 298.
4. « Signum manuum Aicardo de Spinitha, et Agurano filius eius. »
5. V. p. 23.
6. V. p. 18.
7. V. p. 17.
8. « Marsirius de Cararia » è detto il nostro Marsilio più antico in un
documento del 1160 (n. 745).
9. Un motivo di non appagarsene potrebb' essere per taluno l'aver
« Marsirus » o « Marsirius » anche la Cronaca Turpiniana. Certo per ragion
dialettale ancor essa. Cfr. Rom., XI, 487.
10. N. 1307.
11. N. 131$.
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CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL* EPOPEA 49
che sia per l'appunto questo medesimo Agurano P « Agulantem »
spiattellato che nelP ottobre del 1152, insieme con un fratello,
vendette al monastero di S. Cipriano tre poderi, di cui uno
situato precisamente a Pianiga 1 .
Dopo quanto s'è visto in casi analoghi, non ci farà più mera-
viglia, ma resterà pur sempre notevole, che ad Agolante la fiera
nimicizia coi cristiani non impedisca d'essere copiosamente
rappresentato presso di noi. Avanzandoci di un mezzo secolo, ci
s'incontrerà nel ravennate « Agulante de Michilitto », che giurô
nel 1200 la pace con Ferrara 2 ; dal quale non posso dire se sia
diverso un « Agolante » senza più, testimonio a Ravenna stessa
undici anni dopo 3, e quello di cui ci si indica la casa d'abita-
zione dentro ad una carta del 1212*. Trovo quindi il padre di
un certo fiorentino designatoci corne « Gianni Agulantis » Panno
1248 ^ ; un giudice , notaio e cancelliere del comune di Pistoia,
in cui m'imbatto nel 1264 6 ; e cosi via degli aîtri, che non
s'avranno a maie d'esser passati sotto silenzio. E il nome sarà
di quelli che ci appariranno altresi di buon' ora corne casati ; e
gli « Agolanti », insieme coi « Balugani » — Baluganti —
e « Galvani », saranno in Bologna tra le famiglie fautrici dei
Lambertazzi, che parteciperanno nel 1279 alla pace coi Geremei,
sostenuti alla loro volta dai Merlini7.
Giustizia vorrebbe che là dove era tanto in favore Agolante,
una voga maggiore d'assai si ottenesse da Almonte. E invece
cosi non pare avvenisse; sicchè, per trovar qualcosa disaldo 8 ,
bisognerà ch' io mi conduca fino ad Aimonte, fratello naturale
di Mastino délia Scala, rassegnandomi a riceverlo di seconda o
terza mano9, e senza poter fornire per lui date précise. Sicuro
ad ogni modo che la sua vita cade tutta nel secolo xm. Quanto
alla convinzione che Aimonte, se ci è dato con esattezza, sia
1. N. 573.
2. Tàrlàzzi, op. cit., I, 76.
3. Fantuzzi, I, 343.
4. Tarlazzi, I, 96.
5. Mise. fior. di St. e d'Erud.> I, 106.
6. Zdekauer, Stat. pot. corn. Pist., p. xli.
7. Ghirardacci, I, 248-49.
8. Un« Aimodinus », Cod. dipl. Pad., n. 1 191 (a. 1175), non afhda.
9. Litta, Fam. u\. t. III, Scaligeri, tav. 1.
Romand. XVUL 4
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50 P. RAJNA
Almonte, piuttosto che Aimone, mi è inspirata da riscontri
nella nostra letteratura cavalleresca 1 . E di certo sarà da vedere
Almonte anche nel casato, o perlomeno patronimico, d'uno dei
« sapienti » bolognesi del 1293, messoci innanzi corne
« Domenico Alamonti 2 . »
Il nome Balante trova riscontro di personaggi cospicui, e nel
Fioravante, quale ci è dato dalle compilazioni italiane, e nella leg-
gendadi Fierabras. Per noi mérita tuttavia una tal quale preferenza
il vassallo di Agolante che sostiene nell' Aspremont una parte
cosi bella : preferenza da non spingersi peraltro in nessun modo
fino ail* esclusione degli emuli, che potranno molto bene esser
stati fattori di questo o quello fra i Balanti nostri. I quali nelle
raccolte mie principiano con un « Balandus » da « Sassedella »,
che insieme cogli altri « uomini » délia badia di Frassinoro ebbe
nel 1 173 a giurar fedeltà ai Consoli di Modena* ; e mi conti-
nuano con un « Belandius Munarius » da Bassano, ch' ebbe a
fare altrettanto al Podestà e al popolo di Vicenza nel 1175 4 ,
e con un più schietto « Balanthus » « Balantus », che nel 12 12
assistette in Verona al testamento del Marchese d'Esté Azzo vi
ed ail' aggiunzione di un codicillo*.
Ancora una piccola variazione sullo stesso tema. La forma e
la regione, rincalzate da una paternità, corne risulterà tra poco,
cavalleresca essa pure, danno motivo di ricondurre a un' origine
epica anche un « Claronus filius D ni Dainesii », cittadino pado-
vano del 1321 6 . Anche su « Claronus » potrebbe avanzare
délie pretese, stavolta molto meno fondate, il Fierabras, in gra-
\ . La Sala di Maîagigi, giusta la Iczione del codice Riccardiano, porta alla
«il. i3 : « De' saracini il valoroso Aimonte E'i suo fratello prencipe Troiano ».
2. Ghirardacci, I, 306.
î. Muratori, A. I. M. Ae. y II, 101.
4. Cod. Ecelin.y p. 62.
5. Muratori, Ant. Est., I, 404. Quanto ad un Baleante, non è, par bene,
\w questa famiglia che voglia essere allogato. V. p. 18.
6. Grion, op. cil. r p. 285. Più antico d'assai un « Rufinus Clarion » délia
Crcdenza d'Alessandria nel 1223 (Cod. de Malabayla, n. 1010). Ma confesso
<he» nonostante le apparenze seducenti, questi, per vari motivi, mi trova di
gran lunga più restio.
h
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CONTRIBUTI ALLA STOR1A DELL* EPOPEA 51
21a d'un certo Clarion saracino, che vi fa un' apparizione assai
fugace 1 ; e dei Clarion se ne avranno bene anche altrove 2 ; nia
a niio credere quel « Claronus » risponderà più probabilmente
ad un « Clairon » di caso obliquo, e dovrà farci pensare al
Don Chiaro, nipote di Gherardo da Fratta, che ha pur esso
un posto cospicuo nell' Aspremont, e che uno più cospicuo
ancoraviene ad averne nella continuazione, conservatasi solo in
forma italiana, dove perde la vita in uno sciagurato duello con
Orlando3. Anche Andréa da Barberino — per effetto manifes-
taraente delP originale di dove traduceva — chiarna promiscua-
nienteilpersonaggio, ora Chiaro oppur Cbiario, ed ora Chiarione.
Subito dopo « AJimundus » accadde, incominciando, che
savesse a parlar di Viviano; e qui pure ail' Aspremont il caso
viene a far succedere il gruppo di narrazioni a cui Viviano ci
richiama, vale a dire il cosiddetto ciclo Nerbonese. Notevole
assai che Y Aimer di quel ciclo sia sempre Namiero presso di noi,
ossia che il nome di un personaggio méridionale di patria ci
si rifletta con prefisso méridionale : circostanza da cui non è
questo il momento di cavar altre deduzioni, ma che sotto il
rispetto nostro acquista rilievo dal parallelismo del Nemericus di
Alberico délie Tre Fontane*. Giova poi osservare che « Nay-
roerius » entra anche nelle leggende genealogiche tramandateci
da Giovanni di Non s. Cosi, senza pretendere che il nome cos-
rituisca una prova assolutamente sicura, più che degno d'esser
tenuto a calcolo, nella regione veneta soprattutto, vorrà dirsi di
certo. Ed ecco che esso mi si mostra a Venezia fin dal 1 150 col
conte « Naimerius Polanus », figliolo di quel Pietro ch' era
raorto doge due anni innanzi 6 . E ivi stesso avrô un « Naimero
1. Di lui s'è già fatto menzione nella nota 5 délia pag. 43.
2. Cfir. la nota medesima.
3. Qjiesta morte rimane famosa nella tradizione italiana, e Orlando se ne
accusera poi presso il Pulci nella sua confessione a Turpino : « L'altra, un
peccato che mi costa amaro : Corne ognun sa, ch' io uccisi Don Chiaro. »
xxvn, 117.)
4. V. Paris, Hist. poèt. y p. 81.
5. Rom., TV, 175. Se di lui non si raccontano fatti, si dà a vedere, men-
oonandolo come si fa, ch' egli è un personaggio conosciutissimo.
6. Cod. dipl. T>ad., n. $38. Lo Spoglio del Cecchetti, se non c'è errore
negli appunti miei, darebbe anche « Guido e Naimero fu Pietro [Polani] » la
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52 P. RAJNA
Senatori », attestatomi sotto la data del 1 169 1 : Panno in cui
i Faentini, impadronitisi del castello di Loreta, vi facevan prigioni
« Hieremiam de Polenta, Namerium, Ubaldum, et quosdam
alios, tam milites quam pedites 2 ». Farô quindi ancora ritorno
al territorio veneto per raccogliervi non so quai « Natmerius »,
présente e consenziente ail' accordo stipulato in Padova tra
Guecello da Camino e i Coneglianesi Panno 11 80 5. Con
Namiero, sempre con qualche spruzzo di dubbio riguardo al
significato epico, accompagnerô poi Orabile : segnalandone una,
già nonna, parrebbe, a Ravenna nei 1 198 una seconda, ancor
essa non giovane, a Montefalcone, presso Fucecchio, nel 1205 s ;
e una terza, nuovamente a Ravenna, di cui mi appariscon degli
eredi al 1217 6 .
Una leggenda epica barbicatasi ben fortemente nel suolo
italiano in un' età certo assai antica7, è quella di Uggeri. Perô,
deir aver dovuto aspettar finora perché se ne parlasse, bisogna
dar colpa al nome. Buon per noi che a quel nome si accompa-
gnava non troppo di rado un epiteto : « li Daneis Ogiers »,
« Ogiers li Daneis », accadeva che si dicesse. Buono : giacchè
anche questa forma complessa s' ode cosi ripetuta dal fido eco
maggio del 1 141 ; ma quel « fu », non ammissibile per quel tempo (pensare ad
un altro Namiero e ad un altro Pietro non saprei davvero), m'impedisce di
fare assegnamento su questo dato. Namiero Polano ritorna poi, ancora
parecchie volte nello stesso Spoglio (a. 1163, 1 166, 1170, 1173), ed una nel
Codice Padovano (a. 1157, n. 686).
1. Spoglio Cecchetti.
2. Nella Cronaca Faentina del Tolosano, cap. 66 : p. 642 del t. VI dei
Doc. di St. it. délia Deputazione toscana di Storia Patria.
3. Cod. Ecdin., p. 69. Il « Natmerius » sarà probabilmente errôre per
« Naimerius ».
4. Fantuzzi, II, 171.
5 . Non dubito cioè che non sia un' OrabiU YOrribile presentatami dal Lami
nelT Hodoeporicon, p. 1396. Orribile sarebbe un nome ben curioso per una
donna, in un* età soprattutto che tanto si compiaceva di Btïïrçt, BtîUxori y
BellissinUy ecc.
6. Fantuzzi, V, 189. Altra Orabile ravennate, agli anni 1258 e 1264, ib. y
IV, 567 e 373.
7. Queste radici appariranno specialmentc da uno studio sulla geografia
del!' Ogier, che mi trovo aver steso di già, ma che ha bisogno di nuove
cure.
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CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL* EPOPEA 53
italiano 1 . « Ogerius Danesius » abbiamo in tre atti genovesi
spettanti al 1158, 1159, 1160 2 ; « Oger Dampnesius » in uno
del 1162*; e si tratti anche sempre délia stessa persona, biso-
gnerebbe voler dubitare ad ogni costo per dire che anche una
testimonianza siffatta lasci luogo ad equivoci. Quanto a me
invece, considerando da un lato corne awenga assai spesso che
Uggeri sia chiamato semplicemente « li Daneis 4 » e corne cotai
designazione acquisti assolutamente presso di noi il prédomi-
niez, e riflettendo dall' altro che gli scandinavi che prendesser
stanza in Italia dovevano esser pochissimi 6 , terrô per fermo che
vogliano in générale essere ricondotti ail' eroe carolingio e sepa-
rati pertanto dai « Burgundii », « Lotharingi », « Guascones »,
« Provinciales », « Ungari », e simil gente7, i Danesi d'assai
1. Si confronti il « Dietrich von Bern » deir onomastica germanica :
Mûllenhoff, Zeugn. u. Exc. \. deut. Heldens., n. xx (Zeit. f. deut, Altertb.,
XII, 318).
2. M. H. P., II, 497,603,655.
3. Ib. y col. 825.
4. Nel solo Otinel, che è pur cosi brève, credo dieci vohe : v. 389, 859,
93°, 939. 9 80 » ! 9 68 > x 97i> Ï99 1 » 20 S7> 2g6 5-
5. Di fronte ai dieci « Danesi » stanno ancora nelF Otinel ventidue
« Ogier », senza quelli che mi possoao esser sfuggiti in un esame assai rapido.
Invece nel cod. xni délia Marciana e nel Danese in ottava rima, se degli
« Uggeri » ce n'è ancora, sono, a dir poco, mosche bianche. Essi riappaiono
invece frequenti nella redazione prosaica e in altri testi.
6. Tutt' altro era il venirsene in pellegrinaggio, tutt* altro il prender
stanza nel paese. Che un pellegrino rimanesse, doveva esser cosa assoluta-
mente straordinaria. Bensl è da ritenere che qualche scandinavo, ed anche
più d'uno, non avesse a mancare nell' ospizio che il re Erico aveva fondato a
beneficio de' suoi concittadini otto miglia al sud di Piacenza. V. l'Itinerario
dell' abate Niccolô edito dal WerlaufT, Symb. ad geogr. medii aevi, Copenha-
gen, 1821, pag. 19 e 28, e Riant, Expéd. et pèlerin, des Scand. en Terre
Sainte, Parigi, 1865, pag. 59. Che altri ospizi propriamente scandinavi
esistessero lungo la penisola fatta eccezione per Roma, il silenzio di Niccolô
mi distoglie dal crederlo per il tempo suo. Cosa ben diversa erano le dona-
zioni, largite col corrispettivo di obblighi speciali, a spedali già esistenti.
7. Insieme con costoro, che troppo ben si capiscono, — segnatamente
i Borgognoni, che oltre ad esser prossimi avevano in Italia anche délie
colonie — si puô naturalmente incontrare anche qualcosa di più remoto
o peculiare : per esempio un « Paresse Flamingus » a Bassano nel 1 1 7 3
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P. RAJNA
troppo numerosi e troppo ampiamente disseminati, in cui accade
d'imbatterci. E conferma efficacemente, sia pure con un certo
quai danno, un' interpretazione siffatta, la loro comparsa abbas-
tanza tardiva. Chè per ora bisogna ch' io mi contenti di comin-
ciare con un Danese, di cui trovo a Piove un figliolo, « Enricus
de Danisio », principiando dal 1 169 2 , e probabilmente vivo
ancora lui stesso e nel 1 171 e nel 1174 2 . Altri figlioli che ci
segnalan dei padri sono « Albertus de Dainese », « Parente de
Dainese », e probabilmente anche « Lodoicus Dainese », tutti a
Bassano nel 1175'; quindi « Iacobo filio Danisii de Carletto »,
a Vado in Liguria nel 11 89 4 : Panno medesimo in cui un
« Danisius » era podestà di Valditaro*. Registrerô ancora un
esempio a Cremona nel 1 194 6 , due, a Milano7 ed a Brescia 8 ,
(Cal. Ecelin.y p. 61), progenitore forse di un « Flamenginus » del 1233
(ib. y p. 246); un altro « Flaraengus » a Milano nel 121$ (M. H. P., I, 1208);
parecchi « Torengi » e qualche « Turingino » nel territorio di Padova
(V. l'Indice del Cod Pad.) ; un » Bramenzonus » astigiano délia famiglia del
Bosco, insieme con un suo ni pote « Barybenconus », che non è se non un
Brabanzone al pari di lui (Cod. de Malub., n. 314 ecc. e 333) ; e cosl si dica
d'altri casi molteplici. Nessuna meraviglia dawero, quando gli esempi per
ogni singolo nome, o siano scarsi, oppure si mostrino aggruppati geogra-
ficamente.
1. Cod. dipî. Pad., n. 972; quindi a. 1 174 e 1182, n. 1155 e 1455.
2. N. 1025 e 1 148. A questo « Danisius », forse suo nonno, andrà
debitore del nome un « Danisiolus » che trovo testimonio nel 11 74 e 1180
(n. 1157 c 1352).
3. Cod. Ecelin., p. 61, 63 e 6$.
4. In un documento pubblicato dal San Quintino nelle Mem. delT Acc. di
Torino, Cl. di Se. Mor.-Stor.-Fil., série 2% XIII, 206. E poichè sono da
queste parti, non tacerô la possibilità che sia forse da correggere in « Dane-
sius » un « Dianesius » testimonio a Gcnova nel 11 60 (M. H. P., II, 642);
ma potendo anche essere un « Dianese », da Diano, presso Oneglia, su di lui
non e da far conto.
5. Ann. Placent. Guelphi : Pertz, SS. y XVIII, 417.
6. La mia fonte, cioè il Rcp. dipl. Cremon., porta « Danosii » (pag. 173),
che potrebbe domandare la sua spiegazione alla forma « Danois » invecando
anche il confronto di « Francioso » ; ma ben più probabilmente si tratterA di
un semplice error di lettura.
7. Spoglio Ferrario-Cossa, carta del Monastero Maggiore : « Danixius de
Irqano ».
8. Malvezzi, Cron. bresc, vn, 81 ; nella collezione muratoriana, XIV, 86$.
COKTRIBUT1 ALLA STORIA DELL' EPOPEA 55
nel 1200, e quindi rimandero con una semplice menzione col-
lettiva la turba che mi s'affollerebbe dinanzi.
Nelle redazioni italiche délia Storia di Uggeri riesce assai
espressiva, pur mostrandosi poco, la figura délia moglie sua,
madré di quel Baldovino ucciso qui da Carlotto mentre il padre
è lontano 1 . I testi toscani dicono Ernullina la donna : un nome
che non potrei ceno affermare assunto da un pezzo; e poichè
in altre leggende esso è invece originario, non sarebbe ad ogni
modo a proposito delT Ogier che vorrebbe , se mai , farsene
parola. Ma Tunica versione franco-italiana che noi si possieda,
in cambio di Ermdîina ha Flariamon 2 ; e non c'è motivo suffi-
ciente di credere che si tratti d'un' innovazione sua propria 3.
Certo il nome ha impronta ed uso romanzesco* ; sicchè dovranno
bene essere ricordate due « Florimons » , mogli , l'una di un
« Ugo Borinus », l'altra di un « Wilielmus de la Cita »,
che si mostrano a Genova,* la prima nel 1 1 56 e 1 1 57, la seconda
nel 11 60 5. Come si vede, la data, più apertamente ancora che
il sesso, ci dice come non abbia qui che fare Teroe di Aimon de
Varennc. E sebbene ancor questo fosse poi ben noto pur esso
ail' Italia 6 , il nome continué ad applicarsi a femmine, e si
1. V. Rpm., HT, 3^-38. Xd cantare ciclico del manoscritto di Venezia la
rappresentazione non è dawero cost efficacemente patetica e bella ; ma anche
Ii si dedica pur sempre alla povera madré una ventîna di versi.
2. Più oltrc dentro alla compilazione medesima, vale a dir nel Macaire
(v. 2061 dell* ed. Guessard), abbiamo on « Floriamon » di sesso maschile.
3. Che non paia esserd incontro coi testi oltramontani che noi possediamo,
non signifka nolla ; gii, la figura stessa differisce, e collocata cola sulla scena
al tempo degli amori, non vi è richiamata, ch'io sappia, al momento patetico
délia svenrura, Cosi poco clmporu il sapere che nel poema di Raimbert la
ôgliola de! castellano di Saint Orner resti anonima, e che sia chiamata Makaut
nelle Enfances Ogier di Adenet. Quanto alla redazione in versi dodecasillabi,
non ne posso in qoesto momento dir nulla.
4. A questo proposito non sarà qui rammentato inopponunamente che nel
Florent et Octavian anaHzzato da P. Paris è chiamata Fhrimonde la Drugiolina
défie compîlazioni nosîre, cioè b madré dei due gemelli (Hist. ////., XXVI,
303 sgg.)- NeUa versione pubblicata dal Vollmôller non s'ha per lei nome
proprio di sorti.
5. M.//.P.,n, 364, 405; i*., 679.
6. Un' aDnsione s lia bene nel « Serventese » di Lunardo del Gualacca
contre Famore, che comincia Come h pesce al nasso ÇPoeti à A primo seccio^
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56 P. RAJNA
chiamô, p. es., Fioramont una figliola di Matteo Visconti 1 .
Vero che per costei, sorella di un' Achilla, la derivazione da un
eponimo maschio non potrebbe escludersi in modo assoluto.
Floriamont ci è data da una versione nostrale e non dalle
francesi : Danemont e Brunamont abbiamo invece dalle francesi
soltanto. Con tutto ciô, e sebbene i due nomi non siano neppur
propri del solo Ogier, è ail' Ogier cW io ne chiedo ragione di
preferenza. Certo non vorrei, per esempio, domandarla del
primo al Gui de Bourgogne, troppo poco importante, e che imita
d'altronde M Ogier stesso 2 ; nè del secondo alla Chanson des
Saisnes, dove un Brunamont apparisce soltanto per sparire poi
subito 3. Premesso ciô, un Danemont, al quale aggiunge inte-
resse Pappartenere alla Marca Anconitana e che è reso anche più
prezioso ai miei occhi dall' essere il solo esemplare ch' io
m'abbia, risulta da quei medesimi documenti che ci offrirebbero
una « Magancia » di cui si fece altrove il rifiuto*. Che se i
documenti spettanosolo al 1208, essi ci riportano ben quarant'
anni addietro, introducendo dei testimonii ad attestare a questa
maniera un continuato e non turbato possesso : « Ego vidi
Scornavaccam, Offreductium , Danamontem et Matheum et
Manerium et filios et episcopum Presbiterum et dominum epis-
copum Adenulfum habere et tenere in pace et quiete, et uti et
Firenze, 1816, I, 445-48). Dicendo che « La chiara a're fu scura Al giglio
Fiorismondo », il rimatore vuol riferirsi, credo, alla disperazione in cui il
giovinetto Florimont rimase immerso per anni dopo perduta la « Dame
de l' Ile Celée ». V. Paris, Us Mss.fr. de la Bibl. du Roi, III, 30. E un' altra
prova evidentissima délia notorietà del poema fra noi è fornita dai molti
codici che accusano origine italiana (Stengel, Mittheil. aus jran\. Hss.
d. Turin. Univ.-BibL, pag. 41). Noto anche in saggi di taluno di questi
codici le forme Floriemont e Florcamont, buone a citarsi per noi.
1 . Nei Litta, Fam. Cel. //., essa è detta Floramonda. Fioramont prendo dalla
Politia Novella , già altra volta allegata , di Galvano Fiamma, e propriamentc
dall* albero genealogico visconteo che s'ha in coda al cap. 59.
2. La condotta leale di Huidelon quando il figlioio Dragolant fa per
intromettersi fraudolentemente nel duello di Danemont e di Guido (v. 2687
sgg.) è bene inspirata da quella di Karaheu in una circostanza molto analoga.
3. T. I, p. 141-42. Dei resto i codici non son neppure d'accordo a recare
il suo nome.
4. Pag. 45.
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CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL' EPOPEA 57
frui Englese cum suis senaitis 1 , per xl annos, inter ipsos
omnes 2 . » Quanto a Brunamont, ne è esempio di poco meno
antico un « Brunamontes » testimonio a Vercelli nel 1180*.
Non distacchiamocene senza lasciare che il marchio epico-caval-
leresco gli sia confermato, per prendere ciô che prima mi si
offre, dalle storie di Rinaldo in prosa toscana, che col loro
gigante Brunalmonte, fratello di Mambrino*, vengono a dimos-
trare, nonchè l'introdursi, il vivido persistere del nome nella
tradizione romanzesca italiana.
Per la divulgazione dell' Aiol ci si offre testimonio un
« Aiolfo » présente ad una stipulazione padovana del 1 164 5,
non so dire se il medesimo che impariamo a conoscere posses-
sore di terre dieci anni più tardi 6 . Un altro « Aiulfus » ci
apparisce a Vercelli al 1 177 7; un altro sappiamo priore di un
monastero di Lodi principiando almeno dal 1221 8 ; di un quarto
ci fa accorti un « Viviano filio Ajolfi », bassanese, che incon-
triamo al 12339; nel quai anno un « Ayolfinus de Brixia »
riebbe d'agosto, insieme con molti trevigiani, la libertàdai cone-
glianesi, a istanza di fra Giovanni da Vicenza I0 . In questi e in più
altri esempi che potrei ancora soggiungere, il nome si affaccia,
quanto ail' uscita, nella sua forma intégra, rimasta sempre a
galla nella tradizione italiana, che si trova cosi avère in essa una
prova délie sue origini antiche 11 ; ma puô darsi che anche la
x. Confiai : propriamente , tacche, incisioni; il Sinaida, Snaida, Sneida del
Du Cange.
2. Regesta Firmana, p. 329. E le cose medesime si testificano poi da altri,
P- 334-
3. M. H. P., II, 1078.
4. Rinaldo da Montàlbano, nel Propugnatore, t. III, P e i a , 237 (p. 25 délia
tiratura a parte) ; e V. un' allusione in quello che io ho chiamato Orlando,
c° lvi, st. 20 (p. 244 neir ed. Hûbscher, Marburg, 1886).
$. Cod. dipL Pad., n. 862.
6. lb., 11. 114$.
7. M. H. II, 1055.
8. VlGNATI, II, 274 Sgg.
9. Cod. EuUn. t p. 250.
10. Verci, I, 102.
1 1 . Délia popolaritâ conseguita poi in Toscana s'ha un buon indizio nella
frase m cantar d' Aiolfo », segnalataci dal Varchi nelT Ercolano, che significava
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>8 P. RAJNA
riduzione francese si sia fana strada presso Ji noi. À lei non è
impossible che voglia chicdcrsi conto del soprannome artri-
buito, giuvta un documenro del 1259, a un camcrlingo del
Comune di Pavia : Giovanni medico « qui dicitur Aliolus 1
a lei poi si domanderà con quakhe maggior fiducia ragione di
un « Manuelus Avolius » délia credenza di Asti nel 1281 2 , o
per dire più esatto, di un suo ascendente; e similmente di una
famiglia « Aioli » che trovo menzionata nelle storie bolognesi
di quel medesimo secolo xm *. Ne il protagonista è lasciato
solo a rappresentarci il poema. Anche il suo cavallo, Marchegai,
trasforniato in uomo, si trovô,per un capriccio caracallesco délia
sorte, a reggere una délie nostre città ; chè noi impariamo dagli
Annales Mantuani, qualmente nel 1276 « domnus Marzagalia
de Adelardis de Verona fuit potestas Mantue* ». Di lui sarà
forsc disceso il « Marzagaia » che nel secolo successivo fu maes-
tro di Antonio délia Scala*. Non è poi da escludere in assoluto
che ci rimandi l'eco del Mibrun padre délia leggiadra Mirabel e
antenato probabile del Mambriano del Geco da Ferrara, un
Mambruno « de Lagneto », testimonio nel 1221 alla divisione
dei beni di Lombardia tra Obizzo e Corrado Malaspina 6 .
Con questo Mambruno ha una stretta affinità il Mambrino
délie versioni italiane délia storia di Rinaldo7. E parrebbe anzi
che a MambrutWy movendo da Mibrien-Mambrien, si sia dovuto
giungerc passando appunto per Mambrino. Cosi potrebb' anch'
essere per Rinaldo che Mambruno venisse a prestare testimo-
« svclarc ogni cosa », « svesciare », ossia « cantare » senza nessuna
aggiunta, come diciara noi. V. alla voce « Aiolfo » il Diyonario del
Tommasco.
1. M. H. P., I, 1461.
2. Ib., II, 1673. Non è da tacere come questo « ayolius » sia alquanto
intorbidato dalla presenza di certi altri nomi dentro al documento mede-
simo : « albaxius layolius », « camius laolius », « gorcius laolius ».
3. a Mercadante de gli Aioli » : Ghirardacci, I, 272.
4. Pertz, 55., XIX, 27.
5. Maifei, Verona llluslrata, 2*, 1. 2° : II, 63 nell' cd. originaria.
6. M. H. P. y II, 1301.
7. Rin. da Mont., in Prop. t t. III, P c 2*, 61 (negli estratti, p. 32). È il
Mambrino l'elmo del quale cbbe a diventar cosi famoso per opéra del
Cervantes.
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CONTOBUT1 ALLA STORIA DELL* EPOPEA 59
îiianza. Guai tuttavia ail' eroe di Montalbano se dovesse conten-
tarsi di un introduttore cosi equivoco ! E guai altresi se avesse
stavolta da fidar nelT aiuto del cugino Malagigi. Possibile che
questi abbia fatto ufficio di padrino con un « Maldegiso » che
abbiamo a Padova nel 1 162 1 ; possibile , dacchè Maldtgiso è un
Malagigi in forma più originaria 2 . Ma un' affermazione, nè io
nè altri ce la vorremmo permettere ; e non si dà forse il caso che
per trovar nell' onomastica un Malagigi patente io mi trovi a
dover discendere ben giù nel secolo xv * ? Meno maie allora
lasciar che Rinaldo ci si presenti da se stesso sotto il titolo di
Fyiaimoru, ancorchè ciô non segua se non nel 126 1 : anno in
cui troviamo un « Fyzaimonem de Baratis », nativo di non so
bene quai terra delT Emilia, tra i fondatori delT ordine dei
Cavalieri di S u Maria, più nod poi col nomignolo di Frati Gau-
denti*.
Ma il soccorso migliore Rinaldo lo ha anche questa volta, a
quanto pare, dal suo fido cavallo. O non sarà ben naturale che
s'aweri per Baiardo il fenomeno cui s'è assistito dianzi per
Marzagaglia, di tanto meno famoso? Nome di origine equina
Baiardo bisogna pure che sia; Baialardo co derivati suoi potè
favorirne lo sviluppo, ma generarlo non già. E una volta che ciô
s'abbia da ammettere in génère, la determinazione nostra spéci-
fia, non solo si affaccia spontanea, ma è la sola adatta a render
ben conto délie cose. Che se dei Baiardi ne ha poi anche la
Francia, o l'origine prima sarà anche per essi la medesima, o la
loro causa vorrà essere separata da quella dei Baiardi nostrali.
Ciô premesso, vedremo assai volentieri venirci innanzi un
« Bajardum » da Este, fino dal n 68 5. E nel territorio d'Asti
avremo un a Iohannes Baiardus » del 1206 6 . Tardivo di certo il
« Baiardus » da Nervesa che aveva nel 1264 in appalto il dazio
1. Cod. dipl. Pad. y n. 770.
2. Orig. ddV Ep. fr., p. 436.
3 . Malagigi si chiamô un cantore e sonatore venuto dalla corte medicea a
qaella dei Gonzaga. V. Del Lungo, LOrfeodtl Pohiiano alla Corte di Mantova,
in Nucva Antol., Série 2*, t. XXVIil, p. 550.
4. Uemor. Potest. Reg. : in R. I. 5., VIII, 1122.
5. Cod. dipl. Pad. y n. 934.
6. Gx*. de Malab., n. 102. La data è soggiunta dall' editore nell* Indice
(V. « Baiardus »).
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60 P. RAJNA
délia sua terra 1 ; ma utile in quanto , essendo Nervesa in terri-
torio di Treviso, rafferma validamente Tidea che sia un Baiardo
lievemente alterato per effetto délia labiale da cui la voce comin-
cia, anche il Boiardo banditore, zio d'un Giovanni che apparisce
fra i trevigiani liberati nel 1233 da quei di Conegliano, come s'è
detto poc' anzi 2 . Ma s'egli è cosi, terremo per indubitabile che
siano dei Baiardi anche i Boiardi reggiani che dovevan dare
ail* Italia Tautore delT Orlando Innamorato , il cognorae dei
quali occorre per la prima volta in una pergamena dei 1253 *.
Dawero il Conte Matteo Maria, il nostro poeta cavalleresco
per eccellenza, non s'immaginava che fossero cosi cavalleresche,
od anzi cavallesche, le origini délia sua schiatta. Lo avesse
saputo, ci avrebbe potuto cercare il perché délia vocazione sua.
Nei regni misteriosi dell' epopea merovingia c'invita a discen-
dere Marsibilia o Marsibilla. Chè, se una Marsibile s'ha anche
nella Chanson des Saisnes* quai damigella di quella Sibik cui la
lega una parentela onomastica d'altro, crederei, che di semplice
suono, essa ha nel poema una parte troppo minima perché sia
lecito di tenerne gran conto. Più importante senza paragone la
« Marsibilla » délia Floivnts-Sagaî . Certo deve rincrescere che
il nome non sia comune ai Fiovi italiani; ma fino ad un certo
segno vale a compensarci il ritrovarlo invece nella famiglia
trancese degli Othevien e sua discendenza, — una schiatta ancor
essa verosimilmente antichissima 6 — attribuito ad un perso-
naggio che ha con quello délia Flcvents-Saga rapporti ben
1. Nel Codex Tarvisinus (sec. xiii-xiv) che s'ha ail' Archivio dei Frari,
f« 324b.
2. « Johannes nepos Bojardi preconis » : Verci, I, 102. QuelP essere qui
nominato lo zio, in cambio dcl padre, suggerisce Fidea che Boiardo fosse noto
a Conegliano, e fors* anche vi dimorasse. Giâ, i territorii di Conegliano e
Treviso sono attigui; e quanto poi a Nervesa, è anche più prossima alla prima
che alla seconda città.
3. V. la Famiglia Bojardi nel Litta, op. cit., t. III.
4. T. I, p. 108, m, 146.
5. Nella versione latina pubblicata dal Darmcsteter, £k Floovante ecc,
P- 154 sgg.
6. Succinte osservazioni esposi a questo proposito nelle Orig. dell* £y>. /r.,
p. 160-70.
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CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL' EPOPEA
stretti 1 . Perô troveranno qui luogo opportuno una Marsibilia
veneziana del 1152 2 , una genovese, corne le tante Sibilie,
del 1158*, e, per accrescere svariatezza geografica, due Marsi-
bilie, moglie l'una, l'altra figliola di un conte Trasmondo di
Castel Sant' Angelo in territorio di Fermo, nominate nel tes-
tamento che, trovandosi in fin di vita, Trasmondo ebbe a fare
nel 12024.
E ail' epopea merovingia, e specificamente al Flouent, ci con-
durrà diritto un Flous, ossia Fiovo, benvenuto sempre, ancorchè
ci si presenti solo al 1269. Cosi chiamavasi un veronese, délia
famiglia, se non erro, « de Terceto », cacciato in bando insieme
coi Conti di San Bonifacio 5. Sebbene poi dei Salatrès se n'abbian
parecchi nelP epopea 6 , è senza dubbio a quello del Flovent —
il più arcaico, il più insigne, e di sicuro senza confronto il più
noto in Italia — che ci deve preferibilmente far pensare « Sala-
trexius de Lignaro », uno degl' infelici imprigionati a Padova
da Ezzelino nel 12547. E chi sa che non si celi un Salatrès,
sfigurato dai trascrittori, anche sotto un « Henrico Salaxesio »,
padre di un cotale présente nel 1239 in Verona alla pubblica-
zione di una sentenza impériale contro il Marchese d'Esté e molti
altri grandi 8 ? Costui , corne si vede , ci riporterebbe addietro
parecchio.
1. V. Rie. sut Reali di Fr. y p. 77 ; Darmesteter, op. cit., p. 68. Parlando
di Othevien intendo naturalmente adesso di referirmi anzitutto alla redazione
pubblicata dal Vollmôller.
2. Spoglio Cecchetti.
3. M. H. II, 523.
4. Reg. Firtn., p. 319. Trasmondo ci apparisce c doveva già essere adulto
fino dal 1 169. Cfr. qui avanti, p. 64.
5. Chron. Veron.: Muratori, R. I. 5., VIII, 640 (Pertz, 55., XIX, 17).
6. Uno neil* Elie de Saint Gille , uno nel Raoul de Cambrai, uno nella Mort
Armeri de Nar bonne, e cosi via.
7. Rolandino, vu, 10.
8. Biancolini, Dei Vescovi e Governatori di Verona, Verona, 1757, p. 14s;
Coi. Eeelin., p. 271; Huillard-Bréholles, Hist. dipl. Frid. Sec., V, 319.
Le stampe provengono da una copia del 1307. Anche il nome del figiio
parrebbe sfigurato; chè un « Gambano », quai egli avrebbe ad essere, è duro
da ammettere. E sarà, penso, da leggere « Ylario » nei molti luoghi dove ci
si da' a Ylaxio ». Perô dal « Salaxesio » si risalirebbe intanto diritti a
« Salaresio ».
62 P. RAJNA
Di Fiovo nelle redazioni italiane nasce Fiorello ; e potrà bene
citarsi un « Florellus », cittadino ferrarese del 1212 1 , nonos-
tante che sul primitivo Floro, Florio, Flore, dove confluiscono
acque germaniche e romane, non sia lecito di fare assegnamento.
Se mai, è su Flore che si potrebbe fondarsi un poco più.
Quindi darô un posticino a un « Iohannes de Flore » da Mon-
selice, del 11 67 e 1168 2 ; e a un « Flore de Bagnolo », uomo
di masnada, di cui vediamo disporsi nella divisione che l'anno
1 183 si fece dei beni lasciati da Albertino da Baone 5. Il primo
di questi « Flori » parrebbe antico troppo, perché, data l'ori-
gine romanzesca, si facesse capo di preferenza air amante di
Blanchefleur.
Qualche maggior fiducia che i « Flori » m'inspira un « Galla-
ranus », che trovo rappresentante del Comune d'Asti nella
compera d'una parte del castello di Vigliano fatta nel 12394. Ci
si potrà cercare, più verisimilmente che altro, il Galerano che
nei nostri Fioravanti risponde al Galien dei testi francesi5. E a
lui verrà a mettersi accanto il protagonista stesso, col quale, se
Dio vuole, le dubbiezze non hanno luogo, e che solo ha il torto
di mostrarcisi finora tarduccio assai. Devo cioè rassegnarmi a
principiare con un padovano incarcerato nel 1253 pur lui da
Ezzelino, fatto morir l'anno appresso 6 . Un altro Fioravante mi
si mostra aTreviso nel 12597; un terzo a Vicenza, ed un quarto
a Bassano, ambedue nel 1260 8 . Meno maie che tutta questa
moltiplicità contemporanea in luoghi diversi dice essa in parte
ciô che i documenti mi tacciono. Lasciando in pace i posteriori,
esprimerô solo il sospetto , che sia un Fioravante con uno dei
soliti scorciamenti cosi abituali nei nomi , anche il « Vantus >•
che partecipô nel 1277, con un Galvano, un Ivano, un Marsilio
ail' uccisione di Mastino délia Scala9.
1. Muratori, A. I. M. Ae. y IV, 713.
2. Cod. dipl. Pad. y n. 902, 943, 944.
3. Ib., n. 1 183 (p. 480).
4. Cod. de Malabayla, n. 130 e 131.
5. Cfr. p. 23, n. 2.
6. Rolandino, vu, 7 ed 11.
7. Verci, II, 27.
8. Cod. Écclin., p. 427 e 428.
9. Nel citato Cbron. Veron., col 641. Si badi che al modo stesso ce
con Fïoravans o Floraïuntes, Fioravante è reso non di rado latinarm
anche con Floravantus. Cosi awiene, p. es., nei documento dei Verci.
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CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL* EPOPEA 63
Con un « Gerardus Vienna », del Consiglio di Treviso nel
1208 x , per il quale non pare esserci bisogno di commenti,
chiuderô la série délie indicazioni riferibili determinatamente
con verosimiglianza a questo o quel poema. Bisognerà invece
abbandonare al vagabondaggio i riflessi di Anseis, non essendoci
ragioni sufficienti di preferenza per questo piuttosto che per
quello fra non pochi omonimi 2 . Il nome nei romanzi suol
presso di noi sonare Ansuiso, Ansuigi; ed ecco darmene esem-
pio un « Ansuisus » che incontro a Piove, quai testimonio e
quai possessore di terre, nel 1177 e nel 1175 ?, probabilmente
tutt' uno colT « Ansuyso » che depone intorno ai confini dell'
argine Gastaldo fin dal 11 60 4. Ed è bene da vedere Anseis
anche neir « Ansisus » casato di un « Ambrosius » e di un
« Paxius », notai vercellesi che mi s'affacciano, Tuno, princi-
piando dal 1194, l^ltro qualche anno dopo*. Ma appena mi par
dubitabile che ad Anseis non sia da ricondurre altresi YAnsediso y
Ansedise, Ensedise, fréquente assai nella Marca Trevigiana, che
dovrà quel suo d ad una restituzione fallace 6 , molto istruttiva,
in quanto dà a vedere corne sia proprio alla forma francese che
si viene a far capo. E con « Ansedise » risaliamo nientemeno
che al 11 17, nel quai anno ci occorre, sia pure « infantulus »,
un « Ansedise cornes » — conte di Altino, a quanto pare — che
per pagare un grosso debito lasciato dal padre vende col fratello
Guidotto la corte di Porto al monastero di S. Ilario7.
1. Verci, I, 51.
2. Un Anseis è nella Ch. de RoL; poi c'è l' Anseis progenitore di Carlo Magno
(Ch. des Sais. y t. I, p. 7), l' Anseis délia gesta lorenese, Anseis de Carthage,
e pîù altri parecchi. Si sarà meravigliati di sentire che quanto ai riflessi nostri
più antichi le preferenze mie rischierebbero di essere per il padre di Pipino
il Grosso? V. Orig. deïï Ep. fr., p. 246.
3. Cod. dipl. Pad. y n. 1278 e 1202.
4. Ib. y n. 728. Poichè dopo « sexagesimo » c'è qualcosa di non leggibile,
si potrebbe pensare che al sessanta siano forse da aggiungere délie unità. Ma
il confronto col documento che précède convince che la data segnata dal
Gioria vuol ritenersi esatta.
5. Cod. de Malabayla. Si veda « Ansisus » nell' « Index hominum ».
6. S'ebbe, per ragioni analogiche, a credere caduta una dentale, là dove
cri invece una gutturale che s'era avuta in origine.
7. Cod. dipl. Pad.y n. 88. Un « Ansethise » è poi nel n. 602 (a. 11 53?):
un * Ansediso » nel n. 716 (a. 11 59).
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d\ P. RAJNA
Al modo stesso non c'è caso di precisar nulla per Blanchefleur,
posto che invece délia donna di Florio sia da vederci qualche
volta un riflesso delP epopea carolingia. Esempio ben antico
una « comitissa Blancaflore » del castello di Sant' Angelo in
territorio di Fermo 1 , i figli délia quale già conchiudevano un
acquisto nel T 169 2 . — E bisogna lasciare che vaghi, se è di
nostra spettanza, Alerino, ch' io non pretenderô già di riportare
ad ogni patto al cavalière pugliese — Alori nei testi d'oltralpe,
Aleri nella compilazione marciana* — , che le Enfances Ogier
ci dipingono cosi fiacco difensore dell' orifiamma; chè degli
Alori, e quindi per noi anche degli Aleri, spesso traditori,
talora anche no, se ne incontrano in molti luoghi*. Occasione
a questo discorso è per me un veneziano del 1179 5 , e un asti-
giano del 1206 6 .
E chi mai riuscirebbe a mettere a catena Morgante-Margante,
nome che nella prima di queste due varietà sarà poi legato
indissolubilmente con una figura ben caratteristica, ma che
nella fase francese non ci richiama davvero piuttosto questo che
quello tra i saracini che si trovano a portarlo7? E intanto un
1 . Il nome suo risulta dalP inchiesta fatta per una délie solite questioni di
possesso nel 1232. Sentiam dire « quod de Comité Gerardo et comitissa
Blancaflore nati fïterunt » ecc. (Rtg. Firm., p. 365). Poco stante il nome è
ancora ripetuto dalla stessa bocca (p. 366). L'attestazione non puô essere
messa in dubbio, dacchè Biancafiore è l'avola di colui che parla, certo egli
stesso — giova che s'awerta — una persona innanzi cogli anni .
2. Op. cit., p. 310. Uno dei figli è il Trasmondo, marito e padre di due
Marsibilie, di cui si citô il testamento a p. 61. La figliola è menzionata
anche negli atti di questa causa, p. 359.
3. V. Rom. y II, 158.
4. S'intende che gli Alori traditori vogliono in générale essere concepiti
corne sempre la stessa persona, sia pure che ad essa possa cosl anche accadere
di morire più di una volta. Di Alori siffatti ci danno esempio il Fierabras
(p. 133 ecc), il Gaydon (p. 151 ecc), e via discorrendo. Invece è un Alori di
tutt* altra schiatta e d'altro carattere quello che slia nell' Aye <F Avignon
(p. 82 sgg.).
5. Spoglio Cecchetti, sotto « Nodino ».
6. « Allerinus » : Cod. de Malab., n. 933.
7. Un « Morgant » è nell' Ogier, v. 1970; due — chè Taversi in un caso
« Murgant » non fa differenza — s'hanno nell* Aliscans (ed. Guessard, v. 351
e 4395) i « Morgain le Tartare » è pcrsonnaggio del Florent et Octavian (Hist.
Digitized blGOQgle
COXTRIBUTI ALLA STORIA DELL' KPOPEA è)
« Pasquale Moregante » era del Consiglio di Comacchio fin dal
1264' ; un « Dominus Margantes » di Foligno fu tra i reggitori
délia sua patria Panno 1289 2 ; e un « Vivianum dictum Mor-
gante de Venetiis » ci recano innanzi documenti del 13273. —
Ultimo se ne venga il bolognese Scannabecco de' Romanzi,
Sapiente nel 12784, citato nel 1280 cogli altri fautori dei
Geremei a giustificarsi a Ravenna délia cacciata dei Lamber-
tazzis, che con quel suo casato, principiato non saprei dire in
chi, ma a quanto par bene non in lui 6 , viene a fornirci qual-
cosa di indeterminato affatto, ben opportuno per mettere fine
alla mia lunga rassegna.
Sicchè, già coi dati ch' io mi trovo aver messo insieme finora,
e fatta pur ragione délie non poche incertczze, e altrcsi degli
abbandoni a cui si potr;\ esser costretti, non è piccolo davvero
il numéro dei poemi epici francesi del ciclo nazionale che risul-
tan noti alP Italia in un periodo di un' antichità ora maggiore,
ora minore, ma ragguardevole sempre. La Chanson de Roland,
quella che potrebbe dirsi la Conquête de V Espagne y il Mainet, il
Beuve de Hanstone, YOtinel, YOgier, la Chanson des Saisnes, il
Flovent, il Floovent, la série dei canti che hanno per eroe princi-
pale Guillaume au Court Ne^, YAiol, YAspremont, Les Quatre Fils
Aimon, e certo molt' altra roba ancora, s'eran diffusi di qua
dalle Alpi, ed erano diventati parte cospicua del patrimonio
idéale del nostro popolo preso nella sua totaliti, si da abbrac-
ciare cosi i grandi corne gli umili. E la diffusione non s'era
già arrestata per nulla ail' Italia del nord. Sicuramente essa era
lassù maggiore che altrove; ma nonchè la Romagna, la Toscana
e la Marca Anconitana, ossia l'Italia del centro, vuoi dalla des-
tra, vuoi « Dalla sinistra costa d'Appennino », avevano fami-
////., XXVI, 326 e 328); « Margant » chiama YElissaga il personaggio che
neir Eîie francese è detto « Mordrant » (V. l'Indice de' nomi nell' ed.
Raynaud); ecc. ecc. Il nome dev' essere sicuramente di provenienza celtica.
1. Faktuzzi, III, 103.
2. Muratori, Ant. 11. M. Ac, IV, 141.
3. Verci, IX, 153 e 15s.
4. Ghirardacci, I, 233.
5. lb., 251.
6. I « Romanzi », per quel che ricavo dal Ghirardacci, l, 249, sono già a
quel tempo una famiglia.
Romania, XVIII c
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P. RAJNA
liarità coi paladini e coi loro avversari : una familiarità che
apparirebbe anche maggiore, se per questa parte il materiale da
potere più o meno comodamente esaminare fosse stato per me
più copioso. Quanto ail' Italia del mezzogiorno, non c'è bisogno
di rammentare corne laggiù fin dalla prima metà del secolo xi
si fosse insinuata e fosse riuscita a diventare dominatrice una
schiatta a quel tempo totalmente francese I .
i . Mentre questo lavoro era già in bozze impaginate, il prof. Fr. Torraca
richiamô cortesemente la mia attenzione su certi nomi di feudatari del regno
di Napoli neil' età normanna, contenuti nei Catalogo che Carlo Borrelli
pubblicô per il primo, e non troppo malamente, nel 1653, in appendice al
Vindex NeapoUtanae Nobilitatis, e che il Capasso dimostrô in una sua bella
memoria rappresentarci una redazione originaria da porsitrail 1 1 5 5 e il 1 160,
e una revisione eseguita tra il 1161 e il 1 168 (Atti délia R. Accad. tiapol. di
Archeol. ecc, vol. IV, a. 1868-69, p. 293-371, e segnatamente, p. 314-29).
Pur essendomi proposto di mettere per ora un termine a ricerche per sè stesse
inesauribili, non ho resistito in questo caso alla tentazione. Dentro ail' amplis-
simo documento ho dunque raccolto un Daiiese (p. 12, ed. Borr.), un Girino
(p. 13), due Olivieri (p. 25 e 60), dei Galerani (« Gualaranus », p. 33 « Gale-
ramus », p. 39, « Gualeramus », p. 42, « Gualleranus », p. 66), due Brunamonti
(p. 34 e 123), due Marsilii(jp. 40 e 103), tre Ospinclli se pur non si riducono
a due (p. 64, 65, 123), un Gano ( « Gaynus », p. 118), un Pinabello (p. 152),
c finalmente, più notevole di tutti, un Aspratnonte (p. 136). Il bottino non è
molto ricco ; nè di ciô, per più di un motivo, sha da meravigliarsi ; sufficiente
è di sicuro; e l'interpretazione sua puô essere aiutata anche dai confronto di
due Parisii, ossia Paridi (p. 13, e 41 con 153), tre Achilli (p. 29, 98, 142),
tre Ettori (p. 33 con 38, 81, 126), un Antmore (p. 10), e perfino un Mcnelao
(p. 58). — Ma il dato senza paragone più attraente che accada d'incontrar nel
Catalogo riguarda il Ciclo Brettone. Un « Guillelmus filius Tristayni »
(p. 67), che si direbbe rifletterci rifatta francese la forma italiana « Tristano »
(« Tristain »), sodisferebbe al di là délie speranze un desiderio ben vivo
(V. Rom. y XVII. 178). Rende un pô titubanti il non vedere dattorno alPamante
d'Isotta altra gente délia sua razza. E fomenta i dubbi un « Testaynus Buccanus »
(p. 56). I due nomi — me ne ha accertato la cortesia di amici napoletani e
del Capasso medesimo — si leggono ora proprio cosi nel documento ; ma
che siano venuti a diversificarsi per ne^ligenza di un trascrittore , mi pare
oltremodo probabile. Vero che tra le due forme le presunzioni maggiori
di genuinità stanno per il « Tristaynus ». — Non deporrô il libro del
Borrelli senza rilevarvi nella série dei prigionieri lombardi distribuiti in custo-
dia nel 1239 da Federico II ai suoi baroni del mezzogiorno, un « Carsilionem
fil. Paganini de Vigentio », cioè di Vicenza (Montim., p. 166), ben osservabile,
in quanto appartiens ad una specie rara (V. p 42).
CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL' EPOPEA
67
INDICE 1 .
Agoulant (Agolante, Agulante, Agurano), 1 1 36 ; p. 48.
Aimer. V. N'Aimer.
Aiol (« Aiulfus », Aiolfo, « Aiolius »), 1164; p. 57.
Alori (Alerino), 1 179, p. 64.
Altilie (Altilia, Autilia), 1082; p. 45.
Amile (Amelio), p. 7, n. 3.
Akseis (Ansiso, Ansuiso, Ansediso, Ansedise, Ensedise), 11 17;
p. 63.
Aspremont (Aspramonte), 11 60 circa; p. 66 n.
Baiard (Baiardo, Boiardo), 1168; p. 59.
Balaxt (« Balantus », « Balandus », « Balanthus », « Belan-
dius»), 1 173 ; p. 50.
Baligant (Baligante, Balegante, Baleante, Bellagante, « Bele-
gantus », « Bellegantus », « Balegantus », « Barigandus »,
Baligano, Balegano), 1 1 5 3 ; p. 17.
Blanchefleur (« Blancaflore »), 1169; p. 64.
Blaxcandrin, Blanchardin (« Blancardinus »), 11 15*; p. 11.
Braimant (Braimando, Braimano), 1 167 ; p. 23.
Brunamont (Brunamonte), 1180; p. 56.
Claire -on (« Claronus »), 1 321 ; p. 50.
Clarel (« Clarellus », « Clariellus », « Clerellus »), 1 1 78 ;
p. 43.
Danemont (Danamonte), 1168 circa; p. 56.
— (Drusiana), 1085; p. 24.
Eaumont (Aimonte; Alamonte?), sec. xm ; p. 49; cfr. p. 3.
Falsaron (Falsarone, Falserone), 1228*; p. 21.
Fernagu, Ferragut (Ferragù, Ferraguto, « Ferracutus »,
« Feragudus »), 11 67; p. 21.
1. Per le esclusioni V. p. 2, e quindi, per qualche caso spéciale, p. 22, 25
n - h 4>» 55- Accanto alla forma francese metto le nostrali che si sono incon-
trate, mantenendo il camuffamento latino ogniqualvolta giovi per ragion di
esattezza o per altro motivo. Soggiungo poi anche la data dell' attestazione
più antica, distinta con un asterisco allorchè il nome nel documento sta ad
indicare la paternità.
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P. RAJXA
Fiz-Aimon (Fyzaimone), 1261; p. 59.
Floovext (« Floravans », « Floravantes », « Floravantus ».
« Vantus? »), 1253 ; P- 62.
Flore ( « Flore », «...de Flore »), 11 67*; p. 62.
Floriamont (« Florimons », Floriamont), 1 1 5 6 ; p. 55.
Flovent (« Flous »), 1269; p. 61.
Galeran (« Gallaranus »), 11 60 circa; p. 62, e 66 n.
Galienne (Galiana), 1126; p. 23.
Garsilie, -lion (Garsilione), 1 167 ; p. 42.
Gf.rier («Gererius »), 1 174 ; p. 20.
Gerin (Girino), 1160 circa ; p. 20, e 66 n.
Girard de Vienne (« Girardus Vienna »), 1208; p. 63.
Grandonie (Grandonio; Grandone?), 1 160? 1162? 1 175; p. 18.
Guene, -elon (Gano, « Ganclus », « Wanellonus »), 1040; p. 4.
Guiteclin, (« Witaclinus », « Witiclinus », « Guitaclinus »,
« Guiticlinus »), 1 1 1 5 ; p. 29.
Josiane : v. Drusiana.
Justamont (« Justamons », « Çostamons », « Zustamons »,
« Çostamontus »), 1136; p. 33.
Ivorik ( « Yvorinus »), 12 10; p. 28.
Malcabr[é] (Marcabruno, Macabruno, Malcabrino, Macabrino),
1121; p. 25.
Mambrien, Mibriex? (Mambruno), 1221; p. 58.
Marchegai (Marzagaia, Marzagaglia), 1276; p. 58.
Margarit (Margarito, « Malgarittus », Margaritone), 1171*;
p. 16.
Marsibilie (Marsibilia), 1152; p. 60.
Marsilie (Marsilio, « Marsirius »), 1 109; p. 12; e cfr. 48, n. 8.
Maugis (Malagigi ; « Maldegisus? »), 1162? p. 59.
Morgant, Margant ( Morgante, Moregante, Margante), 1264;
p. 64.
Naime (Namo, Naimino), 1183*; P- l 9-
N'Aimer (Naimero, « Naimerius », « Namerius »), 1150; p. 51.
Ogier li Daneis (« Ogerius Danesius », Danesc, Dainese),
1158; P- 52.
Olivier (« Oliverius », « Uliverius », Olivero, « Oriverius »,
« Oriverus »), 1085 ; p. 7.
Orable (Orabile), 11 98; p. 52.
Ospinel, Otinel (Ospinel, Ospinello, Ottincllo, Ottonello;
Spinello?), 1 147; p. 35.
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CONTRIBLTI ALLA STOR1A DELL* EPOPEA 69
Passemont (Passamonte), 1115*; p. 25.
Pinabel (Pinabcllo, Spinabello), 11 32; p. 15.
Publicant (« Poleganus »), 1 145 circa? p. 27.
— (Romanzi), 1278; p. 65.
Ronce val (Roncevalle, Roncivallc), 1171 ; p. 19.
Rondel (Rondcllo), 1247*; p. 29.
Salatrès (« Salatrexius »), 1254; P-
Sibilie (Sibilia), 1109; p. 30.
Teris (« Terrisius »), 1 1 73 ; p. 20.
Tcrpin, Trepin* (Turpino, Torpino, Tcrpino), 1 1 44 ; p. 16.
Vivien (Viviano), 1030 ; p. 4.
Pio Rajna.
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FRAGMENTS DU ROMAN DE TROIE
I. — Fragment de bale.
M. L. Sieber, le savant et obligeant bibliothécaire de l'Uni-
versité de Bâle, a bien voulu me signaler, il y a plusieurs années,
les fragments dont on trouvera le texte plus loin, en réenga-
geant à les publier. Ces fragments, qui consistent en deux
feuillets doubles, à deux colonnes par page et à 52 vers par
colonne, méritaient, en effet, de voir le jour, car, si je ne me
fais illusion, aucune des nombreuses copies qu'on possède du
Roman de Troie n'offre un texte aussi ancien ni aussi correct *.
J'ai fait reproduire en héliogravure, pour la collection de fac-
similés de l'École des Chartes, l'une des pages des fragments de
Bâle. Un tirage de cette planche est joint au présent mémoire
et permettra de juger de l'âge du manuscrit. Je n'hésite pas à
y reconnaître les caractères de l'écriture normande en usage à la
fin du xu c siècle. La copie du Roman de Troie dont ces feuillets
ont fait partie a dû être exécutée, selon moi, sous Richard
Cœur de Lion, ou peut-être même dans les dernières années
de Henri II. Comme dans tous les mss. français écrits outre-
Manche, il y a des fautes contre la mesure ou contre la langue,
assez peu nombreuses cependant 2 . Mais on y trouve aussi cer-
taines particularités linguistiques qui remontent sûrement à
l'auteur et qui ont, en général, été supprimées dans les autres
1. Sauf peut-être le ms. de Milan dont je ne connais que les vingt vers
rapportés ci-dessous, et qui en tout cas est moins ancien.
2. Ainsi k pour //, art. plur. suj. 6819-20; les 14328, le pour // sing. suj.
7854, 14221, 1 4401 ; lui au sujet, 1 4 361 ; qui pour cui 14227; vendent 7842,
fra % 14383, formes proprement anglo-normandes, pour vendra, fera ; nus pour
nul y 143 59> etc -
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FRAGMENTS DU ROMAN DE TROIE 71
mss. Notons d'abord la réduction de vos (vous) à os, par l'effa-
cernent du v initial 1 :
Tuit icist que )'os ai nomé. 688$
Qu'os n'en aiez la vostre part. 7817
Et s'or n'os hastez del eissir. 791 1
Les exemples de cette forme sont surtout fréquents dans les
textes normands ou anglo-normands 2 . Les copistes du continent
les ont ordinairement supprimés, en modifiant le texte.
En (lat. inde) est souvent traité comme atone, enclitique
ou proclitique, et réduit à n.
Le reis qui *w ert Pretemcsius. 6732
Si 'n esteit Fescu mout plus bel. 7792
Or iert veù qui n'avra pris. 7808
Qui V* out o sei trei mile.... 14222
Et si 'n fu ainz maint espié frait. 14452
Cil qui '« aveit la seignorie. 14526
Cette particularité, assez fréquente dans les anciens poèmes
français, moins cependant qu'en provençal, a, la plupart du
temps, disparu de nos copies du Roman de Troie 3.
Le fragment de Bâle n'est point inconnu. Il a été men-
tionné par l'auteur d'un mémoire sur la phonétique du Roman
de Troie comparée à celle de la Chronique en vers des ducs
de Normandie, qui a été publié en 1879 dans les Romanische
Studien de M. Bœhmer, III, 443-492. Mais ce qui n'a pas été
remarqué, c'est qu'il existe du Roman de Troie un autre frag-
ment qui a certainement fait partie du même ms. que les
feuillets de Bâle. M. Scheler a publié, en 1874, dans k Biblio-
phile belge, neuvième année, pp. 181-192, deux cent huit vers
du Roman de Troie correspondant aux vers 27694-27902 de
l'édition, qu'il a tirés d'un feuillet isolé appartenant à la Biblio-
thèque royale de Bruxelles. Ce feuillet est ;\ deux colonnes,
1 . C'est donc un phénomène tout différent de celui qui a amené la réduc-
tion du prov. que vos à queus, en passant par quevs.
2. Voy. Romania, XI, 60, note sur le v. 6857 de Guillaume le Maréchal,
cf. Tobler, Zeitschr. f. rom. PIril., VIII, 496, et Vermischtc Beitrâge ^. Fran^.
Gram. y 212.
Le texte qui a servi de base à l'édition de M. Joly Fa conservée en deux
des six exemples cités, aux vers 7792 et 14222.
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72 P. MKYER
ayant chacune 52 vers, et il offre précisément les mêmes formes
de langage que les feuillets de Baie, et notamment les particu-
larités signalées plus haut, os pour vos, en réduit à n. Pour plus
de certitude, j'ai prié M. Ruelens de vouloir bien comparer le
fragment de Bruxelles avec le fac-similé du ms. de Baie que je
lui ai envoyé à cet eftet, et le savant conservateur de la Biblio-
thèque royale de Belgique s'est empressé de me répondre, avec
son obligeance accoutumée, qu'il y avait concordance parfaite
entre les deux fragments l .
Ce résultat n'est pas sans intérêt. Les feuillets de Baie et de
Bruxelles n'ont pas seulement le mérite de l'ancienneté : ils
contiennent, selon moi, une fois débarrassés de quelques incor-
rections dues au copiste, le texte le plus pur que nous ayons de
l'œuvre de Benoît; ils peuvent servir de critérium pour juger de
la valeur des mss. si nombreux que nous en possédons, et qui,
presque tous, offrent, i\ des degrés divers, un texte remanié.
Joindre au fragment de Bâle les variantes de tous les mss.
serait se condamner à un travail fastidieux qui encombrerait,
sans grande utilité, les pages de la Remania : se borner à donner
les variantes que présente l'édition de M. Joly serait moins
utile encore et surtout peu judicieux, puisque, de tous les textes,
c'est le plus facile à consulter. Pourquoi, d'ailleurs, choisir,
comme terme de comparaison, le ms. suivi par M. Joly plutôt
qu'aucun autre? Cependant, toutes les fois que le texte de Bâle
m'a paru décidément incorrect, et là aussi où, par suite de la
rognure des feuillets, il manque une couple de vers, j'ai donné
en note la leçon de l'édition, qui reproduit le ms. Bibl. nat.
fr. 2 181, et, en cas de variante, celle d'un ou de deux mss.
Même en dehors de ces deux cas, j'ai cru bien faire en signa-
lant les divergences principales entre notre fragment et quelques-
unes des autres copies. On notera combien est fréquent le cas
où les copistes ont modifié les rimes, et on reconnaîtra qu'il
1. M. Ruelens me signale une seule différence, c'est que dans le fac-similé
que je lui ai transmis on remarque un point en regard de chaque vers, ce qui
ne s'observe pas dans le fragment de Bruxelles. Mais cette observation
confirme la communauté d'origine des deux fragments. En effet, ces points
ne sont marqués que dans le premier des deux feuillets dont se compose le
fragment de Bâle. — Le feuillet de Bruxelles a été acquis par la Biblio-
thèque rovalc à la vente de la bibliothèque du professeur Serrure, dç Gand,
en 1872.
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FRAGMENTS DU ROMAN DE TROIE 73
est imprudent d'établir des théories sur les rimes de poèmes
dont le texte n'est pas entièrement sûr.
Je donnerai, à la suite du texte, des indications assez précises
sur la valeur relative des mss. du Roman de Troie, par compa-
raison au texte de Bâle et de Bruxelles.
Les abréviations sont peu nombreuses et ne laissent guère
place au doute ; on pourra s'en convaincre par l'examen du fac-
similé. J'ai conservé le signe qui représente et, parce qu'il se
peut qu'en certains cas le copiste eût écrit e plutôt que et, bien
qu'il semble préférer cette dernière forme; j'ai aussi reproduit,
à peu près, l'abréviation ml't qui peut s'interpréter par molt,
mult, moût. J'aurais pu sans inconvénient écrire partout moût,
forme que le copiste emploie presque constamment dans le
premier des deux feuillets doubles dont se compose le frag-
ment. Avant p, b le copiste emploie indifféremment n et m. Il
écrit en toutes lettres asenblée 14536, conbatan^ 6752, enbatre
7915, enboglè 1445 5, resenblot 67961, senblant 14360, aconpli
14539, enpene^ 7880, enplastre 14559, vnais champ 14213, chambre
14560, 14594, 14217, compaigne 681 1, 7929, compaignon 6802,
Premier feuillet double.
Kcr es forez & es montaignes, {fol. 1) Mil chevalers i amenèrent
Dont mout i a plus que des plaignes , Qui unques lances ne portèrent,
Veit l'on folez & satereaus, Mais darz trenchanz de fin acier
Bestes sauvages & oiseaus 6730 Et granz ascones 2 por lancier, 6740
De mil manières & de plus. Forz ars torqueis : gent desarmée
Li reis qui 'n ert Pretemesius 1 Ne puet aveir a cez durée.
Et Terepex uns suens cosins, Cist nafixerent maint chevaler
Andui erent joenvles meschins, Et ocistrenu maint buen destrier,
Gent, proz & beaus & enseigniez 673$ De teus » vos sui je bien devins, 6745
Et en toz lieus bien afaitiez, Ainz que li sièges ait pris fins.
1. Mieux, dans Véd. : S'en estoit reis P.; Montpellier : De ht fit rois P.
2. Remplacé dans la plupart des mss. et dans l'édition par javelox. Manque
à Godefroy. Prov. ascomi (Lex. rom., II, 132); esp. a^cona (Diez, Ètym.
Wœrt., II b; Du Cange a^iona. Dans le livre IV du Codex S. Jacobi aposloli,
ch. vu, on lit : « Ubicumque Navarrus aut Basclus pergit.... duo jacula aut
« tria, que aucotias vocat, ex more manibus tulit. » (Revue de Linguistique et
de Pkil. comparée, XV; cf. Romania, XI, 426.)
5. Mieux éd. naireront .... ocirront.
4. Mieux éd. De ce.
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74 p- a
De Frise i vint Xantipus '
Et Mesceres & Ascamus.
Cist n'erent mie chastelant %
6750
Ainz erent rei riche & puissanz*,
Forz & hardiz & conbatanz.
Cist amenèrent teus maisnies
Qui gent furent apareillies :
Chascuns en a en sa conpaigne 6755
Set cenz ; n'i a cel n'ait enseigne,
Eaume d'acier resplendisant
& espée buene & trenchant.
De Boete i vint Asimas,
Fortins le proz & Sanias ; 6760
Conte esteient icist tuit trei,
Mais ne se portèrent une fui ;
Toz jorz s 'esteient guerreié,
Mais or s'esteient amaisié.
Por guarnir Troie contre Grexs 6765
Mil chevalers aduistrent texs
N'i a un sol qui a tornei
Face ja mauvaistié de sei.
Icist ferunt de teus eissues
Dunt en serunt paumes batues. 6770
& de* grant règne de Botine,
Terre sauvage outre marine ,
Vint Boetes & Epistroz
& chevalers set cenz & proz.
Frère esteient icist germain, 6775
Une en lor terre n'out fait pain;
Espèces buenes & peissons,
Fruiz precios & veneisons
Aveient a mangier apris. (/>)
Chascun aveit cheval de pris, 6780
Espié trenchant, escu & broine.
Mout avront ainz cist grant essoine
Que la vile guerpissent mais,
Jusque da * guerre seit pais.
De Pafaglone (sic), une contrée
Qui asez est poi renomée, 6786
Ker si est loin vers 6 le soleil
Qu'a grant manière me merveil
Cum faitement l'en i ireit
Ne corne rien ça en vendreit, 6790
Tant i a ewes a passer ^
& tanz puis roistes a monter " ;
Merveilles est & fu toz dis
Cornent en vint Filemenis,
C'ert le sire de Pafaloigne (sic) ;
Mais ne quit pas que soz le troine
Eûst un chevaler plus granz : 6795
Por poi ne resenblot jaianz.
Mout esteit fort & vertuos,
Fel & hardi & corajos.
Ne sai mie cornent il soct
Le siège qui a Troie aloct : 6800
Venir i vout, tôt desemons.
Bien a dou mile compaignons ,
& si en traistrent mout granz peines
Dis meis entiers & treis semaines.
Ainz qu'a Troie fussent venu 6So>
Out il de sa gent mout perdu,
Kar asez en teus lieus veneient
Ou par un poi ne perisseient.
Merveille fu cum s'i esmurent,
Ja en negun sen venir n'i durent 8 .
1 . Ms. Ixanlipus. Corr. reis X. — Les vers 6747-58 sont publiés d'après le
ms. deVienne, Gertnania, II, 190.
2. Il faut corriger chastelain et ajouter ensuite le vers correspondant, ici
omis, Ne vavassor de basse main.
3. Ce vers est écrit deux fois dans le ms.; à la première, il y a puissant.
4. Sic t corr. del.
5. Sic y corr. de la.
6. Le ms. semble porter loin lier s.
7. Ces deux vers manquent à l'édition et a la plupart des mss.
8. Trop long. Les mss. ont Ja a nul sens ou Ja a nul jor.
T
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FRAGMENTS DU
Pfaillcmenis & sa compaigne 68 n
Qui mout par ert tele & grifaigne
Vmdrent a Troie por défendre
(Jae Grexs ne la peùssent prendre.
Armez erent en autre sen 68 1 5
Qjje n'esteient H Troïen ;
De cuirs boilliz escuz aveient
Qjii de fin or resplendisseient.
Mïeuz en valeit le sordeior '
Que de Troie tôt le meillor, 6820
Quer de pierres de paradis,
D'Eûfrates & de Tygris,
Esteient tuit orlé & plein.
Et ensement tuit lor lorein.
De purpre aveient conoissances 6825
Et granz enseignes en lor lances.
Cist feront d'eus sovent parler
A torneier & a joster.
Por povor ne por coardie (c)
Viert ja par eus Troie estre 2 guerpie.
NI revint raie de trop près ' 683 1
D'Ethiope le rei Persès ,
Ne Mennon fiz de sa seror,
Qui mout esteit de grant valor
Et riche chevaler asez, 6835
Quer sire esteit de .v. citez.
Perses i vint mout richement
Et o noble contenement.
A venir mist set meis 8c plus,
Mout amena contes & dus 6840
Et chevalers estrangement,
Mais unques peiz ne arrement
ROMAN DE TROIE 75
Ne fu si neire come il erent.
Estranges chevaus amenèrent ;
Ne saveient armes porter, 6845
Mais de traire & * de berser
Ne saveient rien genz avers eus * ;
Mout esteient hardiz & feus.
Icist ferunt de Griex essarz,
Quer lor saietes 6 & lor darz 6850
Sunt entoschié, ja ne guarra
Nus hoem qui naffré en sera 7.
De Terarcha i vint Teseûs
Lui & sis fiz Archilogus ;
Au rei de Troie erent parent 6855
Et si ami de longuement.
Fort esteient cist & gentil ;
Chevalers ovrent plus de mil,
De teus qui ja ne feront faille
En fort estor ne en bataille. 6860
Icist secorrunt lor parenz.
Et aideront a ceus dedenz.
D\Agreste,uneisleen merloingtainc
Dont la gent est fiere & grifaigne,
Vint reis Fion & reis Esdras 6865
Qui n'amenèrent mie eschars
De chevalers ne de serganz.
As Troïens seront aidanz.
Mout i despendront ainz de lor
Qu'as Griex n'en seit le sordeior. 6870
Del reialme d'Alizonie,
Qui vers terre est de Femenie,
O les chieres espèces sunt
Que l'on porte par tôt le mont,
1. Ici et ailleurs (6870, 14493, 14501) la plupart des mss. substituent pior
ou peior à sordeior.
2. itrt est récrit sur grattage; estre est à supprimer. Ce vers et le précédent
sont placés dans 794 après le v. 6852.
3. Les vers 6831-3 sont publiés d'après Vienne, Germania, II, 190.
4. Éd. ne. Il y a et, comme ici, dans Montp.
5. Sic; 794 Ne sot gent nule rien a ex; éd. Ne sot onqtics nus envers eh
6. Ms. saietet.
7. Les vers qui suivent jusqu'à Asci orreii inclusivement (6884) manquent
dans 794 et Montp. ^ ^
688 s
7é P. MEYER
Vint Pistroplex, uns reis villarz 6875 Et autresi danz Eneas,
Qui moût ert saive de set arz.
Mainte merveille saveit faire.
Cist amena un sajetaire
Dont el l'ost fu grant parlance 1
Et dont Griex ovrent grant pesance.
Mout l'ovrent pesme enemi (d) 6881
Tant dementeres 2 cum il vesqui,
Mais ne dura pas lungucmcnt;
Asez orreiz avant cornent.
Tuit icist que j'os ai nomé >
Vindrent a Troie la cité.
Détiens se mistrent li plusor
Por los, por pris & por amor,
Et li auquant por seignorage
Et li autre por parentage.
Dès que Dex vout le mont sauver
N'oit unques nus hoem parler
Que issi faite chevalerie
Eûst nule cité guarnie.
A trente treis furent numbré 6895
lcist que jo vos ai nomé
Dunt li plus povre ert rcis o dus
De mil chevalers & de plus.
Chascun d 'icez tel gent aveit
Dont chascun guarde se perneit. 6910
Chascuns aveit une partie
De ceus de fors en sa baillie.
Si esteit fait & ordené
Et si l'aveient devisé
Que ja chevalier ne montast 6915
Se lor prince nel comandast ;
Ja fors des murs nus n'en eissist
De ci qu'a Tore qu'il vousist ;
Bien les cuitot a > justiser :
Orguil i aveit grant & fier. 69.10
Trop folement se contenissent
Sanz un vers qui il entendissent 6 .
6S90 Eissi tirent cum puis retraire
Cum unques mieuz le povrent faire.
De ce n'aveient espérance, 6925
Pour ne crieme ne dotance
Qu'il as murs fussent asailii ;
Por ce ne fu mie establi
Queus défenses li rei avreient
Ne en quel lieu se défendraient; 6950
N'en ovrent unques grant besoing ,
D
e toz ceus qui a Troie vindrent Toz jorz en fu l'ost auques loing.
Et qui contre Grezeis la tindrent
Fu Estor maistre : a son plaisir 6901
Lui les covint toz obeïr.
De toz i out la seignorie,
La poesté & la maistrie.
Paris sis frère & Troïllus • 6905
Et ensement Deïphebus,
Antenor & Polidamas
(Ici manque un feuillet double, 416 vers.)
O tant s'enist, & li trci rei (Jol. 2) 7751
Tuit fors des lices, ai gravei.
Trci mile sunt icist & mes
Qui ml't i sorTrirent grant fès.
Ainz qu'il veient mais anuitier 7555
1. Vers trop court; corr. deparlauce (ms. 903). Ce vers et le suiv. ont,
dans led., d'autres rimes.
2. Éd. Endementres.
5. Les vers 6885-90 sont publiés d'après le ms. de Vienne, Gcrmania,
II, 190.
4. Ce vers et les sept suiv. manquent dans 794.
5. Edit. Bien les coicnoit. Cf. plus loin, v. 14^46.
6. Ed. S*a lor uuiistres ne aUndisseul .
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FRAGMENTS DU
Avront d'aîe grant mestier.
Hector le tierz conrei devise.
En icel sunt cil de Larise ;
Sire en esteit Huspoz li granz,
Li forz, li proz, li combatanz, 7760
£t Cupesus qui mout ert maire;
Mais ce sai bien de veir retraire
En tote Tost n'out teil pareil.
Cist ferunt encui sanc vermeil.
Trop erent forz, trop erent granz ;
Asez senblouent mieuz jaianz 7766
Qu'il ne fniseient autres genz.
Trei mile sunt cist & set cenz,
N'i a cel n'ait l'eaume lacié
Et qui n'ait lance o buen espee '. 7770
Hector lor baille Durs Reguarz 7 ,
Cert uns de ses frères bastarz
Qu'il mout amout & aveit chier,
Quer mout esteit buen chevaler
Et bcaus & proz & affairiez. 7775
Serré s'en issent & rengiez,
Tôt fors les lices es graviers,
Delez les deus conreis premiers.
Remus li reis de Cisonie »
La quarte eschiele ra fornie ;
NTi out mais ui nule si grant 7781
Ne si fîere ne si dotant.
Richement fu armé li reis,
Mout fu riche li suen herneis,
Mout out cheval de riche pris : 7785
Des meillors autres valeit dis.
D'or bruni ert sis escuz toz,
X aveit nul autre teint desoz,
ROMAN DU TROlh JJ
Mais de purpre ert covert desus
Et entaillié par grant pertus. 7790
La purpre ert neire & li languel,
Si n esteit l'escu mout plus bel.
Polidamas le Segurans
Out cez en baillie & en mains.
Ector l'en out fait conestable 7795
Por ce que proz ert & aidable.
Sor un cheval sist d'Arragun
De grant pris mout & de grant non,
Uns bais, uns granz, uns trop isneaus.
Ses armes erent o aigleaus 7800
D'or esmeré en vert asis.
Veîant Ector un poindre a pris :
« Sire », fait il, « mout sui g'iariz (/>)
« Et de grant joie repleniz
« De ce qu'encui nos conbatrun 7805
« Envers la gent que plus haùm
« Et qui si près nos unt requis.
« Or iert veû qui 'n avra pris.
« Or se tairont li vanteor
« Et li cuart encuseor, 7810
« Et li preisié ravront lor leus.
« Or resera nostre li geus-». »
Hector li respont : « Beaus amis,
« Qui qu'en seit mornes ne pensis,
« Je vos en vei mout esbaudiz. 781 5
« Li pris n'iert ja si departiz
« Qu'os n'en aies la vostre part,
« De ce n'ai je negun reguart.
« Mieudre de vos, sage ne fol,
« Ne pendra ui escu a col. 7820
« Alez, sievez noz chevalers!
1 . Pour espiê.
2. 794 H. lor a bailliè Jaillart ; 903 lor a b. Char dos; éd. lor a b. Dimart;
ailleurs Dinar t.
3. P.-ê. Tisonie (le / et le c étant difficiles à distinguer), ce qui est la leçon
de certains mss., notamment de Montp.; éd. Lisonie, 903 Sisonie.
4. Les rimes sont lex etgex dans 794 et ailleurs. Les deux vers sont refaits
sur d'autres rimes dans l'édition.
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78 P. M
— Sire », fait il, « mout volentiers. »
Eissu s'en sunt estreit seré,
Fors la trenchie del fossé. 7824
Cil de Peione s'en reissirent
Qui la quinte bataille filent ;
D'icez fu reis Pretemesus
Et Terepex fiz Menelaus '
Icist n'ovrent espiez ne lances
Ne enseignes ne conoissances ; 7830
Chevaus ovrent forz & isneaus,
Ars & saietes & quarreaus.
Merveilles bien armé esteient
Solunc l'usage qu'il teneient.
O cez s'en ist Deïphebus, 7836
L'arc en la main, ne tarza plus; 783 *>
Prince fu d'eus & governere
Par le comandement sun frère,
Tôt plein le coivre a * de seietes
De fin acier a traire prestes ; 7840
Mais s'il les laisse a ceus de la,
Mout chierment les lor vendera*.
Une ne virent si chier marchié
Ne dont il fussent plus irié
Cil d'Agreste sunt apelé 7845
Qui ml't se furent* gent armé.
Ml't unt chevaus a lor voleirs
Sors & baucens, feranz & neirs,
Haumes, osbers, escuz d'or fin
De vert, d'azur & de carmin, 7850
Espiez trenchanz de fin acier
O groisses hastes de pomicr.
D'icez fu sire reis Esdras
Et reis Fion le fiz Duglas,
Cil qui conquist maint riche règne, (c)
Mais puis l'enpoisona sa ferme. 7856
Fions, icist, un cure aveit |
Qui d'estrange richece esteit. ;
En bataille ert armé desus ; {
Trei mile mars valeit & plus. 78I
Les roes erent de benus s, |
D'or fin barréefs] par de sus. j
D'ivoire esteient li limon, 1
Et li assouel & li poinçon , 1
Ovré eissi menuement 1
& deboissié si soutilment 7^4
Que trop esteit l'entaille bele. 1
La tabernacle & la marzele ■
Ert de cuir d'olifanz boilliz, ,
Peint a colors & a verniz. 7874
Tant i out or, tant i out pierres \
Si precioses & si chierres,
Merveille esguarde qui ce veit.
Corne torete faite esteit.
Dex ne fist arme qu'i entrast 787 5
Ne a qui nul 6 jor le fausast
Deus dromedaires le traeient
Qui isneaus & coranz esteient.
Lor borel sunt de buen cotun ?
& mous 8 de mout chier ciclatun,
Et d'orfreis sunt les sordoisseres
Riches & forz & bien entiers (sic).
Li curres fu ml't bien armez ;
Asez i out darz enpenez, 7880
Hasches denesches & espées
Dont il ferra de granz colées.
Tuit cil quil veient le remirent ,
Quer unques mais tel rien ne virent.
Al rei Fion, al rei Esdras 7885
Livra Ector Jechonias,
Un de ses frères de soignant,
1 . Corr. Mtnalus.
2. a est ajouté sur grattage et manque dans les autres mss.
3. Corr. chicrement... vendra.
4. Mieux éd. re furent; 794 estaient.
%. Ainsi coupé ici et dans presque tous les mss.
6. 5/V, corr. ne qui a nul.
7. Ce vers et les trois suiv. manquent dans l'éd. et dans tous les mss. que
j'ai pu vérifier, y compris celui de Milan.
8. 5/V, corr. Envous?
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FRAGMENTS DU
Hardi, proz & bien aidant '.
Jechonias, mien escient,
Aveit unes armes d'argent 7890
O treis petitez lionceas*.
Sis chevaus ert forz & isneas,
Tost remuant & bien hardiz.
Sanz noise faire & sanz criz
S'en issirent le petit pas. 7895
Dune a pris Hector Eneas :
« Uimais », fait il, « vos en istreiz :
« La setme eschiele condurreiz
« Que forniront cil de Lancoine ;
« Meillor gent n'est pas soz le troine.
« Gardez Euferme ♦ Pamiraut : 7900
« Viel est & fraint, se Dex nos saut,
« Trop fereun grant perte en lui (d)
« Mout est saive, si cum je cui. »
Fait Eneas : « C'est tôt en Dé , 7905
« Mais par la meie volenté
« Ne nos vendra ja destorber.
« Pensez hui * del espleiter.
« Un mès m'a dit que cil de la
« Se sont apareillé peça, 7910
« Et s'or n'os 6 hastez deleissir,
« Si nos porrunt les chans tolir.
« Si faitement ja n'en istron
« Ne les lices ne passeron.
« Neient n'ert mais ui del conbatre
« S'il nos poent çaenz enbatre. «791 5
Hector respont : « Vos dites veir,
ROMAN DE TROIIi J$
« Mais ainz avront grant estoveir
« Dimile 1 chevalers armez
« Qui ja sunt utre les fossez 7920
« C'uimais par force i seient mis.
« Or chevachiez, je vos plevis
« Que je vos siverai ja mout tost;
« N'asemblez pas o ceus del ost
« De ci que je m'en seie eissuz 7925
« O ceus de Troie fervestuz
« & de bataille conreez.
— Sire », fait il, « nel demorez. »
Danz Eneas & sa compaigne
S'en eissirent fors en la plaigne. 7930
Paris s'en rist o le reis Serse,
Ce ert le sire a ceus de Perse
Qui mout plorout ; grant duel faiseit ,
Por sun nevo qui mort esteit.
Mais s'il puet bien espleitier 8 7935
Penera sei de lui vengier.
Li coivre sunt guarni & plein
& chascun d'eus porte en sa main
Dont il traira sun arc torqueis :
Ml't les poent doter Grezeis 7940
Quer mout en feront grant ocise?.
A lor manière & a lor guise *
S'esteit Paris li beaus armez,
L'arc en la main, l'espée al lez,
Sor tel cheval qui vaut .c. mars,
Nez d'outre l'ewe d'Eùfras ;
Ice est la bataille uitaine 7945
1. Ed. H. et prou et conbatant.
2. Ce vers et le suiv. sont partout ailleurs différents et sur d'autres rimes.
3. Ms. cri^ avec / suscrit sur le c. Édit. et san^ estri; 794 et san^ grant cri.
4. Ou Euf rente, ce qui est la leçon de Montp.; éd. Ettfeme; 903 Euffroine.
5. Sic, corr. huimais.
6. Édit. Se ne vos ; ms. 903 Et s'or ne v. h. d'i.
7. Pour dix mile; môme forme plus loin, v. 143 19. Le fragment de
Bruxelles (v. 27719) offre la forme dimire.
8. Vers trop court; leçon toute différente dans l'édition.
9. Ces deux vers manquent dans l'édition , mais se trouvent dans 794 et
ailleurs.
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80 P. MEYER
Qui de Grezeis n'ert pas loingtainnc, Enz en icest destruiement
Ainz s'en trairunt encui bien près 1
& mout lor chargerunt grant les ' .
Hector a toz ceus ascmblez
Qui de la terre esteient nez
Et chevalers armes portanz.
La nueme bataille fu granz... 7950
Deuxième feuillet double.
Se tas 3 ne fust la destinée, (fol. 3).
L'arme li fust del cors sevrée. 14200
Sachiez sor le rei Menelaus
Fu granz li chaples des vassaus;
Mainte arme i out de cors sevrée
Ainz que departist la meslée.
La se resunt bien entretainz *, 14205
Ne tant ne quant ne s'i sunt feinz
Hector n' Achilles ; cors a cors
Trop laidement s'i sunt amors.
Il i perdrunt, jel sai de veir;
Ne puet pas anceis remaneir. 142 10
Pris & saisi fu Menelaus,
Mais por la presse des chevaus
Nel povrent del champ esloinier;
& si sacheiz lor chevalier
Le firent si cum nule gent 1 42 1 >
Nel fist nul jor si saivement.
Ne sera ui del champ partiz
N'en soient ainz mil d'eus leniz.
& en icest ociement 14220
I a vint le fiz Tydeûs
Qui 'n out o sei trei mile & plus
De teus qui gent furent armez.
Si cum il vindrent abrivez,
Si vont lor lances peceier 14225
& lor proeces essaier.
Tel i a d'eus qui bien en prent
& tel i a qui s'en repent.
Cil qui se trove fors la sele
O qui traîne la boele 14250
Ne puet muer ne s'en repente
Dont il eissi ui de sa tente.
Mais neporquant, par vif besoing
Del champ deus trait & plus loing +
Chacierent Gré lor enemis ; 1425s
Ml't lor i un (sic) des lor ocis,
Ml't en perdirent a cest poindre.
Diomedès est alé joindre
O Troïlus por la danzele :
Jus l'a trebuchié de la sele. 14240
Le destrier prent par les noeaus ;
Un suen vaslet, un jovinceaus*,
A apelé si le tent 6 :
« Va tost, » fait il, « isnelement
« A la tente Calcas de Troie, 1424 s
« & di a sa fille la bloie
« Que je li enveie" cest destrier :
1. Même observation.
2. Sic, corr. tex.
3. Corr. entratein;.
4. Vers incorrect et trop court; 794 tretièes; Montp. traitiez bien L; éd.
Irai; et plus en l.
>. De même 903 : Le d. p t p. le noel \ A .j. vallel ./. damoisel ; 794 Puis a
seisi le bon destrier \ Siacena.j. esenier ; Montp. i> destriera molt tost saisi, \ Puis
a .). damoiscl choisi; édit. Le destrier sesit par la règne ; \ Un dameisel molt tost
aresne. Cette dernière leçon e^t aussi celle de Vienne; voir dans Gertnania,
II, 202, les vers 14241-52.
6. Corr. si [le] li tent.
7. Corr. envei
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FRAGMENTS DU
• Guaaignié l'ai d'un chevalier.
'(*)
i42$o
« Qu'el ne s'iraisse de mes diz,
• Qu'en li est toz mis esperiz. »
Gl s'en torne les grez menuz,
Devant la tente est descenduz,
Puis est entré el paveillon 14255
Dont de fin or sunt li peisson ,
& l'estache & li pomeaus
Et li aigles qui trop est beaus.
Le fiz Cariz de Pierrelée '
A la danzele saluée 14260
De par sun naturel seignor :
« Dame, » fait il, « cest misoudor
u Vos enveie par druerie.
v Sachiez que pas ne vos oblie.
« De Troïlus ce sai retraire, 14265
« Qui tant le set de vos bien faire,
« L'a guaaigné n'a se poi non ;
« Jus le trébucha el sablon.
« Tel poindre i fist, veiant mes oilz ,
« Ne fu de la si grant l'orguil 14270
« Cent n'en chaïssent toz envers,
« Toit J li plus sains est pale & pers.
« Ce vos mande por vos se peine
« Et que toz est vostre demeine. »
Par Tanelet d'or a cristal 14275
Prist la danzele le cheval.
ROUAN DE TROlh 8l
a Di mei, » fait ele, « ton seignor
« Que ci me porte il maie amor,
« Que si riens se fait bien de mei
« Par le mien gré no* mun otrei 14280
« Ne de riens seit mis depreianz,
« Tant eu m vers mei ert bienvoillanz,
« Nel deit laidir ne damagier :
« Ce qu'iert de mei aint & ait chier.
« Bien sai s'il m'aime de neient 14285
« Que de mieuz en sera ma gent ;
« A toz en deit porter manaiee.
« Mais se il est quil me retraiee,
« J'orrai asez ainz le quart jor,
« Que cil avra pris tel retor 1 4290
« De cest cheval ove s'espée
« Dont la perte ert bien restorée.
« N'est pas vilain a desguagier,
« Quer soz ciel n'a tel chevalier.
« Bien quit que il sivra $ sa preiee, 14295
« Si ne li chaudra qu'il qu'en 6 veiee.
« Tel 7 li quidera veer
« Que le porra bien comperer.
« Va ariere tost a l'estor,
« Si me saluée tun seignor 14300
00
..................... 8
« Ja nel harrai se je n'ai dreit',
« N'encor ne l'aim dont mieuz li seit ». »
Li vaslez s'est de li partiz, 14303
1. Deux vers sont coupés au haut de chaque colonne. 794, etc. : Qui molt
iest but pene\ por li, \ Et li diras que je li pri.
2. Les vers 14259-64, 14275-302 sont publiés d'après le ms. de Vienne,
Gtrmania, II, 203 .
3. Corr. Dunt.
4. 794, Vienne, etc. Par mon gré et (éd. ne) par.
5. Ed. et la plupart des mss. quil rescorra, Vienne secorra.
6. Ed. qui le v. ; 794 Qu'il ne li chaudra qui le.
7. Suppl. la (Vienne , le Montp.), ou , comme dans l'éd., Et au commen-
cement du vers.
8. 794 Et si li di que tort avroie, \ Se il m'amoit et jel haoie, et de même, ou
à peu près, dans l'édition.
9. Ces deux vers manquent dans beaucoup de copies (794, Montp.,
Vienne, etc.) et dans l'édit. ; le premier est en partie rogné ; je le rétablis à
l'aide du ms. 903.
Remania. XV lll
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82 P. .V
Ariere tome al fereïz,
Al merveillos & al mortal, i43°>
La o fenissent tant vassal,
Tant conte & tant riche barun.
Paris & tuit si compaignun
Furent al besoing avenuz ,
Sor les destriers, les arz tenduz. 143 10
Qu'en dirreie? Tel traieïz
Ne si estrange poingneïz
Ne vit une riens ne tel dolor.
Ne povrent Grius soffrir l'estor;
Derumpuz furent de la place, 143 15
Jusqu'as tentes dura la cace.
S'Agamennon nés secorust
Mauveissement lor esteûst.
Dimile Grieus noveaus & freis,
Laciez les haumes pavieis, 14320
Le sievent tuit, les escuz pris.
Cist requièrent lor enemis
Es esmoluz fers & degontauz 1 ;
La faussent osbers & bliauz,
La desjoinnent costez & piz, 14325
La a asez des esbahiz
Qui ne se sevent conseillier.
Par les chans vont voiz les destriers.
Des seles sun[t] H arçon frait.
Que vos en fereie 2 long plait? 14330
Li Troïen sunt resortiz,
Si unt el cha[m]p des lor guerpiz
Treis cenz & plus, ce dit Pescrit
EYER
Et cil qui o ses oilz les vit.
Par mi les lices les meïssent, 14335
Ja anceis mais ne départissent,
Se n'i venist Polidamas
& reis Fion le fiz Duglas.
Cist unt l'estor esvigoré
Par eus fu le champ recovré*; 14342
Mais ml't i out anceis colées
Prises, rendues & donées
Que li torneiz fust arestez. 14345
Perdu i out le jor asez
Milliers de gent, ce truis lisant ;
Ceste bataille fu ml't grant.
Devant les douves *, près des murs,
Fu li torneiz pesmes et durs, 14350
Tôt le jor puis, de ci qu'ai seir.
Ml't l'en poeient bien veeir
* 00
Polidamas ml't i josta 14.3 > >
Et chevaus pro i guaaigna.
Mout s'i pena d'armes porter.
Asez saveient sun penser
Plusor qui nus plai n'en teneient
Ne quisenblant ne l'en faiseient. 14360
Diomedès & lui 6 josterent
Qui de neient ne s'entramerent.
La joste fu ml't aïrose
Et a chascun d'eus perillose,
Quer n'i out celqui nesaingnast 14365
1. Sic. Rimes différentes dans l'édition et dans tous les mss. que j'ai sous la
main.
2. Ms. frereie.
3. De même dans 903 (sauf les lor pour estor). Mais pour ces deux vers, il
y a ailleurs (794, Montp., édit.) : Et rois Fyon li prtu\ li gen% | O lui œvoil
molt fieres gen\ \ De har dément bien esprove\; \ Par lui fu li chan^ recovre\.
4. Éd. et plusieurs mss. fosse\; 903 dames.
5. Éd. Les puceles sus de la tor \ Qui miel% se contient en T estor. De même ou
à peu près, 794 et d'autres mss.; 903 Les pucclles des aleors \ Et des ars voltis
et des tors»
6. Éd., 794, etc., il.
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FRAGMENTS DU
& qui sa lance n'i bruisast ;
Mais le cheval Diomedès 1
Vira de soz lui trop a fès :
Soz lui chaï ; mrt fu bleciez.
Ainz qu'il refust sailli en piez 14370
Out Polidamas le destrier
Livré a un suen escuier;
A Troïlus en fist présent.
La joste virent teus cinc cent
Qui mrt en ovrent grant envie. 1437$
& celés qui ne[l] héent mie
L'unt l'unfe] al autre al dei mostré;
Asez en unt entre eus parlé J
& mJ't grant bien retrait & dit.
Quant Troïlus le cheval vit, 14380
Grant gré l'en sout, quer mFt fu riche ;
Enz en sun cuer dit & afiche
Qu'il en £[e]ra chevalerie
Si qu'en orra parler s'amie ;
Et si fist il, ne tarza guaire, 14385
Eissi cum je vos puis retraire.
Trop les empressout Achillès
rosux de trou: 83
Et tant se teneit des rens près
Qu'il ne poeit nul des lors poindre
Ne dreit aler ne a dreit joindre » 14390
Qu'il ne li sorsist en la chiere,
O as costez o par deriere* :
Ocieit les veiant lor ouilz ;
Mais en poi d'ore chiet orgu.... s.
Troïlus sist sor le destrier 14395
Qu'il ml't ama & ml't out chier
Quer une en si buen n'out monté :
L'escu al col, d'or enboglé 6 ,
L'eaume lacié, l'osberc el dos
La lance el poing o fu entors 14400
Le gunfanon que li dona
Damisele Briseïda
Qu'il ml't amout encor ai jor ,
Toz les granz sauz del missoudor
7 1440$
Joster al cors d'un chevalier ", (Jol. 4)
Mais Achillès sailli premier
Quil feri si parmi la chiere
1. Les vers 14367-84 sont publiés d'après le ms. de Vienne, Germania,
II, 203.
2. De même 903. Ailleurs en ont ris et parlé (éd. gabe).
3. Il faut intervertir les rimes.
4. De même dans 903. Le texte de l'éd. a une rime plus riche : Ja sespèe
ne fu tant chiere; 794, Montp. rieùst t. ch.
5. La fin du mot (prguil%) est devenue indistincte. Les rimes sont différentes
dans l'éd. et dans plusieurs mss., et de môme pour les quatre vers suivants.
794 . Que degran\ cos ne lor donast \ El bra\ et pie\ ne lor colpast. \ Troylus sist
en Passelande; \ Fos est qui plus isnel demande \ Car ain\ n'ot mes si bon des-
trier , | Escu a col boclè d'ormier. Le ms. 903 donne à peu près le texte de Bâle.
6. C'est-à-dire pourvu d'une boucle (le renflement du centre de l'écu) en or.
Ce mot manque dans le Dict. de M. Godefroy, qui a seulement en ce sens
emboucleùre, bien qu'enboclê revienne plus loin dans l'édition même et soit
relevé dans le glossaire.
7. 794 : A le renc pris, bien esgarda | Que uns des suens point et josta \ Por
domagier lor chevaliers. De même A peu près l'éd., Montp., etc. ; 903... point et
brocha \ Ferir aloit un chevalier. Il est probable que dans Bâle le second des vers
coupés se terminait par point et ala.
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84 P. MEYER
Que mout 1 chaï en la poudere.
O tant i avint Troïlus, 144 u
Ne sai qu'i âloingnasse plus,
Devers sei trône 2 le costé,
Estrange coup li a doné
Quant d'autre part s'en ist li fers ;
Une ne s'i pout tenir Tousbers. 144 16
Se Achiilès ne se baissast,
Jamais sa boche ne manjast,
Cil l'a hurté cum[e] vassal
Forment de sei & del cheval; 14420
Jus le trébuche del destrier
Si qu'a l'eaume fiert el gravier.
De soz lui fu l'erbe vermeille J ;
Ml't par me tient a grant merveille
Cum il est de la mort guariz.
Ml't rem tost en piez sailliz : 14426
Sun destrier prent parmi la règne,
& Troïlus point ne l'esperene :
De l'espée li meist & done
Sor l'eaume ♦ qui cier resone. 1443°
Ci rasenblent comunal > ;
Ci rout 6 estor dur & mortal,
Ci fait Hector 7 teus escremies
Dont cent des lor perdent les vies.
Ci vos di bien que li bastart 14435
I funt de ceus del ost essart.
La o il vont sunt li renc cler,
A maint en funt le chief voler.
La rescosse ert trop angoissose
Et as plus forz ml't perillose. 14440
Riens ne vit une 8 tel foleïz
Ne d'espées tel fereïz.
Outré aveient Achiilès
Cil qui s'en mistrent a grant fès.
Toz esteient' priz & retenuz 14445
Quant Telamon i est venuz
Et li buens dus Ateniens.
Cist n'i fussent mais ui a tens,
S'il targassent ne tant ne quant ;
Ja Achiilès n'eùst guarant, 14450
Mais il l'unt de la presse trait,
& si'n fa ainz mainte {sic) espié frait
Et maint escu d'or enboglé 14555
Tôt detrenchié & decoupié, 14556
De maint eaume les laz rumpuz 14453
Et maint chevaler abatuz
■(*)
Trop en fu grant damage fet
1 . Sic, faute pour mor\.
2. Ed., 794, Montp., etc., D. sentstreen\ de. 903 a conservé quelque chose
de la bonne leçon : Devers soi Je trove acoudè.
3. Ce vers et les cinq suiv. sont tout différents daus l'édition et dans plu-
sieurs mss.; 794 : Quil ne fu jor de la quinyintie \ Qu'aseï n'eùst dolor et peinne;
| Nefu mie molt esbaïs; \ Moli refu tost an pie\ sailli\. \ Son destrier prant
isnelcmant, \ Mes Troyîus molt eigiemant. 903 se rapproche de Bàle : Que nefu
puis del mois durant \ Quil 11 an eùst le citer dotant. \ Ne fu mie trop esbaïs; |
Molt refu tost an piès saillis \ Son destrier prant parmi la règne, \ Et Troïlus trop
bien Varesnc.
4. Cor. Sor U heaume.
5. 903 Tuil se r.\ 794 Montp. édit. Les flors en abat contreval.
6. Le ms. porte ront.
7 . Le ms. ajoute ici es.
8. 794 Ain\ l)om ne vit; éd. Onc hom ne vit; 903 Nus ne vit ains.
9. 794 Corr. esteit.
10. 794, Montp., éd. : Grant pièce dura la meslèe, | Trop fu Vesqueusse
conparèe.
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FRAGMENTS DU
Il n'i a plus, le jor s'en vet 14460
& la nuit vient oscure & neire
Qui a fait départir la feire 1 ;
Partiz s'en sunt & traiz en sus,
A cele feiz n'i out fait plus.
As herberges s'en retornerent 14465
Cil qui guaires n'i sejornerent ;
No refirent el cil 3 dedenz.
Trente jorz dora (sic) li contenz ;
Une un sol jor ne trespassa,
N'onques lor gent ne desevra 14470
De ci que les parti li seirs
Et li vespres oscurs & neirs.
Li trente jor furent pénible
N'en i out nul si mal traïble *
Que toz ne fust las & matiz s
Ainz que il fussent acompliz*.
Dui des bastarz i furent morz, 14477
Qui donerent grant desconforz
Au rei Priant & a Paris
Et as plus chiers de lor amis. 14480
Es deriers jorz de la bataille
Par les mailles de la ventaille
Fu Hector naffrez en la chère,
D'on (sic) lung quarel par tel manere
Que por un poi ne fu ocis; 1448$
ROMAN DE TROIE 8$
Puis en vint 6 teus quinz[e] dis
C'onc sun osberc ne pout vestir
Ne fors des murs de Troie eissir.
Ml't en recevrent grand damage
Li plus proçain de sun linniage, 14490
Tant cum la bataille a duré 7,
Dès puis qu'il fu el vis naffré,
En furent bien li sordeor7.
Ml't ert regreté chascun jor,
Ml't en plorouent tendrement 14495
Cil qui le grant destruiement.
Veeient faire de lor genz.
Par maintes feiz les mistrent enz,
Par maintes feiz les reùserent
Et par maintes feiz recovrerent, 14500
Ml't 8 esteient sordeior
Qui n'i aveient lor seignor ;
N'aveient point de fortelece.
Ml't regretouent sa proece,
Ml't s'en faiseient angoissos, 14505
Dolenz & tristes & ploros.
Li champ erent covert de morz *
& li vergier & toz les orz*.
«• (0
10
Qu'il en i aveit plus asez 145 11
1. C'est-à-dire la foire ; 903 noire-foire; 794 nere-fere; éd. Ont d'andeus pars
gtterpi Taffaire, mauvaise rime.
2. Sic; éd., Montp., Non r. icil; 794 Ausi ne firent cil.
3. Dans l'éd. ce vers et les trois suivants sont entièrement différents.
4. 794 tretible; Montp. si a anible.
5. Les rimes, dans 794, sont maté-trespasè.
6. Éd. P. avintbien; 794, 903, Montp. en jut bien.
7. Éd. et plusieurs mss. Puis ont grant perte recette \ Tant corn la bataille ont
tenue. | To\]or\ en furent li peior; 903 T. c. la b. a duré \ An furent tuit des-
conforté | Et molt en ovrent le pior.
8. Suppl. en.
9. Rimes différentes dans l'édition, mais non dans 794, 903 ; certains mss
offrent une troisième leçon.
10. 794 Et disoient et aficlx>ient \ Cil qui les veeient et esmoient; éd. Çod. et
affioent \ Cil quis iraient et esmoent.
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86
P. MEYER
Que quant il furent ars es rez.
Ço diseient bien H plusor
N'en i out pas tant l'autre jor.
Nel poeient plus endurer, 1 45 1 5
Quer n'-aveient o asembler.
L'olor & la puor les chace ;
N'i aveit voi 1 ne champ ne place.
En por Hector qui jut * naffré,
Dont li suen erent mal mené, 14520
& por redelivrer les chans »
Requist trives li reis Prians*.
Ses genz veeit, ce dit l'autor,
A milliers morir chascun jor.
Parisseit i que n'i ert mie 14525
Cil qui 'n aveit la seignorie.
Messagiers prist li nobles reis
Riches & saives & corteis ;
A Agamennon les tramist, 14529
Mais ne truis pas lor non escrit*.
Sis meis requistrent trive entière
Que huem n'i traie ne lant ne' fierc.
Donée fu sanz contredit
Qui fust de grant ne de petit ;
D'amedeus parz l'ont afiée. 14555
Adonc refu grant l'asenblée
A arez 5 faire & as cors ardeir ;
Ne cessèrent me matin 6 ne seir
De ci que tôt fu aconpli
& 7 tuit furent sepeli 14540
& mis en cendre & en sarcous.
N'i out si jouenvre ne si vieuz
Que ne fust liez del lonc sejor.
En fuerre alerent li plusor;
Mestier lor en ert & besoingz, 14545
Ml't coitout 8 a querre loingz.
Li fiz le rei furent ploré
Le jor qu'il furent enterré ;
Sarcous ovrent trop precios.
Sepeliz furent amedos 14 5 5°
Delez lor frères richement
& son Jor lei honestement.
En paiz furent & en sejor
Buen demi an, ce dit l'autor.
Dès or un bien lor volentez
& li malade & les naffrez ».
Broc le puilleis, le plus senez
Qui de migie fust usez IO
Ne d'oignement freis ne d'enplastre,
Dedenz la chambre de l'abastre 14560
Totes les dames & '* les puceles,
'00
1. 794, Montp. vuit; 903 niais ; éd. mes.
2. 794, Montp. et éd. Et por H. qui est ; 903 Et pour H. qui fu.
3. Rimes différentes dans l'édition, mais non dans 794; 905, Montp., etc.
4. 794, Montp. et éd. Qui des Grex sor to^ s'entremist.
5. Corr. As re\.
6. Sic, corr. ne main.
7. Suppl. que.
8. 794 Molt lor estovoit, Montp. M. lor covint, édit. M. lor covient, 903 M. le
couvint. On a vu plus haut (v. 6909) le verbe coiter employé de même pour
covenir.
9. 794, Montp. , éd. Bien demi an, que onques jor \ tTi ot jostè ne tornoiè; \ Gari
furent tuit li plaie. 903 est d'accord avec Bâle.
10. Migie pour mirgie, médecine, 794 Qui de mecines fu MJt^;édit. Qui de
mescines fu cljase^. 903 Qui de mecinc\sout asse\\ Montp. De mecines mont alosês.
1 1 . 794 Gari Hector si dolcemant \ Que mal ne tret dolor ne saut.
12. Suppr. &, comme dans 903. Ed. vienent id. et p.
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FRAGMENTS DU
Totcs les riches damiseles
Sunt devant lui & nuit & jor; 1456s
Vienent i rei, prince & contor ;
Venent icil qui plus valeient
& de greinor pris i 1 esteient.
Polixena i est, sa suer, 14 569
Qui ml't l'aime de tôt sun cuer,
& dame Heleine qui le sert,
Qui sa plaie li lie & tert
Ml't doucement & de buen gré.
Asez en unt sovent parlé
Laquele en tienent a plus bele, 1457 s
O dame Heleine o la pucele ;
Mais ne sevent que affermer
Al plus bel qu'il puet aler';
Soz ciel n'a cuer n'a » porpensast
Ne la boche qui devisast 14580
La beauté ne la resplendors
A la meins bele d'eles dos.
En la chabre de l'abastrie
O l'or d'Araibe reflambie
Et les doze pierres jumelles 14585
Que Deus en eslist as plus belles
Quant precioses les noma :
Ce fu safir& sardina*,
ROMAN DE TROIE 8j
Topace, prasme, crisolite,
Maraude, berilz, ametiste, 14590
Jaspes, rubi chier & sardoine,
Charbocle cler & calcédoine ;
D'icestes out del lonc & lé
En la chambre ml't grant plenté.
N'i besoigna autre clartez, 14595
Quer toz li plus beaus jorz d'estcz
Ne reluist si n'a tel mesure.
Cum ele fait par nuit oscure.
De prasmes verz & de sardines
& de buenes alemandines 14600
Sunt les vitres, & les chassiz
D'or d'Araibe trejeteïz ;
Des entailles ne de[s] figures
Ne des formes ne de[s] peintures
Ne de[s] merveilles ne des jcus 14605
Dont tant i out par plusors lieus
Ne quier retraire ne parler,
Qu'enui serreit del cscouter.
Mais en la chambre aigleaus s
& quatre pilers Ions & beaus : 146 10
L'un fu de lede 6 precios,
L'autre de jaspe vert & ros.
Le lecteur qui aura pris la peine de comparer le texte qui
précède à l'édition sera sans doute persuadé comme moi de
l'infériorité de cette dernière. Mais ce n'est pas là une conclu-
sion dont on puisse se contenter. Sans prétendre opérer le
classement des mss., entreprise que je ne crois pas entièrement
réalisable, et qui d'ailleurs ne peut être tentée incidemment, je
voudrais au moins donner une idée de la divergence des leçons
et des remaniements variés que le texte a subis dans la plupart
des mss. Pour obtenir ce résultat, et en même temps pour donner
1. Ce vers est peu lisible; / est douteux. Ed. Et qui de g. p. e.
2. Éd. Mont., etc. Ne la plus bele deviser.
3. Corr. qui.
4. Les vers 14588-92 sont publiés d'après Vienne, Germania, II, 203.
5. 903 ot quatre angleaus ; mieux éd. es quatre angliax \ Ot...
6. dekde, le second d pourvu d'un signe d'abréviation ; corr. d'eleetre.
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S8
P. MEYER
au lecteur le moyen de le contrôler, je ferai usage d'un procédé
que j'ai déjà employé plus d'une fois avec succès, notamment
pour les mss. de Girart de Roussillon, et qui a, sur les pro-
cédés de classement habituellement employés , surtout en
Allemagne, l'avantage de la simplicité et de la clarté. Je pren-
drai dans le fragment de Bâle un morceau de vingt vers présen-
tant certaines difficultés, la description du char de Fion
(vv. 7857-76), et je le transcrirai d'après chacun des mss. qui
se sont trouvés en ces dernières années à ma portée, ou dont il
m'a été possible d'obtenir un extrait 1 . On verra que de l'examen
de ce court morceau ressortent des notions assez précises sur la
valeur des mss. et sur leurs affinités 2 .
Voici, par ordre alphabétique de villes et de bibliothèques, la
liste des mss. auxquels sont empruntés les extraits qui suivent,
avec les numéros d'ordre que je leur ai assignés. Ces numéros
correspondent au classement en deux familles qui sera établi plus
loin.
Bale. Bibl. de l'Univ I
Londres. Musée brit., Harl. 4482 XIII
— — Add. 30863, VIII
Milan. Ambroisienne, D 55 II
Montpellier, Bibl. de la Fac. de Médec. 251 XIX
Naples. Bibl. naz., XIII. c. 38 XII
Paris. Arsenal, 3340 IV
— — 3342 VI
— Bibl. nat. fr. 60 V
- - 375 XV
— — —782 XVI
— — —783 XVIII
- - 794 UI
— — —821 XI
1. J'ai pris moi-même les extraits des mss. de Paris, de Montpellier et de
Londres. Je dois à mon ancien élève M. Léon Cadier, de l'École française de
Rome, ceux des mss. de Milan et de Naples, et à M. Mussafia celui du ms. de
Vienne. Manquent les mss. de Cheltenham, de Saint-Pétersbourg et de Venise.
Les vers cités par les Bénédictins dans leur édition de Du Cange (marcellum)
doivent être tirés d'un des mss. de Saint-Pétersbourg.
2. M. Joly a donné (pp. 12 et suiv.) un échantillon de chacun des mss.
qu'il a connus, mais comme les extraits différent pour chaque ms., on ne
peut les comparer entre eux, et par suite il n'y a aucun profit à en tirer.
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FRAGMENTS DU ROMAN DE TROIE 89
Paris. Bibl. nat. fr. 903 X
- - —1450 VII
- - -'5 53 XIV
- — — iélO XX
— -2181 XXI
— 12600 IX
— 19 1 5 9 XXII
Vienne. Bibl. imp. et roy. 2571 XVII
PREMIÈRE FAMILLE.
I. - Bile.
Fions icist un cure aveit
Qui d'estrange richece esteit.
En bataille ert armé desus ;
4 Trei mile mars valeit & plus.
Les roes erent de benus,
D'or fin barrée[s] par desus.
D'ivoire esteient H limon,
8 Et li assouel & li poinçon
Ovré eissi menuement
& deboissié si soutiment
Que trop estoit l'entaille bele.
12 La tabernacle & la marzele
Ert de cuir d'olifanz boilliz,
Peint a colors & a verniz.
Tant i out or, tant i ont pierres
16 Si precioses & si chierres,
Merveille esguarde qui ce veit.
Come torete faite esteit.
Dex ne fist arme qui entrast
20 Ne qui a nul jor le fausast.
II. — Milan, Ambr. D $î> fol. S S à i.
Fion icist un corre aveit
Qui d'estrange richece esteit.
En bataille iert armez desus; (f. 56)
4 Set cenz mars d'or valeit e plus.
Le[s) roes erent de benus,
D'or fin barrées par desus.
D'yvoire esteient li limon,
8 E li esseols e li ponçon,
Ovré ensi menuement
E deboissié si soutilment
Que trop esteit l'entaille bele.
1 2 Le tabernacle e la marcele
Iert de cueirs d'olifanz boilliz
Peint a color et a verniz.
Tant i ot or e buenes pieres
16 Si precioses e sichieres,
Merveille esgarde qui ce veit
Come torete feite esteit.
Deus ne fist arme qu'i entrast
20 Ne qui a nul jor le falsast.
1. Ce ms. est celui que M. Joly signale vaguement, d'après Montfaucon,
p. 7 de son édition. Il se compose de 199 feuillets à deux colonnes, hauteur
o» 245, largeur o m 160. Il vient de J. V. Pinelli. Au fol. 198 v<> est copié un
acte départage entre Geoffroi de Villehardouin et Milon de Brabant, bouteiller
de Henri, empereur de Constantinople , et les représentants de Marino Zeno,
podestat de Venise (vers 1206?). Il paraît donc probable que ce ms., qui est
du xiu e siècle, a été exécuté à Venise. En tout cas, à en juger par le morceau
ci-dessus, il contient un texte excellent.
4
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MEYER
90 P.
III. — B. N. fr. 794, fol. ccxm V a.
Icist Fyon .j. curre avoit
Qui d'estrange biautè estoit.
En bataille ert armez desus ;
4 .vij*. mars d'or valoit et plus.
Les roes erent de benus,
D'or fin barrées par desus ;
D'ivoire estoient H limon,
8 Et li essel et li timon
Ovré si très menuemant
Et deboissié si soutilmant
Que molt estoit l'entaille bcle.
12 Li tabernacles, la marzele
Ert de cuirs d'olifanz boliz,
Poinz a coiors et a verniz.
Tant i avoit de bones pierres
16 Tant précieuses et tant chieres ,
Mervoille esgarde qui ce voit.
Corne torete fete estoit.
Dex ne fist arme qu'i entrast
20 Ne qui a nul jor la fausast.
IV. — Arsenal 3340 (anc. B. L. F. 206), fol. 49 a.
Icil Phion un curre avoit
Qui demoutgrant biautè estoit.
An bataille ert armez desus;
4 Set .c. mars d'or valoit et plus.
Les roes erent de bemus (sic),
D'or fin barrées par desus;
D'ivoire estoient limon (b)
8 Et li aissel est li paisson
Ovret si très menuement
Et deboissiet si soutilment
Que trop estoit l'antaille bele.
12 Li tabernacle, li marzele
Ert de cuir d'olifant poli^
Point a color et a verniz.
Et tant par i ot riches pierres
16 Si précieuses et si chieres,
Mout se mervoille qui b voit.
Corne torete faiz estoit.
Dex ne fist arme qu'i antrast
20 Ne qui a nul jor le faussast.
V. — B. N. fr. 60, fol. 71 r\ col. 3.
Fyon cestui .j. curre avoit
Qpi d'estrange richesce estoit.
En bataillie iert armez desus ,
4 .vijc. mars d'or valoit ou plus.
Les roes erent de benus,
D'or fin barrées par desus.
D'yvoire estoient li lymon,
8 & li aisseul & li ponçon
Ouvré si très menuement
Et debrisié (sic) si soutilment
Que trop estoit l'entaille belle. (1*)
1 2 Le tabernacle et la messelle
Iert de cuir d'olifant boulis,
Paint a coulour et a vernis.
Tant i ot or et bonnes pierres
16 Si précieuses et si chieres,
Merveille esgarde qui ce voit.
Conme tor Imute faite estoit.
Deux ne fist tomme qui la percast
20 Ne qui a nul jour Yantamast.
VI.— Arsenal 5342 (anc. B. L. 1 : . 207), toi. 40 <i.
Icist Fion un curre avoit
Ki de mout grant richece estoit.
En bataille ert armez desus ;
4 vij. c. mars d'or valoit et plus.
Les roes erent de benus,
D'or fin barées par desus ;
D'yvoire estoient li limon,
8 Et li aissels et li boîjon
Ovrez issi menuement
Et deboissiés si subtilment
Ke trop estoit la taille bele.
1 2 Luevre desus et la margele
Ert de cuir d'olifant bolis,
14 Pains a coiors et a vernis.
Dedens estoit si bien portrais
Nus hom ne verra miel^ jamais.
1 5 Tant i ot or et bones pieres
16 Si precioses et si chieres
Ke nuit rien u'i ot a dire.
Del curre fu riches li sire.
itize^byC
FRAGMENTS DU
VII. — B. X. fr. 14J0, fol. 2} r» a.
kil Fion .j. curre avoit
Qui de molt granl biaulé estoit,
Em bataille ert armés desus;
4. vn«. mars d'or valoit et plus.
Les roes erent de beuus,
D'or fin barées par desus.
D'ivoire estoient H limon
8 Et li aissil et li plançon
Olvré si menuetement
Et deboissié si soltiment
Que trop estoit l'entaille bele
1 2 Li tabernacle, li margele
Ert de quir d'olifant bolis,
Pains a asur et a vernis
Molt i avoit de bones pieres
16 Entaillies de .m. manières
Mervelle esgarde qui ce voit.
Corne carete faite estoit.
Dex ne fist arme qu'i entrast
20 El qui a nul jor la fausast.
IX. — B. N. fr. 12600, fol. >o d.
Icist Crions .j. curre avoit
Qui d'estrange richesce estoit.
En bataille ert armez desus ;
4 .vij*. mars d'or valoit et plus.
Li treant furent de benus,
Les barres d'or par de desus ;
D'ivoire estoient li limon,
8 Et li cassel (sic) et li timon
ÂOMAX DE TROIL 9I
17 Merveilles garde qui ce voit.
18 Conme torete fais estoit'.
VIII. — Musée brit. Add. 30863, fql. 41 a 2.
Icist Fion un curre avoit (f. 41 a)
Qui de ml't grant biaulé estoit.
En bataille ert armez desus ;
4 Set cenz mars d'or valoit & plus.
Les roes erent de benus,
D'or fin barrées par dessus.
D'or fin estoient li limon,
8 & li paisel tôt environ
Ovré si menuetement
& deboissié si soltilment
Que trop estoit l'entaille bele.
1 2 Li tabernacles la marzele
Et de cuir d'olifant bolis,
Paint a color et a verniz
Tant i ot or et bunes (sic) pieres
1 6 Si precioses et si chieres,
Merveillot s'en qui lo veoit
Conment leh ovre faite estoit.
Dex ne fist arme qu'i entrast
20 Ne qui a nul jor lo fausast
X. — B. N. fr. 903, fol. 92 c
Icil Fions un curre avoit
Qui d'estrange richesse estoit.
An bataille iert armés desus ;
Les roes furent de benus,
Ixs barres d'or par de desus ;
D'y voire estoient li limon,
8 Et li aissel et li tymon
1. Le texte poursuit Doi dromadaire, etc., les vers 19 et 20 étant omis.
2. Premières années du xm c siècle. Ms. provenant de la Bibliothèque Didot,
vente de 1878, n° 31. Antérieurement il avait figuré sur un catalogue Libri,
1864 (Londres, Sothebv), n°6$, et sur un catalogue Techener (Description
raisonnée d'une collection clmsie d'anciens mss., 1862), n° 164. — On trouvera
la description de ce ms. dans les trois catalogues de vente qui viennent
d'être énumérés, et dans Ward, Catal. of romances in tbc dcp. of mss. in tlye
Brit. Mus., I, 924.
Digitized by
92 P
Ouvré si tris menuement
Et deboissié si sostilment
Qe trop estoit l'entaille bele.
12 Le tabernacle et la marcele
Iert de cuir d'olifant bouli,
Peint a color et a verniz.
Tant i ot or et bonnes pierres
c/-
16 Si preciouses et si chieres,
Merveilloit soi qui ce veoit
Cornent tele oeire fete estoit.
Dex ne fist arme qu*i entrast
20 Ne qui a cel jor la fausast.
XI. — B. N. tr. 82:, fol. 125 bi.
Icil Fions un curre avoit
Qi d'estrange richece estoit.
An bataille ert armez desus;
4 .vue. mars d'or valoit & plus.
Les roes furent de benus,
Les barres (Tor par dedesus ;
D'ivoire estoient li limon
8 Et li aissel an uis (sic)
Ovré si très menuement
Et deboisié si soutilment
Que trop estoit l'antaille belle
1 2 Li tabernacle & la marselle
Est de cuir d'olifant boiliz
Point a color & a verniz.
Tant i ot or & bones pères
1 6 Si pretioses & si chieres
Mervoille estoit qi ce veoit,
Cornent ces te ovre faite estoit.
Dex ne fist arme q'i antrast
20 Ne qi a nul jor le fausast.
MEYER
Ovré si très muneament (sic)
Et deboisié si sultiment
Que trop estoit l'antaille belle.
1 2 La tabernacles et la chapelle
Est de cuir d'olifant boilit ,
Poins a colors et a vernis.
Tant i eut or et bonnes pierres
50
16 Si preciouses et si chieres
Merveille esgarde qui ce voit,
Conment cesf ovre faite estoit.
Diex ne fist arme qu'i antrat
Ne qui a nul jor le fausat.
XII. — Naples, Bibl. naz., xm. c. 58, fol. 48.
lcist Fions un curre avoit
Qui d'estrange richece estoit.
En bataille ert armez desus;
4 .vije. mars d'or valoit & plus;
Les roes furent de benus,
Les barres d'or par dedesus ;
D'ivoire estoient li limon,
8 & li essel & li tiinon y
Ovré si très menuement
& deboisié si soutiument
Que trop estoit l'antaille bele.
1 2 Li tabernacles & la marcele
Est de cuir d'olifant boliz,
Poinz de colors & a verniz.
Tant i ot d'or & bones pierres
1 6 Si precioses & si chieres,
Merveilloit soi qui ce veoit,
Comment ceste ovre fete estoit.
Dex ne fist armes qu'i antrast
20 Ne qui a nul jor la fausast.
XIII — Musée brit. Harl. 4482, fol. 30 a.
Icis Fions .j. clxir avoit
Qui d'estrange richesse estoit.
En bataille ert armés desus ;
4 .vije. mars d'or valoit et plus.
Les rues (sic) furent de benus,
1 . Ms. exécuté en Italie.
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FRAGMENTS DU ROUAN DE TROIE
Les bendes d'or par de desus ;
D'yvoire estoient li limon,
8 Et li axil et li timon
Ouvrez si tris menuement
Et deboisié si soutilment
Que trop estoit l'entaille bele.
12 Li tabernacle et la maisele
Iert de cuir d'olifant boulis,
Poins de coulors et de vernis.
Tant i ot d'or et bonne (sic) pieres
16 Si preciouses et si chieres,
Merveiîîoit soi qui ce veoit
Conment cesf oevre faite estoit.
Diex ne fist arme qu'i entrast
20 Ne qui a nul jor la fauçast.
93
DEUXIÈME
XIV. — B. N. fr. i$)3, fol. xlv c.
Fyon icis .j. curre avoit
Ki de moût grant riqueche estoit.
En bataille ert armés desus ;
4 .vijc. mars d'or valoit et plus.
Les roes erent de benus,
D'or fin barées par desus ;
D'ivoire estoient li lymon,
8 Et li aissiel et li poinçon
Ouvres si très menuement
Et deboissié si soutilment
Que trop estoit biele li taille.
12 Tels ne fu menés en bataille.
Li estres fu de cuir boulis
D*olifan, pains tous a vernis.
Tant i ot or et bonnes pierres
16 Si précieuses et si chieres,
Merveille esgarde ki le voit, (d)
Conme torete fais estoit.
Dex ne fist homme k'i entrast
20 Ne arme qui ja le fausast.
XVI. — B. N. fr. 782, fol. >s ci.
Icist Sion un curre avoit
Qj d'estrange richeçe estoit
FAMILLE.
XV. — B. N. fr. 37s, M- »4 r° ^
Fion icis un corre avoit
Qui d'estrange riqueche estoit.
En bataille estoit armés sus ;
4 vij c . mars d'or valoit et plus.
Les roes furent de benus
D'or fin barées par desus ;
D'ivoire estoient li limon,
8 Et li aissil et li paisson
Ouvré si très menuement
Et deboussiè si soutieument,
Trop estoit bele li entaille.
1 2 Tels ne fu menés en bataille.
Li estrès fu de cuir boulis
D'olifans, pains toi a vernis.
Tant i ot d'or et bones pieres
16 Si précieuses et si cieres,
Molt ïestnervelle qui le voit.
Cornent ouvrés et fais estoit.
Diex ne fist home quel perçast
20 Ne arme qui ja le perçast (sic).
XVII. — Vienne, 2571, fol. $o«.
Syon icist un cuurle avoit
Qi d'estrange richece estoit.
1 . Ms. exécuté en Italie. Nombreuses miniatures.
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94 P;
E en bataille estoit armez sus ;
4 Set cent mars d'or valoit et plus.
Les roes furent de benus,
D'or fin barées par desus;
D'ivoire estoient H limon,
8 Et li aissil & H paisson
Ovré si très menuement
Et debosié si sutillement
Trop par estoit bele la talle ;
1 2 Tés ne fu menés en batalle.
Là estre^ fu de cuirs boilli^,
D'olifans, toçfais a verni-.
Tant i ot d'or, de boenes pieres,
16 Si precioses & si chieres,
Molt se merveille qi le voit
Cornent ovre\ & fais estoit.
Deus ne fist Inrnc qi perçast
20 Ne arme qi ja le fausast.
XVIII. — B. N. fr. 7 8}, toi. $o a.
Fion icist .j. curre avoit
Qui d'estrange richesce estoit.
En bataille estoit armez sus ,
4. vijc, mars d'or valoit et plus.
Les roes furent de benus,
D'or fin bratees {sic) par desus ;
MEYER
En bataille estoit armez sus ;
Set cent mars d'or valoit et plus.
Les roes furent de benus,
D'or fin barées par desus.
D'ivoire estoient li limon,
Et li aissil et li paisson
Ovré si très menuement
Et deboisié si sutilment
Trop par estoit bele la talle ;
Tes ne fu menés en batalle.
Li estre\ fu de cuir boilli^ ,
D'olifant, to^ fais a verni^.
Tant i ot (for, de boenes pieres,
Si precioses et si chieres,
Molt se merveille qi le voit,
Cornent ovie\ et fais estoit.
Deus ne fist home qil perçast
Ne arme qi ja le fausast.
XIX. — Montpellier 2>i, fol. 20 es.
Fyon icil .j. curre avoit
Qui d'étrange (sic) richesce estoit.
En bataille estoit armez sus ;
.vije. mars d'or valoit et plus.
Les roes furent de benus
D'or fin les landes de desus ;
1. Ce ms., très insuffisamment décrit dans le tome I« r du Catalogue général
des mss. des départements, se compose dans son état actuel de 242 feuillets à
deux colonnes par page et a 40 vers par colonne. Mais il est incomplet du
commencement et de la fin. Le feuillet 1 actuel correspond au feuillet Ixxxxviij
d'une pagination paraissant remonter au xv* siècle. Les 97 flf. manquant au
commencement devaient contenir 15520 vers. Or le ms. commence avec le
v. 4701 (éd. Joly) du roman de Troie. Les feuillets perdus contenaient peut-
être un roman de Thèbes, poème assez souvent joint aux romans de Troie et
d'Enée. Outre le roman de Troie, qui se termine au fol. 147 v° (anc. eclij),
le môme ms. renferme le roman d'Eneas, qui a été récemment collationné
par M. Salvcrda De Grave (Introduction à une édition critique du roman d'Eneas,
La Haye, 1888, p. 6). Ce roman occupe les ff. 148 à 207 c. Au fol. 207 d
commence le Brut de Wace qui s'arrête, avec le ms., au v. 5783 de l'édition
de Le Roux de Lincy. Le ms. de Montpellier n'est pas mentionné dans la
notice des mss. du Brut que renferme cette édition. L'écriture est française et
de la seconde moitié du xiif siècle.
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FRAGMENTS DU
D'ivoire estaient li lymon,
S Et li essil et li chevron
Ouvré si très menuement
Et deboisié si soutilment
Trop par estoit belle T entaille;
12 Ta ne fu mene\ en bataille.
Li estres fu de cuirs boulii
Udifani, 'toi poini a verni\.
Tant i ot <f or et bones pierres,
16 Si précieuses et si chieres,
Mout s'en merveille qui le voit (b)
Conment ouvre\ et fez estoit.
Dex ne fist borne quil perçast
20 V arme qui ja le faussast.
XX — B. N. fr. 1610, fol. 48 d.
Fions icil un curre avoit
Qui <f esrrange richece estoit.
En bataille estoit armez sus ;
4 -vij*. mars d'or valoit et plus.
Les roes furent de benus,
D'or fin barrées por desus.
D'ivoire estoient li limon,
8 El li aissi et li timon
Ovré si /remuement (sic)
Et deloissié (sic) si sol ti ment
Molt par i avoit bele taille.
11 Jex ne fut mene\ en bataille.
Li estres fut de cuir bolii
Dciipbani, toi poini a verni^.
Tant i ot or et bones perres,
:6 Si precioses et si chieres,
Molt s en merveille qui le voit (f. 49)
Cornent ovre\ et fez estoit.
Dex ne fist home qui perçast
30 Se arme qui ja le fausast.
ROMAN DE TROIE
D'ivoire estoient li limon
Et li esseil et li chevron
Ovré si très menuement
Et deboisié si soutilment
Trop par estoit bele V en taille;
Tiex ne fu mene\ en bataille.
Li eslrés fu de cuir boillii
D olifant, toi pain% a verni\.
Tant i ot <f or et bones pierres,
Si précieuses et si chieres,
Mout s'en merveille qui le voit
Cornent ovre\ et fez estoit.
Dieu ne fist home quel perçast
Ne arme qui ja le fausast.
XXI. — B. N. fr. 2181, fol. 49 a i.
Fion icist un curre aveit
Qui d'estrange richesse esteit.
En bataille esteit armé sus;
4 .vije. mars d'or i ot et plus.
Les roes furent de benus ,
D'or fin barrées par desus.
D'ivoire estoient li limon,
8 Et li aisol et li pesson
Ovré si très menuement
Et deboissié si soltilment
Trop par en ert riche rentaille.
1 2 Tex ne fu mené en bataille.
Li estres fu de cuir bolii
D'olifan, toi P^ ns a vernii»
Tant i ot or et bones pieres,
16 Si precioses et si chieres.
Molt s'en merveille qui lo veit,
Cornent ovrei et fez esteit.
Dex ne fist homme quil perçast
20 Ne arme qui ja le fausast.
95
XXII. — B. N. fr. 19159 (âne. G. tr. Fr. 134?).
fol. so c.
Fion icil .j. cuime (?) avoit
Qui d'estrange richece estoit.
En bataille estoit armé sus ;
Cest le ms. suivi par M. Joiy.
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96 l\ MKYER
4 Cin .c. (sic) mars d'or valoit et plus.
Les roes furent de benus,
D'or fin barréez par desus,
D'yvoire estoient li lymon,
8 Et li aissil et li paisson
Ouvré si très menuement
Et deboissië si soutilment
Trop par estoit belle li entaille.
12 Tex neju mene\ en bataille
Li estre fu de cuir bolli\
D'olifant, tous pain^ a verni\.
Tant i ot or et bonnez pierres
16 Si precieusez et si chierez, (d)
Moult se merveille qui le voit
Connunt ouvre\ et faiz estoit.
Dieu ne fist tomme qui percast
20 Ne arme qui ja le fausast.
Reprenons maintenant ces vers un à un, cherchons à distin-
guer la bonne leçon entre les variantes de nos manuscrits, et
voyons comment se groupent ces variantes.
V. 1. Baie porte Fions icist..., et de môme les mss. II, V
(Fyon cestuï), XIV, XV, et XVII à XXII. Il est probable
que c'est la leçon primitive. L'ordre inverse, Icist Fions,
répond à une construction qui est devenue de plus en plus
habituelle, et peut par conséquent avoir été introduit par
plus d'un copiste. Le fait est que des mss. qui pour ce vers sont
d'accord se séparent sur d'autres points.
V. 2. Bâle et la plupart des mss., d'estrange richece, leçon
modifiée de deux façons : de mout grant richece, VI, XIV, et
d'estrange biauté, III. Il semble que la combinaison de ces deux
variantes ait produit une troisième modification, de mout grant
biauté, IV, VII, VIII.
V. 3. ert armez ^ esus a ^tè rajeuni en estoit arme^ sus dans
xv à xxn.
V. 4. La leçon isolée de Bâle Trei mile mars est évidemment
à remplacer par la leçon unanime (ou à peu près) des autres
mss. Set ceni mars d'or.
V. 5. erent a paru archaïque à certains copistes qui l'ont
remplacé par furent : IX, X, XI, XII, XIII, XV à XXII. Il faut
que deux copistes au moins aient eu l'idée de cette correction,
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FRAGMENTS DU ROMAS DE TROIE <)~
parce que les mss. qui la présentent ne peuvent, à considérer
l'ensemble de leurs leçons, être rangés en une seule classe.
V. 6. Les barres d'or (au lieu de H or fin barrées) est une cor-
rection qu'on trouve dans IX, X, XI, XII. Les bendes d'or du
ms. XIII est une simple modification de cette mauvaise leçon.
V. 8. Il y a quelque incertitude quant au mot final : poinçon,
Bâle et XIV, ponçon, U, V; paisson, IV, XV, XVI, XVII, XXII;
pesson y XXI; plançon, VU. Je suppose qu'il s'agit des rais de la
roue , bien que je n'aie pas trouvé d'exemples de poinçon ni de
paisson en ce sens. En tout cas le choix est limité à ces deux mots.
Mais la rime du mot précédent, limon, a entraîné certains copistes,
plus soucieux de la richesse des rimes que du sens, à introduire
ici timon, qui est absurde, III, IX, X, XII, XIII, XX. Il se
peut que la correction timon ait été faite indépendamment par
deux ou même par trois copistes, d'autant plus que le ms. XX
ne peut être groupé avec les autres. Les leçons isolées de VI, VIII,
XI, XVIII, XIX ne sont pas à prendre en considération.
V. 9. La leçon la plus générale est si très menuement, mais eissi
(ou ensi, isst) menuement, I, II, VI, est probablement la meilleure,
et si menuetement, VII, VIII, paraît en être dérivé.
V. 10. Rien à remarquer : il importe peu que deboisié ait été
diversement corrompu en quelques mss., puisqu'il reste partout
reconnaissable.
V. 11-14. Ici nous rencontrons une variante qui équivaut à
un remaniement et dont on peut tirer bon parti pour le classe-
ment et l'appréciation des mss. Au v. 12, le mot martelé,
devenu margele dans VI, VII, messele dans V, maisele dans XIII,
a embarrassé certains copistes. L'un d'eux, celui du ms. X, a
écrit La tabernacles et la chapelle, leçon parfaitement absurde, où
Ton voit comment le second substantif a été amené par le
premier. Un autre a fait une correction plus étendue : Tels ne
fu matés en bataille; la rime a été facilement obtenue, grâce à
une transposition faite au vers précédent : bele l'entaille au lieu
de l'entaille bele. Ces changements opérés, le v. 13, Ert de quir
iolifans boilli^, n'avait plus de sens, aussi le même copiste
Fa-t-il remplacé par Li estrésfu de cuir boulis. Mais la correction
du v. 13 avait fait disparaître olifan ou olifans : il a fallu le
replacer au v. 14 qui est devenu U olifan, pains to[ a verni^.
Cette série de corrections, toutes de la même main, bien évidem-
ment, a passé dans les mss. XIV à XXII. Les mss. qui ont
Rpmanù, KVIU n
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98 P. MEYER
échappé à ce remaniement offrent, pour le v. 14, une diver-
gence peu importante : d'une part Point a colors, I, H, El, IV,
V, VI, VIE, IX, X, XI, ou de colors, XII, XIII, ou enfin Pains
a a%ur, VII. La première de ces leçons est visiblement la bonne.
V. 15. La leçon isolée de Bâle, tant i ont pierres, peut être
considérée comme fautive et doit être remplacée par celle de la
plupart des mss. et bones pieres.
V. 17. La leçon de Bâle, Merveille esguarde, est aussi celle de
H, III, V, VII, X, XIV, et, à peu près, de VI. Cette leçon, qui est
la bonne, a été ainsi modifiée : Mout se mervoille qui le voit, IV,
XV, XVI, XVn, XXII; Mout s'en merveille, XVIII, XIX, XX,
XXI; Merveilloit soi quiceveoit, IX, XII, XIII; Merveille estoit qui
ce veoit, XI; Merveillot s'en qui lo veoit, VIII.
V. 18. Ici les variantes sont très intéressantes. La leçon de
Bâle, Corne torete, est aussi celle de II, III, IV, VI, XIV; elle trouve
encore sa confirmation dans V, Comme tor haute, et dans VU,
Corne carete. Les autres mss. se divisent ici en deux groupes :
d'une part Cornent tele oevre, VIII, IX, ou ceste oevre, X, XI, XII,
XIII; d'autre part Cornent ovre^et fai^estoit, XV à XXII.
V. 1 9-20. Dex ne fist arme. . . I, II, III, IV 1 , VII, VIII, IX, X, XI,
XII, XIII, est certainement la leçon originale. Mais arme a été
pris au sens d' « âme » et corrigé en homme dans V, XTV-XXII,
Cette première correction en a entraîné une autre : arme, en
son vrai sens (lat. arma), a été rejeté au vers suivant qui, de
Ne qui a nul jor le Jausast, est devenu dans les mêmes mss.,
sauf dans V, Ne arme qui ja le fausast. La leçon de V se
partage entre les deux rédactions.
Laissons présentement de côté les divergences peu importantes
qui résultent de corrections dont plusieurs copistes peuvent avoir
eu Tidée indépendamment les uns des autres, et attachons-nous
de préférence aux modifications qui ont certainement une
origine unique, c'est-à-dire qui ne peuvent avoir été introduites
par plus d'un copiste ou réviseur, et qui, une fois faites, se sont
propagées de copie en copie. Je crois que ces modifications sont
à tout le moins au nombre de quatre :
1 . Le ms. VI donnerait très probablement la même leçon, si les deux vers
n'y étaient omis.
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FRAGMENTS DU ROMAN DE TROIE 99
i° Celle du v. 6, Les barres (ou les tendes) £or par de desus;
2 0 celle plus grave des vers n à 14 qui entraîne un changement
de rimes aux vers 11 et 12 ; 3 0 celle du v. 18, Comment tele (ou
ceste) oevre ou Comment ovre% 9 au lieu de Corne torete; 4 0 celle des
vers 19 et 20 qui substitue home à arme dans le premier vers, et
reporte arme au second.
Voyons comment nos mss. se répartissent, selon qu'on prend
comme base de classement Tune ou l'autre de ces corrections :
i° v. 6. Mss. ix, x, ix, xn, xm ;
2 0 V. 11-14. Mss. XIV àxxn.
3 0 V. 18. Cornent tele (ou ceste) oevre faite, mss. VIII, IX, X,
XI, XII, XIII; les mêmes mss. qui ont la correction du v. 6, avec
Vin en plus. — Cornent ovrés et fai^. mss. XV à XXII ; les mêmes,
moins XIV, qui ont la correction des vers 11 à 14.
4 0 V. 19-20. Mss. XIV à XXII. Ce sont les mss. qui ont la
correction des vers n à 14. Ajoutons que le ms. V doit être
classé ici pour le v. 19, mais non pour le v. 20. Ce ms. par-
ticipe donc à deux rédactions.
On voit donc qu'en gros nos manuscrits se divisent en deux
familles, dont la première peut se subdiviser en deux sections,
selon que les mss. qui la composent ont ou n'ont pas la bonne
leçon aux vers 6 et 18 :
Première famille, section A (bonne leçon 1 aux vers 6 et 18) :
1, n, m, iv, v, vi, vil
Première famille, section B (mauvaise leçon aux vers 6 et 18) :
K, X, XI, Xïï, XIII. Le ms. Vin sert en quelque sorte de
transition d'une section à l'autre : il a au v. 6 la bonne leçon
et au v. 18 la mauvaise.
Deuxième famille : XIV à XXII. Le ms. XIV fotme la transi-
tion entre les deux familles. Il appartient à la première section
de la première famille par la bonne leçon du v. 18, Corne torete,
mais pour le reste il est bien de la seconde famille.
H est de toute évidence que la première famille, surtout en sa
première section, est de beaucoup préférable à la seconde, bien
1 . Bonne leçon ou à peu près. Je sais bien que tor haute, ms. V, et car tic,
ms. VII, sont mauvais, mais ces leçons rappellent évidemment torete, qui est la
bonne leçon.
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100
P. MEYER
que plusieurs des mss. qui la composent offrent de mauvaises
leçons, notamment au v. 8 1 . Mais la seconde famille est, à en
juger par l'échantillon donné ci-dessus, gravement remaniée.
C'est malheureusement cette seconde famille que représente
l'édition de M. Joly, faite d'après le ms. 2181 (notre XXI),
dont le texte est complété à partir du v. 29402 2 , à l'aide du
ms. 16 10 (notre XX), et corrigé çà et là, tantôt d'après un
ms., tantôt d'après un autre.
II. — Fragment renfermé dans le manuscrit
B. N. Nouv. acq, fr. 5094.
C'est la partie supérieure, les deux tiers environ, d'un
feuillet. On lit en marge : « Offert à la Bibliothèque royale 3 par
M. Ludwig Tross, professeur au gymnase de Hamm sur la Lippe
(Westphalie) ». L'écriture, du milieu du xm e siècle, est assez
fine. Le ms. était à deux colonnes et à 40 vers par colonne. Il
ne subsiste actuellement de chaque colonne que 25 vers, dont
voici la transcription 4 :
Recto, col. 1.
Ht corn fu morz Ampistraclus 3 1 1
Et ses frères rois Cedius
Et des autres .vï) c . et dis
Qui ml't estoient de grant pris. 314
Après porroiz oïr retraire *
Comment avint del sajetaire
Recto, col. 2.
Comment Calcas li dovinerres 347
Et li très sages augurerres
Quist a sa fille et demanda,
Qui avoit non Briseïda, 3 $0
Et Troylus avoit amée ;
1. Sans parler du ms. VI qui omet deux vers (19-20) et en ajoute quatre
que l'on ne trouve point ailleurs.
2. Voir la note de l'édition sur ce vers.
3. Par conséquent avant le 24 février 1848.
4 On pourra en comparer le texte, non seulement avec l'édition dont
je reproduis la numérotation en marge , mais aussi avec le ms. de Vienne
dont la partie correspondante est imprimée dans la Gtrmania, II, 55-8.
$. Ce vers et les trois suivants manquent dans l'édition. Par exception
l'éditeur les donne parmi les variantes d'après le ms. fr. 782.
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FRAGMENTS DU
Sa sa[mjblance et ce qu'il fist,
Et com Dyomedès l'ocist.
S'orroiz après de Galatée, 315
Com por lui fist si grant meslée :
C'est li chevax Hector Feslit 1
Qui son pois valoit d'or recuit 1 ;
Com Anthenor fu pris lo jor
Dom Troyens orent dolor ; 3 20
Com la bataille refîna
Qui Fandemain rancommança
Pesme et cruels, orrible et maie,
Dom .iij.M. an remestrent pale.
Après porroiz oïr conter 325
Com Greu s'en voutrent retorner,
Et com Calcas par son savoir
Les fist a force remenoir.
Pui redirai com faitement
Erent tuit livré a torment 330
Por la puor des cors
ROMAN DE TROIE 10 1
Cornent H. et Achillès,
Voiant .m. chevaliers et mes,
S'antrahatirent cors a cors ; 3 5 $
Mès cil dedans et cil dehors
Ne le vostrent pas consantir.
Après porrez sampres oïr
Com la fille Caldas la proz
Eissi de Troye voiant toz, 360
Lo duel qu'en fist au desevrer,
Et com la preia puis d'amer
An l'ost defors Dyomedès;
Et si porrez oïr après ;
Et a son père fu marrie 365
Por la mauveise félonie
Des Troyens qu'il ot guerpiz.
S'orroiz sa rampone et ses diz.
Après orroiz lo grant tornoi,
La grant bataille et lo desroi 3 70
Verso, col. i.
Puis vos dirai la vérité 3 87
D'une estrange mortalité
Qui ru en l'ost une foiée.
Et s'orroiz com fu esmaiée 390
La famé .H. Andromacha
Del fort songe qu'ele sonja,
Et lo deuie 3 et la dolor
Qu'ele fist d'Ector son seignor,
Que il n'isist a la bataille : 395
De par les dex li dist sanz faille,
S'il i aloit n'an vanroit vis,
Que il i seroit lo jor ocis.
Puis vos dirai les granz dolors
Qu'en ot sa mere et ses serors. 400
Après porroiz asez oïr
Comment Prianz nel lait issir.
Verso, col. 2.
Car quant el vos iert retraite 427
Ne diroiz mès tele fu faite.
Après orroiz la discordance,
La tançon, la maie voillance 430
Que Palamedès conimança
Qui Agamemnon desposa ;
Par son porchaz et par ses diz
De la princée est dessaisiz. 434
Puis orroiz l'acompaignement »
Que rois Prianz fist a sa gent
D'Ector son fil que Greu ont mort,
Q'an li toli soutain a tort.
S'orroiz com il lo vait vangier
A l'espée tranchant d'acier. 440
Ml't fist lo jor parler de soi :
Tôt lo pris ot de son tornoi.
1 . Ces vers riment en or dans Féd., comme les deux suivants.
2. Éd. La desverie.
3. Éd. lo complaignemcnt .
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102
P. MEYER
N'am pot avoir de lui fiance ;
Et quant la bataille commence
Com li rois de Frise fu pris 405
Qui a grant poine en estort vis ;
Com Troïen orent lo jor
De li bataille lo peior;
Del roi de Lice * lo vaillant
Et de Pnentolomun a lo grant
Vos conterai lo fier estor, 44$
Et qui lo pris en ot lo jor.
Après porroiz oïr menois
Comment fu morz li rois Persois;
Com li bastart s'i aidèrent, 409 Com Troyen outre lor gré
Qui ml't grant poine i andure[re]nt ; Furentjlo jor del champ getez. 450
Puis si porrez oïr avant
Feuillet simple à trois colonnes et à 53 vers par colonne. La
troisième colonne du recto, et conséquemment la première du
verso, est en grande partie lacérée dans le sens de la longueur.
Il y a, en outre, à la marge interne, une déchirure qui a emporté
plusieurs mots de la première colonne. Écriture de la seconde
moitié du xm e siècle.
Ce feuillet servait de couverture à un des registres de l'état
civil de Dompierre-sur-Nièvre, arrondissement de Cosne. M. H.
deFlamare, archiviste delà Nièvre, l'ayant remarqué, le détacha
et le mit en sûreté dans le dépôt des archives départementales;
puis, y ayant reconnu un fragment du Roman de Troie, il en
fit une copie qu'il eut l'obligeance de m'envoyer. La publica-
tion qui suit est faite d'après cette copie que j'ai, pour plus de
sûreté, collationnée sur l'original. Le texte de ce fragment n'est
pas bon : en plus d'un endroit j'ai signalé des passages incor-
rects pour lesquels l'édition donne la bonne leçon. Toutefois
il était utile que ce fragment fût publié, d'abord pour que celui
qui nous donnera une nouvelle et bien désirable édition du
Roman de Troie puisse en faire mention, ensuite parce que, si
peu correct que soit le texte du fragment de Nevers, il diffère
pour certaines leçons de tous les mss. avec lesquels je l'ai
comparé. Il a le mérite, assurément médiocre, d'avoir quelques
fautes à lui. Les mots ou lettres enlevés par les déchirures sont
rétablis en italiques.
1. Éd. D. r. Sarpedon.
2. Éd. Et dé Neptolemus.
III. — Fragment de Nevers.
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FRAGMENTS DU
24942
« L'angoisse et le grant tormant 1
Et le mortel destruiemant,
Dont tant par somes enuié, 2495 5
Mort et lassé et travaillié,
Nos doit anforcier de pes fere.
Et tant vos sai je bien retrere
MTt par* sont Greu de grant pooir,
De grant force, de grant savoir; 24950
MTt gardent bien ce qu'il afient
Et ce qu'il prometent et dient.
MTt ont les trives bien tenues,
Onc par els ne furent rompues ;
Onques ancor ne fu oïe 24955
Lor traïson, lor tricherie.
Droiturer (sic) jant sont et loial,
Large, puissant et conmunal.
Je ai parlé «ansanble ou euz,
Nés ai trové croiex ne feuz 24960
Ne de combatre aïnos (sic) ,
Corne jant qui si sont sor nos
Et que si an sont au desus.
Seignor, tandroiz vos ancor plus
An ceste cité dame Elaine? 24965
Ert toz jors mes por li an paine
Et an dolor et an misère ?
Soz cel nen a fille ne mere
We rien vivant qui hui soit née
Qui por li ne nos blast et hée.
Por li avroit tote rien joie 2497 1
Se arse ou fondue estoit Troie.
S'il ne h volsîssent baillier,
Sis an deûssez vos proier. 24974
Tant par les avons contanduz ,
Tant nos somes d'els defanduz
ROMAN DE TROIE 10
Et éloigniez de lor amor
Que, au mains por ceste dolor
Et por cest règne restorer,
Nos devrions bien racorder 24980
A els et reconcilier ;
Sachez mi't nos est grant mestier.
De ceste lede ocision
Ne vos serai plus compaignon.
Que que façois d'or en avant,
De moi vos di je bien itant, 24986
An tel leu m'an voldrai aler
Ou je n'an oie mes parler.
Et qui porroit tant duel sofrir?
Melz nos vaudroit a un morir 24990
Que languir an si grant dolor.
Hé las ! je » vis je ja le jor,
Tel tans, tex termes et tex anz ,
Que la joie par ert si granz 24994
An cest règne et an cest païs !
Hom n'i fust mornes ne pansis (b)
Ne desseitiez ne doleros ;
Toz li pueples i ert joios
Et asaziez et repleniz.
Las! mes or est si apovriz 25000
Et si dou tôt anoiantez !
Ahi ! Troie, noble cytez !
Qui vos vit et or vos verroit,
Ha ! com poi s'i recoignoistroit !
Ja ne diroit ce fussez vos, 25005
Tant sont destroit et angoissos*.
N'ai cure plus de ci ester;
Ne porroie pas regarder $ 25009
Que ces murs voie acravanter 6 .
Tant tanple precios et chier.
Sont del sanc taint et meaigniéï.
1 . Ce vers est répété deux fois.
2. Ici et aux vv. 24956, 24975, ?4494, etc., l'abréviation est celle de por.
3 . Corr. ja.
4. Manquent ensuite deux vers.
5 Ce vers est de trop.
6. Il faut ajouter, avec l'édition, Fondre abatre ne Irebuchicr. Une phrase
nouvelle commence au v. suiv. qui doit être corrigé Li temple...
7. Au lieu de meaigné, il faut, comme dans l'édition, margoilliè. Ce mot a
été remplacé diversement en certains mss.: traveilliè dans fr. 12600, vermilliè
dans 375, Sont tuit de sanc taint et soillié dans Montpellier.
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104 p -
Li deu n'ont mès de nos pitié,
Miséricorde ne merci ; 2501 5
Leissié nos ont et relanqui.
Sachez de voir que nos n'avron
Jamès par els defansion.
Que porrions nos donc plus fere
Pois que li deu nos sont contrere?
Ne poons pas contr'els aler. 25021
Por Deu, soit ce laissié ester
Et si soit .j. tex esgarz pris
Par coi remaigne cist estris,
Que ne soient desserité 25025
Li oir de nos estrait et né.
Riches mesons et bien garnies
Et comblées de manenties
A an ceste cyté assez ;
Preu i a d'ornes asasez 25030
Qui granz trésors ont et pleniers
Et ml't ont or cuit et deniers.
Cil se traient a .j. part,
Et si praignent si fait esgart 25034
Que chacuns tant offre et promete
Et que atant del suen i mete
Que reans an soit cist païs
Des mains as mortes henemis,
Nos et noz vies rachatées 25039
Qui ml't avront cortes durées,
Se ce tient auques ne si dure.
Li tanple sont a démesure
Preciousement atorné,
D'or et de pierres aorné ;
Soi[en]t pris li aornemant , 25045
L'or et les pierres et Parjant,
Si soit doné sanz demorance.
Por pès fere, por aquitance. 25048
Nos ne poons mès fors essir 25061
Ne les portes de Troie ovrir. »
(col 3)
MEYF.R
Que ml't a bon conseil donè. 25097
G ot maint grant sospir getè
Et demoillée mainte face .
A Priant dient que il face 25070
Ce que l'en por bien li consoili*,
Si que fins soit de la mervoilk
Et de l'ocisse et de l'essil
Et del tormant et del péril. 25074
Se ferons 1 tuitqu'Anthenors dit :
Ja n'i avra grant ne petit
Qui avoi tôt ce ne repoigw
Et que de son avoir ne doigne.
Quant la grant nois* est trespassèe
Et la corz rest asseùrée, 25080
Prianz li rois îist duel eslrange ,
Si que tôt le sen part et change,
Ses blans chevauz lon^ et chanus
A ou ses .ij. mains desrompus.
Ensi angoissosem^i/ plore, 2 5 08 5
Si se maudit et se dévore
Que ce dit bien de '
Li partirait li cuer, son vuel.
« Las ! » fait il, « mal aventuros ,
Ne me sont mie haïnos 25090
Sommant li deu soverain y
Quar or n'ai ami tant prochain
Qui de rien plaigne mon damage.
Tuit me sont escfnf et sauvage.
N'a ancor pas trois ans passez, 25095
Se cist consaus me fust done\,
Ainz qu'Ec/or mes fil% fust ocis,
Troyluj li prou\ et Paris*
Ce me fust gran% profis del faire ;
Mès or, quant ne puet estre maire
Ma honte ne ma desonor y 25 101
Si me rachèterai des lor ?
Fiere euvre a ci a endurer.
Je ne puis pas sols contrester
Vers vos ne vers aus, ce voi bien :
Ce pois* moi sor tote rien. 25106
Las ! n'i a mais ou je m'apui ;
Dès or conois bien ou je sui.
1 . Corr. feront. — 2 Éd. d'ire et de duel.
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FRAGMENTS DU
F '
A Corne estes pesme et tenebrose !
Tant me Justes ja liée et beîe! 25 1 1 1
Sot le plus haut de la roek
M*aseist& et me posas tes;
Mes dès que vos i atornastes.
Trop \edement t sans demorer 25 1 1 5
(v° <0
D'avoir mes joie n'alejmcz, 25120
Sans resordre, sans relerier*.
Par tant me covient outroier
Ço que cist seignox volent fere ;
}Tiavront plus par moi contrere.
Com puet si aut, quant mes ne puis
Et quant autre conseil n'an truis.
Le mien avoir praignent primier,
Ja mar m'en leront .j. denier!
Facent de moi tôt lor plesir
Pot ce que je nel puis oïr 25130
le facent » sanz moi.
Facent la psâs et je l'otroi. »
PloroSy pansis, muz et tesanz
Ist del paies li rois Prianz; 25134
Duel a ne puet pas avoir mere.
Et cil traitierent lor afere :
Esgardê ont ommunelmant
Qu'Antenor aut premieremant
A cens de Grèce et si anquiere
Tôt lor ivloir et lor manière, 1 5 140
ROMAN DE TROIE IO5
Que ce sera qu y il requerront,
Et que ce iert qu'il lor domonx.
Entas ont avec /ramis,
Puis que li monz fu establiz (b)
Ne fu ne ert cors seveliz 25170
Si richemant n'a tel henor,
Ne tant aùst ne duel ne plor.
Portée an ert an son païs,
Quar ne velt pas Fileminis,
Se la pès est, qu'il ne Tan meint.
Ml't la regrete et ml't la pleint.
Le cors a fet tant demorer
Qu'il oie a coi devra torner
Cele evre , s'ert * pais ou guerre ,
Qu'o li s'an iroit en sa terre; 25180
Ne por vivre ne por morir
Ne la voldra ja ainz gerpir.
Cist parlemant furent retrait
A dame Helaine qui duel fait
Estrange et pesme et doloros. 25185
Parnuist(ttV), quant l'air est tenebros,
Vient bêlement et en recoi
Proier, crier merci de soi
A Anthenor set bien, j'espoire 6 ,
Et plusor li ont fait ancroire 25190
Qu'il la randra a son seignor.
Vilmant, a honte et a dolor,
Crient que la face desmembrer,
Por ce li vient merci crier :
« Sire, se parlez as Grezois?, 25195
Ou les princes et ou les rois ,
1 . Je ne sais comment était fait ce vers. Les mss. que j'ai à ma portée et
Téd. portent uniformément Ahi fortune dolerose.
2. Sic. La bonne leçon est redrecier.
3 Éd. Mes nois il lor dongent;yo} Me vois il lor doinsent; Montp. M en vois
il lor douent.
4. Il ne subsiste plus du reste de la colonne que quelques lettres.
5. Corr. s 9 il ert.
6. Éd. dit bien espeire ; Montp. dit quele espoire.
7. Ce vers est devenu i peu près illisible, l'écriture étant usée.
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io6 p.
Por Deu ! si lor proiez de moi. »
Fait Anthenors : « Jel vos outroi,
Que je an preu vos an estace 25199
Et trestot mon pooir an face. »
Ne vostrent cil plus demorer.
Si tost com li jors parust cler
Vindrent an Tost, cels demandèrent.
A cui lor evre porparlerent.
Des comunes choses dedanz 25205
Fu antr' els granz li parlemanz.
Tote la some de l'afere
Ont porparlée sanz retraire ;
Granz proieres ont fet après 25209
Con dame Heleine ait sa pès,
Pardon, amors vers son seignor
Et seûrtance antre les lor.
La traïson com ele ert fete
Ont dite, parlée et retrete ;
Après l'ont bien asseùrée. 25215
N'i ot puis autre demorée,
Ne autre parole n'i font :
Congié ont pris, puis s'an revont ;
O iels anmainent Ulixès
Et son compaing Diomedès 25220
Par l'esgart comun del consoil ; (r)
Illuec n'ont fet autre aparoil.
En la cité sont repairié,
Ml't se firent Troyen lié
Quant il les ij. rois ont choisiz ;
Seùr cuident estre et fiz 25226
Que de l'evre soit pès et fin.
Ancor estoit assez matin
Quant li conciles rasanbla
Et li puebles s'i aùna. 25230
Par le consoil Anthenoris ,
Ensi com reconte Ytis,
Firent dire a Ulixès
Que ja ou els n'avra mais pès,
Ne plaiz n'en seroit escotez, 25235
Se del règne n'estoit jetez
Anphimacus outréemant ,
Que mes n'i ait repairemant ;
Ce volent Greu et ce requièrent.
Après parlèrent et traitèrent 25240
Cornant il fussent bienvoillanz.
La ou li conciles ert plus granz
Si sort .j. effroïssemanz,
Une noise et .j. criemanz
Grans et estranges a deloi 25245
D'amont del grant palais le roi.
Cil qui erent al parlement
Quiderent tôt certainement
Que ço fussent li fil Priant
^5250
Sanz plus 1
Saillirent plusor comunal.
Paor orent grant li vasal 25254
Des testes perdre maintenant.
Icil effroiz remest atant ;
Puis anquistrent qui ot esté.
Et quant ice fu trépassé,
Si a pris Anthenor les rois, 25259
N'i ot plus home que lor trois;
En .j. arvout paint sotilmant
Se sont asis loing d'autre jant :
« Ml't me travail, » fet il, « segnor,
Que avoir puisse vostre amor,
Vos bienvoillance e vos grez.
Coignoistre ml't tost le poez.
Une chose vos voil jehir 25267
Et tôt le segroi desco[v]rir
0ue ceanz est qui nos sostient,
Qui nos garde et nos maintient,
Par coi nos avons atendance,
Deffension et seûrtance 25272
Paul MEYER.
1. Du vers 25245 au vers 25252, l'écriture est si usée qu'on peut à peine,
ça et là, distinguer quelques lettres en s'aidant de l'édition ou des autres mss.
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LES JOURS D'EMPRUNT
OU
LES JOURS DE LA VIEILLE
Aux derniers jours de février et aux premiers de mars — ou à
la fin de mars et au commencement d'avril — se rapporte une tra-
dition populaire qu'on retrouve dans presque toute l'Europe. La
reprise fréq uente du froid dans les derniers jours de l'hiver a frappé
l'imagination du peuple, qui s'est efforcé de donner au phéno-
mène une explication plausible. Avec son penchant naturel pour
la personnification, il a créé ainsi une légende qui varie peu d'un
peuple à l'autre. Cette ressemblance de la production populaire
dans les différents pays provient d'une nécessité psychologique :
le même phénomène a donné naissance à une conception iden-
tique. Cela n'empêche pas que chaque version conserve son
empreinte locale ou nationale, et qu'une même manière de voir
s'exprime avec des nuances infinies.
Dans les variantes orientales — chez les Roumains, Bulgares,
Serbes, Grecs — domine l'élément topographique : des rochers
anthropomorphes gardent encore la forme de la Vieille hau-
taine, qui encourut la colère du Temps. Dans les variantes
occidentales — chez les Provençaux, Italiens, Espagnols et
Anglais — c'est l'élément météorologique qui prédomine : la
Vieille est remplacée quelquefois par un berger ou, très rare-
ment, par un oiseau. L'une et l'autre version ont en commun
le trait fondamental destiné à justifier l'état anormal de la tem-
pérature qui a donné naissance au conte : la punition d'un défi
orgueilleux et d'une arrogante raillerie.
Chez presque tous les peuples de la péninsule balkanique et
principalement chez les Roumains, ce retour de la saison froide
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L. SHAINEAXU
est connu sous le nom de Jours de la Vieille (roumain Zilele
Babei, serbe et bulgare Babini dni y albanais Plyaketâ, c'est-à-dire
« les Vieilles »). En Écosse,. et sans doute ailleurs, le phéno-
mène est appelé Jours d'emprunt, et c'est sous ce titre qu'il a
été d'abord étudié par M. Paul Meyer dans une notice publiée
dans la Rotnania 1 .
La légende a fait, sur le terrain roumain, un pas en avant
dans son évolution. Tandis que, dans les versions parallèles, la
Vieille n'est pas spécifiée, elle paraît, dans la tradition roumaine,
sous le nom typique de Dokia, dû à un amalgame avec un
élément ecclésiastique. Rien de plus fréquent, dans les fictions
populaires , qu'une telle juxtaposition d'éléments analogues. La
légende de Dokia a, en outre, subi un mélange récent, d'origine
savante, mélange qui n'a rien à faire avec le fond populaire de
la légende.
Cette courte exposition nous trace en même temps le plan
de cette étude. Nous tâcherons d'abord de faire connaître les
données de la légende roumaine et de démêler les différentes
couches qui s'y sont superposées. Nous la poursuivrons
ensuite chez les autres peuples de la presqu'île des Balkans, et
nous jetterons enfin un coup d'oeil sur les traditions relatives
aux Jours d'emprunt dans le reste de l'Europe.
I.
§ i. Les jours de la Vieille. Les Roumains appellent les Vieilles
(Babele) ou les Jours de la Vieille (Zilele Babei) les premiers
neuf ou douze jours du mois de mars. Les femmes du peuple se
partagent d'avance chacune de ces Vieilles, qui personnifient
ensuite — selon qu'il fait beau ou vilain temps — le caractère
moral de celle qui les a eues en partage. La première Vieille,
celle qui tombe le premier mars, s'appelle spécialement la
Vieille Dokia (Baba Dokia), nom dont l'origine sera recherchée
plus loin.
L'Autrichien Sulzer, qui avait entrepris, à la fin du dernier
i. III, 294-297; cf. 499.
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LES JOURS D'EMPRUNT IO9
siècle, une sorte d'histoire de la civilisation des pays roumains,
relève cette croyance populaire : « Les Romains, dit-il, célé-
braient, le premier mars, la fête des matrones, les Matronalia;
les Roumains appellent ce jour et les suivants les Jours de la
Vieille, ce qui serait le « Festum matronarum » des Romains,
quoique les Roumains ne les observent avec aucune solennité
et que ces jours tombent , non le premier mars , mais vers la
fin du mois. Au fond, ils ne sont autre chose que « l'hiver des
Vieilles », locution qui correspond à l'allemand W eiber sommer . »
Et ailleurs : « Au commencement du printemps, les jeunes gens
seuls osent sortir aux champs, tandis que les vieilles se tiennent
auprès du poêle, de même que le beau temps de l'automne s'ap-
pelle, chez les Allemands, Weiber sommer 1 . »
M. Alexandri les décrit de la manière suivante : « Le Rou-
main caractérise par des formes poétiques ou plaisantes les
variétés du temps. Ainsi il aime à appeler les Jours de la Vieille
les premiers jours du mois de mars, giboulées de mars, en préten-
dant qu'ils sont insupportables comme une vieille qui querelle
continuellement, qui pleure et ne laisse personne en paix 2 .... »
Les habitants de Bucarest racontent ce qui suit concernant
cette Baba Dokia. Pendant les premiers neuf jours de mars,
lorsqu'il tombe de la pluie, de la neige, des giboulées, on
raconte que la Baba Dokia possédait quelques brebis et qu'elle
alla dans la montagne pour les faire paître. Mars la prévint
qu'il était trop tôt, mais elle lui répondit par des paroles
railleuses. Elle emporta neuf pelisses, et se dirigea avec ses bre-
bis vers la montagne. Mars , pour se venger de l'insulte reçue ,
envoya une rude gelée, et de la pluie qui se changeait en
verglas. Mais la vieille avançait toujours sans se soucier des
menaces du temps. Le premier jour elle mit une pelisse et
chaque jour suivant une nouvelle; toutefois, le neuvième jour,
elle fut gelée sur le sommet avec toutes ses brebis.
Sur les Bucegi, Tune des branches des monts Carpathes, se
trouve un rocher appelé Babele ou les Vieilles. Les bergers, pour
expliquer l'origine des blocs qu'on y aperçoit, racontent une
1. Sulzer, Geschichte des transalpinischen Daciens , Vienne, 1781, vol. II,
p. 57 et 314.
2. Alexandri, Poésies, vol. III, p. 190.
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IIO
L. SHAINEANU
légende analogue. Dans les premiers jours de mars, la Baba
Dokia, une vieille méchante et entêtée, se promenait sur le
sommet des Carpathes avec ses neuf chèvres. Irritée par un long
hiver, elle voulut coûte que coûte mener paître son troupeau
avant le temps, disant :
Hài, càprit^ty hâi, de-o vrea D%eu 9 de rio vrea! — a Hue,
chevreaux, hue, avec ou contre la volonté de Dieu ! »
Mais, après qu'elle eut erré sur la montagne pendant neuf
jours, Baba Dokia s'engourdit et fut pétrifiée avec tout son
troupeau sur le plateau, au dessus de la source de )alomit%a, que
les bergers appelent Babele. Là, on voit aujourd'hui même une
grande pierre entourée de neuf pierres plus petites, qui repré-
sentent la Baba Dokia avec son troupeau.
§ 2. L élément topographique. Comme l'élément topographique
joue un grand rôle dans l'évolution de notre légende, nous
allons mentionner encore quelques autres localités, auxquelles
le peuple se plaît à accorder une origine légendaire identique.
La tradition de la vieille pétrifiée avec ses brebis dans diffé-
rents rochers est assez ancienne.
Au temps de Cantemir, c'est-à-dire au commencement du
dix-huitième siècle, on voyait, au milieu du Pion ou Ceahlâu,
l'un des grands sommets des Carpathes, les traces d'une figure
pétrifiée que le savant prince décrit ainsi : « In medio montis
Czahlou statua conspicitur antiquissima , quinque ulnis alta,
vetulam ovibus ni fallor xx cinctam referens , e cujus naturali
parte perennis aquae fons profluit.... Probabile est, inservisse
eam statuam idolorum gentilium cultui, cujus administri
solenne habebant, vel naturae, vel magiae artibus aliquid effi-
cere, quo admirationem possint et divinitatis opinionem cre-
dulae plebi injicere 1 . »
En Valachie, dans le district de Mehedint^i, nous trouvons de
même un rocher anthropomorphe portant aussi le nom de
Babe : on y aperçoit de loin deux figures humaines, l'une plus
petite et l'autre plus grande, semblables à deux statues fixées
dans le roc. En voici la tradition locale. Comme le saint
ermite Pierre était gravement malade, il envoya quelques
vieilles femmes chercher des simples dans le pays serbe. Elles
i. Cantemirii Descriptio Moldaviae, Bucuresti, 1872, p. 24-25.
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LES JOURS D'EMPRUNT III
s'y attardèrent longtemps. Le saint, étant près d'expirer, envoya
deux fois à leur recherche. Les messagers regardèrent du haut
des montagnes pour voir si elles arrivaient, et lui annoncèrent
qu'ils n'avaient rien aperçu. La troisième fois, au moment où le
saint expirait, on lui rapporta qu'on voyait à peu de distance
les vieilles assises sur une pierre. Alors le saint les maudit,
disant : Puissent-elles devenir des pierres ! et ainsi elles restèrent
jusqu'aujourd'hui *.
Enfin, à la source de YArges, un bloc de pierre, sur la grande
pelouse, porte le nom de Chevriére (Caprâreasa). On en raconte
la tradition suivante : Il était une fois une vieille qui, ayant fait
un pari, partit, pendant l'hiver, pour un lieu quelconque. Il
survint une pluie et un orage si violents qu'il lui fut impossible
de se défendre contre les intempéries, même avec les pelisses
dont elle était vêtue. Elle mourut aussitôt avec ses neuf chèvres
et fut changée en un bloc qu'on voit encore.
§ 3 . Explication populaire de la légende. Un conte roumain du
Banat, publié par les frères Schott, sous le titre « die Altwei-
bertage », tâche d'expliquer l'origine de ce nom. Nous repro-
duisons le résumé des éditeurs :
Deux colonnes de pierre, à forme humaine, sont interprétées
par la légende. Une méchante vieille tourmentait sa bru de toute
façon; un jour elle lui ordonna de blanchir de la laine noire.
Elle s'y soumit, et le Christ, qui lui apparut avec Pierre, lui vint
en aide ; elle rentra ornée de fleurs à peine écloses. Mais aussi
la vieille et son fils furent punis. Un été précoce les décida à
aller avec leurs troupeaux à la montagne, la vieille ayant pris
avec elle neuf pelisses; mais le froid étant soudainement revenu,
ils gelèrent ensemble pour toujours. Leurs cadavres furent pé-
trifiés dans la posture qu'ils avaient pendant leur vie. Encore
aujourd'hui on peut les voir à Amlas, entourés du troupeau
pétrifié. C'est pour cela que les premiers neuf jours de mars
avec leur trompeuse douceur furent appelés par les Roumains
les jours de la Vieille 2 .
Un des traits principaux de ce conte — la punition de la
méchanceté et de l'arrogance — se retrouve aussi ailleurs, mais
1. Tocilescu, Revista, I, 164-165.
2. Schott, fVakcbische Mârchen, Stuttgard, 1845, p. 113-115 et p. 330.
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L. SHAINEANU
appliqué, sans distinction, ;\ tous les mois de Tannée. C'est
ainsi que, dans le conte néo-grec intitulé « Les douze mois »,
une femme est récompensée d'avoir loué les différents mois,
tandis que sa sœur est punie parce qu'elle les a insultés 1 . Dans
un conte bohème, une marâtre encourt la colère des différents
mois, à cause de la cruauté avec laquelle elle agit envers sa
belle-fille 2 .
L'imagination populaire s'est complu, dans ces fictions, à
personnifier les douze mois en les représentant comme douze
beaux adolescents. Elle a relégué au second plan le motif météo-
rologique, et a cherché surtout à mettre en évidence le côté
moral de ses personnages.
§ 4. Version macédo-roumaine de> la légende. La tradition rou-
maine de la Macédoine pourrait être intitulée « Les jours
d'emprunt », car elle met en relief un motif que nous retrou-
vons surtout dans les parallèles occidentaux de la légende.
A Cutra, localité de la Thessalie, non loin du village de
Zarcu, où descendent à l'automne les pâtres roumains pour
y rester jusqu'après Pâques, il y a un rocher stérile, qui, vu de
la plaine, semble figurer une vieille entourée de plusieurs
brebis. Autrefois, les premiers trois mois de l'année se succé-
daient dans un ordre différent de celui d'aujourd'hui : Janvier,
Mars, Février. Dès que le dernier jour de Mars fut passé,
une vieille sortit vers le soir et se moqua de Mars, parce
qu'il ne lui avait rien fait malgré toutes ses menaces. Mars, pour
la punir, pria son frère Février de lui céder encore deux jours.
Celui-ci les lui accorda et, en outre, il passa devant lui. Alors
Mars souleva des orages et attacha la vieille avec ses brebis au
rocher qu'on voit encore.
C'est donc par un défi jeté à Mars par une vieille arrogante,
défi toujours suivi d'un terrible châtiment, que le peuple a tâché
de justifier la rigueur des derniers jours froids de l'hiver.
§ 5. Origine du nom « Dokia ». L'église orthodoxe célèbre,
le premier mars, la fête patronale de la sainte martyre Eudocie
(Evdokia), dont la vie est racontée dans un des anciens Menaça.
Le contenu de cette vie nous intéresse au plus haut degré,
1. Legrand, Contes populaires grecs, p. 10-14.
2. Chodzko, Contes des paysans et des pdtres slaves, p. 15-29.
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LES JOURS D'EMPRUNT I I }
parce qu'il nous donne la clet du mélange savant qu'on a voulu
introduire dans la légende et que nous étudierons plus loin.
Nous en donnons un court résumé :
« Le mois de Mars, le premier jour, commémoration de la
vénérable martyre Eudocie, samaritaine, courtisane. »
Elle était originaire d'Héliopolis, éparchie du Liban, et
vivait du temps de Trajan. Elle mena d'abord une vie débau-
chée, et la gracieuse beauté de son visage lui attirait beaucoup
d'adorateurs. Elle amassa une grande fortune. Plus tard,
convertie par les paroles pleines de piété et de pénitence du
moine Germain, elle s'approcha du Christ et fut baptisée par
l'évêque Théodote. Ayant distribué toute sa fortune aux
pauvres, elle entra dans un couvent où elle fit pénitence. Elle
fut amenée devant Aurélien, qui avait enlevé l'empire à ceux
qui avaient été auparavant ses amants, et, ayant ressuscité le
fils de l'empereur, elle lui fit adopter la foi du Christ.
Le peuple roumain a établi un rapport naturel entre la
Vieille, qui tombe le premier Mars, et le nom de la sainte du
même jour. De cette manière Eudocie ou Dokia , figure pure-
ment ecclésiastique, fut identifiée avec la Vieille ou avec le jour
de la Vieille, croyance depuis longtemps enracinée.
Le nom de Baba Dokia — la sainte chrétienne entée sur
l'ancienne croyance — provient donc d'un amalgame de deux
éléments différents. D'ailleurs, la vie de la sainte ne justifie en
aucune façon cette juxtaposition. L'unique trait d'union est le
motif chronologique : la fête de la sainte tombe le même jour
que la première Vieille de Mars. La tendance à la juxtaposition,
si prononcée dans les productions du folklore, a trouvé ici un
élément analogue et s'en est emparée. Cette identification paraît
avoir été faite de bonne heure, puisque nous la trouvons aujour-
d'hui comme fait accompli en Valachie, en Moldavie et en
Transilvanie.
Une fois l'identification accomplie, on commença à ratta-
cher à la Vieille Dokia les différentes légendes qu'on rapportait
auparavant à une Vieille quelconque, à cette Vieille anonyme
qui figure encore dans plus anciennes versions. Nous avons
reproduit plus haut la tradition de Bucarest et celle des bergers
des Bucegi y d'après laquelle Baba Dokia , qui défiait Mars, fut
pétrifiée avec son troupeau sur le sommet des Carpathes, et
Romania. XVIÎl g
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L. SHAIXEANU
aujourd'hui encore on peut voir ses traces empreintes dans
quelques rocs anthropomorphes, qui dominent la hauteur des
montagnes.
§ 6. L'influence littéraire. Ici finit l'évolution populaire de la
légende, et il faudrait clore cette partie de notre étude. Mais par
un hasard curieux, que les circonstances expliquent d'ailleurs,
elle a subi encore un mélange savant, et il convient de regarder
de plus près ce rejeton purement artificiel qu'on a voulu enter
sur la tige de la légende. Outre l'intérêt que présente un tel
arrangement littéraire, il nous met à môme de distinguer entre
les productions instinctives du peuple et les savantes fictions des
Vers le milieu de notre siècle, le poète moldave Assaky
publia une ballade intitulée « Dokia et Trajan », et célébrant,
sous le nom de Dokia, la fille de Décébale, laquelle, fuyant devant
le puissant empereur, aurait été changée en un bloc de pierre.
Voici une traduction littérale de cette poésie, dont le fond
représenterait, d'après l'auteur, une tradition recueillie de la
bouche même du peuple :
I. Entre la pierre foudroyée et le pied dzSàhastru 1 , il y a un roc, qui a été
la fille d'un roi. Ce roc figure Dokia : elle a comme peuple dix brebis et
règne dans la grotte d'un vieux pâtre.
II. Aucune fille ne lui était comparable en beauté et en intelligence; digne
de son père, elle était la fille de Décébale. Trajan voit cette fée, et, quoique
victorieux, il adore cette beauté et se sent subjugué par l'amour.
III. L'empereur tâche en vain d'adoucir Dokia; voyant son pays enchaîné,
elle veut s'enfuir. A travers les sentiers des forêts cette jeune princesse cache
son existence et conduit le troupeau sur le plateau de la montagne.
IV. Lâ haut il fait un grand orage, et, dans ce séjour sauvage, l'aigle fait
résonner son chant rauque. Elle y change sa robe dorée contre un drap gros-
sier. Son trône est l'herbe fleurie, son sceptre une baguette.
V. Trajan revient dans le pays, et, habitué à la victoire, il étend de nou-
veau sa main vers la fugitive Dokia. Alors elle prononce une fervente prière :
« Zamolxis, o dieu, s'écria-t-elle , je te conjure au nom de mon père, ne
m'abandonne pas aujourd'hui ! »
VI. Et lorsque Trajan veut lui saisir la main, la fée, protégée par son dieu,
se change en un bloc. Cette pierre est vivante, son sein exhale des vapeurs;
de ses pleurs naît la pluie, de son soupir le tonnerre.
i. La plus haute montagne de Moldavie.
poètes.
LES JOURS D'EMPRUNT 1 1 5
Cette fiction, inoftensive dans le domaine idéal, a pris insensi-
blement la valeur d'un document historique.
Cest ainsi que, dans une Histoire nationale à l'usage des
écoles, on affirme que l'ancienne Dacie vit encore dans la
mémoire du peuple sous le nom de Baba Dokia, assise sur la
cime de Ceahlâu, d'où la neige vient aux campagnes, lorsque
la Vieille secoue ses pelisses 1 ....
M mc Julie Sachelariu met Dokia parmi les « Femmes célèbres 2 »
de l'antiquité et s'eftorce d'esquisser sa biographie : Dokia
(105 p. Chr.), la fille du roi Décébale, déguisée en bergère et
entourée de brebis.....
Nous ne parlons pas du rôle que joue Dokia dans des œuvres
de pure imagination , par exemple dans le poème dramatique
« le Rêve de Dokia », de M. Frédéric Damé, qui en fait la
représentante du passé glorieux de la Roumanie, ou dans
l'épopée « Negriada » de M. Densusianu, qui personnifie en
Dokia le génie de l'ancienne Dacie Nous avons surtout
voulu montrer que la ballade d'Assaky n'est pas restée enfer-
mée dans le cercle de la poésie artistique, et qu'on a renchéri
sur l'affirmation de l'auteur d'avoir puisé à une source popu-
laire. Et cependant cette fiction a tous les caractères d'une com-
position artificielle. Nous en sommes redevables à la seule ima-
gination de l'auteur, complétée par quelques données emprun-
tées à la vie légendaire de sainte Eudocie. Sous l'influence de
l'analogie externe entre Dokia et Dakia ou Dacie, Assaky fit de
Dokia la fille de Décébale. On lit dans la vie de sainte Eudocie
qu'a elle vivait du temps de Trajan », que « la gracieuse
beauté de son visage lui attirait beaucoup d'adorateurs », enfin
qu' « Aurélien avait enlevé l'empire à ceux qui avaient été aupa-
ravant ses amants » ; ces données, combinées avec le fond de
la légende populaire de Dokia 9 forment l'essence de la compo-
sition d'Assaky, de la légende savante d'après laquelle Dokia,
la prétendue fille de l'héroïque roi dace, aurait cherché, après
la raine de son père et de sa patrie, un refuge dans les gorges
du mont Ceahlâu pour échapper à la poursuite des Romains ;
là, déguisée en bergère et entourée d'un troupeau de brebis,
1. Melidon, Istoria nationalà pentru popor, Bucuresti, 1876, p. 17.
2. C'est le titre de son ouvrage.
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elle se transforma en un roc avec son troupeau, uniquement
pour ne pas tomber dans les mains de Trajan, qui s'était épris
d'elle.
Cette combinaison est trop ingénieuse pour l'intelligence de
l'homme du peuple. Elle traduit une conception artistique avec
un enchaînement trop rigoureux pour pouvoir supporter la
comparaison avec les productions libres et naturelles de l'ima-
gination populaire. D'ailleurs, si le souvenir de Trajan est tout
à fait vague dans la mémoire du peuple roumain, celui de
Décébale n'y existe même pas. Cet appareil historique avec sa
stricte chronologie plaide donc contre la popularité de la ballade
d'Assaky, source unique de toutes les affirmations ultérieures.
§ 7. La Vieille et Niobé. La légende de Dokia, surtout au point
de vue topographique, a une ressemblance frappante avec la
fameuse tradition de Niobé, — la Mater dolorosa de l'art antique,
comme l'appelle Feuerbach, — dont le malheur est devenu pro-
verbial dans l'antiquité classique. Les mythologues modernes
(Preller, Cox, Max Mùller, Sayce) ont exercé leur propre
ingéniosité dans l'interprétation de ce mythe. Ces essais, dans
lesquels la poésie et l'érudition se donnent la main, sont pure-
ment subjectifs et ne font que compliquer le fond simple d'une
légende que le rhapsode antique a embellie de tout le charme
de la poésie. Il est évident qu'un mythe auquel on peut appli-
quer des interprétations aussi diverses n'en justifie aucune.
L'homme du peuple est le même dans tous les temps : ses
naïves conceptions sont des intuitions et non des combinaisons
artificielles. Nous préférons à ces savantes interprétations l'opi-
nion de Pausanias, qui voyait dans la légende de Niobé, loca-
lisée sur le mont Sipyle, la simple explication par l'imagination
populaire d'un lusus naturae 1 . Le grand touriste affirme, en
effet, que, du haut de la montagne, il vit Niobé, qui, de près,
semble un simple rocher, tandis qu'à une petite distance elle
a l'apparence d'une femme inclinée et pleurant. Cette illusion
optique a été précisément — ici comme ailleurs — le point de
départ de la création poétique.
1. M. Maurice Schweisthal pense avoir retrouvé la Niobé du Sipyle encore
existante; voyez la Galette archéologique de 1888, n» 7-S.
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LES JOURS D'EMPRUNT
117
II.
Nous retrouvons le motif principal de la légende roumaine
— la punition d'une provocation hautaine adressée par une
vieille femme — dans toutes les versions qui circulent chez les
peuples de la péninsule balkanique.
§ 1 . Légende serbe. Le temps de la fin de Mars ou du com-
mencement d'Avril, lorsqu'il tombe de la neige ou du grésil,
s'appelle, chez les Serbes, les jours de la Vieille (Babini dni), les
chevreaux de la Vieille (Babini jarci), les petites brebis de la Vieille
(Babini kozlici), les jours empruntés de la Vieille (Babini pozaj-
nienici) et enfin la Vieille avec ses brebis enchaînées (Babini ukovi).
On raconte qu'une certaine Vieille avait conduit ses chevreaux
dans la montagne. Lorsque le vent du nord siffla et la neige
tomba, elle dit :
Prc Marcu! ne bojim te se : tnoji jarciéi petoroscici! — « Un pet
à Mars ! je ne te crains plus, ni mes chevreaux à cinq cornes ! »
Mars se fâcha et emprunta à Février quelques jours. Il
déchaîna la neige et la glace, et la Vieille fut pétrifiée avec
ses chevreaux. On rapporte qu'aujourd'hui encore on peut
voir, dans une certaine montagne (où cela était arrivé), un
rocher formé par la Vieille et par ses chevreaux : la Vieille se
tient debout au milieu et les chevreaux autour d'elle 1 .
§ 2. Version bulgare. La localité, non spécifiée dans la légende
serbe, est géographiquement déterminée dans la version bul-
gare, rapportée ainsi par les frères Miladinov.
Les premiers jours d'Avril, qui sont généralement froids et
venteux, s'appellent les jours de la Vieille (Babini dni). Ces jours
ont été cédés à Mars par le mois d'Avril, et voici comment. Une
vieille, après la fin de Mars, voyant que le temps était beau et
chaud, dit :
Cicu ko^ica na planina
Pârdni Martu na bradina !
t. Vuk Karagic, Srpski rjecnik, s. v. babini jarci.
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L. SHAINEANU
« Hi ! ma petite chèvre dans la montagne, et pète à la barbe
de Mars ! »
Et elle s'en alla avec ses chèvres à la montagne. Mars, vexé
d'être insulté par une vieille, dit à Avril :
Aprile lile, moj pobratime, pridaj mi tri dni da ^grubamû baba !
— « Avril, mon frère, ajoute-moi trois jours, que j'arrange
cette femme ! »
Avril les lui donna. Et il survint un tel froid , giboulées et
vent, que la femme gela avec ses chèvres. Et aujourd'hui encore
on dit qu'une vieille et des chèvres en forme de rocher se dressent
dans la Shar-Planina ou sur le mont Shar l .
§ 3. Version slovène. Il circule une légende presque pareille
chez les Slovènes des Carpathes, mais relative à la saison d'été.
Chez eux, la première semaine de septembre, appelée Babi
leto ou « Tété des Vieilles » , porte encore le nom de Babin
mra% ou « le froid de la Vieille » et l'on raconte qu'une vieille
sorcière fut à cette époque gelée sur la montagne.
Ralston pense que ce conte aurait été imaginé pour expliquer
la présence bizarre de certaines statues de femmes, qui se trouvent
ordinairement au bout des chemins dans quelques localités de la
Transilvanie 2 . Le voyageur rencontre de ces statues de pierre,
placées sur des tumulus, dans toute l'étendue de la Russie méri-
dionale. Elles sont connues, dans l'archéologie slave, sous
Tappellatif spécial de Katnennaja baba ou « la Vieille de pierre » .
§ 4. Version albanaise. Chez les Albanais, les jours des 29,
30, 31 mars et I er avril s'appellent Plyaketâ ou les Vieilles. Jus-
qu'alors on n'est pas sûr d'en avoir fini avec l'hiver. S'il sur-
vient quelque gelée, on en attribue la cause aux Vieilles. Mais
personne n'a su indiquer à Hahn, auquel nous empruntons
cette notice, le motif de cette appellation 3.
§ 5. Version néo-grecque. Chez les Grecs modernes, au con-
traire, nous retrouvons notre tradition et avec tous ses détails.
Déjà l'historien arabe Aboulféda rapporte que les Grecs du
Moyen Age appelaient Jours de la Vieille les sept jours depuis
le 27 février jusqu'au 5 mars : « Abulfeda ait apud Graecos
1. Miladinovci, Bdlgarski narodni pèsni, p. 523-524.
2. Ralston, Sottgs of the Russian PeopU, p. 254.
3. Hahn, Albanesische Studien, p. 155.
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LES JOURS D'EMPRUNT II9
sextum et vicesimum mensis Februarii esse principium dierum
Vctulae, eosque esse septem... » (Du Cange s. v. veiuld).
Dans les différentes provinces de la Grèce est très répandue la
tradition relative à la « Vieille avec son troupeau », qui, à l'arrivée
du printemps, s'écria, orgueilleuse et joyeuse, que ses brebis et ses
chèvres n'avaient plus rien à craindre ; mais une rude gelée, qui
était encore survenue pendant la nuit, détruisit toutes ses
bêtes 1 .
Les détails de la tradition varient selon les localités.
La version relatée par Chandler, sur le rapport d'un paysan
de la plaine de Marathon, dit que l'arrogante vieille fut changée
en pierre avec son nombreux troupeau, et qu'une statue de
femme sans tète, qu'on aperçoit assise à terre, représente la
vieille pétrifiée. On assura en même temps à Chandler que les
rochers, dans cette région, vus d'un certain point, auraient
l'apparence de brebis et de chèvres dans leur parc 2 .
Plus complète est la version rapportée par Politis. Le dernier
jour de Mars, la Vieille, pensant que tout danger était passé,
s'écria avec dédain :
1 \yr.T.. Mifr.jisv ! 72 \t-ji ; ;j.xzx "2 7.2- t.. xx/.*.a xzj !
« Chouette, Mars, j'ai tout de même entretenu pendant
l'hiver mes chevreaux ! »
Mars, par dépit, empruntant encore un jour à Février, força
la Vieille par un froid extrême de se cacher sous le chaudron
à fromage *, et la pétrifia, dans cette posture, avec tout son
troupeau 4 -
L'appellatif de ViàlU, de même que les incidents de la légende,
joue un rôle imponant dans la nomenclature topographique de
1. Schmidt, Gritchisibc Mârcben, Saçtn und FolkslùJ/r, p. 12$.
2. Chandler. Travels in Asia Miner and Gretct, Oxford, 182 vol. II.
p. 207-209.
3. Ce fait de la tradition a donné naissance au proverbe météorologique
néo-grec : O Miprr 4 ; l'^aXz z'r t ^zr t x { r t 70 poozo) oîV 70 xa^av.. c'est-à-dire
« Mars mit la Vieille (ou le berger) dans le chaudron ». V. Aug. Moranisen,
Grircbiscbt ]ahrts~àUn , Schleswig, 1857, fasc. I : maximes agricoles selon
l'ordre des mois (les proverbes météorologiques, n« 42 et 43).
4. Politis, M caî rr 2^: 70 5 7'Z»> vc<t>7ê'pf'>v 'EXat|v*.jv. Athènes, 1871.
P î)-*6.
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L. SHAIXEANU
la Grèce moderne. Ainsi, dans la plaine de Marathon, les restes
d'une construction d'Hérode Atticus, non loin du village de
Branâs, portent le nom de Bergerie de la Vieille (tyJ; Tprfe ?c
;xavSp£); dans File de Thasos, où la Vieille s'appelle Pôpina,
une grande enceinte de pierre pour le bétail est désignée comme
le Parc de la Vieille (?fj; Ilciz.va; r t ;j.avopa) ; en Samothrace, on
croit que des bassins en pierre locale, à forme de chèvres,
faisaient jadis partie du troupeau de la Vieille, et on donne le
nom de Linge de la Vieille (-f^ Tp^à; xi zav.â) à quelques raies
enfoncées dans la paroi d'un rocher. Enfin, en Arcadie, à envi-
ron trois heures de Tripolitza, le peuple montre, sur une mon-
tagne, les brebis pétrifiées de la Vieille.
Ce qui est intéressant, c'est que le même élément se retrouve
dans les noms de beaucoup de localités de l'antique Hellade, tels
que Tpac; jtïjOoç, Tpac; yaXa, Tpata; 75 vu. Tpa»a; aîo^a.
KaXo7pa(aç (âojvoç, — ce qui suppose, d'après la juste observa-
tion de Schmidt, l'existence dans l'antiquité de traditions sem-
blables 1 .
§ 6. Versions orientales. Chez les Turcs, le froid des quatre
derniers jours de Février et des trois premiers de Mars s'appelle,
de même, le froid de la Vieille (Berd ul-'aguz 2 ). Une notice rela-
tive au Calendrier turc, publiée par Hammer, explique ainsi cette
appellation : les Turcs racontent qu'une vieille mourut de froid
à Constantinople pendant cette saison, et c'est pourquoi ils
l'appellent le froid de la Vieille.
Les Arabes, d'après le témoignage de d'Herbelot {Bibliothèque
orientale s. v. Aguz), donnent aussi le même nom de jours de la
Vieille (Ayan al-aguz) aux sept jours du solstice d'hiver 5.
§ 7. Malgré toutes nos recherches, il nous a été impossible de
constater l'existence d'une légende analogue chez les peuples
germaniques ou chez les Slaves du Nord. La version slovène est
sans aucun doute empruntée aux Roumains de la Transilvanie.
La tradition en question semble s'être concentrée, dans l'Europe
orientale, chez les peuples de la presqu'île des Balkans et, dans
1. Schmidt, op. cit., p. 24.
2. Zenker, Dictionnaire lurc-arabe-persan, p. 623 e .
3. J'ai fait les citations d'Hammer et de d'Herbelot d'après les indications
de Liebrecht, Gervasim Otia imperialia, p. 182.
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LES JOURS D'EMPRUNT 121
l'Europe occidentale, comme nous le verrons, chez les peuples
romans des bords de la Méditerranée. Il y aurait donc une res-
triction de la légende au bassin de cette mer. Le fond de la tra-
dition pourrait alors remonter très haut, tandis que la forme
sous laquelle elle se présente serait probablement postérieure
au calendrier romain et aurait pour origine en partie — comme
me Ta fait remarquer M. Gaston Paris — le désir d'expliquer
pourquoi Février est si court et Mars si long.
III.
En passant à l'Occident, nous trouvons la même tradition
chez divers peuples romans. Nous mentionnerons rapidement
les faits déjà connus, relevés dans la notice citée de M. Paul
Me ver, pour insister sur les dernières acquisitions dans le
domaine des traditions populaires.
§ i . Version provençale. Le paysan du Sud de la France appelle
les trois derniers jours de Mars et les quatre premiers d'Avril les
jours de la Vache (li Vaqueiriéu) ou la Ruade de la Vieille (Regui-
gnado de la Viéio). La tradition provençale explique ainsi l'ori-
gine de ces désignations.
Une vieille, à la fin de Février, croyant avoir échappé à l'hiver,
nargua Février en disant :
Adieu, Febrié! mé ta febrerado
M'as jait ni peu ni pelado !
« Adieu, Février! avec ton froid tu ne m'as fait ni peau ni
pelée. »
La raillerie de la Vieille fâcha Février, qui emprunta trois
jours à Mars et qui, par un temps affreux, fit périr les brebis
de la Vieille ; mais elle regimbait, et c'est pourquoi on appelle
ce temps la Ruade de la Vieille.
Les brebis perdues, la Vieille achète des vaches et ose provo-
quer Mars, qui emprunte quatre jours à Avril et fait périr de
nouveau le troupeau de la Vieille : de là le nom de jours de la
Vache*.
i . Paul Meyer, Les Jours d'emprunt, d'après les notes de Mistral dans son
poeme Mirèio.
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L. SHAIXEAXU
Mais, dans les deux cas, quoique doublement punie de sa
provocation audacieuse, la Vieille n'en est pas moins épargnée
dans sa personne, et la vengeance du mois offensé atteint uni-
quement son troupeau de brebis ou de chèvres.
§ 2. Version suisse. En Suisse, cette double mésaventure est
partout simplifiée, ainsi dans la variante de Montbovon (Fri-
bourg), où non seulement la Vieille, mais sa chèvre (appelée
Rullion) échappe à la vengeance de Mars. L'appellation générale
de jours de la Vieille s'y retrouve dans le proverbe local : le d%a
a la ville xon pâ oncô paxâ, c'est-à-dire « les jours de la Vieille ne
sont pas encore passés 1 ».
§ 3. Versions italiennes. Relativement au proverbe météorolo-
gique sicilien :
Mar^u cci dissi ad Aprili :
« 'Mprestaminni tri j orna,
Quantu a sta vecchia la fa^ti muriri. »
« Mars dit à Avril : Prête-moi trois jours pour faire mourir
cette vieille, »
M. Pitré cite, comme illustration, la tradition suivante :
Il était une Vieille, qui, voyant arriver le mois d'avril, cracha
et dit : « Fuori, Marxp cane! Dehors, chien de Mars! » Irrité
d'une telle insulte, Mars jure de se venger. Et qu'est-ce qu'il
fait? Il s'en va chez Avril et lui dit :
« Aprilc, vuoi lu far mi un favore? Prestami tre giorni dei luoi,
affinchè io possa far morire qucsta vecchia. » — « Avril, veux-tu
m'accorder une faveur? prête-moi trois de tes jours, que je
puisse faire mourir cette Vieille. » — Prends-les, répondit Avril,
et Mars les prit.
Cette Vieille avait un troupeau de brebis, et depuis longtemps
elle ne les avait plus menées paître, parce que l'hiver avait été
rigoureux. Le premier Avril, voyant un beau jour, elle fit sortir
les brebis du parc et les mena à une prairie, disons à la prairie
du mont Pellegrino 2 . Mais, au milieu de la prairie, apparut un
nuage, qui grossissait et croissait toujours, jusqu à ce que le
ciel devînt en un instant noir comme la poix. La Vieillç réunit
1. Paul Mever, art. (//., p. 296.
2. Montagne voisine de Palerme.
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LES JOURS D'EMPRUNT J2}
vite ses brebis et veut les ramener au parc. Mais, le temps de
dire « oui » x , il commença une pluie et un terrible déluge. La
Vieille s'efforça de courir, mais l'orage se renforça d'une grêle si
affreuse que, en un quart d'heure, la Vieille et les brebis furent
tuées et ensevelies sous la neige.
Mars, riant aux éclats, s'écria : E questoi Mar^p cane!... « Le
voilà, le chien de Mars 7 ! »
La même tradition circule ailleurs qu'en Sicile, où M. Pitrè
Ta recueillie et publiée dans le dialecte local
Une version différente de la même localité est ainsi conçue :
Il était une fois une Vieille qui voulait se marier avec un beau
jeune homme. Un jour, Mars vint lui dire : « Vous voulez vous
marier ? Si vous me voulez, moi, vous n'avez qu'à dormir cette
nuit sur les tuiles (du toit) et demain nous nous marions. »
Elle y consentit volontiers.
Le soir, la Vieille s'en va dormir au lieu indiqué, disant :
« Pi stasira cornu fa^u fa^u,
Dumani assira c'u beddu picciottu m'abbra^u. »
« Ce soir, je fais comme je puis; demain soir, je m'embrasse
avec un beau jeune homme. »
Qu'est-ce que fait Mars]? Il appelle Avril et lui dit :
— « Aprili y Apriliy
'Mprestami un jorno di H toi gudiri
Quantu a sta vecchia la fa^u muriri. »
« Avril, Avril, 'prête-moi un jour de tes jouissances pour
faire mourir cette vieille. »
Avril le lui prêta et Mars fit périr la Vieille, disant :
Marqu scbrcia la vecchia y nta la jaqçu,
c'est-à-dire : Mars écorche la Vieille dans la couche 4.
1. Cest-i-dire « en un instant ».
2. BiblioUca délit tradi^ioni popolari siciliane per cura di G. Pitrè; vol. III :
Proverbi siciliani, p. 40 et vol. IV, p. 349.
3. Biblioteca, etc., vol. XVIII : Fiabe t leggende (Palermo, 1888), p. 417,
n° CXXXVII : Mar^u sifici 'mpristari tri jorna cCAprili.
4. Ibidem, p. 416, n° CXXXVI : Mar^u e la vecchia.
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Il est curieux que, dans cette version sicilienne, Mars soit en
même temps provocateur et vengeur; d'ailleurs, la punition est
loin d'être motivée.
Dans une variante de Girgenti, Mars, pour faire mourir la
Vieille, prie Dieu de lui accorder encore un jour; mais, comme
la Vieille reste vivante, il prie Avril de lui céder « tre giorni di
rigore e di temporale », et tels sont restés les trois premiers jours
d'avril jusqu'aujourd'hui.
M. Ive cite, à propos du dicton de Rovigno ; Al mis de marso
su mare gué campra la pileîssa par tri deî, plusieurs parallèles ita-
liens qui attestent une autre conception. Ainsi le dicton toscan :
Mar^o ha comprato la pellicia a sua madré, e tre giorni dopo i Vha
vcnduta. — « Mars a acheté la pelisse à sa mère et, trois jours
après, il l'a vendue » J .
En Sardaigne, Janvier et Février prennent la place des deux
autres mois 2 .
En Corse, M. Ortoli a recueilli le conte suivant intitulé, « le
Berger et le mois de Mars », dont nous donnons un court
résumé.
Il était une fois un berger qui possédait d'innombrables
moutons et brebis. Cependant il craignait d'en perdre, et, pen-
dant tout l'hiver, il pria les mois de lui être favorables. Ceux-ci
exaucèrent sa prière : les bètes du berger furent épargnées. Mars
surtout n'envoya ni pluie, ni grêle, ni aucune autre maladie.
Lorsque vint la fin de Mars, le berger, qui ne craignait plus
rien , commença à rire et à insulter ce mois. Furieux de tant
d'ingratitude, Mars alla chez son frère Avril et lui dit :
« O Aprilu me fratedu,
Itnpresta tre di H to di,
Par puni lu pastureddu
Li ni vodu fa pinti. »
« O, Avril, mon frère, prête-moi trois de tes jours pour
punir le berger, car je veux qu'il s'en repente. »
Avril, qui aimait son frère, les lui donna. Aussitôt Mars
ramassa, en un instant, des vents, des maladies et des orages,
1. Saggi di diaktto Rovignrse, Tri este, 1888.
2. Pitrè, loc. cit., p. 419, où il cite aussi une version calabraise.
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LES JOURS D'EMPRUNT 12)
et les déchaîna en même temps sur le malheureux troupeau.
Le premier jour périrent les moutons et les brebis, le second les
agneaux, et le troisième tout fut anéanti T .
Ici le berger se substitue à la Vieille, ce qui est tout naturel
en parlant des moutons et des brebis.
Dans une version bergamasque, citée par Pitrè, c'est un oiseau,
le Merle, qui remplace le pâtre, et il s'y agit de la fin de janvier
et du commencement de février.
§ 4. Version espagnole et portugaise. La substitution d'un pâtre
i la Vieille se retrouve dans la version andalouse :
Un pâtre avait promis un agneau à Mars; pour le punir
d'avoir manqué à sa promesse, Mars emprunta trois jours à
Avril et fit périr tout son bétail 2 .
Ici, de même, ce sont les bêtes seules qui tombent victimes
de la vengeance du mois irrité.
En Portugal, M. Coelho a publié une légende semblable sous
le titre de « Février et les jours d'emprunt » (Fevereiro e as dias
(femprestimo 3).
§ 5. Version écossaise. Enfin, pour terminer ce tour folklorique,
enÉcosse les trois derniers jours de mars sont appelés de même
jours d'emprunt (Borrowing ou Borrowed Days) et, pendant ce
temps, les gens superstitieux s'abstiennent d'emprunter ou de
prêter, parce que
Mardi borrowit fra Averill
Three days, and they were
Si la légende est originairement, comme nous l'avons sup-
posé, étrangère aux Germains et aux Slaves du Nord, il faut
supposer qu'elle a été importée en Écosse, sans doute par des
marins, à une date relativement récente.
1. Ortoli, Lts contes populaires de Vile de Corse, p. 3-5.
2. Caballero, Cuentosy poesias populares andaîuces, p. 1 16-1 17.
Coelho, Revista d'Etnoîogia e de Glottologia, Lisboa, 1880, fasc. II-II1,
p. 188.
4. Cité par M. Paul Meyer.
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126
L. SHAINEANU
IV.
Dans une grande partie de l'Europe — probablement aussi
ailleurs — il existe donc une tradition populaire destinée à expli-
quer, d'une manière légendaire, la transition brusque, accom-
pagnée d'un retour passager et d'un surcroit de froid, de l'hiver
au printemps. Dans les différentes versions, on justifie le phéno-
mène par le fait qu'une vieille , osant affronter un des mois de
l'année (un des derniers de l'hiver ou des premiers du prin-
temps), provoqua le retour des jours froids, qui semblaient
passés, comme une punition de son arrogance.
Une telle fiction correspond parfaitement à l'intelligence
naïve de l'homme de la nature et ;\ sa tendance accusée à per-
sonnifier, à animer tout ce qui frappe, d'une manière cons-
tante, son imagination. Dans le conte des « douze mois »,
rapporté plus haut, on peut saisir sur le vif ce travail de l'ima-
gination populaire.
Il ne faut pas non plus perdre de vue l'importance du côté
moral dans les productions du folklore. Les phénomènes du
monde physique concourent le plus souvent ;\ justifier les
maximes, les lois de l'éthique populaire.
Il se peut que la tradition des jours d'emprunt ne soit autre
cliose qu'un essai naïf d'expliquer le désordre apparent de la
température par un fait de l'ordre moral, par une moralité qui
est partout fortement accusée.
Nous ne faisons que mentionner l'opinion de Schott, qui
donne une explication symbolique ;\ notre légende 1 , et celle de
Liebrecht, d'après lequel la Vieille serait la personnification de
l'hiver banni ou anéanti par la chaleur croissante du printemps 2 .
La grande ressemblance des nombreuses versions chez les
peuples les plus différents nous dispense de chercher, dans cette
1 . Les souffrances de la jeune femme, dans le conte reproduit, tombent,
dit-il, à la fin de l'hiver; à l'approche du printemps toute puissance des êtres
ennemis est anéantie : ils se réfugient dans les montagnes, où ils meurent.
2. Liebrecht, op. cit., et Jahrbùcher fur klass. Philologie, p. 397 (1872) et
P- 239(1873).
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LES JOURS D'EMPRUNT
tradition presque identique en son infinie variété, plus qu'elle
ne peut donner. Cette quasi-identité de la conception populaire
est la meilleure preuve que son point de départ a dû être extrê-
mement simple et naturel, pour avoir pu s'imposer aux hommes
des climats les plus divers.
Toute généralisation, dans le domaine du folklore, nous
semble prématurée, et la plupart du temps les combinaisons les
plus ingénieuses sont démenties par les faits ultérieurs. Dans
l'état actuel de ces études, toute tentative d'interprétation ne
peut éveiller qu'une légitime méfiance. Ce qu'il nous faut pour
le moment, c'est une coordination méthodique des matériaux,
et c'est par une enquête de ce genre que nous avons voulu
apporter notre modeste contribution à la future science du
x. M. Shaineanu apporte en effet, dans cet article, une très utile et très
intéressante contribution à la science du folk-lore; mais il nous semble qu'il
ne se tient pas aussi rigoureusement qu'il le dit , en ce qui concerne l'expli-
cation du mythe étudié, dans la réserve qu'il préconise. Dire comme il le fait
que la ressemblance de ce mythe chez les différents peuples où on le ren-
contre « provient d'une nécessité psychologique », et que « le même phéno-
mène a donné naissance à une conception identique », c'est, à notre avis,
affirmer quelque chose de bien sujet a contestation. Il n'est guère probable
que l'idée d'expliquer la recrudescence du froid au moment où l'hiver semble
cesser par un défi adressé à Mars (ou à Février) par une vieille femme soit
née indépendamment en plusieurs endroits ; il en est de même de l'emprunt
qu'un des mois est censé faire à l'autre. La date et le point de départ de cette
conception, comme plusieurs détails relatifs au rapport de ses diverses formes,
pourraient donner lieu à des recherches faites à un point de vue différent
de celui où s'est placé M. Shaineanu ; bornons-nous à indiquer ici cette légère
dissidence avec notre savant collaborateur. (Rédaction.)
Folklore 1 .
Lazare Shaineanu.
Paris, avril 1888.
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MÉLANGES
i.
VERSION ANGLAISE DU POÈME FRANÇAIS DES
ENFANCES JÉSUS CHRIST.
Lorsque je me suis occupé, à deux reprises différentes 1 , du
poème français des Enfances Jésus Christ, je ne connaissais guère
que par le titre les Altenglischc Legenden de M. C. Horstmann 2 .
M'étant récemment procuré un exemplaire de ce recueil, j'y ai
trouvé, à la première page, un poème anglais pourvu de ce titre
français ou anglo-français : Ici comtnce le enfaunce Jhesu Crist.
M. Horstmann n'a pas su, et ne pouvait en effet guère savoir, que
ce poème était la traduction passablement exacte de la compo-
sition française dont j'ai fait connaître quatre mss. représentant
deux rédactions : i° une rédaction en vers accouplés (ms. de
Grenoble et ms. Didot); 2° un remaniement exécuté en
Angleterre et qui a pour trait principal que les vers riment,
non plus deux par deux, mais quatre par quatre (ms. d'Oxford
et ms. de Cambridge, ce dernier n'étant qu'un extrait). Il m'a
paru que le traducteur anglais avait suivi la rédaction primitive.
Je n'ai point, du reste, l'intention d'entreprendre une compa-
raison détaillée du texte anglais avec les textes français : je me
bornerai à quelques citations. Le prologue du poème français
est remplacé par un préambule de dix vers. Puis commence le
récit, en ces termes * :
1. Romania, XV, 334-7, et XVI, 221-5.
2. Paderborn, Schôningh, 1875, in-8°.
}. Comp. le texte français (mss. Didot et d'Oxlord), Rom., XV, 335
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VERSION ANGLAISE
3wane Jhesu Crist was i-bore
To savi this world that was forlore ,
In one crache he was i-leid
Bifore oxe and asse ; soth it is seid.
Wcl huy wosten in heore mod 1 5
That it was Jhesu verrei god,
And that he was into eorthe i-send
DES ENFANCES JÉSUS I29
To bringue us out of turraent.
And sethe i-circumcised was he,
Ase the lawe was in that contre, 20
To the Temple thanne he was i-sent.
He was welcome verrei ement
Of Symeon, that man old
That much of him bifore hadde i-told.
Je vais maintenant rapporter une partie du miracle du tein-
turier, dont j'ai donné la fin, Rotnania; XV, 337, d'après le
ms. Didot et celui de Cambridge : M. Horstmann a remarqué
comme moi que ce miracle manque dans les rédactions latines
de l'Évangile de l'Enfance qui nous sont parvenues. Je place
en regard le texte français, d'après le ms. Didot, qui n'est que
xv e siècle, n'ayant plus sous la main le ms. de Grenoble.
Jésus est parti de son père (J. 29 v°) Jésus nolde non lengore more,
Et de sa doulce chère mere ;
Venu est a un tainturier
Et dist qu'il est de son mestier.
Le tainturier, quant il le vit, (f. 30)
De cel enfant a bon desduit;
Puiz ly a dit par bon samblant :
« Mon doulx enfant, or vien avant,
m Et si me di par ta créance
« Se tu as bonne espérance
« De moy servir tout ton aaige,
« Et se tu en as bon couraige ?
— Oy, » dist il, « en vérité
« Vous serviray de très bon gré. »
Le tainturier le arressonne :
« Enfes, moult es jeune personne ;
« Or me diz come tu as nom.
— Jhesus, « dist il, » m'appellet on.
— Jhesus, se te baille troiz draps ,
« Or me dy comment le feras.
— Sire, au mieulx que je saray,
« Si bien que il n'y faudra rien.
— Or sa, Jhesus, après moy vien ;
v Ces troiz draz que je (ci?) voiz pren-
dras,
« En troiz chaudierez les metras ;
« Tous troiz seront de troiz coulours
Fore he was I13 1 and guod of lore;
He cam to a diestare
And seid he couthe of his mestere.
This diestere withoute blâme 1 1 60
Of this childe hadde game
For is semblaunt and for is dede.
« Cum nou forth! » to him he seide.
« Nou seie thou me withoute misse :
« Hast thou thare to guode wilnesse
« A ri 3 ht for to serve me? 1 166
— Ye, for sothe, i sei3e the.
— Thou art 3oung, fui wel i se;
« Ake 3 if ich mi cloth take the,
« Hou wolt thou do ? seie me thi thou 3 1 .
— Swithe wel, sire, ne care thou nou 3 1.
— 3 if tnou we l dost, tne ti* a ^ so - 1 î 7 2
« Nou worth i sene hou thou wolt do.
« Thou shalt theos threo clothes do
[anon
« Ech ofheom in o caudroun, 1175
« For ich the wolle segge soth
« That this on shal beo fair blu cloth.
Remania. XVIII.
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130 MELA
« Or t'en prens garde par amours :
.(*•)
« Le premier drap en blanc sera. »
Jhesus respont : « Ja n'i faudra.
— L'autre de vert, m'as entendus?
— Oy moult bien, » respont Jhesus.
— D'escarlate "sera le tiers,
« Car je l'ay acheté moult chiers.
« Or fay bien, car je m'en yray
« Et puis tantost je reviendra[yl,
« Et si te defens sus ta vie
« Qut l'ung l'autre ne touche mye
« Dez troiz draps que je t'ay baillés,
« Car tu feroyez grans péchiez. »
Jhesus li respont maintenant :
« Apareillez seront gentilmant,
« Très bien les feray, se verrez ;
« Quant vous plaira si revenez. »
NGES
« This othur grene, onderstond this.
— Ye, sire, fui wel i-wis.
— The thridde mot beo scarlat i-
[wrou3t ii 80
« For ich it habbe deore a-boujt;
« Do nou wel, for ichulle go,
» And al bi time corne the to.
« And ope thi liif ich the défende
« That non ne corne othur hende
« Of the clothes that beoth in thi bailie ,
« For it were great folie. 1 187
« I-schend it were al to nou3t,
« Bote eche beo in is caudrone i-brou 3 1 ,
« And everech bi himsul ve mot beo i-do .
« Loke, mi sone, that hit beo so. »
Jhesus answerede: « Thart thounou3t
[care ;
« Fui sikerliche thou mi3t fare;
« Ichulle do wel that thou schalt i-seo
« 3 wane thou comest hom a-3e. »
Comment Jhesus bouta .iij. draps
en une chaudière et les fist de diverses
couleurs.
Here eode the diestere out, and Ore
Loverd dude aile threo the clothus
into one caudrone a 3 en the diestare
heste, and tho he had so i-do Jhesus
eode a-wei stilleliche anon.
Atant le seigneur se despart;
Jhesus remaint a qui est tart
Que il eust chascun drap bien taint.
De les taindre pas ne se faint ,
Et lez .iij. draps que il tenoit (/. 31)
Tous en ung chauderon mettoit.
Moult fu seùr de son mestier
Jésus que se fist tainturier :
Lez .iij. draps que l'enfant si prist
En ung chauderon tous lez mist,
Ensamble lez a bien boullis;
Ung auitre si lez eust honnis.
Quant ilz furent bien atournez
Le doulx Jhesus s'en est alé.
Le mestre arrière retourna
Qui les draps a Jhesus bailla.
3 wan the maister was i-go
Jhesus tok ail the clothes tho,
And hastifliche into one caudrone
He dude heom aile swithe sone.
He was fui siker of his mestere 1 200
Jésus, tho he bicam diestere,
3wane he wolde wurôhe stille
Algate bi is owene wille.
Theos threo clothes, ase ich er seide,
In o caudron togadere he leide, 1205
And seth heom tharinne verreiement,
An othur hadde heom so fui sone
[i-schend
Tho he hadde so i-do,
Jésus fram thannes is i-go, 1209
And the maister him gan hom schake
That him hadde that cloth i-take.
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FSTALEK, ESTAL 13 I
Inutile de poursuivre. Le lecteur, à qui ce rapprochement
ne suffirait pas, pourra encore comparer les derniers vers
(w. 1754 et suiv.) du poème publié par M. Hortsmann avec
la fin du poème français, telle qu'elle a été imprimée ici même
en double texte (mss. de Grenoble et Didot), XVI, 223-4.
Cest à l'auteur français des Enfances qu'il faut maintenant faire
honneur de l'originalité relative que ML Hortsmann 1 attribuait
au poème anglais. P. M.
IL
ESTALER, ESTAL. .
Dans la chanson de geste, qui a pour titre Aliscans, Guillaume
d'Orange monte un coursier fort intelligent. S'il n'est pas doué
de la parole et ne prophétise point au milieu des batailles,
comme ceux d'Achille dans l'Iliade, il comprend du moins les
exhortations de son cavalier, et accomplit avec lui des exploits
merveilleux. Aussi, lorsque Guillaume « a trespassé d'une grande
lieue les païens », il permet à Baucent (c'est le nom de son bon
cheval) de souffler un peu, et de satisfaire aux nécessités
naturelles :
Li quens s'areste sos . 1 . arbre ramé
Por son ceval, tant k'il ait es talé;
Ains qu'il eust tôt son estai fine,
Voit de paiens tôt le tertre rasé.
(Aliscans, 1499, A. P.)
Estaler en cet endroit signifie « pisser », et estai « action de
pisser ». On perdrait son temps si l'on cherchait estai avec ce
sens dans le dictionnaire de M. Godefroy, mais on y rencontre
estaler, expliqué par « cracher » , dans cet exemple : « Li
malades qui poi ad de salive, e ne pot estaler, ço est mal signe. »
(xiv* siècle, Petit traité de Médecine, 4, Boucherie.) C'est la
première moitié de la phrase qui évidemment a conduit
M. Godefroy, comme feu Boucherie du reste, à expliquer ce
verbe tout de travers. Il faut lire : « Le malade qui a peu
de salive et ne peut pisser, c'est mauvais signe. » Estai,
1. Voy. la préface des Altenglisclx Ltgenden, p. xli.
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132 MÉLANGES
esta y estât = « urine » était encore en usage dans la Basse-
Normandie au xvi c siècle, ex. : « Toute la nuyct, il me fallut
relever quatre ou cinq foys pour une grandissime douleur que
j'avoye à la hanche dextre. J'envoyé Arnould porter mon estai
a maistre Raoul Dager, qui me manda qu'il viendroyt demain. »
(Journal d'un sire de Gouberville, 239, Tollemer). « J'envoye
Lajoye à Vallongnes porter mou estât et celuy de Arnoult et
Maillard à maistre Raoul Dager. » (Id. 237.)
En ce temps-là, les barbiers ou médecins gagnaient, comme
le dit Régnier, « un beau teston pour juger d'une urine 1 . »
A. Delboulle.
III.
AVOIR SON OLIVIER COURANT.
Avoir son olivier courant est une locution qui se rencontre
trois fois dans la chronique de Geoffroi de Paris (commen-
cement du xiv e siècle), puis, à la fin du xv e siècle, chez
Coquillart. M. Godefroy (au mot olivier) a cité trois de
ces quatre exemples, et explique avec raison la locution
par « avoir la chance, le vent en poupe, la vogue, la bonne
passe ». Mats l'origine de cette singulière manière de parler n'a
1 [Ce sens d'estakr n'est pas douteux, mais il est parfois difficile de le dis-
tinguer à coup sûr de celui de « s'arrêter ». Ainsi dans le passage d'Aleschans
cité par M. Delboulle Y estai de Baucent pourrait être simplement un temps
de repos donné au cheval pour reprendre haleine (comme dans l'exemple du
Saint Graal cité dans Godefroy). De même dans un vers de Garin le Loherain
(voy. Bartsch, Langue et Lit t., 119, i>) on dit d'un sanglier que les chiens
font lever : 1/ estala, et après s est vuidit\ (et non voulriès comme lit B.), où l'on
peut comprendre estaler des deux façons. Mais d'autres passages sont décisifs,
comme celui de Courtois d'Arras, que M. Godefroy cite, mais traduit mal, et
celui-ci d'Étienne de Fougères (v. 27), où le poète reproche aux prélats de
donner des prébendes à leurs neveux « qui en lor lez encor estaient », c'est-à-
dire à des enfants en bas âge (M. Kremer traduit à tort estaler par « sich
aufhalten, sich festsetzen »). — Au reste, le mot estaler au sens de « mingere »
paraît être le même qu'estaler, « s'arrêter; » c'est originairement une façon
voilée, décente, d'exprimer l'acte en question. Je ne suis pas absolument sûr
que Yestat du sire de Gouberville se rapporte à ce verbe; il faudrait avoir des
exemples de cette époque $ estaler et surtout $ estai au sens d' « urine G. P.]
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AVOIR SON OLIVIER COURANT 13^
pas reçu d'explication. Tarbé, dans son édition de Coquillart,
en a proposé une où M. d'Héricault voit à bon droit « un
douloureux exemple des difficultés de la science étymologique ».
Les éditeurs de Geoffroi de Paris, dans le t. XXII des Historiens
de France^ traduisent avoir son olivier courant par « avoir son
dextrier (/. destrier) courant (avancer rapidement, avoir la
faveur) »; mais on ne rencontre jamais olivier avec le sens de
« destrier », et Ton ne devine pas comment le mot olivier aurait
pu prendre ce sens.
Nous avons ici un des plus singuliers exemples de la défor-
mation populaire d'une locution que l'on conserve sans la com-
prendre. J'ai été mis sur la voie de l'explication en lisant, pour
en faire le compte rendu qu'on trouvera plus loin, le glossaire
de Bartsch, Langue et Littérature française du Moyen Age. On y
trouve, au mot aloer, qui signifie « placer » : « alouer 367, 1,
infinitif pris substantivement, placement ». Le passage cité est
de Gautier de Coinci. Gautier vante, suivant son usage, la puis-
sance et la bonté de Notre Dame :
Qui bien la sert et netement
Son alouer a si corant
Qu'ades la trueve socorant...
Tel est le texte de Bartsch. Mais si on regarde les variantes
qu'il communique, on voit avec surprise que pas un des sept
manuscrits dont il s'est servi ne porte alouer. Ces sept mss. sont
divisés par lui en deux familles, B (quatre mss.) et A (trois
mss.); B est, au moins ici, la meilleure. B4 n'a rien compris
au vers et l'a tout bonnement remplacé par Je vos di bien certene-
ment; mais B 2 et B3 portent :
Son olivier a si corant,
tandis que B 1 donne :
Son alevin a si corant.
Quant à la famille A, sa leçon primitive, qui était déjà altérée,
paraît être conservée dans A3 :
Son louer ( /. loiier) en a si corant,
tandis que A 1 et A 2 ont modifié arbitrairement :
A 1 : A celui sen vient si corrant.
A 3 : A son besoing est si corant.
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^34 MÉLANGES
Bartsch, pour appuyer sa leçon, cite, le plus singulièrement
du monde, un passage du texte latin du miracle raconté plus
haut : presbyterum quamdiu vivit aluit; ce passage n'a visible-
ment rien à faire ici, et Ton ne voit pas en tout cas comment
aluit pourrait appuyer, dans le français, alouer avec le sens de
« placement ».
La bonne leçon est sûrement dans B; mais faut-il lire olivier
avec B 2 et B 5 ou alevin avec B 1 ? Un autre passage de Gautier
tranche la question. Carpentier, dans ses additions à Du Cange,
cite, au mot Allevaticius, ces vers du livre I des Miracles deN. D.:
Sire, sire, fait li devins,
Bien courans iert ses ailevins
Se part de cort par ceste guile ' .
Comment Carpentier a pu trouver ici à ailevin le sens « d'enfant
trouvé 2 », c'est ce qui est absolument inexplicable 3.
La locution : Son alevin est courant équivaut visiblement à :
// a son alevin courant, et le sens en est clair. C'est une figure
prise à la pisciculture : quand l'alevin est courant, vivant et
frétillant, il se porte bien, et celui qui le possède est en bonne
passe. La locution ne se comprit plus, et on remplaça le mot
alevin, inconnu en dehors de certains milieux, par celui ^oli-
vier: il ne donnait aucun sens, mais il était connu, c'est tout ce
1. Ce passage ne figure pas dans l'édition de l'abbé Poquet, mais on le
trouve dans le premier des trois miracles inédits que M. Ulrich a publiés
(Zeilsclvift, VI, 325-346) d'après deux mss. ; le v. 340 est ainsi conçu : Bien
iert coran^ ses alevins.
2. Il le rapproche sans aucune apparence de raison du mot aillevans dans
ce passage d'une lettre de rémission : Veul\ tu bailler hors de mon fx>stel mes
gobelès ans aillevans et castis d'aval le pats ? — M. Godelroy n'hésite pas : il
renvoie $ ailevin à aillevan, et cite sous ce mot les deux passages donnés par
Carpentier. Il est possible, soit dit en passant, qu' 'aillevans doive se lire
aillevans et soit identique à allevaux y que M. Godefroy traduit, sans donner
ses raisons, par « cuisiniers » .
3. Il dit à propos d'allevaticius : « Nostris olim ailevin et aiUevan, eadem
notione, nisi sit pro advena, extraneus, gall. d 'ailleurs^ sed et in contemtum
usurpari potuit ha;c vox, alludendo scilicet ad pisciculos, quos alevins nun-
cupamus, quibus stagnum propagatur. » Mais comment l'un ou l'autre de
ces sens pourrait-il convenir ici ? Il s'agit d'une femme accusée d'un crime
devant l'empereur par un devin (qui n'est autre que le diable).
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BOUQUETIN I35
qu'il fallait 1 . Il est curieux de voir, dans les variantes citées plus
haut, la forme altérée se substituer à la forme authentique. Il
est plus curieux encore de constater anciennement un essai
d'interprétation de la forme altérée. C'est ce qui se voit dans un
passage de Geoffroi de Paris (le seul que n'ait pas cité
M. Godefroy) :
Hélas ! que t'avons nous mesfet,
Fortune, qui a mis envers
Trestouz nos courans Oliviers ?
Oliviers n'avons ne Rolianz!
Le brave compagnon de Roland ne s'attendait guère à prendre
la place de Y alevin de poisson. G. P.
IV.
BOUQUETIN k
Le seul endroit des Alpes où le bouquetin vive encore est le
massif élevé du Grand Paradis, en Piémont, autour de la Val
Soana, entre la vallée d'Aoste ou de la Doire Baltée, et la vallée
de Locana ou de l'Orco 4. Les deux vallées communiquent avec «
la Savoie, l'une par le Petit-Saint-Bernard, l'autre par le col de
Galise et la vallée de Tignes. Les habitants de la Val Soana
appellent le bouquetin bocastagn (dérivé sans aucun doute de
sieinbock).hQ mot est arrivé en France probablement du Piémont,
par la Savoie, qui l'a reçu des vallées d'Aoste et de Soana
C. Nigra.
1. Ce n'est pas plus absurde, pour ne parler que des locutions, que
d'avoir remplacé YAlcoran par Y au quarante dans : Je m'en moque comme de
Van quarante (je dois cette explication, appuyée sur des preuves, à M. E.
Rolland).
2. V. 1480. Les traducteurs traduisent encore ici : « dextriers courants
(chevalerie) ».
3. Voy. Romania, XVII, 597.
4. La chasse du bocastagn dans le massif du Grand Paradis est réservée au
Roi. On tue chaque année environ une cinquantaine de mâles.
$. [Il faut noter toutefois que ce mot n'a pas pénétré dans le piémontais
courant, car il ne se rencontre dans aucun dictionnaire de cet idiome. On
trouve seulement dans celui de Sant' Albino (Turin, 1859) « Bochtin, stam-
becco, » qui est visiblement pris du français. — P. M.]
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COMPTES-RENDUS
La langue et la littérature française depuis le IX e siècle
jusqu'au XIV e siècle. Textes et glossaires par Karl Bartsch, pré-
cédés d'une grammaire de l'ancien français par Adolf Horning. Paris,
Maisonneuve, 1887, gr. in-8°, vm-62 p. et 926 colonnes.
Ce volume comprend, comme le titre l'indique, deux parties bien
distinctes; je m'occuperai d'abord de celle qui est l'œuvre dernière de
Bartsch, pour parler ensuite de l'autre. Dans sa préface, Bartsch s'exprime
ainsi : « Bien que le présent livre soit composé d'après un plan analogue à
celui de la Chrestomathie, il vise à un tout autre but, à un but plus élevé,
j'ose le dire. S'il n'est pas destiné spécialement aux commençants, il doit
plutôt servir à ceux qui se sont proposé d'approfondir leurs études. L'appareil
critique ajouté aux textes est donc plus riche, il est même complet pour un
grand nombre des pièces choisies. Je m'en suis servi pour essayer de donner
des textes critiques Ce à quoi je me suis particulièrement attaché, c'est
à éviter la reproduction de morceaux identiques à ceux renfermés dans
la Chrestomathie J'ai cru rendre le livre plus intéressant en y insérant
un nombre de textes encore inédits. » En fait, Bartsch, auquel un éditeur français
avait demandé une Chrestomathie, s'est efforcé de ne pas faire double
emploi avec son livre antérieur publié en Allemagne ; cela n'a été ni sans
dommage pour le présent recueil, auquel manquent des morceaux qui
semblent indispensables, ni sans avantage, car Bartsch a cherché à compenser
cette infériorité en soignant plus ses éditions et surtout en donnant des
textes inédits, qui, pour les philologues, font en effet la principale valeur du
livre. Il a pu d'ailleurs imprimer des morceaux plus longs et avec un plus
riche apparatus, son recueil s' arrêtant (comme le Manuel d'ancien français
que j'ai depuis longtemps annoncé) au xiv c siècle, tandis que la Chresto-
mathie allait jusqu'à la fin du x\ c . Je vais donner la table des morceaux qui
forment le recueil, en m'arrêtant à ceux qui appellent quelque remarque.
Col. 5, Serments.
C. 7, EuîaJie.
C. 7, S. Léger, str. 1-40. C. 9, 11 B. lit : fud îi namet , ce qui me paraît
peu probable ; 12, 33 exaspral pour exastra , correction tout à fait erronée
(suppr. exasprer au glossaire et mettez exardre en place.)
Bartsch, La langue et la litt. fr. du ix* au mv* siècle. 137
C. 13, Spottsus.
C. 17, Alexis, fin; texte de L, avec les variantes des autres manuscrits.
C. 29, Epitre de S. Etienne du ms. de Tours. Au v. 10 B. lit a tut tens
pour autens ; au v. 18 en mtie pour en mè, ce qui fausse le vers; v. 33 oit
pour vit est une faute d'impression ; le v. 35 est suppléé, mais Vei cet overt
est peu probable, il faudrait plutôt Cet vei overt.
C. 31, Gormond et Isembart, v. 9-254. C. 32, 14 cunsent , faute d'impres-
sion pour cunseut (v. le gloss.) ; 33, 2 ves que ci ad de mort novele n'a aucun
sens, il faut Vestut Ta la; 24 et 25, la ponctuation est à intervertir; 34, 18
o A ! » dist Gormuni or en surdeis, lisez : « Al » dist Gormun^, « or est
surdeis l » (voy. les observations sur le glossaire) ; 35, 24 icist est bon comme
>8, 8 ; 37, 15 mis ancestre était à garder.
C. 37, Roland, v. 274-579.
C. 47, Voyage de Charlemagne, v. 1-166. C. 48, 16 Votreirai en trois
syll. est peu admissible; 49, 6 la peut rester; 21, correction acceptable;
50, 16 as est avec raison remplacé par es ; 25 la leçon du ms. est gardée
à bon droit; 51, 27 levrieres pour lavacres est fort peu probable; 34, pris li
en a parler n'est du français d'aucune époque; 52, 7 arree^ vaut mieux
qu'attre-, mais reste douteux; 10 restitution peu heureuse; 13 on ne voit
pas la raison du changement.
C. 53, Anciennes traductions des psaumes; les psaumes II- VI en regard,
d'après la version de Montebourg et celle de Cambridge.
C. 59, Traduction des Rois, fragments collationnés uniquement sur le
ms. de la Mazarine.
C. 65, Comput y v. 1-180.
C. 69, Saint Brandan, v. 1-354 d'après la collation de tous les manuscrits.
C. 73, 2 je lirais E quel mérite, bien que cette leçon ne soit que dans un ms. ;
73, 28 en mer se mist en un nevein : nevein (que le gloss. traduit bravement par
« nef, navire ») n'existe pas; il faut, comme le montre le vers suivant,
e nun en vein ; 74, 27 deci f 1. de ci; 77, 12-13 je lis esprit 'et ivit pour espirt
et virt, et junte pour juine , 15 je lis : les treis jur\ de la semaine ; 82, 22
e puis al quart si s* en turftent; 26 nen teins, 1. plutôt n y enteins.
C. 83, S. Grégoire, fragment donné dans les deux rédactions ; textes établis
par H. Suchier.
C. 101, Herman de Valenciennes , fragment constitué d'après six
manuscrits ; aux vers 6 et 7 de la col. 106, les mss. permettent de
remplacer par des rimes en -aire les mots en -cire et -oire qui y sont
mélangés. Ici, comme pour les autres « textes critiques », l'éditeur ne don-
nant ni son système, ni une classification des manuscrits employés, il est
impossible de le contrôler utilement ; d'ailleurs, il existe d'autres manuscrits
sur lesquels le texte définitif, si désirable, d'Herman devra être établi.
C. 109, Romances : Bele Aiglentine, Bele Amelot. C. 110, 13 ms. OU dit
henris onc joie noi mes kl, B. « O », dit H.; je lis : Oit le H. t onc joie n'ai
(0 à cette époque en français, ainsi employé, n'est guère admissible, et le
t 3 8
COMPTES-RENDUS
sens est meilleur ainsi); no, 28 amie de cuer vrai, 1. ame de c. verai ; 112, 2
Ixd me vos, I. haies me vos (et corr. le glossaire).
C. ni, Garin le LoJxrain, fragment d'après six manuscrits. C. 114, 17
amentir, 1. a mentir; 115, 15 releins, 1. releis; 116, 16 pîevis au glossaire
est traduit par « pluviers », mais c'est impossible : le mot n'est que dans un
ms. et est une faute de copiste, lisez s. d. poucins; 119, 2 si comme s'en fuiet
ne peut aller dans une assonance en te et ne convient pas au sens, la leçon
de D (si com ot vermillie) est sans doute la bonne ; 1 20, 6 retentiet comme
parfait de retentir (bien qu'admis par M. Horning dans sa grammaire) est
suspect, mais je ne vois pas bien la correction; 18 esnes, 1. esvesz^eves; pour
rins 1. ritis; 121, 15 la bonne leçon doit être celle de A C D; 122, 17 U troi
chael en la perent asseis, l. lapèrent, ce qui amènera au glossaire l'intercalation
de laper et la suppression, à l'article paroir, du renvoi à ce vers.
C. 123, Le Couronnement de Louis, début d'après quatre mss. ; l'édition
de M. Langlois, qui va paraître, donnera un texte plus complètement
critique.
C. 131, Auberi le Bourguignon, épisode de Lambert d'Oridon, d'après
deux mss. de Paris. C. 134, 13 et 17 aceler, La celer (aceler doit être supprimé
du glossaire); 137, 4 suppr. le ? après laitier, que le glossaire traduit à ton
par « cruel », tandis qu'il signifie « paresseux ».
C. 141, Oger le Danois, v. 8201-8496, d'après l'édition Barrois collationnée
avec le ms. B.
C. 149, Samson de Nanteitil, version moralisée des Proverbes, texte dû à
M. Suchier, l'un des plus précieux morceaux du recueil.
C. 159, Wace, Geste des Norman^ III, 8731-9046, d'après l'édition
Andresen.
C. 167, Benoit de Sainte-More, Troie, v. u 549-1 1874, d'après six manus-
crits : d'après le travail de P. Meyer qu'on a lu plus haut, la constitution du
texte devrait se faire sur d'autres bases. C. 174, 10 s'il faut lire roe\ plutôt
qu'aq, je rattacherais ce mot à roïr plutôt qu'à rover comme le glossaire.
C. 183, Eneas, début, d'après cinq manuscrits. C. 184, 22 deus vaut
mieux que dis; 186, 4, 1. puis uni guarde devers seneslre ; 8, sivant, X.fuiâni;
188, 18 e, 1. ne; 191, 10 Troilus est la bonne leçon, pour le sens et la
grammaire, et si elle n'est que dans A elle prouve que B C D E sont de la
même famille; la même conclusion ressort du v. 195, 17-18; 196, 29 vinier
(que le glossaire traduit par « vigne »), 1. vivier ; 35 1. anceis (A).
C. 199, fragment d'Erack, d'après deux des trois manuscrits.
C. 209, début de l' Alexandre décasyllabique (imprimé avant le texte de
P. Meyer).
C. 215, fin du Tristran de Thomas; Bartsch n'a pas connu le second
manuscrit, imprimé dans le t. III de l'éd. Michel, ce qui enlève toute valeur
à son texte.
C. 221, fragment d'Erec, dont le texte a été constitué par W. Fôrster
d'après les sept manuscrits ; avant-goût de l'édition qui paraîtra bientôt.
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Bartsch, La langue et la litt. fr. du ix* au XIV e siècle. 139
C. 233, Cligès, v. 2707-5010, d'après l'édition de W. Fôrster, avec la
graphie du ms. A.
C. 241, Raoul de Houdenc, Songe d'Enfer, d'après l'édition de M. Scheler.
Cet éditeur a cru devoir modifier le v. 402 (Bartsch 243, 3) d'une façon bien
malheureuse, et qui appelle une petite digression. Il s'agit des chevaliers
d'enfer, qui, au dire du poète, venaient d'arriver en grandes troupes quand
il entra lui-même en enfer, et il remarque : Quand il passèrent a Vernon, Bien
parut a lor ehevauchiee, Quar dusquau chief de la chaitciee Péri toute Veglise a
val; il y a là sûrement une allusion à quelque ouragan qui avait détruit
l'église de Vernon, et qu'on attribuait au passage de la « mesnie Hellequin »
(voyez un pendant exact dans la pièce publiée ici par G. Raynaud, XII, 219);
M. Scheler a imprimé Avernon, pensant reconnaître là le fleuve Averne; *
Bartsch l'a suivi, mais il a changé Péri en Pert /, contre les mss. , ce qui ne
donne pas de sens. C. 246, 15, les mss. (si je comprends bien) donnent larsis
(Farsis), qui est excellent ; M. Scheler a corrigé à tort en farsis ; Bartsch a rétabli
larsis, puis, ne sachant comment l'interpréter, il est revenu à farsis à YErrata,
et l'a rattaché dans son glossaire au mot farsil, « ruse; » 248, 16, supprimez
l'alinéa et le point.
C. 249, Partonopeus de Blois, v. 4427-4686, d'après trois manuscrits.
C. 2 $ 7, Garnier, VU de saint Tfomas, mort du saint, d'après le Recueil de
P. Meyer.
C. 265, Dialogue de Grégoire, II, 9-15, éd. Fôrster.
C. 271, Marie de France, Bisclavret, texte de H. Suchier (conforme à
celui d'E. Warnke).
C. 277, deux tables de Marie de France et sa conclusion, d'après quatre
manuscrits. Dans les rubriques de la première, chevalier pour chat est
une faute bizarre qu'il n'aurait pas fallu emprunter au seul ms. qui l'ait. Au
v. 280, 26, il est bien sûr aujourd'hui qu'il faut lire Alvre\ et non Henris, que
donne un seul manuscrit.
C. 281, Renart, branche IV de l'édition E. Martin. Il est à remarquer
(mais je n'ai pas le loisir de le vérifier de près) que l'apparatus critique es
particulier et parait plus complet que celui de Martin.
C. 297, deux romances d'Audefroi.
C. 301, chanson de Maurice de Craon. Je ne comprends pas lou\ mi tal
(ou tel) au v. 301, 19, et le glossaire ne renvoie pas à ce mot.
C. 303, fragment de la Genèse d'Evrat d'après trois manuscrits; intéres-
sant. C. 303, 7, mettez un ? après clnnt; 305, 4, desloja de deslogier et non
desloia de deslier, comme dit le glossaire ; 306, 1 3 te deisse vaut mieux que
redeisse; 308, 37, (Tester^ 1. destor^ (et corrigez le glossaire en conséquence).
C. 311, chanson de prison de Richard I, d'après quatre manuscrits (il y
en a cinq). Il n'est pas exact de dire que cette chanson « existe aussi en pro-
vençal ».
C. 313, chanson de Blondel, d'après cinq manuscrits.
C. 317, fragment de Villehardouin avec l'appareil complet des variantes
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140
COMPTES-RENDUS
d'A B C D, ce qui pourra être utile en attendant une édition qui mette à la
portée de la critique toutes les leçons de ce texte si important.
C. 325, fragment des Sesnes, d'après A (éd. Michel), avec collation de B
et C. — C. 330, 14, il faut évidemment lire avec C de Rome et non de Rune ;
cette particularité et d'autres prouvent que A et B forment une famille.
C. 333, début de Girard de Vienne (258 vers), texte établi d'après les
cinq mss. par H. Suchier. La leçon de D semble préférable à celle des quatre
autres dans plusieurs endroits où il est seul.
C. 341, le Chevalier au Cygm (v. 6596-6814); collation de deux manus-
crits seulement.
C. 353, chanson de Colin Muset. C. 354, 11, lisez jause « gousse » et
non janse (voy. aux remarques sur le glossaire).
C. 353, chanson de Gace Brûlé. On va posséder, grâce à M. G. Huet,
une édition critique de ce poète.
C. 355, fragment des Assises de Jérusalem, d'après l'édition de Beugnot.
C 359, fragment intéressant des Usages de Bourgogne, d'après l'édition
Marnier. Col. 360, 21, mettez un point au lieu du ?; 361, 20, uns, 1. un;
35, seignors, 1. seignor; 362, 32, pour est ajouté à tort et il faut lire des-
loiauter; 43 dit, 1. dis.
C. 363, deux miracles de Gautier de Coinci, d'après six manuscrits.
C. 373, la Complainte de Jérusalem contre Rome, d'après deux mss.; Bartsch
n'a pas su que ce petit poème avait été publié avec les variantes des trois
manuscrits connus par E. Stengel (voy. Litt. fr. au Moyen-Age, § 108).
C. 381, trois chansons et un jeu-parti de Tibaud de Navarre, d'après de
nombreux manuscrits.
C. 387, La Violette, 338 vers, d'après deux des trois mss. connus. C. 390,
28, sa coin te, 1. sacointe ; 391, 9, au mains, 1. du mains; 392, 13, Alant, 1."
A tant.
C. 395, fragment du Chastiement des dames d'après deux manuscrits.
C. 399, fragment d'Aimeri de Narbonne, d'après deux mss. ; l'édition
Demaison n'avait pas encore paru.
C. 407, fragment du Roman de la Rose (v. 4406-4831), texte de Michel
collationné avec quatre manuscrits.
C. 421, fragment de Y Image du monde d'après deux manuscrits.
C. 429, fragment de Philippe Mousket (pourquoi Mouskè?) revu sur le
manuscrit. Col. 430, 25, la correction frère pour pere, suggérée par ReifTen-
berg, est fort inutile : Alardin était sans doute le fils d'un des sers tués par
Isembard ; 433, 2$, la leçon de ReirTenberg, adoptée par Bartsch, est, cette
fois, détestable : le ms. a fort correctement u il les sot.
C. 435, Eustace le Moine, v. 1-303, revus sur le manuscrit. C. 435, 32,
encamuder, il est visible qu'il faut lire encarauder (le glossaire explique enca-
muder par « mettre dans un piège, cïjamue»), c'est ingénieux; le malheur est
que charnue n'existe pas, non plus que mener il; ces deux mots, pris par
M. Godefrov à Sainte-Palaye, sont des fautes de lecture : voy. l'éd. Blaze du
Bartsch, La langue et la litt. fr. du ix e au XIV e siècle. 141
Roi Modus, f<> cxxvii r°) ; 33, enfant suer n'a aucun sens , r il faut lire
enfantosmer ; 4^7, 3, enfanmenta, 1. enfaumenta; 24, Ki ne seust, 1. Cui n'estent;
44, vohist, 1. volsist (faute d'impression) ; 439, aconsivi.
C. 443, deux morceaux de Rustebeuf ; l'édition Kressner n'a pas été utilisée.
C. 451, Coutume d'Amiens, fragment d'après l'édition A. Thierry.
C. 453, Enquête du Parlement de Paris (1250), d'après Boutaric.
C. 455, Etablissements de saint Louis, fragment d'après l'édition Viollet.
C. 459, Coutume d? Anjou, fragment d'après l'édition Beautemps-Beaupré.
C. 461, Légende de ThéopHle. Ce poème de 950 vers, inédit et à peu près
inconnu jusqu'ici, est un morceau fort curieux au point de vue linguistique,
sinon littéraire. Il se trouve dans deux mss. de la B. N. (fr. 423 et 818),
qui présentent tous deux des morceaux nombreux et divers, écrits ou copiés
dans une langue fort particulière. Il offre sur la plupart de ces morceaux
l'avantage d'être en vers et de nous donner par les rimes le moyen
d'étudier la langue avec précision. C'est une étude que je n'ai pas à
entreprendre ici, et qui sera faite assurément ; je me borne à dire que ce
texte abonde en faits singuliers, parfois même, au moins pour moi, surpre-
nants; plusieurs d'entre eux, même attestés en apparence par la rime,
doivent sans doute s'expliquer par des altérations du texte, et comme ils se
trouvent dans les deux copies, il faut qu'elles soient très étroitement
apparentées. Je me borne à signaler quelques leçons qui me paraissent devoir
être redressées dans l'édition très méritoire de Bartsch. C. 465, 11, enfan-
tante A, enfamtorne B, enfant torne éd., ce qui n'a pas de sens, 1. évidem-
ment enfantomé ou enfantosmé (ce mot porte malheur à l'éditeur, voy. ci-
dessus); 468, entre 16 et 17, j'admets une lacune; 469, 26 venues A,
zr sites B : malgré la rime (geunes), je préférerais la leçon ve^Mes ou
itgilies (le glossaire explique vc\ue par « vue », mais la forme est bien
suspecte, et le sens ne convient pas); 470, 17, virgule après conoistre et ? à
la nn du vers, et 23 et 24, une virg. après chai tes et un ? après espris (au
lieu d'es fris); 476, 15, 1. de loi lor pechie\ pardun orent ; 481, 26, abandon,
1. a bandon (et corrigez le glossaire).
C. 489, lai d'Aelis déjà imprimé dans Wolf, Ueber die Lais, p. 477. C. 489,
30, fait, 1. fai (en ajoutant : à la fin du v. 29); 491, 7, si, 1. j7; 9 aordre,
1. avec Wolf a ordre (et supprimez le mot au glossaire).
C. 491, $5, chansons de Gilebert de Berneville, Cuvelier, Gautier de
Dargies, Adam de Givenci, André Contredit, Colart le Botillier, Guillaume
le Vinier, Jehan Erart. C. 499, 10-11, 1. Mais nient plus k'a cime fainte A
vive comparaison ; 26, rentes, 1. sente avec B.
C. 511, deux pastourelles.
C. 513, Sottes chansons, prises du ras. Douce 308; le titre est dans le
manuscrit, mais ne convient guère à la plupart de ces jolis couplets, d'un ton
à demi populaire.
C. 517, chansons anonymes. C. 520, 15 Verey (le glossaire traduit par
a hérétique »), 1. Lerey (Léry, cant. de Saint-Seine, Côte-d'Or) ; 521, 29,
havax, 1. harnax (et su pp. Jxivax au glossaire).
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142
COMPTES-RENDUS
C. 523, Le jeu de Robin et Marion en entier d'après les deux mss. de Paris ;
Bartsch n'a pas connu l'édition Rambeau (1886). C. 524, 14, nul ane, 1.
mile avec A (on voit par le glossaire que l'éditeur n'a pas mieux compris que
Marion la question du chevalier); 532, 3$, porte , 1. porche; 533, 39, deux
points après nenil ; 541, 15, deux points après musete; 542, 9, nois, 1. pois ;
543, 2, Bailves, 1. Battues.
C. 547, « apostrophe de Tâme au corps ; » c'est le début du Dit du Cors, ,
d'après le ms. de Mayhingen, mais comme il existe plusieurs copies de
ce poème, le texte manque d'autorité.
C. 5 s 3, lai d'Ignaure, complet, revu sur le manuscrit. C. 557, je lirais
loiaus au v. 4, plutôt que laiens au v. 3 ; la restitution du v. 557, 18 est peu
probable, la leçon du ms. étint excellente: je lirais plutôt au v. 17 /lors de
Bretaigne (barnage vient du v. 35, cf. d'ailleurs 558, 13); le v. 32 est
altéré; au v. 34, l'interversion est bien inutile; 558, 37, 1. s'ait çlxtseune; 38,
1. du fol outrecuidiê ; 560, 16, premier ; 28, ms. trop estes drufeus, éd. trufus,
mot forgé assez malencontreusement, 1. trop es dur f eus ; 29, 1. conmentle
n'estes vos; 561, 15, ms. el destrier dequilanche, c.-à-d. d' Aquilanclje (pour
Aquilee), l'éditeur corrige d'equitancbe et traduit ce mot au glossaire par
equestris dignitas ; 22, 1. quant els Voent, chascune pleure (cbasque, introduit ici
et plus haut, est inadmissible); 562, 31, ms. /* lechiere ja la, Bartsch corrige
la en lait, ce qui donne un sens très obscur, il n'y a qu'à imprimer i ala; 563,
1$, une, 1. uns; 564, ponctuez au rebours les v. 5-6; $66, 8-10, supprimez
les guillemets fermés et rouverts et le point après vassal, et lisez prendons
pour prendre-, entre 24 et 25, il y a une lacune, ce qui permet de conserver
ot au v. 2$ ; 567, 16, ms. son grant barnage, qui ne rime pas, B. barneclx,
qui ne peut être masculin, plutôt corage au vers 17; v. 21, remplacez le
point par une virgule, et lisez v. 22 que nous avons mangie; point après 43 et
virgule après 44; entre 568, 7 et 8, il y a une assez longue lacune, où com-
mençait la description de la « chaîne » qui tient le poète attaché ; 11, s'i, 1.
si ; 16 est altéré; 17, tien ; 26 génie, corr. gresle.
C. 659, fragment de Blancandin. C. 570, 20, l'ambre, 1. lambre (voy. les
remarques sur le glossaire).
C. 575, début de Humbaut, appelé au titre (comme dans le ms.) Gunbaut ;
texte fourni par W. Fôrster. C. 578, 31, il n'y a pas de lacune, seulement
il faut lire : Car ses roiautnes est allues, « est alleu », c'est-à-dire ne dépend
de personne (le mot est très inexactement rendu au glossaire par « fief ») ;
au v. 36 je lirais çou est mes preus, ce qui dispenserait encore d'admettre une
lacune; 580, 21, l'os tel, 1. los tel ; v. 23, je corrigerais loist plutôt que laist ;
40, on peut ne pas admettre de lacune ; 581, 3 enpris, 1. en pris; $82, 3, la
conjecture voul pour vous est inutile : vous est traduit assez exactement au
glossaire par « bourrelet », ce qui convient fort bien ici; 18-20, j'interver-
tirais les deux signes de ponctuation.
C. $81, fragment de la Mamkine.
C. 587, fragment du Coutumier de Beauvoisis.
Bartsch, La langue et la litt. fr. du ix e au xiv* siècle. 143
C. 589, fragment du 7V«or*de Brunet Latin d'après trois manuscrits.
C. 595, début des Enfances Ogier d'Adenet, d'après quatre manuscrits;
l'édition Scheler paraît avoir été consultée quand le texte était constitué.
C. 601, la PaUnôtre du vin.
C. 603, le Dit de la Rose. C. 604, 18, intervertir les signes de ponctuation ;
607, 22 afiercevemenl (qui est un substantif et non un adverbe).
C. 609, les Deux bourdeurs ; il aurait fallu consulter aussi le ms. de Berne ;
ce petit poème si curieux attend une édition complète, critique et commen-
tée; je m'abstiens ici de remarques de détail.
C. 617, les Tresses, version du t. IV de Montaiglon-Raynaud. A cette
édition est empruntée une des rares notes du volume : « Richaut est prise
comme type de courtisane » ; non, mais d'entremetteuse.
C. 627, Les trois aveugles, d'après l'édition Montaiglon-Raynaud.
C. 637, fragment des Institutes, d'après l'édition Giraud.
C. 641, histoire d'Hermaphrodite, dans Chrétien Le Gouais, d'après trois
manuscrits seulement.
C. 651, début de Joinville.
C. 657, De T hypocrisie des Jacobins, de Jean de Con4é, d'après l'éd.
Scheler, revue sur les manuscrits. Col. 662, 1, suppr. la virgule après
despourivu, ce qui dispense d'admettre au glossaire un infinitif despourveoir
fort suspect.
C. 663, dit du Fol ménestrel de Watriquet, d'après l'éd. Scheler revue sur
le manuscrit. C. 663, 14, 1. mesdisan^; 664, 20 a" autrui.
Tel est ce recueil, riche assurément et présentant plus d'un morceau
inédit d'un grand intérêt. Il serait difficile de dire l'idée qui a présidé à la
composition, et ce ne sera pas faire tort à Bartsch que d'y voir un simple
supplément à la Chrestomalbie. Le système suivi et la commode disposition
typographique sont les mêmes, et en réunissant les deux recueils on a un
choix extrêmement abondant, bien fait, et où ne se feront sentir que peu de
lacunes graves, dans ce que nous a laissé l'ancienne littérature de la France.
Le glossaire, auquel j'arrive maintenant, est fait aussi sur le même plan
que celui de la Chrestomathie (sauf que l'auteur a supprimé la traduction
allemande des mots). Il présente les mêmes qualités et les mêmes défauts. La
grande qualité qui le recommande, et qui n'est pas un petit mérite, c'es
qu'il est complet : Bartsch a relevé scrupuleusement tous les mots qui
figuraient dans ses textes, qu'ils soient tombés en désuétude ou qu'ils soient
encore en usage 1 ; des glossaires de ce genre rendent autant de services
qu'ils coûtent de peine, et Dieu sait quel long et patient travail ils repré-
sentent. Celui-ci ne remplit pas moins de 226 grandes colonnes, et l'on y
trouve bien peu d'omissions ; joint à celui de la Chrestomathie, il forme vrai-
1. Il a omis les noms propres, ce qui est regrettable.
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4
144
COMPTES-RENDUS
ment un très riche répertoire. Les mots sont» rangés sous la forme la plus
voisine du français normal, qu'ils l'aient ou ne l'aient pas dans les textes du
recueil, avec des renvois qui m'ont paru en général suffisants et bien
entendus. Leur étymologie n'est pas donnée, et elle n'était nullement néces-
saire. Ils ne sont pas traduits dans tous les sens qu'ils peuvent avoir, mais
seulement dans ceux qu'ils ont dans le recueil, et cette restriction encore
est pleinement justifiable. On peut déjà faire plus d'objections au système
de traduction, trop bref, trop absolu, et qui ne fait pas assez pénétrer
dans la plénitude du sens. Dans la confection même de la liste, il y a,
comme on l'a vu par les observations présentées plus haut, bien des erreurs
à redresser par suite de la constitution défectueuse des textes, qui a fait
insérer au glossaire des mots ou des formes qui n'ont jamais existé. Mais
c'est surtout l'interprétation qui prête à une critique parfois sévère. J'ai
déjà eu l'occasion de dire ici comment Bartsch composait ses glossaires : il ne
prenait pas le temps de faire des recherches un peu étendues (et il faut dire
que s'il l'avait pris, il n'aurait sans doute jamais mené à bonne fin des
ouvrages aussi considérables et aussi utiles que ses ouvrages élémentaires) :
il se fiait à sa rare intelligence, à la connaissance de la langue que lui avaient
donnée tant d'années de lectures et de copies ; il traduisait souvent d'après le
contexte, et n'évitait pas, à côté de rencontres fort heureuses, des malen-
tendus parfois énormes. Comme beaucoup de grands travailleurs, il s'in-
quiétait médiocrement des travaux des autres, et il ne prenait pas toujours
la peine de recourir à des sources d'information tout indiquées. De lâ, dans
ce glossaire, comme dans celui de la Cbrestomatbie, peut-être plus encore,
des erreurs trop nombreuses, qui sont d'autant plus fâcheuses qu'elles se
trouvent dans un livre destiné aux étudiants et qui doit leur inspirer une
entière confiance. J'ai lu d'un bout à l'autre le glossaire du présent volume,
et j'y ai relevé un grand nombre de fautes. Je donne ici l'indication et la
correction sinon de toutes, au moins de la plupart de celles qui m'ont
frappé, en laissant de côté celles qui ont déjà été signalées plus haut, et en
ne m'attachant pas aux traductions d'une exactitude approximative ou
incomplète. Cet errata pourra servir à celui qui voudra donner une nouvelle
édition du livre, et n'être pas sans utilité pour la science, encore hésitante
en bien des points, de la lexicographie française
Aaisc, à supprimer; il faut lire a aise. — Accersis, « chariot », est plus que
douteux ; B. lui-même (c'est presque la seule fois) a mis un point d'interroga-
tion ; le passage est sans doute altéré. — Acontage, « conte, récit », non, mais
« évaluation ». — Acordouer, « se réconcilier » est vraiment comique; açor-
i. Cet errata avait été fait loin de tout livre; je l'ai revu depuis en le com-
parant au Dictionnaire de M. Godefroy, et j'ai constaté que Bartsch avait
emprunté à cet ouvrage, avec beaucoup de bonnes interprétations, un grand
Bartsch, La langue et la litt. fr. du ix c au xiv e siècle. 145
Jouent au passage cité est un subjonctif (d'acorder) de la classe de ceux qu'a si
bien étudiés A. Mussafia. — Sans ademet^e, au passage cité, est peu clair et peut-
être altéré; mais en tout cas ce passage ne peut prouver qu'ademettre ait
jamais signifié « omettre (emprunté à Godefroy). — Adroit est donné
comme adverbe avec une citation fausse, ce qui ne permet pas de vérifier.
— Afronter ne veut jamais dire « faire rougir » (God.) ; au passage cité, il
signifie, comme ailleurs, « aborder de front ». — Suppr. aguarder, il faut a g.
(comme a celer et non aceler, ce que B. a reconnu). — Sous aidier j'aurais voulu
voir aideise, 467,23, et savoir quelle forme verbale il faut y reconnaître. —
Allé ne veut pas dire « multitude » (God.), mais « action d'aller ». — Algier
me semble aujourd'hui définitivement condamné au profit d'atgier. — Sous
aloer figure douer ', 367, 1, par une singulière méprise, voy. ci-dessus, p. 133.
— Ambre dans dont li pavemeus fu de V ambre est une faute reconnue depuis
longtemps pour lambre (et que M. Godefroy a cette fois évitée). Le
sens du mot lambre, il est vrai, n'est pas facile à déterminer, aucun des
passages où il figure n'étant plus explicite que celui-ci. Diez y voyait le
primitif de lambris et le tirait de lamina, mais les deux choses sont
inadmissibles. Lambris, anciennement lambrois, lambruis, est évidemment
•larabruscum de lambruscare = labruscare. D'autre part,
lamina ne peut donner lambre, mais seulement lame; d'ailleurs lambre
est masculin (v. Godefroy). Le sens paraît être « dallage en pièces de
marbre » ; l'étymologie reste à trouver. — Arestoel, « entaille de l'épée ou
de la lance » (abrégé de Godefroy), 1. « bout de la lance opposé à la
pointe ». — Ariver, « arriver », 1. « aborder ». — Arouter, « mettre en
route », 1. « mettre en troupe ». — Asseur, « sûr », 1. « sûrement, en
sûreté ». — Assomer, au premier passage invoqué, signifie non « assommer »,
mais « accomplir ». — Aterrer, « atterrer », 1. « jeter à terre ». — Atirier,
« malmener », 1. « arranger » là comme ailleurs. — Aumacor, « émir,
gouverneur », c'est plus que cela : « roi, prince sarrazin ». — Aufage ,
« seigneur, intendant » ; ce sens n'est guère admissible ; je crois le mot
altéré dans le passage invoqué. — Aveniage, « action d'avenir, de parvenir »,
n'existe pas : ce n'est qu'une autre forme (S'avantage.
Baloi, « petite monnaie [de Bâle] » ; la vraie forme est baslois. — Besco^
(en), a en lançant », c'est sans doute plutôt « obliquement, en travers » (cf.
bescochier; besco\ manque dans Godefroy). — Beter n'est pas « battre, fustiger »,
mais « faire attaquer par des chiens » . — Better dans S. Brendan est bien
douteux. — Bliaut, a étoffe de soie, robe de cette étoffe 1 » ; c'est une erreur
provenant d'une confusion avec le sens de l'ancien ail. blialt : bliaut ne veut
jamais dire une « étoffe » quelconque, et il désigne non une robe, ni une
blouse (God.), mais une tunique ajustée. — Boche, « poche » ; point du
1. Dans la Chrestomatbie « étoffe de soie et d'or ».
Remania. XVUï. IO
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146
COMPTES-RENDUS
tout : c'est tout simplement boce : les provisions qu'apporte Peronnele lont
des bosses sous son vêtement (M. God. voit ici dans boches, avec aussi peu
de raison, une forme de bouges). — Bochel, « gorgée » ! C'est le français bocel,
« broc ». — Borreî, « bureau », 1. « garniture, bourrelet ». — Bougre signifie
« hérétique » bien plutôt que « sodomite » ; ce sens du mot ne remonte
pas, que je sache, aussi haut ; d'ailleurs, les sodoraites sont mentionnés à
part, plus loin (la sauce parisee, que B. n'a pas bien comprise, non plus que
MM. Scheler et Godefroy, est simplement une allusion à une récente combus-
tion d'hérétiques à Paris). — Bruit a donné lieu à une plaisante méprise de
M. Godefroy, reproduite ici : il est traduit par « bouton de fleur » à cause
de ce vers de Beaumanoir : dans h saison Que h beîe rose est en bruit y mais
est en bruit signifie simplement « est en vogue, est dans son triomphe (le
h uit 1 de Godefroy est la môme chose) » . — « buste du corps » ; il
serait bien temps de renoncer à cette traduction qui remonte à une étymo-
logie abandonnée, et de donner à buc> bu, le sens qu'il a réellement : « tronc
du corps ». — Bugîe, « jeune bœuf », 1. « buffle » (Godefroy donne les deux
traductions, B. n'a pris que la mauvaise).
Cembelel (la leçon est d'ailleurs douteuse) est rendu par « saut » ; ne
serait-ce pas plutôt « retour offensif »? — Cendal et cendé, « demi-soie »,
je ne sais sur quelle autorité. — Cengle est rendu par « ceinture », et une
autre fois par « enceinte » ; ce sens, qui paraît justifié, étant assez rare, il
n'est pas inutile de rectifier le renvoi : 1. 196 (Entas) au lieu de 19. —
Chacelot, « poursuite », est bien peu vraisemblable; le passage allégué est
très obs</ur, et le mot est probablement un nom propre. — Cfjamberins,
« chambrière » ^d'après Godefroy), est inconcevable : 1. « chambre ». —
Cbaruin, « réservoir pour la chair », est encore un curieux malentendu :
Wistaces desfist Je carnin (et non ch.) signifie : « Eustache défit l'enchan-
tement » (v. Godefroy, carnin). — Une bière chi>aleresce n'est pas une
civière « de chevalier », mais une civière « portée par des chevaux »;
chevauclxure ne signifie pas « harnais », mais « monture » (v. Godefroy). —
Chlai est traduit par « orage » (d'après Godefroy), ce qui est tout le
contraire du sens voulu, attendu qu'il s'agit d'un calme plat ; il faut <7âj/{,
comme porte d'ailleurs le 2 e manuscrit (de Tristan, non consulté). —
Cifoniey « espèce de tambour », assurément non, bien que ce nom ait
désigné diverses espèces d'instruments; l'explication est empruntée à
Godefroy. — A l'art, coin te, suppr. « intime », car au passage cité il faut
lire s'acointe. — Coispel, « garniture au bout du manche d'un couteau »,
cette singulière traduction est empruntée à Godefroy ; dans le passage cité,
coispel signifierait plutôt « boucle de ceinture ». — Au mot corropt on ren-
contre, ce qui est bien rare, deux interprétations : « corruption » ou
1. De même dans la Chrestoinathie.
Bartsch, La langue et la litt. fr. du IX e au XIV e siècle. 147
« courroux » ; c'est sûrement la seconde qui est la bonne. — Covertement,
« déguisé », 1. « d'une manière déguisée, cachée ». — Covoile, il faudrait
covoitie, d'après le système suivi. — Cretis est traduit par « crête » dans le
passage suivant : jupes et grailles cretis (var. creti\, crespit, cris) I avoit muU
et de soie; je ne comprends ni le texte ni la traduction. — Croteus, a croû-
teux », non, mais « crotté, sale ».
Daai est renvoyé à dehait ; c'est une erreur : il appartient à dehè. — Daintiè,
« plaisir, agrément », 1. « mets délicat ». — Debreter est traduit à l'aventure
par « tomber dans le piège » ; Stengel lit s'endebrete pour s'en debrete, ce
qu'a admis Godefroy. — Defiesable ne signifie pas « décroissant », mais,
comme defectibUis, « sujet à manquer. » — Delitos, « coupable », 1.
« voluptueux » (God. ne fait pas cette faute). — Deluer, a cesser de luire »,
traduction ingénieuse d'après le contexte, mais deluer signifie « retarder »
(voy. Suchier, glossaire de Beaumanoir) ; au deluer est une locution que je
n'ai pas rencontrée ailleurs et qui doit vouloir dire « tard ». — Denrée a trois
traductions : « denier (d'après God.), argent (au plur.), denrée » ; les deux
premières sont imaginaires ; on sai que denrée est « ce qu'on a pour un denier »,
et cela convient parfaitement aux passages allégués. — Dentro que, « autant
que », 1. « tant que ». — Desafrer, « priver de l'orfroi », et de môme safre,
« garni d'orfroi » ; je ne sais sur quoi se fonde cette traduction , donnée par
Godefroy ; le sens de safrè n'a pas encore été bien établi. — Desafuble, « qui a
enlevé son vêtement » (Godefroy), non, mais « son manteau » ; Iseut ne court
pas les rues de Carhaix toute nue, et Cligès n'est pas devant l'empereur « sans
vêtement ». — Desfaé, « malheureux » : assurément ce mot semble par
sa forme se rattacher à fatum plutôt qu'àfidem (car on ne trouve que
rarement desfeé) ; mais il ne s'applique guère qu'aux « infidèles », et il a
été sans doute interprété comme se rattachant à fidem; la traduction est
donc inexacte. — Desloiautement ne signifie pas du tout « perfidement » ;
c'est le substantif de desloiauter, qu'il faut insérer au glossaire (voy. ci-
dessus, sur 363, 33) et qui signifie ici « récuser ». — Entre autres sens
attribués à desroi figure celui de « dommage », qui est à supprimer, comme
le montre le passage invoqué. — Dévier, « s'en aller, tuer, mourir » ;
le premier sens n'existe pas et suggère une fausse étymologie 1 ; le dernier
convient à tous les passages cités. — « Diva , va dire a », 1. di va ,
« allons, dis ». — Done, « jeune dame ». Il résulte clairement du passage
où figure ce mot qu'il signifie là tout simplement « don, action de donner »
(l'erreur vient de Godefroy).
Embroier, « plonger dans la boue » ; c'est embraiier qui a ce sens ;
embroier paraît signifier « enfoncer » (ici quelque chose comme « piquer »
en terme de cuisine). — EmbroncJrie, « triste, affligé »; ce sens s'est en
1 . 11 se retrouve, et seul, dans la Chrestomathie.
2. De même dans la Clrresiomathie.
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COMPTES-RENDUS
effet développé, mais primitivement et dans le passage allégué s'embronckier
c'est « baisser la tête en se cachant la face ». — Encorir, « fuir, poursuivre,
attaquer » ; aucun des trois (et Ton se demande comment le sens de
« s'enfuir » peut convenir au passage allégué, proverbe souvent cité : Tel
ne pèche qui encort ; il est vrai que B. écrit pesche et traduit en conséquence,
mais alors il est impossible de deviner ce qu'il a pu comprendre) :
encorir ne peut se traduire exactement en français moderne; il veut dire
à peu près « recevoir un dommage », et subsidîairement « une peine », d'où
« expier » (l'art, de Godefroy sur ce mot confond encorir et en corir). —
Encortiner, « garnir de tapis », non, mais « de courtines » (il s'agit d'un
lit); d'ailleurs la bonne leçon est ici avironer. — Enguarde, « sentinelle »,
1. « avant-garde ». — Enmener n'existe pas à cette époque, non plus que
entorner, 1. en mener, en torner. — Ennuit, « de nuit », 1. « cette nuit » (le
renvoi est fautif : 165, 6 et non .3). — Le renvoi d'enseigne avec le sens
d' « enseignement » est erroné et appartient à enseignement. — Ente, « arbre
nouvellement greffé, branche » (God.), suppr. « branche ». — Entechier,
« attaquer » ; dans les trois passages allégués, il n'a pas d'autre sens que
dans bien enteclné, c'est-à-dire « douer de telle ou telle qualité ». — Entregiet,
« coup d'une arme de jet » ; singulière idée de Godefroy : c'est un coup
d'escrime. — Entreseit ne veut pas dire « sans détour 1 » ; le sens en est
parfois un peu vague , mais cependant il se ramène à peu près toujours à
celui de « décidément » (au 2 e renvoi, 1. 129, 25). — Enval, « bon à vêtir ».
Le texte est : Bien J'u vestus d'uns dras envaus, et on voit le système, vrai-
ment trop commode, de traduction; mais pourquoi enval n'aurait-il pas
son sens ordinaire de « égal, uni? ». Godefroy voit ici envous, mais c'est
douteux à cause de la rime. — Envol tir, « voûter » ; dans le vers cité
tfAimcri la leçon est mauvaise (v. l'éd. Demaison), et le mot est à retran-
cher. — Error dans les deux sens donnés est le même mot. — Escambot,
« instrument de musique » ; le seul passage où ce mot figure est ce vers des
Deus Bordeors : Bien sai jouer de F escambot, de là la traduction de Godefroy ;
mais d'après le contexte il est bien plus probable que Yescambot est une sorte
de boas tel ou de « gobelet », et que jouer de T escambot répond à l'esp.
escamotar repris au xviii* siècle par le français (cf. lang. gasc. escamboutà). —
Escharpe, « écharpe » ; le mot moderne a changé de sens, le mot ancien
signifie « gibecière ». — Esclavine, « étoffe velue, robe faite de cette étoffe »
(Godefroy); non, mais « vêtement velu à la mode slave ». — Esculer,
« aller par secousses » ; ici c'est une simple graphie pour escoler, « couler,
glisser ». — Esligier, « vendre, liquider », 1. « payer ». — Esmai, « émoi,
chagrin », plutôt « découragement, défaillance ». — Esne—ewe? mais il faut
lire esve (voy. ci-dessus). — Esncier, « enecare » ; cela n'a aucun sens dans le
contexte et est d'ailleurs erroné : esneier signifie « nettoyer » . — Espart, 1. espars.
1 . Même erreur dans la Chrestomatbie.
Bartsch, La langue et la litt. fr. du ix e au m* siècle, 149
— Esraelie, « israélite, sorcière » ; encore une explication donnée tout à fait
au hasard ; esradie est bien probablement « éraillée ». — Esseller, « ranger » ;
je ne vois pas comment ce sens' convient au contexte, et je crois le mot
altéré. — Estait, « dépouillé du lard ». Cette bizarre explication est prise
à un article de God. qui concerne un autre mot. Il s'agit dans le texte d'une
a vieille jument estaie ». Estatf signifie « qui n'avance pas, qui reste en
place »; à cause $ estais, on a dit estai, d'où un fém. estaïe; tous ces
phénomènes sont bien connus. — Estaler, « s'arrêter » ; voy. ci-dessus, p.
131. — Exaudir, 1. exodir.
Faunier, v. feinter; cette forme peu heureusement supposée ne saurait rendre
raison de faunier, faunoier, qu'on ne trouve jamais écrit feunier ni même
feaunier. — Fautre, v. feutre ; ce sont deux mots tout différents ; le premier
répond à l'ail, fait, le second à l'ail, filt. — Flautner, il faut sans doute lire
flanmer. — Fletir, « flatir » ; d'abord fia tir n'est pas du français moderne ;
ensuite flttir paraît beaucoup plutôt venir de flectereet répondre à « flé-
chir ». — Foet, « fouet » ; impossible de faire rentrer ce sens dans le
contexte ; le mot paraît sûr, mais il est inexpliqué. — Foimenti ; le texte
allégué a foimentie; c'est une forme qui devait être conservée. — Forer,
« percer, piller » ; c'est ici une des erreurs les plus étranges du glossaire.
Le vers à y Aimeri est : Cant fat pris Nobles et retenu fore; on reconnaît
naturellement tout de suite qu'il s'agit du fameux Foré ( ou Fourré), roi de
Nobles, sur lequel on peut voir la note de M. Demaison dans son édition. —
Forgesir, « tromper », mais d'une façon toute particulière, comme l'indique
Godefroy ; il s'agit des femmes qui trompent leurs maris en couchant avec
d'autres hommes. — Frape, « piège », traduit d'après le contexte (Godefroy);
mais précisément parce qu'au vers suivant on dit que Renard est pris au
piège, ce n'est pas ce qu'exprime le vers où l'on dit qu'il est en maie frape.
— Frapier, « fuite » ; cette traduction est bien douteuse ; le sens de la
locution se vietre au frapier est sûrement « s'enfuir, détaler », mais ce que
veut dire au juste frapier, je ne le sais pas. — hraresche et fraresclner sont
des termes de droit fort précis, rendus ici d'une manière fort vague ; il
faudrait pour les éclaircir des recherches que je n'entreprends pas. — Le
second renvoi de f rentier doit être reporté à frémir.
Gain, « regain », dans la locution fromage de gain ; c'est plutôt « automne ».
— Gisier, « gosier », 1. « gésier ». — Graver, « graver » ; le contexte est :
Lor fèves furent trop salées, Que il orent mengie gravées ; que peut bien signifier
ici la traduction ? Deux mss. donnent crevées ; peut-être gravées veut-il dire
« fendues ». — Guignier, seconde citation, 1. 648, 19, pour 642, 13.
Hape veut dire « crochet » et non « hache » (voy. Godefroy). — Here,
« train, équipage », 1. « mine » (Godefroy)- — Herne, « défaut, reproche » ;
le second mot est de trop. — Huve, « houppe, coiffure » ; « houppe » n'a
rien à faire avec huvt, qui est l'ail, baube et signifie « coiffe, bonnet ».
fambeter, « culbuter », 1. « remuer les jambes, gigoter ». — Janse, « oie
sauvage, canard » ; mais c'est jante qui a le sens d' « oie sauvage (non de
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COMPTES-RENDUS
« canard ») ; il faut lire ici jause et non janse : la jausc (ou jaucé) aillie est
une sorte de sauce à l'ail. Il est vrai que dans ce passage, et dans trois autres
textes, M. Godefroy donne janse, jance ou gance, d'acord avec les éditeurs
(sauf dans Renart coroné, où l'édition Méon, qu'il n'a pas consultée, porte
correctement gause > v. 603) ; mais c'est visiblement le même mot que jauce
ou jause, qu'il donne plus loin comme un « abus de la rime » pour jaune ; quant
à janse, il le rend bien par « sorte de sauce 1 ». — Jeussimes, « jussimus »,
dans le prologue des Institules; la comparaison du latin aurait montré que
cette invraisemblable explication est fausse, et qu'il faut lire luismes (legimus).
Langoute, « langouste », 1. « sauterelle ». — Lanier, « cruel », 1. «.lâche »
et aj. la citation de 137,4 (voy. ci -dessus) ; B. aurait-il rattaché le mot
à lanio? — Latimier, « savant », 1. «1 interprète ». - Laver, lever; grosse
erreur : lever n'existe pas au sens de laver; Ye de lèvent — lavant est
régulier et dû à l'accent ; ce sont des choses aujourd'hui élémentaires. —
Lige, « [obligé par serment 2 » ; c'est , comme on sait, tout le contraire :
lige (ail. ledig) signifie « libre de tout engagement (autre que celui
que l'on contracte) ». — Lioine, « léonin » ; ce mot précieux et jusqu'à
présent unique méritait d'être examiné avec plus de soin : il peut signifier
« rime léonine » (P. Meyer), mais non « léonin » ; il était bon d'ailleurs de
ne pas omettre la leçon leoitte du second manuscrit. — Loeme (var. loesme)
487, 34 (Théophile) est oublié ; c'est cependant un mot intéressant, répon-
dant au pr. laudeme ou lau\isme; il manque dans Godefroy. — Loichart,
« louche », traduit à la devine. — Luteer, « baigner » ; il faut lire bakier (God.
admet également le mot en traduisant par « purifier »).
Mairier, « maîtriser » ; c'est une traduction bien insuffisante, mais pour
la compléter il faudrait toute une dissertation sur ce mot. — Margari,
« sauvé à la mauvaise heure ». Il est évident que Mousket ou le poème
qu'il suivait attribuait ce sens accessoire au titre de margari donné à Isembart ;
mais proprement ce mot signifie « renégat » (voy. Rom., XIV, 418). —
Matir, « confondre, tuer » ; comme au passage allégué (Complainte de Jéru-
salem, v. l'éd. Stengel), le sens exige qu'on lise « m'atir », le mot est à rayer
du glossaire. — Madelin, « vaisseau à boire », traduction vraiment trop
commode. — Mesamer est le même mot que mesaesmer, comme Ta reconnu
Godefroy. — Moi, « tas », non, mais « mesure » (v. God.). — Moiclx,
« mouche » ; cela n'aurait aucun sens dans le passage cité ; moiche est une
forme dialectale de mèche (cf. God.). — Mou% multum, comme substantif,
voudrait dire « majorité » dans ces deux passages de la Coutume d'Anjou :
Lors doit Ten reguarder devant qui la bataille fu jugiee et par quel gen% et de quiex
moui Et se contenu est des mo/q de la bataille. Que signifierait ici
« majorité »? On pourrait croire qu'on a là une forme du latin modum,
1 . A partir d'ici le dictionnaire de Godefroy paraît avoir manqué à Bartsch
2. « Obligé » dans la Cljrestomathie.
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Bartsch, La langue et la litt. fr. du ix 6 au XIV e siècle. 1 5 1
et que moui signifie « manière » (voyez la suite du second passage : et si
contenu est des mou\ de la bataille, que H uns die que ele fu jugée en une manière
et autre en autre maniéré). Mais M. VxoWtX t (Ètabl. de S. Louis, t. III, p. 127)
interprète ici moui par « mots », que le rapprochement de passages juridiques
analogues rend très vraisemblable. Aîune, « aide », 1. « largesse, libéralité ».
Naie, « non 1 » ; il aurait fallu préciser davantage le sens de cette locution.
— Noient, « vilain », c'est peu exact : un noient est un homme qui ne vaut
rien, qui est digne de mépris» — Noveler, « se renouvelant » ; il n'y avait
pas lieu de reconnaître ici un mot distinct de nevelier, qui a le sens à la fois
de « diseur de nouvelles » et de « ami de la nouveauté, changeant » (v. God.).
Paelete, a palette à jouer ». C'est dans une pastourelle de Jean Erard : deux
bergers, Robin et Guiot, ont suivi Marion, qu'ils aiment tous deux, le long
<f un bois ; elle les aperçoit, et chante une chanson : Robins et Guios ont oi Le
ton de la brunete; Cil qui plus a le cuer joli Fet meu% la paelete. Que pourrait
bien signifier ici une « palette à jouer? » Faire la paelete est une locution qui
se retrouve chez Gautier de Coinci (voy. God.) et qui paraît signifier « se
livrer à une joie abandonnée », sans que d'ailleurs on voie le sens propre de
la métaphore. Mais paelete à coup sûr n'est pas ici une « palette à jouer »,
car palette est le diminutif de pelle pal a, et n'a jamais eu quatre syllabes, au
lieu que paelete (d'où la palette du chirurgien) est un diminutif de paele
patella; M. Godefroy, à l'art, palete, confond à tort ces deux mots, que
Littré a distingués avec raison. — Paire, « pair, paire »; suppr. le premier
mot. — Parcbe, « parchemin. » Il faut avouer que ce serait là une bien sin-
gulière apocope. Le passage est embarrassant. Evrat dit : Or est issu% froe de
Tare)*, Si con gel truis escrit el parcbe. M. Godefroy ne donne pas le mot, et je ne
l'ai rencontré nulle part. Le mot parge, « espèce de cuir basané » (voy. God.),
pourrait à la rigueur convenir, mais il est féminin, de même que parge —
pagina que j'ai rencontré une fois (Ren. Contre/. B l , 12 c). Parch reste donc
fort obscur ; l'explication de B. ne serait vraisemblable que si on avait dit en
roman pergamum pour pergamenum, mais je ne vois aucune trace d'un pareil
emploi (pergam, pargam, donné par divers auteurs comme languedocien , ne
paraît pas exister réellement). — Part, 477, 12, n'est point « partie »; part
ici est pour parc, et c'est peut-être la leçon même des manuscrits. — Paumoier,
« jeter, brandir; » supprimez le premier mot. — Pelain, « pelage, défaite ».
La première traduction (donnée aussi par God.) est inexacte, pelage se ratta-
chant â poil et pelain à pel; la seconde est tout à fait fausse : être en mal
pelain est une locution métaphorique qu'il faut expliquer dans son ensemble
(voyez dans God. de nombreux exemples). — Peler, « perdre le poil », 1. ôter.
— Piétaille, « piéton », 1. « ramas de gens de pied. » — Ploviner, « pleuvoir » ;
le mot plouviner, quoique omis dans les dictionnaires , est encore employé ; il
1. Dans la Qneslom. naje, « non ».
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152 COMPTES-RENDUS
se dit d'une pluie fine et lente — Posterel, « poterne ». Ce sens ne convient
guère au contexte; je traduirais plutôt par « pilier ». — Prestre, cf. provoire;
pourquoi ne pas faire de ces deux formes du même mot un seul article ? —
Pullent, « méchant »; le mot est cependant bien connu, et Ton sait qu'il
signifie proprement « puant » (it. puççplente).
Quanse, « essoufflé » . C'est ici une des plus singulières méprises du glos-
saire. Le texte (dans Partonopeus) est : Tos vestus s* est coudes el lit, Quanses
(var. Quainses, Queinsi) por Imste del délit Quil tant désira ; B. a sans doute
pensé à l'esp. cansado et compris quansés comme un participe ; mais il est
visible que nous avons ici le mot quanses, quainses, « comme, comme si », sur
lequel voy. la note de M. Fôrster au v. 4553 de Cliges, où est cité notre pas-
sage même. — Quarre, a fait de pierre » ; le contexte cité n'oblige nullement
à donner au mot un autre sens que celui qu'il a d'ordinaire.
Ralumer, « s'égayer » ; je ne devine pas l'origine de cette méprise : ralumer,
dans le passage cité (Alexis) comme ailleurs, signifie « recouvrer la lumière ».
— Rapoi, « haie d'épines ». La traduction paraît aventurée : rapoi (on trouve
aussi rapoie) doit signifier simplement « buissons » (voy. Literaturblatt , III,
64) ; raspe a le sens de « bois taillis » (voy. Sainte-Palaye), que râpe a conservé
en picard (Hécart), et raspe en wallon (Grandgagnage, Sigart ; cf. rapage en
Berri, rapaiîïe en Champagne); c'est le sens qui convient ici. — Rase (vin),
« râpé; » mais dans le contexte (Et si lui done de son vin Très tôt rase un
maielin) rase se rapporte à ma^elin et non à vin, et signifie, comme d'habi-
tude, « rempli à ras, jusqu'aux bords. » — Rebracier, « rebrousser » ; nulle-
ment, mais « se retrousser les manches 2 ». — RecJjoier serait équivalent à
recoier et signifierait « apaiser, calmer ». Ce serait au moins racoier, mais la
forme est peu probable, et le sens ne convient pas. On ne pourrait non plus
guère y voir un composé de choyer, qui n'est connu au Moyen Age que sous
la forme chuer, et qui ne donnerait pas un sens beaucoup meilleur. Le passage
reste à expliquer. — Réel, « raie », dans la locution huves faites en réel (var.
rael); réel ou rael semble plutôt être un dérivé de ree (ail. rata) et signifier
« gâteau de miel », ici quelque chose comme ce qu'on appelle des « ruches »
dans une coiffure; mais est-ce le même mot que réel, qui figure dans Jouglet
(v. 390) et qui ne parait guère pouvoir signifier « rayon »? — Regierer,
« retourner » ; c'est peut-être la plus étonnante des méprises du glossaire : Et
quant recommance a parler, Dont est regieres a plorer ; B. a pris regieres pour le
part, passé d'un prétendu verbe regierer, sans même faire attention que le
sujet étant au féminin (c'est Melior dont il s'agit), il eût fallu regieree. Mais
comment n'a-t-il pas reconnu là l'adv. regieres, composé de gieres, qu'il enre-
gistre plus haut? — Relief, « relief, reste »; le second mot est à supprimer;
1. A partir d'ici le Dictionnaire de M. Godefroy me fait défaut.
2. B. parait avoir confondu rebrousser et retrousser, car dans la Cfoest. il
donne « rebrousser » en français et c aufschùrzen » en allemand.
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Bartsch, La langue et la litt. fr. du ix e au xir e siècle. 153
relief, dans le passage où il figure, n'a que son sens féodal.» — Replegier,
« retenir en otage », 1. « délivrer sous caution ». — Repostaille, « reposoir 1 » ;
encore une traduction faite au hasard, d'après une fausse assimilation : repos-
taille signifie « cachette » et se rapporte à repondre, non à reposer. — Repuser,
« reculer » : Le dyemenche sans dangier Se repusent en cel vregier (Ignaure);
comment le voisinage du part, repus n'a-t-il pas montré à B. que repusent est
la y p. pl. du parf. de repondre? — Rescort, « secours »; le passage allégué
appartient aux Etablissements de S. Louis, et l'édition Viollet, qui est suivie
par B., porte, sans variante, resort, qui est évidemment la bonne leçon et
signifie o ressort ». — Resoignier, a douter' », 1. « redouter ». — [Resortir,
« s'enfuir 3 » ; ce sens ne convient pas aux deux premiers passages cités, et
dans le troisième resortir peut aussi signifier comme d'ordinaire « revenir en
arrière ». — Respasser, « rétablir », plutôt « guérir ». — Rester, « rester 2 »,
1. « s'arrêter ». — Restreindre (se), « se restreindre; » cela n'a pas de sens en
français moderne : il faudrait « se rallier, se resserrer ». — Rin, « canal » ; il
faut riu; cf. Rom., V, 118. — Roellier, « rouler ». Sur ce mot difficile, voy.
Fôrster, sur Richart le Bel, v. 485 (et Add.), qui, d'ailleurs, ne tranche pas
absolument la question. — Roïleii, « barrière », aj. : « de troncs d'arbres
roulés ». — A l'art, rompre est cité ru\, pris comme part, passé; mais il faut
lire ros, et à la rime desos au lieu de desu\.
Salse, 1. sols. — Savine, « sapin », 1. « sabine ». — Savor, « jus », plutôt
« sauce ». — Seri, « tard, tranquille », double traduction peu compréhen-
sible. — Serine, « serine », 1. « sirène ». — A Part, signe se trouve rapporté par
erreur le passage suivant (552, 6) : Tu as bien signes en trois des; signes équi-
vaut ici à sisnes et signifie le point de six aux dés. — Sordois, surdeis 34, 18,
seurdois 458, 36, « pire »; subst. « moquerie, raillerie » 34, 18. Cet article
est fort bizarre : comment le même mot peut-il signifier à la fois « moquerie »
et « pire »? Il semble même que le double sens lui soit attribué dans le même
passage (34, 18, où, en réalité, comme je l'ai dit ci-dessus, il faut lire or est
surdeis, v maintenant c'est pis »). B. paraît avoir reconnu la vraie leçon du
vers en question en composant le glossaire , mais trop tard pour l'introduire
dans le texte, et il a, par une singulière distraction, laissé dans le glossaire la
mauvaise interprétation à côté de la bonne. Il faut donc rétablir : Sordois,
surdeis, seurdois, « pire » ou plutôt « pis ». — Souspape, « soupape ». Le pas-
sage est : Tien de hier ceste souspape; que peut bien vouloir dire ici « soupape » ?
On sait que souspape en ancien français veut dire « coup à plat sous le
menton ».
Taindre (se), « se tenir », est à supprimer : taignoient au passage allégué
n'est qu'une forme de tenir. — Toaille, « toile, serviette »; suppr. « toile ».
1. Mieux dans la Chrestom. « retraite ».
2. De même dans la Chrestomathie.
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*54
COMPTES-RENDUS
— Topier, «#jouer à la toupie », 1. « faire tourner ». — Trallier, « traille » ;
il s'agit d'un puits où il y a corde, selle (1. seille) et trallier; une traille, en fr.
mod., étant une sorte de bac ou de pont-volant, on ne voit pas ce qu'elle
viendrait faire ici. Tra[i]llier doit désigner l'appareil pour faire descendre et
remonter le seau; on trouve trail dans le même sens (Mir. de N. D. de
Chartres, p. ioo). Disons en passant que le fr. traille se rattache bien à
tragula, comme le dit Diez, et non à tirailler, comme le veut Littré. Quant
à trail et trailler, je n'ose pas en décider la provenance. — Trifoire, « monté 1 » :
Devers la vile erent trifoire Li murs a ars et a ivoire (Eneas). Cette bizarre
interprétation parait provenir de l'article fort mauvais de Roquefort : « Tri-
fàire (oevre). L'art de mettre en œuvre, pierre montée; » mais je ne vois
pas ce que peuvent signifier des murs « montés ». Le mot trifoire, fort inté-
ressant pour l'histoire de l'art, demanderait une étude spéciale ; je me borne à
renvoyer à Du Cange et à Viollet-le-Duc, et à constater qu'ici le mot est
adjectif et signifie « à arcades, à galerie » .
V ai, fém. vaie, « vague ». Il est probable, en effet, que vaie répond à
vaga (cf. vaiant rrvacantem), mais le fr. vague rend bien mal le sens; il
faudrait « errant, vagabond ». — Ventrée, « gourmandise », non, mais « ce
qu'on hiet dans son ventre ». — Vergelle, « ensemble de verges » ; pourquoi?
C'est simplement « verge, baguette, jeune branche souple ». — Vie, m. vies,
« défense ». Que veut dire ici m.? C'est pl. qu'il fallait. — Voe, « chemin »,
mole voe. J'ai expliqué, il y a longtemps, cette locution, qui représente le latin
ma la vota. Aux exemples donnés ici (II, ioo), je pourrais maintenant en
ajouter bien d'autres. — Waucrer, wacrer, « branler ». B. aura sans doute
vaguement rapproché le mot de l'ail, wackeln; il est cependant assez connu
qu'il signifie « errer, aller à l'aventure »; il suffit de renvoyer à Suchier,
Reimpredigt, p. 78.
On voit que ce glossaire, d'ailleurs utile, porte en maint endroit la marque
d'une rédaction précipitée, qu'il pourrait souvent égarer ceux qui s'y fieraient,
et que, si l'on en fait une nouvelle édition, il devra être soumis à une révision
soigneuse.
La Grammaire de M. Horning est une œuvre très recommandable, et qui
marque un progrès sensible sur les essais du même genre qui l'ont précédée!
L'auteur parle de son travail avec une modestie extrême, et même excessive :
« C'est, dit-il, un résumé des principaux résultats de la science telle que l'ont
faite Diez et ses disciples ; l'auteur n'a fait de recherches personnelles que
sur un petit nombre de points. Les indications relatives aux patois lorrains
ont été vérifiées sur les lieux. » Ces paroles ne donnent pas une idée suffi-
sante de ce qu'il y a de personnel dans l'œuvre de M. Horning. D'abord,
parmi les travaux originaux qu'il a résumés, plusieurs, et non des moins
importants (sur le c, sur le 1, sur la déclinaison, etc.), sont de lui; ensuite tout
1. Dans la Orrcst., Irifoirier, « monter, einlegen ».
Bartsch, La langue et la litt. fr. du ix e au XIV e siècle. 1 5 5
ce qu'il a admis des travaux des autres a été, on s'en aperçoit, soigneusement
contrôlé et souvent repensé par lui. Son esquisse est tracée d'une main sûre,
avec beaucoup de précision et de clarté, et mérite d'être recommandée à tous
ceux qui veulent aborder l'étude de notre ancienne langue. On peut lui repro-
cher d'être incomplète à plusieurs points de vue : i° elle s'attache presque
exclusivement au dialecte « francien », nes'occupant des variantes des diverses
provinces qu'accessoirement et en passant, ce qui se justifie parfaitement dans
des ouvrages conçus sur un autre plan que celui de ce livre, mais ce qui n'est
pas très rationnel dans une grammaire mise en tête d'un recueil où Ton s'est
précisément attaché à réunir des textes intéressants au point de vue de la
variété dialectale; il faut dire cependant que les indications de M. H. sur les
différences locales ou régionales de l'ancienne langue sont nombreuses, inté-
ressantes et parfois tout à fait précieuses ; 2 0 la syntaxe fait complètement
défaut, ce qui est une fâcheuse lacune, car les difficultés que l'ancien français
oppose au lecteur moderne sont plus encore d'ordre syntaxique que d'ordre
phonétique et morphologique, et la connaissance du sens des mots isolés ne
suffit pas à les dissiper. Je crois qu'une syntaxe sommaire est indispensahle à
une grammaire comme celle-ci, qui n'est en somme qu'une introduction à la
lecture des textes.
Je n'étudierai pas ici le plan de l'auteur (dans sa Pfjonétique), et je ne dis-
cuterai pas certaines vues qui appelleraient l'exposition de vues propres et un
peu différentes. J'aurai l'occasion de revenir sur la partie générale du sujet en
rendant compte, dans un prochain article, de Y AUfran^osische Grammatik de
M. Schwan. Je me bornerai à noter dans l'ouvrage de M. H. les erreurs de
détail ou les points au moins contestabies qui m'ont frappé en le lisant, et çà
et li à signaler une remarque particulièrement neuve ou importante.
P. 1. Je n'aurais pas cité, comme exemple, integrum — entier, la forme
entier, comme il est d'ailleurs dit plus loin, n'étant pas régulière. — Ib. tordere,
1. tôrquere. — P. 5, « la diphtongue décroissante se compose d'une voyelle
accentuée suivie d'un élément adventice (t ou u) » ; les exemples ne donnent
que 1. — P. 6, à plusieurs reprises le mot « dissyllabe » est employé à
tort au lieu de « paroxyton ». — Signalons des remarques intéressantes sur
la différence du traitement des divers proparoxytons ; j'ai depuis longtemps
un travail en vue sur ce sujet, ainsi que sur la chute des ultièmes. — Comment
dans capreolumlV s'est-il « changé en la consonne y »? La forme ancienne
est chevretd; chevreuil est dû à une substitution de suffixe; cf. linceul, etc.
— «L'hiatus subsiste dans m eu m — meon; » il n'y a hiatus que dans la conti-
guïté de deux voyelles appartenant à des syllabes distinctes; il fallait dire :
« la diphtongue. » — P. 7. « Le français.... ne tolère pas la douce à la fin du
mot. » C'est trop absolu, surtout si l'on tient compte de la phonétique
syntactique. — Socher, 1. soschier. — Soentre de se qu en ter? Cf. Rom.,
XI, 606. — Cendre ne devrait pas figurer à côté de vendre; c'est un phénomène
différent. — P. 8. « Certaines lois phonétiques sont plus vivaces que
d'autres et savent en quelque sorte se faire respecter plus longtemps. » Voilà
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COMPTES-RENDUS
une théorie bien vague, qui n'explique rien et qui est surtout déplacée dans
un précis du genre de celui-ci. - P. 9. L'explication du traitement de
-a vu m est fort contestable; en tout cas on ne voit pas comment elle peut
s'appliquer à fagum. — P. 10. « Chevalier assone 41, 4 en è; » il y a long-
temps qu'on a corrigé bacheler. — Il est bien douteux que Yn de -ani soit
« devenu palatal, c'est-à dire prononcé comme le y dans le grec ayxuoa ».
— P. 11. Les conditions où l'a atone après ch initial devient e sont données
d'une façon incomplète et inexacte. — Soolle d'une part, noer de l'autre sont
des phénomènes bien différents et de date et de caractère. — P. 12. Le chan-
gement de ë entravé en ie est présenté d'une façon bien confuse et à peu près
incompréhensible : vieil, mieldre, lier\, etc., sont des phénomènes très distincts ;
IV n'est en réalité entravé que dans tier^. — P. 13. « Les dialectes normand
et lorrain n'altèrent pas IV; ils disent encore aujourd'hui hé, manie, chape. »
Un è n'est pas IV ancien de ces mots. — Le mot serjan^ dans Y Alexis ne fait
pas « exception » ; il est traité comme participe présent. — LV « suivi d'^
devient ei »; aj. « à l'atone » ; cette omission entraîne plus loin une confu-
sion : lectum ne devient loi nulle part. — Marchié, fait général, astoit, forme
très limitée, sont deux phénomènes bien distincts. — P. 14. Le rapprochement
de biau, iaume avec crier, lion, est au moins inutile. — Notez les remarques
sur la qualité ouverte de Yo dans oi — ei (cf. Rom., XI, 606) et sur le sort
d'01 ~ ei en lorrain et wallon (le normand dit réellement non pas nuis, mais
bien me). — Sur foin, avoine, moins, cf. Rom., XVII, 623. — « Venin a subi
l'influence de raisin, poussin ; » il est bien plus simple de dire que le suffixe
-ïnum y a remplacé -ênum, comme dans parchemin. — P. 15. LV « précédé
d'un y devient i, cive — cepam »; c'est un peu trop elliptique pour le lec-
teur. — « La forme hranceis france(n)sem est due à l'influence de saraqi-
neis, saragusseis (1. sarraguceis), valentineis, etc. » Ainsi formulée, la proposi-
tion est bizarre. D'ailleurs franceis répond à francise et a originairement pour
fém. francesche. — P. 16. « pire — pèjor », 1. a pêjor ». Notez la remarque
sur la conservation en lorrain et bourguignon de la différence entre è et è
entravés. — P. 17. 0 En français moderne e libre [atone].... est devenu e
muet ; » remarque trop générale ; on constate au contraire que le domaine de
IV fèm. s'est beaucoup restreint depuis le Moyen Age. — P. 18. La cause del'n
d'amin, enemin, ce serait la nasale précédente; est-ce bien sûr? Il faut tenir
compte en tout cas d'ainsin. — Crenu paraît bien être pour creni et rentrer
ainsi dans la série de devine, etc. {Rom., XIV, 571). — P. 19. La série d'évo-
lutions qui amène volet à vialt pourrait être présentée d'une manière assez
différente. — Unques n'est pas à sa place parmi les exemples d'o libre. — P. 20.
L'explication defocus, locus, jocus n'est pas celle que je crois bonne;
pourquoi est-il invraisemblable que foc us soit devenu fous « avant la chute
de l'« » ? Quant à 17 de lieu, « on suppose qu'il a été dégagé par /. » C'est une
supposition bien singulière. Lieu est â lueu ce que yeux est à ueu^. C'est
l'absence d7 dans feu qui étonne; cf. Rom., XVII, 623. — L'o atone libre
« devient, contrairement à ce que Ton attendrait, 0 fermé ». Mais c'est au
Bartsch, La langue et la litt. fr. du ix c au xiv* siècle. 1 57
contraire normal : tout e atone devient e fermé, tout 0 atone devient 0 fermé,
cf. W. Meyer, Grundriss, I, 361. Cette loi du latin vulgaire est fondamentale
pour le développement du vocalisme roman. — P. 21. Il est trop absolu de
dire que Yû et Yà sont confondus « dans toutes les langues romanes » ; on sait
que cela n'est exact ni pour le roumain ni pour le sarde. — L'o fermé « en
Bourgogne est devenu 0 ». Ne peut-on pas croire aussi qu'il est resté ô, et que
dans le reste de la Gaule du nord il est devenu u? — P. 24. « Dans l'échelle
des sons, u ne touche pas à û; » cette assertion me parait contraire aux faits.
Gallois, Vircgaulois, ou plutôt tout le passage est à rédiger autrement. — P. 25.
En admettant, avec raison, que trou — traugum, l'auteur ne va-t-il pas à
rencontre de sa théorie sur locum? — P. 26. Confusions de tout genre à
propos de Yh Qrièblc, heriçon, Ixiut mis ensemble, etc.). La plus étrange est à
la fin : « Dans vadlel et adne, h tient la place d'une s tombée. » — Les remarques
de M. H. sur le c sont particulièrement intéressantes, à cause de ses études
spéciales antérieures. J'aurais sur plus d'un point à présenter des vues un peu
différentes, mais cela demanderait des développements que je ne puis donner
ici. — P. 27. Avogle et siècle sont bien des formes demi-savantes, mais avule et
seuli ne sont pas des formes normales; il faudrait avueil, sieil. — L. 8 d'en
bas « Yo de flexion », 1. « IV ». — « Le groupe se devient, après le change-
ment de c en 1, is; » ainsi cresco serait devenu cresio, d'où creis? C'est le
contraire, à mon avis, qui est vrai : cresco, crecso,creiso, creis. — P. 28. « Dans
larrecin latrocinium devenu d'abord îatr'cin Ye n'a été introduit qu'après
coup. » Il est clair qu'on n'a jamais dit latrcin, et l'évolution doit être pré-
sentée autrement. — P. 29. « Notez la réduction de 1 à / dans crot crucem. »
Le texte en question (Sponsus) présente bien d'autres exemples de ce phéno-
mène, qui se retrouve ailleurs dans la même région (cf. Rom., VIII, 168). —
Notez les remarques sur apaisier et croisicr, et sur soîa% de solacium et non
solatium. — Voltiepour vollice est loin d'être isolé; ces formes s'expliquent
moins par la phonétique syntactique que par l'assimilation à fiori\, florie, etc.
— P. 30. Il vaut mieux imprimer saiete que sajetc, en conformité avec la règle
que donne l'auteur lui-même. — P. 31. Pour rover sont proposées deux
explications, toutes deux bien douteuses. — Sur fraile, cf. Rom., XV, 621. —
« La forme joug du français moderne est due à l'influence du latin, » ou plutôt
de l'orthographe, elle-même, il est vrai, déterminée par le latin. — P. 32,
1. 18, « cr s'est changé en tr, » L: « tr s'est changé en cr. » — « Après n on
trouve souvent / remplacé par d ; » uniquement dans des féminins ou dérivés
de mots en ~nt, confondus avec les mots qui en latin avaient -nd (on a bien
marcheandise, mais non chander). — P. 33, 1. 18, /, 1. /. — « Après une
consonne ty devient 1, curu^ çorruptium; remarquez la réduction du ^ à /
dans curut : redut. » Suivant moi, corro\ est le substantif verbal de corroder
•corruptiare ; corrot est corruptum. — P. 34. « Dans avuiltre, avoltere, lev
est destiné à empêcher l'hiatus amené par la chute du d. » Pourquoi alors ne
trouve-t-on pas ce v dans d'autres mots où cet hiatus existe également ? Cf.
Rom , X, 61. — « Dans responeit, responiient, d s'est assimilé à «, » sans
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COMPTES-RENDUS
doute par confusion de respondere avec reponere; cf. l'it. risposta. —
P. 35, ce qui est dit sur sed — sedem est singulier; il est bien clair que
sedem, pcdem ont passé par sied, pied pour arriver à sié, pié; il n'y a pas
là « une exception à la loi des finales », mais une preuve que la loi des finales
a été incomplètement exposée. — L'observation sur prangiere, qui devrait
être praigniere, est digne de remarque ; il y a là sans doute une variation dia-
lectale. — Vergonder n'est pas savant, mais répond à|verecundare comme
vergoignier à verecundiare. — Grossir, passer, épaissir sont des dérivés et
non des « composés » de gros, pas, épais. — Ce qui est dit sur Y s pourrait être
plus précis; cf. Rom., XV, 604 ss. — « Dans jaloux... \ s'est changé en /,
qui, à l'origine, se prononçait peut-être dy.... Dans ladre (de Lazarum), d
subsiste encore. » Si l'auteur veut dire que ladre représente lajre = ladyre, il
se trqrape bien : ladre est pour un plus ancien la(d)sdre. — Balicr n'est nulle-
ment « régulier » pour baptizare; on a là une substitution de suffixe, déjà
fort anciennement attestée (cf. ci-dessus). — Le changement d'r en / dans
temple — tempora remonte au latin vulgaire (pr. templa, it. tempia, mais
rétor. tempra); pullent -= putulentum et non purulentum (cf. ci-dessus).
— P. 37. Il ne suffisait pas de dire que « quelquefois » / tombe au lieu de se
vocaliser ; la question valait la peine d'être examinée de plus près ; sur la date
de la vocalisation, cf. Rom., XVII, 428. — « VI s'est changée en r dans
murs, corpes, navirie, urlè; » il y a là bien des phénomènes très distincts qui se
trouvent confondus (notons en outre qu'au passage allégué le texte porte
uslè et non urlè). — « Pour expliquer l'origine du ^ [dans travail], on admet
qu'entre ly et s il s'est produit spontanément un i.» M. H. aurait dû dire qu'il
admet cette évolution (dans son travail d'ailleurs remarquable sur la ques-
tion, cf. Rom., IX, 627), mais elle n'est pas généralement admise et je ne
crois pas qu'elle doive l'être. — P. 40, le maintien de m dans fame(m) ne
saurait être opposé à la chute de m finale et atone; c'est rem qu'il
fallait citer. — P. 41, n finale (d'une part dans nomen, d'autre part dans
in, non) est oubliée. — P. 42. Les conjectures sur la nasalisation possible
de Yo dans forme, orme, etc., sont fort ingénieuses et méritent d'être prises en
considération ; il faudrait pour les rendre tout à fait probables trouver ces mots
dans des assonances en ô (la rime de formes et tomes ne peut remplir exacte-
ment le même office, mais cependant appuie l'opinion de l'auteur). —
P. 43. Formes grammaticales. Orages ne peut être assimilé à pères et prophètes,
eux-mêmes différents. — P. 44, 1. 9 d'en bas, « anglo-saxon, » 1. « anglo-
normand ». — P. 45, on n'explique pas comment « l'analogie de Caries
Carlon, suer seror » aurait fait donner à îàe, Eve, noue pour régimes Idain,
Evain, notiain; ces régimes remontent, comme on l'a déjà souvent expliqué,
à des accusatifs germaniques en -dn. — P. 46. Lis n'est pas expliqué; dire
qu'il faut l'ajouter « aux mots dont le radical se termine par s », c'est ne rien
dire (lilie est li lia). En réalité lis (pour li%) est le pluriel, et s'est dégagé de
la locution flor de lis; le vrai singulier est lil, qu'on trouve; lis l'a remplacé
fort anciennement, comme le montre le vers de Cligès cité par M. H, —
*
Bartoli, Délie opère di Dante Alighieri.
159
P. 49. L'auteur appelle icel un « composé » de cil; l'opinion généralement
admise est que cil est un abrégé d'icil; si M. H. en a une autre, il aurait dû.
l'indiquer. — P. 52 : « et plus tard s, s'est développé régulièrement dans
jtfrçsentio, men% *mentio, cornent *cuminitio, avan\ *abantio ; sent est
une forme analogique. » Nullement. Le latin vulgaire en Gaule et ailleurs
disait se nto, mento; la théorie de l'auteur n'est vraie que pour les verbes de
la i re conjugaison. — Doi% de debes n'est qu'un accident graphique; ce n'est
qu'après une dentale (ou analogue) que s final se change en ^. — P. 53. Il
me semble que ornai s'explique très bien par amaï pour amavî. — « A la
Y pers. du plur. v est tombé peut-être en latin vulgaire ; » cette réserve est
superflue, puisque le latin classique lui-même admet amarunt. — Sur reten-
tit, voy. ci-dessus. — P. 55 Terreur commise sur sent io , etc., est répétée et
aggravée : servio aurait d'abord donné serge \ — P. 57. Si valui, corui, etc.,
se rangent « improprement » parmi les parfaits forts, pourquoi les y ranger ?
— Voil comme i re pers. du parf. de vokir est-il bien attesté? — Benesqui,
Hasqui, vesqui, venqui (aj. surresqui) sont rangés à tort parmi les parfaits en
-ui; Vu ne sert ici qu'à accompagner le q; ces parfaits sont des calques des
formes latines comme surrexit. — Les tableaux de formes verbales qui ter-
minent la grammaire m'ont paru riches et corrects. G. P.
Bartoli Adolfo, Délie opère di Dante Alighieri (vol. VI, i* parte
délia Storia délia LUteratura Italiana). Firenze, 1887, 244 pag.
Son parecchi anni che i'esimio prof. Bartoli viene pubblicando una storia
délia Ietteratura italiana , la quale per la soda dottrina e il metodo sicuro con
eni è trattata, ha fatto un gran bene agli studi italiani , ed anzi ha avuto una
singolare efficacia sulla gioventù studiosa. I volumi sinora usciti contengono :
1, lntroduzione e caratteri fondamentali délia Ietteratura médiévale; II, La
Poesia nel periodo délie origini ; III, La Prosa italiana nel periodo délie ori-
gini; IV, La nuova lirica toscana; V, Délia Vita di Dante Alighieri; VII,
Francesco Petrarca. Ed ora, tre anni dopo del volume settimo, è pubblicata
la prima parte del sesto.
L'Autore tratta in questa prima parte (la seconda dovrebbe veder la luce
es brève) délia composizione délia Divina Comedia nel suo lato estemo, per
&r cosi, in altri termini dello scheletro di questo organismo grandioso di cui
jon la polpa i sentimenti e Tarte di Dante. Movendo dalla principale allegoria
ie3a Comedia, contenutavi nel canto proemiale, passa quindi alla dis-
triimzione délie anime secondo il vizio o la virtù, si ferma lungamente
alla ragione délie singole pene, sulT espiazione, e sul premio dei beati,
r^era il significato e le ragioni délia demonologia dantesca, c'illumina par-
âcoîarmente rispetto al custode del Purgatorio, Catone, e finalmente con-
càiode le laboriose indagini col ricercare la durata délia visione dantesca.
Ispidi argomenti, in cui le generazioni hanno accumulato, e ammucchiano
tettvia, spiegazioni su spiegazioni, in cui spesso non bastano sottili cono-
«enze di teologia, di tradizioni cristiane, e, si direbbe, neanche di astrono-
ria, argomenti in cui lo spirito creatore di Dante, e tante piccole naturali o
léo
COMPTES-RENDUS
intenzionali negligenze, sconfinando dall' ordine dei fatti noti, e turbando i
sistemi, lasciano libero campo aile ipotesi ed aile ostinate polemiche. — Il B.
prima di far valere la propria opinione è costretto ad esaminare, a confutare
le altrui sgombrandosi il terreno délie numerose difficoltà di cui è irto.
E sebbene la sua opinione sia spesso negativa , egli pur la manifesta con
tutta franchezza, non avendo ne- i timori nè i pregiudizi di altri critici dei
tempi vecchi e nuovi. Perô queste confessioni fanno taie un vuoto nelT animo
dei lcttore, a svantaggio di Dante, che resta corne impacciato e malcontcnto.
E forse il libro non farebbe questa impressione , nè mostrerebbe quella certa
prolissità nella polemica e, in générale, nel discorso, se avesse un po mutata la
sua forma originaria d'una série di pubbliche lezioni.
Un punto rilevante di questo libro è dove si tratta dei legame che unisce la,
Vita Nuova, il Convivio e la Comedia. Il B. nega al Witte che rappresentino
« la storia délia filiale e candida innocenza nella fede, délia segreta apostasia
e délia pietosa chiamata ». E infatti il Convivio non puô rappresentare Tapo-
stasia dalla fede, e in Purg. 33, 83-90 non si fa che « un raffronto tra la
scienza divina, teologica, et la scienza umana, filosofia naturale ». Ma pel B. il
legame esiste nel senso che « nella Vita Nuova è accennato appunto a quel-
Pamore per la filosofia , che diventerà poi Targomento dei Convivio , e nelle
parole con cui si chiude la Vita Nuova si trova Tannunzio délia Béatrice
céleste e délia visione dove essa sarà spîendor di viva luce eterna ». Ed inoltre il
Convivio e la Commedia tenderebbero a portar gli uomini a quelle due
felicità che sono il fine naturale di essi, la terrena e la céleste, benchè Dante
nella Commedia abbia dovuto corne rifarsi da capo e riprendere la parte
trattata nel Convivio. Dunque la Vita Nuova che è la storia dei pensiero gio-
vanile di Dante sarebbe corne il proemio, rintroduzione aile altre due opère ?
In verità riesce difficile ad ammettere codesto piano prestabilito, e non sareb-
bero poche nè lievi le contraddizioni che salterebbero fuori. Piuttosto che un
nesso intenzionale, diremo che esiste un accordo, una corrispondenza tra
questa e in générale tutte le opère di Dante, solo in quanto sieno frutti di un
ingegno sistematico, congruo, che moveva da convinzioni e verità profonda-
mente radicate. — Per quel che riguarda la Vita Nuova, siamo sempre nella
vecchia questione dei significato di essa, di Béatrice e délia donna gentile délia
V. N. e dei Convivio. Il Bartoli dice : « Per me la V. N. è sempre il libro
délia idealità femminile. Solo ammetto che Dante possa esser giunto a questo
concetto délia idealità partendo dalla realtà délia donna amata, la quale cosi
gli avrebbe fornito occasione di tessere la storia dei suo pensiero. » Certo,
l'amore per Béatrice Portinari è un amore platonico, e per Dante si connette
strettamente col suo pensiero, co' suoi ideali e i suoi alti sentimenti, ma con
ciô il libro non cessa di essere la storia di quest* amore purissimo , vero , che
aveva ispirato a Dante le rime gentilissime. In quale garbuglio cadremmo se
questo libro in cui D. ci parla délia sua donna amata e di quel che ha veduto
e sentito per lei, dovessimo ritenere che non abbia nulla che fare con Béatrice,
con la donna ch' egli ha certamente amata? La cosa non par naturale.
Bartoli, Délie opère di Dante Alighieri. % 161
Délia costruzione materiale deitre regni îl B. non vuole occuparsi; pure
non ha intcramente ragione a contraddire l'opinione del Michelangeli che sia
« necessario pensare una struttura dell' Inferno siffatta che un uomo vivo
potesse con verosimiglianza visitarlo 1 ». — Il B. esamina la questione perché il
Poeta ha collocato gl'ignavi fuori dell' Inferno e nell' Inferno gli abitatori
del Limbo. Ed é iodevole la maniera con cui la risolve : « Se gl' ignavi sono
fuori dell' Inferno, questo è un errore che ha le sue ragioni nella sdegnosa
anima del Poeta. » Qui perô é stato anche soverchiamente benevolo a quella
insostenibile opinione che gl' ignavi sieno spregiati dai rei dell' Inferno;
perché con
A Dio spiacenti ed ai ncmici sut
si alludc ai diavoli, non ai rei, e Valcuna gloria non potrà giammai essere
interpretato per mssuna gloria.
Più ampia è la ricerca e più persistente è l'opinione intorno ad un punto
capitalissinio deir Inferno. Perché il poeta non ha seguitato a descriverci le
punizioni che ricevono gli altri peccati mortali, dopo aver descritte quelle pcr
la Iussuria, la gola, l'avarizia e Tira? E l'accidia è punita anch' essa, conie
credettero gli antichi, nella palude stigia insieme con Tira? E ad ogni modo
ovesono gl' invidiosi e i superbi? Dante punisce lo stimolo al peccato, la sua
causa, la sua radice, o il peccato quale fu conimesso? Corne si vede, i quesiii
son molti, e importanti, ma degno di particolare esame é il primo, perché si
vorrebbe vedere col prof. Minich un cambiamento nel piano originario che
Dante s'era fatto : egli avea cominciato a dividere i peccatori nei sette peccati
mortali, ma arrivato al quinto cerchio, ail' ira, s'accorge che il suo poema
avrebbe assunto meschine proporzioni e muta registre E per mettere in con-
nessione il vecchio sistema col nuovo, che ha adottato già nel sesto cerchio,
ci spiega nel c. xi tutta la costruzione dell' Inferno. Niente di più facile che
ammettere di questi combiamenti in un artista durante il lungo periodo d
tempo ch' egli attende alla sua opéra. E si riesce in tal modo a sorprendere, in
lavori che sembravano tutti di un sol getto, il lento e successivo loro
formarsi, corne riesce al geologo scoprire gli strati diversi che in varie età son
venuti a comporre una roccia gigantesca, su cui egualmente vegeti diritto ed
i. A questo proposito fra le contraddizioni che il B. troverebbe nelP Inferno
ce ne sarebbe una proprio sulla creazione dell' Inferno, sulla cui porta é
scritto :
Dinanzi a me non fur cose crejte
Se non eterne,
mentre quando Lucifero cadde giù dal cielo venne appunto a conficcarsi nel
centro délia terra, e questa perciô esisteva prima dell' Inferno. Sennonché,
giusta la tradizione biblica, Iddio creô il cielo e la terra in un attimo , ed in
questa creazione dell' universo son compresi gli angeli, di cui una parte
appena creati si ribellarono. E solo posteriormente Dio avrebbe diviso il cielo
dalla terra, e l'arido dalle acque, e creato tutto il resto.
Remania , XVIII. I t
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1 6*2 . COMPTES-RENDUS
élégante Tabete. Nel caso nostro non mancherebbero degl' indizi (v. le pagine
76 sgg. del B.). H Minich non credeva alla leggenda che i primi sette canti
fossero composti prima dell' esilio e che D. invitato a seguitare avrebbe
m cominciato il canto vin con « Io dico seguitando », ma ad ogui modo
ammette un' interruzione dovuta ad avvenimenti délia vita del Poeta. Ma ê
lecito domandare al professore veneto donde egli deduce che Dante volesse
ripartire l'Inferao proprio allo stesso modo del Purgatorio. Se troviamo il
lussuriosi, i golosi, gli avari, gl' iracondi cosi nelT Inferno corne nel Purga-
torio, non è questa una ragione per cui anche il resto debba esser simile. È
forse nella tradizione cristiana che l'Inferno debba esser diviso fra' sette
peccati capitali? Si puô dire anzi che ciô che v'è di simile col Purgatorio
nell' Inferno sia la parte meno infernale di questo. Nel Purgatorio non
abbiamo peccatori abbrutiti dal vizio, nei quali il peccato abbia preso tanti
aspetti diversi, e si sia manifestato con tanta terribile varietà : quivi i peccati
sono, in générale, assai meno gravi, e, ad ogni modo, son ridotti a quella dis-
posizione originaria che li ha prodotti, corne appare per l'appunto dal c. xvm
del Purg. Inoltre puô mai presumersi che un uomo, non dico un uomo di talc
incontestata elevatezza d'ingegno corne Dante Alighieri, calcoli tanto maie la
partizione del suo lavoro da accumulare in sette canti la descrizione di quattro
o cinque classi di peccatori, e si accorga solamente a questo punto che le
rimanenti due o tre avrebbe dovuto sparpagliare per gli altri 26 canti? E,
manco a farlo apposta, Dante trova taie un ripiego per nascondere il suo
mutamento nell' ordine del poema da giustirlcare li per li, nel c. xi, cosi la
distribuzione dei primi canti come quella dei seguenti con l'Etica di Aristo-
tele, la sua Etica cioè, che doveva appunto esser la base délia sua morale.
Poteva mai egli pensare dal bel principio che l'Inferno sarebbe stato popolato,
su per giù, degli stessi peccatori del Purgatorio ? — È perciô che la scoperta
del Minich ci sembrava indegna del favore, anche non troppo caloroso, di un
dotto cosi autorevole come Adolfo Bartoli. — In quanto agli accidiosi, se mi
è lecito esprimere la mi a povera opinione, chi ha colto nel segno è stato
l'ottimo Andreoli.
Délie pene il B. ragiona ditïusamente, ed ha délie osservazioni molto acute
e felici. Non direi perô che Dante abbia voluto un pô alleviare la pena ai due
cognati Paolo e Francesca ! — Sulla ragione che Dante ha avuta ponendo gli
eretici nelle tombe infocate si potrebbe pensare a ciô , che gli eretici appro-
fondirono la loro mente in eresia e si chiusero ail' intelletto di Dio, e il fuoeo
ci sta perche è col fuoeo che si punirono allora e poi gli eretici
É vero certamente che parecchie contraddizioni si scoprono quando conside-
1. E cosi son puniti sempre con fuoeo cjuei che fanno oltraggio alla
Divinità : i violenii contro Dio (Capaneo), il ladro dei sacri arredi (Vanni
Fucci che è incenerito dal morso del serpente), coloro che hanno vendutogli
uflicii sacri, i simoniaci. E si pensi dall altra parte che [nella roggia Stella di
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Bartoli, Délie opère di Dante Alighieri. ' 163
riamo la natura délie ombre danlesche, e a quelle notate dal Bartoli aggiungerô
una non lieve, questa che quando^Dante nelle c. xxin deli' Inf. vuol sfuggire
ai diavoli, si lascia cadere giù per un argine di Malebolge sul corpo di Virgilio
supino, che lo tiene stretto a se; questo è strano, perchèil corpo di Virgilio
non avrebbe potuto far schermo fra Dante e la roccia. Ma dove andiamo di
questo passo ! Bisogna in realtà concedere molto aile ragïoni estetiche, a certe
necessità ineluttabili pel poeta. E convien pur amraettere che la moltitudine dei
letton non s'accorge di queste cose, e che noi a volerne vedere, bisogna che le
cerchiamo, corne suol dirsi, col lanternino, che d'altronde esse ci sfuggirono
quante volte Ieggemmo la Commedia, rapiti dalla grandiosità dell' insieme e
dalla sua naturalezza. Dante ha poi sempre una bella ragione da presentare,
a scusare le sue incongruenze :
Com' esscr pud, quei sa che si go venu !
Il Bartoli discorrendo degli esseri soprannaturali, ricerca se si ha da inten-
dere che un ajigelo trasporti il Poeta ail' altra riva di Achcronte, e giusta-
mente si tiene ail' opinione che Dante qui abbia voluto farci un mistero di
questo suo passaggio, non potendosi nè dire che sia un angelo nè che sia
Caronte che ne lo porti. Possiamo aggiungere che, non ostante i vv. 'm
94 sgg. non e verosimile che Caronte traghetti Dante ail' altra riva, pécher
egli dopo le parole di Virgilio carica la barca délie anime che erano li ad
aspettare, e, lasciati i poeti , va via. È un mistero dunque, ma è certo che di
Caronte non si puô parlare. Dunque?.. è un altro. Che un angelo sia il Messo
del ciclo del canto nono non credo si possa dubitare, e lo consente il Bartoli,
che a ragione non vede alcuna vero simiglianza nelle tante ipotesi. Oh perché
allora quest' angelo non appare corne un angelo? Perche gli angeli sono le
prime créature di Dio, e ai dannati deve ri*nanere eternamente occulta questa
imimgine di Dio. D^altra parte messo dd cielo non equivarrebbe ad una tra-
duzione di ayyzXo- ?
Di Catone dice il B. che « diventa simbolo appunto in virtù di ciô che la
tradizione e la storia dicono di lui », e lo dimostra benissimo, corne altri ha
mostrato la relazione tra il Virgilio di Dante e quello délia tradizione, e corne
si potrebbe dimostrar quella tra il Sordello dantesco e il Sordello délia storia
c délia tradizione. 11 Catone storico ed il Catone allegorico non si possono divi-
dere, quest' è vero, ma, diciamolo pure, perché fosse divenuto il custode del
Purgatorio, non c'è voluto uno sforzo tutto délia mente di Dante, per cui la
figura del gran Romano si sia innalzata, innalzata, sino a divenire corne il
Minos o il San Pietro del Purgatorio? Per me il ragionamento del Todcschini
conserva tutto il suo valore, e cosi l'asserzione che il motivo di questa trasfi-
gurazione Dante l'abbia preso dal Secrctosque pios : bis dantem jura Catotiem,
Marte son coloro che hanno combattuto per la fede : che se Famore divino è
simboleggiato col rosso di porpora, la mancanza di quell' amore è punita col
fuoeo, che è anche rosso.
164
COMPTES-RENDUS
che egli accolse molto di buon grado appunto per l'ai ta vencrazione che por-
tava ail' Utkense 1 . *
Parlando di Dante, e particolarmente di certi soggetti délia Comedia, non è
punto facile dir délie cose nuove ; per lo più bisogna che uno si limiti a criti-
care un certo numéro di opinioni, e a difenderne una anche con nuove
ragioni , perche è stâtto detto e scritto tanto che difficilmente vi è cosa cui
non si sia pensato. Anche il Bartoli dunque non ha potuto far dipiù :
alcune délia verità che, specie negli ultimi tempi, si è venuto setnpre più
riconoscendo , acquistano nuova forza e consistenza , ma molti punti riman-
gono oscuri corne erano, e corne, ahimé! saranno ancora. — Domina in
tutto il libro un sentimento molto diverso da quella cieca idolatria che
molti han professata e continuano a professare per l'immortale poeta, ed
appare anzi una più ragionevole e londata ammirazione, ma questa non
impedisce il riconoscere o soverchia oscurità in qualchc punto, o
talora contraddizione , o per lo meno tali difficoltà che se i posteri non
riescono ad appianarle, vuol dire che la colpa non è tutta lpro. Ma se la
colpa non è tutta dci posteri neppure è tutta di Dante, è meta per uno, corne
diceva Tautore dei Sepolcri ai suoi interpreti.
Die Pharsale des Nicolas von Verona , von Hermann Wahle.
Marburg, Elwert, 1888. Petit in-8° de xxxvi-82 pages. (Ausgaben und
Abhandhivgen... von E. Stengel. LXXX.)
Sur les indications de M. Ritter, doyen de la Faculté des lettres de Genève
M. Wahle a fait une découverte d'un grand intérêt dans la bibliothèque de
cette ville. Le ms. qui porte le n° 81, dans le catalogue de Senebier, contient
1. Suir ultimo capitolo, II Viaggio per i tre regni, mi fermerô solo per
notare corne non si possa umanamente ammettere che nei primi versi
del c. VII del Purgatorio si parli di aurora lunare. Una bella analisi di quei
versi ha fatta il prof. G. P. Clerici nei suoi recenti Studi Van sulla D. C.
(Città di Castello, 1888), ed émerge chiaramente che 11 si tratti di aurora
solare. Mi sia lecito citare qui un sonetto del Pctrarca (p. II, 23) che ha
qualche somiglianza coi versi in discorso, e nei quale si tratta appunto délia
solita conosciutissima aurora solare :
N. ZlNGARELLJ.
Quand' io veggio Jal ciel sccndcr l'aurora
Con la frontc di rose e coi crin d'oro,
Araor m'assalc : ond' io mi discoloro,
E dico sospirando : ivi é Laura ora.
O felicc Titon ! tu sai ben l'ora
Da ricovrare il tuo caro tesoro ;
Ma io cite dcbbo far del dolec alloro ?
Che se il vo' riveder, conven ch' io mora.
I vos tri dipartir non son si duri ;
Che almen di notte suoi tornar colei
Che non ha a schifo le tue bianchc chiome, ccc.
Wahle, Die Pharsale des Nicolas von Verona. 165
un poème en forme de chanson de geste, de 117 tirades. Ce poème, auquel
l'éditeur donne le nom de PJxirsale, a pour auteur Nicolas de Vérone, celui-là
même auquel j'ai restitué, il y a quelques années, la seconde partie de
Y Entrée de Spagne. Pour la Pharsale, il n'y a pas grand effort d'érudition à
foire pour montrer quelle est de notre Nicolas, car il est dit au vers 1933 :
L'étude de la langue et du style confirme surabondamment l'identité de
l'auteur de la Pharsale, de la continuation de Y Entrée de Spagne et de la Passion.
Le poème publié par M. W. nous donne sur la personne même de l'auteur,
sur l'époque où il vivait, sur les conditions dans lesquelles il écrivait, de très
intéressants renseignements. Nicolas nous apprend qu'il a rimé la Pharsale par
amour pour son seigneur le marquis de Ferrare, en Tan 1343 :
Ces quatre vers ont toute la précision désirable, et ils ont d'ailleurs une
garantie d'authenticité tout à fait particulière : si l'on prend la première lettre
de chaque tirade, de la 3 e à la 96 e , et qu'on mette ces lettres à la file, on a
les quatre vers cités, mot pour mot, lettre pour lettre, sauf que NicJnlais doit
être remplacé par la forme plus ordinaire Nicolaîs. En 1343» le marquis de
Ferrare était, en effet, Nicolas d'Esté, qui mourut, non pas eu 1345, comme le
dit M. W., mais plus exactement le I er mai 1346.
Dès les premiers vers (v. «18-37), Nicolas de Vérone nous explique pour-
quoi il a versifié la bataille entre César et Pompée, et cette explication jette
un jour bien curieux sur la vie chevaleresque du nord de l'Italie au commen-
cement du xivc siècle. Quand un grand seigneur était en voyage, pour
rompre la monotonie de la route, il se faisait réciter des histoires d'autrefois,
« des zouses trepasees. » Il lui fallait un récita teur, non pas un lecteur, car on
comprend, comme le dit notre poète, que
Par suite, les œuvres en prose, difficiles à apprendre par cœur, étaient
exclues de cette « bibliothèque des chemins de fer » primitive. Les grands
seigneurs entendaient parler d'Hector, de Porus et d'Alexandre, de
Charlemagne, de Roland et de « cil de Ma»ance », mais, au moment où le
poète se met à l'œuvre, on ne leur parle pas « dou feit des Romeins »,
Et voilà pourquoi Nicolas de Vérone a composé une Plxirsalc. Puisque nous
Nicholais le rima, dou pais veronois.
Nicholais le rima, dou païs veronois,
Por amor son segnor, de Ferare marchois,
E cil fu Nicholais, la fleur des Estenois,
Corant mil e troi cent ans e qarante trois.
[Un] home civauçant avroit trou destorbance
A lire por zimin.
Pour ce qu'il n'est rimé par nulle concordance.
0
i66
COMPTES-RENDUS
en sommes à la personnalité du poète, signalons aussi la tirade, à laquelle
nous avons déjà emprunté quelques vers (1930-1954), où il revendique éner-
giquement ses droits d'auteur. Il a d'ailleurs, comme il est assez naturel,
l'illusion d'écrire en bon français, et il ne faut pas trop sourire en lisant cette
déclaration :
Dans son introduction, M. W. s'est attaché particulièrement à deux points :
l'étude des sources et l'étude de la langue. Il s'est acquitté de cette double
tâche d'une façon très satisfaisante, sans que les résultats obtenus aient d'ail-
leurs rien de particulièrement curieux. L'étude ' approfondie de la langue
révèle les mêmes faits que M. Mussafia avait indiqués, d'une façon plus sobre,
en tête de la Prise de Pampcîune. Quant aux sources, Nicolas de Vérone ne
s'est pas borné à versifier le passage correspondant dur oman français des Faits
tic César : il a eu recours concurremment au texte de Lucain.
On peut reprocher à M. W. de ne s'être pas préoccupé d'un certain nombre
de questions secondaires, qu'il eût été intéressant d'élucider. La PJxirsale ne
forme que la seconde partie du manuscrit de Genève : il eût été bon de
revenir après Senebier sur l'ouvrage qui forme la première partie de ce
manuscrit. Cet ouvrage est la chronique connue qui a pour auteur un ménes-
trel du comte Alphonse de Poitiers et qui débute par ces mots : A son tres-
chier seigneur. Il fallait chercher à établir la provenance du manuscrit, et rien
n'était plus facile : on pouvait songer à y voir un manuscrit des Gonzaguc ,
et il n'y avait pas à aller bien loin pour trouver la confirmation de cette idée
a priori. Le manuscrit de Genève est en effet le np 11 du catalogue Gonzaguc,
où il est ainsi décrit : « Cronice régis Francie et Cesariani per versus.
Incipiunt post duos arbores : A son très chier segmur. Et finit : A \o ch' cl
neust Pompeu plus dignité 1 . » Cette constatation permet de croire que le ms. de
Genève est de la seconde partie du \i\' c siècle, plutôt que du xv«, comme le-
dit M. Wahle.
On peut se demander aussi quel ordre chronologique il convient d'assigner
à la Pharsah parmi les œuvres de Nicolas de Vérone. Bien que la question ne
puisse être résolue avec une certitude absolue, mon impression est que la
PIxirsale est antérieure, non seulement à la Passion, ce qui va de soi, mais
même à la continuation de Y Entrée de Spagne.
La manière dont le texte est publié, et par suite le glossaire et les remarques
qui terminent la brochure de M. W. dénotent une certaine inexpérience.
Voici quelques remarques faites au courant de la lecture. V. 18 Sazrs par
1. Voir sur cet ouvrage Hist. litt. de la France, XXI, 735.
2. Remania, IX, 507.
Qar çe ne sai nuls hom en Paris ne en Valois
Qe non die qe ces vers sont feit par buen françois.
Wahle, Die Pharsale des Nicolas von Verom. 167
(foi : l'éditeur dit qu'au lieu de l'indicatif savés il faudrait l'impératif sacès;
en réalité il faut bien l'indicatif, mais la phrase est interrogative, ce qu'il n'a
pas vu. — 21 esciance, 1. e sciatice. — 81 nen paloï, 1. tienpaloï. — 92 feisent :
cette forme que l'éditeur déclare suspecte n'est pas, comme il semble le
croire, un parf. ind., mais un parf. subj. avec le sens conditionnel. —
105 iv, 1. ne. — 1 10 tien, 1. n'en. — 272 joventè, 1. jovente. 288 suppri-
mer cutn. — 436 iriemervoi, 1. tnc mervoi. — 453 La remarque sur les formes
du verbe vaincre ne me paraît guère fondée; ce n'est pas le c dur qui domine,
et en tout cas il n'y avait pas lieu de corriger le ms. quand il donne vaincra
au futur à côté de vancra. — 488 clfao est une correction malencontreuse, le
ras. donne clf eo qui est bon, eo — el, c'est-à-dire dans le. — 683 Vor de bau-
àrahy 1. Baudrais, c'est-à-dire Bagdad. — 731 suppr. le point et "virgule.
— 793 Le point placé à la fin de ce vers est un contresens. — 826 s'enfangne,
1. s'en fatigue. — 862 Se nous [li] aferons bien au començament : la correction ne
donne aucun sens; il faut certainement lire au premier hémistiche Se nous la
ferons bien et trouver une cheville au second. — 913 Paumoiant suen espli as
autres feit conçont : feit est une correction de l'éditeur, au lieu de jest, qui ne
donne aucun sens ; il faut lire dans le ms. sest et non fest, ce qui est clair : as
autres s*st conçoit t (=conjunctus). — 1 21 \Teoim de tutelle, 1. Tutelle. —
1236 pongnant por Favancelle, 1. la vauceîle. — 1329 paire ne vient pas de périr,
mais de paroir. — 1389 bulas n'est pas un nom propre; cf. v. 2076. —
1397 baudras, 1. Baudras. — 1470 quant, 1. grant. — 1471 nait, 1. n'ait. —
1479 m rôvi/ ne sor bai est une correction malencontreuse ; le ms. a la bonne
leçon : en rival sor ne bai. — 1 546-1 547 To\ les meilors Pompiu, seîong mes
fsciens. Non daomaça tant César cutn cestu solemcns : M. W. propose de corri-
ger en Non daomacerent César tant cum cist s. C'est inutile : Nicolas de Vérone
construit plus d'une fois un nom au pluriel avec un verbe au singulier. — *
1961 La merci deuse vous, 1. Deus e vous et sup. le point à la fin du vers. —
1968 en races, 1. eu racés. — 2060 q\io champs est une mauvaise correction; il
faut conserver qeo champs (= que le champ). — 2100 Au besoingn se conuit
f ami e sa convine \ E por ce q'il a buen li port amistê fine : 1. qi Va buen et sup-
primer du glossaire la prétendue loc. adv. a buen. — 21 10 mesinc, 1. Mesine
( — Messine, en Sicile). — 2187 arive, 1. a rivé. A. Thomas.
i68
COMPTES-RENDUS
Die Sprache der Olympo-Walachen nebst einer Einlei-
tung ûber Land und Leute. Von Dr. Gustav Weigaxdt Leipzig,
Johann Ambrosius Barth. 1888. In-8 de viîi et 141 pp.
Malgré la facilité actuelle des communications, les Roumains transdanu-
biens sont engore presque inconnus. Plusieurs de ceux qui parlent de cette
population l'évaluent à moins de 100.000 individus 1 ; d'autres en portent le
chiffre à plus de 2 millions 2 .
On n'est guère mieux renseigné sur leur langue. Les documents auxquels
on est obligé de recourir sont toujours le lexique de Cavalliotis, reproduit
par Thunmann (1774) et par Miklosich (1882), les textes publiés en quatre
langues» par Daniel de Moschopolis, vers 1770, et réimprimés en 1802,
puis reproduits par Leake (1814) et, avec un glossaire complet, par
Miklosich (1882), enfin la grammaire de Boiagi (1813; 2c éd., 1863). Les
ouvrages postérieurs de Maxim (1862) et d'Atanasescu (1864-1865) ne sont
que des compilations plus propres à égarer le lecteur qu'à le renseigner. Les
divers opuscules publiés par Vangeliu Petrescu 3 et Tascu Iliescu 4 contiennent
assurément des matériaux nouveaux, mais les préoccupations auxquelles
obéissent les deux auteurs ou plutôt celui qui a tenu la plume pour eux* en
1. Pouqueville, qui parcourut la péninsule en i8o8 # et en 181 3, parle de
74.450 individus.
L'auteur de la brochure intitulée LEpire et la Question grecque (Paris, 1879,
in-8) compte en Epire 8 260 Gréco-Valaques, ce qui est encore au dessous de
l'évaluation de Pouqueville.
2. Bolintineanu, en 1863, comptait i.2CO.coo Roumains macédoniens ; en
i874,M.Niphon Balàsescu porte ce nombre à 2.800 000 ; en 1887, M. Grandea,
qui prétend s'appuyer sur les documents consulaires autrichiens, donne pour
tous les Roumains transdanubiens le chiffre de 3.134.450 individus. Dans ce
total il fait rentrer les Roumains de Serbie, qu'il évalue à 400. coo, et ceux de
Bulgarie, qu'il porte à 420.000. Voy. l'introduction à la Carte de alêgere scrisâ
in dialectulû macedo-romdnù de Audreïulù al à Bagavû (Bucurescï, 1887, in-8).
3. Mostre de dialectal macedo-romànu, de Vangeliu Petrescu (Crusavcan).
Partea I. Basmul eu Fêt-frmnos. Bucurescï, Socecù, 1880. In-8. — Partea II.
Basnm si Poesii jwpnlare culese si traduse de Vangeliu Petrescu... Bucurescï.
Socecû, 1882. In-8.
4. Alh'cedarû saû Manualà de silabismh peut ru dialectal macedo-ronwnû (sub
dialectal de Crusovd)^ de Tascu Iliescu (Crusove'mi). Bucurescï, Tip. Tiel &
Weiss, 1882. ln-8. — A II. editiune. Bucurescï, Socec, 1803. In-8.
Carte de lecturd tnacedo-rotnduâ , sub-dialcctul de la Crusova, de T. Iliescu.
Bucurescï, Tipo lit. Dor. P. Cucu, 1885. In 8. (i rc partie seule.)
5. M. Vangeliu Petrescu n'avait jamais essayé de lire ni d'écrire sa langue
maternelle quand il entra en relations avec feu le D r G. Obédénare, alors
secrétaire de la légation de Roumanie à Constantinople. Tous deux entre-
prirent de s'enseigner mutuellement leur dialecte. Obédénare avait malheu-
reusement sur la phonétique, et môme sur la morphologie, des idées précon-
çues qui furent adoptées sans examen par M. Petrescu. Du reste, dans une
Weigand, Die Sprache der Olympo-Walachen. 169
rendent Fusage fort peu sûr. D'autres publications inspirées par le désir d'éta-
blir des relations régulières entre les Roumains du Danube et ceux de la
Péninsule ne peuvent non plus être utilisées, parce qu'elles sont écrites dans
une langue de convention qui doit être entendue également bien par les
Roumains du Danube et par ceux de la Macédoine. Tel est le cas de la Fratilia
intru dreptate, journal politique gréco-roumain, rédigé par les soins d'un
comité dont M. Alecsandrescu Urechie était le secrétaire 1 . Tel est aussi le
caractère d'un livre de lecture couronné et imprimé par la société « La
Lumière », à Bucarest, en 1887 J .
On voit par ce qui précède combien il est désirable que des observateurs
impartiaux visitent l'Albanie, la Macédoine, l'Ëpire, la Thessalie, et recueillent
de nouveaux documents de la bouche même du peuple. Nous avons toujours
été surpris que les membres de l'école française d'Athènes n'aient jamais
profité de leurs explorations pour faire quelques études de linguistique rou-
maine. L'indifférence de la plupart des voyageurs nous fait d'autant plus
applaudir à l'idée qu'a eue M. Gustave Weigand d'aller visiter quelques loca-
lités de la Thessalie septentrionale pour en rapporter des notions plus précises
sur le dialecte roumain du pays.
M. \V. a séjourné pendant trois mois à Vlaho-Livadhon et a pu visiter
plusieurs villages voisins; ses observations ne se rapportent donc qu'aux
habitants de l'Olympe. Après avoir dit quelques mots de la contrée *, l'auteur
aborde la phonétique du dialecte livadhiote. Dans ses traits généraux les sons
de ce dialecte, comme ceux du macédo-roumain en général, ne s'éloignent
pas sensiblement de ceux du roumain danubien. Les différences les plus
notables que nous relevions dans le vocalisme concernent la diphthongue ea
et Va prothétique. En macédo-roumain , e accentué passe à ea non seulement
devant a, Û r mais encore devant e (dureare, aveare, bârbdteaste). Il en était
autrefois de même dans le roumain du Danube, comme le montre l'ancienne
graphie cyrillienne.
longue note que nous avons entre les mains, Obédénare lui-même relève de
nombreuses inexactitudes dans les Mostre de dialectal macedo-romanii.
Quant a Tascu Uiescu, simple domestique au service d'Obédénare, il était
complètement illettré et ne fit que prêter son nom au docteur qui rédigea lui-
même, d'après ses idées, les opuscules que nous avons cités. Ce fut encore
Obcdénare qui s'amusa, pendant son séjour à Montpellier, à traduire
LEscriveta en macédo-roumain (1882). Tascu signa les vers comme il avait
signé la prose.
1. Il a paru en tout 18 numéros de ce journal, du 22 mars au 23 août
(v. S.) 1880.
2. Carte de altgtre scrisd in diuïectulii macedo-romdntï de Andrchdu alit Bafravû,
pietniata si tipâritd de Socictatea macedo-romdttd « Lumiua ». Bucurescï, Tipo-
Htografia Dor. P. Cucu, 1887. ln-8.
5. M. \V. évalue les Roumains de l'Olympe a environ 15.000 individus.
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170 COMPTES-RENDUS
On admet généralement que le macédo-roumain possède la voyelle ri,
mais non la voyelle /. M. W. constate au contraire l'existence des deux
voyelles, bien que la seconde soit rare (Jànlinà, fird, lîngd, aràmin). Il fait
remarquer que la prononciation d7 dans l'Olympe ne correspond pas entière-
ment à la prononciation danubienne et que 17 ne s'y appuie pas sur j. Cette
dernière observation ne se rapporte, en réalité, qu'au parler de Bucarest et
d'une partie de la Valachie, où l'on dit /* devant tw, m?, ne (mîind = manus,
ciine — canem, piine — panem).
L'étude des consonnes offre un grand nombre de phénomènes particuliers
au dialecte macédonien ou qui ne lui sont communs qu'avec le dialecte
moldave. Les observations de M. W. qui présentent le plus d'intérêt sont celles
qui se rapportent au son c (ts). Les Roumains macédoniens doivent, dit-on,
leur surnom de Tsintsares au son ts qu'ils emploient partout où leurs congé-
nères du Danube disent £ (tsintsï = cittcï, cinq). Cette règle n'est pas aussi
générale qu'on le croit d'ordinaire. M. W. a entendu prononcer à Vlaho-
Clisura : fatsem, tretsem, adutsem, Turt'si, fseara, et, à Samarina : t'se fats (ce
fact), quid facis, tafs, taces. La prononciation diffère suivant les localités ;
le son ts est cependant le plus fréquent. Les Vlaho-Livadhiotes disent simple-
ment s, ce qui est le trait caractéristique de leur patois.
M. W. fait suivre sa phonétique d'une morphologie qui sera utilement
rapprochée de celle de Boiagi, extermine son volume par un petit recueil de
textes Ce recueil contient 18 chants populaires transcrits à Vlaho-Livadhon,
un dialogue en macédo-roumain et en daco-roumain , des phrases détachées
avec traduction allemande, un petit morceau traduit du grec en roumain par
un enfant, un dialogue et un récit tirés de Boiagi et accompagnés d'une tra-
duction dans le dialecte de Livadhon. En dernier lieu, M. W. nous donne
onze chants populaires et quelques proverbes recueillis à Samarina par divers
correspondants et six chants de Vlaho-Clisura. Tous ces '.morceaux sont très
intéressants, notamment ceux qui nous permettent de contrôler Boiagi et qui
i . Le recueil de textes est précédé d'une bibliographie qui pourrait être
complétée. On peut y ajouter les deux articles suivants :
Lettre de Jean Eliade à C. Negruzzi, insérée dans le Curier de ambe sexe,
jurnal literar, 2 e période, n° 4, pp. 52-64.
Studiulu asupra diaketului macedo romanu paralelu eu celu daco-romanu ,
articles de M. l'abbé Grégoire Silasi, professeur a l'Université de Tran-
sylvanie, insérés dans la Transilvani'a , fo? a AsocuUiunci transilvanc pentru
Hteratur'a poporului romanu, 1874, pp. 89-92, 101-103, 11 3-1 15, 137-140,
161-164, 173-175-
La liste des ouvrages relatifs à l'ethnographie des Roumains transdanubiens
offre aussi quelques omissions, en particulier celle-ci :
Les Routtmins du Sud : Macédoine, Epire, Tbrace, Albanie, avec une carte
ethnograplnque par Nie. Demusiami et Frédéric Damé. Paris et Bucarest, 1878.
In-80.
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Weigand, Die Sprache der Olympo Walachen. 171
nous le montrent employant déjà des mots latins fabriqués par lui. Il est
regrettable que le volume ne soit pas complété par un glossaire dans lequel
tous les mots seraient relevés. Les notes que M. W. a jointes aux textes
qu'il publie sont dans un grand nombre de cas absolument insuffisantes pour
l'intelligence de ces morceaux. Nous en avons la preuve dès le premier chant
livadhiote, dont le début est ainsi disposé :
Un om ku kàtsulà morgà 2 ,
« Du », mor J , ku kàtsuk morgà,
« S*ku okili ka de amure ! »
2. mit bUuem Fess. — 5. He da, du da!
D'après ces notes il semble que mor au second vers soit le masculin de
morgà et signifie « bleu », tandis que ce mot correspond au daco-roumain mît
et se trouve traduit dans la note 3 en même temps que du '.
Plus loin les notes, ou sont trop rares ou manquent totalement. Une tra-
duction complète n'eût pas été inutile à la plupart des lecteurs.
Espérons que M. W. ne s'en tiendra pas à cette « Erstlingsarbeit » et qu*il
continuera ses études sur les Roumains transdanubiens en recueillant de nou-
veaux chants populaires et en comparant entre eux d'autres dialectes. Nous
aurons bientôt, grâce à Cavalliotis, à Daniel, a Boiagi, à Obédénare et à
M. Weigand, les éléments d'un lexique étendu, sans lequel toute la littérature
populaire des Macédo-Roumains est exposée à rester lettre morte. Il y a là
une tâche digne de tenter un romaniste.
E. Picot.
1 . Ajoutons qu'il faut probablement lire aux deux premiers vers : kàtsula
morgà (avec l'article).
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PÉRIODIQUES.
I. — Revue des langues romanes, 4 e série, t. II, janvier 1888. — P. 1.
Istorio de Sanct Porter (suite). — P. 24-39. Lambert, Contes populaires du
Languedoc (suite). — P. 43. Puitspelu, Pouacre, Polacre, poulacre. Le mot
polacre, qui signifie à Lyon a flagorneur, hypocrite », serait pohhe ou polak,
cavalier polonais, influencé, quant à la terminaison, par pouacre podager. —
Bibliographie. P. 46. Deux tnss. provençaux, contenant les poésies de Rainwn de!
Cornet... p. p. J.-B. Noulet et C. Chabaneau. Dans cet article, assez bizarre-
ment placé sous la rubrique Bibliographie, M. Ch. ne rend pas compte de sa
propre publication, mais propose toute une série de corrections dont un grand
nombre lui ont été communiquées par M. Mussafia. Rappelons à ce propos
que la Romania (VI, 342) avait jadis annoncé la publication de R. del
Cornet, d'après le ms. môme que M. Ch. a utilisé.
— Février 1888. — P. $7-76. A. Pages, Notice sur la vie et les travaux de
Joseph Tastu (premier art.). Tastu fut un savant modeste qui sut le catalan et
la littérature catalane mieux peut-être qu'aucun de ses contemporains. Cette
notice, qui est intéressante, bien que non exempte de quelques petites
inexactitudes, a été rédigée en partie d'après les papiers de Tastu, récemment
examinés et mis en ordre par M. Morel-Fatio. — P. 93. C. Chabaneau, Une
clmnson inédite de Peire Vidal. Texte et commentaire de la pièce Son ben apode-
rat^, dont le texte fort corrompu n'a été conservé que dans le ms. Riccardi
2814. Elle offre une disposition strophique (abccddaaaa) tout à fait insolite.
J'intervertirais volontiers les vers 8-9 ; par suite, la correction proposée par
M. Ch. ne serait plus nécessaire. Il est bien difficile que Tripol, v. 49, soit
Tripoli; un Peire de Tripol figure en de nombreux actes concernant la
seigneurie de Dourgnes, dans le Tarn (voir Teulet, Layettes du Trésor, I,
table). Les allusions historiques fort obscures que contient cette pièce doivent
se rapporter à la guerre qui se prolongea de 11 79 à 1 1 8 1 ou 1 182 entre le
comte de Toulouse et le roi d'Aragon Alphonse II. Nous ne connaissons que
fort vaguement les circonstances de cette guerre, à laquelle fait allusion une
autre pièce de P. Vidal (Drogontan senljer, voy. Romania, II, 423). — P. 98.
C. Chabaneau, Deux retroensas inédites, l'une de Guilhem Evesque, l'autre de
Johan Esteve. — Variétés. P. 102-4. C. Chabaneau, Lordre de San Macari
(locution erotique employée par R. del Cornet). — Sur le v. iy^ode Flametwa.
PÉRIODIQUES I73
Le seigneur d'Aiga, cité à cet endroit, serait un membre de la maison de
Roquefeuil, en Rouergue. — Sos — su m se trouve en rime dans une pièce
de P. Milon.
— ^ars-avril 1888. — P. 109. C. Chabaneau, Cinq Taisons de Guiraut
Riquier. Deux de ces pièces (déjà connues par une récente publication
allemande), les n°* I et III, offrent la même disposition strophique. Remar-
quons en passant que cette forme , qui est assez compliquée, se retrouve en
français dans la pièce Quidoicnt li losengier de Gillebert de Berneville (Scheler,
Trouv. belges, I, 120). On trouvera ce rapprochement établi en même temps
que beaucoup d'autres dans un prochain mémoire sur les rapports de la poésie
des trouvères avec celle des troubadours. M. Chabaneau publie aussi une
pièce de Guillem de Murs (déjà presque entière dans Raynouard et Mila y
Fontanals) qui offre un certain rapport de forme avec la pièce de P. Cardinal
Las amairit^. La disposition des rimes est la même, ababebeb, et les
rimes c sont de part et d'autres en eta. — P. 127. A Pagès, Notice sur la vie
et Us travaux de Joseph Tastu (fin). — P. 146. P. Vidal, Documents sur la
langue catalane des aticiens comtés de Roussillon et de Cerdaqm (suite). — P. 1 67-70.
V. Lieutaud, Ordonnance municipale de Digne sur les rêves (impôts indirects),
24 mai 1427. M. Lieutaud^ commence sa notice en déclarant que ce docu-
ment, d'un intérêt limité, est « l'unique document en langue provençale qui
se trouve dans le livre noir des archives municipales de Digne, et peut-être
dans toutes ces archives ». J'ai fait récemment des recherches aux archives de
Digne et je puis assurer que les documents en langue vulgaire n'y sont point
aussi rares 1 . — P. 141-2. C. Ch., Chanson inédite du troubadour P. del Vern y
d'après le chansonnier d'Urfé, le seul qui la contienne. J'ai pris copie, il y a
bien des années, de cette pièce, comme de bien d'autres qu'il ne m'a pas paru
urgent de publier, et j'ai noté, à ce propos, qu'un « Petrus Vierni de Sigelar »,
certainement jongleur, puisqu'il est dit de lui : « instrumenta personando
musica victum queritabat », figure dans un des miracles de Notre Dame de
Rocamadour J . L'identité de ce jongleur avec notre troubadour ne peut être
prouvée; notons toutefois que Sigelar ne paraît pas être différent deSegelard*,
nom d'un hameau de la commune de Gabillou, situé à peu de distance du
Vergt (Fern), d'où M. Ch. suppose que le troubadour tirait son surnom. —
P. 195. C. Ch., Deux anciennes clxinsons provençales. D'après une publication
de M. R. Renier dans les Miscellatiea Caix-Canello. — P. 196. Sur un vers du
roman d'Alexandre. M. Ch. dit avec raison qu'au v. 147 de la rédaction en
1. Il y a notamment des comptes en provençal depuis 14 18, dont j'ai pris
des extraits. J'ai noté aussi dans les registres des délibérations du conseil des
règlements (par exemple dans BB2 un règlement de 1427 sur la boucherie)
et des lettres missives également en langue vulgaire.
2. Bibl. de l'École des Ch., 4 e série, III, 229.
3. Voy. le Dict. topogr. de la Dordogne, par M. de Gourgues.
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*74
PÉRIODIQUES
vers décasyllabiques (p. 31 de mon édition) fort ne peut pas signifier lieu for-
tifié, parce que ce mot est dans une tirade en 0 fermé ; mais son interprétation
par furnum me paraît douteuse. Le ms. de Venise porte sor, qui n'est pas
plus clair. — P. 197. Puitspelu, Lyonnais « higuo, éctontillon, clienevotté ». —
Bibliographie. P. 199. F. Kalepky, Bearbeilung ci nés altproven^alischen Gedichtes
ueber den Heiligen Geisl (E. Levy ; nouvelle édition des Strophes au Saint-Esprit,
publiées ici même, VIII, 211). — P. 200. Poésies de Bertran de Boin> publiées
par Ant. Thomas (C. Ch.). — P. 208. C. Merkel, Manfredi e Manfredi II
Laticia,contributo alla storia politicae letteraria italiana tieJP epoca sueva (C. Ch.).
— H. Sternbeck, Unrichtige Wortuufstellung, etc. (voir Romania, XVII, 477V
— S. Schopf, Beilracge zur Biographie u. yur Clyronologie d. Lieder d. Trouba-
dours P. Vidal (C. Ch.).
— Mai-juin 1888. — P. 209. C. Chabaneau, Parnasse provençal ', par le
P. Bougerel (fin). — P. 234-42. Lambert, Contes popul. du Languedoc (suite).
— P. 250. Islorio de sanct Ponc\ (fin). — P. 286. E. Trojel, Sur le chevalier
Raembaud, de Francesco da Barber ino. Cf. l'article de G. Paris, Romania, XVII,
591 . — P. 289. Puitspelu, Le peuplier dans les langues romanes. — Bibliographie.
P. 293. G. Paris, Manuel d'ancien français (Castets; éiogieux). — G. Paris,
Les parlers de France, lecture faite à la réunion des Sociétés savantes, le 26 mai 1888
(Castets; objections sans portée). P. M.
II. — Studj di Filologia romanza, pubblicati da E. Monaci. Koma,
Lœscher, in-8°. — Fasc. 5, 1887 (t. II). — P. 97-368. E.-G. Parodi, I rifaei-
menti e le tradu^ioni italiane delV Enéide di Virgilio prima del Rinascitntnto. Ce
long mémoire, très étudié et très soigné dans toutes ses parties, mais rédigé
avec une certaine prolixité, embrasse des matières assez disparates. Il traite
en premier lieu de compilations dont VÊnéide n'est pas la source unique, ni
même, parfois, la source directe, et en second lieu de simples traductions du
poème de Virgile. La première partie, la plus étendue, est consacrée aux
compilations en prose. Elle se compose de cinq chapitres : I. La « Fiorita »
di Armannino giudice (p. 101); II. I « Fatti d'Enea » di frate Guido da Pisa,
Y « Aquila volante, » etc. (p. 131); III. I « Fatti dEnea » del cosidetto anonimo
Siciliano (p. 143); IV. Traduyoni delV « Histoire ancienne jusqu'à César »
(p. 166); V. Le reda\ioni latine (p. 182). — La seconde partie, consacrée aux
rédactions en vers, renferme les chapitres suivants : I. Enéide in ottava ri mu
(p. 206) ; II. U « Troiano » a stampa (p. 240) ; III. Brève storia d'Enea in un
rifacitnento del «Tesoro » (p. 264); IV. U « Achille ed Enea » di Lodovico Dolce
(p. 270). Dans la troisième partie (p. 274), l'auteur passe en revue des rédac-
tions d'origines variées et d'importance secondaire. La quatrième partie
(p. 311) est consacrée aux traductions. Le quatrième chapitre de la première
partie touche par un petit côté à l'histoire de notre littérature. J'ai montré,
dans mon mémoire sur 1' « Histoire ancienne jusqu'à César », qu'une tra-
duction italienne de cette compilation française se trouvait dans le ms. *
Canouici 121 de la Bodléienne (Ronutnia, XIV, 62-3). Ce ms., étant incom-
PÉRIODIQUES
175
plet du début, ne commence qu'à l'histoire de Thèbes. M. P. a trouve à Rome
(Bibl. Victor Emmanuel) un autre ms., auquel ne manque que le premier
feuillet, de la même version. Toutefois, ce ms. de Rome présente cette parti-
cularité qu'à partir de l'histoire d'Énée, il abandonne l'original français et se
termine par quelques chapitres empruntés au Fiore cTItalia de Guido de Pise.
On regrette que M. Parodi n'ait joint à son mémoire ni un index, ni même
une simple table des matières. — P. M.
Fasc. 6 (fin du t. II. — P. 369- 515. Francesco Novati, Un nuavo cd un vecchio
frammento deî Tristran di Tomniaso. M. N. a eu la bonne fortune de découvrir
dans une bibliothèque privée de Turin une feuille de parchemin du xm e siècle,
ayant servi de garde à un livre et contenant deux fragments distincts du
poème de Thomas. Une magistrale introduction, qui fait également honneur
.iu talent et à la science de M. Novati, précède le texte diplomatique offert
par ses soins au public érudit. Chacun des deux feuillets du manuscrit de
Turin, désignés par T l et T 3 y compte 256 vers. A partir du quatrième, T 1
n'est qu'une nouvelle leçon des premiers 250 vers du manuscrit Douce;
mais l'autre fragment est tout entier inédit. Il trouve sa place entre le frag-
ment Sneyd A et le premier des trois fragments de Strasbourg; il est traduit
dans les chapitres 81-82 de la saga et les strophes 259-263 du5/r Tristrem. Le
récit (Introd., ch. Il) commence au milieu des alternatives de joie, de fureur
et de jalousie, auxquelles Tristran 1 s'abandonne en présence des statues d'Ysolt
et de Brengain, dans la merveilleuse salle des images. La fin de cet épisode est
suivie d'une très curieuse digression , dont aucune trace ne se retrouve dans
les imitations étrangères. Le poète, après avoir longuement comparé la
situation respective des deux Ysolt , du roi Marc et de Tristran , se demande
lequel est le plus malheureux de ces quatre personnages ; il laisse enfin aux
amants, seuls compétents en la matière , le soin de trancher une question si
délicate :
Hici ne sai que dire puisse ,
Quel de aus quatre 3 a greignor angoisse ;
Ne la raison dire ne sai ,
Por ce que esprovi ne l'ai.
La parole mettrai avant ,
Le jugement facent amant (T', vv. 144 ss.)
Ces vers, s'ajoutant à divers autres indices, font soupçonner à M. N. que
Thomas était un clerc, obligé par sa qualité de feindre ou du moins d'affecter
1 ignorance des sentiments qu'il a si bien su dépeindre. La suite de notre
fragment raconte par quel concours de circonstances Kaherdin apprend que sa
1. A l'exemple de M. Novati, je restitue aux noms propres la forme usitée
par Thomas.
2. M. N. propose à tort de supprimer le mot quatre ; mais il faut lire </(<')'
aus, et le vers est correct.
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i 7 6
PÉRIODIQUES
sœur est restée vierge : le feuillet se termine au milieu des explications
d'Ysolt aux blanches mains. L'éditeur suppose qu'il manque environ un
millier de vers (soit quatre feuillets) entre les deux fragments de Turin.
Celui de Strasbourg, avec la description du cortège de la reine de Cornouaille,
ne nous rend qu'une bien petite partie, mais non la moins intéressante, de ce
qui s'est perdu. L'authenticité de ce morceau a été souvent attaquée et
défendue. L'erreur répétée de Kaherdin paraissait à quelques-uns incompa-
tible avec l'admiration et l'amour éprouvés par lui antérieurement devant les
images d'Ysolt et de Brengain. M. N. a tranché le différend, en faisant valoir
par une pénétrante analyse tous les détails du récit qui préparent et motivent
l'erreur du jeune homme.
Le fragment T 3 fournit à notre auteur (ch. VI) l'occasion d'un examen
approfondi de la partie du poème qui relate les voyages de Tristran en Angle-
terre. Il y signale le premier de singulières contradictions, qui avaient échappe
à M. Heinzel lui-même. Par exemple, le vers 727 du fragment Douce fait
mention d'un neveu de Tristran, qui n'a pas été nommé auparavant et ne
reparaît jamais dans la suite. Sèche, rapide, incohérente, la narration semble,
vers la fin de l'épisode , comme abrégée de celle d'Eilhart. On conçoit sans
peine que Thomas, conteur médiocre, principalement curieux de beaux sen-
timents et de pensées raffinées, se soit lassé à cet endroit de redire les mono-
tones aventures que déroulait interminablement la version commune. Ainsi
que le suggère M. Novati, il l'aura violemment écourtée, pour arriver plus vite
aux scènes pathétiques qui accompagnent la mort de Tristran.
Le savant italien , en opposant Thomas à Béroul , les caractérise tous deux
(ch. III) de la façon la plus habile et la plus heureuse. Il nous fait pénétrer
dans l'intimité du premier, nous initie à ses habitudes intellectuelles et senti-
mentales , à ses procédés artistiques , note dans son œuvre les traces de l'imi-
tation de Benoit de Sainte-More (ch. IV) et divers emprunts faits à Gaufrei
de Monmouth (ch. V). Dans les pages qui concernent Béroul (390-400), les
notes sont peut-être d'une lecture encore plus intéressante que le texte. M. N.
y a particulièrement étudié la géographie du roman et a réussi , en dépit de
quelques erreurs 1 , à identifier plusieurs noms de lieux de la version com-
mune. Le vieux poète décrit, avec des détails précis qui font surgir les
paysages devant nos yeux, le Dartmoor (Aforo/j), cette vaste région de
bruyères, de marais et de bois, qui s'étend non loin des ruines de Tintagel,
sur les confins de la Cornouaille et du Devon (Dimn y gallois Dyvnan). C'est
dans cette contrée , limitrophe de l'idiome breton et de l'idiome saxon , que la
légende des amants paraît avoir eu au xn c siècle la plus grande popularité et
que les Anglais 2 ont sans doute appris à la connaître. M. N. n'est pas
1. Costentin (p. 396, n. 1) est évidemment le Cotentin. Le passage concer-
nant le mot Garnie (p. 395, en note) est à rayer tout entier.
2. Romania, XVI, 597.
PÉRIODIQUES
I77
plus que moi partisan des doctrines de MM. Fôtster et Golther. Les aven-
turcs rapportées par Béroul ont bien, dit-il (p. 390), le caractère d'une
légende « née au milieu de populations passionnées, crédules, imaginatives ,
un peu barbares, comme étaient les populations celtiques ». Tel que le
montrent nos poèmes (p. 476, n. 1), « courageux et rusé, spirituel et
moqueur, Tristran nous représente au vif le type de ces Bretons , enragés de
faire montre d'esprit, d'enjouement, de subtilité, » qu'a si bien caractérisés
Giraud de Barri dans sa précieuse Description de la Cambrie (II, 14). .
Cette importante introduction se termine par un examen critique (ch. VII) t
un peu trop rapide et superficiel , du manuscrit de Turin. Au bas des pages
du texte, M. N. a proposé un certain nombre de corrections, surtout au
fragment inédit. Plusieurs me paraissent contestables ou même inutiles;
beaucoup de fautes subsistent encore et ouvrent un champ aux conjectures.
Je ne sais comment M. N. interprète le vers 74; la lecture correcte de ce
passage est évidemment :
Au vers 116, je lirais : poi \ç délite, et je mettrais une virgule avant ce
membre de phrase. Au vers 120, il faut corriger : qu'il ri a et effacer
la ponctuation. Le vers 175 peut s'entendre de diverses façons; mais aucune
ne me semble exiger qu'on modifie le précédent. Penser, substitué à pensé au
vers 249, donnerait une rime inadmissible. Si l'adjectif aquarius était plus
anciennement et plus sûrement attesté en français on n'hésiterait guère à
restituer au vers 215 les mots :
désignant une rigole destinée à recevoir les eaux de pluie 2 . Le texte du second
1 . Le dictionnaire de M. Godefroy n'en donne qu'un seul exemple, de 1 5 19,
avec deux noms de lieux.
2. [Je joins ici aux remarques de M. Muret quelques notes prises à la
lecture de ce texte fort difficile, et dans lequel il reste encore bien des
passages obscurs. V. 7 penser, c. pensées. — 15 errance, c. errur. —
17 tume, c. turt (inutile de supprimer en : Qu'ele envers lui ne t.) —
18 et n. et jor. — 19 suppr. le second si et non le second et. — 21 aj. cl
(et non ele). — 23 et très souvent el(e). — 27 Vient la veer et esgarder. —
52, 76 etc., ysod(e). — 34 ne peut-on pas lire deseiure au lieu de deseusle ?
— 37 Vait la clxre et [vait] le semblant. — 40 Qu[e] il ot. — 42 De et que [il]
pensa. 56 c. corage et suppr. la note. — 65 suppr. il. — 71 Entre, c. En.
— 75 Marques, il faut, au moins ici, Mars ou Marc. — 77 [Et] que. —
78 Quel talent qriait (et non ait); cf. 114. — 90 [Et] d'autre part. —
94 entent, 1. en sent? — 98 je lirais s'i. — 108 c. peut-être ço est, mais non
c'est. — 1 10 sue (et non sa). — 114 les tut. — 133 Marc. — Le vers passé
est le i*7 e et non le 136 e . — 139 je corrigerais volontiers : ne di ne nuit, en
suppr. le point et en ajoutant tors au commencement du v. 140. — 153
[s'en] fait. — 161 suppr. son (et non Je). — 168 YschI Tr. soûle désire. —
Remania, XVIII J2
En nu/ d'aus nen i a déduit.
[Enz] en un petit cros emuiei-,
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I
PÉRIODIQUES
fragment est accompagné des variantes du manuscrit Douce (D) ; l'éditeur ne
s'est pas aperçu que les vers 223-228 sont également conservés par le second des
fragments de Strasbourg. La supériorité de T J sur D n'est pas aussi éclatante
à mes yeux qu'aux siens. Aux vers 28, 65, 78, 85, 120, 163, 185-186, 193,
202, 217, je n'hésiterais pas à préférer la leçon du manuscrit anglais, qui me
paraît également la meilleure pour le vers 162. Au vers 20, la leçon en de T J
n'a aucun sens ; D a conservé la négation indispensable en cet endroit. Les
vers 205-208 du fragment de Turin sont assurément interpolés. Le vers 151
n'est nullement incorrect dans le manuscrit Douce; mais Fr. Michel Ta lu
d'une façon absurde. En énumérant les passages où T 2 offre la tradition la
plus authentique, M. N. a négligé les vers 48, 64, 175, 194, 238; il n'a pas
non plus signalé toutes les fautes communes aux deux textes. Les vers 75-76
devraient être mis entre parenthèses , pour être tout à fait intelligibles. Le
vers 81, à moins que l'on ne suive la leçon de D, demande à être complété à
l'aide du pronom accentué soi, non du proclitique se, les pronoms atones
n'étant pas usités devant l'infinitif. Certaines corrections s'imposent avec
évidence : au vers 80, Deux angoisses ; au vers 108, Ço est de la; au vers 131,
Bien sai, TristranÇs) ; au vers 195, Voslre ; au vers 212, qu'il ne vos enlmce. Le
vers 175, tel que l'imprime M. Novati, est incompréhensible et ne saurait
rimer avec le suivant : il faut lire en un seul mot atort, du verbe atourner,
et modifier la ponctuation. Les infinitifs 7x>[w]i[Ér] (T), plaiser (D) et plaisier
(T), qu'offrent nos manuscrits aux vers 41 et 42, me sont inconnus; la
forme hunir du fragment Douce est seule correcte. Le participe féminin
preïse, que l'éditeur italien veut introduire au vers 204, serait un monstre lin-
guistique; la rime des vers D 1381-82, qu'il invoque à l'appui de cette
erreur, est aisément corrigée par la consultation du manuscrit Sneyd. Les
passages de Thomas et de Béroul, cités dans l'introduction, sont parfois mal
interprétés. Ainsi, M. N. a pris (p. 423, n. 3) pour le nom propre Perrin
l'adjectif dérivé de pelra et a l'air (p. 416, n. 4) de prêter au substantif jolitè,
signifiant galtè, humeur facile, un sens correspondant à celui qu'a aujourd'hui
175 as blans doi^. — 19°~93 je lirais : Ne sai se riens de délit set Ne se issi vivre
aimme ou ht ; Bien puis dire, se Yen pesast, Ja en son tens ne le celast Corn celé Y a.
— 206 des(t)raie. — 214 El il se fiert ? — 223 fraidur(e). — 225 [se] rit. —
Je ne sais comment M. N. comprend les vv. 226-27, soupçonne
(p. 386, n.) le traducteur norvégien d'avoir rendus tout de travers;
pour moi, je ne suis pas sûr de bien les entendre, mais je ne mettrais
qu'une virgule après 226, je lirais au v. 227 Oncore s'en tvnist a piine, et je
traduirais : « Iseut en rit de si bon cœur que, quand même elle aurait
assisté à une quarantaine (à une cérémonie solennelle de pénitence ?), elle
aurait eu peine à s'en abstenir. » — 229 1 Quide [que] lui ail oi dire. — 2 38
[mult] de parfont. — 240 verai, c. veire (et non vrai). — 247 Yescondit. — 255
ofic. — G. P.]
PERIODIQUES I79
l'adjectif joli. M. Bédier, suivant notre auteur (p. 473, n. 1), n'aurait pas
compris ces vers du fragment Douce :
Plusurs de nos granter ne volent
Ço que del naim dire ci soient ,
Que femme Kabcrdin dut aitner.
Lui-même traduit : che amh la moglie di K. y comme si le mot femme était
accompagné de l'article. Il est clair que le copiste de D a écrit que pour cui et
qu'il faut rendre Y s du nominatif au nom propre Ka(hè)rdin[s].
Dans les belles pages que lui a inspirées sa juste admiration pour Thomas,
M. N. s'est plu à revendiquer pour ce poète quelques-uns des mérites que
M. G. Paris attribue à Chrétien de Troies. Il soutient que Thomas a
contribué, non moins que le protégé de la comtesse Marie, à introduire dans
la littérature la conception de l'amour chevaleresque et courtois. On remarque,
en effet, dans l'œuvre du poète anglo-normand, certains traits caractéristiques
de ce nouvel idéal de la société polie du XII e siècle. Divers épisodes du
Tristran pourraient servir, comme le fait observer M. N. (pp. 408 et 414), à
illustrer les règles du chapelain André. Béroul, Chrétien même à ses débuts,
n'ont pas connu un sentiment si raffiné, si profond, si mystique que l'amour
glorifié par Thomas. Chez ce dernier, la tendance idéaliste, qui domine
presque toute la poésie amoureuse du Moyen Age, est bien plus accusée que
chez la plupart de ses contemporains. Néanmoins les éléments essentiels de
la conception sentimentale dont le Conte de la Charrette tire son sens, font
défaut à celle de Thomas. La notion du perfectionnement social et moral du
chevalier par l'amour, la supériorité reconnue de la dame sur son ami, le
frauettdiensly assujettissant un fidèle esclave a tous les caprices d'une souveraine
despotique . ne sont les motifs déterminants d'aucune action de ses héros. Le
neveu de Marc a beau se faire appeler Yhomme lige 1 de la reine : aussi tendre,
aussi dévouée, aussi passionnée que son amant, Ysolt ne plane pas, à la façon
d'une déesse ou d'une madone, dans une sphère supérieure à celle où se meut
Tristran. Leur attachement mutuel nous paraît, malgré le philtre, plus spon-
tané, plus naturel, plus humain que l'amour quintessencié de Guenièvre et
de Lancelot. A ce point de vue, M. Sudre avait bien le droit de ne tenir
aucun compte des différences qui séparent Thomas de Béroul et d'opposer l'un
et l'autre a Chrétien et aux disciples de ses théories sur l'amour.
Ainsi, Chrétien de Troies demeure à nos yeux le principal initiateur de
sentiments dont nous pouvons découvrir encore aujourd'hui la trace au fond
de nous-mêmes. Par l'influence prolongée qu'ont exercée ses derniers
ouvrages, par sa belle langue, vraiment classique, par ses remarquables qua-
lités de style, sa vivacité, sa grâce, son élégance, son esprit, il mérite bien
d'occuper le premier rang parmi les poètes de son temps. En comparaison du
1. Fragm. Sneyd B 395.
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l80 PÉRIODIQUES
brillant Champenois, Thomas semble un écrivain quelque peu terne, un
narrateur maladroit et pesant. Mais combien il remporte dans l'analyse des
sentiments, dan* la peinture dramatique et saisissante des passions! Superficiel
et charmant, Chrétien ne saurait éveiller de fortes et grandioses émotions ;
toujours souriant, 11 n'a point connu ces larmes qui jaillissent des profondeurs
d'une àme sérieuse et vibrante, comme était celle de Thomas. Cette âme de
poète, on la sent palpiter dans des récits aussi pathétiques que ceux des plus
belles chansons de geste, dans des vers discrets, tout empreints d'une mélan-
colie pénétrante, qui font pressentir Dante et les modernes. Qu'on se
rappelle le délicieux tableau d'Ysolt jouant de la harpe pour bercer son
chagrin, ou ces versi dolcissimi dans lesquels Thomas dédie son œuvre
aux amoureux, pour qu'elle les console et les fortifie dans leurs peines de
cœur. En faveur de semblables accents, qu'on entendait pour la première fois
en français, on pardonne aisément au romancier sa subtilité verbeuse, son
mauvais goût, son rationalisme étroit, la critique mesquine qu'il applique aux
plus admirables légendes. Dans cette seconde moitié du xn* siècle, où les
écrivains de talent abondent en France et en Angleterre, aucun n'a plus de
parties d'un grand poète que ce Thomas, étudié par M. N. avec un jugement
si éclairé et une si intelligente sympathie. — E. Muret.
III. — Franzôsische Studien, VI, 2 (p. 297-306). — Mann, Der Bestiaire
divin des Guillaume le Clerc; recherches un peu confuses et non exemptes
d'inutilités, mais qui contiennent quelques résultats intéressants, par exemple
l'indication de nouveaux manuscrits du Bestiaire de Guillaume et la publica-
tion de la source latine où il a très fidèlement puisé. M. Mann paraît avoir en
vue une édition critique du Bestiaire; il fera bien, avant de l'entreprendre, de
se donner de l'ancien français une connaissance plus sûre ; il laisse passer des
fautes un peu trop nombreuses dans les textes qu'il imprime le premier ou
reproduit d'après d'autres. Sur Pierre et ses œuvres, voy. G. Pans, Manuel, I,
5 101 (note bibliographique).
VI, 3 (p. 307-534). Vising, Die reàlen Tempora der Vergangenlxit im Frati^ô-
sischen und in den ïibrigen romanisclun Spracben, eine syntaktiseb-stilistisebe Studie.
I. Laiein — Portugiesiscb — Spaniscb — Italieniscb. Ce travail considérable ,
dont le titre fait assez connaître la nature et le sujet, ne se prête pas à une
brève analyse. L'auteur a eu surtout pour but de porter la lumière sur k
valeur réelle des divers temps du passé dans le français moderne; pour y
arriver, il s'est livré à une étude approfondie non seulement sur l'ancien français,
mais sur toutes les langues romanes qui ont une littérature, et il l'a rattachée
au latin. Nous reviendrons sur cette étude quand elle sera complétée par la partie
française, qui doit en être l'essentiel. Ce que nous en avons lu nous a paru fort
consciencieux et intelligent; on aurait souhaité peut-être une disposition plus
complètement historique et éclairée plus souvent par des aperçus généraux ;
mais cela se retrouvera sans doute dans les conclusions de l'œuvre.
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PÉRIODIQUES l8l
IV. — - LlTERATURBLATT FÛR GERMANISCHE UKD ROMANISCHE PHILOLOGIE,
t&88. — Juillet. — C. 289. Lange, Die lateiviseben Osterfciern (Bechstcin). —
C. 302. Mackel, Die germanisch'n Elemente in der fran^ôsisclten tind provenait-
//V/.y/j Sprache ; Goldschmidt, *Zur Kritik der altgermanischen Elemente im
Spiniscben (W. Meyer). — C. 306. Krull, Gui de Cambrai, cint sprachliche
Untersuebung (Mussafia : connaissance insuffisante de la grammaire de
l'ancien français). — C. 308. Bernhardt, Die IVerlce des Trobadors N'Ai de
Mons (Levy : cette édition lait honneur au savoir du jeune philologue ;
nuis la tâche était au dessus de ses forces). — C. 317. Palazzi, Le Poésie
inédite di Sordello (Suchier). — C. 318. P. de Nolhac, La Bibliotlfèque de
Fulvio Orsini (Appel : ce livre ne donnera pas moins de satisfaction aux
romanistes qu'à ceux qui s'occupent de philologie classique). — C. 320.
Gaspary, Geschichte der Italieniscljen Literatur, II (Wiese : ce second volume
se distingue par les mêmes mérites qui ont fait le succès du premier).
Août. — C. 353. A. Schulze, Der altfran-ôsiscbe direkle Fragesat- (Tobler :
éloges). — C. 3 $6, W. Fœrster, Louis Meigret, Le Trettè de la grammere
françoe^e (Mussafia : objections à quelques corrections de l'éditeur). —
C. 363. Annales délia Sociedad Rhaeto-romanscha (J. Ulrich : la plupart
des articles sont destinés à un public autre que celui des philologues;
quelques-uns cependant ont un intérêt scientifique).
A ce numéro est joint un supplément de 8 colonnes, contenant la
réponse de M. W. Mùller aux articles de MM. E.-H. Meyer, Rôdiger et
Svmons sur sa Xfytlwlogie der Deutscben Heldensage.
Septembre. — C. 38$. Wheeler, Amilogy and tbe scope of its application to
Unguage. (B. Kahle : bon résumé de nos connaissances du sujet). * — C. 386.
Sigwart, DU Impersonalien (L. Tobler : étude philosophique intéressante
pour le linguiste). — C. 390, Fr. von Westenholz, Die Griseldîssage in
a\r Literuturgescbichte (R. Spiller : appréciation littéraire des différentes
versions, particulièrement du drame de Fr. Halm). — C. 392. Murray,
A Xezu bngliscb Dictionary (Schrôer). — C. 399. Beyer, Fran^dsische Plxmetik
fur Isbrer und Studierende (P. Passy : à recommander à quiconque veut
se familiariser avec le français parlé). — C. 403. Wimmer, Li Tornoiemen^
Aliter il von Huon de Mery (Mussafia : le texte critique est peu satisfaisant;
mais, grâce aux variantes, cette édition peut rendre de meilleurs services
que celle de Tarbj). — C. 410. Pak>cher, Die Chonologie der Gedicbte
Pelrarcas (Wiese : examine particulièrement les chapitres III, IV et V de
l'ouvrage; cf. Rom., XVII, 460).
Octobre. — C. 451. Vôlkel, Sur le changement de /'l en u (W. Meyer;
c f- c - 5 57)- — C. 452. Sôderhjelm, De Saint Luirent (Suchier : corrections).
— C. 454. Schmidt (Otto), Ueber die Eudungen des Praesens im AUproven^a-
listk'i (Levy : critique détaillée de ce travail fait avec la plus grande
négligence). — C. 460. Baist, Die spanisclje Spracbe (Goldschmidt : quelques
bonnes observations du critique). — C. 461. Decurtins, Ràtoromaniscbe
Cbrestomatbîe (Gartner : l'excellent éditeur et son collaborateur, M. Morf,
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182
PERIODIQUES
méritent toute notre reconnaissance pour cette entreprise). — C. 465. Steub,
Zur Ethnologie der deutschen Alpeu (Unterforcher : Steub, mort en mars 1888,
a eu le mérite de créer les études d'onomastique réto-romane). — C. 464.
Nagele, Zahlensymbolik (Ehrismann : complément d'un mémoire signalé
c. 35; compilation mal ordonnée et superficielle). — C. 465. Festschrift
Begrûssuug der XXXIX Vcrsammlung deutsclxr PJjilologen (Behaghel; a
noter une étude de M. Ulrich sur les nouvelles de Pietro Fortini).
Novembre. — C. 481. Psichari, Quelques observations sur la plxniètique des
patois et leur influence sur les langues communes (Schuchardt : compte rendu
important qu'on ne lira pas sans difficulté, mais qui vaut la peine qu'il
donne et mérite, comme tous les écrits de l'auteur, d'être relu et médité.)
C. 494. Aus lateinischer Sprachwissenschaft (Thurneysen : tous les roma-
nistes souhaiteront que le savant linguiste continue à les tenir au courant,
comme le faisait autrefois M. \V. Meyer, des études de grammaire latine). —
C. 503. Rn'ue des patois gallo-romans, II, 1, 2 (Morf : insiste, tout en faisant
l'éloge de la plupart des articles, sur quelques points de phonétique touchant
a la question si débattue des doublets syntaxiques). — C. 508. Cian, Motti
inédit i e sconosciuti di M. Pietro Bembo (Tobler). — C. 517. Die Dante —
Shaskespeare — Molière — Ausstellung des 3 . deutschen Neuphilologentages
(M. F. Mann).
Décembre. — C. 521. Pfaff, Das deutsche Volhsbuch von den Heymonskin-
dent (Klee). — C. 527. Rœtteken, Die epische Kunst Heiurichs von Veldehe
und Hartmanus von Ane (Ehrismann). — C. 537. Peretz, AUprovenialiscbe
SprichîLvler; Cnvrim , Spricfmvrter, spriclnuortlkhe Redensarten und Senten^en
bei den provcnyilisckcn Lyrikem (Appel : le premier travail est fait avec très peu
de soin; le second, qui est meilleur, avec peu de jugement). — C. 558.
Questions posées par la section phonétique de la Modem Language Association
of America, en vue d'établir un système modèle de notation scientifique des
sons. E. M.
V. — GlORXALE STORICO DELLA LETTERATURA ITALIANA, n ns 25-6 (t. IX,
5 e année, 1887). — P. 1. A. Graf, Demonologia di Dante. Mémoire où Ton
trouvera de nombreux renseignements sur la démonologie du Moyen-Age en
général, mais qui tourne un peu court au moment où l'on s'attend à y
trouver des renseignements précis sur la démonologie de Dante en particulier.
— P. 49. G. Mazzatinti, Ancora délie carte Alfierane di Montpellier-. — P. 81.
V. Cian, Pietro Bembo e Isabella d'Esté Gcn^aga. Note e documcnli. — P. 137.
Fr. Novati, I codici Trivulyo-Trotti. Cette collection, démembrement de la
célèbre bibliothèque Trivulzio, a été mise vente', en 1886, à New- York. Le
1. « Mise en vente » plutôt que vendue, comme le dit M. Novati. En effet,
beaucoup de ces mss., n'ayant pas trouvé acquéreur, sont, à la suite de
transactions dont le détail importe peu, revenus en Europe, et un libraire
alleman.l a été chargé de les écouler sans publicité. La Bibliothèque natio-
nale en a acquis trois, qui font maintenant partie des N. acq. latines. L'un
d'eux est le Térence de 1438 (n<> 10, catal. Hœpfli, n° 42).
PÉRIODIQUES
183
catalogue de vente, que j'ai eu entre les mains, est une oeuvre charlatanesque
où la valeur des mss. est maladroitement exagérée. M. Novati, qui avait eu
occasion d'étudier la collection, quand elle était encore à Milan, donne une
bonne description, accompagnée d'extraits, des principaux mss. dont elle
se compose. Bien peu offrent un véritable intérêt pour l'histoire littéraire.
— Variétés. P. 186. L. Biadene, Un manoscritto di rime spirituali. Notice et
description du ms. 348 de la collection Hamilton, maintenant à Berlin, fin
du xv e siècle, contenant de nombreuses compositions de Jacopone da Todi
et de Giustiniani. — P. 215. L. Frati, Sonelti satirici contro Ferrara, in un
codicc Bentivoîesco del secoh XV. — P. 238. C. de Lollis, Postiile autogiafe di
Dante. Réfutation décisive d'un mémoire publié par M. Pakscher dans la
Ztitschrift f. rom. Philologie, X, 447, sur de prétendues gloses de Dante que
renfermerait le chansonnier provençal Vat. 3207; voir Remania, XVI, 136.
Il n'y a aucune raison pour attribuer a Dante ces gloses, du reste très impar-
faitement déchiffrées par M. Pakscher. — P. 249. G. Campori, La Sociela
Filopatria di Torino. — Compte rendus. P. 254. P. Mcyer, Alexandre le
Grand dans la littérature française dit Moyen- Age (A. Wesselofsky), compte
rendu plein de remarques intéressantes dans lequel J'auteur, comme du reste
la plupart des critiques qui ont examiné le même ouvrage, s'attache à un très
petit nombre des questions que j'ai traitées dans les premiers chapitres. Ce sont
des conjectures opposées à d'autres conjectures. Comme d'autres, M. W.
exagère la part de YHisioria de prœliis dans la formation de la légende fran-
çaise. Je répète que nos plus anciens poètes, à commencer par le provençal
ou dauphinois Alberic, n'ont connu les fables du Pseudo-Callisthènes que
par la version de Julius Valerius et par YEpistoîa ad Aristoieletn. Les emprunts
à YHistoria, en bien petit nombre, qu'on remarque dans le roman en alexan-
drins, appartiennent aux parties les plus récentes de ce poème. Ce sont là des
faits que j'ai mis hors de contestation, et les doutes exprimés à ce sujet,
depuis la publication de mon livre, n'ont aucun fondement). — P. 266.
Misceîlanm di filologia e linguistica in mernoria di N. Caix c U.-A. Caneîlo
(G. Pércopo ; cf. Rotnania, XV, 452). — P. 279. L. Stoppato, La cotntwdia popo-
îare in ltalia. (V. Rossi; l'ouvrage est si médiocre qu'il ne méritait peut-être
pas un aussi long compte rendu. — P. 298. R. Schwartz, Die frottole im XV
Jaljrhundert (R. Renier). — P. 505. Bulletin bibliographique. Notons des
comptes rendus assez détaillés du mémoire de M. Rajna, Un iscrt\ione nepesina
del iiji (cf. Roinania, XVI, 613), de G. Rondoni, Tradi^ioni popolari e
leggende di un commune mtdiotvale e del suo contado , de Michelangeli , Snl
disegno delV inferno dantesco, etc. — P. 336. Communications diverses. —
P. 340. Chronique.
— N° 27 (4 e année, t. IX). — P. 345. T. Sandonnini, Al. Tassoni ed il
sanC Uffiiio. — P. 381. E. Pércopo, Laudi e devoiioni délia città di Aquila
(suite; commencé au t. VII). — Variétés. P. 404. P. de Nolhac, Pétrarque et
son jardin, d'après ses notes inédites. Ces notes inédites et autographes se
trouvent à la fin d'un Apulée du Vatican (n° 2193); elles sont datées de 1348
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184 PÉRIODIQUES
â 1369; il y est question de jardinage, de taille de vigne, de plantation
d'arbustes, notamment de lauriers. On y remarque la mention datée (1359)
d'une entrevue de Boccace et de Pétrarque. M. de Nolhac a fort habilement
mis en lumière les notions qu'on en peut tirer pour l'histoire du poète. —
P. 41 >. C. Cipolla, Nuove congé tlure e nuovi documenti intorno a maestro Taddeo
del Bratica, d'après des documents de la fin du xiv c siècle, tirés des archives
communales de Turin. — P. 431. A. Solerti, Anche Torquato Tasso? —
Comptes rendus. P. 441. P. de Nolhac, Fac-similés de V écriture de Pétrarque
(V. Cian; favorable, quelques additions; cf. Romania, XVII, 160). — r P. 448.
E. Mûntz, La bibliothèque du Vatican au xvi c siècle (V. Cian). — P. 457.
Communications diverses. Signalons une note dans laquelle M. Gaspary
conteste que la bibliothèque de Boccace ait été brûlée dans l'incendie du
couvent de San Spirito, en 147 1 ; on verra plus loin que l'opinion de M. G.
est fondée, mais peu nouvelle. Notice de M. V. Rossi sur un ms. des poésies
de Guidotto Prestinari. — P. 462. Chronique; annonce de la publication du
commentaire de Benvenuto d'Imola, sur la Divine Comédie.
— N° 28-9 (t. X, 5 e année, 1887). P. 1. Fr. Macri-Leone, Il ybaldone
Boccacesco délia Magliabechiana. L'auteur reconnaît en commençant qu'il ne
fait que rajeunir une thèse soutenue jadis par S. Ciampi dans son livre inti-
tulé Monument i di un manoscritto autografo e lettere inédite di niesser Giovanni
Boccaccio (Milan, 1830). Cette thèse est que le ms. II. II. 327 de la
Bibliothèque nationale de Florence (venant de la Magliabechiana et de
Strozzi) est un autographe de Boccace. Les arguments mis en avant par
M. Macri-Leone ne sont, pour la plupart, ni bien nouveaux ni décisifs. La
seule démonstration irréfragable consisterait a prouver, par la comparaison
avec un spécimen certain de l'écriture de Boccace, que le ms. est autographe.
Cette comparaison, M. M.-L. ne l'a pas faite ; il semble même, dans une note
finale, la croire impossible, considérant qu'il n'existe (en dehors sans doute
du \ibaldone dont il s'occupe) aucun spécimen certain de l'écriture de Boccace.
Je ne suis point aussi sceptique. Je considère comme très probable que le ms.
de la Laurentienne, XXIX, 8, d'après lequel j'ai publié ici même (XI, 325)
un abrégé en latin d'une partie du Fucrre de Gadrcs, est de la main de
Boccace. Je me fonde sur divers arguments que je ne puis développer pour le
présent, dont l'un est l'identité des lignes en capitales qui se lisent aux fol. 71
dudit manuscrit', avec la signature Johannes de Certaldo scripsit, qui se
trouve a la fin du Térence de la Laurentienne 2 . Les capitales employées de
1. J'ai fait faire de cette page (fol. 71 r°) un fac-similé en héliogravure
pour l'Ecole des Chartes, n° 258 de la collection.
2. Plut.. XXXVIII, n° 17. Le fac-similé en est donné par Ciampi,
Monunwnti, etc., au milieu de la planche de fac-similés jointe à l'ouvrage. La
supposition de Ciampi (p. 18) que cette signature aurait été copiée par le
copiste d'après un ms. de Boccace ne soutient pas l'examen. Cette signa-
ture a été visiblement ajoutée par une main autre que celle du copiste du ms.
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PÉRIODIQUES
185
part et d'autre se reconnaissent à des caractères particuliers qui ne laissent
pas place au doute. Or le ms. de la Laurentienne, XXIX, 8, n'est certaine-
ment pas de la main qui a écrit lu \ibaldone de la Magliabechiana. J'ai eu les
deux mss. sous les yeux à la Laurentienne et je les ai comparés minutieuse-
ment. Si donc le premier est de la main de Boccace, comme je le crois, il est
impossible que le second en soit. — P. 42. P. Rajna, Intertto al cosidetto « Dia-
logues créai urarum » (troisième art.; cf. Kom. y XV, 161, 615). M. Rajna fait
connaître deux mss., l'un de Munich, l'autre de la Laurentienne (provenant
de la collection Libri), qui contiennent la version la plus brève des deux,
c'est-à-dire la version originale. Le premier a été écrit en Allemagne, le
second en France, preuve du succès que l'ouvrage a obtenu hors de son pays
d'origine. L'auteur, Nicolaus Pcgaminus, est un Nicolas de Bergame. Suivent
de longues recherches sur May no de Maynero à qui l'ouvrage est attribué
dans un ms. de Crémone. — P. 114. Ant. Solerti, Torqiiato Tasso e Lucre\ia
Bendidio. — P. 161. P. Santini, Frammenti di un libre di banebieri fiorentini
scritto in volgare nel i2ii> publication suivie d'illustra^ioni linguislichc , par
M. Parodi. Texte fort intéressant pour la langue et à d'autres points de vue
encore, tiré des feuillets de garde d'un ms. de la Laurentienne. — P. 197.
E. Pércopo, Dragonetto Bonifacio marchese d'Oria, rhnatore napolilano del sec.
XVI. — Comptes rendus. P. 234. La resa di Treviso e la morte di Cangrande
délia Scala, cantare del sec. XIV, edito ed illustrato per cura di A. Medin
(L.-A. Ferrai). — P. 238. P. Villari, La storia di G. Savonarela e dei suoi*
tempi y nuova éd., vol. I (F.-C. Pellegrini). — P. 255. G. Mancini, Nitovi docu-
menti e notifie sulla vita e sulli scritti de Léon Battista Alberti (G. -S. Scipioni).
— P. 2j8. Bulletin bibliographique. — P. 292. Communications diverses.
L. Malvagi, Sulla fonte francese del « Trattato di virtù morali ». Cette source
française est le « Traité de moralité » ou « livre de Sénèque », dont on a tant
de mss. et qui commence par « Talent m'estoit pris... » La source du texte
'français est, comme je l'ai dit, en un article que l'auteur de cette communica-
tion ne parait pas connaître, le Moralium dogtna y qui n'est pas, comme on l'a
cru, l'œuvre de Gautier de Lille (voy. Remania, XVI, 69). — Biadene, Il
codice Berlinese del Decamron. — V. Cian, // supposlo incendie dei libii del
Boccaccio a San Spirito; M. Cian montre que l'opinion soutenue dans le t. IX
du Giornale, par M. Gaspary, sur le sort de la Bibliothèque de Boccace, avait
déjà été solidement établie par plusieurs érudits. — P. 301. Chronique.
— N° 30 (t. X, 5 e année, 1887). — P. 313. L. Biadene, / manoscritti
italiani délia colle^iene Hamillon. — Variétés. P. 356. L Frati, Notifie biogra-
ficlx di rimatori italiani dei sec. XUI-XIV. Onesto da Bologna. — P. 363. R.
Sabbadini, Sugli Studi volgari di Leouardo Giustiniani. — P. 372. E. Lamma,
— Au dernier moment je remarque qu'un texte sur lequel M. Novati appelle
l'attention dans le présent GiornaIe y X, 424, prouve d'une façon décisive que
ce ms. a bien appartenu a Boccace.
t
186 PÉRIODIQUES
Iniortto ad alcune rime di L. Giustiniani. — P. 384. E. Costa, M.-Ant.
Flaminio e il cardinale Akssandro Farnese. — P. 388. G. Sforza, Una Jettera
danlesca di Gio. Jacopo Dionisi. — Comptes rendus. P. 392-402. I. Palmarini,
* / drammi pasiorali di Antonio Marsi, vol. I, la Mtr^ia (V. Rossi). —
P. 406. G. Mazzatinti, înventario dei minoscritti italiani délie biblioUcl* di
Francia, vol. I-II (R. Renier). — P. 413. A. Goldmann, Drci italienische
Handschriften kataloge (F. Novati; l'un de ces catalogues serait, selon l'édi-
teur, celui des livres légués par Boccace à S. Spirito, ce que conteste
M. Novati. A cette occasion le critique fait d'intéressantes observations sur le
sort des livres de Boccace. — P. 426. Bulletin bibliographique. — P. 447.
Communications diverses. M. Salvioni s'efforce de démontrer (et naturellement
il n'y arrive pas) que dans les serments de 842 il faut lire dis/ et non dift. —
P. 4$ 2. Chronique. La direction du Giornak fait savoir qu'à l'avenir elle
renonce à donner le dépouillement des périodiques, ne voulant pas faire
double emploi avec le Moyen-Age, de MM. Marignan, Platon et Wilmotte,
qui donne, en effet, dans une certaine mesure, ce dépouillement. Le Giornale
dorénavant se bornera à signaler, dans les publications périodiques, ce qui
intéresse plus particulièrement l'Italie. En fait, la multiplicité croissante des
publications de ce genre rend impossible un dépouillement véritablement
complet. Les directeurs de la Ronmnia s'en sont aperçus depuis longtemps.
P. M.
*
VI. — Modern Language Notes. Baltimore, 1887. — N° 1. Janvier. —
Col. 29-32. P. Rajna, Osserva\ioni sulV alba bilingue; Un' iscr idiotie Nepesina
del u;i (F. M. Warren; simple analyse; cf. Romania, XVI, 606 et 613).
— N° 2. Février. — Col. 102-4. A. Lorenz, Die ers te person pluralis des
Verbums im Altfran^sischen (H. Schmidt; le critique attribue à Fauteur de
cette dissertation, entre autres mérites, celui d'avoir trouvé que la terminai-
son -ornes, à la i rc pers. du plur., n'est pas propre à la Picardie, comme on le*
supposait. Mais il n'y a là rien de neuf ; cf. Raoul de Cambrai, éd. de la Soc.
des anc. textes, p. lxx).
— N° 3. Mars. — Col. 115-8. H. -A. Todd, A propos of « Les trois morts
et les trois vifs ». M. Todd avait imprimé le dit des trois morts et des trois
vifs dans la préface de son édition de la Panthère d'amours sans se rappeler que
ce même opuscule avait déjà été publié par M. de Montaiglon, et, plus
récemment, signalé dans trois mss., l'un desquels le présente sous une forme
écourtée. M. Todd rectifie et complète à cet égard sa préface d'après une
observation faite par le secrétaire de la Société des anciens textes (Bulletin,
i88>, p. 96). — Col. 154-8. Merlin, publié par G. Paris et J. Ulrich (F. M.
Warren; compte rendu très favorable).
— N° 4. Avril. — Col. 169-78. G. Karsten, The f in french « soif, bief,
mœuf », etc. Discussion nouvelle d'un point souvent débattu, et où l'opinion
de M. Ascoli sur l'attraction de Vu (nidu — niud) est surtout contestée.
Du reste rien de définitivement établi. — Col. 186-92. S. Garnér, Tlx
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PÉRIODIQUES
gerundial construction in thc romanic languages. L'auteur ne comprend pas
toujours les textes qu'il cite ; il dit par exemple que dans ces deux vers de
Févangile de l'Enfance : Per la vila s'en van cridan et E tot% los ju\ieus van
cridar, l'inf. et le gér. sont équivalents, ce qui est tout à fait erroné.
— N° 5. Mai. — Col. 237-45. G. Karsten, Osscrva^ioni su alcuni passagi
délia Divina Commedia. Sur Inf. III. 40-3 ; V, 103-5, 108, 114. — Col. 247-
56. H. Schneegans, Die Ronmnhafte Ricbtung der Alexius légende im Altfran-
yesischen u. mittelhochdeutscJjen Gedichten. — Col. 263-70. S. Garner, Tlx
gerundial Construction in tlx romanic languages (suite). — P. 270-4. T. Mac
Cabe , The use of thc féminine in tlx romance languages to express an indemnité
matter. L'auteur réunit des exemples (li a tele donée, etc.), mais n'offre aucune
explication de cet emploi, d'ailleurs bien connu, du féminin.
— N° 6. Juin. — Col. 307-27. H. Schneegans, Die Romauhafte Ricbtung d.
Alexius légende (suite et fin). — Col. 327-45. A.-M. Elliot, Origin of thc
mme « Canada ». M. Elliot pense que ce nom n'est pas du tout d'origine
indienne, mais est l'espagnol canada , vallée. M. E. cite un certain nombre
de lieux (ce sont de simples hameaux) appartenant à diverses parties de la
France, qui portent le nom de canada, et se demande si cette appellation est
antérieure à la découverte du Canada. Elle est certainement postérieure. —
Col. 349-50. R. Otto, Zivei Altcalalanisclye Rechts-formulare. Courts extraits
fort incorrectement publiés 1 , d'après le ms. Ottob. 3058, de la bibliothèque
Vaticane. Dans un calendrier qui fait partie du même ms. M. O. a relevé, au
mois de mars une note curieuse, qu'il a mal lue du reste, mais qu'il est aisé
de rétablir comme suit :
De pos ora de miganit, a très de nurv, de l'an mccclxx. [ej très, foset grau terra tremol en la ciutat
de Barchmona, e dura dues ores, e quacch lo cap del cluquer de les csquclcs de Santa Maria Singla (?)
on toquen les csquclcs, e quech una gran pcdra del arch de la esglca de Sent Just que es denant l'altar
major de Sent Just.
Je rappelle que j'ai signalé deux autres témoignages sur le tremblement de
terre de mars 1373 dans le Bulletin de la Société des anciens textes, 1875,
p. 5 1 . On en trouvera un troisième dans la chronique du Petit Thalamus de
Montpellier, p. 388 de l'édition et un quatrième dans la chronique de Guyenne
récemment publiée par M. Germain Lefèvre-Pontalis (Bibl. de r École des Chartes,
XLVII, 63)*. — Col. 353-4. Fr. Spencer, Corrections in Bartscïïs glossary(La
langue et la littérature française, Paris, 1887). Le critique relève quelques
1. Ainsi M. O. lit « eu per amor de so » au lieu à! enperamor . . . et deux
lignes plus bas contumadament segues (qu'il déclare honnêtement ne pas com-
prendre), pour continuadameiit seguens , etc.
2. Et en voici un cinquième que je trouve à la fin du ms. Bibl. nat. fr.
566, contenant le Trésor de Brunet Latin : « Anno Domini millesimo ccc m °.
« lxxij mo die Jovis, scilicet tercia die mensis marcii, post mediam noctem
« ante auroram, fuit terremotus in Sparra {Lesparre; ce nom est gratté, nuiis
« on peut encore le lire), et sol in ortu suo de mane erat rubeus, tantum quan-
« turn homo poterat judicare; et erat littera dominicalis B, et anno prece-
« denti fuerat bissextus ».
4
i88
PÉRIODIQUES
renvois inexacts dans le glossaire et propose deux corrections. Mais on pour-
rait remplir tout un numéro des Modem Language Notes avec les corrections
qu'il y aurait à faire dans la nouvelle chrestomathie de Bartsch ! — Col. 374-6.
G. Karsten, The origin of the suffix -re in french, ordre, coffre, pampre, etc.,
prétend, contre toute vraisemblance, que, dans ces mots, la finale -re n'est
point une formation phonétique , mais est produite par l'analogie de mots
comme apôtre, litre, chapitre, etc. — Col. 387-93. G. Karsten, T)ie study oj
romance Pbiblogy. Compte rendu de Neumann, Die RomaniscJje Philologie (cf.
Rom.> XVI, 175), de Kœrting, Encycl. u. MetJtode J. rom. Spr. (cf. Rom., XV,
477), de Groeber, Grundriss d. rom. PhiL (cf. Rom., XVI, 623, XVII, 63$).
— Col. 399. Diez, Etym. Wœrt., 5^ Ausg. (E.-S. Scheldon ; signale des
lacunes dans l'appendice ajouté par M. Scheler à cette édition)
— N° 7. Novembre. — Col. 425. S. Garner, Tlx gerundial construction in
tlx roman ic languages (suite). — Col. 441-6. A. Stûrzinger, The Patois of tfx
canton de Vaud. Compte rendu de la PJjonologie des patois du canton du Vaud de
M. Odin. — Col. 457-64. A. -M. Elliot, East french diahcts. Compte rendu de
Horning, Die Ost fran\œsisc})en Greu^dialekte ^wischen Mei\ u. Belfort.
— N° 8. Décembre. — Col. 488-95. Fr. Spencer, 77a? old french mannscripts
of York minster Library. Les mss. français ici décrits sont au nombre de cinq
et contiennent : La lumière as Lais de P. de Peckam ; le Manuel de PécJ)ês
de W. de Waddington, un fragment du Miroir de Robert de Greetham ; les
fables de Marie , et diverses vies de saints. Les notices de M. Spencer sont
très superficielles, et faites a peu près uniquement à l'aide des notices de
divers mss. de Cambridge publiées dans la Romania. Il y a des fautes de lecture
(par exemple Cil ki sevent de lecture au lieu de lettrure). M. Sp. n'a pas
su reconnaître la valeur du texte de P. de Peckam à la suite duquel se
trouve une note (qu'il n'a pas comprise) d'où il résulte que le ms. (qui paraît
être autographe ou du moins une copie faite sous les yeux de l'auteur) a été'
commencé dans le prieuré de Newark (Surrey) et terminé à Oxford, de
1267 à 1268. J'ai fait de ces mêmes mss. (ce que n'ignore pas M. Sp.) une
description que je publierai prochainement et qui ne fera pas double emploi
avec celle qui nous arrive aujourd'hui d'Amérique. J'y pourrai joindre des
héliogravures représentant cinq feuillets choisis dans les mss. 16. K. 12 et 16.
N. 3 de la Bibliothèque du chapitre. Ces héliogravures font partie de la col-
lection des fac-similés de l'Ecole des Chartes. — Col. 495-500. H. Schneegans,
Das Verhàllniss der fran^ôsiscljen von Her\ hrausgcgebencn Akxiuskgende \u
ihreit laleiniscinn Quelkn. L'auteur, qui ne paraît pas avoir connu l'article
de G. Paris sur l'édition de M. Herz (Romania, IX, 151), suppose que
cette version française est faite sur une compilation de la vie publiée par les
Bollandistes et d'une autre vie publiée par Massmann. Ainsi présentée
l'hypothèse est peu probable. — Col. 509-16. H. Michaelis, Kovo dicciomrh
da lingna portngue^a e allemà (H.-R. Lang). — Col. 517-20. Novati, Un
nuovo ed un vecchio frammento del Tristan di Tommaso (F. -M. Warren; cf. ci-
dessus, p. 175). P. M.
*
PÊRIODiaUfcS
189
VII. — Revista catalana. — N. i. Janvier 1889. — Cette nouvelle
revue, destinée à remplacer et Lo Gay Sabcr, qui a cessé de paraître, et La
Renaixtnsa, devenue un journal politique, est dirigée par un homme de talent,
M. l'abbé Jaume Collell : c'est lui du moins qui signe l'avant- propos du
premier cahier. Le programme qu'il expose est vaste ; souhaitons qu'il soit
rempli. M. Collell voudrait que la Revista catalana devînt l'organe essentiel
du catalanisme et que, sans toucher à la politique, à « l'odieuse politique, » ce
recueil abordât toutes les questions linguistiques, littéraires et historiques qui
intéressent les Catalans et particulièrement les Catalans d'Espagne. Le
numéro que nous avons sous les yeux présente cette variété que recherche
l'éditeur. Après un Coup d'ail sur le passé et le présent de la langue catalane, par
Antoni Rubiô y Lluch , une dissertation sur la Famille catalane , par Ramon
de P. Duran, y Ventosa, vient une note de M. l'abbé Joan Segura sur l'éty-
mologic de l'adjectif pregon. L'étymologie qu'il propose (profundus) est
bonne , mais peu nouvelle , et les arguments dont il l'appuie ne méritent
pas tous d'être approuvés. L'/ ne s'est pas changé en g ; la forme intermé-
diaire est fréon comme en provençal, et le g a été introduit plus tard : c'est
ce que prouvent, entre autres, des formes analogues citées par l'auteur : ragà
pour rahè (ratiotiem), enragonar, etc. — Notons encore, parmi les articles
littéraires, des extraits très agréables sur Villafranca, de 1834 à 1854, tirés des
Souvenirs d'enfance, livre inédit de Gaetd Vidal (D. Cayçtano Vidal y
Valenciano).
Au premier cahier de la Revista sont annexées, sous le titre de Biblioteca de
la Revista Catalana, les deux premières feuilles de deux ouvrages inédits qui
seront continués dans les numéros suivants. Quoique ces feuilles soient maté-
riellement indépendantes de la revue et puissent être facilement détachées,
nous n'aimons pas beaucoup ce mode de publication fragmentaire. Peut-être
les éditeurs n'en pouvaient-ils adopter d'autre : cela vaut mieux que rien.
Les deux ouvrages ainsi publiés m'intéressent d'autant plus que je me pré-
parais à les imprimer l'un et l'autre. Pour ce qui est du second, les Proverbis
de Jafuda, j'avais même formellement annoncé mon projet d'en donner une
édition d'après les trois manuscrits actuellement connus (Romania, XII, 230,
note 3), ce qui sans doute a échappé à M. Joseph Balari y Jovany, puisqu'il
se contente de reproduire le seul ms. de Madrid. Je n'ai nulle intention de
faire valoir des droits de priorité ; je me borne à regretter qu'un texte inté-
ressant soit publié d'une manière qui ne saurait être que défectueuse, le ms.
de Madrid ne pouvant fournir seul une leçon satisfaisante.
L'autre ouvrage consiste en fragments d'une histoire du dernier comte
d'Urgel, le rival malheureux de Ferdinand de Castille qui, en vertu de
la décision de l'assemblée de Caspe, succéda sur le trône d'Aragon à
Martin I er , mort en 1410. Ces fragments, dont il existe plusieurs copies, en
Espagne et en France, ont beaucoup servi a Diego Monfar, l'historien des
comtes d'Urgel. J'avais préparé l'impression de cette curieuse chronique,
d'après deux copies qui m'étaient connues, et je comptais à ce propos disserter
A
I90 PÉRIODIQUES
un peu sur les origines du catalanisme politique : j'attendrai maintenant
l'édition de la nouvelle Biblioteca.
La revue dirigée par M. l'abbé Collell est soigneusement et correctement
imprimée ; ajoutons qu'elle paraîtra tous les mois par cahier de cinq feuilles
in-8° et que le prix de l'abonnement est de 1 5 francs par an pour l'étranger.
A. Morel-Fatio.
VIII. — Journal des Savants, 1887. — P- 65-77 (février), 149-1 58 (mars),
241-249 (avril), A. Darmesteter, La Vie des Mots (G. Paris : livre d'une rare
valeur de fond et de forme ; on peut faire quelques réserves sur le point de
vue de l'auteur ou au moins sur la façon dont il l'expose. Des remarques sont
présentées sur les mots : affût, boucher, compliment, dainliers, esclave , fromage,
grivois, guère, nonpareil, roman, souffreteux, toilette, vandalisme). — P. 755-
764 (décembre), Le Mystère des Trois Doms, joué à Romans en MDIX, publié
par Ulysse Chevalier (G. Paris : curieux pour l'histoire du théâtre
religieux en Dauphiné). — Livres annoncés sommairement : Laiinska Satiger
fordom anvanda i svenska kyrkor (p. 716); E. Mûntz, Eludes archéologiques
et iconographiques sur le Moyen Age (p. 769 ; l'auteur a reproduit dans ce
volume son travail sur l'iconographie de Charlemagne, publié dans la
Romania).
1888. — P. 28-34 (ja nv ^r), Cautiones morales, sclx>lasticae, historicae, in
regno Sueciae olim usitatae (Hauréau). — P. 292-303 (mai), Milchsack, Hymniet
sequentiae I (Hauréau : publication qui demande bien des perfectionnements).
— P. ^12-526 (septembre), La Passionedi Gesù Cristo, rappresenta\ione sacra 4n
Piemonte nel secolo XV, édita da Vincenzo Promis (G. Paris : ce texte, composé
à Revello en toscan influencé par le dialecte, est intéressant ; il paraît imité
des mystères français, mais non traduit d'un mystère en particulier ; l'édition
est insuffisante). — P. 664-675 (novembre) et 727-736 (décembre), Trojel,
Middelalderens Elskovslx)ffer (G. Paris : travail fait avec intelligence et très
digne d'éloge; toutefois l'auteur accorde encore trop à l'opinion autrefois
accréditée sur les Cours d'amour, et son identification du Gautier auquel
est adressé le Tractatus de arte honesfe amandi avec Gaucher III de Châtillon
n'est pas acceptable). — P. 675-678, Berthelot, Sur le nom du bronze clx\ les
alchimistes grecs (l'illustre chimiste apporte ici, grâce à ses curieuses
recherches sur les origines de l'alchimie, une intéressante contribution à
l'étymologie romane : on n'avait pas jusqu'à présent d'exemple du mot
bronze, en aucune langue, plus ancien que le xv« siècle ; M. B. en cite un,
sous la forme grecque (s^ovt^t.ov, qui est au moins du XI e siècle ; il rap-
proche ensuite fort ingénieusement ce mot de Yaes Brundusinum ou
Brundisiacum cité par Pline, et compare Yaes Cyprium, devenu le cuivre;
en ce cas, l'accentuation de bronze, bron^o, bronce, pourrait s'expliquer par
la dénomination aes Brundusi ; une objection plus grave pourrait se tirer du
fait que la vraie forme de ce nom de ville devait bien être Brindisium
(voy. Georges), que confirme le grec BpsvTT.'atov ou I3p svoia-ov, ainsi que l'it.
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PÉRIODIQUES
191
Brindisi, l'une, fr. Brendis). — Livres annoncés sommairement : Joret, Flore
populaire de la Normandie (p. 119) ; WulfT, Poèmes inédits de Juan de la Cueva
(p. 120) ; de Nolhac, La bibliotljéque de Fulvio Orsini (p. 177) ; Paris, La litté-
rature française au Moyen Age (p. 494).
IX. — Gôtttngische Gelehrte Anzeigen, 1888, n° 20-21. — Ces deux
numéros contiennent une très longue et très importante étude de M. W. Fôrster
sur la langue des célèbres monuments de la littérature vaudoise, à propos
de l'édition de La Noble Leçon qu'a récemment donnée M. Montet. Nous ne
pouvons traiter ici incidemment une question aussi considérable, sur laquelle
nous aurons sans doute l'occasion de revenir.
X. — Mémoires de l'Académie de Belgique, t. XLI, 3^ fasc. Sermons
de carême en dialecte wallon, texte inédit du xiif siècle, publié par Emmanuel
Pasquet, 48 p. in-8°. — Le ms. qui renferme ces neuf sermons a jadis appar-
tenu à l'abbaye de S. Jacques, à Liège. Il contient un grand nombre de pièces
latines, notamment la Somme de Pierre le Chantre. M. Pasquet me paraît
disposé à trop en reculer la date; en tous cas, la copie de nos sermons ne
peut être antérieure à 1250, et je la crois plutôt moins ancienne. Plus d'une
gaucherie du scribe, certaines répétitions et lacunes, enfin une irrégularité
graphique assez prononcée, excluent l'hypothèse que nous ayons conservé
l'original. Celui-ci est-il antérieur au milieu du xiii c siècle? J'hésite à
l'admettre. Les preuves de l'éditeur (p. 17), notamment la 3e (tnoi(e) 9 soi(e)
n'est pas plus surprenant que la 1 sg. de l'impf. en oi(e) du Poème Moral et des
chartes de tout le xiii c siècle), ne sont pas décisives. Il fallait surtout invoquer
les faits suivants : i° chute de l'atone dans penance, iunons -ne(i)s, solet
(satullatum), resolet, escoltor, conut, etc.; 2 0 l'absence de eu = ô, parti-
culièrement les finales en o(w)^?j, qui donnent un terminus ad quem, cf.
Remania, XVII, $59; 3 0 la persistance assez remarquable de la diphthongue
dans les 2 plur. aueis, saueis; 4 0 l'amuissement non encore achevé de
s -f- cons.; 5 0 la substitution assez générale de s à % finale qui indique, ainsi
que 2°, le milieu du xm e siècle. L'influence française est déjà sensible; on a
e ->r y : 1, uns et non cea\ (qui dans la région hutoise semble coïncider avec
-ial = -ellum), soef et non soit (Poème Moral 528*), paistre, crestre, mais
humlement. Jujer (p. 41, 42, 43) n'offre pas plus de difficulté que Atidrier,
tuilhier, etc., des chartes liégeoises ; cf. Romania i XVII, 565; coverner est peut-
ctre à rapprocher de corace ; foink présente le même phénomène que le liégeois
mod. plôk, ôk, etc. Une dernière remarque sur l'introduction de l'éditeur, qui
atteste beaucoup de recherches, à défaut d'une complète familiarité avec les
études philologiques : M. P. fait de les — lor un trait exclusivement wallon.
M. Meyer avait déjà signalé des exemples du sud de la France. Je crois qu'on
ne peut séparer les = lor de le = // (lut), par exemple Charrette 436 et
Job 352, 14, et de lor — les dans Perceval 11 11, Aym. de Narb. 2300, Poème
Moral $22, etc. Les = lor est aussi dans R. Cambrai 8550.
192
PÉRIODIQUES
Le texte est assez bien conservé ; peu de lacunes et un petit nombre d'erreurs
faciles à redresser. Voici les observations qu'une lecture attentive m'a suggé-
rées : 24, 22 fCele — 25,14 missent plutôt que eussent; 15 qui — que est fort
admissible; 24 doist pour doinst; toutefois le wallon a un verbe dosé qui a le
même sens et se trouve dans une charte des Dominicains, à Liège, datée
de 1288 « ..item je voilh que mei foimains doisent quatre mars de ligois la ilh
veront et troveront par bons clers ke men arme soit mies acuiteie ». —
27, 1. 2 d'en bas uolttit est sans doute une forme latine, car l'usage du texte
impose ici ttolt (cf. 26, 1. 1 d'en bas; 33, 16) —28, 17 montes ; 24 te = tu est
aussi picard — 29, 3 par peut être conservé; il est pour por en dix endroits,
où M. P. l'a maintenu; de même por — par 27, 13, qui résulte peut-être
d'une confusion phonétique, attestée encore par les formes cor (car), nich ais ;
6 et 15 ilh offre ici une particularité curieuse, n'ayant que la valeur d'un sujet
impersonnel suivi du sujet réel. Il est assez curieux que deux passages de
chartes nàmuroises offrent cette même particularité (Cartulaire, éd. Borgnet,
pp. 162 et 164. Dans le dernier passage le p. passé est accordé avec le sujet
réel : « ensi ke ilh fuissent achates armes ne bernais... ») — 32,21 Jarenchin.
Pourquoi pas Imme et ailleurs juïse aussi bien que 0/, oïr, etc.? — 35.15 so[iJ ;
peut-être .re n'est 0. n. — 36, 1. 4 d'en bas a c . — 38, 17 oit pour ot ? 23 croistre
est mal interprété par M. P. qui veut le remplacer par giesi(!) 11 signifie :
rester, être de trop, sens qu'il a fréquemment dans les textes d'archives.
V. Cart. de Namur, p. 145, n° 45 ; p. 193, n° 60; Cart. de Dînant, p. 140,
n° 40. A Huy, je lis dans une pièce inédite du Val Notre-Dame (1291) :
« ..se aucune choze i creissoit, que li criu^ soit conuertiz ens es plus néces-
saires ourages. » — 39, 1. 7 d'en bas parkis masc. se rapportant à un fém.
(paroles) me rappelle deux passages d'une charte de S. Barthélémy, à Liège
(1273) : « la reportarent dame Marei et Ysabeaz sa filhes desoir nomeis....\
totes ces choses desoir dites furent faites et deviseis... » — 43, 1. 8 d'en bas en
dont est fort acceptable; c'est le liégeois moderne Aiô — n'est-ce pas. — 45, 13
sa uietet n'est pas douteux ; uietet est du wallon aussi pur que les formes énu-
méréesdansce recueil (XVII, 557) ; pour /V=i/m, cf. ibid., p. 565 (38). — 46, 1
et 24 : dans le premier cas, que peut être conservé ; il est simplement explétif,
ce qui est d'usage courant dans la vieille langue ; dans l'autre passage que —
qui est un fait dialectal — 47, t4 je supplée la[terre tren]lat; 15 solos
et aussi 20. J'espère que devant ces deux exemples du wallon, M. Horning
fera fléchir le scepticisme qu'il m'oppose dans la Zs. f. R. Pb., XII, 258.
L'allusion à Roland (p. 42) n'est pas un cas isolé. La plupart des noms des
héros de l'épopée carolingienne ont été populaires en pays wallon. On dit
encore aujourd'hui un Gadelon à Herue, un Bai 'igant à Liège ; dans une charte
de l'abbaye de la Paix-Dieu (125 1), un des témoins porte, ce qui est plus
singulier, le prénom de Marsiles. — M. W.
CHRONIQUE.
Nos études ont fait une perte cruelle , qui nous est tout particulièrement
douloureuse, dans la personne de notre ami Arsène Darmesteter, décédé
presque subitement à Paris le 16 novembre dernier. Nous n'entreprendrons
point ici de donner sur sa vie et ses travaux une notice qui ne pourrait être
suffisamment étendue : on en trouvera une , digne de lui , en tête du recueil
de ses opuscules dont son frère prépare la publication 1 . Bornons-nous à rappe-
ler ses importants ouvrages sur la Formation des mots composés en français, sur la
Formation des mots nouveaux, sur la Vie des mots, sur Floovcnt, ainsi que ses
mémorables articles de la Romania sur les glossaires hébraïco-français, sur la
protonique non initiale, sur l'élégie de Troies de 1288. Les grands travaux
qu'A. Darmesteter avait projetés sur les transcriptions juives de mots fran-
çais restent malheureusement à l'état de matériaux dont on ne voit actuelle-
ment personne qui puisse tirer bon parti. Nous sommes heureux en revanche
d'annoncer que le Dictionnaire général de la langue française , auquel il travail-
lait depuis seize ans en collaboration avec M. Ad. Hatzfeld, est en état de voir
bientôt le jour. V Introduction, œuvre remarquable en elle-même, est impri-
mée ; les premiers fascicules paraîtront dans peu de mois. C'est M. Antoine
Thomas, actuellement professeur à la Faculté des lettres de Toulouse, qui
reprendra dans le Dictionnaire la part de collaboration de Darmesteter : sa
succession ne pouvait tomber en de meilleures mains. — Arsène Darmesteter
n'avait que quarante-deux ans ; il était depuis trois ans environ sous la menace
d'une maladie de cœur, et il n'a pas fait à sa santé assez de concessions sur
son travaii. C'est à la suite d'un refroidissement pris dans l'exercice de ses
fonctions d'examinateur à la Faculté des lettres qu'il a été atteint d'une
congestion qui s'est portée sur le cœur et l'a rapidement emporté. Tous
ceux qui ont lu ses ouvrages ont apprécié la pénétration de son esprit, son
1. Une courte esquisse de son activité se trouve dans l'article nécrologique
fourni à la Revue Critique (1888, n° 49) par un des directeurs de la Romania. Les
discours prononcés sur sa tombe par MM. Zadoc Kahn, Himly, G. Paris,
Terrier et Hatzfeld ont été réunis par les soins de la famille en une brochure
ornée d'un portrait.
Romania. XVIII I 3
194 CHRONIQUE
don d'invention et de disposition, la sûreté de son savoir, la finesse et la
rigueur de sa méthode; ceux-là seuls qui l'ont connu intimement ont pu
mesurer l'étendue et la variété de son intelligence en même temps que la
modestie, la droiture et la sûreté de son caractère, l'aménité de son commerce
et la bonté exquise de son *cœur. Les savants le regretteront longtemps ; ses
amis le pleureront toujours.
— M. le comte Paul Riant, membre de l'Institut, est mort, le 17 décembre
1888, à l'âge de 52 ans. Les grands travaux de M. Riant sur l'histoire des
Croisades ont souvent touché le domaine des études romanes. Il avait imprimé,
en 1869, une édition de Robert de Clari qu'il jugea lui-même insuffisante et
qu'il supprima. Il laisse de très nombreux matériaux de travail qui ne seront
pas perdus pour la science".
— M. Franz Hueffer, auteur de quelques publications provençales de
mince valeur (voy. Roman ta, VII, 445), est décédé a Londres (où il s'était
établi dés 1869 et avait acquis une certaine réputation comme critique
musical), le 19 janvier 1889. Il était né a Munster en 184$.
— Le présent fascicule de la Romania contient un article de M. Shaineanu
qui appelle quelques mots d'explication. Nous avons annoncé à nos lecteurs
que dorénavant nous n'accueillerions plus que tout à fait exceptionnellement
des études de folk-lore , divers recueils spéciaux étant affectés aux recherches
de ce genre, et que nous consacrerions de plus en plus le nôtre à l'investiga-
tion philologique des langues romanes et de leur littérature ancienne. Il en est
et il doit en être de même pour les études sur les patois, qui trouvent main-
tenant leur place naturelle dans la Revue de MM. Gilliéron et Rousselot ou
dans celle de M. Clédat. Toutefois il peut y avoir a cette double règle
quelques exceptions. Celle que nous avons faite pour le travail fort intéres-
sant de M. Shaineanu sur les Jours d'emprunt se justifie par la circonstance
que ce travail se rattache intimement à un article publié sur le même sujet
dans notre troisième volume. D'autres fois des études de folk-lore comprennent
des éléments qui remontent au Moyen Age , et dans ce cas nous ne nous
interdirons pas de les accueillir. Mais, en général, nous le répétons, le folk-
lore et les patois modernes ne doivent plus compter sur l'hospitalité que nous
leur offrions jadis. Nous sommes heureux que les études qui les concernent
aient maintenant en France des organes propres, et nous pensons, que notre
initiative n'a pas été étrangère a ce résultat. Toutefois, nous ne souhaitons
pas que ces organes se multiplient ; il serait au contraire désirable, nous l'avons
déjà dit, que le nombre s'en restreignît : une revue de folk-lore, une revue
de patois suffiraient amplement et au public que ces recherches intéressent et
aux collaborateurs en état de les exécuter comme il faut. Il est à craindre que
la concurrence ne nuise au succès des plus méritoires parmi ces publications ;
1. Voyez sur le comte Riant une notice insérée dans la Revue critique
(1889, no 1).
V
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CHRONIQUE 19$
cette concurrence , nous la diminuons dans la mesure de nos moyens en ren-
voyant à d'autres recueils que la Romania les contributions qu'on nous
adresse parfois encore et qui sont mieux placées ailleurs.
— Avec la date de janvier 1889 a paru le premier numéro d'un recueil
ainsi intitulé : « Annales du Midi, revue archéologique, historique et philolo-
gique de la France méridionale, publiée sous les auspices du Conseil général
des Facultés de Toulouse, par Antoine Thomas. » Ce recueil a pour épi-
graphe ces vers de P. Vidal : Ab Yalen tir ves me l'aire Qu'eu sent venir de
Procréa. U s'ouvre par un article de P. Meyer : La langue romane du midi de
la France et ses différents noms. 11 se recommande en particulier à l'attention des
savants par un dépouillement très complet et très consciencieux de tout ce
qui concerne le Midi dans les publications périodiques. Nous nous bornons
aujourd'hui à annoncer les Annales du Midi, dont nous donnerons régulière-
ment la notice.
— M. J. Ulrich préparc un livre qui, sous le titre d'Eléments d'ètymologie
Mienne, contiendra une phonétique, un traité de la formation des mots et
un dictionnaire étymologique italien.
—.Le Conseil général des Bouches-du-Rhône a voté des fonds pour un
cours « supplémentaire », qui se fera à Aix et à Marseille, d'histoire de la
littérature provençale. C'est M. L. Constans, professeur de littérature latine
à la Faculté des lettres d'Aix, qui a été chargé de ce cours.
— M. Fr. Novati a été nommé professeur à l'Université de Gênes.
— On vient de trouver un précieux recueil manuscrit, du milieu du
xv« siècle, qui contient une suite de petits mystères en langue d'oc, allant
de la création au jugement dernier. M. A. Thomas, à qui ce manuscrit a
été confié par son possesseur, doit en donner prochainement une notice
détaillée. Bornons-nous à dire que dans le mystère de la Passion figure, fait
nouveau en France, le Juif Errant sous le nom de Bouttadeu.
— M. G. Paris a chargé M. Ernest Muret, élève diplômé de l'Ecole
des hautes études, de faire cette année à sa place une de ses conférences
hebdomadaires. C'est la seconde fois que M. Muret expose à l'Ecole des
hautes études la grammaire du latin vulgaire.
— M. Wilhelm Meyer a mis sous presse une nouvelle Grammaire des
langues romanes, qui formera trois volumes comme celle de Diez. Le
premier volume ne tardera pas à paraître. Nous avons lieu d'espérer qu'une
traduction française de ce volume et des suivants pourra être publiée fort
peu de temps après l'apparition de l'édition allemande.
— On annonce la prochaine fondation d'une Société pour r étude des parler 9
de France; nous tiendrons nos lecteurs au courant de ce qui se fera pour la
réalisation, qui nous paraît fort souhaitable, de cette idée.
— La Société des anciens textes français vient de mettre en distribution le
premier des volumes destinés à l'exercice 1888 : Le mystère de saint Bernard
de Menthon, publié pour la première fois d'après le ms. unique appartenant à
M. le comte de Menthon, par A. Lecoy de La Marche, xxxi-204 pages.
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I96 CHRONIQUE
— Livres annoncés sommairement :
Histoire littéraire de la France, ouvrage commencé par des religieux bénédic-
tins de la Congrégation de Saint-Maur et continué par des membres de
l'Institut (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres). Tome XXX. Suite
du quatorzième siècle. Paris, Impr. Nationale (Didot), 1888, in-4<>,
xvm-636 p. — La plus grande partie de ce volume est étrangère au
xive siècle et reprend des articles omis dans les volumes antérieurs. Il
s'ouvre par une longue notice (p. 1-270) de M. G. Paris sur les « romans
en vers de la Table Ronde ». Ces romans avaient été presque complète-
ment négligés dans les tomes de Y Histoire littéraire consacrés aux xne et
xiii c siècles. Conformément aux règles suivies dans ce grand ouvrage , il
n'a pas été fait de notice nouvelle sur ceux qui avaient déjà été l'objet d'un
article, môme insuffisant ; mais on a cru devoir donner, même dans ce
cas, les renseignements bibliographiques nécessaires pour connaître les
travaux dont les romans en question ont été l'objet dans ces derniers
temps. Le plan de la notice collective est le suivant : après une introduc-
tion générale, il est parlé brièvement des poèmes sur Tristan et des cinq
romans de Chrétien de Troies, antérieurs aux autres, et qui figuraient déjà
dans Y Histoire littéraire. Les autres romans sont divisés en « romans épiso-
diques » et « romans biographiques » ; les seconds sont rangés par ordre
alphabétique, les premiers sont subdivisés en deux groupes, suivant qu'ils
ont ou n'ont pas Gauvain pour héros. Nous donnons la liste des romans
ainsi analysés et appréciés, en indiquant ceux qui sont inédits, ceux qui ne
sont connus que par des versions étrangères, et en marquant d'un astérisque
ceux qui,' ayant déjà figuré dans YHistoire littéraire, n'ont pu être que
mentionnés (le roman à'Escanor, par Girard d'Amiens, a été oublié; il sera
étudié dans le t. XXXI, sous presse). Romans épisodiques : La Vengeance de
Raguidel, *le Clxvalier à l'Epée, *La Mule sans frein, Gauvain et Humbaut
(inédit), Gauvain et le Vert Chevalier (anglais), Le Cimetière périlleux,
Gauvain et Vèchiquier (néerlandais), Gauvain et Keu (néerlandais), Rigomer
(inédit), Arthur à Tarn Wadling (anglais), Le Mariage de Gauvain (anglais) ;
*lx Manteau mal taillé, le Chevalier du Perroquet (inédit), Arthur et le roi de
Cornouaille (anglais), Les Vœux de Baudouin (anglais), Lancelot et le cerf au
pied blanc (néerlandais). — Romans biographiques : *Blandin de Cornouaille,
Le Clxvalier à la manche (néerlandais), Claris et Laris, Daniel (allemand),
Durmart le Gallois, Fergus, *Floriant et Florete, *Gliglois (inédit), Guinglain ou
le Bel Inconnu, hier (inédit), *Jaufrè (provençal), * Lancelot (allemand).
Manuel et Amande (allemand), Mèraugis de Portlesgue\, Mèriadeuc ou le
Chevalier aux deux épées, Moricn (néerlandais), Perccval (anglais), Saigrctnor
(allemand), Titurel (allemand), Torec (néerlandais), Wigamur (allemand).
— Parmi les autres notices, nous citerons comme intéressant la littérature
en langue vulgaire celles de M. L. Delisle sur le franciscain Durand de
Champagne, auteur d'un Miroir des dames, composé en latinpour la reine
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CHRONIQUE I97
Jeanne, femme de Philippe IV, mis en français par ses ordres et objet sous
cette forme d'un tardif remaniement ; sur des Traités divers sur les propriétés
des cimes, article d'une très grande importance pour la chronologie et la
source de plus d'une œuvre jusqu'ici mal connue; sur Gilles de Rome, à
signaler à cause des traductions du De regimine principum; et celle de
M. E. Renan sur le singulier ouvrage intitulé Placide et Timeo, ou le Livre
des secrets aux philosophes.
Untersnchnngen \u der mittelengliscl)en Romande von Sir Ainadas. I. Die Fabel
des Gedichts.... von Max Hippe. Braunschweig , 1888, in-8°, 44 p. (diss.
de Breslau ; extrait de YArchiv de Herrig). — Nous avons ici une recherche
mythographique conduite avec une méthode excellente et trop rarement
appliquée en pareil cas ; aussi l'auteur est-il arrivé à des résultats vraiment
précieux et qui pourront à leur tour servir de point de départ à des conclu-
sions importantes. La légende du « Mort reconnaissant », d'origine orientale
(l'histoire de Tobie en est une variante déjà gravement altérée), est conservée
avec une fidélité plus ou moins complète dans un conte arménien, un conte
tsigane, trois contes russes et un conte serbe; elle se trouve dans sept
romans du Moyen Age avec une même modification, faite par conséquent
dans une première version, source de toutes les autres (à mon avis par les
Byzantins) ; elle s'adjoint un élément d'abord tout à fait étranger (délivrance
d'une princesse), et paraît, ainsi accrue, dans une nouvelle italienne du
xvi« siècle, un roman français du xviiic (Jean de Calais) et beaucoup de
contes de divers pays (à partir de là ses vicissitudes, plus récentes, offrent
moins d'intérêt). La masse des variantes de ce thème, au premier aspect
impossibles à ordonner et à classer, est ainsi groupée d'une manière saisis-
sante, et l'on voit que chaque groupe a très vraisemblablement un auteur
commun. On peut contester tel ou tel détail dans l'exposition claire et
concise de M. Hippe (ainsi dans son tableau une trop grande importance
est accordée au fait que certaines versions substituent au mort un saint ou
un ange ; en tout cas, le groupe v n'est pas formé de m et iv, mais est
une simple variante de iv ; plus d'un des contes cités aurait pu être écarté,
comme provenant sans doute directement de Jean de Calais, livre qui a été
extraordinairement répandu, etc.); mais l'ensemble est un très bon travail,
comme il faudrait que nous en eussions beaucoup pour que la mythographie
devînt une science. Il faut louer aussi la richesse d'information du jeune
auteur, qu'il doit d'ailleurs en bonne partie, comme tous ceux qui s'occupent
de ces études, à l'inépuisable savoir et à l'obligeance non moins inépuisable
de notre ami Reinhold Kôhler. — G. P.
Stttdicr ofver fars och farsôrer i Frankrike melletn Renaissance och Molière. Akade-
misk Afhandling af Oscar Levertin. Upsala, Berling, 1888, in-8°, 177 p.
— De tous les genres littéraires du Moyen Age, la farce est celui qui a
persisté le plus longtemps; pendant tout le xvi c siècle et jusque dans
Molière on en retrouve la continuation plus ou moins fidèle. C'est pour
cela que nous signalons ici l'étude très consciencieuse et très intéressante de
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CHRONIQUE
M. Levertin, qui ne sera pas instructive seulement pour les lecteurs
suédois.
La vita comunah ed il dialetio di Tries te neî mccccxxvi studiati net qnaderno di
un cameraro, da Oddone Zenattt. Trieste, 1888, in-8°, 131 pages. (Extrait
àzVArcfacgrafo Triestiuo, vol. XIV, pp. 161 -191.) — La matière principale
de l'étude de M. O. Zenatti est un compte de Nicolo Masaro, camararius,
en langue vulgaire catiiararo ou camcraro de la commune de Trieste. L'office
de cafwrarius correspondait en gros à celui de nos receveurs municipaux,
ou, plus exactement, du clavarius des villes du Midi de la France. Ce compte
se rapporte aux mois de mai-août 1426; il est à peu près complètement en
langue vulgaire. M. Z. Ta édité avec un scrupule d'exactitude peut-être
exagéré (il est inutile et probablement peu exact d'imprimer in troitns au
lieu iïintroitus), et y a joint une introduction de plus de cinquante pages
dans laquelle sont habilement groupées toutes les notions qui peuvent se
déduire de ce texte, et toutes les informations propres à en mettre en
relief la valeur. Cette valeur est surtout linguistique. S'aidant de ce compte
et de quelques autres documents d'époques diverses, publiés en appendice,
M. Z. a établi avec précision les caractères de la langue vulgaire usitée à
Trieste depuis la fin du xrv c siècle, et s'est attaché à déterfniner la place
que ce langage doit prendre dans la grande famille romane. Grâce à une
série de textes nombreux et sûrs, il a pu contester le classement proposé par
M. Ascoli, qui rattachait le parler de Trieste à celui du Frioul (Arch. glott.,
I, 474 ss.; IV, 342 ss.). L'éminent professeur de Milan s'était surtout fondé
sur des Diahgln in diaktto vernacolo triestino, publiés en 1828 à Trieste, et
qui certainement justifiaient ce classement. Mais M. Z. démontre par des
arguments sans réplique que ces dialoghi ne représentent aucunement
l'idiome propre de Trieste. Celui-ci doit être rattaché au vénitien. Les
conclusions de M. Z. sont que le langage de Trieste a été jusque vers le
xin c siècle l'idiome ladin parlé dans toute la Vénétie; qu'à partir de
cette époque, sous l'influence de relations de plus en plus fréquentes avec
Venise, l'idiome vulgaire de cette cité (plus voisin comme on sait du toscan
que du ladin) s'introduisit peu à peu à Trieste, faisant progressivement dis-
paraître les caractères ladins. Le travail de M. Zenatti nous parait à tous
égards très recommandable.
Saggi di diaktto Rovignese raccolti ed annotati da Antonio Ive. Trieste,
Tipografia del Lloyd, 1888, in-8°, 78 p. — Quelques couplets populaires, des
proverbes surtout météorologiques, quatre contes et une liste de « lieux
dits » composent ce petit volume ; ils sont accompagnés de notes explica-
tives et, au point de vue du folk-îore, d'un riche commentaire comparatif.
L'auteur nous fait espérer prochainement un tableau complet de l'intéres-
sant dialecte de Rovigno.
Ueberreciproke MelatJxse itn Romani schen, von D. Behrens. Greifswald, Abel,
1888, in-8°, 119 p. — H s'agit du cas où deux phonèmes qui se trouvent
dans un même mot changent de place l'un avec l'autre, et surtout du cas
CHRONIQUE I99
où ce sont deux consonnes qui permutent ainsi. Ces permutations ne
tombent sous aucune loi constante, elles semblent avoir quelque chose de
capricieux, et l'auteur ne se dissimule pas que beaucoup d'entre elles
s'expliquent par l'analogie ou l'étymologie populaire , et surtout qu'elles se
produisent pour des mots étrangers ou savants mal entendus et mal répétés :
c'est ce qui fait qu'on peut y voir, comme il le dit, des exemples d'altéra-
tion acoustique plutôt que phonétique. Il n'en est pas moins très utile de les
recueillir et de les examiner d'ensemble, ainsi que les cas de métathèse
ordinaire, que M. Behrens passe en revue dans une substantielle introduc-
tion. L'auteur est en général aussi circonspect que pénétrant : il est cepen-
dant probable que la nouvelle étymologie â'andare, annar, alla., anitare,
« caneter, marcher à la manière des canards, » passera aux yeux des roma-
nistes pour plus que téméraire.
La question de la réforme ortlngraphiquc, par M. Arsène Darmesteter. Paris,
Hachette, 1888, in-8°, 24 p. (fascicule n° 73 des Mémoires et documents sco-
laires publiés par le Musée Pédagogique). — Nous n'avons pas besoin de recom-
mander à nos lecteurs les propositions qu'avait suggérées à Darmesteter la
question agitée de nouveau de la réforme de notre orthographe; sauf
quelques points où l'on peut diverger, elles seraient de nature à concilier
tous les suffrages. Mais peut-on espérer que ceux qui décident là dessus de
notre sort daigneront en prendre simplement connaissance ?
Der altfran^ôsiscfje directe Fragesat\. Ein Beitrag zur Syntax des Franzôsischen
von Alfred Schulze. Leipzig, Hirzel, 1888, in-8°, vm-272 p. — Sur un
point spécial de la syntaxe de l'ancien français, M. Schulze a écrit tout un
livre, auquel on ne peut adresser aucun reproche de prolixité. Dans un ordre
excellent, avec des exemples nombreux, mais non prodigués, il expose tous
les faits qui se rattachent à son sujet et les interprète aussi clairement que
judicieusement.
Alexandru Philippide. Iniroducere in istoria limbei si literalurei romiitc. Iasi ,
Saraga, 1888, in-12 0 , 242 p. — Ce petit livre, destiné à servir d'introduc-
tion à une histoire de la langue et de la littérature roumaines, remplit par-
faitement son objet. L'auteur donne une liste complète de tous les ouvrages
parus en roumain jusqu'à l'année 1821, avec des renseignements biogra-
phiques sur les auteurs; il y joint des observations sur les modifications
successives de la langue. Une riche bibliographie permet au lecteur de
compléter et de contrôler les assertions du livre. Dans l'introduction,
M. Philippide expose brièvement les systèmes divers soutenus jusqu'ici sur
l'origine des Roumains et le centre de formation de la langue roumaine.
Il ne prend pas entre eux très nettement position; la remarque (p. 07)
qu'en dehors des rédacteurs de la Romania il n'y a que des Hongrois qui
aient admis l'opinion de Rosier ne prétend pas, nous voulons le croire, à
avoir une valeur scientifique.
Ombruketaj finit niai us hos Raoul de Houdenc .. . af A. Malmstedt. Stockholm,
Marcus, 1888, in-8°, 112 p. (dissertation d'Upsal). — Notons que l'auteur
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200 CHRONIQUE
n'a remarqué, pour le point qu'il étudie, aucune différence entre les divers
ouvrages attribués et contestés à Raoul de Houdenc ; mais naturellement
cela ne prouve rien pour leur authenticité (et il ne prétend pas que cela
prouve quelque chose).
Studier ofver vtrbets syntax Ijos Biaise de Monluc. Ett bidrag till kànnedomen om
1500-talets franska... af C. A. Ringenson. Upsala, 1888, in-8°, 11 1 p.
Olivier de la Haye, Poème sur la grande peste de 1348, publié d'après le
manuscrit de la Bibliothèque du Palais Saint-Pierre par G. G ligue.
Lyon, H. Georg, 1888. Pet. in-8°, XL-259 pages. — Ce poème, dont on ne
connaît pas d'autre ms. que celui du Palais des Arts, à Lyon, a été com-
posé en 1426 par un certain Olivier de la Haye qui a enfermé son nom et
son surnom dans une énigme, du reste facile à deviner. L'œuvre a peu de
valeur littéraire, étant la paraphrase souvent médiocrement poétique de la
consultation rédigée par la Faculté de médecine de Paris, au temps même
de la peste, consultation que M. le D r Michon a publiée dans ses Docu-
ments sur la grande peste de 1348 (Paris, Baillière, 1860. In-8°). Le versifi-
cateur français a dû employer un nombre considérable de termes techniques,
de mots empruntés au latin, que les lecteurs ordinaires ne pouvaient guère
comprendre. Aussi a-t-il cru devoir, pour faciliter l'intelligence de son
poème, y joindre (comme avaient fait avant lui Bersuire et Oresme) un
dictionnaire où il a expliqué de son mieux tous ces termes , enregistrant
ceux mêmes dont il se reconnaissait incapable de déterminer le sens ; ainsi
il y a un article ainsi conçu : « Zimox ; querrez l'exposition ou vous la
« trouverez, car je ne la treuve point. » Ce dictionnaire fournira des
données bonnes à recueillir pour l'histoire d'un grand nombre de mots de
formation savante. Dans la seule lettre A on peut relever (en suivant
l'ordre du glossaire, qui n'est pas strictement alphabétique) aptitude, agent,
altérable, altérai son, acetositè, advcrtissemint, audace, agaric, artificiele Pour
plusieurs de ces mots, qui ont dû être inventés plus d'une fois, il n'y a pas
d'exemple aussi ancien dans Littré. La publication de M. Guigue est suivie
d'un glossaire-index suffisant, et précédée d'une introduction qui aurait
pu être plus complète. On aurait désiré trouver, soit dans l'introduction,
soit en note, la comparaison du poème avec son original latin.
Kreoîiscbe Studien, von Hugo Schuchardt. VIL Ueber das Negerportugiesiscbe
van Annobom. VIII. Ueber das A nnamito- francs isebe. Wien, Gerold , in-8°,
1888, 36, 10 p. (extrait des Comptes rendus de V Académie de Vienne).
Fiabe e îeggende papulari S ici liane , raccolte ed illustratc da Giuseppe Pitre.
Volume unico (Bibl. délie trad. pop. Siciliane , XVIII). Palermo, Pedone
Lauriel, 88, in-12, xm-482 p. — Inutile d'insister sur l'intérêt de ce supplé-
ment donné par G. Pitrè a son incomparable trésor de folk-loie sicilien.
Vincenzo Crescisi . Di un codice iguoto contenente il commento di Benveuuto da
ïmola S alla Ph arsalia di Lucano. Padova, 1888, in-4 0 9 pages. (Extrait du
t. III des Stitdi editi dalla Univ. di Padova a commemorare Vottavo centenario
délia origine délia Università di Bologna). — L'intérêt de ce commentaire
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CHRONIQUE
20I
(que M. Crescini signale sans l'étudier à fond) consiste en ce qu'il a pour
auteur le commentateur bien ctmnu de la Divine Comédie, dont l'œuvre
volumineuse vient d'être publiée à Florence. Le seul ms. actuellement
connu du commentaire sur Lucain est incomplet et du xv« siècle, mais le
commentaire lui-même est daté de 1378.
L Opéra ài Dante, discorso di Giosuè Carducci. Bologna, Zanichelli, 1888,
in-8°, 62 p. — Discours qui n'est pas seulement éloquent, mais qui contient
des vues justes et profondes.
Spraklig Undersôkning af La Vie saint Gregore... I. Inledning, Versbyggnad,
Ljudiara... af J. Young. Upsala, 1888, in-8°, 62 p. (dissert, académique). —
Nous n'avons ici que la première partie d'un travail fait avec beaucoup de
soin et de méthode sur la Vie de saint Grégoire imprimée dans le t. VIII de la
Rotnania. L'auteur a su tirer parti de la circonstance que le poème est tout
entier e:i rimes léonines et permet ainsi des observations phonétiques pré-
cises. Il conclut son étude par cette appréciation, qui nous parait judicieuse :
« Il n'y a pas de différence importante entre la langue de l'auteur et celle
du copiste, et tous deux étaient Normands. La langue dans son ensemble
n'a subi que peu l'influence du français central, ce qui est un fait digne de
remarque [au xrv« siècle]. »
Dante ne' tempi di Dante, ritratti e studj di Isidoro del Lungo. Bologna,
Zanichelli, 1888. In-12, v-485 pages. — Les mémoires dont se compose ce
volume ont paru, à diverses époques, dans des publications périodiques. Ils
reparaissent actuellement corrigés, remaniés et augmentés de pièces justi-
ficatives. En voici les titres : La gente tmovj in Firen^e. — Guglielmo di
Durfort e Campaldino. — Péripétie d'itna frase dantesca (Jnf. XVIII, 66). —
Una famiglia di Guelfi Pisani de 1 teinpi di Dante. — Dante e Ji Estenst. — La
ten\one di Dante con Forese Donati. — Protestât io Dini Compagni. — Nous nous
bornons présentement à annoncer cette série d'études dignes de toute
attention, espérant en rendre compte prochainement avec plus de détail.
Livres de raison. Registres de famille et journaux individuels limousins et
marchois, publiés par M. Louis Guibert, avec le concours de MM. Alfred
Leroux, Pierre et Jean de Cessac et l'abbé A. Lecler. Limoges, Ducour-
tieux; Paris, Picard, 1888. In-8° 484 pages. (Extrait du Bulletin de la
Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze, t. VII, VIII
et IX). — Les publications de ces journaux de famille connus sous le nom
de Livres de raison (ou de raisons) se sont multipliées en ces dernières
années, apportant a l'histoire des mœurs, parfois à la philologie, un
appoint important de matériaux nouveaux. La région méridionale en a fourni
plusieurs qui remontent au xv c siècle et même au xiv*. L'un des plus anciens
est certainement celui de Peire de Serras, dont les parties principales ont été
publiées ici même (XIV, 536). D'autres, appartenant au dép. du Gard, ont
été récemment publiés dans le Bulletin du comité de travaux historiques (voy.
Romania, XVII, 630). M. Guibert, l'éditeur du recueil que nous signalons à
l'attention de nos lecteurs, a mis au jour en 1882 le curieux livre d'Etienne
202
CHRONIQUE
Benoit dont nous avons rendu compte ici-môme (XII, 123). Les journaux
qu'il publie actuellement sont moins importants que celui de Benoit : on y
trouvera cependant nombre de petits faits intéressants; notons, par exemple,
p. 113, l'analyse, en langue vulgaire, d'un sermon prêché à Saint-Léonard
(Haute- Vienne) en 1437. M. Guibert a joint a ce recueil une introduction
très bien faite et un utile commentaire, où çà et là on trouverait quelque
détail à corriger, par exemple, p. 125, note 6, ana, encore employé dans le
formulaire médical , n'a rien à faire avec ambarum , c'est le grec àvà, cf.
Rom., XII, 101, note 29. Dour (p. 14s), suivi d'un signe de doute, est
une mesure : « dorns, mensura manus clause », dans le Donal proçisaJ de
Hugue Faidit, éd. Stengel, p. 57, 1. 15, cf. Du Cange, durnus.
Canti popolari dél Piemonte pubblicati da Costantino Nigra. Turin, Loescher,
1888, in-8°, xl- 596 p. — On sait que depuis bien longtemps on attendait
avec impatience une réimpression accessible à tous du célèbre recueil de
chants populaires piémontais que M. Nigra avait publié, dans des pério-
diques du pays, de 1854 à 1860, et qui, par sa confection et son annotation,
aurait suffi à illustrer un nom que d'autres études et d'autres travaux ont
rendu célèbre. L'auteur nous donne enfin de son recueil une édition qu'il
déclare fort au dessous de celle qu'il aurait voulu donner, mais qui n'en
sera pas moins accueillie avec grande faveur, et prendra un rang éminent,
à tous les points de vue , parmi les publications analogues. Inutile de dire
qu'elle est, pour le texte et le commentaire, revue, fort augmentée, corrigée
avec soin, et qu'elle a beaucoup profité des trente années qui se sont écoulées
depuis le temps où l'auteur a commencé à recueillir les chansons paysannes
qu'il savait l'art de se faire chanter, et à réfléchir sur leur origine et leur
caractère. En tête de son beau volume, M. le comte Nigra a placé l'article
sur la poésie populaire des nations romanes qu'il a donné en 1876 à la
Romania, mais en le soumettant aussi à une attentive révision. Le volume
des Canti popolari dei Piemonte est, cela va sans dire, indispensable à la
bibliothèque de tous ceux qui étudient le foîk-lore ou plus simplement la
littérature comparée.
Introduction à nue édition critique du roman d'Eueas, par Jean-Jacques Salverda
de Grave. La Haye, Mouton, 1888, in-8°, 128 p. (diss. de Groningue).
— Le travail de M. De Grave est, pensons-nous, la première dissertation
soutenue en Hollande sur un sujet de philologie française; l'auteur est un
élève de M. Van Hamel, et il fait honneur à son maître. Sa dissertation
fait bien augurer de l'édition d'Eneas qu'il nous promet. Après avoir décrit
les neuf manuscrits du poème, il en établit la classification (peut-être y
aurait-il lieu d'hésiter sur la place qu'il assigne aux mss. I, E). Il étudie
ensuite la langue du poème, et conclut qu'il est antérieur aux poèmes de
Benoit de Sainte-More et n'est sans doute pas de lui ; l'auteur lui-même,
;\ la fin de son travail, paraît avoir conçu des doutes sur la solidité de son
argumentation, dont nous lui recommandons la révision soigneuse : la
partie consacrée ;\ la phonétique, notamment, demande à être traitée avec
CHRONIQUE 203
plus de rigueur (au v. 6434 la bonne leçon est or museu ; x a changé ce mot
difficile, qui provient de muséum =: musivum, en molu; E Ta altéré
par ignorance en ranseu ; I Ta conservé à peu près intact, musu ; y a refait
tout le vers) ; pour la langue de Benoit de Sainte-More, la Chronique seule
î offre une base solide : il vaut mieux, jusqu'à nouvel ordre, ne pas se servir du
roman de Troie. Une très intéressante comparaison entre YÉnéide et YEneas
termine la dissertation de M. De Grave ; on y trouve de bonnes observa-
tions sur les additions du poète français, clairement mises en lumière dans
un tableau comparatif. L'auteur rend fort douteuse l'utilisation par le roman-
cier d'un Virgile glosé (G. Paris, Manuel, I, § 46). Dans tout le travail, écrit
en bon français, on remarque un sens littéraire juste et fin; les observations
sur la différence de la conception de l'amour dans Eneas et chez Chrétien
sont judicieuses, mais auraient pu avec avantage être développées et
précisées.
Le Parnasse provençal par le P. Bougerel.... publié par Camille Chabaneau.
Paris, Maisonneuve, 1888, in-8°, 86 p. — Extrait de la Revue des langues
romanes.
La légende du saint graal, par le D»" A. Millet. Paris, Lechevalier, 1888, in-8°,
3$ p. — Résumé sommaire de la publication de M. E. Hucher, dénué de
tout intérêt, mais émaillé de bévues, comme, p. 3, Gaspard Map pour
Gautier Map.
Zur Brendanus-Legende (von) Dr. Gustav Schirmer. Leipzig, 1888,
in-8°, 73 p. (Habilitationsscbrift). — Cette dissertation offre quelque intérêt
au point de vue des rapports de la Navigatio Brendani avec les autres récits
de voyages fantastiques qui formaient une classe spéciale (Imrama) dans la
littérature irlandaise.
Die Pronomina possessiva im Altfranjpsisclxn... von Wilhelm Dittmer.
Greifswald, 1888, in-8<>, 81 p. — Recueil de faits qui rendra des services;
l'explication des faits laisse à désirer, et on peut relever quelques erreurs,
comme la remarque (p. 58) sur noe, [voe,] formes plus fréquentes que ne le
dit l'auteur, et qui sont simplement des créations analogiques par l'addition
à no, [vo,] de IV du féminin. On doit louer dans le travail de M. D. le soin
qu'il a pris de distribuer par régions les phénomènes étudiés; il a pu
atteindre ainsi quelques résultats vraiment intéressants pour l'histoire de la
langue.
Der Jristorisclx Infinitiv im Frantpsischen von Philippe Marcou. Berlin,
1888, in-8<>, 28 p. (thèse de docteur). — L'auteur de cette dissertation, un
Français devenu Américain et qui a étudié à Berlin chez M. Tobler, s'est
efforcé d'expliquer la remarquable construction française que La Fontaine
a employée avec prédilection (Et grenouilles de se plaindre, etc.), et qui,
jusqu'à présent, n'a pas été suffisamment éclaircie. Il soutient avec raison
que cette construction ne provient, ni par voie populaire ni par imitation
savante, de l'infinitif historique du latin. Il en trouve le plus ancien exemple
au xin e siècle, où il est unique (Retiart, éd. Martin, t. III, p. 467 : Et li
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204 CHRONIQUE
lévrier après avaler dans H, après alcr dans I; les autres mss. ont une tout
» autre leçon; l'exemple des Sept Sages est fautif : les mss. portent : cil pense
du grater); il en signale un au xtv« siècle (Minagier de Paris, [t. II], p. 1 1 5),
mais qui ne provient bien probablement que d'une altération du texte. Très
fréquente dans les Cent Nouvelles nouvelles (pour lesquelles il fallait consulter •
l'édition Wright) et dans Rabelais, assez peu employée d'ailleurs au
xvi* siècle, rare au xvii«, sauf dans La Fontaine, cette construction est
beaucoup plus usitée de nos jours que ne le dit l'auteur dans la langue
littéraire et même dans le français parlé (tout le monde de rire, par exemple,
s'emploie encore assez souvent). Pour l'expliquer, M. M. la rattache a l'an-
cienne construction or de Valer, oi- du bien faire, par une transition qui m'est
absolument inintelligible. Notons que, dans la construction avec or à sens
impératif, on trouve toujours l'infinitif avec de précédé de l'article, tandis
qu'on ne trouve jamais l'article dans la construction qu'étudie l'auteur.
Cela me paraît suffire à montrer que ces deux constructions n'ont rien à faire
ensemble (or du bien faire s'explique pour M. M. par la réduction de la
phrase complète : or n'i a que de bien faire , mais dans cette phrase l'infinitif
ne prend pas d'article; j'y vois la réduction de la phrase : or pensons (penser)
du bien faire, de Valer, etc., dans laquelle l'infinitif est habituellement précédé
de l'article). Le rapprochement fait par l'auteur n'ayant, au moins tel qu'il
l'expose, aucune vraisemblance, l'explication de l'infinitif historique français
reste à trouver (les deux passages provençaux cités dans l'appendice sont à
écarter ; dans le premier, ]a\er dépend de s'en fo, bonne le<;on au lieu de fui ;
le second me paraît altéré ; peut-être penso au lieu de sempre ?). M. Marcou
aura toujours le mérite d'avoir appelé l'attention sur un curieux problème
de syntaxe française, laissé jusque là dans l'ombre, et d'en avoir commencé
l'histoire. — G. P. *
Anteckningar om Folkrnalet i en trakt af vestra Asturien. Akademiska Alhan-
dling af Axel Munthe. Upsala, Almqvist, 1887, in-8<>, 98 p. — Ce petit
travail, qui comprend trois parties, — Remarques plx>nologiqttes, Remarques
morpMogiques, Remarques lexicologiques, — nous a paru fort bien fait. L'au-
teur s'est établi pendant quelque temps dans le pays dont il voulait étudier
la langue ; il a recueilli lui-même avec beaucoup de soin les faits linguis-
tiques qui forment la matière de son travail dans deux villages, situés dans
la montagne qui sépare l'Asturie du Léon, au sud de Cangas de Tineo,
vers les sources de la Narcea. Il a fait précéder son esquisse d'une intro-
duction où l'on voit qu'il est au courant des travaux faits jusqu'à présent
sur le dialecte asturien.
Jeu'isb Sources of and Parallels to the early english metrical romances of King
Arthur and Merlin, a lecture delivered at the Anglo-Jewish historial Exhi-
bition, 23 June 1887. By Dr. M. Gaster. London, Office of the « Jewish
Chronicle », 1887, in-12 0 , 24 p. — La Romauia aura prochainement occa-
sion de reparler de ce mémoire; nous y relèverons quelques assertions
hasardées relatives à la partie proprement anglo-française du sujet. On
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CHRONIQUE 205
s'étonne, par exemple, de voir le savant auteur répéter encore que les
romans de la Table Ronde ont leur source dans le livre de Gaufrei de
Monmouth, et traiter Wace et Chrétien de Troies de « prélats », surtout
en ajoutant que c'est là « un point d'une importance vitale ».
Xeufran^dsische FormeiileJire nach ihrem Lautstande dargestellt von E. Koschwitz.
Oppeln, Franck, 1888, in-8°, vm-34 p. — Ce petit exposé de ce que l'auteur
appelle justement les débris de la flexion dans le français littéraire moderne,
notés sous une forme strictement phonétique, ne manque pas d'intérêt et de
curiosité. Il nous a paru en général clair et bien présenté, mais non exempt
de fautes attribuables sans doute à la distraction. Ainsi dans les trois pre-
mières pages nous relevons : « merci f. Dank, m. Gnade, » c'est le con-
traire qu'il fallait (et encore est-ce contestable) ; « autour, pl. f., » pas tou-
jours; « quelque clxtsc ist neutrum , » mais on n'a pas parlé de neutre
jusqu'ici. Il faudrait marquer que chanteuse existe à côté de cantatrice et
procureuse (femme de procureur, et autre sens encore) à côté de procura-
trice; chameau, serin, sont donnés comme servant aux deux genres, tandis
que le fém. est chamelle, seritte. Il faudra revoir ce petit livre avec soin dans
une nouvelle édition.
haute und Laulentwickelung des sicilianischen Dialectes, nebst einer Mundarten-
karteund ausdem Volksmunde gesammelten Sprachproben.... Von Heinrich
Schneegans. Strasbourg, Trùbner, 1888, in-8°, 204 p. — Cette étude est
la plus complète et la plus soigneuse qu'on ait encore faite sur le sicilien.
La partie descriptive nous semble ne mériter que des éloges. La division
dialectale, au contraire, prêterait à des critiques par plus d'un côté, et la
partie historique laisse également à désirer : nous croyons, par exemple,
que l'influence des parlers de l'Italie méridionale sur ceux de la Sicile s'est
exercée encore a une époque beaucoup plus moderne que ne le dit l'auteur ;
l'origine même des parlers siciliens a besoin d'être élucidée. Le tableau
comparatif de ces divers parlers, qui occupe la fin du volume, sera utilement
consulté.
Geschiedenis der ncderlandsche Letterkunde in de Meddelceuwen , door D r W.-G.-A.
Jonckbloet. Eerste Deel. Vierde druk, herzien... door C. Honigh. Gro-
ningen, Wolters, 1888, in-8°, dix-464 pages. — Jonckbloet avait commencé,
peu de temps avant sa mort (voy. Rom., XV, iss)> un e troisième édition de
sa grande Histoire de la littérature néerlandaise, dont le premier volume seul,
si nous ne nous trompons, avait été publié. Ce premier volume reparait
après avoir reçu de M. Honigh une révision soigneuse, où ont été utilisés
les derniers travaux sur la littérature allemande et la littérature française
du Moyen Age, si intimement liées à la littérature néerlandaise du même
temps. Le nouvel éditeur a respecté certaines opinions que l'illustre critique
ne pouvait se décider à abandonner (par exemple sur le rapport du Lancelot
en prose à la Omrclte de Chrétien), mais en général il a adroitement rectifié
ce qui ne s'accordait plus avec l'état actuel de la science. Nous espérons que
le second volume, qui complétera la période ancienne, ne tardera pas à
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2o6
CHRONIQUE
paraître. Les romanistes, pour lesquels la littérature néerlandaise du Moyen
Age a tant d'importance, seront reconnaissants à M. Honigh de son intelli-
gente révision. Pour connaître les différents points de vue exprimés sur
chaque sujet, ils feront bien de joindre à Y Histoire de Jonckbloet celle
dont M. Jan te Winkel vient, presque en même temps, de publier le
premier volume (Harlem, Bohn).
Die Congruen^ des Participa praeteriii in activer Verbalconstruction im Franco-
sischeii (vom Anfang des xm. bis zum Ende des xv. Jahrhunderts) (von)
Hermann Wehlitz, 1888, in-8°, 68 p. (dissert, de Greifswald). — Nous
avons ici un dépouillement statistique, qui servirait bien difficilement à
justifier cette « thèse » de Fauteur, que « l'observation des rapports de
congruence du participe passé en construction verbale active fournit un
secours pour la détermination de la date des textes français du Moyen
Age ». On peut seulement dire que la règle moderne (accord avec le
régime qui précède, non avec le régime qui suit) tend à prédominer au
xvc siècle plus qu'elle ne le faisait auparavant. Les deux derniers para-
graphes, sur la congruence lorsqu'il y a plusieurs régimes et lorsque le
régime est un adverbe de quantité, sont les plus intéressants.
Une page du roman de Tristan de Leonoys sur un fragment de vitrail conservé au
Musée de Bourges, par A. Déballe, de la Société des Antiquaires du
Centre. Bourges, Tardy-Pigelet, 1888, 7 p. et une héliogravure. —
M. Déballe a reconnu, avec une pénétration remarquable, sur un morceau
de vitrail, une scène de l'introduction du Tristan en prose (Sadoc recueilli
par les envoyés du roi Pellades sur la roche où il était réfugié depuis trois
ans). Il conjecture avec vraisemblance que le vitrail avait été exécuté pour
Jacques Cœur et ornait la môme chambre où se trouve le chapiteau bien
connu qui représente l'aventure de Tristan, Iseut et le roi Marc caché dans
Francesco Novati. La giovine^a di Coluccio Salulati (1331-1353)- Saggio di
un libro sopra la vita, le opère, i tempi di Coluccio Salutati. Torino,
Loescher, 1888, in-8°, vm-121 p. — M. N. annonce que les trois chapitres
ici donnés « saranno intieramente rifatti ed in parte ancora soppressi » dans
l'ouvrage définitif qu'il publiera bientôt sur Coluccio Salutati. En attendant,
on les lit avec grand plaisir. En essayant de raconter les premières années
de ce « notaire » qui devait tenir une place si honorable dans 1 histoire de
la Renaissance italienne, l'auteur nous donne sur l'éducation au xiv« siècle
et surtout sur les rapports, en ces temps éloignés, du notariat avec la litté-
rature les détails les plus intéressants.
Questioni di geografia pelrardxsca, da Francesco d'OviDio. Napoli, 1888, in-8°,
49 p. (extrait du t. XXIII des Atti deir Accademia di science tnorali c poli-
tich di Napoli).
Nouvelle grammaire historique du français^ par L. Clédat, professeur à la
Faculté des lettres de Lyon. Paris, Garnier, 1889, in-12 0 , vi-279 P- — Cet
ouvrage élémentaire nous a paru rédigé avec beaucoup de clarté; on y
l'arbre.
CHRONIQUE 207
trouve, sur tous les points que nous avons vérifiés, les résultats les plus
assurés de la philologie moderne présentés d'une façon simple et sans
détails superflus. 11 nous semble appelé à un succès qui sera très mérité.
F. J. de Santa- Anna Nery. Folk-Iore brésilien. Poésie populaire — contes et
légendes — fables et mythes — poésie, musique, danses et croyances des
Indiens. Préface du prince Roland Bonaparte. Paris, Perrin, 1889, in- 12°,
xn-268 p. — Dans cet agréable volume, écrit pour le grand public, on
trouve, à côté de folk-lore nègre et indien, plus d'un élément originaire-
ment portugais qui peut intéresser nos lecteurs.
Canti popolari délia montagna Luccljese f raccolti ed annotati da Giovanni
Giannini. Torino, Loescher, 1889, in-8°, Lii-328 p. — Un des volumes
les plus intéressants et les mieux faits de la collection des Canli e Racconti
del popolo itaUdtio, dirigée par MM. Comparetti et d'Ancona, dont il forme
le t. VII.
LautlicJjc Untersucbung der IVerlce Robert's von Blois nach der Handschrift
24301 der Pariser Nationalbibliotek. Von D r Mary N. Colvin. Zurich,
1888, in-8°, 68 p. — Pour la seconde fois (voy. Romania, XII, 376),
l'université de Zurich donne à une Américaine le diplôme de docteur à
l'occasion d'une thèse de philologie française écrite en allemand. La disser-
tation de M m c Colvin méritait assurément cet honneur. C'est un travail très
recommandable, qui montre chez l'auteur non seulement une solide pré-
paration, mais, ce qui vaut mieux, une bonne méthode, un sens critique
juste, et tout ce qu'on peut mettre de goût dans des travaux de ce genre.
Le Romans de saint Fanutl et de sainte Anne et de Nostre Dame et de Nostre
Seigttçr et de ses apostres, publié pour la première fois, d'après le manuscrit
de Montpellier, par Camille Chabaneau. Paris, Maisonneuve, 1889, m -8°,
vm-152 p. — Extrait (avec additions et corrections) de la Revue des langues
romanes.
Les Mabinogion, traduits en entier pour la première fois en français, avec un
commentaire explicatif et des notes critiques, par J. Loth. Tome premier.
Paris, Thorin, 1889, in-8°, 360 p. — Nous signalons ici cette importante
publication à cause de l'intérêt que la connaissance des célèbres contes
gallois présente pour l'étude des romans bretons. La traduction de M. Loth
a été faite avec le plus grand soin ; elle est accompagnée de notes qui en
relèvent beaucoup le prix. Dans l'introduction, l'auteur cherche à établir
que la composition des récits transcrits, à la fin du xiv c siècle, dans le Livre
Rouge d'Hergest, remonte a la fin du xn c siècle; on voudrait qu'il eût
• donné plus de détails sur les manuscrits du xm* siècle qui, à ce qu'il nous
apprend (p. 18), en contiennent des fragments considérables. On serait
heureux aussi d'avoir du mot mabinogion, appliqué d'ailleurs dans le Livre
Rouge à quatre contes seulement, une définition plus précise, et de
savoir nettement si le singulier de ce mot est mabinog ou mabinog i, ou si, ce
qui parait plus probable, mabinog et nuibitiogi sont deux mots différents,
ayant le môme pluriel mabinogion.
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208
CHRONIQUE
Crestoma^ia italiatta dei primi secoli, con prospetto délie ftessioni grammaticali e
glossario, per Ernesto Monaci. Fasc. primo. Citta di Castello, Lapi, 1889.
Gr. in-8°, v-184 pages. — Nous ne pouvons actuellement qu'annoncer
sommairement la publication de ce très précieux et copieux recueil, sur
lequel nous reviendrons avec plus de détail quand il sera terminé. Les
morceaux, sans distinction de vers et de prose, sont disposés en ordre â
peu près chronologique. La partie publiée s'arrête à Guittone d'Arezzo.
Les textes sont établis d'après les mss. et accompagnés d'un appareil de
variantes ; en tête une notice sommaire , mais aussi exacte que possible, sur
l'ouvrage ou sur l'auteur. En somme , on aura dans ce recueil tout ce que
l'ancienne littérature italienne renferme d'important. Une chrestomathie de
l'ancien français, rédigée sur le même plan, exigerait dix fois plus d'espace.
Le slrentie délia cor te di Savoia tiel quindicesimo secoh. Torino, F. Casanova,
1889. ^ et * m "8°, 49 pages. — Ce petit volume, véritable bijou typogra-
phique, dédié à la reine d'Italie, renferme le texte, tiré des comptes des
trésoriers généraux de Savoie, conservés aux archives de Piémont, à Turin,
de trois comptes d'étrennes, pour les années 1437, 1439, J 47S- Cette
publication est en quelque sorte le supplément d'un recueil analogue édité
sous le titre de Documenti inediti sulla casa di Savoia, dans le tome XXII de
la Miscellattea di Storia italiatta, par M. le baron de Saint Pierre, surinten-
dant des archives de Piémont (voy. Romania, XIII, 474). Ces trois comptes
sont en français; le second, émanant d'un certain « Philibert de Monthonz »,
qui date de Pignerol sa quittance, renferme des traces dialectales assez
nombreuses. Un assez grand nombre des bijoux mentionnés dans ce compte
sont achetés de « Guilliaume Villen, paresien » (pp. 12, 14, 15, etc.),
d'autres de « Guillermyn Parent, marchand de Paris » (p. 20). *
Pau Bertran y Bros, Rondallistica. Estudi de literatura popular ab mostres
catalanes inédites. Barcelona, Imprempta La Renaixensa, 1888, in-8<>,
106 p. — Nous avons ici 24 contes inédits, précédés d'une introduction
générale sur la science des contes populaires , pour laquelle l'auteur crée le
nom de rondallistica (voy. ce qu'il dit, p. 8, sur l'étymologie du mot
rondalla). Cette introduction montre que M. Bertran est fort au courant des
travaux poursuivis dans les divers pays de l'Europe sur ce sujet (notez la
petite dissertation sur le conte si répandu de Moitié de Poulet). Elle est
d'ailleurs brillamment écrite, mais les conclusions n'en sont pas fort nettes :
entre Max Mùller, Benfey et M. Andrew Lang, l'auteur ne semble pas
avoir fait le choix définitif de son guide ; il n'est pas le seul aujourd'hui qui
hésite ainsi sur la meilleure voie à suivre. — Les contes, de valeur fort
inégale, paraissent fidèlement notés, et nous augurons très bien du Roudallari
calalà, en trois volumes, qui nous est annoncé : il doit être muni d'un
commentaire comparatif pour lequel l'auteur semble fort bien préparé.
Le propriétaire-gérant, F. V1EWEG.
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ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE 1
H. — LA RÉGION AU SUD DE LIÈGE
La contrée qui s'étend au Sud-Ouest de Liège çst divisée par
le cours de la Meuse en deux parties d'inégale étendue. La
plupart des villages assis sur les rives remontent à une époque
tr ^s ancienne. Mais, si Ton pénètre à l'intérieur des terres, on se
^urte inévitablement aux produits d'une colonisation lente et
compliquée, et les renseignements historiques ne nous viennent
guère en aide pour en déterminer les étapes successives. On ne
peut, pourtant, méconnaître l'importance de celles-ci au point
de vue linguistique. Chaque phénomène ayant un temps limité
de durée, il existe entre la date de sa manifestation et celle de
1 extension de la vie agricole un rapport très rigoureux, qu'il
serait fort utile de pouvoir déterminer. Mais cette détermination
nest guère possible aujourd'hui; peut-être ne le sera-t-elle
jamais. Provisoirement on peut admettre le processus que
M- Grôber a tenté de décrire dans un travail récent 2 et, en
appliquant ses remarques à la région qui fait l'objet de ces
études, constater avec assez de certitude l'existence de deux
centres civilisateurs, l'un au N. de Liège, projetant dans la
direction du Sud-Est, peut-être vers Trêves, les premiers
rameaux d'une colonisation uniforme, l'autre qui coïncide
probablement avec l'un des boulevards de la résistance armée
dont César nous a légué le récit, et qui doit être placé entre
Huy et Namur. Son action ne semble s'être exercée que plus
tord, si Ton s'écarte de la rive gauche de la Meuse, la seule qui
i- Voyez Romania, XVII, 542.
Grundriss àer Ronianisclxn P1ri16logie> I, 415-19.
AT///.
M
J
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210
M. WILMOTTE
Tait subie, et elle s'est exclusivement dirigée vers ia région
occidentale jusqu'aux limites de langue germanique actuelles, ou
du moins jusqu'à des limites hypothétiques, qui coïncidèrent à
peu près avec celles de la principauté de Liège au Nord-Ouest,
en admettant un faible recul de l'élément germanique sur plu-
sieurs points de cette frontière *. Il en résulte que les villages
des deux rives, depuis Visé jusqu'assez avant dans la province de
Liège, et ceux de la rive droite (Condroz) jusqu'au Sud de cette
province, offrent une certaine homogénéité d'idiome, remar-
quable surtout si l'on compare leur patois à celui du plat pays,
et, à partir de Liège, à celui des habitants de la rive gauche.
J'insiste sur cette division que je crois historique, parce qu'elle
va nous fournir la clef de plusieurs particularités phonétiques.
Elle m'a, d'ailleurs, été dictée par l'examen d'un assez grand
nombre de pièces, tirées des Archives provinciales de Liège,
dont je dresserai la liste à la fin de cette étude, à l'exception de
quinze, qui sont publiées en appendice. J'ai choisi ces dernières
avec soin, de manière à ce qu'elles représentent fidèlement, en
nombre à peu près égal, les deux tendances dialectales que j'ai
indiquées plus haut 2 .
J'ai écarté, après examen, la plupart des documents qui pro-
viennent des environs immédiats de Liège. La distance qui
sépare de cette ville leur lieu de provenance (Val. S. Lambert,
1. Dans une charte d'un cirtulaire du Val S. Lambert qui est à la
Bibliothèque nationale (f. lal. 10176, n° 4), on lit : « ...otrions et donons a
plus franchement ke nous poons noslre terre deleiz Bode awec tout le Bois
c on appelle solonc le manière del pais Specuîwut... » Le contexte, où il est
question de « la ville de Hans », c'est-à-dire Ans-lez-Liège, indique une
terre déjà romanisée. Waremme, Xendremael, Wihogne, Eben-Emael et
dix autres communes, aujourd'hui wallonnes, sont probablement de création
germanique. C'est là un sujet d'étude historique qui a fourni à M. Kurth,
professeur à l'Université de Liège, le sujet d'un livre impatiemment attendu.
L'ébauche de ce livre, un mémoire adressé à l'Académie de Bruxelles, a été
récemment couronné par ce corps savant.
2. Des chartes publiées, les n os 1 (?), vu (Val-Dieu), ix (Sprimont),
x, xi (Clermont), xir (Durbuy), xni (Nandrin), représentent le dialecte
de la rive droite ; les n os 11, m (Flônes), iv (Herk-le-Château), v (Rosoux),
vi (Huy), vm (Jehay-Bodegnée), xiv (Axhe s. Geer), xv (Huy), celui de
la rive gauche. La môme proportion a pu être observée parmi les pièces
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ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE 211
Ans, etc.) est trop faible et l'attraction exercée par un centre est
trop forte pour qu'on puisse, à l'aide du vocabulaire modique
qu'elles nous offrent, arriver à une démarcation un peu nette
entre les traits de la langue ici et là. D'autre part, il semble résul-
ter d'une petite enquête à laquelle je me suis livré que la limite
du son -ia(J) = ellum, se substituant à ea(j), n'a guère varié
depuis le Moyen Age et que c'est à quatre ou cinq lieues de
Liège, au Sud, qu'on en constate l'existence sur la rive gauche
de la Meuse. Or ce phénomène est l'un des plus importants
parmi ceux, qu'il m'a été donné d'étudier, comme élément de
différenciation entre Liège même et la région méridionale.
J'avais là un point de départ tout indiqué et je m'y suis natu-
rellement tenu. Dans les notes qui suivent, je conserve la
disposition typographique et les chiffres adoptés dans la pre-
mière étude. J'ai réduit mes indications à la portion congrue,
pour éviter les redites , et n'ai mentionné que deux espèces de
faits : i° ceux qui n'ont pas été constatés à Liège; 2° ceux qui
y sont faiblement représentés et pour lesquels je trouve ici la
confirmation d'exemples intéressants et nouveaux :
2, -atr donne également ère, non exr : bresseres iv, jugleres vi.
L'opposition entre -ar et -atr apparaît nettement dans le
n° rx : « Si ke ses peirs (pairs) Makares Doingrfees ses pères. »
U faut seulement noter freires V. N. D. 1261 et 1279 ; des deux copies qui
constituent le n° 302 du V. S. L., Tune a peires, l'autre, pères. Add. V. S. L.
371 pessieres (piscator), 408 tessieres.
3. Mêmes constatations qu'à Liège. Le phénomène au = a
n'est pas ancien; il apparaît sporadiquement et souvent dans
des mots de forme plutôt savante; xrv a seraut = serat, mais
c'est un exemple isolé ; Rau(jû ix et xn est encore moins signi-
ficatif.
Add. doiaure V. N. D. 1252, malatides id. 1268; qrause, Muhaul (Moha)
simplement analysées; (A) celles que j'emprunte au cartulaire du Val
S. Lambert sont toutes de la rive droite, à l'exception du no 324 («.../a// a
Engis sor Mucsè); (B) les chartes du cartulaire de l'Abbaye du Val
N. Dame, à Huy, et celles de Flônes nous reportent sur l'autre rive, la
ville de Huy offrant, sinon la même vie historique, du moins les mêmes
particularités phonétiques que la région occidentale. Restent deux pièces
de la collégiale de S. Denis. Elles sont hesbignonnes et appartiennent égale-
ment à cette région ; l'une est datée de Bleret (Blaref), l'autre de Waremme.
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212 M. WILMOTTE
id. 1291 ï# , Rauses, sauges 1, grause id. 1299*. Je trouve par = por xn et
parfait (= parfait) V. S. L. 320. La confusion de por et de /ar, si fréquente
dans les textes wallons, est très probablement un fait phonétique qui doit
être rangé ici. Je lis dans le n° 324 du V. S. L.:.. « li vij sous ke Hanons lor
demande ke lor maires prist onkes ne furent pris pot lor sauoer ne por lor
mandement. »
4. -aticum ne donne que -aige à Liège, que -âge au Midi :
riuage 11, in; tesmognagem, xii; hirretageix, xm, xv; mariage xv;
cf. wage 11, m. J'ai toutefois damaige v, vin à côté de damage v,
xm ; mais la présence des deux formes dans la même charte (v)
lui enlève toute autorité en présence de l'accord de toutes les
autres et du patois moderne 2 . D'autre part il faut observer que
vin est de Jehay-Bodegnée. Or la campagne, au N.-O. de Huy,
se rattache, ainsi que la ville elle-même, par ce trait-là, au Nord
de la province. A Waremme on dit -ètch, non -âtcb. N. encore
sage = si ai-ge ni.
5, 6, 7. Quelques ex. de en : ain à joindre à ceux des chartes
1. Ce mot est le plus intéressant : sauge — s api us ne concorde nulle-
ment avec les formes liégeoises de ce mot : sa(f)ge, sage, aujourd'hui setch
conservé dans l'expression sêtclj-dam (sage-femme). C'est le phénomène
opposé qui s'observe dans grausce, liégeois gros. Cf. Romania, XVII, 555.
Les formes citées là, si j'excepte celles des finales en -auble et les nom-
breux exemples, qui m'étaient déjà suspects, d'une seule pièce (D 1291 •)
sont tout à fait insignifiantes. Je me suis convaincu depuis que la pièce
exceptionnelle (D. 1291', non 1291, comme je la désigne) était de pro-
venance plus méridionale. Non seulement elle a au =. a, notamment
dans les futurs de plusieurs verbes, ce qui est sans autre exemple à Liège,
mais j'y relève, en la relisant, les formes suivantes : cheaux, spiaute, sayaux,
sayaî ; ou — ô, ù, non oi dans Gilon le Soul (sa tu 11 us ou solus?) tous,
tout, sanghour, prions, preclxours, desous, confessour, weil, non veil, autant de
graphies inconnues à Liège (du moins la première et la dernière) ou n'y
apparaissant point avec cette constance (c'est le cas pour ou z= ô, û).
2. aige a un domaine plus étendu sur une rive de la Meuse que sur
l'autre. Le Condroz dit partttch, vàyètch (Parabole de l'Enfant prodigue) et
c'est seulement à S. Hubert que je note -âge, peut-être d'importation
française. Au contraire, sur la rive gauche, -âge apparaît bien plus au Nord.
Namur le possède (viïïache : vach: riment dans une pièce d'un poète
local, M. Ch. Wérotte), Andennes aussi et même Ben-Ahin, à 5 kilomètres
de Huy sur cette rive. Ces observations sont confirmées par les formes omaige,
tesnwngiiaige d'une ch. du Val S. L. (406) qui provient précisément du
Condroz.
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ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE 213
liégeoises : desortren i; Anen vi; Fontennesvm; maens, constracns,
maemes xi; Hasken xv à côté de Hashin. Pour ae = ai, cf. le
n° 1 (Liège). Les formes liégeoises du latin pœna et minus
sont po(J)ne et tno(f)ns, non paine et mains qu'on rencontre
pourtant dans les pièces de ce lieu et qui se sont maintenus au
Midi. Il me paraît difficile d'établir une distinction, dès le
xni c siècle, sur cette seule base. La question de savoir si ai = i,
qui a été soulevée et résolue négativement par l'éditeur du Poème
Moral (p. 50), est des plus compliquées. On a maisîres et
mestres dans la même pièce (R. 1292); on retrouve mestres à la
rime de Sainte Juliane (: estes 1127). Le patois n'est ici d'aucun
secours et l'analogie d'un cas particulier, ain : èn, n'a qu'une
faible portée. Je persiste à considérer la rime du P. M. remtnt :
-ent 568 e comme parfaitement régulière et derrans, dans le même
texte (187 e ), comme une graphie inexacte pour derrens (-ains),
de même que remant 572** pour renient (prononcez e) qui est
correctement écrit 568 e ; an -+- cons. : en + cons. est exclu
dans toute hypothèse, à Huy comme à Liège; mais, d'une
part, on a élargi la voyelle et on dit ô, par ex. tcbô = campus;
de l'autre, an (à) s'est maintenu intact. Cet élément de différen-
ciation est-il appréciable au xm c siècle ? On est tenté , à raison
de l'analogie de au = a non nasalisé, de répondre négativement,
même avant tout examen. Je note toutefois dans les Vers del Juïse
deux rimes douteuses en an : on (354-55) et dans une charte
de la Paix-Dieu (1261) porans = porons (1 pl. fut. de pooir),
qui est peut-être fautif. Maemes = mei(s)mes xi, qu'on retrouve
V. S. L. 324 (jnaemement), semble étranger au liégeois.
9. -éllum : -ial, non -eal, sur la rive gauche de la Meuse.
J'ai déjà signalé dans ce recueil l'importance de cette distinction :
chastial, cystia\, Wilhiames iv; Ansial v; Ysabiau\, -ial, Ansial,
Monial xv ; mais en Condroz (rive droite) Beafort 1, Cistea^ vu,
Wilheames x; espealte, Boneal, Phillipca^ xm. Sigillum paraît
avoir, comme le français sceau (cf. cheveu, eux), subi l'analogie
de -ellum : on a saiai \\\, 111, vm, mais sa(i)eal à côté de saialxi;
saias et saieal xiv à Axhe-sur-Geer indiquent à peu près la
limite des deux sons; Waremme a encore è, Hannut déjà ya
(Parabole) — Seel v, saiel x, sael xn sont des graphies moins
sûres. Q.uant à -ïllum, il a donné régulièrement ~ea(J), non
-ial; il ne rime donc pas avec -éllum dans les textes de cette
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214 M * WILMOTTE
région 1 . Aujourd'hui encore il donne è (anc. eal) dans les
formes djvè (capillum), %il (pour ^/ = ïllos), séla (ceux-
là). Cf. Zeitschrifl f. Rom. Pbil. xn, 2592.
Les chartes du Condroz ont naturellement -eal partout ; aqu a , qui a donné à
Liège aiwe dans Boilaiwe xvn (cf. Poètne Moral, p. 98), est écrit eaiwes dans les
deux copies de V. S. L. 302. Sur la rive gauche v a iaue et vin aiguë, la
première forme surtout significative. Le Beafort des documents condrusiens
est devenu sur la rive gauche Biafour (1299 a ).
Les observations des n°* 10, 11, 12, 14 sont applicables
à la région que j'étudie ici. En ce qui concerne ai : 0 (13),
remarquons qu'il faut établir une distinction entre oe == ai et
oe = oie. Dans le premier cas, nous avons affaire à une graphie,
dans le second à un affaiblissement vocalique. Cet affaiblisse-
ment n'a lieu dans les chartes liégeoises que devant une atone :
soent, pooent, etc., cités ici XVII, p. 557. Au contraire, au S. de
1. Cette constatation est plus importante que cette autre : i (— è -f i) : 1
(— ï ou ë) du Poètne Moral. Car, dans le dernier cas, nous constatons une
influence centrale, qui a triomphé d'un lait dialectal ; dans le premier, deux
phénomènes également provinciaux et dont l'un ne pouvait, hors de son rayon
géographique, entraver, d'une manière historiquement appréciable, le déve-
loppement de l'autre. La rime icea^ : consea\ (*consellum) {Vie 5 e Juliatu
577) exclut déjà l'hypothèse que ce texte puisse appartenir à notre région,
Il reste l'alternative d'en faire un texte liégeois ou un texte très méridional.
Je laisse de côté la rime nialleie : paraleie (623), où malleie = meslée n'offre
aucune diificulté, ce que n'a pas vu l'éditeur (V. d. J. xci) et ne men-
tionne que saclje : message 440 (prononcez èkh des deux parts) et que
les rimes u: ou déjà citées Rom. id., n<> 1. M. Cloetta se croit autorisé
(P. M. y p. 310) à induire des formes mi, ti, caïr, veïr qu'il emprunte aux rimes
du Ver del Jutse (et dont on retrouve une dans la Vie 5 e Juliane, 761) que ce
texte (et la Vie aussi, par conséquent) n'est pas écrit dans le même dialecte que
le Poème moral. Voilà qui est bien téméraire en ce qui concerne veïr, qui
est encore liégeois et qui l'était dès le xm c siècle, comme en fait foi une
ch. de Robermont ( 1 270), qui a la forme veiies (avec 2 i pointés) — * v i d i t a s,
(Au sud de Liège le parf. 1 sg. vei xi.) Je trouve, d'autre part, mi et li dans
les pièces du V. N. D (1261, 1266, 1279), donc peu au Sud de Liège, qui les
possède encore aujourd'hui.
2. M. Horning, dans l'article cité, a été induit en erreur par la personne
qui lui a fourni des renseignements sur le patois de Huy. J'ai constaté
moi-môme, et on me confirme encore, que ce patois ne connaît point oufà, pè
bè, pour se et qu'il n'a que^a = -ellum.
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ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE 21)
Liège je trouve la forme hor (vu et V. S. L. 324) qui est pour
hoir plus ancien et ne peut être rangée dans la catégorie des
mots en -arius, -orius, où l'attraction de la voyelle a très
bien pu ne pas avoir lieu sur certains points, par ex. à Tour-
nai. Cf. Poème Moral, p. 76. Dans un ms. de poésies religieuses
auquel on se plaît à assigner une origine liégeoise (éd. Meyer,
Revue Soc. sav., 5, vi, 241), on a savoir : flor. Mais savoir =
saporem et ne prouve rien. Je mentionnerai encore teneoit =
tenait xu.
16. o : ou, eu ne paraît pas avoir suivi la même marche qu'à
Liège. Les graphies u, oi , fréquentes dans cette ville, sont
inconnues au Midi; c'est du moins le cas pour oi, si j'excepte
maioir xin , qui appartient d'ailleurs à la rive droite. La gra-
phie la plus usuelle est 0 dans les pièces les plus anciennes :
prior, sengnor, lors 1; menors n, prios ni, plusors, hore iv; plus
tard apparaît ou : prous vi ; plusours, desour x; voyez surtout xiv
et xv. Les premiers ex. de ou : eu sont signeur et leu v;
deus vin ; le nom de lieu (?) Orleur ix. Ici aussi ue = ou frç.
comme l'attestent les mêmes confusions de graphies que j'ai
déjà constatées à Liège (curt et cuers vin). Il faut ranger à part
ou = au dans pou îv, ou (habui) ix, out, lou xi.
Les chartes analysées ont maioir V. S. L. 319 aussi isolé que dans les
autres pièces du V. S. L. Je relève seulement doisz- duos V. N. D. 1279. La
graphie ou — o apparaît môme dans le pronom personnel nous V. S. L.
408. Les n°* 316, 317, 319 du même fonds ont deseur (1271). — Loti se
retrouve V. S. L. 300, Pouî id. 371, chouse V. N. D. 1297* et 1297'. Il
s'agit donc d'une loi dûment constatée, et cet ou, non développé en eu, mais
réduit plus tard à d, ne doit pas être confondu avec ou — ô, û. A Liège, on
a ctoses 1, vi, xvi, choise xxi ; Pol xu, xm aussi bien que Pouî x ; pau xm.
19. ô -h y a-t-il été traité à Huy et dans la région voisine
de la même façon qu'à Liège? Le patois moderne ne nous
fournit guère d'éclaircissements. Les sons ê, œ, u, ou y repré-
sentent également la voyelle latine. La parenté phonétique de
œ et de u simplifie déjà le problème, ou ne se produit guère
que dans des cas d'hiatus que M. Horning semble avoir tirés au
clair. Reste é, qui représente probablement ue (zve) plus ancien.
On dit encore à Liège aujourd'hui plêf = plôvja, nèr
nôc(e)re. Plus au Sud nè(f) = noctem. Mais ue est-il pri-
mitif à Liège? J'en doute, puisque les exemples font défaut.
En revanche le Condroz nous offre les formes eut = bel o vu,
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2l6 M. WILMOTTE
pues xi, à côté de viet xn moins significatif. Il semble donc
qu'il y ait là une démarcation à faire. Les chartes analysées ont
de nombreux ex. de tnuj (moj).
20. -otnes, qui n'est pas constaté à Liège, figure ici dans ks
pièces non publiées : avomes V. N. D. 1252 ; disantes V. S. L.
324.
23. e posttonique est tombé dans feir 1, Flon ni, Ermentrut iv,
droit ix. La voyelle a s'est affaiblie en e dans kenie m, menors,
medame îv, sengberie vu.
25. Ju —- ego 11, m, vu. Le n° xiv est très intéressant à
cause de la substitution, qu'il nous montre, de u atone à i des
enclitiques, préfixes et particules : ju y du, lu (article), lugois
(= li(e)gois) , dunoi , chu , prusens , chuualier (cbiualier à Liège) ,
du — et vu — en composition. La provenance excentrique de ce
document explique cette singularité phonétique, qui lui est
propre.
28. Pas d'ex, de gh = j dans les chartes publiées (ligois ni,
xv). Le n° 391 du V. S. L. a seul lighoise parmi les autres.
30. Le w germanique ne donne lieu à aucune remarque;
mais w = v latin nous fournit un trait distinctif de ces patois,
trait que j'ai relevé dans la province de Namur, notamment à
Couvin, mais pour lequel je manque de renseignements précis
pour le Nord de cette province. Je citerai awech, aturilh xvi,
awrilh, tailhewres (?) xm; awee xv, enfin une graphie contraire :
Vilhiame vin.
Add. Ewruins V. S. L. 316, Auvbnes id. 408 = Avesnes. Le n° 371 a
encore un ex. de awee*.
32. A côté des formes usuelles en -aule> -cible déjà signalées
dans le Nord, je mentionnerai estaibks V. S. L. 301, 302, 408.
34. S + cons. a été traité à peu près comme à Liège. Vers
1. Je regrette aujourd'hui d'avoir publié parmi les chartes liégeoises le
n° xvii (Romania, XVII, p. $79-81). Le vidimus qui l'accompagne, et dont
les variantes sont au bas de la p. $81, me paraît établir que le copiste de
cette charte appartenait au sud de la Belgique. Il écrit ligne 25 sowraine et
1. 47 œures, alors que le vidimus a correctement sovraine et evres. Jamais un
scribe du crû n'aurait commis ces deux fautes ; elles sont trop caractéristiques,
à mon sens, pour ne pas nous fournir une indication sur celui qui les a faites.
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ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE
217
la même date il s'amuït. J'ai déjà cité, à un autre propos, la
forme Awchnes V. S. L. 408 ; le son */ ne s'est constitué que sur
la rive gauche. Le plat pays , au nord de la ligne du chemin de
fer de Landen à Statte, et la ville de Huy partagent les destinées
de la rive droite. Le phénomène est d'ailleurs de date relative-
ment récente; j'ai cité pour Liège Fehe et Lehi; j'aurais pu y
joindre Commehe V. S. L. 375 sur lequel cf. Grandgagnage ,
Vocabulaire des noms de lieux de la Belgique orientale, pp. 99-100.
Je citerai encore meitnes iv (mais tnaemes xi) plus caractéristique,
cf. n os 6-7, vikant xi, jukes xiv; mais deschent xn; s finale est
amuïe : abbe(j) 1 ; auonnos , no(s) 11 ; me(s) m , se(s) iv ; cbi(i) v,
uoirÇs) vu, cheualier(s) ix. Ces deux derniers ex. sont plutôt des
phénomènes flexionnels.
Add. ver(j) V. S. L. 301 et 320.
39. Aux formes déjà citées j'ajouterai congier Qgiei) xm, que
le copiste du Pointe Moral (A) a introduit dans ce texte (348 e ).
A Liège je n'ai rencontré que la graphie conghiet (xxm).
Add. congier V. S. L. 317, 324 — Andrier id. 323, 40S bailhier V. N. D.
1297 1 — r est tombé après une muette dans prope(s) V. N. D. 1297 *,
ibid. 1299 1 ; apouste ibid. En revanche cestre V. N. D. 1297 », cistre id. 1299 ».
39 bis. Je range ici quelques ex. d'un phénomène que j'avais
omis de signaler à Liège, bien qu'on l'observe dans les formes
meterat 1, portront 11 uiuerat xxn des chartes de cette ville.
H s'agit d'une assimilation des verbes de la i rc conjug. et
des verbes en -re au point de vue de la formation du futur. Je
retrouve uiuerat 11 au S. de Liège , ainsi que renderoit 1, 11;
uiuerai m. Duvesteraj xrv; departeront {Ver del Jutse, 327) et
guerperai {Vie S. Juliane 311) nous montrent cette particularité
étendue aux verbes en ir. Un autre fait plus général est r = rr,
dont je n'ai pas noté d'ex, dans les documents liégeois publiés ;
mais les pièces analysées m'offrent demorat 9 demouront D. 1288 ;
morat (fut.)id. 1297 2 ; moroit (condit.) S. B. 1273. Le n° vi delà
seconde série a tnorat et dans une des autres chartes (V. N. D.
1265) je trouve geront y fut. de gésir; on a uer(f)ont et or(f)ont
partout.
45. Les ex. de me, te, se, = men, ten, sen sont très rares dans
1. Le Poème moral a précisément portra 153*, 157 b.
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2l8
M. WILMOTTE
les pièces d'archives : v a sen bies, mais ix se. La région hutoise
présente la même atténuation de la nasale dans ces mots que
la ville de Liège; plus au Sud, on a mon : m(e)n, aujourd'hui
mn, c'est-à-dire un phénomène tout différent. Les fragments
publiés de S c Euphrosyne ont te nom (Meyer, Recueil 338, 123),
me jugeor (id. 139), me labor (id. 141), ce qui est propre au
Nord- Wallon.
Add. nie — ma V. N. D. 1279 et men = mon id. — *K n ) V. S. L.
1280. Je signalerai ici ilbe féminin = ï 1 1 a dans V. N. D. 1299 3 ; à Liège,
je l'ai trouvé dans S. M. 102. No y vo sont inconnus de part et d'autre ; on n'a
que les pronoms personnels vo(J) no(s).
47. A côté des formes régulières en -event, d'ailleurs peu nombreuses, je
note la forme analogique poetie qui figure à côté de pooit dans V. S. L. 408.
48. oi(e) à l'imparf. et au condit. est mieux représenté qu'à
Liège : auoi xi ; astoj, renderoj, rasengneroj, seroj, dufaloj xiv.
Add. pooi V. N. D. 1266; disoi, auoi F. 1 263 * ; auoi est aussi V. S. L.
300.
49. -iens = -imes dans metiemes, someniens ix.
Add. desins parf. 1 plur. V. N. D. 1279, xendiens V. S. L. 380. Pussous
est-il liégeois? Je n'ai pas d'ex, du Nord- Wallon. Au Sud, je le trouve
notamment dans V. S. L. 408 1 ; au surplus, rien ne prouve qu'il s'agisse
d'un trait local, car, pour me borner à un seul ex., puissons est dans un ms.
nullement wallon de Gui Bgg. 506, $86, 691, 2289, 3431.
54. -aisse au subj. imparf. : greuaist vin; demandaissent xv; il
est intéressant d'en rapprocher le parf. donail vu.
Add. irespassaise V . N. D. 1268; detnoraist, concordaist id. 1279, w^wmij/
S. D. 1277, raportaisl, ahissent , justeclmssenl id. 1 281 et annexe; greuaist
F. 1265'; raportaist V. S. L. 380; turttaitnes id. 408. Cette formation est
étrangère aux textes liégeois, bien que j'aie relevé quelques ex. dans des
pièces, non publiées, de cette provenance. Je serais disposé à établir ici une
démarcation que les parf. cités donail 3 sg. et turnaimts 1 pl. confirment utile-
ment.
1. M. Pasquet (Semions de Carême, cf. Rom. XVIII, p. 191) est donc mal
fondé à invoquer cette charte pour établir qu'à la fin du xm« siècle on disait .
pussous et pu(t)ssiens à Liège, car l'autre pièce citée (D 1290 3 dans ma table)
est seule originaire de cette ville, et elle a puissiens. Le patois moderne ne
fournit aucun éclaircissement.
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ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE 219
Conclusion. Il me reste à grouper provisoirement ici le résultat
des observations que j'ai faites *.
(3) -aut futur, 3sg.
• sauge = *sapius
* por = per
(4) -oge — -aticum (au sud de Huy)
(7) * maemes — m e t i p s i m u m
(9) -ial = éllum
-aû — ïllum
*ai%ve
(if) tte(eu)~ô + y.
(16) o«=rô, ù, non oi.
ou — au
(20) -ornes 1 pl. verbal
(25) u — i atone (phénomène propre à une
région restreinte)
(28) ; (g) = j français
(30) w = v id.
(32) faible = -abilis
(39) * congier =1 commeatu m
(47) *poeut, forme analogique
(49) ï*pussons.
(54) -ûi7 = at 35g. parf.
-misse = a5# subj. impf.
-at.
*sa(i)ge
•par
-aige
* m(e)itttes.
-eal =z ïllum et êl
*iaue (aiguë)
ui (oi).
oi (0, u, ou).
0(.).
~ons
v
aule (able)
* congbiet.
*pu(j)ssiens
at..
asse et aisse.
TABLE DES CHARTES ANALYSÉES
Abbaye du Val S. Lambert (au sud de Liège) :
No* 180 du seigneur de Clermont (1244).
301 du même, mais dans l'intérêt du V. S. L. (2 août 1267).
302 du fils du précédent, pour les mêmes intérêts (2 e copie du n° x
des chartes publiées).
314 du maire et des échevins de Nandrin (1270).
315 du seigneur de Hermalle-sur-Meuse (20 avril 1271).
316 des mêmes que le n° 314 et du maire et des tenants du V. S. L
(22 mai 1271).
1 . Je range dans la colonne de droite les formes liégeoises constatées, dans
la colonne de gauche les formes les plus méridionales. Les chiffres nous
reportent aux §§ des deux exposés. L'astérisque indique les formes isolées,
qui ont naturellement une portée moindre.
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220 M. WILMOTTE
Nos 317 des mêmes (16 août 1271).
319 des mêmes, ainsi que du maire et des tenants « maistrc Arnut de
Nandren ».
320 du maire et des échevins de Nandrin (22 décembre 127 1).
323 Chirographe en double, de même provenance que le n° 316
(3 mars 1272).
324 Arbitrage « fait... a Engis sor Muese » (20 mars 1272).
325 des mêmes que le n° 316, ainsi que du maire et des tenant?
« Godefroit descriu » (27 avril 1272).
3/0 de Gérard, chevalier et seigneur d'Ochain (11 octobre 1276)
353... « che fut fait a Astenoit », du seigneur du lieu (15 déc. 1276).
354 du sire de Clermont (19 déc. 1276).
357 « fait., en la ville de Yuou » (Yvoz) (5 avril 1277).
371 au sujet d'un arbitrage entre le seigneur de Clermont et l'abbaye
du V. S. L. «... faites z recordees a Clermont » (6 septembre
1282).
380 du seigneur de Clermont «... par deuant nos a sain seuerien en
Condros » (4 mai 1285).
391 «... fait z doneit l'an de grasce m. ce. nonante z un en la maison
monsangnor Johan a le nueue uilhe ».
408 du seigneur de Clermont «... par deuant nos a Clermont »
(5 octobre 1298).
Abbaye du Val Notre Dame (Huy) :
1252 en faveur de l'abbaye.
1261 idem
1 266 idem
1268 idem
1279 Arbitrage entre le V. N. D. et « Wilheames de Geramont ».
1287 du maire et des échevins « del petit bore ke om dist utre muese
en huy ».
1291 en faveur du V. N. D.
1297 1 « du bailli de Muhal (Moha) « ...le jurdi après le treme ».
1 297 2 du vestit de S. Germain de Huv«... le merquedit après le
natiuiteit saint Johan baptistre ».
1299 1 du maire de Mulxud z des échevins de Wanse, le samedi avant
la Chandeleur.
1299* en faveur du V. N. D. « le vigilhe nostre dame sainte Kateline ».
Collégiale de S. Denis (Liège) :
1277 « en la ville de Blarei ».
1281 « faites a Waremme ».
Abbaye de Flottes (près Huy) :
Juin 1 261 • entre l'abbé et le seigneur de Clermont.
1262' entre les mêmes (même mois).
« genvier » 1263 ' concernant l'abbaye.
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ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE 2JLI
N°* 1263 1 idem « dimengne deuant le feste saint Donis ».
1263 * de l'abbé « lu semmedi après lu feste saint barnabe Tapostle ».
1283 « Nos Robins maires z li eskeuin de Hanut ».
PIÈCES JUSTIFICATIVES
I. 1234.
Li abbe de flone. z sire Arnuz de beafort. font sauoir a toz ceaz ki ces
lettres uerront. ke del besten. ki estoit entre le glise de flone dune part, c le
dawime de clermont. z jakemin se filh. d'attre part, endroit de le pesserie.
entre le riv dunbrai. z huon falise. dont labbes dist. ke nus nat droit de fermeir
sachiere. se la glise non de Flone. z ke la sachiere dont il est bestcns. est
fermée sor le sin ilh en sont mis. el prior de sen Seurin. z mestre liber
damain. par teil. kil en doent enquerre le bone uertei z le droit de chescun.
tôt la v il uerront ke mestier iert. z après doneir a chescune partie son droit.
z ce kil en diront couenrat tenir, sor paine de .X. mars z silh duj ne se pooen
concordeir. mestre Hues de sen pol. est pris a desortren z a celui kil sacor-
deroit. cowuenroit les parties tenir, z se li dawme z ses riz nel uoloent tenir,
sire Arnuz renderoit .X. mars ki mis i sont a labbeit z se li abbe z li glise
nel tenoent. il rendroent .X. mars, a sengnor ernut. z en témoin de ce. ont
il ces lettre fait feir. z saeleir de lors saaz. Ceste mise fut deuisee. Anno dni.
m ce xxx un Die béate Katerine.
(Abbaye de Flône.)
1MII.
Sacent tôt cil h ki ces letres u^ront
ke Ju lorens abbes de flones z tos no
Couens auons otroie a Jakemon le che-
ualier sagnor de Clermont. a tenir z a
auoir teil droit ke nos auons en la
dime des nouales de la pdrroche de
himiale tam cum ilh uiuerat. z li
deuawt dis Jakes nos at otroiet z donet
a sa uie a tenir sa dime del riuage de
hermale grosse, z menue qwil tient en
fiuz del sagnor de Rochefort. z que li
sires de Rochefort tient en fiuz de la
glise de luige. z autmeil otroi auonnos
fait a son oir après son deces ('). de la
dime des nouales deuant dis. se ses
(1) des no barré entre deces et de.
1248.
Cognute chose soit a tos cheaus ki
ces lettres uerront z oront. ke Ju
werris sires de Rochefort. ai otroiet a
mon sagnor Jake de Clermont. mon
cusin. a doner le dime de Riuage de
hermale. grosse z menue ala glize de
flone. laquele il tient de moi en fiuz.
z ke ie tien en fiuz de la glize de liège,
solunc le forme, z le ténor des letres. le
deuant dit Jakemow. ki teiz est. Sacent
tôt cilh ki ces letres mrront ke ju
Jakes cheualiers. sires de Clermont. ai
otroie z done a ma uie a tenir ma dime
del Riuage de hermale grosse z menue,
ke ie tien en fiuz do sagnor de Ro
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M. WILMOTTE
oirs uuelt faire atmeil otroi a nos des chefort z ke li sires de Rochefort tient
dimes deua//t dites ke li deuawt dis en fiuz de la glize de liège, a la glize
Jakes at fait, z se ses oirs ne voloit de flones. z la glize de flones si ma
/ tenir z otroier ce ke li deuant dis otroie a tenir, et a auoir tel droit ke-
Jakes en at fait, ilh renderoit a nos. mêle at en la dime des nouales (') de
cest a dire a la glize de flones. L. la parroche df normale tant ke ie
mars de ligois dont ele tient en wage uiuerai. z autreteil otroi a fait la glize
le dime deuawidite de riuage. z reuen- de flon a mon oir après mon deces de
roit li oirs a sa dime. z la glize reuen- la dime des nouales deuant dis. se mes
roit a teil droit kele doit estre de la oirs uuelt faire autreteil otroi de me
dime des nouales z por ce ke ce soit dimes deuant dites ke iu ai fait a la
ferme chose z stable, sauons nos priet glize de flones. z se mes oirs ne uoloit
la glize damaiwg kele mete son saial tenir z otroier ce ke fait en ai. il ren-
en tesmognage de writeit à ces lettres deroit a la glize de flones. L. mars de
auuech les nos. Cis scris fut fais quant ligois. dont ele tient en wages le dime
li miliaires coroit par mil z dous cens, deuawt dite del Riuage. z reuenroit a
z quarante, z .viij. ans. el mois de sa dime. z la glize reuenroit a teil
fenal mois, en nostre capitle. en nostre droit kele doit estre de la dime des
présence, z en la présence le prouot nouales. z por ce ke soit ferme chose
damaiwg Conrat. z maistre Johan cor- z stable, sage pr/et la glize damaiwg
neilhe canow damaiwg. z frère Tho- kele mete son saial en tesmognage de
mas dardewne del ordene des menors. vtriteit a ces letres auuech le mien.
(Abbaye de Flône; un sceau Cis escris fut faiz quant li miliares
et un fragment de sceau.) coroit par mil. z deus cens, z quarante
Je frères Robers dolez. Custodes des frères menors de Liège z Je henris
prêtres parrochins de hers Le chastial z Je Johans de hodege chapelains
dorelh faisons asauoir a tos cheas ki ces Letres verront z oront ke nos fumes
(i) devant dis barré dans le texte.
z viij .ans. el mois de fenal mois, en la
présence lorent labeh de flones z le
prouot damaiwg Conrat. z lamtxrt le
prios de flones. Ranier de Wanze.
Wattier de sanct Geore. Watier das-
sece. Balduindayoncm. canow*. maistre
Johan cornelhe. canone damaing. frère
Thomas dardenne. de minors. z tôt le
capitle de flones ki dowt astoit. En
tesmognage de vérité ai ces lettres
saelees de mow saial.
(Abbaye de Flône.)
IV. 1251.
ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE 22}
présent a hers Le chastial La v medame Margarite Li veue de corwaremme ki
fu feme a mon saignor Robin de corwaremme Le cheualier. reconut deuant
nos z deuant plusors bones gens ki la astoient présent kele aqvis auoit de denz
se veues iors doz boniers de aluez pou plus v pou mains. Trois sous de cens
nuef chapons quelc auoit ens el teroit dele dite hers. z de ce Li portare/zt
temoi//gnc deuant nos mult de bones genz ki la astoient présent. En après
dame Margarite ke nos auons deuant nomee en cele meimes hore z en cele
meimes pièce de terre, deuant nos z deuant tos cheas ki la astoient présent
donat entièrement en amone Lalue ke nos auons deuant nomeit a Labeie de
le pais deu del ordene de cystiaz z Le reportât en la main del abesse Ermen-
trut del abeie ke nos auons deuant nomee. A totes ces choses faire ke nos
avons devant dites furent présent, frères Libers de corwaremme. frères
Wilhiames Li maistres de le pais deu. Margarite de Limon none de hekerodç.
sires Cuenes Li cheualiers de hers. Le chastial. Ernekins Li maires dorelh.
Hermans. Thieris. Watiers. frère Li filh mon saignor Gontier de hers.
Robers. vriens. z cristianz se frères de folhowgn. vriens Li frères Libert de
fologn. Rasses Li parens mon saignor cucnin. Ernus de Juhers. z se frères
Tielemans. Robers z Giles de hers. Giles z Marsiles se frères Tumas li
bresseres Johans de folhogn. Ces choses ke nos auons cl dites furent faites
en Lan del incarnation, de ih«u crist Milh. z CC. z cinquante z vn an.
(Abbaye de la Paix-Dieu.)
V. 1255.
Jou huistasses de fies z iou libiers sires de rosuel faisons conisanche a tos
chiaus ki cetescrit orunt ke nos auons départi lemaison de le paisdev z phe-
Iippon z ansial z ces nos dis ke phelippes z sescompains ont retenu lecors
de liaue z lebies aforbir z geter sor letere delemaison delepaisdev z silauenoit
kephelippes r sescompains eustmestier délétère porsenbies reforchier. ilepuet
reprendre sauchè kelimaisons njait damaige. z setant de tere jauoit kiligrevast
auforbir geter lenpuet par leporte delemaison sans faire damage ne greuance
alemaison. z seliestanche desenbies rompoit pardeuens leporprise delemaison.
limaisons delepais dev lidoit ensaignier vileprendera pardeuens leporprise
porreforchier. z lestance pardcfors fremer se douent sauche kelimaisons
niait damage. Lauchis assens z chidis fudis fusires michies liprestres z
sirefrankes de walecort. z sire godefrois de bodegnees z stasins li frères
phelippon z sesont lesparties ensi assenties kemesires robers de limon z \\
abeesse dele pais dev iont mis levseel. entesmoig kecest chose estable î Et
sefuchefait Landelincarnation nostresignevr m. z ce. z lv ans. oumois de
nouembre.
(Abbaye de la Paix-Dieu. Un sceau.)
VI. 1257.
Gonbiers li Jugleres z dame Emme sa feme. laisent en amone a le vaz
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nostre dame par vn comun asens .xx. soi de ligoizî après le vie gonbier ne
sa feme ne nus niât riens ains rechiuront maintenant cilh délie vaz nostre
dame les prous après le vie gonbier la rente ensi kelle skerrat a noel z a le
saint Jehan et ce lak gonbiers en teil mawre ke cant ilh morat ke on li frat
son aniversare amian. lui. z sa conpangmn z autre tant de requistion ke de
cens. De ces xx soi s * engist vij soi z ij. doniers desoz les forches en
erbone délie terre colai bien deu ke gonbiers. achetât aluj î de ces .vij. s<rç.
z ij. doniers doient rendre cilh délie vaz nostre dame .xxvnj. derniers .xnij.
deniers aie feste saint iehan z xmi. deniers a le saint Remei aie cuert a
Wanse car elle muet de yeske z. iiij .so- x . a anen dofoz z a thiri son baron,
por lor maison ki les doient La ilh manent. z xi. doniers. z démet délie maison
iehan da sece la ilh maint a pont de saint remei devant brise vilain, et chu
astalet gonbiers en tel point ke deuiseit est z si at .iiij. doniers vtre les .xx.
soi et P dr cnu ke ce soit ferme choze et enstable si ai iu fai mètre a ces pre-
sens Leitres le saiel mon sagnor guiar doien de nostre dame de huj en tesmon-
gnage de veriteit z "par lotroi de ma feme Ce fut fait Le mardi après feste
toz. sains, en Lan délie Incarnation nostre sagnor Jhesu crist. M. ce. l. vij.
(Val Notre Dame. Fragment d'un sceau.)
VII. 1258.
A toz ceas ki ces lettres verront et oront. Giles de cens fontennes fiz mon
saignor boneface de cent fontenne jadis cheualiers salus z conoistre veriteit.
Nos vos faisons a sauoir ke sire ottes ceualiers de niuelle nos hom défiez de
xvi boniers de Urre z demei u la entur ki siet en fcrrois de niuelle vient
par deva/Jt nos seins z heties z deuawt nos homes hewrion de paalhe
Robin de paalhe Gillebiers de leis fontennes Pirow leveske de cent
fontewnes et donait en amoine de sa propre volenteit sens rapeleir de
nostre assens a la maison de le vaz deu de lordene de cisteaz z reportât en
nostre main saz les huniers de lui z de sa femme damme mahot kilh reti-
newt tote lor viez teilh fiez kilh tenoit de nos si ke deuawt est dit awez cheaz
dele vaz deu. Par teil deuise se le sires ottes deuawt dis auoit hor de son
cors de sa femme dawme mahot ki awist nom z batewme li fiez reuenroil
aluj z a son oir sens nule contredit. Et se le sires ottes moroit sens oir de
son cors de sa femme deuant dite ju Giles doi rendre a ceaz dele vaz deu le
fiez deuant dit sens nule contredit saf ce kilh men doient Hurer home por
deseruier le fiez. Et se ce auenoit ke damme mahot moroit anchois ke sire
ottes sens oir de son cors ju Giles doi rendre le fiez a ceaz dele vaz deu sens
contredit z ilh en doent liurer home Et sires ottes doit demoreir en la
senngherie de son fiez de ci atant ke cheanche soit cheue. Et par tawt ke che
soit ferme chose z stable ju Giles ki nai poin de saeal fai mettre a ches
lettres le saeal lofficial de liège et le saeal monsangnor gilon chastelain de
durbuj et le saeal monsangnor wautier voweit de huj. Et nos officias Giles
chastelains Wautiers vowes de hui deuant dit aie prière de Gilon deuawt dit
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ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE 22$
auons nos saeas mis a ches letres. Et che fut fait lan de Incarnation noj/re
sangnor mil z n cens et cinquante eut en mois de maj.
(Cartul. du Val Dieu, Paris, Bibliothèque
Nationale, fonds latin 9302.)
VIII. 1263.
Je Giles prestes de bodignees. fais sauoir atos ceaus ki ces letres ueront
et oront. ke Jehans mailhes dawieres. et Jehans li Gros, freris. et sailhes. et
plusors altre proudome ont départit par lor dit Le maison délie pais deu. Et
Giles hauet de bodignees do bies de lor molin ki curt en contre le preit le
deuant dit Gilet en teil manière, ke li maisons délie pais deu at retenut .xn.
pies de terre .1111. pies el cuers de aiguë, et nrj. o bies dune part laigue. et
IIII. dautre part. Et se li maisons se uuet et puet passeir de mains de .iiij. pies
ou curt del aiguë elle sen puet aidier abies dune part et dautre. Et lor bies
pulent forbir. et reforcier. et aleir et uenir. et se tant de terre 'jauoit kele lor
greuaist a forbir geteir len pulent par le preit le deuant dit Gilet sens faire
damaige. Et silh en auoient forfait deuant le dit tôt est aleit et pardoneit Et
por ce ke cis assens fut fais. Et ci dis fu dis en noj/re présence et mon san-
gnor francon de wallecort le preste et sangnor francon iautre. chapelain, et
frère Garnier. et frère thyri. ki dece sunt tesmaiwg. Et vilhiame de vileir. et
sangnor Rennier le maior de Genefe ki sunt plege a lune partie et al altre sor
le paine de .xl. saus de ligois a rewdre a le partie ki le dit tenroit se li autre
en isoit. a le pétition des deus parties por ce ke ce soit ferme chose et stable
nos auons mis nostre saial a presensscrit auuec le saial labesse dele deuant
dite maison dele pais deu. Ce fut fait lan dele Incarnation noy/re sangnor.
iM. c. ce. lx. trois, ou mois de septembre.
(Paix-Dieu. Un sceau, avec copie moderne,
portant deux sceaux.)
IX. 1265.
Je ysabeal Noble dam me. Da>wme dele terre des primont z de Goleppe. femme
iadis mon saiwgnor Gerar de Wassenberge. A tos cheauz ki ces lettres verront z
oront. Salus z conissance de verteit. Sachiez tuit ke Rewniers z iohans frère z
filh Freride viwgnis. z Godescaus ki at lor seror. si ke droit hoir iohan le boriois
ki iafut loraionsî Trasissent par deuant nos en querelle, z deuant nos iugeors.
.Labesse z le couewt de Robiermont. dele ordene de cyteaz. del hirretage ki de
nos descent. lu giest el terrois de ham. Le quel hirretage. Re/mirs. z iohans.
z Godescaus desor dit disoient quilh lor estoit eskeut de droit eskeanche par
hiretage de par lor aion iohan deuant dit. z Rau lor oncle. Et li abesse z li
couens de rolvrmont desordis respondirent encontre eaus en tel manière, ke
cils hirretages lor fut doneiz en almoine de iohan le boriois z de Rau se filh.
si ke del droit hoir ki ahireteis enfut par le cuert. z par les iugeors. si ke lois
z iugement portet. z si quilh aparoit par les lettres pendans quilh en auoient
Ramania t XVlll. j r
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M. WILMOTTE
* de moi. Et par les lettres quilh auoient de mon saingnor Rogier de Wassen-
berge. cui frère ie ou. Et par les oeures ki faites en furent par nos. z par
les iugeors ki a iugier en orent. ki par iugement aie requeste. .labesse z le
couent deuant dit lor liurarent ceste terre, par verge, z par mesure, z abo-
narent. z pais commandarent par iugement. si ke lois porte, z pasuele le
tinrent doze ans z plus. Et nos par chu ke nos uoliens ke droit auenist as
parties. Nos metiemes le claim. z le respois. z totes les oeures faites en le
warde. z en le retenanche de nos iugeors ki a iugier en ont. Et en someniens
ke droit nos endesissent. Li quel iugeor par le omseilh de lor peirs. z par le
conseilh de nos homes de fiez, z par le conseilh des homes le duc de lembor*
Dissent par iugement. Et nos raportarent entre le claim z le respois. z les
oeures ki faites en astoient z dont ilh bien se recordoient. ke li abbesse z li
couens de robiermont desordit deuoir demoreir pasieblement en son hirre-
tage. z pais lor en fut iugiet par les uoirs iureis ki iugier en doient. Et nos
après le iugement des voirs iureiz commandons pais a labesse z al couent de
rob^rmont deuant dit. Et cis iugemens fut fais par lassens z par la cort. z par
la reqweste des parties desor nomees. z dune part z dautre. z bien sen tirent a
paiet après le iugemewt fait li une partie z li autre, z ennvrciarent nos z
nostre cuert. La ou cis iugemens fut fais z rendus par deuawt nos. furent
nostre uoir iureit. z iugeor ki cest iugement dissent. Johans dis hanekeas li
fis makare doiwgnees. ki cest iugement dist. Et sen fist sitre si ke ses peirs
makares doiwgnees ses pères, lowis li feures de sprimont. Giles de lincees
dele porte uoir iureiz. henris malhes. Weris de pressoir, z pluisor autre voir
iureit. Et si furent nostre home de fiez, ki cest iugement siwiient. sires
ernus de charnoir. sires ernus del preit. sires thiris ses frères cheualier.
Colette de Wodemont nos balhiers. Stassiens del mani. lorens dorleur. z
pluisor autre. Et si furent home le duc de lembor. de cuj nos tenons nostre
fiez. Sires ernus de charnoir desor dis. sires Giles de rembieruas cheualir.
Anseas de Wilhon riu prouost de lembor. z pluisor autre home le duc de lem-
bor. ki tuit siwirent z confermarent cest iugement desor escrit. Et par chu ke
che soit ferme choise z estable. z parmanable a tos iors mais. Nos auons a
ces pr^sens lettres pewdut nostre propre saial en tesraoiwgnage de veriteit. Che
fut fait en lan dele incarnacion nostre saiwgnor ihesu crist. m. ce. lxv. Le
venredi après Le feste saint martin.
A toz ceaz ki ce Lettres veront z oront Nos Jakemes chevaliers z sires de
Clermont faisons a sauoir ke nos frères sires Werris chevaliers z sires Dastenoit
quant ilh por la besoigne de sainte Eglise z de la crois quilh auoit prise sen
duit aleir en puilhe nos comanda sa terre z ses biens en toz endroiz. z nos
donat plain pooir de faire de cez biens si ke mambors. z après ce ki fu partiz
del pais Henris li fiz Rigat de la Noue vilhe vient par deuant nos. z par
(Abbaye de Robermont. Sceaux enlevés.)
X. 1266.
ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE 22J
deuant plusours des homes de fiez nox/re frère deuant dit ki por ce furent
apeleit* z del fiez de Doze boniers entre terre z bois quilh tenoit del deuant
dit nay/re frère par sa volenteit a vikant Beatris sa feme reportât ilh vnze
boniers en noj/re main aves la maison de la vaz saint Lambert, li quez fiez
gist aseiz près de la graigne de moges. Et de cest fiez Henris deuant diz
retient un Bonier dont ilh demorat hom de fiez le saignor Dastenoit. Ces
vnze boniers par lenseignement des homes ilh guerpit z effestuat. Et nos
les rendîmes a la maison de la vaz saint Lambert deuant dite por tenir si
ken fiez ptrpetuement del saignor deuant dit. z pais li fu comandee sor ce
par le jugement des homes, z plainement li fu afaitiez ciz fiz solonc ce ke
on suet faire en tel chose, z de ce at paiet la maisons les droitures. Et si
doit doneir de cest fiez home lai tôt jors. z en présent en auons receut de
par la maison a home philippe tabart. Et auons en couen a frères de la
maison deuant dite ke quant nos frères serat reuenuz' nos li prierons en
bone foit quilh a ce se consente z otroie ke ciz ki serat hons de cest fiez
de par la maison ne pust estre constrains daleir en ost ne en cheuachie
z soit quites de totes quereles* fors tant quilh deurat venir a plais dedens
la terre Dastenoit quant ilh i serat appelleiz de par le saignor. ne autre
seruise nen doiue li hons ne la maisons deuant dite, z ke de cest fiez ne
soit hom tenus de paier de relief après le deces de celi ki en serat hons de
par la maison ke Dis solz de ligois sen plus. Et se nos frères ne reuenoit
nos otroiins totes ces choses z confermons parmanablement. Al affaitement
de cest fiez furent li home fiueit nostrc frère desour nomeit cest a sauoir
Hanekins de jerlegnhees. Johans li fiz saignoir michiel de viler. henris de
hestroit. Winans de honir. z si furent aussi sires Giles de Jehanghe ch«'a/i>rs.
Rigaz de la noue vilhe. z Wilheames kon dist Wiloie ses frères, z Albers de
vious z plusour autre tesmoiwg. Et en tesmoignage de ces choses nos auons
pendu rustre saiel a cez presens Lettres. Ce fu fait en la vilhe Dastenoit lan
del Incarnation nw/re saignor. milh. Dois cens z sisante sis. le Dimence après
la feste saint Barnabe.
(Val S. Lambert, n° 294 de PInventaire.)
XI. 1267.
A tos ceaz ki ces lettres veront z oront* je Werris de Cleirmont sires
Dastenoit fais a sauoer ke quant je mendui aleir en pulhe por la besongne
de sainte église z por la Crois ke jauoi prise je commandai ma terre z mes
biens en tos endrois a mon saingnor z a mon frère Jakemon saignor de
cleirmont z li donai plain pooir de faire de ces biens si ke mambor. Apres
ce ke je enfui aleis si ke ie oi tesmonghier mon frère deuant dit* quant ic
fui reuenus* z vne lettre ausi tesmongnhoet ki de ce fut faite* z saeleie del
saial mon frère deuant dit* Henris li fius Rigal de la noue vilhe vient par
deuant mon frère par deuant nomeit* z par deuant plusors de mes homes
de fiez ki por ce furent apelleit. z del fiez de Douze Boniers entre terre
z Bois quilh tenoit de moi* par sa volente a vikant Beatris sa feme*
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M. WILMOTTE
reportât ilh vnze boniers en maiens mon frère deuant dit awes la maison
de la vaus saint Lambert del ordine de cisteaz li queiz fiez gist aseis près
de la grange de moges. z de cest fiez Henris deuant dis retienue un bonier
dont ilh demorat mes hom de fiez. Ces vnze Boniers par lensengnhement
des homes ilh guerpit z efFestuat et mes frère deuant dis les rendit a la
maison de la vaus saint Lambert deuant dite por tenir si ken fiez
ptf-petuemewt de moi. z pais li fu commandeie sor ce par le jugement des
homes' z plainement li fu afaitiez cis fiez solonc ce ke on suet faire en teil
chose, z de ce paat la maisons deuant dite les droitures, z duit la maisons
doneir de cest fiez home lai tos jors z en receut mes frères deseur nomeis
de par la maison a home philippe tabart* z out en conuent mes frères
deuant dis a frères de la maison deseur nomeie quilh moi prieroit en bone
foit quant ie seroie reuenus* ke ie a ce me consentisse z otriasse ke cis ki
seroit hom de cest fiez de par la maison ne poist estre constraens daleir
en ost ne en cheuachie* z fust quittes de totes quereles z de tos seruisces
fors tant quilh deuroit venir a plais dedens la terre Dastenoit' quant ilh
iseroet apelleis de par le saingnor* ne autre seruisce ne duist li hom ne la
maisons deuant dite, z ke de cest fiez ne fust om tenus de paier de relief
après le deces de celi ki en serat hom de par la maison ke Dis sous de ligois
sen plus. Al affaitement de cest fiez furent mi home fiueit cest asauoer
Hanekins de Jerlenghies. Johans li fius saingnor michiel de vileir. Henris
de herstroit. Winans de honier. z si furent ausi sires Giles de Jehangne
cheualiers' Rigaus de la noue vilhe* z Wilheames com dist wiloie ses
frères, z abers de vious z plusor autre tesmoing. Ce fu fait en la vilhe
Dastenoit lan del Incarnation nostre saingnor mihV dois cens* z sisante* sis*
le Dimence après la feste sen Barnabe* z en tesmongnage de totes ces
choses furent faites Lettres saelees del saeal mon saingnor z mon frère
deuant dit* ke ie vei z oi quant ie fu reuenus de pulhe. z moi pria mes sires
z mes frères si com ilh auoet en couent a frères de la vaus saint Lambert
ke ie totes ces choses ki desoure sunt dites gréasse* loasse z consentisse.
Et ie por deu z por la prière mon saingnor mon frère ce ke fut fait des
vnze Boniers par deuant lui z par mes homes* greie* lou* z amferme*
z maemes le Dozime bonier dont henris deuoet demoreir mes hom*
z ke li abbes z li couens ont pues akateit z aquis a henri por deu z por lor
prière lor ai ie rendu en fiez par mes homes* z en ai pris Philippe tabart a
home par teil deuise ke ce nest ke vn sous homages de ces Doze Boniers
ensemble* ne autre seruisce ne autre reliet ne deuront ke deuise fu par
desoure des vnze Boniers quilh acquisent promerainement. Et ie totes ces
choses ki sunt dites par desoure conferme ie comme sires tôt entièrement*
z en oblige z moi z mon hoir a tenir a tos jors ensi comme elles sunt dites
z deuisees. Et par ce ke soit ferme z enstable chose ai ie pendu mon saial
a ces presens Lettres. Ce fu fait Lan del Incarnation nostre saingnor. milh.
Dois cens, z slsante set. Le Dimence deuant la feste saint Gile.
(Val S. Lambert, n° 300.)
ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE
229
XII. 1268.
A toz chiaus Ici ce presens Lettres verunt et orunt. Giles de biafort
ceualiers chastelains de drubuelh. et sires de cortis. salus et conissance de
veriteit. Nos faisons atoz sauoir ke Colais de cortis vient acortis par deuant
Johan son frère et Li reportât en main teil fies quilh teneoit de luj ki
deschent de nos par deuant nos ornes de fies ki furent présent. A wez
Labbes$e et Lecouent de Le vauz nostre dame del ordene de Cystiauz de leiz
huy par de canges de terres ki gisent a rosut et a fresin. z si mueuent de le
cuer de Rosut terre por terre apiet et a verge et amesure. et Lafurent en
présence, mes sires Rauz de cortis. mes sires Robers de fresin. et mes sires
Robers de Rosut cevaliers. Et mes sires Henris prestes de cortis. Et si furent
nostre omme de fiez. Henris de borlos. Hermans Li frères colai deuant dis.
Johans Lieman. Liebers de montegnei. et Jernukins de hanut. et mut
datre prodome. Le quel fiez Colais deuant dis afaitat a maistre frère Raul.
frère leone. et frère thiri maistre de le boschaleh et conuers de Le vauz
wstre dame, a wez labbesse et le couent de le vauz nostre dame deuant
dit. Et werpit en toz drois de quant kilh javoit. et avoir j poroiet jor a
jamais, par lotroi et le consens de johan son frère de cuj ilh le tenoit. Et de
nos ki astiens sourains sires. Et chil de le vauz nostre dame en doient Liure
a Johan omme. Et par chu ke ce soit plus ferme chose et plus estable nos
jauons pendut nostre sael awech Le sael mon sangnor Raul vestit de
niontegnej. et doyen del concilie de sain tron en tesmognage de veriteit. Ce
fut fait et doneit. Lan nostre sangnor milh. douz cens, et sisante viet Le
merkedi après len close pasche. el mois dawrilh.
(Val Notre Dame. Deux sceaux.)
XIII. 1269.
A tos cheaz ki ces lettres verdnt* li maires z li eskeuin de Nandren* saluz
en deu. Sachent tuit ke Thomas li coruesiers* Henris de Limont' z Ernus
ses frères* par deuant nos en justice ont reconut ke la maisons del vaus
saint Lambert at aquis a eaz un moj despealte hyretablemewt ki doient
paier ilh z lors hoir* chascun an a la curt de moges* sor le grenier* dedens
le feste saint Andrier v a huy se miez les plaist la v la maisons vorat a
lor despens a la mesure de huy a dois doniers près de la meilhor de
Nandren Et cest moi despealte assenarent ilh a penre chascun an si corn dit
est sor lorcurt z lor maison en boneal tôt ensi ke lor pères le tenoit ki
siet el vauz z sor lor preez ki gisent el vauz la v on dist a la fontaine a
uilhewres En quelz biens li deuant dit frère astoient bien en tenance
paisible z par la curt deuant ditte. si ke par les eskeuiens deuant dis fu
raporteit par jugement. Et tôt cest hyretage reportarent li frère en la main
de maioir por ce moj despealte z por teil cens z teil rente ke li bien
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230
M. WILMOTTE
doient a curt par teil deuise ke se ilh v sei hoir defaloient auchun an de
paemewt del espealte* de cens* v de la rente la maisons poroit aleir
lendemain sens déminer al hyretage deseur dit si com a sien, sal chu kon
i poroit reuenir dedens lan parmi teil rente z teil cens ke dit est. Et nul
de ces biens ne pulent cilh frère ne vendre ne obligier sens le congier de la
maison* Et deuroient deliurer la maison de tos damages se la rente nastoit
paie a curt si ke drois est. Et nos maires z eskeuien deuant dit par jugement
si ke drois z lois porte afaitames cest hyretage a la maison del vauz saint
lambin sor les couenances ki chi su«t escrites z bien en paiat ses droitures.
Et totes ces choses suwt mises en recort de maioir z des eskeuiens deseur
dis. A cest afaitement fu maires Alars Wilers* Eskeuien Gerars geroie*
hanars de fraienoit Phillipeaz de Tomboit* Johans de halois* Alars del vauz*
Alars de Tomboir. Et par chu ke che soit firme chose auons nos proiet
naître vesti de Nandren kilh a ces presens lettres en tesmongnage mette
son saial. z auons fait ausi mettre le saial de la curt de liège. Et nos maistres
Balduiens dautre glize canones z officiais de liège le saial de la curt z je
ausi Evras vestis de Nandren a la requeste de maioir z de tenans deuant
dis le mien saial* auons pendut a ces lettres. Chu fu fait z doneit lan del
Incarnation nar/re sangnor. milh. dois cens* sesante nuef .vin. jors deuant
les kalendes Dawriih.
Li autre partie de cyrographe est donee en warde depar le curt deuant
ditte a uesti de Nandren deseur nomeit. Che fut fait et doneit si com deseur.
A tous cheas ki ches presens Lettres vieront z oront ju Giles chuualiers
du ferme z auowes dais sor jere salus z conisanche du veriteit. ju velh ku
vos sachies ke ju quinse verges grandes du terre erule dont ju astoj bien
tunans du curt gesans en une sole pieche entre la ville dais z lu viuier aj
vendues ashomes religious labeit z lu couent dele val saint Lambier de
lordene du chyteas por set mars du lugois. Les ques set mars ju dunoj
acheas labbeit z lu couent du bone dette z loias si ke du trecens kilh
auoient brisiet sor moj du plusoures aneies. z les aj encouent ke se riens
du tore faloit aie mesure de qw/nse verges en lapieche dusour ditte ju les
renderoj z les rasengneroj terre assi valhant z assi bone par deles lur
terres jukes aplen des quinse verges dusour dittes. Et ches q«mse verges du
tme ju aj portcies en la main danhenri quons apelle hene trecensier dele
valh dusour ditte. ki poior auoit z cornant del ruchiuoir dupar labeit z lu
couent dusour dis. E par tant ke la curt days dont la terre dusour dite
muet nastoit mie ouicrte ju aj encouent en bone loiateit z par foit pleine du
nu main en la main del trecensier dusour dit ke tantoist ke la curt
i*v$ dusour nomei seraut ouierte ju raen duuesteraj de qa/nse verges
ia tort dusour dites z le gerpiraj z les enfrai vesture z siles afaiteraj
(Val S. Lambert, n° 319. Fragment d'un sceau.)
XIV. 1273.
ÉTUDES DE DIALECTOLOGIE WALLONNE 23 I
par curt kilh enporont..( ! ) en par curt z par loj joir. z sensi auenoit* ke
ju du riens dufalisse des couenanches dusour dites chil li abbes z li co[ue]ns
poroient ruclamer sor moi z rudumawder les set mars dusour dis si ke bune
dette loias z ju enseroj rendaules z( 1 ).. iles. Et duchés couenanches
aporuenir ensi ke duuiseit est par dusoure ju aj a deuant dit abbeit z Lu
couen..(') doneit pièges z rendurs por moj se du riens en dufaloj mes
dois frères charnes. heleman z baduin cowsapelle henuier. Li 1 quelh ont
ruchuit cest plegerie z ches choses par dusour scrites aenplir si auant ke
duuiseit est z chescon deas par lutout z ai priet mon cusin sangnur robiert
cheualier du ferme marescal du Liège ke ilh aches prusens Lettres pende
son propre saiel avekes lu mien propre saiel en aw[i]sanche du veriteit
z en confirmation des couenanches dusour enscrites. Et a ches choses
duuiseir furent en présence sires arnus chapelais enlaglise duselue. dans
henris trecensiers dusour dis. frères gerars conuers ki manoit aseilue
heleraas z balduins dusour nomes pièges, pieres piernars du vorus z Colemaus
du velerus Et Nos Robiers du ferme marescas dusour dis avons pendut nostre
propre saieal aches prusens Lettres avech les saias sangnur arnut priestre
z sangnur gilon chuualier dusour dis entemognage z enconisanche du
veriteit chu fut fait lan du grasse, m. ce. lxx trois el mois, du juil.
(Val S. Lambert, n° 326 de l'Inventaire. Fragments d'un sceau.)
XV. 1280. »
Nos li Maires z Li Eskevin délie vile de Huy el bore vers Le Hesbain î Fai-
sons conisant A touz cheuz qui ces présentes Lettres verrowt z oront. que
com ilh fuist ensi que dame Ysabiauz dite de mont roial nostre borjoise ewist
done pardeuant nos par lotroi z lasens iohan z iakemin ses effans. a ansial î
doteppe encontrewage sa maison quele tenoit A Huy en manhoie por sis vins
mars de ligois quele auoit donez z assignez a li ansial z a damiselle
Hasken filhe a le dite ysabial. z seror a dis iohan z iakemin en aide de
mariage. La deuant dite dame ysabiauz fist tant en paiement z en assigne-
ment dautre hyretage a deuant dit ansial et a damiselle Hasken sa feme que
ilh pardeuant nos par lour sponge volonté reconurent que des deuant dis sis
vins mars estoit asez fait a iauz ansial z* domiselle hasken z biew sen
tenoient por paiet. par coi ilh quitont le contrewage elle dite maison z le
deligont entièrement, si que dame ysabiauz la mere enfut ausi bien tenans
corne le iur deuawt anchois quele lawist obligie si com dit est. Enapres com
ilh fuist ensi que pwsones religiouses. . li abbesse z li couens délie Glise délie
val nostredame delez Huy pardeuawt nos en iustice requesisent z deman-
daissent assignement de parchon es biens dame ysabial de monroial deuant
escrite. encontre iohan iakemin z domiselle hasken effans z hoirs a le dite
1 . Il manque ici quelques lettres , le texte étant endommagé.
2. Li est écrit deux fois, mais effacé la 2* fois.
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M. WILMOTTE
dame ysabial alokison z por dame ysabial nonaîn délie val nostre dame filhe
aie deuant dite dame ysabial. z seror a dis. iohan iakemin z haskein. La dite
dame ysabiauz mère iohans iakemins z ansiauz mariz aie dite domiselle
haskein pardeuant nos de lour commun asens sacorderent a ce que dame
ysabiauz la mere elle deuant escrite maison de manhoie elle petite maison
qui ioint a celi ou costeit vers le pont de muese z es cuers z es asises de ces
douz maisons quitat z werpit ses humers a toz iurs a ses effans deuant escriz
awee tout ce quele iauoit. z fut ciz hyretages ligement reportez es mains des
effans. z ilh sen auestirent si quilh durent chascuns partie, por les queiz
humers ensi werpiz. Li abbesse z li couens délie val nostre dame donerent z
paierent aie dite dame ysabial mere. sisante mars de ligois quele reconut
quele auoit bien rechies en loial monoie en deniers contez. Lesquez sisante
mars, li abbesse z li couens deuant dit deuoient Rauoir premièrement sor
awee lour part en liretage deuant escrit. En après ilh. dame ysabiauz la mere.
iohans iakemins. ansiauz z damiselle haske li. abbesse z li couens délie
val nostre dame, sasentirent tuit ensemble z sacorderent a ce que ilh iohans.
iakemins et ansiauz ladite maison de 3 manhoie z la petite qui a celi ioint
donerent assignèrent a labbesse z a couent deuant dis en nom z por lor par-
chon en lireta.. * qui eskeuz estoit e'eskeir pooit de dame ysabial la mere. z
por paiement por restitution z satisfaction des sisante mars desourdis, les
queles maisons les curs z les assises, por le parchon qui aleual nostre dame
paruenir a lokison dame ysabial lor nonain. z por les dis sisante mars, li
souent nome iohans iakemins z ansiauz werpirent alabesse z a couent souent
escriz z lor fut Repote en main si bienfaitement que lois z drois porte dedens
nostre iustice z ioir en doient sens calenge des effans r dautrui por iauz z
parmi ce li abbesse z li couens desourdit quiterent tout liretage qui eskeir
lour pooit z deuoit de par dame Ysabial lour nonain deuant nomee z por ice
que ce soit ferme* chose z estauble en auons nos fait faire ces présentes
lettres saielees des saiauz de nos bertelot de horion maior. Johan dit chtuaJta.
pieron monial. Watier daineffe eskeuins. c nos Jehans bewiers. Godefrois
dahiens. z lambers de Guenes z Colons de pesoriue eskeuin dou bore de
huy deuant dit qui nauons nuz propres saiauz vsuns a ceste fois de saal mun
signor morison vestit de saint hylaire de huy. Ce fut done z saiele lan de
Grasce .M ce. z lxx. el mois de feurier.
(Val Notre Dame. Un sceau et trois fragments.)
(A suizre).
A. WlLMOTTE.
Probablement /.u^rn.
4
w disert barré.
Supplée v< v.
r /vr barré.
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RECHERCHES
SUR LA CHRONIQUE CATALANE
ATTRIBUÉE A PIERRE IV D'ARAGON
Parmi les rois qui ont régné au Moyen Age sur la Castille
ou sur l' Aragon, il n'est guère qu'Alphonse X le Savant qui ait
une renommée littéraire plus grande que Pierre IV d'Aragon.
Ce roi, qu'on a surnommé à juste titre h Cérémonieux, avait
la manie d'écrire. Tous les emplois de sa cour étaient l'objet
d'une réglementation spéciale, contenue dans des traités qu'on
lui a attribués, quoique, selon toute vraisemblance, il ne les
ait pas rédigés lui-même. C'était, pourrait-on dire, le roi de
l'étiquette 1 ; ses ordonnances s'étendaient jusqu'aux moindres
détails des affaires de son royaume. Tous ses faits et gestes
étaient soigneusement notés dans des registres par une véritable
armée de scribes qu'il avait à son service. C'était, de plus, un
épistolier infatigable : les archives de Barcelone et de Valence
sont remplies de ses lettres missives. Quelquefois même il a été
tenté par la poésie, tout le monde connaît la principale de ses
chansons qui commence par ce vers :
Vetlan el lit, suy n'un penser casut.
Enfin et surtout on le considérait comme le premier historien
i . Il le prouva dès le début de son règne : il eut dans les rues mêmes d'Avi-
gnon une querelle de préséance avec le roi de Majorque, son vassal. Le
cheval de ce malheureux prince se trouvant un peu en avant de celui de son
suzerain Pierre IV, ce dernier, très irrité, menaça de son épée Jacques de
Majorque qu'il devait faire mourir plus tard, on sait dans quelles circonstances.
Cet empressement à porter la main à ses armes, à la moindre occasion,
était, avec son amour des cérémonies, le principal trait de son caractère. Il lui
a même valu un second surnom , par lequel on le désigne très souvent , celui
de Pierre au petit poignard, « En Pere del Punyalet. »
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234 A - PAG fcs
de son règne, et sa chronique est sinon la plus intéressante, du
moins la mieux ordonnée de toutes celles qui l'ont précédée ou
suivie. — Mais, hélas! ce titre de gloire vient de lui être
enlevé.
C'est faussement, en effet, qu'on lui a attribué jusqu'ici»
Thistoire qui porte son nom.
Quel en est donc le véritable auteur et quelle a été la part
de Pierre IV dans la rédaction de cette chronique ? C'est ce que
vont nous apprendre des documents pour la plupart inédits et
un examen comparatif des manuscrits qui nous sont restés de
Ja chronique de Pierre le Cérémonieux.
I.
l'auteur.
Le consciencieux et savant chroniqueur d'Aragon, Gerônimo
Zurita, soupçonnait déjà, au xvi c siècle, que la chronique de
Pierre IV n'était pas l'œuvre du roi lui-même, mais qu'elle
avait été composée en son nom par un autre écrivain *.
Les historiens postérieurs, depuis Blancas jusqu'à D. Antonio
de Bofarull, ne tenant aucun compte des remarques de Zurita,
n'ont pas cessé d'attribuer à Pierre IV la chronique de son règne.
Cette opinion commença à être ébranlée, en 1877, lorsque
l'intelligent archiviste de la Couronne d'Aragon, D. Manuel de
Bofarull, découvrit une lettre de Jean I er , qui signalait un nommé
Bernât Dezcoll, mort vers 1390, comme ayant composé en partie
la chronique du roi son prédécesseur immédiat :
« Entes habem qu'En Bernât Dezcoll, del ofici del Mestre Racional, es
passât desta vida. On com ell, segons vos be sabets, en temps que vivia
1. Voir Anales de la Corona de Aragon , éd. de 1562, liv. VI, chap. 56,
p. 62 : « Creo verdaderamente que si fuera lo que Montaner dize, no se
olvidara en la historia que se compuso a nombre del rey Don Pedro , porque
aquel autor, Jjora fuesse el rey, 0 otro que en su nombre escrivio las œsas de sus
tiempos, fue muy diligente en escrivir particularmente lo que succedio en la
empresa de su padre. » — Plus loin, liv. VIII, p. 214, il dit encore : « En la
historia que se compuso en nombre del Rey, que esta impressa , se recita este
hecho muy dirTerentementc... Y estoy muy inciertode la causa desta diversidad
de escritura que se haïïa de los libros de mano desta historia al impresso. » Nous
verrons plus loin le profit que l'on peut tirer de cette dernière affirmation.
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LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE IV 235
hagues fet part de les Croniques del dit senyor Rey, nostre pare, les quais
nos tenim ; e enves ell ne hagues romas altra part , pregam e manam vos que
totes scriptures toquants les dites Croniques, les quais se atrobaran en casa sua,
prengats a vostres mans e àquelles a nos segellades trametats 1 . »
Une seconde lettre, publiée dix années plus tard 2 , par D. José
Coroleu, et adressée, celle-ci, par Pierre IV à Bernât Dezcoll
lui-même , nous donne des renseignements plus précis et plus
intéressants encore. Comme nous devrons dans la suite recourir
assez souvent à ce document, nous le publions ci-dessous une
seconde fois dans son intégrité :
Lo Rey. — En Bernât Dezcoll. Vostra ietra havem reebuda e responem
vos que tenim per bons los primer, segon e terç capitols de les Croniques ;
pero queu façats per menut al mes que porets.
Lo quart, parlant de les Unions J, podets fer tro lia on per nos es estât
regonegut, e puys, com serets en aquell punct, be trobarets lo fet com fo pus
avant, posantho per jornades e especificadament e larch e faenthi mencio de
tôt quant nos faem en les dites Unions. E de les jornades vos podets certificar
molt ab los libres de nostre scriva de racio, e, si en res hi dubtats per lo débat
que deits quen haviem a Çaragoça o per altra manera, lexatshi espahi, de
guisa que tota vegada se puixa continuar. Perque fetsho, on mils porets, com
començaren e après com se seguircn e nos quey faem e a quina conclusio
vengueren, e axis pot ordonar largament.
L'altre capitol, qui es lo quint e qui parla de la Confederacio del Veneda c
de les altres coses, tenim per bo quel façats segons quens fets saber, ab ques
faça per menut e per jornades on mils porets. E nomenats hi quais persones
ni quantes passaren ab nos en Serdenya après qu'En Bernât de Cabrera hac
vensut l'estol dels Jenoveses e ach haut TAlguer e après la rebellio del
Alguer, segons quens fets saber. E aximatex hi fets mencio nos on nos recul-
laguem e on presem terra e après quens segui per jornades ni quais hi mori-
ren e ab quais nos entornam, axi com pus clar porets e per menut.
Lo .vje., qui parla de la Guerra de Castella, per ço com lo fet fo gran,
haura esser larch. Perque fets lo per jornades e per menut on mils porets, e
1. La lettre en question, publiée dans la Revista Historien de Barcelone,
t. IV (nos 33-35), p. 39, porte la date du 24 février 1 391 .
2. Dans la revue La Espaùa Régional, août 1887, p. 531.
3 . Les Aragonais , mécontents de ce que le roi ne respectait pas leurs pri-
vilèges et n'assemblait point les cortes à Saragosse, se révoltèrent contre
Pierre IV en 1347. Les Valenciens ne tardèrent pas à se joindre à eux. Les
Aragonais avaient déjà formé une Union en 1287 contre Alphonse II le
Libéral.
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2$6 A. PAGES
recoratatshi tots los grans fets e assenyalats , axi com fo la entrada que nos
faem a Magallo e après la de Terrer e lavors [corn] se cobra Tariza 1 e après
ço quis segui en raar e en terra, e puys la batalla que nos li parara a la Losa,
e com entrara en Valencia que faem levar lo rey Pedro del Grau de Valencia,
e lo setge de Murvedre, e, a la conclusio, la entrada de les companyes, e la
execucio que faem del rey Pedro ab companyes soldadades per nos e de la
coronacio del rey Enrich e del matrimoni que nos faem ab ell, ques tracta en
lo parlament que nos haguem a Sessa ab[lo] rey de Navarra, del quai parla-
ment hi fets mencio e nos com erem aqui la causa perque faem lo dit matri-
moni; e fetshi mencio de les morts del infant Don Ferrando e d'En Bernât
de Cabrera e de altres fets que nos faem per justicia : tôt aço faent per jor-
nades e per menut, axi com mils porets. Quant es del fet quis segui entre lo
rey Pedro el rey Enrich, [com] nos noy cabiem, nol cal fer per jornades, sino
en summa, recomptanthi lo fet segons ques conte en lo vostre capitol. E
fetshi mencio dels deseximents que après nos ha donats lo rey Enrich e com
havem fet lo /natrimoni per les grans fams e mortaldats e oppressions de
grans companyes que entraren de part de França en nostres terres, e en aços
conexera la gran desconexença del rey Enrich ; e aço fets e ordonats al mils
que porets.
L'altre capitol, qui parla de la rebellio del Jutge d'Arborea, tenim per bo
quey sia feta mencio de tots los fets, jassia ni haia hauts de gran minva
nostra, car raho es que s'i contenen les provisions que nos hi faem, e si Deus
volia noure a nos e valer al Jutge, per aço no romania nos no fossem diligents
en Jos fets, e nostres successors poran veure nostra diligencia. E puys que
esperam ab Deu en breu conquérir tota la illa , qui sera conclusio de tots los
fets passats, e axi lexarhiets espahi per guisa que si puga continuar la
conquesta que farem de la illa 2 . E metetshi totes quantes coses hi ha esde-
vengudes qui sien dignes de qualque memoria be e especificadament per
jornades e on pus especificadament porets.
Quant es del fet derrer de les companyes d'enguany, nons par que sen hi
deja fer mencio, car fet aigu bo no sen ha seguit, ne encara no sen pot seguir
alcuna conclusio bona, com sia estât fet qui no pot tornar en camp. Perqueus
pregam que en los dits afîers vullats mètre mans e treballarhi ab efficacia, car
de vos a ades major servey non poriets fer.
Dada en lo Monestir de Sent Cugat, sots nostre segell secret, a .viij. dies
de agost del any mccclxxv. — Rex Petrus K
1 . Les mss. de la Chronique prouvent qu'il faut lire ici Taraçona au lieu de
Tarifa.
2. N'est-il pas piquant de voir un roi conseiller à son historiographe de
laisser des pages en blanc dans son manuscrit afin de pouvoir y relater plus
tard une victoire qu'il espère gagner?
3. Archives de la Couronne d'Aragon à Barcelone. Registre n° 1249, f» 80.
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LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE IV 237 '
A cette lettre, a importante, comme on le voit, il faut ajouter
la suivante, non moins importante et encore inédite 1 . Elle est
adressée par Jean I er à Berenguer Lobet, procureur du roi h
Majorque, le 18 octobre 1388 :
Lo Rey . — En Berenguer Lobet. Ja sabets com lo feel de conseil nostre ,
En Bernât Dezcoll, ha continuât lo libre en que son scrits tots los grans lets
qui son entrevenguts en tôt lo temps que régna lo senyor rey En Pere de
bona recordacio, pare nostre. E per aquesta raho e per lo bon servey quel dit
En Bernât ha fet al senyor Rey, pare nostre, e a nos, havem scrit per letrcs
nostres a vos e manat que dels diners de la procuracio reyal li paguets en
dues partides del any certa quantitat de moneda per raho de sa quitacio. On,
com nos haiam entes que vos, per raho del dit manament, al dit En Bernât
Dezcoll res pagat no havets, per raho de la dita sua quitacio, e a nos sia molt
necessari que la obra del dit libre sia acabada, la quai se hauria a retardar si
vos la dita quitacio al dit En Bernât no pagavets, per ço a vos expressament
manam que al dit En Bernât paguets la dita quitacio. E si diners no havets de
les nostres rendes, prestatsloshi d'aço del vostre, com servey nos en farets.
On manlevats a dan de la nostra cort, car nos ab la présent manam al nostre
Maestre Racional que ço que pagat haurets, per interes de la manleuta quen
farets, vos prenga en compte.
Dada en Çaragoça, sots nostre segell secret, a .xviij. dies de octobre en Tany
de la Nativitat de Nostre Senyor. m.ccc.lxxxviii. — Rex Johannes. — Diri-
gitur procuratori régis Maioricarum. — Dominus rex mandavit mihi Bernardo
de Jonquerio.
L'auteur de la chronique de Pierre IV est donc Bernât
Dezcoll.
Le nom de Dezcoll était assez commun au xiv e siècle en Cata-
logne, et l'on trouve même dans la chronique, dont Bernât Dezcoll
est Fauteur, un certain Bonanat Dezcoll, vice-amiral de la flotte
catalane, auquel Carbonell a donné à tort (comme le prouvent
les manuscrits) le prénom du premier, confondant probablement
Bonanat et Bernât 2 .
1. Archives de la Couronne d'Aragon à Barcelone. Registre n° 19s 5,
fo 93 — Tj ne analyse de ce mandement a été donnée par D. Alvaro
Campaner, Croiiicon Mayoricensc> Palma, 1881, p. 76.
2. Dans la a memoria de la casa que ténia el rey Don Pedro el quarto al
tiempo que se rompiô la guerra entre el y el rey Don Pedro de Castilla,
ano 1356 », figurent, dans Xoficio de Racional, un Berenguer Descoll et un
Jayme Dezcoll (Dormer, Diseur sos varias de bistoria, Saragosse, 1683,
p. 268).
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' 238 A. PAGfes
Bernât Dezcoll fut conseiller de Jean I er (Jetï de conseil rwsire)
et il remplit, plus tard sans doute, la charge de maître des
comptes, mestre racional 1 . La lettre du roi Jean, adressée, en
1388, au procureur du roi à Majorque, semble prouver que
Bernât Dezcoll habitait Majorque à cette époque, et il ne serait
pas impossible qu'il en fût originaire. Il mourut entre les années
1388 et 1391, c'est-à-dire peu de temps après le roi Pierre IV
(1319-1387).
Voilà tout ce que nous apprennent, sur la personne même
de Bernât Dezcoll, les trois documents publiés plus haut.
Mais, en revanche, ils nous éclairent d'une façon décisive sur
la composition de la chronique de Pierre IV et sur la collabora-
tion active qu'y apporta le roi lui-même. Pierre IV collabora à
l'œuvre de Dezcoll en lui fournissant d'abord tous les documents
dont il avait besoin et en dirigeant ensuite leur rédaction.
Nous voyons, en effet, d'après la lettre de 13 91, écrite par le
roi Jean, que Bernât Dezcoll avait chez lui, à sa mort, un grand
nombre d'écritures louchant Us chroniques. D'autre part, Pierre
lui-même lui écrit qu'il pourra consulter sur la question des
Unions les livres du scriva de racio 2 . Parmi les documents que
Bernât Dezcoll avait à sa disposition devait se trouver sans doute
le Liber gestorum qui nous est signalé dans une lettre de Pierre
le Cérémonieux et qui était pour ainsi dire le journal officiel où
étaient inscrits au jour le jour tous les événements de son
règne *.
Que Pierre IV ait dirigé lui-même la composition de la chro-
nique écrite par Bernât Dezcoll, cela n'est pas douteux. Sa lettre
1 . Voir sur cet emploi les Ordenacions fêtes per h molt ait senyor En Pere
Terç rey d'Arago sobre lo régiment de tôt s los officiais de la sua cor t. (Coleccion dt
dan nient os itiéditos del archivo de la Corona de Aragon, t. V, p. 149.) Cette
charge équivalait à peu près à notre emploi de receveur des finances.
2. D'après les Ordenacions, éd. citée, p. 1 57 et 161, Yescriva de racio, qui était
en quelque sorte le commis principal du receveur des finances, devait avoir
quatre livres : i° un livre pour les divers services de la maison royale;
2° un livre pour les trésors et les biens du roi ; 3 0 un livre de dépenses de la
maison royale ; 40 un livre des payements faits par Yescriva de racio.
} . Archives de la Couronne d'Aragon , à Barcelone. Registre n° 1 1 3 1 ,
fo xyy v°. « Rex Aragonum. Cum nos librum gestorum nostrorum,
qui pênes vos est, omnino habere vellimus, ut ipsum continuare pos-
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[la chronique catalane de pierre iv 239
de 1 375 en fait foi. Il y approuve les trois premiers chapitres. Pour
les trois suivants, il présente des observations et donne à peu
près le plan que doit suivre Bernât Dezcoll. Il lui dit notamment,
à propos du 4 e chapitre sur les Unions de Valence et d'Aragon,
qu'il peut aller jusqu'au passage où s'était arrêtée sa révision à
lui Pierre IV (jro lia on per nos es estât regoneguf). La question
était, en effet, très délicate, et l'on sait que, dans ces insurrections
de Saragosse et de Valence, le roi n'avait pas joué le plus beau
rôle. Avec quelle insistance il recommande à Dezcoll d'écrire
l'histoire par le menu {per menai), de raconter les événements
jour par jour et de ne pas oublier de citer les noms des personnes
qui lui ont donné tel ou tel conseil, ou qui se sont révoltées
contre lui ou distinguées dans une bataille!
Ce petit traité que nous offre Pierre IV sur la manière d'écrire
l'histoire fait ressortir à merveille le caractère de celui qu'on a
appelé le Cérémonieux.
Nous savons, en outre, par ces documents que Bernât Dezcoll
n'avait pas terminé la chronique au moment de la mort du roi.
Nous verrons tout ;\ l'heure l'importance qu'a pour nous un tel
renseignement.
Enfin il serait intéressant d'examiner si Bernât Dezcoll a
suivi les conseils que lui donnait le roi.
Les manuscrits de la chronique de Pierre IV pourront peut-
être nous amener à résoudre cette question.
n.
LES MANUSCRITS.
Nous ne connaissons que trois manuscrits de la chronique de
Pierre IV.
i. Le premier, que nous désignerons par la lettre A, est un
volume en papier de 266 millimètres sur 210, conservé ;\ la
siraus : ideo, vobis dicimus et mandamus quatenus incontinenti , visis
presentibus , omni mora postposita , cum dicto libro ad nostram presenciam
accedatis, aut dictum librum nobis confestim mitatis per presentium portito-
rem, et hoc minime immutetis. Datum Valencie sub nostro sigillo seercto,
.vil. IdusFebruari anno Domini .M°CCC°XL octavo — Dominus Rex man-
davit Matheo Adriani. — Fideli de scribania nostra Bernardo de Turri. »
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t
24O ' A. PAGÈS
Bibliothèque de l'Académie de l'Histoire, à Madrid, sous la
cote G. 35 du fonds de D. Luis de Salazar y Castro. Sur le dos
de la couverture en peau ornée de dessins en relief se trouve,
en caractères gothiques, tracés dans le sens de la longueur, le
titre suivant : Cronica del Rey Don Pedro el .4. de Aragon , et
au dessous, en caractères romains, d'une écrite plus récente :
con margines de tnano de Zurita. Ce manuscrit compte 185 feuillets
dont 175 seulement sont chiffrés. L'écriture du ms. paraît être
de la fin du xiv e siècle.
Il y a au début trois feuillets de garde. Sur le recto du premier
on lit en caractères moins anciens que ceux du ms. : La espada
del rei don Alonso quarto que se llamava Vilardella; puis, d'une
écriture du xvm e siècle : Despues de esta chronica hay una proposi-
tion hecha por el rey Don Martin rey de Aragon en las Cortes que
tuvo en Çaragoça el aho 1 398 a 29 de Abril. — Conforma con la
impresa de Carbonell, solo falta esta proposition. Suit cette indica-
tion : Las margenes y sehales que ay en este libro de buena letra son
de Geronimo Çurita, qui est de la main du chroniqueur aragonais,
Don Juan Francisco Andres de Ustarroz, le même Ustarroz qui
a annoté la correspondance de Zurita conservée dans les mss. A
in, 112, 113 de la collection Salazar.
On lit encore au recto du 3 e feuillet de garde ces mots
d'une écriture du xvi c siècle, barrés transversalement : Nota :
dio el camarero mi sehor oy sabado a XXI de Junio de ifi6 ahyos
Nantlxm Destich sexe ducados pera dorar las fuentes : ya fue. —
Au verso du môme feuillet et de la même écriture qu'au recto,
les mots également barrés : Sea memoria de ha^er acordar al .
camarero mi seitor que hable con Johan del Rio sobre Gaspar que esta
en presio delmas : fue hecho. — Enfin deux autres notes font
allusion au mariage de la fille du comte de Béarn, en 1230,
mentionné par Tomich, Chroniques dels invictissims reys de Aragô,
(éd. de Barcelone, 1886, ch. 39, p. 161).
Ces notes sont de l'année 1540, car le scribe a soustrait, au
dessous, 1230 de 1540 : ce qui prouve qu'il a voulu savoir
combien d'années il s'était écoulé entre l'année 1230, date du
mariage dont parle Tomich, et l'année 1540, date à laquelle
les deux notes ont été écrites.
Le texte de la chronique commence au f° 1 : Non nobis
Domine, non nobis, set nomini tuo da gloriam. — Aquestes
paraules nos en. P. per la gracia de Deu rey d'Arago... Il y a, au
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LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE IV
2 4 I
début des chapitres et des paragraphes, quelques grandes ini-
tiales; mais le plus souvent elles font défaut et sont alors rem-
placées par de petites initiales provisoires. — Au f° clv r° finit la
chronique, par ces mots : car no perdonavet vi (sic), sexui vel etati 1 .
Suivent divers autres textes.
Au f° clv v°, un brouillon de lettre d'amour, dont l'écriture
est du xvi c siècle, ainsi conçue :
Mi senora : Si fuerça de amar a my corazon temerosso no moviera, muy
presto el dolor me causara la muerte : porque ya mi llaga era tanto crecida
que no sufria mas encubrirla peraque esperança me pudiera dar la bida, y
siendo vos la causa y principio de mi dolencia, no he allado a quien mejor
poder pedir remedio que a vos, senora; y si atrevimiento mio aseydo, como es
de esto querer y presumir de tanto bien y tesoro allar, no se deve dar culpa a
mi que soy nada 3 , pues naturalmente desea el nombre mas bien, que si esta
me mostro naturaleza, esta mensenyo la libertat cativa porque no estan tanto
prendidos y degos mis sentidos que no hayan bisto el mucho atrevimiento
mio, quel deseo no busca otro sino contentamiento, y lo que haze a su pro-
puesta dolencia no desea otro sino salut. O como me he bisto monstruoso y
feo al espejo de vostra ermosura 1
Au fol. clvi v° commence le discours que le roi Martin pro-
nonça le 29 avril 1398 aux cartes de Saragosse* :
En nom de Deu et de la Verge Maria, proposicio feta per lo molt ait prin-
cep e senyor lo senyor En Marti per la gracia de Deu rey d'Arago, de
Valencia , de Cerdanya e de Corcega , comte de Barcelona , de Rossello e de
Cerdanya, vengut de la conquesta de Cicilia, als Aragoneses en la çsgleya
de Sent Salvador en la ciutat de Saragoça, per raho de la Cort convocada en
la dita ciutat, per lo sagrament de feellat que feren al dit senyor e juraren lo
senyor rey de Sicilia son primogenit en senyor a présent e rey après sos
dies, en lany Mil. ccc.xcviij. a .xxix. d'abril en la forma seguent...
Du f° clx au f° clxx v° se trouve la réponse de l'archevêque
de Saragosse, D. Garcia de Heredia, au discours précédent.
Le chroniqueur Blancas, comme nous l'apprend une note de
Don J. F. Andres de Ustarroz, placée au f° clxx v°, n'a publié
dans ses Aragonensium rerum comtnentarii (Saragosse, 1588) que
1. Edit. Carbonell, f° 199. — Edit. Bofarull, p. 387. — Edit. Coroleu,
p. 286.
2. Ces trois derniers mots ont été effacés.
3. Sur ces Corls y voir Latassa, Bibliotheca antiçm de los escritores aragoneses,
t. Il, p. 78.
Xomiufa, XVIII. l6
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242 A. PAGÈS
ces deux premiers discours résumés. La note marginale d'Andres
est ainsi conçue : Hasta aqui llega lo que publicô Blancas en los
comentarios, desde el fol. 376 hasta 38 ; — J.-F. Andres.
Viennent ensuite divers autres discours dont Blancas n'a point
parlé :
i° Réponse du roi à l'archevêque de Saragosse (f° clxiii) :
Archabisbe, nos havem hoyda vostra proposicio la quai nos haveu Jeta
en nom de iota la cort... ;
2 0 Nouvelle proposition de l'archevêque de Saragosse « en lo
finament de les Corts » (f° clxv v°).
3 0 Réponse de l'évèque de Valence, D. Hugo, à la proposi-
tion de l'archevêque (f° clxviii v° — clxx).
Ces discours ou plutôt ces sermons sont remplis de citations
de tous les auteurs profanes, depuis Aristote jusqu'à Isidore de
Séville. L'orateur choisit d'ordinaire une parole de l'Évangile
comme texte et essaye de l'appliquer à l'histoire du royaume
d'Aragon, en s'appuyant toujours sur les Aristote, les Sénèque,
les Trogue-Pompée, les Boèce, etc.
Du f° clxxi à cxxxrv v° se trouve la version catalane du conte
de Y Enfant sage à trois ans y qui commence ainsi del infant
Epitus. — Una vegada fon un infant que havia nom Epitus. Aquell
infant fon acomanat a un princep
Cette légende dont la version française a été plusieurs fois
imprimée depuis le xv c siècle se présente, comme on sait, sous
des formes très diverses. La version catalane et la version fran-
çaise répondent au même original latin. Mais, tandis que le
catalan a conservé le nom latin Epitus (pour Epictetus), le fran-
çais a traduit par petit 1 .
Au f° clxxiv v°, après la fin du conte précédent, on voit
diverses initiales, amusements de quelque scribe, mais au bas
de la page on lit entre autres choses : Este libro es de mi
1 . Voir Brunei , La France littéraire au xv e siècle. — Quant à Foriginal
latin de la version catalane et de la version française, il a été publié par
Wilmanns dans ses Denkmâler, p. 343, sous le titre de Aliercatio Hadriani
Aug. et Epicteti philosophi. — Sur les rapports de ce conte avec la dispulatio
Pippini cum Albino et avec la légende du sophiste Secundus, consulter
Zeitschrift fur deutscbes Alterthum, Net* Folge, X, 399, et Archiv fur slaviscbe
Philologie, VI, 581.
Nous devons ces renseignements à l'obligeance de M. Gaston Paris.
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LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE IV 243
de cenas(J) fut adquirido por mi del Ryo de por precio de ./.
M[arco] ?
On lit encore au bas de la même page : Diome el présent libre
el fillo de el mayor en el anyo M°CCCCLXXXVUJ°.
Enfin, au f° clxxiiii v° se trouve, d'une écriture du xvn e siècle,
la généalogie des rois de Navarre, sorte d'ébauche faite par un
des chroniqueurs qui ont consulté le manuscrit. Il y a d'abord
l'arbre généalogique, puis l'explication en latin. Le f° clxxv
commence par ces mots : « Undecimus rex Navarre fuit Garcias
Remires : iste fuit filius filie Roderici de Bivar qui vulgariter
dicitur el cid Ruy Diez. » L'énumération va jusqu'au roi Carlos
et finit par ces mots : « Aliqui asserunt quod isti qui secuntur
fuerunt majores et antiquiores domus Navarre et de majoribus baro-
nibus qui vulgariter dicuntur ricos hombres de Navarra. » Les der-
niers feuillets ont pour marques de papier les uns la lettre R, les
autres, les clefs de saint Pierre en sautoir, enfermées dans un
cercle.
Il résulte des notes du 3 e feuillet de garde et du feuillet 174 v°
que le manuscrit appartint, au xv c siècle, à un certain Johan
del Rio. En 1540, il était entre les mains de l'auteur anonyme
de la note sur Tomich. Un peu plus tard, Zurita l'annote et le
collationne sur l'édition princeps. De Zurita (15 12-1580), le
manuscrit passe entre les mains de son fils, D. Gerônimo Zurita
de Olivan, qui le cède à D. Miguel Marin de Villanueva y
Palafox, comte de San Clémente 1 . C'est chez ce savant biblio-
phile que Blancas (-J- 1590) consulte ce manuscrit et en extrait
le discours du roi Martin. Andres de Ustarroz (1606-165 3)
l'annote encore. En 1681, il se trouve dans la bibliothèque de
D. Vincencio Juan de Lastanosa (1607-1684), où le voit le
chroniqueur D. Diego Vincencio de Vidania. Lastanosa le lègue
à son tour aux archives du Royaume d'Aragon 2 .
1. Cf. Dormer, Progresos de la historia, Saragosse, 1680, p. 263, art. 39, et
Latassa, Biblioteca nueva de los escritores aragoneses , t. III, p. 508, art. 414.
2. Consulter Latassa, Siblioleca nueva> t. II, p. 25. « Con el titulo de Don
Pedro III , dice el cronista Vidania en la Car ta de la Casa de Lastanosa
(ano 168 1, nùm. 18) que un ms. de esta historia en fol. de letra antiquisima,
pero bien formada, diô el dicho caballero al archivo del reyno, y que califlcan
su estimacion algunas notas marginales de Zurita y de Andres ». Voir encore
Latassa, Bib. uiteva, t. I, 354, et t. III, p. 161.
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244 A# PAG ^ S
Au xvm e siècle, il passa, on ne sait comment, dans la riche
bibliothèque de D. Luis de Salazar y Castro, qui le légua lui-
même au monastère de Monserrate de Madrid 1 .
Enfin, lors de la suppression de ce couvent, ses richesses
bibliographiques furent partagées entre les diverses biblio-
thèques de Madrid, et le ms. de la chronique de Pierre IV fut
attribué à la bibliothèque de l'Académie de l'Histoire avec la
précieuse collection historique du fameux généalogiste Salazar.
2. Le second manuscrit, que nous désignerons par la lettre B,
est un volume en papier, de 285 millimètres sur 210, conservé
de même à la bibliothèque de l'Académie de l'Histoire, à Madrid,
sous le numéro G. 36 du fonds D. Luis de Salazar y Castro. Il
est relié en peau de mouton; le titre extérieur, disposé de la
même façon que dans A, porte simplement : Cronica del rey
D. Pedro el .4. de Aragon. Ce volume compte 162 feuillets, plus
un feuillet de garde au début et un autre à la fin ; la foliation
a été faite par le chroniqueur Zurita. La marque du papier est
une tête de taureau surmontée d'une étoile. L'écriture, d'un
gothique très net et très régulier, est un peu postérieure à celle
du ms. A : chaque page comprend trente lignes environ. Le
manuscrit paraît avoir été exécuté au commencement du
xv c siècle.
Sur le feuillet de garde du début on lit ces quelques lignes
d'une écriture moderne :
Despues de esta chronica hay una proposition hecha por el rey Don
Martin rey de Aragon en las cortes que tuvo en Çaragoça el ano
de 1 )<)8 à 29 de abril. — Esta chronica toda confoinie cott la
impresa que trae Carbonell — G.}6. — Mais la « proposition »
manque et cependant il n'y a pas eu de feuillets arrachés : le
bibliothécaire qui a décrit ainsi le manuscrit a cru qu'il était
absolument identique au ms. A, dans lequel, comme nous
l'avons vu, se trouve la proposition du roi Martin.
La chronique commence au f° 1 : Non nobis domine, non nobis,
sed nomini tuo.... et finit, comme le ms. A, au f° 162 v°, par ces
mots : « Car no perdonave qui (sic) sexui vel^tati. »
1. Il est mentionné au n° 251 de Y Indice de los manuscritos que quedaron por
fin y mtterte de Don Luis de Salazar y se entregaron al real monasterio de Mon-
serrate de Madrid. (Ms. de la Bibliothèque de l'Académie de l'Histoire, E 122,
fol. 51.)
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LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE IV 245
Il y a dans ce ms. une interversion de feuillets qui provient
sans doute du relieur : les f os 160 et 161 ont été mis avant les
f os 158 et 159. Des lettres majuscules, placées dans la marge
supérieure de ces feuillets, indiquent leur ordre véritable.
Ce manuscrit paraît avoir été exécuté par un Aragonais ou
peut-être même par un Castillan. On lit, en effet, au bas du
f° 20, la note suivante, de la même écriture que le texte :
Quando fueron levados los hinfantes a la frontera de Francia.
Nous verrons, en outre, qu'il contient des fautes qui visible-
ment ne peuvent avoir été commises que par un copiste assez
ignorant de la langue catalane.
De même que le ms. A, le ms. B a été annoté par Zurita,
qui le tenait de Don Gerônimo Abarca de Bolea y Portugal,
comte d'Aranda, « célèbre antiquaire, » selon l'expression de
Latassa 1 . Dans l'exemplaire de Carbonell 2 , sur lequel Zurita a
collationné le ms. A, on trouve, au f° 199, cette note de la main
de ce dernier chroniqueur : « En el de mano del conde de Aranda
acaba en este lugar. » Cette note se rapporte au ms. B, car nous
avons vu que le ms. A se continue par la proposition du roi
Martin, tandis que le ms. B ne contient rien de plus que la
chronique. En outre, toutes les autres notes de Zurita, que porte
l'exemplaire de Carbonell, sont tirées du ms. A, qui est toujours
désigné par ces mots : « En el libro de mano, » ou, plus simple-
ment, « En el de mano. » — De Zurita, le ms. B passa, de même
que le ms. A, entre les mains du comte de San Clémente *.
Nous ignorons si Lastanosa compta aussi ce manuscrit parmi
les richesses de sa bibliothèque. Tout ce que nous savons, c'est
qu'au xvm e siècle, il figure dans la bibliothèque de D. Luis de
Salazar, d'où il passa, comme le ms. A, à Monserrate, et de là
à la bibliothèque de l'Académie de l'Histoire où il est encore
aujourd'hui.
1. Latassa, Bibî. mieva, t. I, p. 118, art. 14.
2. Nous en donnons plus loin une description détaillée.
3. Dormer, dont nous avons rapporté ci-dessus le témoignage au sujet du
ms. A, cite de la façon suivante, dans sa description des papiers de Zurita
(art. 44), l'autre ms. de la chronique de Pierre IV : « Coronica del rey Don
Pedro IV de Aragon; es recopilacion de lo que el mismo rey escriviô, tiene
este Ms. el conde de San Clémente. » (Proçresos de la historia dc Aragon,
éd. cit., p. 263.)
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246 A. PAGÈS
3. Le troisième manuscrit, que nous désignerons par la
lettre C, est un volume en papier de 285 millimètres sur 230,
conservé à la Bibliothèque universitaire et provinciale de
Valence, sous la cote 92-6-12. Il est relié en parchemin et
le titre est transcrit sur le dos, dans le sens de la largeur. Il
compte 316 feuillets dont deux de garde au début et 18 en blanc
à la fin. Ces derniers ont alternativement pour marque de
papier un taureau et un picador à cheval. Les 296 feuillets du
texte sont de la même écriture gothique, du commencement
à la fin. Le manuscrit a des initiales coloriées au début de chaque
paragraphe et çà et là des rubriques. Il est couvert, comme A et
B, de notes marginales en langue castillane. Il paraît avoir été
exécuté à la fin du xv e siècle.
Sur le recto du 2 e feuillet de garde, on lit ces deux titres, d'une
écriture moderne : Histaria de Aragô — Cronica del Rey Don Pere
el Ceremonios escrita per ell mateys. Au dessous se trouve IVjc libris
imprimé qui suit : « Ex Bibliotbeca, quant D. D. Vincentius Blasco
Acadetniae Valentinae Rector perpetuus, eidem testamento legavit. »
Ce volume contient d'abord une série de textes relatifs à
l'histoire d'Aragon, qui occupent les 71 premiers feuillets et
dont nous croyons devoir donner ici l'indication sommaire :
i« (fol. 1). En la obra dejus scrita se troba la neologia dels reys de
Sicilia. — Apres lo noble Menalau rey de Italia e de la illa de Sicilia, la quai
illa en temps del règne del dit rey era appeilada Trimaclia Pregants tu
flll per la gracia nostra que havem a tu de cor paternal que de be en millor
treballs benaventuradament per manera que aprontes de virtut en virtut e
havent materia de virtut demostres aquella obra; demana de conseil los
homens bons e vulles esser informat de conseils e providencia daquells.
2° (fol. vi). Cronicha. — Del començament del mon fins al començament
de la dutat de Troya hac II. M. CCXLIIII. anys. E si dura ella DCCCCLX1I
anys entro que ella estech deltot destruhida. E de la destruccio de Troya fins
al començament de Roma, la quai Romulus funda primerament, hac per
compte CCC. anys E la suma del començament del mon fins a la
naxença de Jesu-Christ ha per dret compte IIIJ. M. CCLXIII. anys. E aytant
hi fa la scriptura.
3 0 (fol. vu). Com en Proença de Gascunya hac un cavalier senyor de un
castell que hom appella Cathalo, lo quai cavalier conqueri la ciutat de
Barcelona, la quai tenien gens quo no creyen Deu.
En lany de nostre senyor DCCXXXII si devets saber que en Proença de
Gascunya ha un castell qui ha nom Cathalo »...
1. Cf. Tomich, chap. XV, et Carbonell, f° v.
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LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE IV 247
4° (fol. vu vo). Altra istoria en ques conte com los Francesos levaren per
rey Caries Maynes e com son fill appellat Ludovich en vida del dit Caries
conquista la ciutat de Barcelona de Sarrayns.
Devets saber que era mort lo primer Lotari rey de Ffrança si romas la
terra menys de senyor, c tots los richs homens e cavaliers e ciutadans si
hagueren de conseil que levassen Caries Maynes en rey de Ffrança
5° (fol. ix). Com lo dit Ludovich hediffica un bell monestir de dones qui
hac nom Sent Père.
E puys après Ludovich, fill de Caries Maynes, emperador de Roma e rey de
Ffrança , si dona de la dita força qui era luny de la ciutat de Barcelona. E
encara que hedi[ffi]cha un bell monestir de dones en lo quai hediffica laltar
de Sent Pere de Roma
(Fol. ix vo). Del dit» Ludovich qui fon rey de Ffrança, e de son fill En
Lotari, qui, après mort del dit Ludovich fo rey de França, e emperador de
Roma, axi com son avi Caries Maynes.
En après mort del dit Caries Maynes emperador e rey de Ffrança régna son
fill Ludovich e fo rey de Ffrança en iany de nostre senyor Jesu Christ
DCCCLXVII. anys e VII. mesos, lo quai Ludovich près muller e hac ne
un fill qui hac nom Lotari lo quai per temps fo emparador de Roma.
6° Iheronimianum hoc opus per Johannem Andrée urgente devocione
compositum...
7 0 (fol. xii v°). Aquesta es la neologia dels reys de Ffrança...
8<> (fol. xiii). Aquesta es la neologia dels reys Darago...
9 0 (fol. xiv). Quai es appellada la primera Spanya e quai la segona e quai
la terça Spanya. Lo quai présent capitol es contengut en un libre appellat la
gran Biblia segons se seguex...
10. (fol. xv). Del primer hom qui pobla Spanya. — Segons que havem
lest en molts libres, lo primer que pobla en Espanya hac nom Tubal, del
quai exi la generacio dels Ybres, axi com açi dien Isodoro o Iheronim e
foren anomenats per lo nom de Tubal Cetubalers. . .
ii° (fol. xv v°). Don vingueren los Gots. — Perço que les pugam rails
tractar e pus vertaderament e breu, per tal que sia pus plasent de legir a
aquells qui ho cscoltaran...
12° (fol. xvn vo). Les crueltats quels Serrahins feren als Christians. —
E ffeta la dita persecucio o conquesta, los Christians qui de la batalla o
persecucio pogueren escapar 1 ...
13 0 (fol. xvin). De la hedifficacio de la esglesia de Sent Johan de la
Penya 1 ...
1 . Cf. Carbonell (f° xxm) : « De les crueltats fêtes per los Moros presa la
Hspanya (sic) als christians qui hi romanan. — Apres que la dita persecucio
o conquesta fonc feu per los dits Moros los Christians que de aquella scapar
pogueren... »
2. Cf. Carbonell, fo xxvn.
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248 A. PAGÈS
14 0 (xvm v° à xxiv v°). Del dit rey Don Garcia E*imenez. — Del rey Don
Fortuny Garcia. — Del rey Exemenes Garcia qui mori sens hereu. — Del
rey Garcia Enech e de sos fets. — Del rey Garcia Sinech e de dona Tocla
mare sua. — Del miracle com nasch lo rey Sancho e com fon rey e de sos
fets. — Del rey Don Garcia e de sos fets. — Del rey Sancho e de sos fets...
i$° (fol. xxv). Com fina que no hac comte en Arago. — De la particio
dels règnes de Navarra e d' Arago , .
160 (fol. xx vi). Del rey Sancho e de sos fets a .
170 (fol. xxvii v° à xxviii v°). — Del rey En Pere e de sos fets e de la
preso d'Oscha. — Del rey Namfos e de sos fets e de la preso de Çaragoca e
de Calathayu e de Daroca.
18 0 (fol. xxviii v«). Com los Aragonesos tragueren del monestir En
Remiro lo monge h
190 (fol. xxix v°). Aci es com fina la generacio masculina dels reys
d* Arago. — Aci comença a tractar dels comtes de Barcelona e de lur
linatge*.
20 0 (fol. xxx à lxxi v°). — Del començament dels comtes de Barcelona.
— Del comte Guifre com hac a ell e als seus lo comtat de Barcelona. —
Del comte Borell. — Del comte Ramon Borrell. — Del comte Berenguer. —
Del comte Ramon Berenguer e de sos fets. — Del comte Ramon Berenguer.
— Del comte Ramon Berenguer e com hac lo comtat de Proença. — Del
comte Ramon Berenguer e com le règne d'Arago fo ajustât al comtat de
Barcelona per matrimoni — Del rey Amfos e de sos fets; lo quai fo lo
primer rey qui fos après los comtes de Barcelona. — Del rey En Pere e de
sos fets, e com fo a la batalla d'Ubeda. — Del rey En Jacme primer e de
sos fets e de la preso de Mallorcha e de Valencia e de Murcia. — Del rey
En Pere segon e de sos fets e de la preso de Sicilia e de la guerra dels
Francesos. — Del rey Namfos e de sos fets e de la preso de Manorcha. —
Del rey En Jacme junior e de sos fets e de la preso dels Francesos e de la
batalla de Capodorlando. — Del rey Namfos.
2i° (fol. lxxi v°). Del rey en Pere. — E mort lo dit rey Namfos succehi en
los dits règnes de Arago, de Valencia, de Mallorcha e Serdenya, en los com-
1 . Cf. Carbonell, f° xxxn. Com fina que no hague compte en Arago. —
De la particio de les terres ço es de Navarra e de Arago e del rey Don
Remiro.
2. Cf. Carbonell, f° xxxi v°. Del don Sanxo e de sos fets que feu segons
se amostra.
3. Cf. Carbonell, f° xxxix v<>. Com los Aragonesos tragueren del
monastir y elegiren en rey Don Remiro monjo.
4. Cf. Carbonell, f« xlh. Aci fina la generacio masculina dels illustrissimos
reys de Arago. — Aci comença la generacio dels nomilissimos {sic) comtes
de Barcelona.
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LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE IV 249
tats de Barcelona, de Rossello e de Serdanya, En Père, fill seu, lo quai fon
virtuos rey e molt libéral a sos sotsmesos e aquells décora e ennobehi e
enfranqui de moites subjugacions, en les quais los seus predecessors avien
tenguts. E especialraent los enfranqui quels vene los mais custums, ço es
intesties , exorquies , cugucies e arsies , hoc encara lo bouatge , reabouatge ,
erbatge e rearbatge, a tots aquells quil volgutren comprar ne pogueren. Es
ver que los dits mais custums ell vene per gran nécessitât que havia de
socorrer e recobrar lo règne de Serdenya , lo quai per la tirannia del malvat
jutge d'Arborea e iniquitat dels Sarts, ques eren rebellats contra ell e quaix
H havien toit tôt lo règne de Serdenya , sino tant solament Caller el Alguer,
per laquai raho li covench e fer gran estol de homens a cavall e de peu e
aplegar a Port-Fangos ab molts navilis de naus, de galères e de barques
e daltres lenys, passa en Sardenya e hac aquella ab la generacio Sardescha e
ab Genovesos que aquells havien soldejats, e axi matex qui per lur propria
voluntat e desamistat antiga que han ab lo dit rey d'Arago per raho dels
Cathalans hi venien voluntaris, qui ab molts navilis de naus e de galères, per
noure e contrestar al dit rey, en lo dit règne de Sardenya vengueren.
Ce passage devait constituer primitivement Tunique récit du
règne de Pierre IV. Mais le scribe, ayant trouvé, sur ces entre-
faites, un texte de la chronique de ce roi, crut bon de l'insérer
en entier. C'est ainsi que nous n'avons que de très courts
résumés pour les prédécesseurs et les successeurs de Pierre IV,
tandis que l'histoire de ce dernier occupe à elle seule les trois
quarts du manuscrit (fol. lxxii à cclxxxi) : « Aci comensen les
Canoniques del rey En Pere en que fa mencio de son pare lo
rey Namfos. — Capitol Primer. — Non nobis, Domine, etc. »
Explicit : « en la esglesia del monastir de Poblet : cujus anima
in pace requiescat. Amen »
Chaque page comprend 3 5 lignes environ de texte et l'écriture
est la même qu'au début et qu'à la fin du manuscrit.
Voici les textes qui suivent la chronique de Pierre IV dans
le ms. C. On y trouve l'histoire de Jean I er , de Martin et de
Ferdinand I er . Le texte de ces petites chroniques est sensible-
ment identique à celui qu'a publié Carbonell dans ses Chroniques
de Espanya, comme le prouvent les comparaisons que nous
établissons ci-dessous :
MANUSCRIT DE VALENCE. CHRONIQUES DE CARBONELL.
220 (f° cclxxxi v°). Histoire du roi Ed. de 1547, f° cciv. Del rey Don
Jean /«. — Del rey En Johan, primer Joan primer till del rey En Pere terç.
1. Cf. Carbonell, £ cem v<>.
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250 A. P
fill del dit rey En Pere terç. — Mort
lo rey En Pere terç succehi a ell en
sos règnes e comtats son fill primo-
genit lo Rey En Johan los (sic) des-
curat. E perço li fon imposât tal
sobrenom, car no havia ansia alguna
de res. E esdevenchse que quant son
pare fon malalt de la malaltia de que
mon, semblantment aquest rey se
troba malalt en lo loch de Hostalrich,
e per raho de alguna ingratitut en quel
dit pare seu per causa de sa madastre
la via près, no hac opportunitat de
demanarli venia al dit son pare de qui
se era desgradejat. E axi malalt com
era esser se fet portar, après la sepul-
tura del dit rey pare seu, en la ciutat de
Barcelona
(fol. cclxxxv). Fin de la cljroniqiie
du roi Jean. — E faent hi soltar los
cans a ell, corrent a cavall derrera
aquells, los acans hagueren près quell,
e lo dit rey cridant interroga aquells
si era lop o loba. E no attes a la clusa
del dit lop, soptadament mori, no
lexant fill mascle aigu, jatsia ne hagues
fets haver, pero erenli estats morts.
Lo cors del quai fon portât, per via de
comanda, a sebollir en la seu de Bar-
celona molt sollempnament a .XVIIJ.
dies de maig del any .MCCCXCVJ.
axique havia régnât .IX. anys e .IIIJ.
mesos e mig. Fon après transladat en
la esglesia del monestir de Poblet :
anima ejus requiescant (sic) in pace.
Amen.
2 3 0 (fol. cclxxxv vo). Histoire du
roi Martin. — Del rey En Marti,
scgon fill del dit rey En Pere terç e
germa del dit rey En Johan. — E
mort lo dit rey En Johan succehi a
ell en los règnes e comtats son jerma
lo rey En Marti lo ecclesiastich. E
perço li fon sobreposat tal sobrenom
— Mort lo serenissimo rey En Pere
propscrit succehi a ell en sos règnes e
terres son fill primogenit apellat Joan
lo descurat e cerimonios, no justicie
com son pare, mas cruel e descurat. E
perço li fon imposât tal sobrenom,
car de res no havia ancia sino de darse
pler, e despendre lo temps en vani-
tats. Seguisque estant malalt lo dit
rey En Pere son pare en la ciutat de
Barcelona y ell per semblant estant
malalt en 1 1 vila o loch de Hostalrich
del bisbat de Gerona, e, per causa de sa
malaltia, no hac oportunitat de fer se
portar a Barcelona per visitar lo dit rey
son pare.
Cf. Carbonell, fol. ccvi... E faent
hi soltar los cans, ell corrent a cavall
derrera a aquells, los cans hagueren
près aquell ; e lo rey cridant interroga
aquells si era lop o loba : e no ates
a la clusa del dit lop soptosament
mori, no lexant fill mascle aigu, jatsia
ne hagues fet haver, pero eren li estats
morts. E fonch portât lo cors del dit
rey Don Joan per via de commanda
a sabollir en la Seu de Barcelona
molt solemnement a .XVIIJ. dies de
maig del any .MCCCLXXXXV. : axi
que havia régnât VIIIJ. anys e .IIIJ:
mesos e mig. Fonch après transladat
en la eglesia del monastir de Poblet :
cujus anima in pace rcquiescat. Amen.
Cf. Carbonell, fol. ccvn. — Del rey
en Marti fill segon del rey en Pere
terç e germa del dit Rey En Joan
Passât desta vida lo dit rey En Joan
succehi a ell en los règnes, comtats e
terres, son germa lo rey En Marti home
de poca estatura e molt gros e gras.
Era cognomenat lo ecclesiastich, tal
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LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE
com a cascun dia volia hoir très rais- nom imposât per
ses e dehia les hores, axi com un pre-
vere ordinariament, e miraves molt en
los ornaments de les esglesies...
(fol. cclx xxvn v°). Fin de V histoire
du roi Martin malaltia qui sola-
ment li dura quatre dies. Reebuts los
ordens que christia deu reebre, trames
a Deu lesperit lo derrer dia de Maig
del any .MCCCCX. no lexant proge-
nia de la muller. Ffon sebullit lo seu
cors per via de comanda en la seu de
Barcelona, a m de esser transladat en
la esglesia del monestir de Poblet :
l'anima del quai Deus vulla en lo seu
règne entrels sants collocar. Amen.
24 0 (fol. cclxxxvii v°). Histoire du
roi Fermtid — Del rey En Ffer-
rando primer net del dit rey En Père
terç, e nebot dels propdits rey s En
Johan e En Marti de Arago, qui per
eleccio fon tret de Castella per esser
rey d' Arago.
Mort lo rey En Marti dessus dit
sens fills mascles legittims suscitaren
.V. competitors, dels quais la un fo lo
infant Don Ferrando fill del rey Don
Johan de Castella, procréât de la infanta
dona Elionor filla del propdit rey En
Pere terç.
(fol. cclxxxxi v°). Fin de Y histoire
du roi Fernand. — E perço se havia
mes al cor, si Deu li hagues allongada
la vida, de mètre o reduhir en altra
molt breu manera los actes dels litti-
gis, per çp que la justicia hi fos pus
prestament e facil sens maxinoses
dilaçipns de jutges ç de parts minis-
IV 251
quant cascun dia
ohia très misses e deya axi hores e
officis com un prevere, e miraves molt
en los ornaments de les esglesies
Cf. Carbonell, fol. ccvm v°
malaltia qui solament li dura .IIIJ.
dies. Rebuts los ordens que christia
deu rebre. trames a deu lesperit lo
derrer dia de maig del any Mil. CCCC
deu, no lexant progenia de la muiler
e mori de peste en lo monastir de les
monjes de Vall donzella del orde de
Cistellssimar, fora e prop la ciutat de
Barcelona. E lo seu cors fon sebollit
per via de comanda en la seu de Bar-
celona, a fi de esser transladat en la
esglesia del monestir de Poblet : en
la quai esglesia de Poblet après fon
portât, e aqui lo seu cors fon soterrat :
la anima del quai nostre senyor vulla
entre los sancts de Paradis collocar.
Amen.
Cf. Carbonell, fol ccx. — Del rey
En Ferrando primer net del propdit
rey En Pere terç, y nebot dels prop
dits rcys Joan y Marti de Arago, qui
per eleccio fon tret de Castella per
esser rey de Arago Apres obit del
serenissimo y benignissimo senyor rey
En Marti de Arago, lo quai en la sua
ultima voluntat dispongue que per
justicia fos déclarât y sentenciat a qui
se pertanguera la successio de sos
règnes y terres
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2)2 A. PAGES
trada. Ffon sebollit lo seu cors en la
esglesia del monestir de Poblet ab
degudes ffuneraries, les quais li foren
solempnialment fêtes, e de quai la
anima en Paradis haja repos. Amen.
2 >° (fol. cclxxxxii). En lo libre
den Ramon Muntaner, loqual te En
Lobet, son continuades les coses dejus
escrites e siguents en que lo dit Ramon
Muntaner tb personalment.
Corn la cort se ajusta en la ciutat
de Saragoça per coronar rey d'Arago
lo senvor intant Naruios. — Araus tor-
nare a parlar del senvor rey Xamfos
per la gracia de Deu rey d'Ara^o. —
LxS:.:t v.îol. CCLXXXXX : E puys
de lalrra part dreta seyen tots Ios
richs homens qui cavaliers se eren fets
jcu," iom. E après seyen tors îos
cavaliers rteveLîs q*ai en acudl dia se
erer rets. E îo senvor rey sehii tan
Ce passade extrait Je la chronique vie Ramon Muntaner, qui
Du:r»:enin: ne comprend que les chapitres 2^5 i 29$ de l'édi-
tion de 1 5 > S (Valence, Jeun Mey), était primitivement beau-
coup plus long, car les derniers mots -Mt:) sont repro-
duits se us torme de reclame au bas de la page. Les dix-huit
Juillets riancs cui suivent ont e:e a : outes cuand la îin du
y. rr ?; * - — r~ ruj rwo'u:, non ;vu*/ jo :«c De
r.:_> iu >; T't~ .~^-u:_> „\v.<- / : ; u rvu; -u o-u: x
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LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE IV 253
tores aragoneses, t. II, p. 25, reproduit la note de Perez Bayer.
Comme nous l'indique Y ex libris, ce manuscrit fut légué à
la Bibliothèque universitaire de Valence, par le chanoine
Valencien D. Vicente Blasco (mort en 181 3).
Mais ce manuscrit ne serait-il pas en réalité celui dont s'est
servi Carbonell? Ce dernier chroniqueur n'a jamais dit que le
manuscrit qu'il avait copié fût écrit de la main même de
Pierre IV, ni qu'il l'eût trouvé dans les archives royales de
Barcelone. Il ne dit pas non plus qu'il ne contînt que la chro-
nique d'Alphonse IV et de Pierre IV.
Sans pouvoir, en ce moment, l'affirmer d'une façon absolue,
il nous paraît cependant très vraisemblable que le manuscrit de
Valence est le prototype des Chroniques de Carbonell : en effet,
les diverses citations que nous avons faites prouvent que non
seulement pour l'histoire des prédécesseurs de Pierre IV, mais
encore pour celle de ses successeurs, le texte de Carbonell se
rapproche étrangement de celui du ms. C. Ce manuscrit, orné
d'initiales coloriées et bien écrit, est assez beau sans doute pour
avoir pu figurer dans une bibliothèque royale; mais nous ne
croyons pas, jusqu'à preuve du contraire, qu'il ait été trouvé par
Carbonell dans les archives d'Aragon. Ne Taurait-il pas dit
expressément, puisqu'à propos de certains documents publiés
par lui à la suite de l'histoire de Jean I er et de ses successeurs,
il a toujours soin de faire remarquer qu'ils ont été tirés des
archives de Barcelone ?
En résumé, la chronique de Pierre IV, rédigée par Bernât
Dezcoll, nous est parvenue dans trois manuscrits : A (xiv c siècle) ;
B (commencement du xv c siècle); C (deuxième moitié du
xv c siècle). Quel est maintenant le rapport de ces trois manus-
crits entre eux ? Dans quelle mesure dérivent-ils de l'original ?
m.
ESSAI DE CLASSIFICATION DES MANUSCRITS.
A et B diffèrent l'un de l'autre, non point par rétendue du
texte qui est ^ même dans les deux mss., mais par de légères
variantes, des fautes de lecture de A par rapport à B ou de B
par rapport à A. Tantôt A contient des mots que B n'a pas,
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254 A « pagès
tantôt c'est le contraire qui arrive. On doit en conclure que ces
deux manuscrits n'ont pas été copiés l'un sur Pautre.
Nous allons donner quelques exemples des différences que
l'on remarque entre eux dans les deux premiers chapitres 1 : les
extraits de la chronique que nous publions plus bas en présente-
ront plusieurs autres.
Ch. I. Préface : A e per tais tots los bens, B e per tal tots los
bens. — Ibid. A bens terminacio, B sens determinacio. — § i. A
e axi dels dessus nomenats hi pervengren les dites heretats,
B manque. — Ibid. A als frares menors de la ciutat de Barcelona,
B als frares menors de Barcelona. — § 1 1 . A e ab molt altre
navili, B e ab alires navili. — § 12. A gran e misericordia,
B gracia e misericordia. — § 23. A e axi fo fet ferm, B e axi
fot fet fer. — § 29. A colps despasa, B colps despada. — §35.
A En Gombau de Benivent, B E Gonbau de Benivent. — Ibid.
A Pero Sent Vicent, B Pedro Sant Vicent. — Ibid. A Los que
noy moriren, B los qui noy moriren. — § 36. A Ltndema de
Pascha, B Dia de Pascua — § 38. A Jatsia, B Jatsesia. — § 46.
A terrenets, B terretenets. — Ibid. A la cort fos romasa, B la
cort fan romasa.
Ch. II. § 1. A .jx. kalendas de febrer, B. jx. de febrer. —
§ 1 2. A manque, B a les ciutats e viles de Cathalunya. — § 25 . A
metem la ma a nostra spa per dar e ferir lo dit rey de Mallorques,
B metem la ma a la nostra espasa per dar e ferir lo dit rey de
Malorques. — Ibid. A vers lo palau del Papa, lo quai havia fet,
B ves lo palau del Papa qui havia fet. — § 26. A lo terç capitol,
B lo tercer capitol.
Il est à remarquer que partout où A renferme les formes
contractes spa, vengren, hagren, tengren, etc.; B écrit espasa (qqf.
espadd), vengueren, hagueren ou agueren, tengueren, etc.
En outre, B contient çà et là quelques graphies, voire même
quelques mots qui semblent provenir d'un scribe castillan ou
du moins aragonais.
En définitive, A et B ne sont pas copiés l'un sur l'autre, mais,
néanmoins, comme il n'y a entre eux que des différences peu
importantes, il faut admettre qu'ils représentent deux copies de
l'original ou d'un même manuscrit dérivé de l'original.
%
1. Nos citations sont faites d'après l'éd. Bofarull.
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LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE IV 255
Nous considérerons donc A et B comme formant un groupe
que nous désignerons par AB.
Quel est maintenant le rapport de AB à C?.
Le manuscrit C contient, par rapport à AB, des remanie-
ments ou plutôt des additions qui peuvent fort bien provenir de
l'auteur lui-même.
Nous avons vu, en effet, par la lettre de Pierre IV à Bernât
Dezcoll que les trois premiers chapitres de la chronique étaient
terminés et approuvés par le roi, en 1375. Ils ne durent donc
pas subir de modifications : A, B, C nous offrent, en effet, pour
ces chapitres, un texte à peu près identique.
Ce n'est que pour les trois derniers chapitres que C diffère du
groupe AB 1 . Or nous savons que Pierre IV avait présenté à
Dezcoll quelques observations au sujet de cette dernière partie.
Il est donc probable que Dezcoll remania quelque peu sa rédac-
tion primitive.
A et B seraient donc copiés sur la première rédaction de
Dezcoll, C sur la seconde.
De plus, le manuscrit C contient un appendice qui n'est pas
1. Il est clair que jfe ne tiens compte, dans cette classification, que des
différences qui existent entre les deux manuscrits de Madrid et celui de
Valence.
Si nous comparons , au contraire , ces trois manuscrits au texte donné par
Carboncll, nous trouverons, dans ce dernier, des additions ou des altérations
qui doivent sans aucun doute être attribuées à l'archiviste de Barcelone.
Voici d'ailleurs les principales différences que nous avons notées entre le
texte de l'édition princeps et le texte des manuscrits :
i° Les sommaires que place Carbonell en tête des livres (chapitres dans les
mss.) sont tantôt plus longs, tantôt plus courts que dans les mss. — Quant a
ceux qu'il place en tète des chapitres (paragraphes dans les mss.) ils font
absolument défaut dans les mss.;
2° Carbonell a ajouté de son crû le chapitre 7 du second livre (Cf. éd.
Coroleu, p. 56). Ce passage n'est dans aucun manuscrit, et le récit y est fait
à la troisième personne : ce qui prouve bien qu'il n'est qu'une interpolation.
Bofarull l'avait déjà remarqué ;
3 0 Au début du chap. V des mss., correspondant au livre V de Carbonell,
se trouve le récit de l'entrevue des Vénitiens et des Génois avec Pierre IV.
Carbonell ne l'a pas inséré. Nous le publions plus loin ;
4° Les § 3 et 4 du V« livre (V* chap. des mss.) ont été considérablement
abrégés et altérés par Carbonell.
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256 A. PAGÈS
dans AB et qui traite du mariage de Pierre IV avec Na Sibila
de Fortia. Mais ce passage a été publié lui aussi par Carbonell,
qui semble se l'approprier. Faut-il en croire Carbonell ? Je ne
le pense pas. En effet, non content de copier çà et là Bernât
Desclot et Muntaner x , en ce qui concerne les règnes de Jacques
le Conquérant et de ses successeurs, Carbonell s'est aussi, dans
l'histoire des fils de Pierre IV, attribué, sans nous en prévenir,
de nombreux fragments d'un manuscrit identique, ou à peu près,
au ms. C : j'ai fait, en décrivant le manuscrit C, des rapproche-
ments qui ne laissent aucun doute sur ce point.
D'ailleurs, Carbonell fait précéder cet appendice du sommaire
suivant :
Acabats per gracia de Deu tots los dits sis libres seguexense les coses
subseguides axi del començament (sic pour casament) de dit rey En Pere ab
dona Sicilia de Forcia e de la coranacio (sic) de aquella e dels casaments de
fills, filla e neta de dit Rey En Pere : e de la mort de la reyna Constança
muller del dit Rey Federich de Sicilia e del infant de Mallorques e de la suc-
cessio del règne de Sicilia pertanyent a la casa de Arago 2 .
Ce sommaire ne se trouve dans aucun manuscrit et, de plus,
il est écrit à la troisième personne, tandis que le récit qui suit
est fait à la première personne, comme dans les six chapitres de
la chronique. Le passage qui suit le sommaire n'est donc pas de
Carbonell.
Enfin le ms. C et Carbonell contiennent encore le récit de
la mort de Pierre IV. Mais Carbonell ne peut plus insérer cette
narration comme partie intégrante de l'histoire primitive du roi
et il est obligé d'avertir ses lecteurs que Pierre IV a fini de parler
et que ce qui suit lui appartient :
« Fins aci lo dit rey En Pere escriptor e componudor (sic) de la sua
historia ha parlât : are e per avant parlare yo componador y escriptor de la
présent chronica o historia de Hespanya de altres actes fets per ell... * »
En réalité, Carbonell ne fera encore que copier un texte
analogue au ms. C. D'ailleurs, en supposant qu'il soit le véri-
1. Zurita le remarque à presque chaque page de l'exemplaire de Carbonell
'qui lui appartenait.
2. Cf. Carbonell, fol. cxxcvix.
3. Cf. Carbonell, fol. ccn.
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LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE IV 257
table auteur de cet appendice, comment pourrait-on expliquer
la présence du blanc qui se trouve à la 2 e colonne du f° ccn de
l'édition?
Ainsi donc, à moins de considérer C comme une copie de
l'édition Carbonell, ce qui, d'après la description minutieuse
que nous avons faite de C, est tout à fait invraisemblable, il
faut conclure que la continuation de la chronique n'est pas
l'œuvre de Carbonell, qui n'a été, encore une fois, qu'un simple
compilateur.
A qui faut-il donc attribuer cet appendice qui se trouve en
même temps et dans C et dans Carbonell ? Comme le prouvent
les documents des archives de la couronne d'Aragon, publiés
plus haut, Bernât Dezcoll continua, après la mort de Pierre IV,
survenue en 1387, la chronique dont il avait été chargé. La
lettre du roi Jean (1388) ne dit-elle pas : « Corn lo feel de conseil
nostre En Bernât Dezcoll ha continuât lo libre en que son scrits, etc. ?
Et plus loin, le fils de Pierre IV ajoute : « ea nos sia tnolt neces-
sari que la obra sia acabada. » Or il serait étonnant qu'en 1388,
Bernât Dezcoll n'eût pas encore terminé les six chapitres qui,
nous le savons, étaient sur le métier en 1375. Il est, au con-
traire, plus probable que le roi Jean voulut que les derniers
événements de la vie de son père fussent aussi relatés dans la
chronique et qu'alors Bernât Dezcoll ajouta ce chapitre com-
plémentaire que ne contiennent pas les plus anciens manuscrits.
Afin de mieux montrer en quoi consistent les différences entre
AB et C et de prouver péremptoirement qu'il y a eu dans C
quelques amplifications, introduites par l'auteur lui-même, sur
les conseils de Pierre IV, je crois devoir publier les principaux
passages visiblement modifiés. Je suis la leçon du ms. A et je
donne en note toutes les variantes de B. Quant à C, j'en rap-
proche le texte, non pas d'après le manuscrit lui-même, que je
n'ai pas eu le temps de collationner, mais d'après Carbonell.
Toutefois, je me suis assuré de l'identité à peu près complète de
ces passages dans Carbonell et dans C.
Un des plus nombreux exemples d'amplifications que nous
trouvons dans C, à partir du chapitre IV, consiste dans l'énu-
mération des chevaliers qui prirent part à telle ou telle guerre
ou qui furent les conseillers du roi dans telle ou telle circon-
stance. Nous n'en citerons qu'un seul. Une réunion des
Remania, XV Ul. \n
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25$ A. PAGfcs
conseillers royaux venait d'avoir lieu. Les uns engageaient
Pierre IV à réprimer V Union aragonaise, les autres à résister à
Jacques de Majorque, qui était rentré en Roussillon. La chro-
nique nous dit que finalement le roi se décida à repousser
Finvasion de Jacques qu'il avait détrôné.
Les manuscrits A et B portent simplement :
« E haut aquest pensament, responguemlos e diguemlos axi : Vosaltres
sots en débat quels uns tenits que nos deiam anar en Arago, els altres..., etc. »
Ainsi s'exprime la première rédaction de la chronique. Mais
le roi, voulant sans doute montrer à ses successeurs (e nostres
successofs poran veure nostra diligencia) que sa décision avait été
approuvée par un grand nombre de personnages de sa suite, a
probablement indiqué à Bernât Dezcoll qu'il fallait en faire
î'énumération x .
Aussi lisons-nous dans C, qui représenterait par conséquent
la seconde rédaction 2 :
E haut aquest pensament, stants acompanyats de molts barons e cavaliers
honrats de Arago y de Catalunya, ço es, de mossen Michael de Gurrea
governador e mossen Garcia Ferrandez de Castre, justicia de Arago, e
mossen Michael Perez Çabata, senyor de Quadret, e mossen Garcia de Loriç
senyor de Torrellas e mossen En Galceran de Pinos ; als quais responguem e
diguem los axi : Vosaltres sots en débat quels uns tenits que nos deyam anar
en Arago, els altres..., etc.
Le second genre d'amplifications est beaucoup plus impor-
tant. Ce ne sont plus, en effet, des énumérations de noms
propres, mais des faits nouveaux, des épisodes intéressants,
quelquefois même des discours entiers.
Dans les exemples qui suivent, nous publions d'un côté ce
que l'on peut appeler la première rédaction, c'est-à-dire AB, de
l'autre, la seconde rédaction, C (d'après Carbonell).
1 . On se souvient aussi de ce que Pierre IV lui disait à propos du récit de
l'expédition en Sardaigne : « E nomenats hi quais persones ni quantes passa-
ren ab nos en Serdenya... etc. »
2. Cf. Carbonell, f° 162 v°. Bofarull, p. 253, et Coroleu, p. 181.
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* LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE IV 2$$
PREMIÈRE RÉDACTION. SECONDE REDACTION (a).
(A fo ci; B fo 108.) (Carbonell, clxvii vo ; Bofarull,
p. 272; Coroleu, p. 194.)
1 . E com los homens del dit loch 1 . E après que nos haguem estât
veeren quel reeforç 1 del mur quis aqui algun temps, fallins la moneda,
feya era solament de la part de la vila, que no poguem pagar lo sou a la gent
hagren* gran sospita que nos no vol- darmes qui eren ab nos, les quais
guessem contra ells * fer alguna execu- eren tots Catalans ; per la quai cosa
cio. E haut * conseil entre ells J e ab ells sen tornaren en Catalunya ; e no
los de Valencia,qui tots eren dubtants 6 romas ab nos sino fort pochs de
de la nos travenguda que haviem 7 feta nostre conseil , entre los quais era
abgents d'armes, moch se gran avalot 8 , frare Joan Ferrandez de Heredia , cas-
a hora de colgar, contra aquells qui y tella de Amposta e mossenyer Lop
eren venguts ab nos, e specialment de Gurrea qui era nostra camer-
contra tots aquells qui y eren de lench e alguns Juristes. E los de Mur-
Rossello, e contra mossen Bernât de vedre tractaren tos dies ab los de
Cabrera e mossen Berenguer d'Abella e Valencia, e veents que la nostra Com-
molts altres de nostre conseil . E aquest panyia sen era anada, feren gran avalot
avalot 9 fon tan gran que tots los dessus un Diumenge, en hora quel sol se volia
dits hagren 10 a desemparar lo loch e pondre ; e tota aquella nit nos faeren
anarensen axi que nos romanguem fort guardar a be mil homens lalberch hon
asoliats. E de continent los dessus dits posavem. E com vench per lo mati
de Murvedre requeriren nos que anas- digueren nos que a nos convenia quens
sem a la ciutat de Valencia. E nos en entrassem a Valencia per nostra
veents" que als fer no podiem con- honor e profit. E nos veents que als
semtimlos" ço que demanaven. E noy podiem fer, e cavalcam e fem
anam al loch del Puig, hon trobam los nostre cami vers Valencia , axi com
jurats de Valencia quins eren exits a ells volien. E tota vegada entorn de
carrera, ab moltaaltra gent de la ciutat. nos vengueren dells per lo cami be
E axi com hi fom los dits homens de mil homens armats tro fins que foni
Murvedre, quins hi havien'î acompa- passats Puçol; e aqui trobam linfant
Fartantes de B. — 1 quell reesforç. — 2 agueren. — 3 els. — 4 ahut. —
5 eb — 6 dubtans. — 7 aviem. — 8 avallot. — 9 avallot. — 10 — agueren.
— 11 vehents. — 12 consentirlos. — 13 avien.
(a). Nous avons tenu à établir ces comparaisons non seulement pour indi-
quer la nature des additions que contient Carbonell ou plutôt le ms. C, mais
encore pour montrer, par quelques exemples , combien le texte imprimé est
défectueux. Les Chroniques de Espanya sont, en effet, d'une lecture pénible.
Les omissions de mots, parfois môme de phrases entières, les fautes d'impres-
sion et de ponctuation en font un ouvrage souvent inintelligible. Ces incon-
vénients disparaissent quand on a devant les yeux le texte des manuscrits.
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2é0
A. PAGÈS
nyats *, cridaren enaltes veus : «Jurats en Ferrando ab tots los de la Unio a
de Valencia , veus aci 2 lo senyor rey : cavall e a peu, gran gents tots armats :
duymes fets vostres affers , car. nos e los de Murvedre cridaren altes veus :
E decontinent los dits jurats de Va- altres be lavem guardat. Y per aço la
lencia e altres qui eren venguts a nos Reyna nostra molt cara muller roma-
per fernos reverencia empararense de nia detras : alguns dells anaranhi per
nos , faent » reverencia a la reyna companyarla : e nos entramnosen a
muller nostra e * treballant se de ree- Valencia. Y decontinent los dits Jurats
brela honradament en la ciutat, axi de Valencia e altres qui eren ven-
com a novella senyora e reyna. E guts a nos per fernos reverencia [e] a la
après pochs dies entram en la ciutat e reyna muller nostra, e treballantse
fo feta a la dita reyna solempna festa, de reebre la honorablement en la Ciu-
axi com de les altres reynes es acostu- tat , axi com a novella Senyora e
mat. E ladonchs era en la ciutat la Reyna : e après pocs dies entram en la
reyna dona Elionor madastra $ nostra Ciutat , e fon feta a la dita reyna
e linfant En Fferrando fill seu e germa solenne festa , axi com de les altres
nostre. Reynes es acostumat. E la donchs era
E après alguns dies que fom entrats en la Ciutat la reyna dona Elionor ma-
en la ciutat e los caps de mesters e dastre nostra e linfant en Ferrando fill
altres continuaven los balls e jochs seu y germa nostre. E après alguns
ques feyen continuament en la ciutat dies que fom entrats en la ciutat, veents
per fet de la dita reyna , esdevench- que ab nos no havia romas nengu ab
se quel 6 digmenge ans del ram inti- qui bens poguessem aconsellar, acor-
tulat Dominica in Passione tots los dant per nos mateix que com açi en la
caps de mesters 7 de la ciutat , axi com Ciutat de Valencia fos mossen Vidal
foren dinats, vengren 8 ab lurs balls e de Vilanoua Commanador de Mun-
trompes e jutglars en la rambla denant talva, lo quai era hom fort antich,
lo nostre reyal » e alguns daquells e era estât dels principals Conselladors
hagren 10 noves ab .1. hom de casa de nostre Avi lo rey en Jaume, que ab
nostra appellat Bort de Conçut quils aquell prenguessem nostre Conseil. E
reprenia dels affers de la unio que per tal com per sa gran Antiquitat, e
havien" feta contra nos — Eenclogue- perço com era apassionat de malaltia
renlo dins lo nostre reyal" ab tanta en los peus, nopodia venir a nos, fem
furor que tots los balls roraangueren. missatger entre nos y ell un net
E no contrastant que les portes del '* seu, qui havia nom Ramon, lo quai se
nostre reyal se tancassen contra aquella era nodrit tostemps ab nos. E daqui
furor, empero ells a força de bussons avant tota vegada que los de la Unio
esvehiren dins lo nostre reyal »♦ mes nos dehien res, aturavem nos acort,
i aconpanyats. — 2 açi. — 3 fahent. — 4 manque. — 5 madrastra. —
6 quell. — 7 mestres. — 8 vengueren.— 9 reall. — ioagueren.— 11 avien.
— 12 reyall. — 13 de. — 14 reall.
nosentornarem a Murvedre. »
velvos açi, guardau lo be, car nos
LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE IV 26 1
de .XX. portais, cercant les cambres segons que lo dit mossenyer Vidal nos
e metent les spases per los saglits trametia a dir si fahiem la resposta.
cuydant quey fos lo dit mossen Ber- Esdevenchse que lo Diuraenge ans
nat de Cabrera e mossen Berenguer del ram intitulât Dominica in pas-
d'Abella e altres de Rossello quils 1 sione teniem una taula de Junyer (a)
eren fort odiosos. en la Rambla davant lo nostre real : e
alguns de aquells qui de la gent qui
era aqui hagueren noves ab hun hom
de casa nostra appellat Bort de Conçut
quils reprenia dels affers de la Unio
que havien feta contra nos e volien
lo matar : y ell mettes dinslo nostre
reyal : y ells ab tanta de furor que mes
no pogueren, entraren dins, no contras-
tant que les portes del nostre real se
tancassen contra aquella furor. Empero
ells ab gran força de Buçons esvahiren
les cambres, y metent les espases per
los seglits, cuydant quey fos lo dit
mossenyer Bernât de Cabrera e mos-
sen Berenguer de Abella e altres de
Rossello quils eren fort odiosos.
(A f° eu, B f° 109 v°.) (Carbonell, f<> clxviii v°; Bofarull,
p. 275; Coroleu, p. 197.)
2. E com fom axi mesclats mun- 2. E com fom axi mezclats mun-
tamnos 4 ensemps per la dita rambla e tamnos ensemps per la dita rambla, e
ans que fossem al * pont dels Serrans * ans que fossem al pont dels Serrans,
haguem * set y 6 demanam a beure , e haguem set y demanam a beure , e
portaven aygues los uns ab cetres apportarennos aygua en una cervel-
o sellons, altres ab cervelleres e be- lera y beguem : e ans que beguessem,
guem : E ans que beguessem crida- cridaven : sia fetlo tast de la aygua. Y
ven : a Sia fet lo tast de la aygua ! » entramnosen per lo pont dels Serrans
E entramnosen per lo dit pont dels y cercam tota la ciutat. E com fom
Serrans 7 e cercam tota la ciutat, en- al Real fon hora de sopar e tothom
semps ab lo dit infant, e eray tota la tornassen. E com fonch hora tarda,
ciutat. E com fom al real fon hora de volguem nos colgar, e a cap de una
sopar e tothom tornassen. pessa vench per lo pont del Temble
Apres que totes les dites coses foren gran colp de gents ço es ben .CCCC.
(à). Dans l'exemplaire de Carbonell qui lui appartenait, Zurita a glosé ainsi
cette expression : « Tabla de Junir, que es tela pera jiistar. »
1 quills. — 2 enaxi ajouté. — 3 el. — - 4 Serans. — 5 aguem. — 6 e.—
7 Cerrans.
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262 A. PAGES
stades 1 , los conservadors de la dita homens ballants ab trompes e tabals, y
unio tractaven continuament ab alguns vengueren al real e pujaren dessus ; e a
de la Ciutat sobre diverses actes to- la final que nos e la reyna haguem a
cants la unio, forçants e destrenyents* ballar. E un barber appellat Gonçalbo
los lochs del règne que jurassen la quis fahia capita dels dessus dits, mes
unio , salvant Xativa e Borriana qui se en mig de la reyna y de nos e canta
consentir noy volgren * ; feren encara una canço qui deya : Mal aja qui sen
ordinacions quels oficials nostres qui hira encara ni encara ; e nos lavors noy
eren de Rossello e de Mallorques fos- responguem.
sen de lurs officis foragitats ; ordena- Apres que totes les dites coses foren
ren encara que en règne de Valencia , estades , los conservadors de la dita
hagues .1. oficial qui fos appellat * unio tractaven continuament ab al-
justicia de Valencia , axi com es en guns de la ciutat sobre diverses actes
Arago, e que hagues aquell matex tocants la Unio, forçants y destrenyents
poder en règne de Valencia que ha los lochs del règne que jurassen la
justicia d' Arago en lo règne d' Arago s. Unio, salvant Xativa e Borrian qui
E totes aquestes coses los haguem la consentir noy volgueren ; e faeren en-
donchs atorgar , car noy podiem als cara ordinacions quels officiais nostres
fer , comanantho a Deu qui per sa qui eren de Rossello y de Mallorques
bonea hi provehi, segons que per fossen foragitats. Ordenaren encara
avant se segueix 6 . E en tots aquets que en règne de Valencia , axi com es
conseils de la unio cabien e sabien la en Arago , haguesem un officiai que
reyna nostra madastra 7, el infant don fos appellat Justicia de Valencia, y
Fferrando 8 e frare Galceran » de que hagues aquell mateix poder en dit
Cruelles, e N' Ombert de Cruelles e règne de Valencia que ha justicia de
Narnau Çamorera qui fo nostre vici- Arago en lo règne de Arago. Y faeren
canceller, e molts cavaliers e juristes e governador lo infant en Ferrando. E to-
mercaders e menestrals. Mas en aço tes aquestes coses los haguem adonchs
no consentiren , ans foren tostemps 10 atorgar, car noy podiem als fer, co-
ab nos don Pedro de Xerica , Castella manantho a deu qui per sa bonesa hi
Damposta, maestre" de Muntesa, don provehi, segons que per avant se
Lop de Luna, mossen Gilabert 12 de segueix (a). Y nos acordam de trametre
Centelles e lo comte de Terranova qui mossen Berenguer de Abella al rey de
nos partia de nos e era amat per los de Castella quens ajudas : y ells sabent
la unio. E estant lo fet en aquest esta- que nos haviem trames al Rey de Cas-
ment comença en la ciutat de Va- tella, esmaginaren en quina manera
i estades. — 2 destranyents tots. — 3 volgueren. — 4 apellat. — 5 de
Arago. — 6 seguex. — 7 madrastra. — 8 Ferrando. — 9 Galseran. —
10 totstemps. — 11 mestre. — 12 Gillabert.
(a). Note marginale de Zurita dans l'exemplaire de Carbonell de la Bibl.
nationale : « De este sériai al otro tal no esta en el de mano y haze se men-
cio de ello en una carta de Mattheo de Mocaravi a los de Çaragoça. »
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LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE IV 263
lencia la gran mortaldat en lo mes pogueren mètre divis entre lo dit Rey
de maig del any de nostre senyor e nos. Y venguerennos un dia y
.M.CCC. XLVIIJ e cresque en tant diguerennos quel Adelantat de Mur-
que ans que fos mijant 1 juny hi cia havia près Favanella, qui era dins
moriren tots jorns .CCC. persones, nostre règne : y era senyor en Ramon
Perque nos acordam de exir de la ciu- de Rocafull vassall del infant en Fer-
tat e a anar en Arago hon no havia J rando. E com aço tornas en gran
res daquell mal. E la donchs fem nos greuge de nostra Real Magestat quens
venir los dits conservadors publicant plagues de anarhi personalment , car
los lo acort de la nostra partida. E ells tots nos seguirien host feta. E
ells veents que noy podien als fer e sobre aço retenguem nos acort, y
per squivar* lo dan de la nostra per- trametenho a dir a mossen Vidal de
sona respongueren quels plahia molt ; Vilanova : y ell trames nos a dir que
e ladonchs tractaren ab nos alguns aço era, quens volien fer desavenir ab
affers* necessaris al stament 6 del lo dit rey de Castella, per tal que
règne e femlos provissions necessaries. dell no poguessem haver ajuda, y que
E com nos volguem partir, fo feta li paria deguessem fer la resposta
una crida de part dels conservadors, ques segueix, ço es: que com la occu-
que nengun hom gosas traure cavalls pacio del dit loch de Favanella hagues
de règne de Valencia feta % la Adelantat de Murcia qui era
solament un cavalier, e axi com ells
sabien a requesta llur nos haguessem
feyt governador del règne de Valencia
lo infant En Ferrando, donans vijares
que aquest hi degues anar ensemps
ab vosaltres, qui es massa bastant
per aquest fet ; e com sia lia , si lo dit
Rey de Castella hi fa esforç, lavors nos
yrem axi com se pertany. Per lo quai,
feta per nos la dita resposta, ells esti-
gueren tots apitrats y conegueren que
nos dehiem gran raho. Y un dells dix :
E donchs senyor tal recapte hi darets ?
y nos responguem : Quin altre recapte
vos dieu quey donassem? Ara donchs
dix aquell : nosaltres darem recapte
en aço y en vos. E dites aquestes
paraules nos moguts de gran yra
gitam la ma al punyal (a). E linfant en
1 mitjant. — 2 e en. — 3 avia. — 4 esquivar. — 5 afers. — 6 estament.
(a). Remarquons que cet incident si important aux yeux du fameux
En Pere del Punyakt n'est pas relaté dans AB. Cela prouve bien, selon nous,
que C a été remanié sur la demande du roi lui-même.
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264
A. PAGÈS
Ferrando repres forment a aquell : y
puix levarense daqui y anarenscn.
Y en tots aquests conseils de la unio
cabien y cabiay la reyna nostra ma-
drastra y linfant don Ferrando y
frare Dalmau de Cruilles y Narnau
Çamorera qui fo nostre vicicanceller,
y molts cavaliers y juristes y raerca-
ders y menestrals. Mas en açp no con-
senti ren, ans foren tostemps ab nos
don Pedro de Exerica, Castella d'Am-
posta, mestre de Muntesa, mossen
Gilabert de Centelles y lo compte de
Terranova. Estant lo fet en aquest
estament comença en la ciutat de
Valencia la gran mortaldat en lo mes
de maig del any de nostre senyor
.M. CCC. XLV1IJ, e cresque en tant
que, ans que fos mijant Juny, hi mori-
ren tots joras mes de .CCC. persones.
E nos veents que estavem a gran
perill en la dita ciutat, acordam ab lo
dit mossen Vidal de Vilanova quina
manera tendriem al nostre partir, y
tinguemley aytal, quens fem venir
davant tots ios de la unio y diguem
los aytals paraules : Vosaltres veets
aquesta mortaldat com poderosament
hic règne, y volsaltres tenitsme aci a
gran perill de ma persona, per que
jous requireus : protest que vosaltres
no mi tingats. En altra manera jous
protest, axi com aquells queaturen llur
senyor en loch hon muyra, y queus
puixa esser demanat per mi, si visch,
y per mos successors, si jo muyr em-
pero. Y ells lavors tantost sens altre
acort y delliberacio responguerennos :
que ja Deu nou volgues que ells nos
tinguessen, ans faessem be tôt ço
quens piagues de anar ho de estar. Y
de les dites coses manam an Matheu
Adria nostre escriva alli présent quen
fes carta publica. Y nos decontinent,
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(A f° cvi; B, f° 113 v<»)
LA CHRONIQUE
CATALANE DE PIERRE IV 265
sens esperar una petita hora, cavalcam
en un palafre y solament ab très caval-
cadors, y la reyna nostra muller ab
dues dones y ab quatre cavalcadors,
anamnosen a Torres Torres, tenent
lo cami de Therol. E com nos vol-
guem partir fon feta una crida de part
dels conservadors, que null hom gosas
traure cavalls del règne de Valencia.
(Carbonell, f° clxxi ; Bofarull, p. 286 ;
Coroleu, p. 204.)
3. Partent del dit 1 loch de Puçol 3. Partent del loch de Puçol anam
anam al Puig e trobam lo casteli al Puig e trobam lo castell désemparât.
désemparât 3 . E après passant per* E passant per Muntcada dreçam nos-
Muncada dreçam nostre cami ab tota tre cami ab tota nostra gent al loch
nostra gent ab loch de Paterna, e aqui de Paterna , qui posava nostre setge
posam nostre setge contra la ciutat; contra la ciutat : e los de la ciutat
e los de la ciutat hisqueren ab lur ixqueren ab llur gent, y enfortiren
gent e enfortirense en .j. loch appel- se en un loch appellat Mislata hon
lat Mizlata, hon feren paliçada en los faeren palliçada en les açuts, y estaven
assuts; e staven* tan enfortits que tan enfortits que nolls podia hom
nols podia hom dampnifîcar ; e tots damnificar : e tots dies havien palati-
dies havia* palatisses 6 entrels? nostres çes entrels nostres els Uurs. Y en la
els 8 lurs. E en la dita lur host ' tenien dita llur host tenien llur bandera real
lur bandera reyal contra la nostra. contra la nostra. E com haguem axi
E com haguem 10 axi stat" tro a .X. estât tro a très dies Michael Perez
dies, Miquel Pereç 12 Sabata cavalier Çabata cavalier de Arago ténia la
d'Arago sforçat e bo, .j. dia en hora guarda de la nostra host. Y estant
de dinar, hisque armât e apparellat délia lo riu, los de Valencia fahien
ab .L. homens a cavall de son paren- lavors platiç ab ell; e ixqueren dels
tat e feri 1 * en la host de Valencia; e de Valencia qualsque .CC. homens
axi, com plach a Deus, qui per sa gran fora la . paliçada. E llavors lo dit
bonea usa tots temps de justicia, la Michael Perez broca , e meslosne tots
dita host de Valencia sens tota altra per la paliçada. Y les nostres gents
defTensio 1 * se mes en fuyta. E nos ab de peu qui eren daça lo Riu, veent
tota la nostra gent seguimlos tro a allo començaren brega ab ells : e lo
la ciutat e morirenhi del dit loch hon castella D'amposta ab qualque .VJ.
era la paliçada tro al nostre reyal mes o .VIJ. de mula correch a ells per
1 dit manque. — 2 desenparat. — 3 per lo loch de. — 4 estaven. — 5 avia.
— 6 pailatises. — 7 entre els. — 8 ells. — 9 ost. — 10 aguem. — 1 1 estât.
— 12 Perçz. — 13 fari. — 14 desfencio.
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266 A. PAGÈS
de .DCCC. persones daquells de la ferlos tornar. E com fon lia vee que
ciutat que jahien mortes 1 en la ram- la brega era tant raesclada que no
bla e altres lochs. era a ells de tornar : e los de Valencia
Tenint nostre cami, veem que Don fahien gran esforç envers los nostres
Pedro d'Exerica ab gran colp, etc.. que cridaven qui volien cavaliers c
homens de paratge per capdellar e
esforçarlos. E lavors En Joan Rami-
rez d'Arellano, en Ramon de Vila-
nova, en Ferran Ruiz de Caravantes
avellaren dels muls que cavalcaven,
y per un portell fort estret e perillos ,
ab sengles pavesos en les mans, puja-
ren en la carrera, com estiguessen en
la ramble baix. E com foren ab ells,
esforçaren la nostra gent en tal manera,
que en fort spay poch faeren desem-
parar als altres la barrera, e hachi
fort gran brega. Los de laltra part del
riu qui tenien altra barrera de la ciu-
tat, veents quels altres llurs havien
desemparada la barrera, faeren altre
tal ells de la sua. En aquest endemig
nos fom a cavall, e ab tota nostra
gent, per la ramble avall, menamlos
ni. E moriren ni. Mil. e. D. dells, e
sin haguessem volgut, aquella nit la
ciutat se fora entrada. Mas nos nou
volguem ques destruhis, e femho ces-
sar. Tenint nostre cami : com veessem
que don Pedro de Exerica ab gran
colp...
(A f° cvn. B, f° 1 14 v°.) (Carbonell, f<> clxxii ; Bofarull, p. 289 ;
Coroleu, p. 207.)
4. Segons que dessus es expressat , 4. Segons que dessus es expressat,
nos exceptam de la dita remissio cer- nos exceptam de la dita remissio cer-
tes persones nomenades, de les' quais tes persones nomenades, de les quais
teniemî preses* .XX. E ans de la teniem preses .XX. E ans de la festa
festa de Nadal .V. dies, donamlos de Nadal .V. dies donam los senten-
sentencia en lo nostre real 5 en la casa cia en lo nostre real en la casa baixa
baxa près lo portai major. E com près lo portai major ; e donam la sen-
foren menats denant fallin 6 .j. qui nos tencia en aytal manera que quatre de
1 morts. — 2 dels. — 3 teniam. — 4 presses. — s reyal. — 6 falin.
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LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE IV 267
troba qui havia 1 nom En Rull, .j. a aquells qui eren generosos foren es-
dels mellors» mariners que nos ha- capsats, ça es : en Joan Royz de
viem* en Valencia. E donam la sen- Corella y en Ponç de Soler y en
tencia en aytal manera que .III J. da- Ramon Estorna y en Jaume de Ro-
quells qui eren generoses foren scap- mani e lo Adalill que fo près en la
çatsJ, ço es : En Johan Royç 6 de torra de Puçol. Dels al très hi havia
Corella e En Ponç 7 dez 8 Soler e en très juristes e tots los altres eren gent
. Ramon Scorna e lo adalill qui fo près de poble, mercaders ymenestrals, entre
en la torre de Puçol Dels altres hi los quais hi hac un barber qui havia
havia .IIJ. juristes, e tots los altres nom Gonçalbo, lo quai, segons que
eren gent 10 de poble, mercaders y" damunt havem récitât, lo jorn ques
raenestrals. E hac ni alguns qui axima- mogue lo Avalot en la dita Ciutat ,
tex" foren rocegats 1 * e penjats 1 *, e aquell vespre lo dit Gonçalbo, ab
altres solament penjats .CCCC. homens de sos secaces, vench
ballar ab trompes e ab taballs al nostre
real. E volguessem o no, haguem a
ballar ab ells nos e la Reyna. E lo dit
Gonçalvo messe en mig de nos y de
la reyna , e dix aquesta Canço : Mal
aja qui sen yra encara ni encara. E
nos diguemli, com haguem donada la
sentencia : Vos nos digues laltre jorn,
com vingues ballar al nostre real tal
canço, ço es : Mal aja qui sen yra
encara ni encara. A la quai canço
lavors nous volguem respondre, mas
ara responem vos : E qui nous rosse-
gara susara e susara...?E hacni alguns
qui axi mateix foren rossegats e pen-
jats : e altres solament penjats
(A f° cxl; B fo 148.) (Carbonell, f° exc; Bofarull, p. 354;
Coroleu , p. 261.)
5. E estants nos en la ciutat de 5. Estants nos en la ciutat de Çara-
Saragoça haguem 'J ardit cert quel 16 goça haguem ardit cert quel rey de
rey de Castella ténia assetiada la ciu- Castella ténia assetiada la ciutat de
tat de Valencia, per laquai raho par- Valencia, y nos encontinent acordam
tim de Saragoça lo .XX. dia del de tremetre, ab letres escrites de nostra
propdit mes de Maig e dreçam nostre ma, a la dita ciutat de Valencia, mos-
cami vers règne de Valencia. E com sen Ramon de Vilanova nostre Algut-
1 avia. — 2e.- 3 millors. — 4 aviem. - 5 escapçats. — 6 Rois. —
7 Pons. - 8 del. - 9 Poçol. - 10 gents. - 11 e. - 12 manque. -
13 rosegats. — 14 pengats. — 15 aguem. - 16 quell.
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268 A. PAGES *
fom en la vila de Sent Matheu reple- zir, per notificarlos corn nos perso-
gam totes nostres companyes 1 de ca- nalment los veniem socorrer y ajudar.
valle e de peu per anar a Valencia e E per tal com aço era cosa que dévia
ferne levar lo dit rey qui la ténia esser acomanada a persona a nos fel
assetiada segons que dit es. E tenint y que sabes entrar en la dita ciutat,
nostre cami, fom al hostal d'En acordam de tremetrehi lo dit mossen
Verdu Ramon, lo quai per gracia de Deu hi
dona tan bon recapte , que abans quel
dit rey de Castella se acostas a la dita
ciutat, lo dit mossen Ramon era ja
dins : de la quai cosa y lo compte de
Dénia y tots los al très qui eren dins,
sabents nostra venguda, prengueren
gran esforç y consolacio; per la quai
raho parti m de Çaragoça lo vinten
dia del prop dit mes de Maig y dre-
çam nostre cami vers Règne de Valen-
cia y ferne levar lo dit rey qui la ténia
assetiada, segons que dit es. Y tenint
nostre cami, fom al hostal den Verdu. . .
(A Î9 cxliii ; B fo 1 50 vo.) (Carbonell, f° cxci v<> ; Bofarull
p. 360; Coroleu, p. 26$.)
6. E nos, hoyts los dits crits e en- 6. Y nos oyts los dits y entesa la
tesa la dita relacio feta a nos per lo dit dita feta a nos per lo dit frare prey-
frare preycador, tots los hulls nostres cador, tots los ulls nostres axi mentais
axi mentais 1 com corporals perven- com corporals pervengucren en plor.
gueren en plor. E per aquesta raho E per aquesta raho moguts, axi com
moguts , axi com a rey qui ama cara- a rey qui ama carament los seus
ment los seus sotsmeses 1 e cobcjants sotsmesos y cobejants lo delliurament
lo delliurament daquella, axi com per de aquella, axi com per gracia de Deu
gracia de Deu se segui, partim del dit se segui, partim del loch de Cessa lo
loch de Sessa lo .XXVJ. dia del dit .XXVJ. dia del dit mes de Març del
mes de març* del dit any M. CCC. dit any M. CCC. LXIIIJ. y tinguem
LXI1IJ., e tinguem nostre cami vers nostre cami vers Çaragoça; y partints
Saragoça e de Saragoça a Montalba e de Çaragoça anam a Muntalba y après
après a MorellaJ e a Sent 6 Matheu e a Morella y a sanct Matheu y après
après a la orta de Borriana, hon tro- al hostal den Verdu. E aqui aquella
bam totes les nostres hosts replegades, nit nos fem fer ait en la muntanya
lo XXVJ. dia del mes d'Abril 1 après senyal de foch, car axi ho haviem nos
seguent. E partent de la dita orta de tremes a dir als de Valencia. E len-
1 conpanyes. — 2 mentails. — 3 sotmeses. — 4 mars. — 5 Morrella. —
6 Sant. — 7 abrill,
Digitiz\dby G00gle
I
LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE IV 269
Borriana que era lo .XXVIIJ. dia del dema anamnosen a la horta de Bur-
propdit mes, a hora de prim so, ab riana, y daqui anassen un escriva de
totes les nostres gents darmes, sots don Tello al rey de Castella y dixli
sperança 1 de nostre Senyor Deus qui com nos erem alli. Y estants alli fem
ajuda als seus pobles , e specialment a regoneixer a mossen Raraon de Vila-
aquells qui han ferma sperança en ell, nova y En Pere de Margens, nostre
axi com es la casa d'Arago, de la quai escriva de racio, ab quanta companyia
nos troba james la sua bandera reyal erem, y trobarem per veritat que erem
sia vençuda ne arrancada de camp, M. D. CC. XXJJ. homens a cavall.
invocat lo nom de Jesu-Christ e del E lo rey de Castella era ab .VJ. M.
benaventura * Sent * Jordi , qui tots * homens a cavall. Y tantost applegam
temps es stat $ nostre protector e aju- nostre conseil per quina forma deviem
dador, asenyaladament en los fets de fer nostre cami a Valencia, y dema-
les batalles, hisquem de la dita orta narem si aqui havia dengu del règne
per fer nostre cami vers la ciutat de de Valencia qui sabes be tots camins,
Valencia. E perço, com es digna cosa per ço que mils hi poguessem acordar,
que aquells qui han meses lurs perso- y noy havia sino mossen Ramon de
nés en nostre servey e de la cosa Vilanova y mossen Pere Centelles.
publica de nostres règnes, sien nome- Y lo dit mossen Ramon de Vilanova
nats e declarats en los grans affers 6 dix, que deviem partir tantost, pas-
nostres e de les nostres batalles, de- sades vespres la devantera, en guisa
claram que foren ab nos axi com a que fos a prim son a la barrera quel
bons naturals e a 7 vassalls 8 nostres rey de Castella havia feta al riu de
los quis seguexen ' : primerament Tin- Murvedre prop la mar ; e nos ab tota
fant En Pere, honcle nostre estant sots laltra gent que seguissem ; y axis feu.
religio del abit de Sent Ffrancesch t0 , Y en aquella nit aconseguirem nos
lo comte d'Urgell , nebot nostre , lo alli lo compte de Prades y frare Guii-
comte de Trestamera, lo comte de lerm de Guimera ab qualque ,L.
Dénia , lo comte de Prades e lo comte homens de cavall ; y tantost que fom
d'Ampuries , cosins nostres , vezcomte a la barrera, lo dit rey de Castella
de Cardona , En Pedro de Luna , en trametia aqui per deffendre aquella
Pero Fferrandez" Dixar e molts altres be quatre mil homens a cavall; pero
nobles e cavaliers de nostres règnes los nostres, poch fort abans, havien
d'Arago, de Valencia e de Cathalu- ja hauda aquella; y eren lavors ab
nya". E en hora d'alba, ab la gracia nos d'Arago En Pere Ferrando Dixer
de Deu , fom tots replegats al grau de que portava la bandera y molts caval-
Murvedre. E los de Murvedre, sin- 1ers; de Catalunya noy hac sino lo
tents'J nostra venguda, feren grans compte de Prades y frare Guillerm
fumades en lo castell , per tal que fos de Guimera ; de Valencia. lo compte
1 esperança. — 2 benaventurat. — 3 Sant. — 4 tos. — 5 estât. — 6 afers.
— 7 manque. — 8 vasalls. — 9 seguesxen. — 10 Francesch. — 11 Ferran-
dez. — 12 Catalunya. — 13 sintens.
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2J0 A. PAGÈS
notificada la nostra venguda al dit de Dénia, lo mestre de Muntesa,
rey de Castella qui era en lo grau de mossen Ramon de Vilanova , mossen
Valencia. E estants nos axi, per mètre Pere Centelles y mossen Elfo de
cor a les nostres gents, aturamnos e Proxida qui era en la mar ab les
fem nostre sermo a tots aquells qui ab galères : tots los altres eren arago-
nos devien 1 entrar en batalla , en lo nesos ; y de castellans, çp es : lo compte
quai sermo expressam en spécial 1 de Trastamena, y don Telio, y don
.IIJ. coses : — La primera que nos Sancho y sos germans.
recomanavem a nostre senyor Deus la Y en hora de sol exit, ab la gracia
nostra persona e de totes les nostres de Deu, fom tots replegats al grau de
gents, qui ab nos eren présents en Murvedre, y los de Murvedre, sintents
aquell ajust , quens hagues J recoma- nostra venguda, faeren grans fumades
nats en nostra justicia, e quens donas en lo castell, per tal que fos notificada
vigor e fortalesa ♦ contra nostres ene- la nostra venguda al dit rey de Cas-
michs qui ab gran injusticia nos per- tella qui era en lo grau de Valencia.
seguien s : axi com se troba en lo vell E tantost sabuda nostra venguda mana
testament e en altres scriptures divi- levar sa host y tramete con^panyia
nais que nostre senyor Deus per lo per guardar lo pas non nos erem. E
seu poder infinit ha ajudat e ajuda a nos espérants alguns qui ara venien
aquells qui bon dret defenen. — La detras, ajustarense dells aqui molta
segona quels 6 diguem que la casa gent. E nos pensant que allo no podia
d'Arago era estada tots temps? atro- partir sens batalla, fem nos acostar
bada esser leyalment e esforçada ser- tota nostra gent y diguemlos aquestes
vida per los seus vassalls 8 naturals, paraules : — Bona gent, null temps
segons ques poria mostrar per les haguem plaer de dir mal de nengu
canoniques dels reys passats e spécial- ni desonrar, mas ara veig quel rey de
ment' per la batalla quel 10 senyor Castella e yo som davant lo juhi de
rey Namfos, nostre pare, hac 11 en la Deu : yo dich que ell avolment y
illa de Cerdenya com 13 la conquista e falsa y com a gran traydor ma feta
la trasch de ma e poder del comu de hem fa guerra en ço del meu, y requir
Pissa. — La terça, quels prometiem nostre senyor Deu que vuy en aquest
fer remuneracions per los grans ser- dia me faça justicia dell, la quai he
veys asenyalats quens feyen , axi com ferma confiança en ell que lam fara.
era acostu mat de fer per los nostres pre- Ara dich a vosaltres qui sou ajustats
decessors reys d'Arago. E dites aques- aci ab mi, a vosaltres, castellans ;
tes paraules, tota la nostra gent sa sabets que yons he acullits en mon
alegra m e se escalfa en lo nostre ser- règne, he fet partdaço del meu, no tant
vey e de la nostra corona. E de conti- per ventura com vosaltres merexets
nent dreçam nostre cami vers la dita e yo volguera , mas segons que he
i devian. — 2 speciall. — 3 agues. — 4 fortaleza. — 5 perseguiren. —
6 quells. — 7 tostemps. — 8 vasals. — 9 especialment. — 10 quell. —
11 hach. — 12 con. — 13 quells. — 14 se alegre.
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la chronique catalane de pierre iv 171
ciutat de Valencia. E es cert quel 1 pogut ; y sabets be vosaltres , quel
noble mossen Olfo de Proxida , capi- rey de Castella que alli es, no hi ha
ta de .X. galères nostres, estave en la nengu de vosaltres a qui ell no haja
maritima près terra, faent lo cami que mort ho pare, ho fill, ho germa, ho
nos feyem; car nos haviem 2 acordat parent, ho ontades mullers, filles, ho
de fer lo cami de la mar, per tal que germanes, y toits tots vostres bens y
haguessem » en ajuda les dites galères, de aquells y a tots en gênerai dats
E el rey de Castella , sintent nostra per traydors ; perqueus dich , que
venguda , e veent * que nos podia vosaltres vullats haver huy en memo-
tolre lo cami de la mar, car les gale- ria les maies obres que dit rey de
res nos anaven près, levas dit grau de Castella vos ha fêtes , y de les bones
Valencia e muntassen vers lo cami obres que yous he fêtes, pero vullvos
gênerai qui va de Murvedre a Valen- dir aço y pregarvos, que si aigu de
cia, e nos gosa mesclar ab nos, ans vosaltres ni ha que haja cor de
sen munta a Murvedre, axi que nos anarsen délia, que ara, abans que
ab la benediccio de Deu e de la verge comencem la batalla, sen vaja, car
nostfa s dona Santa Maria e del bena- nos li donam licencia que sen vaja y
ventura 6 mossen Sent Jordi entram no li sera tocat a cavall ni armes, e
en la 7 ciutat de Valencia. E tots val mes que ara seu vaia, que si faea
aquells , qui 8 eren en la dita ciutat , traycio com fossem mesclats. — E
hisquerennos a carrera ab gran alegria tots a una veu cridaren : — Com ,
e gran goig de la misericordia que scnyor, anar! no placia a Deu que
Deu » havia 10 feta a nos e a ells , e nosaltres vos leixem, ans volem huy
mostravennos dels pans, dels arroços 11 tots raorir ab vos ; e susara nos donam
e dakres mestalls de que vivien, tots per vostres vasalls y confessam
car non havien 1 * de forment. E ab davant Deu esser traydors, bares y
aquesta honor, goig e alegria, passant heretges si fem lo contrari : — Ara
per la dita ciutat , totes les gents plo- dich a vosaltres que sots mos vassalls
roses de goig que havien 1 », corrien- y naturals, queus vaja lo cor a vostres
nos besar les mans, els x * peus, hoc predecessors, quantes obres valeroses
les faldes de les armadures de nostra han fêtes ab los meus ; y vajaus lo
persona e de nostre cavall. E com fom cor de qui sots fills, car a mi bem va
dins la dita ciutat reposamnos, e de lo cor que fom fill de un rey dels
continent tractam dels negocis e afters 1 s bons del mon y fiu en la bonesa de
necessaris a la guerra. E aqui aturam Deu que yo ho mostrare huy en
fins al .IIJ. dia del mes de Maig après aquest dia. E vull vos fer uns prechs :
seguent. que yo sia lo primer qui ferra en la
E après .IIJ. dias T 7 que fom entrats batalla, y quels peus primers dels
1 quell. — 2 aviem. — 3 aguessem. — 4 vehent. — 5 ma. — 6 beneven-
turat. — 7 la dita. — 8 qui hi. — 9 Deus. — 10 avia. — 1 1 arrosos. —
12 avien. — 13 avien. — 14 ells. — 15 afers. — 16 dies.
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272 A. PAGÈS
dintre 1 la dita ciutat de Valencia , ab vostres cavalls sien ab los peus derrers
acort de nostre conseil e per veure del meu cavall, car yon he prou. —
sil dit rey de Castella, quis era mes Y lavors lo compte de Trastaraena
dins lo loch de Murvedre , hauria 2 y de Dénia digueren : — Senyor, nos
ardiment de mesclarse ab nos , his- entenem a fer aqueixa honor vuy, ans
quem de la dita ciutat e anam a la farem nostra poder que sia vençuda,
alqueria d'en Splugues , hon ab totes si plau a Deu, la batalla com vos hi
nostres gents param nostre reyal. E entrarets. — E dites aquestes parauler
lendema après seguent partim de la tota la nostra gent se alegra y sescalfa
alqueria ab totes les nostres hosts, e en lo nostre servey e de la nostra
anam a la barraca j de! frare del Puig, real corona.
que es en lo cami gênerai, dret lo Y estants aqui per espay de dues
loch de nostra dona del Puig ; e esti- h ores espérants si los altres se volien
guem aqui tôt aquell dia.*. E len- combatre, veent que ells no daven
dema après siguent, sperant s sil dit loch a la batalla , acordam que faes-
rey de Castella quins estave prop a sem nostre cami vers Valencia , y
.IJ. lègues haguera 6 ardiment ne cor perço com ha passar un pont estret,
de venir se combatre 7 ab nos, laquai los comptes de Trastamena y de
cosa ell 8 no voch fer, ne gosa , pen- Deqia , qui anaven en la devantera ,
sant que Deus, qui es jutge de les tremeterennosho a dir, que una ve-
batalles , lin séria contrari per la gran gada passasem lo pont y ells roman-
offensa» quens havia 10 feta ens 11 drien derrers. E nos tremetemlos a
feya contra tota raho e justicia. E per dir que nou fariem, que passassem ab
aquesta raho tornamnosen a la dita ells primers. Y altra vegada tremete-
ciutat de Valencia. rennos a dir , que una vegada passas-
sem y que ells romandrien detras , axi
com estava en raho. Nos diguemlos la
darrera vegada, que de punt de honor
tant nés abiem com ells (a) ; perque, nos
prometiem a Deu que mentre cent de
nostres companyies fossen per passar
lo dit pont , james no passariem nos.
Y en aquesta manera anam tots vers la
ciutat de Valencia. Y mossen Elfo de
Proxida ab les galères nostres estava
en la marina, près terra, faent lo cami
1 dintra. — 2 auria. — 3 barracha. —4e tornamnosen dormir al Puig.
— 5 espérant. 6 aguera. — 7 conbatre. — 8 el. — 9 ofensa. — 10 avia.
— 1 1 hens.
(a). Encore un trait qui a bien l'air d'avoir été inspiré par le Cérémonieux.
Il est à remarquer qu'il ne se trouve pas dans la première rédaction, c'est-à-dire
dans AB.
Y
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LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE IV 273
que nos fahiem per tal que haguessem
en ajuda les dites galères.
Y lo dit rey de Castella levas del dit
grau de Valencia y muntassen vers lo
cami gênerai que va de Murvedre a
Valencia , y anassen tôt dret al castell
de Murvedre; axi que, nos ab la
benedictio de Deu y de la verge ma-
dona Sancta Maria y del benavyrat
sanct Jordi entram en la ciutat de
Valencia, y tots aquells qui eren en la
dita ciutat reberennos ab gran alegria
y gran goig, de la misericordia que
Deu nos havia feta a nos y a ells; y
mostravennos dels pans del arroços, y
dels altres mestalls de que vivien, car
non havien de forment. Y ab aques-
ta honor , goig y alegria , passant per
la dita ciutat, totes les gents, de goig
plorosos, de goig que havien, corien-
nos besar les mans , els peus , hoc les
faldes de les armadures de nostra per-
sona y de nostre cavall. Y aturam
alli fins al terç dia del mes de maig
après seguent.
Apres très dias que fom entrats dins
la dita ciutat de Valencia , perço com
per alguns qui eren estats presos en
poder del rey de Castella haviem en-
tes quel dit rey de Castella havia dit ,
que sino que nos erem venguts axi
com almugaver, ell se fora combatut
ab nos, nos tremetem a dir al dit rey
per un escuder qui ténia Corbera, lo
quai havia mester guiatge nostre , lo
quai guiatge li atorgam , ab condicio
que digues aquestes paraules al dit
rey, ço es : que com nos haguessem
entes que ell havia dit , que sino que
Nos erem venguts a Valencia axi com
almugaver, ell se fora combatut ab nos,
que ell sabia be la nostra vinguda y
nol calia escusar per allo , pero que ,
per tal que hagues menor escusa , quel
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274
A. PAGÈS
certificavem que lo disapte primer
vinent , nos , sens tota falla , seriem
davant Murvedre y que lavors no
hauria escusa que fossem venguts com
almugavers. Per la quai cosa lo diven-
dres partim de la dita xiutit de Valen-
cia y anam a la alqueria den Esplugues,
hon ab totes nostres gents jagueiti
aquella nit. E lendema après seguent
partim de la dita alqueria ab totes les
nostres hosts y anam dallai a barraca
del frare del Puig que es en lo cami
gênerai , dret lo loch de nostra dofta
del Puig, y estiguem tôt aquell dia
y tornamnosen dormir al Puig. E len-
dema après seguent que fon diumenge,
tornam en dret de Puçol, espérant
si lo dit rey de Castella voldria exir a
la batalla , y tremetemli dos persones
que li diguessen com nos lo esperavem
alli, la quai cosa ell no volch fer. E
nos veents que no volia exir, tormara-
nosen a Valencia.
Voici enfin un passage qui se trouve dans les trois manus-
crits et que Carbonell a omis d'insérer dans sa chronique, quoi-
qu'il soit très important pour connaître quelle fut la conduite
de Pierre IV vis-à-vis des Génois, en 1350.
Le passage étant absolument inédit, nous avons cru devoir le
donner ici, d'après AB seulement, n'ayant pas eu le temps de
confronter C. Ce passage forme le début du cinquième chapitre :
CAPITOL QUINT
(A foi. cix). En aquest quint capitol es contengut com nos rey Père dessus
dit fem confederacio e avinença ab lo duch e comu de Venecia contra lo
cornu e duch de Genova, e de tots los affers 1 quis seguiren après la dita
confederacio. E contesi primerament com lestol nostre de que fo capita lo
noble En Ponç de Santa Pau passa ensemps ab lestol de Venecia a les parts
de Romania e de la batalla quels 2 dits dos estols hagueren ab lestol de
Genova, qui era en les mars del loch de Pera après Sostantinoble K E com en
lany après siguent lo noble En Bernât de Cabrera, capita del nostre stol *,
Variantes de B (f° 116). — 1 afers. — 2 quells. — 3 Costantinoble. —
4 estol.
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LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE IV 275
ab .XX. galees del Venecia se conbate ab lestol de Genova en les mars del
Alguer, e aqueil ab la gracia de Deu vence e desbarata, en hac 1 .XXXIII.
galees ab tota lur xurma, e encara près lo loch del Alguer quins era rebelle, e
com âpres lo dit loch del Alguer el jutge darborea se rebellaren 2 contra nos,
e, durant la dita guerra, nos per la dita rebellio haguem personalment a
passar en la illa de Cerdenya, faent nostra execucio contra lo dit jutge, e com,
recobrat lodit loch del Alguer e posada la dita illa en stament ' de pau e
concordia*, nos entornam en Cathalunya*.
Lo quai fet del dit quint capitol comença en aytal manera que, nos stants 6
en lo castell nostre ^ de Perpenya en lany quis comptave 8 .MCCCL., vengren*
a nos missatgers 10 solempnes del duch e cornu de Venecia per fer ab nos
confederacio contra lo duch e comu de Genova e tots los lurs distribuais ab
qui lo dit cornu de Venecia havia 11 guerra. El duch e comu de Genova
sintent lo fet de la dita missatgeria 12 , de que dan los podia seguir, trameteren
a nos estants'* en lo dit castell de Perpenya, hon ja 1 * eren los dits missatgers' 6
de Venecia, lurs missatgers «7 solempnes per tractar ab nos de confirmacio
de pau la quai, ja temps era passât, havien 18 ab nos, e que la dita confederacio
nos fes ab los dits Venecians offerents '9 se a nos en grans proffertes 20 e
satisfactions 21 dedans donats ab que cessas la dita confederacio de Venecians.
E nos, hoydes complidament 22 les relacions de tots los dits missatgers 2 *,
appellam nostre conseil en lo quai eren lo comte de Terranova mossen Père
de Muncada, mossen Père de Fenollet, vezcomte d'Ma, mossen Bernât de
Cabrera, mossen Galceran de Bellpuig, mossen Ramon de Riusech,
mossen Bernât de So, micer Rodrigo Diez, mossen Thomas de Marza,
En Bernât de Codinachs, nostre maestre racional, mossen Fferrer 2 * de
Manresa e en Jacme Dezfar e alguns altres de nostre conseil. E com
haguem a s hoides 26 les relacions quels dits missatgers 2 7 nos havien 28 fêtes per
raho de les dites lurs missatgeries 2 ', estigueren* 0 tots dubtants en darnos
lur conseil, car alguns ni havia J' qui tenien la part dels Gcnoveses, dient
que mes valia confermar la pau, per tal com ells J 2 eren homens fort destres
en la mar e quenpoguerem haver dampnatge, maiorment pus ells se offerien m
a satisfera dampnatges, e encara proferien** fer a nos altres coses profitoses
e honorables. E laltra part del conseil deya que era mellor * 6 fer ladita
confederacio; e aço, per tal com durant la pau, que era feta e fermada per nos
molt de temps havia ab los Genoveses, nons servaren aquella , car moites e
1 hach. — 2 rebelleraren. — 3 estament. — 4 emtornam. — 5 Catalunya.
— 6 estants. — 7 nostra. — 8 comtave. — 9 vengueren. — 10 misatgers.
— 11 avia. — 12 misageria. — 13 poria. — 14 estans. — 15 ya. — 16 misat-
gers. — 17 misatgers. — 18 avien. — 19 oferent. — 20 profertes. —
21 satisferions. — 22 conplidament. — 23 misatgers. — 24 Ferrer. —
25 aguem. — 26 hoydes. — 27 misatgers. — 28 avien. — 29 misatgeries.
— 30 e estigueren. — 31 avia. — 32 els. — 33 offeriren. — 34 ssatisfer. —
35 proferiren. — 36 millor.
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276 A. PAGÈS
diverses vegades lans 1 trencaren, faents nos molts greuges e donants
dampnatges a nos e a nostres sotsmeses 3 , no contrastant que fossen ab nos
en pau perpétuai ; e asenyaladament nos feren .j. asenyalat desplaer e
dampnatge, com trameteren en Cerdenya .XVI. galees armades e ab raolta
gent soberga, donant socors e ajuda als barons Doria quins eren rebelles*
en la illa nostra de Cerdenya, e, ab la ajuda dels dits barons, posaren setge
sobre la ciutat de Sacer, ab lesquals galees vench .j. germa del duch de
Genova quin era capita, e aquella ciutat de Sacer tengren « assetiada * ben
.VIII. nieses, tro quen Riambau 6 de Corbera, governador nostre en Cerdenya
ab gent de cavail e de peu que sen havia 7 passada de Cathalunya , e encara
ab lo poder del jutge d'Arboré 8 e den Johan d'Arborea, germa seu, qui
Çersonalment per fernosne* servey anaren ab lo dit governador a la dita
ciutat de Sacer, e feriren en les gents del dit setge, e daquells ocieren molts,
e deliuraren la ciutat del setge. E nos hoits 10 aquells dos partits que tenicn
los dits consellers nostres, attenents 11 los dampnatges grans quels 13 dits
Genoveses nos havien'J dats, estants x * ab nos en pau, e pensants '$ quen' 6
lesdevenidor aytanpoch nons servarien fe, veents '7 la gran proferta quens era
feta per lo dit cornu de Venecia, e que ab lur ajuda Deus nos endreçaria «*
que hauriem del dit Genoves 1 ' aquella satisfaccio 30 que merexien : perço fo
determenat en nostre conseil que fessem la confederacio dessus dita. E perço
donam repuisa als dits missatgers 31 de Genova, los quais missatgers 33 veents 3 *
que als no podien fer ab nos, ab paraules superbioses partirense de nos, dients
que ells 3 * comanaven los 3 * lurs affers 36 a Deu e a la lur bona spasa 3 ?, e parti-
rense de nos ab continences superbioses e quaix menaçant.
IV.
LES ÉDITIONS.
Les manuscrits de Madrid n'ont pas été utilisés par le premier
éditeur, cela ressort évidemment des différences nombreuses et
importantes que nous avons notées entre les deux leçons.
Quoique signalés par Dormer, en 1680, et par Latassa, en 1796,
D. Antonio de Bofarull, second éditeur, en 1850, de la Crônica
d'En Pere IV \ n'en a pas non plus tiré parti. Un peu plus tard,
1 lens. — 2 sotmeses. — 3 rebells. — 4 tengueren. — 5 asetiada. —
6 Rianbau. — 7 avia. — 8 d'Arborea. — 9 ne manque. — 10 hoyts. — 1 1 ate-
nents. — 12 quells. — 13 avien. — 14 estans. — 15 pensans. — 16 que
en. — 17 vehents. — 18 endreçaria. — 19 Genoveses. — 20 satiffacio. —
21 misatgers. — 22 misatgers. — 23 vehents. — 24 els. — 25 los répété. —
26 afers. — 27 espasa.
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LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE IV 277
en 1858, ET. Tomas Munoz y Romero les signalait encore et
les décrivait de visu 1 ; enfin, en 1872, M. A. Morel-Fatio 2 en
faisait remarquer l'importance et décrivait en outre l'édition de
Carbonell annotée par Zurita et conservée li la Bibliothèque
nationale de Paris. Néanmoins, en 1885, le troisième et dernier
éditeur de la chronique, D. José Coroleu, négligeait encore de
les consulter.
Quant au manuscrit de Valence, il peut offrir aussi un grand
secours, quoique son texte se rapproche beaucoup plus de celui
de Carbonell. Bien entendu, le ms. C n'a été consulté ni par
Bofarull, ni par Coroleu, quoiqu'il ait été signalé à deux
reprises par Perez Bayer, en 1788, et par Latassa.
1. Édition Carbonell (1547). — Chroniques de Espanya fins
aci no divulgades : que tracta dels nobles e invictissims Reys dels
Gots : y gestes de aquells : y dels Comtes de Barcelona : e Reys de
Arago : ab moites coses dignes de perpétua memoria. Compilada per
lo honorable y discret Mossen Pere Miquel Carbonell : Escriva y
Archiver del rey nostre senyor, e notari publich de Barcelona. Nova-
nient imprimida en lany M.D.XLVIL On lit à la fin : Es acabada
la présent hobra de las Chroniques de Cathalunya Y estampât en
la insigne ciutat de Barcelona per Caries Amoros.... a .XV. de
noembre. Any. M.D.XXXXVI. Le volume est un in-fol. imprimé
à deux colonnes, en caractères gothiques, et compte 297 feuillets,
plus les feuillets de la table au début et le feuillet de la fin. Sur
le feuillet de la fin se trouve Yexplicit cité plus haut et au dessous
un bois dont on peut voir la reproduction dans le Catàlago de
la biblioteca de Salvâ 3.
L'histoire de Carbonell va des premiers habitants de l'Espagne
jusqu'à Ferdinand d'Antequera. Elle est divisée en six livres :
Carbonell en avait déjà composé la première partie lorsqu'il
trouva un manuscrit de la chronique de Pierre IV; il l'inséra
alors en entier, en changeant les chapitres en livres, comme il
nous le dit lui-même : E segons yo trobe fins açi^ no es aigu se sia
curai, en lo trattscriure,dedivisir los dits sis capitols en libres e après
en dits libres capitols.
1. Diccionario de los antiguos reinos... de Espatui , Madrid, 1858, art.
Aragon, p. 33.
2. Rotmtua y I, 251.
3. Tome II, p. 450.
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278 A. PAGÈS
Nicolas Antonio mentionne une édition de Barcelone, 1536.
On a souvent nié l'existence de cette édition. Sans aller à
Tencontre d'un bibliographe aussi compétent que Salvd, il me
semble qu'elle aurait bien pu exister. Nous savons, en effet,* par
Carbonell lui-même, que son livre était achevé en 15 13 En
tout cas, il n'y a pas eu d'édition en 1546. La date de
novembre 1546, qui se trouve à la fin du livre, est M achevé
cTwipritner; et la date du frontispice est celle de la mise en
vente du livre. C'est un procédé familier encore aux imprimeurs
d'aujourd'hui, que celui qui consiste à dater un livre imprimé à
la fin de l'année par le millésime de l'année suivante.
L'édition de 1547 est assez rare. Notre Bibliothèque natio-
nale en possède un exemplaire 2 très précieux, à cause des notes
marginales dont il est couvert. Cet exemplaire 3 a appartenu à
Zurita, comme nous l'apprend une note du frontispice, ainsi
conçue : De Aida Dei, y al uso del sehor Jeronytno Çurita. 5.16.
Nous savons, en effet, que le savant chroniqueur aragonais
avait donné une partie de sa bibliothèque au monastère de
Aula Dei de Saragosse. Non content de couvrir les feuillets de
garde et certaines marges de petites dissertations historiques,
Zurita a collationné sur cet exemplaire le ms. A, qui, comme
nous l'avons vu, lui a appartenu. Beaucoup de notes se rap-
portent aussi au Registre de Pierre IV (ms. G. 3 7), de la Biblio-
thèque de l'Académie de l'Histoire (collection Salazar). Une note
enfin se rapporte au ms. B. — Que de manuscrits, que de docu-
ments a consultés et annotés l'historien de l'Aragon! Il a su,
au xvi c siècle, appliquer la critique des textes, qui devait être
un des plus beaux titres de gloire des savants de notre siècle.
Enfin n'est-il pas étonnant de voir un Espagnol de cette époque
suivre une méthode que ses compatriotes d'aujourd'hui semblent
s'obstiner à mépriser ?
2. Édition Bofarull (1850). — Crônica del rey de Aragon
D. Pedro IV el Ceremonioso, à del Punyalet, escrita en lemosin por cl
mismo monarca, traducida al castellano y anotada por Antonio de
Bofarull. Barcelona, Alberto Frexas, 1850, xvi-432 pp., in-8°.
1. Voir Carbonell, f° 257 v°.
2. Oa 16 in -fol. Réserve.
3. Voir, pour la description, Romania, I, 251.
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LA CHRONIQUE CATALANE DE PIERRE IV 279
Au texte et à la traduction de la chronique, Bofarull a joint
une conclusion sur lés dernières années et la mort de Pierre IV,
puis un appendice contenant sept documents tirés cfes archives
de la couronne d'Aragon : i° bulle du pape Clément IV, rela-
tive au cens que Pierre IV devait lui payer; 2° lettre de Pierre IV
à Jacques de Majorque pour le sommer de se présenter à lui (cf.
éd. Boiarull, p. 98), avec la réponse de Jacques de Majorque ;
3 0 transaction entre le dernier roi de Majorque et Pierre IV
d'Aragon; 4 0 extrait du testament de Jacques I er ; 5 0 hommage
prêté par Jacques II de Majorque à Pierre III ; 6° transaction entre
Jacques II d'Aragon et les deux rois de Majorque, Jacques II et
Sanche; 7 0 bulle de Clément VI, adressée à Pierre IV pour lai
demander de laisser revenir la femme de Jacques de Majorque
auprès de son mari.
On doit savoir gré à D. A. de Bofarull, non seulement de la
traduction de la chronique, mais aussi de son édition. Il s'est
efforcé de restaurer le texte primitif en supprimant çà et là
quelques passages interpolés par Carbonell et surtout en corri-
geant bon nombre de fautes d'impression que contient l'édition
princeps. Il a suppléé çà et là des mots qui manquent dans le
texte de 1547 et, il faut l'avouer, les manuscrits lui donnent
souvent raison. Enfin il a essayé de donner un commentaire
historique de la chronique, fort utile quoique trop restreint.
Il est vrai que le nombre de documents qui nous restent
de Pierre IV est considérable; et il faudrait la vie d'un
homme pour dépouiller les registres et les liasses des archives
de Barcelone. A ce propos, je me permettrai de demander aux
nombreux cataianistes de Barcelone pourquoi ils ne publient
pas intégralement l'épistolaire du roi Pierre IV, qui serait le
commentaire vivant de sa chronique. — Enfin, si Bofarull a
fait subir beaucoup d'heureuses modifications au texte de
Carbonell, il reste autant et pkis à faire. Encore une fois, il est
regrettable que le savant éditeur n'ait pas pris la peine de recher-
cher les manuscrits de la chronique et de les consulter.
3. Édition Coroleu (1885). — Crônica del rey cTArago En
Pere IV lo ceremoniôs ô del punyalet, escrita per lo mateix monarca
ab un prôlech de Joseph Coroleu, corresponent de la Academia de la
Hisloria* Barcelona, « Renaixensa », 1885, xi-335 pp., in-8°.
Dans le même volume se trouve la Relacio sumaria de la antiga
fundaciô y cristianisme de la ciutat de Barcelona,.. per Estève
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280
A. PAGES
Gilabcrt Bruniquer... ab un prôlech de Francisco Masponsy Labrôs,
vm-78 pp v
Bofarull s'était éloigné de l'édition princeps, D. José Coroleu
s'en est au contraire rapproché : c'est le premier qui avait
raison. Cette troisième édition est dépourvue d'intérêt. Le
Prôlech lui-même n'a aucune valeur, ni historique ni littéraire.
D. José Coroleu aurait pu, ce me semble, sans grande difficulté,
examiner les deux manuscrits que contient la Bibliothèque de
l'Académie de l'Histoire dont il est membre. Il a édité aussi la
chronique de Bernât Desclot, mais en reproduisant trop exacte-
ment le texte donné par Buchon. Heureusement D. José
Coroleu est l'auteur d'autres travaux plus consciencieux.
Maintenant que l'on sait quel a été le véritable auteur de la
chronique de Pierre IV et dans quelles conditions elle a été
composée, le moment est venu d'avoir recours aux manuscrits
depuis si longtemps négligés et de donner de ce texte, si mal
édité par Carbonell et ses successeurs, une édition critique.
La chronique en vaut la peine. Elle est, en effet, le premier
modèle en Espagne d'une histoire dans laquelle n'ont pas été
introduites de romanesques digressions. Ces mémoires, tantôt
annuaires, tantôt quotidiens du « Louis XI aragonais », peignent
fidèlement une des époques les plus agitées et les plus curieuses
de l'histoire d'Aragon. Le style en est, de plus, clair et concis.
Historiens et lettrés gagneront, par conséquent, à l'épuration
de cette œuvre capitale de la littérature catalane au xiv c siècle.
Amédée Pages 1 .
1. Il est de mon devoir de remercier publiquement le sympathique et
savant bibliothécaire de l'Académie de l'Histoire, D. Antonio Rodrigue*
Villa, qui a bien voulu faciliter mes recherches à l'Académie de l'Histoire et
me permettre de travailler en dehors même des heures réglementaires. — Je
dois aussi beaucoup de reconnaissance au distingué bibliographe, D. C. Perez
Pastor, pour les utiles renseignements qu'il m'a donnés.
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MÉLANGES
i.
LA FABLE DE L'ORIGINE TROYENNE DES BRETONS.
M. Georges Heeger, dans son excellente thèse Ueber die
Trojanersage der Britten y me semble avoir démontré que le
passage de YHistoria de Nennius qui fait remonter aux
Troyens l'origine des Bretons est une interpolation et ne
faisait point partie de l'œuvre primitive 1 . Depuis a paru un
document qui jette un nouveau jour sur cette question et corro-
bore, à mon avis, les conclusions de M. Heeger.
M. Egerton Phillimore a publié, dans le tome IX du Cymm-
rodor, fascic. i, 1888, une édition diplomatique des Annales
Cambriae du ms. Harléien 3859 et une série de généalogies de
princes gallois qui leur font suite dans le même manuscrit. C'est
la première fois que ces généalogies sont complètement et exac-
tement reproduites. On n'en connaît pas d'autre texte que le
manuscrit Harléien. M. Phillimore attribue avec raison à ces
généalogies une grande importance; elles sont pour l'historien
et le linguiste également intéressantes.
Il est reconnu aujourd'hui que le manuscrit Harléien 3859
est du commencement du XII e siècle. Il ne s'ensuit pas néces-
sairement que les documents qu'il renferme aient été rédigés à
la môme époque. M. Phillimore est arrivé à fixer à peu près
l'année où les généalogies ont été dressées. Elles ne descendent
pas plus bas qu'Owen ab Hywel Dda, qui mourut en 988, et
c'est par la généalogie de ce prince qu'elles commencent. Elles
doivent donc avoir été écrites sous le règne d'Owen.
La langue des nombreux noms propres de ces généalogies est
1 . Voyez Romania, XV, 449.
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282
MÉLANGES
exclusivement le vieux-gallois, ce qui suffirait à prouver que les
généalogies n'ont pu être dressées plus tard que la première
moitié au xi e siècle. Les caractères du vieux-gallois écrit sont
extrêmement tranchés; un texte en moyen-gallois se distingue
à première vue d'un texte en vieux-gallois. On pourrait objecter
qu'on trouve dans le Liber Landavensis, dont la rédaction s'arrête
à Tannée 1 133, de nombreux spécimens de vieux-gallois, mais,
comme le fait remarquer M. Phillimore, les formes du moyen-
gallois y font intrusion à chaque instant; de plus, si le vieux-
gallois y apparaît si souvent, ce n'est que dans des délimitations
de territoire et des attestations de dons de terres bien antérieures
au xn e siècle, documents dont le scribe du cartulaire a pris plus
ou moins fidèlement copie.
M. Phillimore, l'homme qui connaît le mieux la paléo-
graphie galloise et a étudié le plus de manuscrits, en cette
langue, ayant quelque valeur ou d'une certaine antiquité,
a reconnu, aux fautes du scribe, qu'il transcrivait un manus-
crit en vieux caractères dits biberno-saxons, caractères en usage,
en Galles, jusqu'à la fin du xi e siècle. Les fautes prouvent égale-
ment que le copiste n'était pas Gallois. On peut en toute sécu-
rité déclarer que ces généalogies sont de la fin du x c siècle.
Elles ont un caractère général de sincérité. Pour la généa-
logie d'Oven ab Howel, nous pouvons facilement suivre
les ancêtres de ce prince, donner la date de la mort de la plupart
d'entre eux, à l'aide des Annales Cambriae et d'autres sources
historiques sérieuses, au moins jusqu'au commencement du
v c siècle après J.-C. Au delà du v* siècle, l'imagination du
généalogiste se donne carrière. C'est justement pour cette
période qu'au point de vue des traditions courantes au x e ,
mettons, si l'on veut, au commencement du xi e siècle, les
généalogies deviennent particulièrement curieuses. Sur trente-
deux généalogies, dont plusieurs très courtes, aucune ne signale
des Trayens parmi les ancêtres des Bretons. Trois remontent aux
Romains. L'une s'arrête à Constantin et Hélène; la seconde à
Maxim guletic qui occidit Gratianum regem Romanorutn; la troi-
sième montre que l'auteur avait une idée bien confuse de la suc-
cession des empereurs romains; la voici, à partir de Constantin,
fils de Constantin le Grand :
Constantin map Galcrii map Diocletiani (qui persecutus est Christianos
loto mundo; in tempore illius passi sunt beati martyres Albanus, Julianus,
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l'ultima poesia di gualtiero di chatillon 283
Aron, cum aliis compluribus) map Caroci map Probi map Titti map
Auriliani map Antun et Cleopatre map Valeriani map Galli map Decius
Mus map Philippus map Gordianus map Alaximus map Alaxander map
Aurilianus map Antonius map Seuerus map Moebus map Commodius map
Amonius map Adiuuandus map Traianus map Nero (sub quo passi sunt bcati
apostoii domini nostri Jesu Christi Pétri et Pauli) map Domitianus map
Titus map Vespasianus map Claudius map Tiberius (sub quo passus est
dominus noster Jésus Christus) [map] Octauianus Augusti Cessaris. In tem-
pore illius natus est dominus noster Jésus Christus.
Il est parfaitement clair qu'un homme capable de traiter
l'histoire avec ce sans-gêne n'eût pas manqué de fairé figurer
dans la généalogie de ses princes Brutus et les Troyens, si l'un
quelconque des princes gallois avait eu cette prétention et si la
tradition de l'origine troyenne avait à ce moment existé.
M. Egerton Phillimore a corrigé Traianus en Troianus, sans
doute sous l'influence du texte de Nennius. C'est une correction
des plus malheureuses et des moins justifiées. Il eût été vrai-
ment bien étonnant que Trajan ne figurât pas dans une liste
des empereurs romains.
La fable de l'origine troyenne des Bretons a fini, grâce à
Gaufrei, par devenir courante chez les lettrés gallois, mais assez
tardivement. Le nom de Troie et des Troyens n'apparaît pas
une seule fois dans le Livre Noir de Caermarthen, dont on
peut reporter en bloc la rédaction à la fin du xn e siècle. On
peut faire la même remarque pour le Livre d'Aneurin, dont le
manuscrit le plus ancien est de la fin du xin c ou du commence-
ment du xiv c siècle. Je ne crois pas qu'il soit non plus question
de Troie ni des Troyens dans le Livre de Taliesin (commence-
m ent du xiv c siècle).
J. Loth.
n.
L'ULTIMA POESIA DI GUALTERIO DI CHATILLON.
Studiando colla consueta sua dottrina le opère autentiche e
supposte di Giovanni di Garlandia, B. Hauréau rinveniva, or fa
qualche tempo, e si dava premura di comunicare agli studiosi, una
uotizia non priva di interesse per la storia letteraria del secolo
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284 - MÉLANGES
duodecimo. La notizia, che concerne Gualtiero di Chàtillon,
é cosi data in due manoscritti degli Aequivoca : « Magister
Gualterus, qui composuit Alexandreida, cum percuteretur a lepra,
dixit : Versa est in luctum cythara mea, idest gaudium Gualteri. »
Ecco, aggiunge THauréau, una nuova testimonianza sopra la
triste fine di un letterato vero, che fu forse il miglior poeta del
sec. xii 1 .
E sta bene; ma dalle parole del grammatico si puô ricavarc
qualche cosa di più. Anzi tutto, questo : che ai suoi giorni
correva nelle scuole un componimento del célèbre canonico
d'Amiens, nel quale costui deplorava la propria sciagura, il
morbo crudele che lo costringeva ad abbandonare, prima che
Pultima sua ora fosse suonata, il consorzio de' vivi; a deporre
la cappa prelatizia per vestire il rozzo giubbone del lebbroso.
Ma le informazioni che Giovanni ci offre vanno anche più in
là. Non contento di averci fatto conoscere l'esistenza délia
poesia di Gualtiero, ei ne rammenta anche il principio; essa
cominciava con le parole : Versa est in luctum cythara mea,
parole tolte a prestito, corne ognun vede, dalle lamentazioni di
un lebbroso anche più célèbre. È Giobbe infatti, il quale esclama
nel xxx capitolo del suo libro ; Versa est in luctum cythara mea et
organum meum in vocem flcntium 2 .
Messi cosi sulla buona strada dalle preziose indicazioni del
vecchio grammatico, perché non tenteremmo noi di rintracciare
la mesta poesia di Gualtiero? Potrebbe darsi, è vero, che essa
fosse andataperduta; ma tal supposizione riesce poco probabile;
il nome del suo autore era troppo insigne perché essa dovesse
vedersi condannata a pronto oblio. Del resto la citazione del
grammatico, vissuto ben mezzo secolo dopo, offre la prova del
contrario. Chi sa che essa non si nasconda adunque ancor oggi
dimenticata in qualche raccolta di carmi medievali?
Proviamoci ad aprire la silloge più preziosa che a noi sia
pervenuta di poésie ritmiche e metriche del secolo di Gualtiero,
1 . Notice sur les Œuvres autfxntiques ou supposées de Jean de Garlande in Notices
cl Extr. des tnss., etc., t. XXVII, P. 11, p. 62.
2 Non è inutile ricordarc corne un altro poeta, contemporaneo , se non
compatriota, di Gualtiero, Arrigo da Settimello. abbia ei pure dato principio
aile sue famose elegie de diversitate fortutuic , con un versetto , leggermente
alterato, de' treni di Geremia : Quomodo sedet sola probitas
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l'ultima poesia di gualtiero di*chatillon 285
i Carmina burana. E qui appunto a f. 51 t., ecco un ritmo, il
quale cosi comincia :
Versa est in luctum
cythara Waltheri,
non quia se ductum
extra gregem cleri
vel ejectum doleat,
aut abjecti lugeat
vilitatem morbi,
sed quia considérât
quod finis accélérât
inprovisus orbi.
Refl. Libet iutueri
judices ecdesiç,
quorum status hodie
peior est quam heri '.
Mantenendosi fedele a codeste sue dichiarazioni, il poeta
continua bensi a deplorare le lacrimevoli condizioni in cui
versa la società contemporanea, ma non aggiunge più sillaba sul
proprio conto. Silenzio spiacevole per noi, non c'è dubbio; ma
non dannoso, giacchè quanto egli ha detto ne' primi versi è
più che sufficiente per farci accorti con chi abbiamo a che fare.
Egli ha dichiarato dichiamarsi Gualtiero; haconfessato che una
turpe malattia lo allontana dalla gerarchia sacerdotale, alla quale
apparteneva; ed al suo componimento dà principio con parole
tolte al libro di Giobbe ! Corne rifiutarsi a riconoscere in lui
•'autore dell' Alessandreide, e nel suo ritmo la poesia rammen-
tata da Giovanni di Garlandia ?
A codesti argomenti, che a me sembrano irrefutabili , è facile
aggiungerne altri , meno rilevanti, ma non per questo sforniti
d'un certo valore. Cominciamo col dire che il brève componi-
mento offerto dal codice di Benedictbeuern non è davvero inde-
gno, per elevatezza di pensiero e per eleganza di stile, del letterato
lustre a cui lo vorremmo restituito. Le rancide querele contro
la universale pravità vi sono infatti esposte in forma d'allegoria
abbastanza nuova e grandiosa. « Quando l'ombra si addensa
^lle vallate, dice il poeta, noi possiamo arguirne che la notte
i. Carm. bur., ed. Schmeller, Breslau, 1883, p. 49.
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286
MÉLANGES
incombe. Ma allorchè i monti, i colli, tutto insomma il creato,
scompaiono fra le ténèbre, noi non cadrem certo, nè faremo
cader altri in errore, affermando che la notte è venuta. Le valli,
continua Gualtiero, strappando i veli allegorici e manifestando
aperto il pensier suo, simboleggiano i laici d'ogni condizione,
i quali vilipendono i divini precetti; le montagne raffigurano le
sacre scritture, scripturarum fontes, neglette dai sacerdoti di Cristo,
rappresentati ne' colli. Poichè adunque l'ombra del peccato ha
invaso tutto e tutti, corne negare che la notte non sia profonda
e la fine del mondo s'approssimi ? La morte mi tolga a si
orrendo spettacolo, conchiude Gualtiero; che io non vegga il
preannunziato avvento dell* Anticristo !
Moriar, ne videam
Antichristi frameam,
cuius prçcessores
iam non sani dogmatis
stant in monte chrismatis
censuum censores 1 .
Chiunque rammenta le austère rampogne che Pautore delP
Alessandreide ha in essa introdotte contro i miseri seguaci di
Simon mago 2 , non si meravigiierà delT amara sfiducia ch' egli
mostra qui intorno alla sorte riservata alla società di cui cessava
di far parte, e délie accuse che scaglia contro coloro ai quali
sarebbe toccato richiamarla sul retto sentiero.
Tutto ciô va benissimo, potrebbe perô osservarqualcuno; ma
contro l'identificazione proposta è facile sollevare due obbie-
zioni. Il ritmo de' Carmina burana comincia colle parole : Versa
est in luctum cythara Waltheri ; mentre il componimento di
Gualtiero, se diam fede a Giovanni di Garlandia, diceva : Versa
est in luctum cythara tnea. Vi ha adunque fra i due capoversi una
varietà di cui deesi tener conto. In secondo luogo poi è cosa
credibile che il professore di Châtillon, Pautore di quel pœma
che venne detto a ragione il « capolavoro metrico del dodi-
cesimo secolo », abbia voluto consegnare il suo estremo saluto
alla vita ad una poesia destinata evidentemente ad esser musicata
e cantata ?
1. Str. 6.
2. L. VII, v. 306 e sgg.
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l'ultima poesia di gualtiero di chatillon 287
Ambedue queste obbiezioni son tali da potersi agevolmente
toglier di mezzo. Notisi, per cominciar dalla prima, che la frase,
riferita dall' autor degli Aequivoca corne quella con cui si iniziava
il lamento di Gualtiero, si appalesa ugualmente ribelle aile leggi
del métro ed a quelle del ritmo. Che si dovri quindi dedurne?
Che Gualtiero avesse scritto in prosa il suo commiato ? L'ipo-
tesi noa è di quelle che meritino di venir prese in considera-
zione. Ed allora? Non saremo noi ii: diritto di affermare che il
testo di Gualtiero si présenta alterato nella citazione del gram-
matico? Un errore di memoria, o anche semplicemente di
scrittura, che abbia portato il versetto biblico sotto la penna di
Giovanni, non nella forma che gli aveva data Gualtiero, ma in
quella che era Toriginaria, basta a darci la spiegazione délia
varietà di lezione fra i due principî e toglie ogni fondamento ai
sospetti.
La risposta alla seconda obbiezione è anche più facile, quando
si ricordi che Gualtiero (ce lo attesta un suo antico biografo)
non aveva sdegnato in gioventù di coltivar la poesia musicale 1 .
La composizione del nostro ritmo si deve quindi considerare
come un ritorno del poeta aile consuetudini di tempi migliori ;
ritorno suggeritogli probabilmente dal desiderio che il suo
1. Anche I'Hauréau, Notic. sur un ms. delà Reine Christine , etc., in Notic.
et Extr. des mss., t. XXIX, p. 11, p. 296, riportando le parole,* già citate dal
Thurot , di codesto biografo : cantilenas musicas composuit, annota : « Il est
possible qu'il ait fait aussi des rythmes de sa façon, quoique ce biographe ne
le dise pas. »
Fra codesti ritmi potrebbe rinvenir luogo anche quello che, sotto il titolo
à'Oratio GualUri de Insulis morientis, ha pubblicato da un noto cod. parigino
Mûldener , nel libro Die \àm Gedichte des Walther von Lille , genannt
vonChdtfllon (Hannover, 1859, P- 59)^ ^sso comincia, come si sa, in questa
guisa :
Dum Galterus çgrotaret
et egrotus cogitaret
quod ad vite terminum
vocarctur a Potente ,
metu mortis imminente ,
invocavit Dominum.
L'Hauréau, il quale nello scritto testé citato (p. 293-300) si è sforzato di
provare contro Topinione del Du Méril , del Mûldener e del Bellanger che
de dieci ritmi attribuiti nel ms. parigino a Gualtiero , parecchi non possono
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MÉLANGES
supremo ammonimento, aftidato aile ali del canto, conseguisse
diffusione maggiore.
Parmi adunque lecito concludere che il componimento giun-
toci adespoto fra i Carmina burana è per Tappunto quello che
ave va dettato Gualtiero.
F. Novati.
III.
PAR CI LE ME TAILLE.
La Romania a donné jadis un certain nombre d'exemples de
cette locution (VI, 498). Je les reproduis ici, en y en ajoutant
trois autres que j'ai notés depuis :
Mès, vaille que vaille,
Ausi con par ci le me taille
M'en irai outre par la letre,
Sans riens oster et sans riens mètre.
(Hist. de Philippe II, prol., v. 96.)
Puis conta cPEctor la batalle,
Ausi com par ci le me talle.
(Mennessier, Percevais v. 45144.)
Aussi com par ci le me taille
Penses fuir d'enfer la flame.
(Rustebeuf, éd. Kressner, p. 41, v. '17.)
Aussi prenons le tenz com par ci le me taille.
(lb., p. 46, v. 31.)
Par foi, tu dis a devinaille
Aussi com par chi le me taille.
(Adam de la Haie, éd. Coussemaker, p. 299.)
esser creduti suoi, ed ha sparso quindi de' dubbi intorno ail 1 autenticità de'
rimanenti (cfr. perô Romania, IX, 436), non esprimc verun avviso intorno
a questa cantilena, che il Du Méril (Poés. pop. lat. y 1847, p. 148) trovava
piuttosto élégante, ma che a me sembra invece discretamente triviale.
Quantunque io non abbia alcuna ragione di rifiutarmi a credere che il
Gualtiero infermo , di cui in essa si parla , sia precisamente il nostro , pure
non per ciô la stimerei opéra sua; ma piuttosto fattura d'un pio chierico,
forse coetaneo del poeta , al quale venne in talento di usurparne il nome per
accrescere autorità ai consigli che si accingeva ad impartire ai suoi lettori.
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PAR CI LE ME TAILLE 289
On trouve parfois, mais sans doute seulement par la faute
des copistes, mi au lieu de ci :
Et Mares vient a la mellee
Por achever bien sa bataille *
Aussi com par mi le me taille 1 .
(Meraugis de Portlesgue\, p. 1 54.)
Bons avocats
Ne quiert apiaus ne fausses lois,
Ains suit decretales et drois
Aussf com par mi le me taille.
(Jubinal, Contes, t. I, p. 289.)
Dans tous ces passages, par ci le me taille est précédé des mots
aussi 2 com. Le sens de la locution est assez clair: c'est « tout
droit », mais l'origine en est obscure.
Elle s'explique par le passage suivant d'un sermon de Nicolas
de Biard ou de Béarn3, que veut bien me communiquer mon
savant confrère M. Hauréau : « Magistri cementariorum, virgam
et cyrothecas in manibus habentes, aliis dicunt : Par ci le me
taille, et nihil laborant, et tamen majorem mercedem accipiunt;
quod faciunt multi moderni prelati. »
On voit que c'est un dicton emprunté à la langue des maçons
et tailleurs de pierre : faire quelque chose comme [celui à qui
on dit] par ci le me taille, c'est faire comme l'ouvrier qui taille
bien droit sa pierre suivant la ligne que le maître lui a tracée
G. P.
IV.
FRAGMENT DE BLANCHANDIN ET L'ORGUEILLEUSE D'AMOUR.
Ce fragment m'a été envoyé en original et en copie par M. de
Flanaare, à qui je devais déjà la communication du fragment de
1. Le ms. de Berlin porte : Ausi com par ci le me taille (Tobler, MittUilun-
çen aus altfran^ôsischen Handscbriften, I, 287).
2. Dans deux des passages cités autrefois ici, on avait imprimé par erreur
ainsi pour aussi.
3. Voyez sur ce dominicain et ses sermons, « farcis de proverbes français,
et prôchés en partie en 1261 », Lecoy de la Marche, La Chaire française au
xme siècle, 2c éd., p. 134, 523.
Romauia, XV III \y
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29O MÉLANGES
Troie publié ci-dessus (p. 102-106). C'est un feuillet de parche-
min, fort rogné du haut, du bas et sur les côtés, qui servait de
couverture à un ancien registre des baptêmes, mariages et sépul-
tures de la paroisse de Fleury-La-Tour, réunie en 1865 à la
commune de Tintury (arr. de Château-Chinon, canton de
Chatillon en Bazois 1 ). Dans son état actuel, ce morceau con-
tient, sur chaque face, quatre colonnes, de chacune desquelles
il reste trente-trois vers; la première colonne du verso est rognée,
de sorte qu'il y manque quatre ou cinq lettres ou même plus au
commencement de chaque vers. Nous n'avons pas les moyens
de déterminer les dimensions primitives du feuillet, mais les #
mss. à quatre colonnes sont naturellement de grand format, et
celui auquel appartenait notre fragment devait bien avoir
soixante vers à la page. L'écriture est celle de la fin du
xm e siècle.
Le lecteur s'imagine peut-être qu'il serait facile d'estimer le
nombre de vers qui manquent à chaque colonne par la compa-
raison avec l'édition du poème de Blanchandin que M. Michelant
a publiée en 1867. Ce serait une illusion. Notre fragment — et
c'est pour ce motif que j'ai cru utile de le publier — n'a avec
l'édition que des rapports très intermittents. On sait qu'il existe
du poème de Blanchandin trois mss., deux à la Bibliothèque
nationale, fr. 375 et 191 52, et un à Turin. Le ms. 191 52 est
probablement le meilleur, mais il ne pousse pas le récit aussi
loin que les deux autres, ce qui est peut-être un mérite. Ceux-ci
offrent une sorte de continuation formée d'événements qui ne
sortent pas des lieux communs habituellement exploités par les
auteurs de romans d'aventure. Cette continuation est-elle de la
même main que le reste? Blanchandin est-il, dans sa forme la
plus longue, l'œuvre d'un seul auteur ou de deux? L'éditeur,
s'il a une opinion sur cette question, ne nous en a pas fait part.
Ce qui est sûr, c'est que nous ne pouvons comparer le frag-
ment trouvé par M. de Flamare qu'avec deux mss., le n° 375
du fonds français, reproduit dans l'édition, et le ms. de Turin.
1. Ce sont aussi des registres de la même paroisse qui ont fourni a M. de
Flamare quelques fragments de Garin de Monglant. Ces fragments, dont
M. de Flamare a eu l'obligeance de m'envoyer une copie, offrent un texte
identique à celui des mss. connus (Bibl. nat. et Vatican) du même poème.
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FRAGMENT DE BLANCHANDIN ET VORGUEILLEVSE D'AMOUR 2$l
Je ne connais la leçon de ce dernier ms. que par les variantes
données d'une façon certainement incomplète par M. Michelant.
Toutefois on peut entrevoir qu'elle ne diffère pas très considé-
rablement de celle du ms. de Paris; elle est probablement meil-
leure, plus complète surtout. Les nombreux poèmes transcrits
dans le ms. 375 sont plus ou moins abrégés. Cela est vrai notam-
ment de Blanchandin. Il est évident que la leçon du ms. 375,
donnée par M. Michelant, est écourtée en certains endroits. On le
reconnaîtrait à la simple lecture quand même les variantes du ms.
de Turin, rapportées par l'éditeur, n'en donneraient pas la preuve.
Mais le texte de Blanchandin, une fois rétabli dans son intégrité,
à l'aide du ms. de Turin, resterait cependant fort différent de
notre fragment. Il y a dans ce dernier deux colonnes, la première
du recto et la troisième du verso, qui ne contiennent pas un
des vers du texte imprimé. Ailleurs, bien qu'il y ait quelques vers
semblables de part et d'autre, les différences portent sur le fond
même du récit ; voyez notamment la première colonne du verso
et la note. Notre fragment appartient à une rédaction beaucoup
plus développée que celle des mss. de Paris et de Turin. Cette
rédaction plus développée est-elle un remaniement de la rédac-
tion originale, ou le texte le plus court est-il un abrégé du plus
long ? Il me paraît difficile de répondre à cette question tant que
la rédaction la plus courte n'aura pas été restituée à l'aide du
ms. de Turin. Cependant, sans vouloir préjuger les résultats que
pourront donner des recherches plus approfondies, je dois dire
que j'incline à considérer les développements qu'offre notre
fragment comme l'œuvre d'un remanieur. Ce qui est certain
c'est qu'il a existé deux rédactions de Blanchandin, D'où on peut
conclure que ce poème a joui d'une certaine popularité bien
qu'il soit rarement cité au moyen âge. Aucun troubadour, à
ma connaissance, n'en fait mention et dans la littérature fran-
çaise je ne connais qu'un seul témoignage. ...Blanchandin, | a
eut grant règne fu aelin, \ Ama Orguilleuse d'amour, lit-on dans
la Requeste d'Amour (Jubinal, Jongleurs et trouvères, p. 145) x .
La version en prose, dont M. Michelant indique deux mss.
et qui a été traduite en anglais par Caxton, est trop libre pour
1. Charles V possédait un livre ainsi décrit dans les inventaires de la
Bibliothèque du Louvre : « Le livre de Blanchandin et de Beau mauvais, très
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2$2 * MÉLANGES
pouvoir servir utilement, sauf en quelques cas isolés, à l'éta-
blissement du texte.
Les abréviations ne présentent dans ce fragment aucune par-
ticularité notable, sinon trestou^ y r° col. II, v. 14, et tou^ y r°
col. IV, v. 12, écrits trestù^ tô^.
P. Meyer.
Recto, col l l .
« Et si me saluez ma mère
h Et si li dites, biau douz père,
« Que je sui sains et toz haitiez. »
Lors se sont en plorent (sic) baisiez.
Orgueilleuse d'amors ha dit : s
« Sire, prenez sanz nul respit
« Palefrois, robes et deniers
« Et tout ce que vous est mestiers.
« Menez o vous ml't belle gent :
« Je vueil qu'alliez cortoisement ; 10
« Et si me saluez ma dame.
— Ml't volentiers, fille, par m'arme. »
Atant s'en est li rois partis,
Si s'en reva em son païs ;
Et quant il vint en sa contrée 1 5
La roïne qu'ot esposée
Fist grant feste de son seignor,
Et li baron et li contor.
La roïne li demanda
Conment de prison eschapa. 20
« Dame, « dist il, » si m'aïst Dex,
« B. 2 li vostres chier fiex
« M'en ha geté par son barnaige.
« En tout le monde n'a si saige
« Ne si preu, ne si très hardi. » 25
Et quant la roïgne entendi
Les noveles de son chier fil :
« Sire, pour Deu, et ou est il?
Dame », dit li rois, « je ne sai, 30
« Par mer s'en va sanz nul délai
« Après son compaignon Sadoine,
« C'uns rois ha pris de Carsidoine ;
« Bien sai que mès ne revendra
Recto, col IL
Il dist jamès ne finera [4641]
Desci adont que il avra
vieil, rimé. [Premiers mots du second feuillet :] Dessus un mul » (Delisle,
Cabinet des manuscrits, III, 164, n° 1093.) Je pense que c'est un poème diffè-
rent du nôtre.
[Une allusion curieuse à BlancJxindin se trouve dans une traduction glosée
de \\4rt d'aitner (voy. Hist. îittér., XXIX, 479); une autre, avec un jeu de
mots sur le nom du héros, dans le Moulin de Laurent Wagon, v. 81 (Scheler,
7 W. Mgts, II, 165). — G. P.]
1. Les trente-trois vers de cette colonne ne se retrouvent pas et n'ont
même pas leur équivalent dans le poème édité. Blanchandin s'adresse à son
pcu\ le roi de Frise, qu'il a délivré de prison (voy. le poème, pp. 119-22), et
Uu tait ses adieux. Arrivé dans son pays, le roi de Frise raconte à la reine
vvMnment il a recouvré sa liberté. Dans le poème imprimé on ne sait ce que
devient le père de Blanchandin.
j. CYst-a-dire Blanclfandins.
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FRAGMENT DE BLANCHANDIN ET U ORGUEILLEUSE D'AMOUR 293
La belle Orgueilleuse d'amors ; Qui li voloit tolir s'onor.
Rois voudra estre des honors ; Mes ainsoiz ara tant de paine
De li fera, si puet, s'amie 5 Qu'au conter avéra grant poinne. 5
E si tandra la seignorie. [4646] Subïen, si com vous oez,
* « Je espouserai la pucelle Ha les traitorfs] apelez ;
a Qui tant est avenant et belle. » Pour son avoir qu'il lor promis,
Einssi se pense qu'il fera, A sa cordele toz les mis ;
Mes, se Deu plait, il mentira : 10 Tout feront son conmendement. 10
Einsois iert B. venus. Armé se sont tout meintenant,
Subïens, li viellars chenus [4650] A leur ostex, souz les bliax,
Ha mil chevaliers essembrés, Des bons haubers frès et nouviax.
Trestouz les mielz enparantez Souz les mantiax ont les granz trais
De par la terre et Ténor. 15 Et si s'en vienent ou palais ; 1 5
Dist Subïen : « Oiez, seignor ! Les huis verroillent de la tor
v D'une chose ml't me mervoil : Ou fu Orgueilleuse d'amor
« Ou vous avez pris tel conseil A une fenestre apoïe,
« De ma dame qui c'est donée Trite, dolente et correcie
0 A ce garçon et mariée 20 Por son ami que voit en mer. 20
« Qui jamès ne vous aidera, Tant conme es eaux le puet mirer,
« Et si vous déshéritera [4660] L'esgardoit elle doucement.
v S'il maintient longues ceste honor. Quant celui ne voit mes noiant,
« Mes je vous dirai, biau seignor, * Si se repasme a le fenestre ; [469 1 ]
« Se moi volez doner la terre, 25 Et Subïen par la main destre 25
« James nul jorn'iavrez guerre, [4664) La lieve amont et si li dit :
« Ainz serai sire dou païs, « Damoisele, qui onques vit
« Si vous donrai et ver et gris, « Si grant dolor mener ne faire
« Chastiax, destriers et paulefrois: « Por .j. chaitif d'estrange terre?
* Et je ère dou reaume rois. 50 « Laissiez ester tel lecherie, 30
* S'apouserai madamoisele [4665] « Si me donez vo druerie, [4698]
« Orgueilleuse d'amors la belle, « Et je maintandrai bien vo terre
« Et quant jel'avraiespousée... [4667] « Se nus vous i veut faire guerre...'
Recto, col. III. Recto, col. IV.
Et le vanga dou mau gloton « Ne que sa char toiche a la moie. »
Subïen le mal traîtor Tel deul mainne, que vous diroie ?
Col. II. — 3, 4 Corr. Amor... de s'onor. — 7 Corr. Si espousera? On ne
s explique pas remploi du discours direct. Ce vers manque dans V édition. — 1 1 Ms.
Einsoit. — 26 Ms. grerre. —-33 Ms. auira.
Col. III. — 4-5 Rime fautive. — 14 granz, corr. branz.
i- Je donne ci-dessous ce qui correspond dans la version en prose (Bibl. nat.
' r,2 4)7i, fol. 87) au passage qu'on vient de lire. On verra que la version est
très libre :
Alors les faulx traîtres et desloyaulx ausquelz Subien faisoit ceste promesse lut respondirent tout
d uoe toïx qo'iîz l'aideroient a l'achèvement de ceste besoingne et qu'il serait roy. Incontinent lcj
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byGOO<^t(
MELANGES
Puis lor ha dit sa volenté, 25
Si com il orent devisé,
5 Qu'il veut prendre la damoisele ,
Orgueilleuse d'amors la belle.
Quant cil virent les traïtors [4723]
Et Subïen a la jornée [47 1 1] Qui tiegnent les brans de colors, 30
Ha fait pertout mender et querre Si se tindrent a son escort,
294
Qu'a terre est pasmée cheùe
Ez vous sa maistresce venue,
A mielz que puet la reconforte.
Celle qui vosist estre morte
C'est .iiij. fois la nuit pasmée.
10
Touz les haus barons de la terre,
Si menda toz ceus de l'onor
Qu'il veignent touz sanz nul sejor
A Tormadai la cité belle ; [471 5]
Se lor mende lor damoisele
Que tost viegnent sanz demorer.
Lors les vcïssiés asembler.
Venus sont de près et de loing,
Qu'il cuident que ce soit besoing ;
A semblé sont de toutes pars.
Subïen li mauvais viellars 20
Leur dit, quant il furent venu :
« Bien soient venu tuit mi dru.
« Bien sai qu'amés ma damoisele. »
L'un après l'autre les apele,
Car chascun ha paour de mort.
Lor crient tuit a une vois
Verso, col. 1.
Quant elle vit la grant meslée
5 Des traïtors et de sa gent,
De la chambre ist isnelement, [4754]
Si a pris une bone espée 1 ,
Selle ha a son chevouz trovée
Droit au viquen en est venue,
0 Et dist li conment leur haùe.
Atant se fîert en la bataille :
O l'espée qui si bien taille
Si a feru .j. traïtor
Que morve l'a fait a dolor.
[4752]
S
[4755]
baillierent leur foy en faisant grant et solempncl serment de lui entretenir leur promesse. Las! a ceste
heure Blanclundin ne se donnoit garde de la faulse traïson qui a l'cncontrc de lui estoit machinée. Le
très deleal Subicn fut moult joyeulx et très désirant d'acomplir et de mener a chief sa daropnable
entreprinsc. Lui et ses complices en très grand nombre monta ou palays ou la belle L'orguilleuse
d'amours estoit qui nouvellement s'estoit partie de sa fenestre ou elle avoit convoy de l'util son leal
amy Blauchandin , et le commanda en la garde de Dieu , luy et sa belle compagnie, en luy priant que
brief retour pcûst faire. Alors que elle ot veii que plus ne les pouoit choisir, clic s'en party comme
demy pausmèc en plourant moult tendrement. Et droit a je elle heure Subien entra en la chambre ; se
la prinst par la main et la leva de terre, puis lui dist : « Madame, ne vous desconfortez pas ainsi pour
• ung estrangier avolc . mais donnez raoy sans grans parlcrs vostre amours; si ferez que saige et
■ comme bien conscillie. « Quant la damoiscllc oy et entendy Subicn, moult fièrement le prinst a
regarder en soy tirant en sus de luy et disant : « O tu, très ort vicllart et vilain malostru et
» meschant traytre , comment as tu este tant hardi ne osé de ainsi avoir parlé d'un filz de roy »
18 Ici y et à la prmihe colonne du verso les parties coupées sont restituées en
italiques.
1 . On voit par la suite qu'Orgueilleuse d'amour prend part au combat et
excite l'admiration des siens (voy. v. 22). Rien de tel dans le texte publié :
Droit al visconte est acorue, La vcïssiés tant siglatons
Se li requiert por Diu aiue ; Dcsrous et detrenciés et frais,
0 lui l'cum-iine en son castel. La gens la dame en ot le fais;
1 ors tu le visconte mout bel Del palais erranment descendent 4765
De ço" q i > »l ot la damoisele ; bt as cevaus monter entendent ;
l ors tu la bataille novele \~bo Orguillcuse d'amort montèrent...
Des traïtors et Jts barons.
M. Miv.hcl.mt n'indique pas de variantes pour ce passage dans le ms. de
Turin.
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FRAGMENT DE BLAXCHANDft
Or fiert .j. autre la pucelle,
Tote li espant la cervelle.
Orgueilleuse d'amors s'escrie :
« Or i ferez, ma baronnie ! 1 5
« Diex w'aidera en qui je croi.
— Volenûers, dame, par ma foi, »
Dist li prevost et li viquens.
MPt fu granz li tornoiemens
* . . . . lais desouz le chastel ; 20
Au xf'conte fu forment bel
De leur dame qui fiert si bien.
uit, v s'escrie Subïen :
« Gardez que ne toichiez m'amie
« j'avrai sa druerie, 1 5
Et vous pendrai trestouz sanz faille. »
Lors reconmence la bataille
Des traïtors et des barons; [4761]
La dissiez tant siglatons
Desrous, detranchiez et desfais. 30
La gent la dame en ont le lais ;
Si ne pue[e]nt soffrir l'estor
Et tost descendent de la tor....
Verso, col. II.
Atornées bien pour couler. [4789]
Bien font le chastel atorner
Pour bien reçoivre guerre et ost.
Li vinquens et li bons prevost
Vont lour dame reconfortant, 5
Et dient bien qu'an lor vivant [4794]
Ne li faudront, soit aseùr. %
« Haute est la tor et fort li muir (sic) ;
« De cest chastiaux ne doutez rien. »
Or escoutez de Subïen : I4800]
Quant voit que la dame est loiaus,
Si fait armer toute sa gent,
Les bons haubers leur fait vestir ;
' ET L'ORGUEILLEUSE D'AMOUR 2<) )
Pour lor chastiau mielz asaillir
Fièrent as murs de piz esguz, 1 5
Et cil lor gietent de lesus
Grosses pieres et granz carriax ;
A maint font saillir les boiax ;
Mès la nuit les ha departiz.
Adonc fu li chastiax assis 20
De toutefs] pars a la raonde ;
Mès je cuit bien qu'an tout le monde
N'ait .j. chastiau por miex soffrir
.1. ost et longuement tenir.
Mais Subïen plus ne se targe : 2 5
Son tref [a] fait tendre en l'erbaige
En .j. pré devant le chastel,
Et jure le cors saint Marcel
Que, c'il puet prendre le vicontc,
[482 ij
Qu'il le fera morir a honte 30
Et h prevous sera pendus.
Et quant li très furent tandus,
Si dévissent sovent entr'eus
Verso, col. III.
Quant Alimodès Ta choisie
Si ot au cuer molt grant tenror ;
Lors plore et fait ml't grant dolor.
Por sa terre qu'est asilie
Et que crestïens ont laissie, 5
Et pour son fil qu'il ha perdu
0[t] il le cuer ml't irascu,
Pour sa fille tout ausiment
Qui ot resut bauptisse[me]nt : .
Tel dolor ot ne sait que faire. 10
Sadoine voit lés une estaiche,
Si dit : « Ml't sui viex et honis
« Quant je ne t'ai pieça occis
Verso, col. II. — 14 lor, corr. le.— 18 boiax, tns. boues.
Verso, col. III. — 1 La partie supérieure des lettres est coupée. Je restitue à
l'aide du v. 4848. — 4 Ms. asilie. — 11 faire, corr. fâche.
1. On trouvera la même scène autrement et plus brièvement rédigée dans
l'édition, vv. 4848 et suiv.
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296 MÉLANGES
« Et fait de ton cors grant essil. Mès elle ne gardera l'eure
« Bien sai que occiez mon fil,
« Ma gent morte et desbaretée,
« Et ma fille m'as violée.
« Ml'r sui mauves que tant atent. »
Lors saut a un branc, si le prent,
Sadoine vout le chief coper.
Archimedus li va oster ;
Si li ha dit : « Sire, soufrés
u Tant que nous soions arivez ;
« Lors soit pendus a grant haichie, Alimodès en mer s'estut
« Desus les murs, devant s 'amie, 25 Tant que li jors lor aparut.
« Devant la porte au pié dou pont. » Adonc ont lor voille baisié
1 $ Que de Sadoine ora noveles [49°9]
Qui ne seront mies trop belles.
La pucelle le dromont voit, 10
Bien cuide que ces amis soit
20 Qui veingne a joie pour li prendre,
Mès anquenuit le verra pendre
Alimodès au cuer félon. *
En mer esturent li gloton. 1 5
Li rois Alimodès respont
Que il fera sa volenté ;
Et Sadoine s'est escrié
Ml't durement, a haute voiz,
Si li ha dit : « Beau sire rois,
»< M'arme seroit toz jors en joie
« Se devant m'amie moroie....
Et si sont vers terre aproichié.
As avirons naigerent fort
Tant qu'il ariverent au port.
Metent hors armes et chivaus,
50 Sonent grailles et moniaus,
Que la cité en retenti.
La fille au roi les antandi
Qui amont ou palais estoit.
Quant les barges a terre voit,
Onques mais si lie ne fu ;
Bien cuide que ce soit son dru
Qui reviegne de Tormadai;
Verso, col IV.
« Ainz puis mes cuers ne sonmoilla.
« N'aime mie bien de cuer fi
« Qui ne voille pour son ami. »
Einssi la donsele se plai[n]t [4905] D'amors ha conmencié .j. lai.
Pour finne amor qui la destraint, 5 Lors apelle son seneschal
E de son dru qui tant demore; Qui molt avoit le cuer loial...
V.
SUR LE SORT DE QUELQUES MANUSCRITS DE LA
FAMILLE D'ESTE.
M. Rajna a publié, en 1873, dans la Romania, II, 49, le
catalogue de quelques manuscrits français possédés au xv c siècle
par la famille d'Esté. La plupart de ces manuscrits semblent
avoir aujourd'hui disparu, ou du moins on ne les a pas encore
Col. III. — 15 occiez, corr. oceîs.
Col IV. — 7 Mès, ms. Les. — 20 Ms. anvirons. — 23 moniaus pour
menuiaus.
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DE QUELQUES MANUSCRITS DE LA FAMILLE D ESTE 297
identifiés avec les manuscrits conservés dans les bibliothèques
publiques ou privées. Voici quelques observations que je viens
de faire en relisant l'article de M. Rajna : je les soumets aux
lecteurs de la Romania et en particulier au savant professeur de
Florence.
I. Catalogue de 1437, art. 14 : « Libro uno chiamado lo evan-
zelio de San Zohane, cum joxe et dicti de doturi et li acti de li
apostoli et l'apocalixe in francexe in membrana, coverto de chore
biancho. »
Il me parait certain que ce manuscrit se trouve aujourd'hui
au Vatican dans le fonds d'Urbin, où il porte le n° 11 : j'ai pris
autrefois une description sommaire de l'Urb. 11 et je l'ai c m-
muniquée à M. Samuel Berger. On peut voir ce qu'il dit de ce
manuscrit dans son livre intitulé La Bible française au Moyen-
Aqe y p. 266. Ce manuscrit ayant été fait pour les Malatesia,
c'est une raison de plus de croire qu'il ne fait qu'un avec l'art. 14
du catalogue d'Esté, car l'art. 10 du même catalogue mentionne
précisément un manuscrit avec les armes des Malatesta.
II. Art. 19. «Libro uno chiamado Folcho de Marsilia in mem-
brana in francexe, coverto de chore roso. » — Comparez l'art. 53
du catalogue de 1488 : « Liber Fulconis de Marsilia in membra-
nis. N. 52. Cart. 116. »
A mon sens, ce Folcho de Marsilia ne doit pas être autre chose
qu'un recueil des poésies des troubadours commençant par les
chansons de Folquet de Marseille. Or, parmi les chansonniers
provençaux connus, je n'en vois que trois qui se trouvent dans
ce cas : Bibl. Nat. de Paris, fonds fr. n os 856 et 1749, et Bibl.
Ambrosiana de Milan, R 71. De ces trois manuscrits, le 1749,
et lui seul, a précisément 116 feuillets. L'identité me paraît
donc bien établie.
III. Si mon interprétation de Folco de Marsilia est juste, et
je crois qu'on me l'accordera sans peine, elle peut s'appliquer
au n° 27 du même catalogue de 1437 :
« Libro uno chiamado re Riçardo in francexe, cum aleve grande
coverte de chore roso, in membrana. »
Je vois également dans cet article un recueil de poésies des
troubadours commençant par celles ou une de celles du roi
Richard. Le seul chansonnier provençal qui présente cette parti-
cularité est le ms. Douce 269 de la Bodleienne d'Oxford. Il est
en parchemin, et sa graphie décèle une origine italienne. Il nous
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298 MÉLANGES *
manque malheureusement la mention du catalogue de 1488, qui,
par l'indication du nombre des feuillets, aurait fait une certitude
de ce qui n'est encore à mes yeux qu'une probabilité.
IV. Art. 52. « Libro uno in francexe in membrana chiamado
la bataie de Cartazine, cum coverta de membrana. »
Cet article ne figure pas non plus au catalogue de 1488, ce
qui nous enlève un précieux moyen de contrôle pour l'identi-
fication. Je crois pourtant reconnaître ce manuscrit dans le texte
unique d'Aquilon de Bavière que j'ai analysé autrefois ici-même
(XI, 538) et qui est à la Bibliothèque du Vatican, fonds
d'Urbin 381. Nous avons déjà vu un manuscrit d'Esté dans le
fonds Urbinate : il n'y a rien d'invraisemblable à y en trouver
un second. Le roman Urb. 381 n'a reçu le titre d'Aquilon de
Bavière qu'au xvn c siècle, c'est dire que ce titre n'a rien de
sacré. Celui de Les batailles de Cartagine me . paraît assez appro-
prié au sujet. Les combats livrés à Cartagine et au château
voisin de Montlion sont bien, dans la pensée de l'auteur, la
partie essentielle de l'œuvre. Qu'on se rappelle la conversation
de Balugant et de Charlemagne, et cette espèce de moi de la fin
mis dans la bouche du premier : « Vos savés bien, sire, ch' a
Montlion et a Cartagine forent mort tout les ornes che avoient
possanze in cil païs 1 . »
A. Thomas.
1. Rom., XI, 555. — [La conjecture de M. Thomas parait assez vraisem-
blable, toutefois je dois faire part d'une circonstance qui la rend douteuse. Je
possède une copie de l'inventaire de 1480 (livres français), mentionné par
M. Rajna, Romania, II, 50. Cet inventaire, qui est extrêmement sommaire»
n'ajoute aucune notion importante à ce qu'on peut savoir par les deux
inventaires de 1437 et de 1488. Cependant j'y trouve cet article qui corres-
pond évidemment à l'art. $2 de l'inventaire de 1437 : « Virgilio de opère Cdr-
tagirtis, n° $}. Inventario a carte 25. » Ce pouvait donc être une traduction ou
imitation de VEmide. — P. M.]
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COMPTES-RENDUS
i
Zur Alexiuslegende. Inaugural Dissertation zur Erlangung der Doc
tonvùrde bei der philosophischen Facultàt der Universitàt Leipzig vorgelegt
von Max Friedrich Blau. Wien, Gerold, 1888, in-8°, 40 p.
L'auteur de ce mémoire a pu profiter, non seulement des observations que
j'ai présentées autrefois ici (VIII, 163), mais encore, grâce à l'obligeance de
l'auteur, de l'étude sur les vies syriaques de saint Alexis dont M. Amiaud
annonce depuis longtemps la publication dans la Bibliothèque de TÉcole des
Hautes Études 3 . Je n'insisterai pas sur les points où il est d'accord avec moi;
je me bornerai à signaler ceux sur lesquels il me contredit ou sur lesquels il
émet des opinions nouvelles.
J'ai dit (p. 164) que dans les plus anciennes versions de la légende gréco-
syriaque, Alexis était de Constantinople, que ces versions appelaient cette
ville Tojjjlt;, comme il arrive souvent, et que, déjà en Orient, trompé par
cette appellation, on l'avait cru Romain. M. Blau dit qu'il ne devine pas les
raisons qui m'ont fait admettre cette hypothèse (vers laquelle paraît avoir
incliné Tillemont, que Baillet avait adoptée, et que Papebroch, après l'avoir
présentée sans restriction, n'a sans doute rétractée que par prudence). Ces
raisons sont cependant assez claires : il est peu probable qu'un ascète romain
soit venu s'établir à Edesse; le culte d'Alexis est grec avant d'être romain; il
est plus concevable que le vent emporte un vaisseau de Laodicée à Rome qu'à
Constantinople; les noms qui figurent dans la légende sont tous grecs; le plus
ancien texte qui s'y rapporte parle d'un patriarche et non d'un pape; S. Jean
Calybite, dont le saint Alexis légendaire n'est que le plagiaire, était de
Constantinople. Toutefois ces motifs ne sont pas suffisants pour établir
la certitude, et M. Blau présente pour l'autre opinion des arguments que je
serais porté aujourd'hui à trouver décisifs : le plus fort est que, dans le
Synaxarium Basilianum du x e siècle, l'empereur qui assiste aux obsèques
d'Alexis est Honorius, empereur d'Occident, qui n'alla jamais à Constan-
1 . Cette dissertation ne forme que la première partie du travail de M. Blau ,
la seconde est consacrée aux vies allemandes de saint Alexis ; l'une et l'autre
ont paru dans la Germania de 1888.
2. Le mémoire de M. l'abbé Duchesne, dont il est parlé dans l'article cité
de la Romania, n'est toujours pas, malheureusement, sorti des cartons de
l'auteur.
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300 COMPTES-RENDUS
tinoplc et qu'en outre le saint est enterré dans l'église de Saint-Pierre. On
peut d'ailleurs s'expliquer le fait, au premier abord surprenant, que le roman-
cier, grec à coup sûr, qui a composé la légende d'Alexis en développant la
t simple biographie du pauvre d'Édesse, ait mis la scène de sa fiction à Rome.
S'il l'avait placée à Constantinople, il se heurtait à des contradictions trop
faciles : Rome jouait là le rôle ordinaire des pays lointains, où le merveilleux*
a beau jeu ; en outre, précisément parce qu'il puisait une bonne partie de cette
fiction dans la légende du Constantinopolitain saint Jean Calybite, il était
amené à transporter ailleurs qu'à Constantinople le théâtre de son récit ; l'invrai-
semblance du coup de vent qui amène à Rome un navire allant de Laodicée
à Tarse ne l'arrêtait pas, puisqu'il s'agissait d'un miracle. Je suis donc porté à
croire avec M. Blau que la plus ancienne version de notre pieux roman
faisait naître et mourir Alexis à Rome et non à Constantinople. Il en conclut
fort ingénieusement que ce roman n'a dû être composé que vers la fin du vin*
ou le commencement du ixe siècle, quand les relations directes avaient cessé
entre Byzance et l'Italie et quand les papes s'étaient tournés du côté des rois
francs et avaient relevé pour eux l'empire d'Occident : on s'explique ainsi
que ce récit consacré à la gloire d'un saint soi-disant romain soit resté parfai-
tement inconnu à Rome, de même que l'on comprend I'étonnement de
l'archevêque de Damas, Serge, quand, arrivant à Rome* il n'y trouva aucune
connaissance du saint romain que glorifiait tout l'Orient.
Passant aux vies occidentales, M. Bl. démontre fort pertinemment contre
M. Brauns 2 que le poème français du xi e siècle n'a pas eu d'autre source que
la Vita telle que nous la possédons, sauf à rectifier, d'après les plus anciens
manuscrits, quelques leçons du texte donné par les Bollandistes. Seulement je
ne vois pas la nécessité d'admettre une lacune dans cette source ou une faute
du poète français aux strophes lix-lx. Une voix vient du sanctuaire et dit,
dans le latin : « Venite ad me omnes qui laboratis et onerati estis, et ego vos
reficiam. » Le français ne rapporte pas ces paroles; il dit seulement :
Vint une voiz
Hors del sacrarie par comandement Deu,
Qui ses fedelz li at toz envidez ;
Après quoi il reprend *.
A l'altre voiz lor fait altre somonse.
Cette « altre somonse » ne se comprend pas, d'après M. Bl., le français
n'ayant pas donné l'exhortation du latin. Mais cette exhortation est suffisam-
ment contenue dans le mot envidci : la première somonse consiste à convoquer
1. M. Bl. explique très bien (p. 17) comment dans la Vita latine on a fait
figurer les deux empereurs Arcadius et Honorius.
2. Ueber Quelle und hntwicklung der altfr. Cançun de saint Alexis (Kiel, 1884).
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blau, Zur Alexiuslegende
301
tous les fidèles devant Dieu, la seconde à leur ordonner de chercher l'homme
de Dieu quigist en Rome.
M. Bl. partage mon avis sur l'origine récente et italienne de la version
appelée !3l par Massmann; mais ce n'est, paraît-il,. que par suite d'une faute
d'impression que Massmann , qui la croyait en tout cas allemande , semble la
déclarer plus ancienne que l'autre, qu'il appelle la version « ecclésiastique ».
— Dans l'autre version, ou version « conjugale », j'avais signalé deux traits qui
se retrouvent dans la version interpolée ; (représentée par S, M et Q.) du
poème français; mais je ne voyais là qu'une coïncidence, explicable par le
désir des deux auteurs d'augmenter le rôle de l'épouse abandonnée. M. Blau
fait remarquer qu'il y a trois autres ressemblances , de moindre importance,
entre la version « conjugale » et et qu'il est peu vraisemblable d'attribuer
au hasard ces cinq rencontres : il suppose que l'interpolateur avait entendu
raconter ou lu autrefois (car s'il avait eu le texte sous les yeux ses emprunts
auraient été plus nets et plus nombreux) la version conjugale et qu'il en
a introduit quelques traits dans son œuvre. Sans dire dès aujourd'hui
que j'accepte cette hypothèse (il faudrait un examen approfondi que je n'ai pas
le loisir d'entreprendre), je reconnais volontiers qu'elle est très plausible. Si
l'interpolation française ne présente pas le trait frappant qui termine la ver-
sion conjugale (mort de l'épouse et réunion des deux époux dans le même
tombeau), c'est, d'après M. Blau, ou que cette fin manquait dans la plus
ancienne forme de cette version, ou que nous n'avons pas la fin de la rédac-
tion française interpolée. Il est en effet très probable, comme le montre
l'auteur, que le ms. S a été fait d'après un manuscrit de i qui ne menait pas
le poème jusqu'au bout, soit que l'interpolateur n'eût pas terminé sa besogne,
soit que son œuvre ne fût parvenue qu'incomplète au copiste de S. La
première hypothèse paraît préférable à M. Blau, parce que l'auteur de M (la
version rimée) n'a eu, d'après lui, sous les yeux, comme celui de S, qu'un
manuscrit incomplet de i, et, comme celui de S, s'est ûré d'affaire en recou-
rant à un manuscrit de O (le poème original non interpolé), dont il a , plus
adroitement que S, soudé la fin au fragment de 1. En admettant cette hypo-
thèse, qui n'est pas très solidement établie il n'en reste pas moins admis-
sible que l'auteur de i ait terminé son œuvre, et que le ms. qui a servi de base à
M, comme celui que suivait S, remonte à un ms. mutilé. Mais pour le fond de
la question on ne peut que donner raison à M. Bl. et admettre que, pour la fin
(à partir du v. 1 143), S représente un manuscrit de O qui n'a pas été soumis
au travail d'interpolation qu'a subi le reste. Pour M c'est plus douteux, et le
texte de M peut provenir d'un manuscrit semblable à S mâis meilleur ;
la comparaison du second manuscrit de M, dont j'ai donné ici les variantes 2 ,
pourrait être de quelque utilité pour décider la question.
1. Ainsi le vers M 1 145 n'est pas bien compris par le critique ; il se rapporte
à la foule des assistants, comme le précédent.
2. Romanij y XVII, 106.
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ê
3 02 COMPTES-RENDUS
Je n'ai noté qu'un petit nombre de points dans l'étude très substantielle de
M. Blau ; on y trouve beaucoup d'autres renseignements et partout une bonne
méthode et une façon très judicieuse de raisonner. G. P.
Matériaux et recherches pour servir à l'histoire du
roman et de la nouvelle par Alexandre Wesselofsky, tome II,
section slavo-romane (en russe). Saint Pétersbourg, 1888, fin-8°, 361 et
262 p. (Publication de l'Académie des sciences 1 .)
Sous le titre de «r Récits slavo-romans », M. Wesselofsky comprend un
groupe de traditions fabuleuses qui , basées sur des originaux romans, ont été
introduites dans la littérature russe du xvi° siècle par l'intermédiaire de ver-
sions sud-slaves. A ce courant de littérature s'en rattache plus tard un autre
* dans lequel c'est la Pologne qui joue le rôle d'intermédiaire entre l'Europe
occidentale et la Russie. M. W. cite l'histoire d'Attila, « roi de Hongrie, »
comme un des plus anciens exemples de la transmission polonaise. Par un
singulier hasard, cette légende nous est conservée dans un recueil manus-
crit du xvie siècle , découvert à Posen , qui contient deux autres pièces ( a
savoir les romans de Tristan et Lancclot et de Beuve) , dont les originaux
devaient être serbes ou croates ; ainsi les deux courants littéraires se trouvent
réunis là. M. Brùckner a donné la description de ce manuscrit dans son article :
Ein uvissrussiscber Codex miscellancus der grâfiscb-Raciynskiscben Bibliothek in
Posett (voy. Archiv.f. slavische Plnlologie, t. IX, 188$). Quoique écrit en blanc-
russien , ce recueil présente des nuances de dialecte qui permettent d'établir
la distinction des sources dont s'est servi le traducteur : la légende d'Attila
abonde en polonisines , tandis que des formes croates sont très fréquentes dans
les autres pièces du recueil. Aussi M. W., d'accord avec M. Brùckner,
croit-il que ces récits sont fondés sur des versions sud-slaves qui devaient se
rattacher directement à des traditions italiennes. Ces dernières ne nous étant
point parvenues, il s'agissait de les restituer autant que possible , en confron-
tant les récits russes avec les versions romanes connues. M. W. a entre-
pris cette étude, comme introduction à la publication des textes contenus
dans le ms. de Posen. Il donne, de plus, deux textes russes de la légende de
Troie, précédés d'une étude sur leurs sources. M. W. croit que cette légende,
de même que l'histoire fabuleuse d'Alexandre le Grand , appartient au même
courant littéraire qui amena en Russie le roman de Tristan et l'histoire de
1. [Nous avons demandé ce compte rendu à M. Th. B. dans l'intérêt de
nos lecteurs, bien qu'il sorte de notre cadre habituel, étant purement analy-
tique et non critique. Nous avons pensé qu'il était utile de signaler aux
savants occidentaux les importantes recherches de M. Wesselofsky, et nous
avons jugé d'autant plus nécessaire d'en donner un résumé quelque peu
détaillé que le volume ne contient ni titres courants, ni tables d'aucune sorte,
ce qui en rend l'usage bien peu commode. — Réd.]
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wesselofsky, Recherches pour servir à Vkist. du roman 303
Bovon d'Hanstône; l'ancien fond grec y apparaît modifié conformément
au romantisme chevaleresque dû à l'influence romane. M. W. développe
ces idées dans une introduction (p. 1-25), où il apprécie d'un coup d'œil
d'ensemble le caractère de ces remaniements, leur importance pour l'histoire
de la littérature russe, enfin le degré de modification qu'on peut attribuer aux
traducteurs slaves, qui ne devaient pas toujours comprendre ce qui se rapporte
aux mœurs et aux usages chevaleresques. Les récits en question se trouvaient
transplantés dans un milieu bien différent des cours et châteaux où régnaient
les coutumes courtoises, une civilisation raffinée, toute une série de conven-
tions incompréhensibles à celui qui n'y était pas initié. Les traducteurs se
tiraient tant bien que mal d'affaire pour les descriptions de la vie extérieure
des chevaliers; ils inventaient parfois de nouveaux mots pour traduire les
expressions de « courtoisie », « prouesse », « valeur », etc.; quelquefois pourtant
ils omettaient des épisodes , quand ils ne pouvaient se rendre compte d'un
usage trop spécial. Mais il leur était bien plus difficile de concevoir l'idée
principale de la chevalerie : l'amour en dehors des liens de la famille et du
mariage, l'adoration de la femme, le culte chevaleresque. Chez les peuples
slaves il n'y a que la jeune fille qui jouisse d'une liberté relative et qui joue
un certain rôle dans les traditions et chants populaires. La femme mariée ,
bien que fort considérée au sein de la famille , n'a point de rôle honorable en
dehors de ses devoirs. Au contraire, il semble que (sauf quelques cas excep-
tionnels) les récits sur la « mauvaiseté des femmes » prévalaient sur tous les
autres. M. W., dans un tableau rapide, passe en revue différentes œuvres
littéraires de l'Europe occidentale, qui attestent ce point de vue chez quelques
auteurs du Moyen Age; et il cite, en regard, des proverbes et des traditions
slaves qui y correspondent. Mais, en Europe, cette tendance à blâmer les
femmes est modifiée par un courant contraire, qui les élève à un degré
extrême de considération. N'ayant point de notions sur ce culte de la femme,
les traducteurs slaves ont dû omettre plus d'un passage, et peut-être en repro-
duire d'autres sans bien les comprendre. M. W. esquisse un aperçu de la
société serbe du xvi* siècle, d'après Philippe de Diversis (p. p. Brunelli ,
Zara, 1882), pour faire mieux ressortir 1 impression que devait produire une
première connaissance avec les traditions chevaleresques dont il aborde plus
loin l'étude détaillée.
L — Le roman sud-slave de Troie , p. 25-121. M. W. signale sept mss.
slaves du roman de Troie (p. 28-29), qui présentent des versions en différents
idiomes, mais remontant toutes à une seule rédaction, qui serait d'origine
latine ou romane; telle est la conclusion générale de l'auteur, qui y aboutit
après une étude détaillée des versions slaves (bulgares, croates et russes) et
de leurs rapports avec différentes versions occidentales. Certaines particularités
du style et de la langue, qui se maintiennent à travers les nuances dialec-
tales de telle ou telle autre copie , lui font croire que la première traduction
slave du roman en question a été faite en Bosnie ou dans la Dalmatie du
nord (p. 99-100). De là, elle se serait propagée dans les autres pays slaves
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304 COMPTES-RENDUS
(p. 100). M. W. publie dans l'appendice deux versions russes : Tune com-
plète, du xvi* siècle (p. 101-118), l'autre présentant un résumé très abrégé
delà même époque (p. 119-121) ».
L'original roman ou latin des versions slaves ne nous est point connu ; il
en résulte que ces versions présentent de l'intérêt pour l'histoire générale de la
légende, car elles peuvent être considérées comme des réminiscences d'une
tradition ancienne, qui ne nous est pas parvenue directement. M. W.
n'entre pas dans la discussion tant de fois soulevée sur les récits attribués à
Darès et à Dictys, et renvoie aux travaux de MM. Joly, Dunger, Greif, etc.
Mais, à propos de la méthode suivie par M. Greif', M. W. émet un doute :
les conformités entre les remaniements de la légende au Moyen Age et
tel ou tel auteur classique, que signale M. Greif, ne sont pas toujours
des emprunts. Pour admettre ceux-ci, comme le fait M. Greif, il faudrait
supposer que les poètes du Moyen Age avaient à leur disposition toute une
bibliothèque ou de nombreux cahiers avec des extraits de différents auteurs
classiques, qui leur servaient pour amplifier leurs remaniements. Cette suppo-
sition paraît à M. W. un peu compliquée, et il lui semble plus simple d'attri-
buer ces réminiscences classiques à une ancienne tradition, dont elles
auraient déjà fait partie. La rédaction slave du roman de Troie peut juste-
ment servir comme spécimen de ces anciennes compositions (p. 26).
En envisageant la légende en question sous ce point de vue, M. W.
croit pouvoir restituer (en partie) l'original perdu de la rédaction slave, et
même en rectifier jusqu'à un certain point Te plan, qui semble avoir été altéré.
II reproduit donc les rapprochements avec les données de la littérature de
l'Europe occidentale, qui ont été déjà signalés par MM. R. Kôhler, F. Meister,
Dunger et Mussafia, mais leur attribue une autre valeur ; de plus, comme ces
savants ne s'étaient servis que de la version bulgare du roman, traduite en
latin par M. Mikloéic (/. c), M. W. a pu compléter leurs remarques en s'ai-
dant des autres versions slaves. Plusieurs nouveaux rapprochements ont
été suscités par le travail de M. Gorra*. M. W. commence par quelques
remarques sur la généalogie, un peu confuse, des souverains de Troie, qui est
1. Les mss., autrefois à Novgorod, sont à la bibliothèque de l'Académie
de Théologie à Saint-Pétersbourg. Un remaniement russe du xvn« siècle
avait été publié par Pypine, un autre fragment appartenant à M. Bouslaev
avait été imprimé par lui dans sa Istoriceskaja chrfstomatta> p. 977-978.
Une version en bulgare du xrv c siècle avait été publiée par Miklosic, avec
une traduction latine (Miklosic, Trojanska prier bugarski i latinki* Starint,
III, 1871).
Deux versions croates publiées par Jagic : Pritnéri starohèrv. je\iha. II
(1866), p. 180-4 (un fragment du xvc siècle), et Priloi(i k lnstoriji ktiji^ti/nosti,
tiaroda l)rvatsko?a i srbskoga (1868), p. 57-72 (version complète du xv c siècle).
2. W. Greif, Die mitklalterUchn Bearbeitungen der Trojanersage. Ein muer
Beitragiur Dares- und Die tysf rage. Marburg, 1886.
3. Èg. Gorra, Testi inediii di storia trojana, preceduti da utw studio stdh
Uggenda trojana itt lialia, Torino, 1887.
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wesselofsky, Recherches pour servir à Vhist. du rotnan 305
en tète des versions slaves du roman (p. 30-3$). Il l'explique et la corrige
d'après les indications fournies par Villani, Malespini, Franceschino degli
Albizzi, Forese dei Donati et les remaniements en prose du poème de Benoit
de Sainte-More. Comme fondateur de la dynastie des rois troyens est
nommé Prisched (Pridesch, Pritsch) qui correspond à Frigus, le fondateur de
Friges. Or, ce Prisched a été introduit dans la famille de Dardanus par simple
affinité (p. 32); car ce dernier était venu se réfugier (d'après Villani) dans le
pays de Frigus. La rédaction slave omet Erictonius, fils de Dardanus,
et fait succéder directement à ce dernier Troilus (la forme slave est JroU
louch ou Troiloucha). Ensuite les fils de Troilus, Ilus et Assaracus (Oîlouscb,
Scharikousch), et le fils d'Ilus, Laomédon (Latnedon), ont été compris comme
se succédant en ligne directe , de sorte qu'Assaracus est devenu le fils de
Laomédon. De plus, Dardanus et Troilus ont été déplacés, et c'est ainsi que
s'explique la généalogie de la rédaction slave : Prisched — Oîlouscb —
Larmdon — Scharikousch — Darda n — Tr oîlouscb — Priant. Dans l'ori-
ginal, selon M. W., la succession devait être autre : Frigus — Dardanus —
Troilus — Ilus — Assaracus — Laomédon — Priamus (p. 32).
Pour faciliter l'étude comparée du roman, M. W. le partage en deux
parties, dont la première l'occupe principalement : elle constitue l'his-
toire de la jeunesse de Paris jusqu'à son retour à Troie et son départ pour la
Grèce. C'est cette première partie qui présente, dans sa conformité avec
différentes versions occidentales, le plus de données qu'on puisse attribuer
à un original commun (p. 3 5).
Après avoir donné une courte analyse de la première partie du roman
slave (p. 3 5-37), M. W. mentionne les auteurs latins (Ovide, Servius, Hygin,
etc.) qui représentent la tradition classique à laquelle se rattachent les
remaniements en langues néo-européennes de h légende en question (p. 38-
41). Ensuite il traite de ces différentes versions néo-européennes, en les grou-
pant par nationalité. Ainsi il parle d'abord des versions espagnoles (p. 41-43) ;
après cela, il analyse les versions italiennes (p. 43-53), la version Scandinave
(p. 54-57), les versions anglaises (p. 58-60), la version allemande (p. 60-64) et
termine par une allusion à l'histoire de la jeunesse de Paris dans Guiraut de
Calanson (p. 64-65).
La conclusion générale de l'auteur a été déjà signalée. Comme il s'était
donné pour but de déterminer le plan de la rédaction slave et de marquer ses
points de contact et ses divergences avec les versions occidentales, nous
exposerons les résultats acquis en suivant l'ordre des épisodes de la rédaction
slave, que nous commençons par énumérer d'après le plan de la version
russe publiée par M. W., la version bulgare étant connue. Or, voici comment
s'y présente la succession des épisodes de la jeunesse de Paris :
10 La femme de Priam, Iakouba, fait un mauvais rêve et reçoit de son
mari l'ordre de tuer son fils dès qu'il sera venu au monde.
2<» Séduite par la beauté de l'enfant, Iakouba ne le fait pas tuer, mais
ordonne de l'emporter quelque part loin de la ville et de l'abandonner. L'en-
Rpmania, XFIII. 20
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306 COMPTES-RENDUS
fant est recueilli par un pâtre , qui l'élève avec ses propres fils et lui donne le
nom de Parif Pastourèvitchicktcb' (= fils de pâtre).
3° A l'âge de sept ans (d'après les versions croates), le petit Paris s'amuse
à faire combattre des taureaux et orne le vainqueur d'une couronne de fleurs,
tandis que le vaincu ne reçoit qu'une couronne de paille.
40 Devenu jeune homme, Paris combat un chevalier et perce son bouclier.
5° Suit le récit des noces de Felesch (— Peleus) avec Tetisch* Thétis)
et la querelle des trois fées-prophétesses, Junoch\ Palech' et Venouch\ pro-
voquée par la dame Djevoschkordje (= Discordia), qui n'avait pas été invitée
au festin. Paris était du nombre des invités à la noce ; mais, avant de s'adres-
ser à lui, les trois « sœurs » font un voyage à Troie, chez le dieu 7'okn et son
« prophète » Jupiter, qui leur indique Paris comme juge.
6° Vénus (Vcnotiçl)) dévoile au jeune pâtre son vrai nom d'Alexandre et
son origine ; en môme temps, elle lui promet l'amour d'Hélène, femme de
Menelaousch.
7° Alexandre-Paris retourne chez ses parents â Troie; mais, chemin faisant,
|i rencontre près d'une rivière une jeune fille, Otnouscb' (r= Oenone), qu'il
séduit par des promesses de fidélité et à laquelle il enlève sa « couronne » (de
vierge). Après cela il rentre à Troie, où il est reçu à bras ouverts.
8° Suit l'histoire de la construction de la ville de Troie, avec le concours des
démons, et enfin le départ de Paris pour la Grèce.
Voici maintenant les résultats de la comparaison de ces épisodes avec les
versions occidentales et les rectifications que M. W. propose de faire au plan
de la rédaction slave pour en restituer l'original :
10 Le songe d'Hécube (connu d'après Ovide, Her. y XVI, 231, etc.) est
raconté d'une façon analogue dans la plupart des versions de la légende de
Troie où il en est question, sauf dans un remaniement vénitien (du xv«
siècle) du texte de Guido délie Colonne où il est attribué à Priam (p. 47).
De même dans un poème italien anonyme, le Trojano 2 , qui présente,
d'après l'avis de M. W., une compilation de deux rédactions de la légende
(p. 50). Le récit du rêve prophétique est tout à fait omis dans une Istorietta
Irojana, publiée par M. Gorra K Dans une version anglaise, intitulée
Batayle of Troye ce récit est modifié : Hécube ne se souvient de Tordre
1. Cf. Gorra, /. c, p. 184; ms. Laur. cod. 153 Leop. Med. Pal. — Fin
du xv« siècle.
2. Trojano, il quale traita la distrunone di Troja ùer amor de EUna Greca, etc.
In Verona e in Bologna per Gioseffo Longhi, 1071. Les premières éditions
datent de 1401.
3. L. c. y daprès un ms. Laur. Gaddiano LXXI et Magliab. cod. II, IV, 49.
4. Cf. A. Zietsch, dans YArchiv f. n. spr. et lit. de Herng, t. LXXII, p. 1 1 ss.
Une dissertation du même auteur sur les sources et la langue de la version
anglaise a paru à Gôttingen-Cassel, en 1883. M. Greif a signalé â M. W. une
autre version anglaise de la jeunesse de Paris, dans la chronique de Robert
de Brunne (p. 57, note).
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wesselofsky, Recherches pour servir à l'hist. du roman 307
qui lui a été donné par son mari de tuer son enfant que lorsqu'il a atteint
Page de sept ans ; le trouvant trop beau pour être exterminé, Hécube ren-
voie chez un pâtre, qui l'élève dans l'ignorance de son origine. M. W.
croit retrouver dans ce récit une réminiscence de l'ancien original com-
mun de la légende, où la mère cache son enfant, séduite pas sa beauté et son
sourire aimable (p. 57).
20-30 Le nom du jeune pâtre, différemment interprété, et ensuite l'histoire
du combat des taureaux provoquent quelques remarques de l'auteur. Ovide
fait allusion (Her., XVI, 360) à un surnom (celui d'Alexandre?) que Paris
aurait reçu à la suite d'une victoire remportée sur des ennemis (caesis hostibus)
qui voulaient lui dérober ses troupeaux (abducta armtnta). M. W. croit que déjà
dans l'antiquité on connaissait le sujet de la légende du jugement des tau-
reaux. Le nom de Paris, dit-il , s'y trouve dans les remaniements du moyen
âge. Dictys, il est vrai, ne mentionne pas cette légende (p. 40), mais les
interprétations du nom de Paris dans les versions du moyen âge semblent
donner de l'importance à l'épisode des taureaux. Ainsi une romance espa-
gnole de Lorenzo de Sepulveda 1 le raconte pour conclure : « Dicen que es
justo juez — Paris tôdos le han nombrado » (p. 42). Boccace ne parle pas du
jugement des taureaux dans son Commente ; il se contente de dire que
Paris (après avoir épousé Oenone), « addivenne un grande e famoso giu-
dice, e ogni quistione tra qualunque persona con maravigliosa equità deci-
deva. Per la quai cosa perduto quasi il vero nome, cioè Alessandro, era da
tutti chiamato Paris, quasi equale' » (p. 45). Pourtant, déjà dans le Cronichon
Altinate du xin e siècle, il est dit de Paris : « qui recte diiudicans coronam
dédit vincenti tauro » (p. 44). Dans le livre d'Armannino, juge à Bologne
au xrve siècle, intitulé Fiorita*, il est question de la légende de Troie à
deux reprises. Ce n'est que dans la seconde version (f° 74 à) que l'auteur
parle du nom de Paris ; mais il se contente de constater que le fils de Priam fut
d'abord nommé Alexandre, « ma poi per la nutrice fu chiamato Paris, » sans
autre explication (p. 46). L'épisode du combat des taureaux, avec une allusion
au nom de Paris « l'impartial, » se retrouve dans le remaniement vénitien du
xv e siècle de la chronique de Guido délie Colonne (chapitre intitulé : « Como
Paris cresce ali boschi e inpara a trar l'arco ») (p. 48). Dans le Trojano, l'expli-
cation du nom est donnée sans allusion au jugement des taureaux (str. 39 :
Allessandro Pari era chiamato : E da quel Pari venne Paris) (p. $1). Enfin l'épi-
sode en entier est reproduit dans Ylstorietta Trojana, dans la version Scandi-
nave Trojumannasaga ♦ (avec quelques modifications, et intercalé après la dispute
des déesses, cf. p. 56), dans deux versions anglaises (p. 58) et dans le poème
1. Duran, Romancero gênerai, I, n° 468.
2. Boccaccio, Commento, II, p. 43-46 (Firenze, 183 1).
3. Cf. Gorra, /. c, p. 358.
4. Publié par Ion Sigurdsson dans les « Annaler for Oldkyndygt og histo-
rié », 1838.
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308
COMPTES-RENDUS
de Konrad de Wûrzburg • (p. 61). Ainsi, d'après la plupart des versions occ
dentales, le fils de Priam portait antérieurement le nom d'Alexandre, qui fut
plus tard remplacé par celui de Paris, Y « impartial » (p. 66). La rédaction
slave donne au contraire l'explication du nom de Parif Pastourevitchichtch\
en rapport avec le genre d'occupation de son père adoptif, avant Fhistoire des
taureaux. Ce n'est que plus tard qu'il apprend son nom d'Alexandre.
M. W., à propos de l'épisode du jugement de Paris sur des animaux, et aussi
sur ses camarades (dans une romance espagnole, v. Duran, R. g. t I, n° 469),
rappelle des traits analogues dans les récits de la jeunesse de Salomon (p. 67).
4° L'épisode suivant — le combat de Paris avec un chevalier — est à peine
indiqué dans la rédaction slave. Ce chevalier est anonyme dans la version
russe ; les versions bulgares et croates le nomment Chtchil, c'est-à-dire « Bou-
clier », un nom évidemment fabriqué. Le roi en la présence duquel a lieu le
combat est nommé Apridif {— Pridesch) dans les versions bulgare et
russe, Priam dans la version croate. M. W. croit que cet épisode doit se rap-
porter au récit, mal compris, du combat de Paris avec l'un de ses frères, qui
eut lieu devant Priam avant la reconnaissance de Paris (p. 64). Il en est
question dans Ovide, Her. XV, 559 s., Servius, Comm. in. Aen f V, 370,
Hygin, Fab. 9 (Alexander~Paris) y etc. Le récit de Servius est reproduit par
Boccace (/. c), Armannino (/. c), enfin par Konrad de Wûrzburg, avec
quelques modifications qui accusent, d'après l'avis de M. W., la diversité des
sources du poète allemand (p. 63-64). Dans la rédaction slave, cet épisode
est évidemment déplacé, et M. W. explique le déplacement en supposant
aussi que le traducteur slave s'était servi de deux sources, dont la duplicité
se trahit surtout dans la confusion des épisodes suivants (p. 69).
50-70 M. W. croit que les amours de Paris avec Oenone devaient, dans le
texte original, précéder la scène du jugement des déesses et non lui succé-
der. Ce récit, tel qu'il est reproduit par les versions slaves, semble bien peu
logique : à peine Vénus a-t-elle promis au jeune pâtre, fils de roi, l'amour
de la plus belle femme de Grèce (qu'il se promet d'aller conquérir), que le
voilà s'en allant auprès d'Oenone pour la courtiser (p. 53). Il faut donc
restituer le plan original et trouver l'explication du déplacement.
Or, les amours de Paris avec Oenone (cf. Ovide, Her. V), antérieures à la
scène du jugement des déesses, sont justement racontées comme un épisode
de la jeunesse de Paris dans la Fiorita d' Armannino (p. 46). Mais Armannino
modifie le récit dans les deux relations qu'il en donne : dans la première
relation, le jugement des déesses est raconté sous la forme d'un songe
que fait Paris (v. plus loin); dans la seconde il n'est plus question de
jugement. Le jugement est omis dans le remaniement de la chronique de
Guido délie Colonne (/. c.) ; au surplus , c'est Oenone ici qui révèle à Paris
1. Publié par Adalbert von Keller, Bibh des îitler. Vereins y* Stuttgart,
t. XLIV.
wesselofsky, Recherches pour servir à thist. du roman 309
son origine , à la condition de ne pas l'abandonner (chapitre intitulé : Corne
Oenone insegna a Paris chi era so pare e so mare). Malgré son serment,
Paris, revenu chez ses parents, oublie aussitôt Oenone et va en Grèce
enlever la belle Hélène (p. 48-49). Dans le poème anonyme Trojano (/. c),
c'est aussi Oenone qui apprend à Paris son vrai nom (p. 51). M. W.
explique le déplacement qui a eu lieu dans la rédaction slave par une
confusion de noms : Vénus est traduite par Venousch' (Venouscha) 1 ; d'autre
part Oenone est appelée tantôt Oïnousch', tantôt Venousch'. « Puisque
c'est Vénus et non Oenone, remarque M. W., qui dans la fable slave dévoile
à Paris le secret de sa naissance, nous avons le droit de nous demander si
c'est bien de Venousch' = Vénus et non de Venousch' — Oenone qu'il s'agit »
(p. 54). M. W. indique une confusion analogue dans la Trojumannasaga :
la déesse Freja y correspond à Vénus , et il est dit d'elle que Paris « devenu
jeune homme l'aima beaucoup ». La scène du jugement est racontée plus
loin. M. Wesselofsky croit que Freja est à la place d'Oenone ; l'auteur de
la compilation Scandinave aurait suivi deux rédactions de la légende : dans la
Jwemière, la succession des épisodes correspondait au texte (restitué) des ver-
sions slaves : i° les amours de Paris avec Oenone (dont le nom est confondu
avec celui de Vénus), et tout de suite après, 2° la scène du jugement. Mais le
compilateur de la saga ne reproduit pas cette dernière d'après la môme rédac-
tion; il la raconte d'après une autre, qui commençait par le récit des noces de
Pélée et ne reproduisait que la scène du jugement (p. 55), en y faisant inter-
tenir Paris pour la première fois. C'est ainsi que s'explique comment l'auteur
de la saga, qui avait déjà parlé de Paris, raconte ici l'épisode des taureaux,
qui devait avoir sa place plus haut. Revenant à la discorde des déesses , qui
étaient allées chercher Paris au bois d'Ida (* skôginn Idam), le compilateur
Scandinave s'inspire d'une troisième source, la version de Dictys, et raconte
le jugement de Paris sous la forme d'un songe. Mais, s'étant souvenu de ce
qu'il avait dit plus haut des amours de Paris avec Freja (= Oenone), il fait
dire maintenant à Freja (= Vénus) : « Souviens-toi, Paris, de ce que tu m'as
prorais, » et Paris, fidèle à son serment, la proclame la plus belle des trois.
Ainsi la compilation Scandinave présente une fusion de trois versions diffé-
rentes^. 55-57). M. W. croit cette hypothèse plus plausible que l'explication
des amours de Paris avec Vénus (=: Freja) indiquée dans le Cronicon Altinate :
* Venus se nudam Paridi presentavit : quam ut vidit, in ejus amore exarsit »
(P-44).
La forme sous laquelle est reproduite la scène du jugement, tantôt comme
ayant eu lieu en réalité, tantôt seulement en songe, indique une tradition
double. Or, la forme de vision prêtée à cette scène remonte, comme on sait,
à la version de Dictys. Dans les versions slaves, le jugement a lieu en réalité,
mais le récit présente quelques inconséquences : Paris était au nombre des
1. M. W. l'explique par l'intermédiaire d'une forme Veneus qui se trouve
dans un texte latin (p. 58).
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COMPTES-RENDUS
invités à la noce de Pélée; cependant les déesses, avant de s'adresser à lui,
font un voyage à Troie pour consulter Jupiter. M. W. remarque que « ce va-
et-vient des déesses dans les versions slaves nous semble a priori peu naturel »
(p. 59). Mais, pour résoudre la question de savoir « si Paris faisait ou non
partie de la noce, antérieurement à la discorde des déesses », nous n'avons pas de
données positives ; car, dans différents remaniements, il y a trace d'une double
tradition. Ainsi, dans la Trojumannasaga, Jupiter est présent à la noce; mais
Paris n'y est pas, et les déesses s'en vont à sa recherche. La première relation
d'Armannino signale Paris parmi les invités, mais le jugement des déesses est
raconté ailleurs : c'est un songe qu'avait fait Paris un jour qu'il était allé à la
chasse. Dans le Chronicon AUinate t les déesses vont directement du festin de
noces à la recherche de Paris, qui évidemment n'y prenait point part. De
même chez Boccace et dans une légende latine, Liber exitii Troje\ où il
est dit que les dieux assistaient à la noce de Pélée (p. 59-60). M. W. montre
que le poème allemand de Konrad de Wùrzbourg occupe une place intermédiaire
entre les deux rédactions : Paris n'est point du nombre des invités à la noce;
les déesses l'envoient chercher; mais, après le jugement, Vénus lui donne de
beaux habits et Paris prend part au festin. M. W. réfute l'explication pro-
posée par M. Greif, suivant lequel ce trait doit être attribué à l'imagination
du poète allemand. Il lui semble préférable d'admettre que Konrad avait
puisé à deux sources différentes qu'il a tâché de réunir : n'ayant point d'abord
mentionné Paris parmi les convives, conformément à une version de la
légende, ce poète le ferait tout de même prendre part au festin d'après une
autre rédaction. De même les versions slaves ont pu fondre deux traditions :
la première racontant la jeunesse de Paris (le combat des taureaux et peut-être
aussi les amours avec Oenone) et se terminant par le combat avec ses frères à
Troie, après lequel Paris est reconnu par ses parents, la seconde traitant des
noces de Pélée, où elle faisait intervenir Paris. Le voyage des déesses à Troie
dans la version slave serait donc une réminiscence très altérée de la première
tradition (p. 63-64).
M. W. termine son étude en parlant de l'allusion à la jeunesse de Paris
que fait Guiraut de Calanson*. Il remarque que, si l'ordre de l'énumération
des sujets épiques mentionnés par l'auteur n'est pas fortuit (ce qui pourtant
est bien probable), on serait enclin à interpréter le « rei Flavis » comme cor-
respondant au roi Felesch de la légende slave, au Feleus de la Trojumannasaga,
au Felleo de la Trojano. Alors le texte provençal ferait se succéder les épisodes
de l'histoire de la jeunesse de Paris d'après le plan suivant : « l'apparition
de la Discorde, les noces (?) de Pélée, l'éducation de Paris. » (p. 65)
1. Le texte de cette légende a été communiqué à M. W. par M. Gorra,
d'après le ms. Ricard. n° 881 (xyi c siècle), décrit par M. Parodi, / rifacitnenti
e le tradtuponi itcd. delï Enéide di Virgiîio (Studj di filologia romança , t. II,
p. 182-3).
2. Bartsch, Denkmaler der prov. Lit., p. 96-97.
wesselofsky , Recherches pour servir à Vhist. du roman 3 1 1
8° Le dernier épisode indiqué , la construction de Troie avec le concours
des démons, précède dans les versions croates le récit des noces de Pélée, tan-
dis que, dans les versions russe et bulgare, il est intercalé après le retour de
Paris à Troie. M. W. le compare à une légende sur Salomon qui se trouve
dans la « Paleja » russe : le roi Darian (Darius) pose une énigme à Salo-
mon, qui promet à celui qui la devinera le tiers de l'argent que lui
enverra le roi de Perse. C'est un démon qui la devine. Salomon ayant
reçu trois tonneaux remplis d'argent, trompe le démon en ne lui donnant
que l'argent qui recouvre un tonneau renversé. De même Priam trompe les
démons qui l'ont aidé à construire la ville (p. 68).
Cet épisode, du reste, n'a pas de rapports avec la légende des enfances de
Paris, qui, selon l'opinion de M. W., aurait servi d'original à la première
partie des versions slaves du roman de Troie. Il ne croit pas pouvoir se pro-
noncer définitivement sur la question de savoir si cette légende formait un récit
à part ou si elle faisait partie d'une rédaction perdue du roman de Troie ;
mais il incline plutôt à cette dernière supposition (p. 67). L'analyse de la
seconde partie du roman slave, qui présente plusieurs allusions aux œuvres
d'Ovide, le confirme dans l'idée que ces deux parties formaient une seule
composition, qui a servi d'original au traducteur slave (p. 97). M. W. pour la
seconde partie ne continue pas la comparaison du texte slave avec les ver-
sions occidentales du roman, qui, du reste, serait ici superflue, vu qu'il n'y a
pas à restituer une légende perdue comme pour l'histoire de la jeunesse de
Paris. Aussi M. W. ne fait que reproduire les rapprochements signalés par
M. Greif (/. c.) et indique les divergences d'un intérêt secondaire entre les
versions slaves (p. 69-95).
Quant à la morale déduite de la fable, elle semble appartenir au traducteur
slave. Il assure que la destruction de Troie est une punition de Dieu, qui
châtie ceux qui pèchent par un excès d'ambition. M. W. s'étonne de ne pas
rencontrer dans cette conclusion une autre idée éthique , celle de la a mau-
vaise femme », Hélène, qui occasionna le malheur des peuples. Celle-ci est la
plus populaire au moyen âge dans l'appréciation de la légende de Troie.
M. W. cite deux fragments latins, d'après Wattenbach, Ganymed und Helena
(Zs. f. deutsch. Aîterth. XVIII, p. 1 3 5), et d'après Huemer, Ein Trojanerlicd ans
dem MitteMter {Zs. f. die oesterreich. Gymn. 1887, 1, p. 9). Quoi qu'il en soit,
la morale de 1' « ambition châtiée » semble être inspirée par les idées de
« prouesse, d'honneur et de courtoisie », que le traducteur slave trouvait dans
son original. Ces idées chevaleresques accusent les éléments romans qui
devaient faire partie de cet original et, bien que ce dernier ne nous soit pas
parvenu, M. W. croit qu'il devait être nécessairement latin ou roman.
II. — Récits blancs-russiens sur Tristan, Bovon et Attila dans un manuscrit de
Posen (p. 123). — Après une courte notice sur la langue et le contenu du
recueil de Posen (p. 12 5- 131), M. W. étudie les sources des contes insérés
dans ce recueil. Il commence par le roman de Tristan et Iseut (p. 13 2-228).
i° La version russe de ce roman se rapproche des remaniements français
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COMPTES-RENDUS
en prose, quoiqu'on soit enclin à supposer que la version serbe qui lui a servi
de base remonte directement à quelque version italienne de la légende. Or
voici comment M. W. résume les rapports de la version russe avec la ver-
sion italienne publiée par Polidori (La Tavola Rilonda) et les anciennes édi-
tions françaises des versions en prose (M. W. s'est servi des éditions de 1531,
1520 et 1489) : « La confrontation des textes nous donne le résultat sui-
vant : d'abord nous devons admettre que Porigihal italien supposé de la ver-
sion serbe différait du texte publié par Polidori ; ensuite il est à constater que
le Tristan russe marche, pour les trois quarts du récit, d'accord avec la version
française en prose (éd. 1533) et jusqu'à un certain point avec la version de
Polidori ; quant à la conclusion du roman, elle diffère essentiellement de ces
deux textes : de nouveaux détails y sont introduits; la catastrophe finale
est omise, et le tout produit l'impression d'un récit abrégé à la hâte ou
incomplet faute de renseignements » (p. 135-136). M. W. croit admissible
que le traducteur serbe ait traité librement le sujet, qui dans sa reproduction
ne manque pas d'un certain degré d'originalité. C'est à lui que M. W. attri-
bue le rôle presque tout à fait effacé que joue Lancelot dans le roman russe.
Quant au nom d'Ancelot qui est donné à ce chevalier, M. W. ne croit pas qu'il
remonte à une forme Ancelot fort douteuse comme on sait; à son avis,
c'est le traducteur serbe qui a pris 17 initial pour un article : VAticilotto^
de même qu'il a fait de Lasancis (— lo Sancis) Samsisch (p. 136). M. W.
analyse successivement tous les épisodes de la première partie du roman,
qui ne présentent point de grandes divergences avec les versions romanes
en prose (p. 138-193). Une distinction réelle ne commence qu'après l'épi-
sode de Palamède : dans la version russe, ce n'est point Iseut qui , par une
promesse téméraire, se trouve livrée à Palamède, puis ramenée par
Tristan chez son mari. La situation est autre : c'est le roi Marc qui a perdu
sa femme au jeu, et quand Tristan la délivre, Iseut lui dit que ce n'est plus
la peine de retourner chez un mari qui s'est conduit d'une manière si honteuse.
Il en résulte que c'est le mari qui a tort, et M. W. fait remarquer que cette
modification donne un tout autre caractère à la rédaction slave : la faute
retombe entièrement sur Marc, et, le plan du récit étant modifié (Iseut reste
avec Tristan), toute une série de rendez- vous furtifs entre Tristan et Iseut
disparaît naturellement ; l'impression de leur culpabilité n'est pas mise en
relief par leurs ruses et leurs rapports clandestins. Par là, leur amour semble
plus pur au point de vue moral ; « leur passion fatale est aussi plus inébran-
lable, car Tristan n'épouse point la seconde Iseut » (p. 194). La succession
des épisodes dans cette partie du roman est à peu près inverse de celle que
présentent les versions françaises et italiennes (p. 195-224). Quelle que soit
la part d'originalité qu'on puisse attribuer au traducteur serbe, M W. croit
cependant qu'il avait à sa disposition deux versions différentes, dont il
s'est servi successivement pour la première et pour la seconde partie du
roman. Cette duplicité de sources se trahit en partie dans la manière de tra-
duire les noms propres. Ainsi, dans la première partie, Keu est appelé
wesselofsky, Recherches pour servir à Thist. du roman 3 1 3
Kenich (peut-être : Keiich?), dans la seconde Gueouch. De même
Guenièvre est nommée Velivcra, plus tard Jenibra. En outre, le récit pré-
sente quelques inconséquences (p. ex., dans la première rencontre de Tristan
avec Lancelot, il est dit qu'ils se connaissaient déjà, quoique Lancelot n'ait
pas encore été mentionné). La seconde partie offre de plus un style diffé-
rent de la première : il est plus conforme au style populaire , et le traducteur
semble rechercher une terminologie plus courante (p. 224-226). Il paraît
même opposer son orthodoxie à la religion « latine » (p. 227-228). Ainsi ,
ayant suivi une autre version pour la continuation de son récit, le traduc-
teur serbe l'aurait traitée bien plus librement qu'il ne faisait la première, en
aurait modifié le plan et finalement omis la conclusion ; car, après avoir parlé
de la blessure de Tristan et de sa maladie, il se contente de dire : « ... Iseut
se mit à le soigner aussi bien qu'elle put. Et je ne sais pas s'il guérit de ses
blessures ou s'il en mourut. Autant est écrit de lui. »
20 Le chapitre suivant (p. 229-30$) est consacré au récit sur Bovon
d'Hanstone , qui est nommé dans les versions slaves Bovo ou Bova. Le texte
du ms. de Posen présente la plus ancienne version russe de ce conte, qui
jouit d'une grande popularité en Russie et qui est connu dans toute une
série de remaniements. On peut dire que Bovon est le héros de l'épopée
chevaleresque qui s'est le mieux acclimaté en Russie ; il a passé dans la
tradition populaire, et son histoire a subi de nouvelles transformations.
M. Nyrop l'a signalé dans son histoire de l'épopée française, en supposant
que des versions italiennes furent transmises aux Slaves par l'intermédiaire de
versions grecques. Cette opinion est réfutée par M. W. (v. Archiv f. Slav.
Pbil., 1884, t. VIII p. 330, et ibid. t. IX, p. 310), qui croit à une transmis-
sion directe. M. W. confronte le texte du ms. de Posen avec les versions
romanes analysées par M. P. Rajna (/ Reali di Francia t etc., Bologna, 1878;
Fratnmenli di reda^ioni italiane del Buovo d'Antona, au tome XI de la
Zeitscl)r. f. rom. Philologie; pour les mss. français, voy. P. Meyer, Daurel et
Breton, introduction, p. xxi, note 1) et avec la version Scandinave publiée
par Cederschiôld (Fornsôgur Sudhrlanda, Lund, 1884). Cette comparaison
aboutit principalement à signaler les particularités du style de la traduction
slave, qui, en somme, est assez conforme à la version vénitienne du roman,
dont il n'y aurait que deux épisodes d'omis (p. 277-280). Pourtant la version
slave est plus longue, ce qui fait supposer à M. W. que, vu la conformité
générale avec la version vénitienne, la fin du récit devait appartenir à la
même rédaction : il est inutile, pense-t-il, d'admettre la supposition de
M. P. Rajna, suivant lequel cette partie, qui manque dans le ms. vénitien ,
mais qui est reproduite dans une version toscane en ottava rima , ne serait
qu'une invention du remanieur toscan (p. 242). M. W. croit, de plus, qu'il
faut admettre deux remaniements en ottava ritna, les deux éditions de 1491
et 15Î7 différant l'une de l'autre (p. 243-244). Après avoir comparé le texte
de Posen avec les versions ci-dessus citées, M. W. s'occupe des autres rema-
niements russes de la légende de Bovon, qui, d'après son avis, remontent au
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COMPTES-RENDUS
même original serbe qui a servi de base à la version de Posen (p. 285-30$).
30 Dans le dernier chapitre (p. 307-359), M. W. fait un résumé des
recherches entreprises sur l'histoire de la légende d'Attila, et y joint
quelques nouveaux rapprochements et des considérations personnelles. Ainsi,
analysant les travaux d'Am. Thierry {Histoire <T Attila et de ses successeurs ,
1874), de M. A. d'Ancona (La leggenda d'Attila, dans Studj di critica e storia
Utt., 1880, Antichi poemetti populari italiani, Bologna, 1889), il compare la
version italienne de Niccolo da Casola (xivc siècle) avec un récit sur l'origine
des Kirguises publié par Radloff (Proben der Volksliteratur der tùrkiscben Stàmme
Sàd-Sibiriens, III, p. 80) (p. 312-31 3). Plus loin, M. W. donne des extraits de
r Histoire de Atile, d'après le ms. de la bibl. de St. Marc , cl. X, cod. XCVI,
f. 19 et suiv. (p. 352-359, appendice à la page 322). Enfin il étudie les reflets
de la légende que M. Heinzel croit avoir découverts dans la poésie Scandi-
nave (Ueber die Hervararsaga, Wien, 1887). M. W. ne croit pas la conjecture
de M. Heinzel tout à fait sûre , d'autant plus que le nom d'Attila ne figure
point dans la Hervararsaga : le roi des Huns y est nommé Humli. « Peut-être,
dit M. W., ce nom est-il non point historique, mais épique, et est-il superflu
de rechercher en lui une substitution postérieure au nom d'Attila » (p. 348).
M. W. croit à une influence probable des traditions épiques russes sur
l'ancienne littérature Scandinave (p. 349-350).
La publication des textes du recueil de Posen (p. 1-272) termine le
volume. Th. Batiouskof.
Lestorie des Engles, solum la translacion maistre
Geffrei Gaimar, edited by the late Sir Thomas Duffus Hardy and
Charles Trice Martin. Published by the authority of the Lords commis-
sioners of Her Majesty's Treasury, under the direction of the Master of
the Rolls. London, Eyre and Spottiswoode, 1888-9. Deux vol. in-8, liij-404
et xlij-296 pages.
L' « Histoire des Anglais » de Geffrei Gaimar a peu de valeur historique ,
étant une compilation rédigée d'après des textes en grande partie connus
sous leur forme originale ; elle ne se recommande pas non plus par le mérite
littéraire. C'est cependant un poème d'une certaine importance, en raison de
sa date, qui est ancienne et assez bien déterminée (entre 1 147 et 1151)', et
des détails précis que l'auteur nous fournit sur les circonstances dans
lesquelles il a composé son ouvrage et sur les sources qu'il a eues à sa
disposition. Quatre mss. assez divergents nous ont conservé l'œuvre de
Gaimar, ou plutôt ce qui nous en est parvenu, car la première partie, celle
où était contée l'histoire des Bretons d'après Geffrei de Monmouth, nous
1. Voy. Th. Wright, Biograpbia Britannica litteraria , II, 153; cf. Vising,
Etude sur le dialecte angb-normand, p. 33-4.
gaimar, L'estorie des Engles 315
manque. On a dû cesser de la copier lorsque d'autres versions de la même
histoire, et notamment le Brut de Wace, eurent obtenu la préférence. En
£iit, dans les trois plus anciens mss. de Gaimar, 1' « Histoire des Anglais »
est transcrite à la suite du Brut de Wace. Diverses publications ont depuis
longtemps mis à la portée des érudits ce qui subsiste de l'œuvre de Gaimar.
Dès 1828 Sir Fr. Madden en avait imprimé la partie qui concerne Havelok le
Danois (The aucun t english romance of Havelok t/x Dane^ pp. 149-180;
Roxburghe Gub). En 1836, M. Fr. Michel en a publié la fin, depuis le
v. 5135, dans le t. I de ses Chroniques anglo-normandes, d'après le ms. du
Collège héraldique de Londres; en 1848, Pétrie (fi842) et Sharpe en
donnaient la plus grande partie (vv. 1-5346 et la fin) dans le t. I (seul paru)
des Monutnenta historica Britannica. La base de cette édition est le ms. du
Musée britannique; en notes sont données les variantes des trois autrs mss.,
ceux de Durham , de Lincoln , et du Collège héraldique de Londres. Enfin ,
en 1850, une édition complète, ayant toujours pour base le ms. du Musée
britannique , mais où il n'est guère fait usage des autres mss. , était publiée
par les soins de M. Th. Wright, pour la Caxton Society. L'ouvrage a été tra-
duit en anglais, en 1854, par le Rev. J. Stevenson. Jusqu'à présent, l'édition
qui permettait le mieux de se rendre compte de l'état du texte était celle des
Monutnenta y qu'accompagne un relevé de variantes assez complet. Mais cette
édition, peu répandue en dehors des grandes bibliothèques et peu maniable,
oe donne pas la totalité du texte. L'édition de Th. Wright est la seule com-
plète, mais le texte du Musée britannique, qu'elle reproduit, est très souvent
fautif, outre qu'elle ne donne pas, sinon bien accidentellement, les variantes.
Il y avait donc place pour une nouvelle édition, et on conçoit que cette édi-
tion devait assez naturellement faire partie de la grande collection des Rerum
britannicarum medii avi scriptores, connue aussi sous le nom de a collection
du Maître des rôles ».
L'édition dont nous allons rendre un compte sommaire (il n'y a pas lieu ,
malheureusement , de s'y arrêter longtemps) fut commencée , il y a bien des
années, par Sir Thomas Hardy, l'ancien « deputy keeper » des Rôles, et resta
inachevée, avec d'autres ouvrages importants, lors du décès de cet érudit si
méritant, il y a une douzaine d'années. Il est difficile de partager équitable-
raent la responsabilité de la publication entre le premier éditeur, Sir Thomas,
et M. Ch. T. Martin qui a été chargé de mener l'œuvre à fin. Cependant il
est juste de reconnaître que M. Martin n'est pas responsable de rétablisse-
ment du texte, puisqu'il l'a trouvé en partie imprimé et qu'il a dû poursuivre
selon le plan adopté. Les préfaces placées en tête des deux volumes et la
traduction qui occupe le tome II sont, au contraire, son œuvre personnelle.
Ceci dit, nous devons reconnaître que l'édition tout entière laisse, à divers
égards, considérablement à désirer. Sir Thomas, qui avait une connaissance
profonde des sources de l'histoire d'Angleterre et une grande expérience des
textes latins, était évidemment peu familier avec l'ancien français, et surtout
avec la critique qu'il convient d'appliquer aux textes écrits en cette langue.
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3 1 6 COMPTES-RENDUS
L'édition, telle qu'il l'a conçue, ne diffère pas sensiblement de celle que ren-
ferment les Monumenta Iristorica, à laquelle, du reste, il avait pris part après la
mort de Pétrie. La différence principale consiste en ce que, dans la nouvelle
édition, on s'est abstenu de marquer l'apostrophe et les accents. Pour les
accents, je n'y vois pas d'inconvénient ; mais je n'aperçois pas l'avantage qu'il
peut y avoir à écrire kil, lad, marna, etc., quand Vil, Vad, m'ama seraient plus
intelligibles. La disposition des variantes est à peu près la même que dans les
Monumenta,, sauf que les lettres désignant les mss., B C D, ont été remplacées
par D (Durham), L (Lincoln), H (Herald's Collège). De part et d'autre, les
variantes sont données complètement jusqu'au v. 166. A partir du vers 167
les variantes purement graphiques sont omises. Le relevé est cependant plus
complet dans la nouvelle édition. Il y a aussi, d'une édition à l'autre, quant
à la graphie des variantes, certaines différences dont je ne me rends pas bien
compte. Dans les deux éditions la disposition de ces variantes est à certains
égards défectueuse. Par exemple, les omissions, dans les mss. D L H,
sont indiquées ainsi: « two lines omitted... four Unes omitted, » etc. Si, par
exception, on a introduit quelques vers des mss. D L H dans le texte, cette
opération sera indiquée en ces termes : « 407 Six lines supplied frora D. L.; the
spelling différent. » Ce n'est ni clair ni commode. L'usage est d'indiquer le
vers où commence la lacune et celui où elle se termine, et là où on nous dit
que six lignes sont suppléées d'après D L, comme la graphie de ces deux mss.
diffère (the spelling différent), il faudrait dire si c'est le texte de D ou celui de
L qu'on a adopté. Sans insister plus que de raison sur ces détails , je passe à
une critique qui a plus de portée. Il suffit de comparer quelques pages du
texte, qui reproduit le ms. du Musée britannique, avec les variantes données
en note, pour voir que très souvent la bonne leçon est fournie par les mss.
traités comme accessoires, surtout par ceux de Durham et de Lincoln. Il
semble que, dans une édition faite surtout pour des historiens, il eût été i
propos de substituer ces bonnes leçons aux leçons défectueuses du ms.
principal, au Heu d'obliger le lecteur à se faire lui-même son texte. D'ailleurs,
le système adopté dans cette édition n'est pas absolument logique. On se
refuse à introduire dans le texte un mot emprunté aux mss. auxiliaires, alors
que ce mot serait nécessaire pour rétablir le sens ou la mesure, et on y intro-
duit des vers entiers empruntés à ces mêmes manuscrits 1 . Parfois même on
rectifie un nom de lieu ou de personne, estropié dans le ms. principal. Ne
soyons pas trop sévères pour ce défaut de logique. Au moins aurait-il été à
propos d'appeler en note l'attention du lecteur sur celles de ces variantes qui
représentent certainement la leçon de l'auteur, et sans lesquelles le texte est
incorrect, souvent même inintelligible. Ces notes, qui pouvaient être rédigées
très brièvement (au besoin un signe typographique, un astérisque par exemple,
1. Par ex., les vers 1778-9, qui du reste ne suffisent pas à combler la
lacune, car le sens ne se suit pas du vers 1779 au v. 1780, et lés vers 1777 et
1780 n'ont pas de rime, ce que l'éditeur aurait dû faire remarquer, d'autant
plus que Wright, dans son édition, avait signalé la difficulté.
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gaimar, L'estorie des Englcs 317
eût suffi), n'auraient pas sensiblement augmenté le nombre des pages, car
chaque variante forme un alinéa, et il reste vers la marge de droite beaucoup
d'espace non employé. On comprend que je ne puis songer à proposer des
améliorations à un texte qui reste entièrement à faire.
Des deux préfaces, la première contient la description des manuscrits et des
observations sur le texte; la seconde traite de Gaimar et de la composition
de son ouvrage. Elles sont Tune et l'autre très insuffisantes. U est visible que
l'auteur a manqué, sur tous les points, de la préparation nécessaire. La
seconde préface contient quelques notions utiles, mais encore bien incom-
plètes, sur les sources de Gaimar 1 , mais que de questions essentielles qui ne
sont même pas abordées, que d'assertions hasardées ou erronées! L'idée
exprimée, p. xj (tome II), que le nom de Gaimar serait dérivé du nom de lieu
Waimara (maintenant la rue Gétnare), à Caen , n'a aucune probabilité. C'est
au contraire Waimara qui vient du nom Waimarus, dont on a bien des
exemples; voy. Fœrstemann, Altdeutsches Namenbuch, I, 1228, au nom
Weimar. Parmi les ouvrages relatifs à Gaimar, qui sont mentionnés p. xl, on
lit « Roman ia, IX, 480 ; Kupferschmidt, Die Haveloksage bei Gaimar. » Ce sont
là des notes bibliographiques ajoutées pour faire nombre, mais si l'éditeur a
trouvé à l'endroit indiqué de la Romania le titre de la dissertation de
M. Kupferschmidt, il ne parait pas qu'il l'ait lue (il n'indique même pas
qu'elle a paru dans le t. IV des Romanische Studien). Cependant cette disser-
tation, que l'on en adopte ou non les conclusions sur le rapport du poème
appelé, assez improprement, le lai d'Havebk, avec l'histoire de Gaimar, méri-
tait d'être prise en considération. A vrai dire, la question qui y est traitée n'a
pas même été examinée par l'éditeur, qui se contente (p. xxij) de renvoyer,
pour cette question, au Catalogue of romances de M. Ward.
Mais c'est la préface du premier volume qui laisse le plus à désirer. On y
trouve la description des mss. et quelques observations sur la langue de
l'auteur, le tout présenté sans ordre, et, s'il faut le dire, sans aucune connais-
sance du sujet. La description des mss. est disposée d'une façon très impar-
faite, même au point de vue purement typographique ; les remarques de
l'éditeur et les citations sont imprimées dans le même texte, ce qui ne con-
tribue pas a introduire la clarté dans un exposé d'ailleurs assez confus. Il y a
de plus des erreurs graves, par exemple p. xi, où M. Martin mentionne
comme étant Y Image du monde un poème dont le début est : Cumencement de
sens est la pour de Dieu. C'est le poème si connu d'Herman de Valenciennes*.
1. [Je rappellerai à ce propos que la vraie leçon du v. 6461 (E les transcen-
dances i mist), qui le rend seule intelligible, a été donnée d'abord par P. Paris
(Rom. delà T. K., I, 103, 1 1 1), puis ici (XV, 451). Le nouvel éditeur imprime
Lestransladanfes imist et traduit « He translated them, put in deeds ». D'après
M. Ward (Catalogue, I, 267), le ms. porte les transsàdenfes, mais c'est une
altération, par une seconde main, de la leçon primitive translaciances. — G. P.]
2. Sans doute cette erreur avait déjà été commise par Le Roux de Lincy
(Bruty p. Ixxij), mais Le Roux de Lincy ne connaissait ce ms. que par des
notes insuffisantes : il n'avait pas les premiers vers de l'ouvrage.
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3 18 COMPTES-RENDUS
En ce qui concerne le rapport des mss. et leur valeur relative, l'éditeur se
borne à reproduire le tableau généalogique donné par M. Vising dans son
Etude sur le dialecte anglo-normand du XII e siècle, sans aucune vérification.
L'observation qu'il ajoute (p. xliij) , pour montrer la supériorité du ms. du
Musée britannique , étant fondée sur un seul vers , n'a aucune portée. Quant
aux remarques linguistiques, elles dénotent la plus complète ignorance de la
grammaire de l'ancien français et des règles 4e notre ancienne versification.
Ainsi M. Martin remarque (p. xvij) que, à la fin des vers , la terminaison -ent
des troisièmes personnes du plur. « appears to be mute », mais qu'au v. 1528
(Arstrent en feu cum félons, « the -ent seems to count as a syllable. » Notons
en outre que M. Martin croit que feu forme deux syllabes et ne voit pas que
la restitution consiste à écrire cum[e]. Citons encore cette étonnante
remarque de la p. xv : « Volées, 1400, is certainly three syllables, but
« unithout etyraological reason, unless there is some confusion between
« vallatum and vàllis. » Il est inconcevable qu'on se hasarde à écrire sur des
matières dont on ignore aussi complètement les premiers éléments.
Je n'ai pas cru utile d'examiner de près la traduction qui occupe le second
volume, d'autant plus qu'il aurait fallu la comparer à celle de Stevenson, que
je n'ai pas à ma portée. J'y ai cependant jeté les yeux çà et là, et je suis porté
à croire que, si on voulait la soumettre à une vérification minutieuse, on y
trouverait la matière d'une critique analogue à celle que M. Atkinson a
consacrée jadis à l'édition de la vie de saint Edouard le roi, publiée dans la
même collection. Mais l'édition de la vie de saint Edouard a paru en 1858,
et bien des erreurs étaient excusables à cette époque. Donnons seulement
quelques échantillons. V. 1020 « La gent d'Escoce châtia » ; trad. « The
poople of Scotland fell there » (le traducteur s'est figuré que chaelad était
l'équivalent de dm lai). V. 1696 « Furent plusurs de guerre engrès » ; trad :
« Were many savage wars ». V. 1826 « Tut (lis. Tute) fu mort (lis. morte)
sa rascaille «, trad. « AU his men were killed ». V. 1900. Ore n'out nuls d'els
gueres de la terre », c'est-à-dire aucun d'eux n'eut guères de la terre, trad. :
« Then none had wars in the land ». V. 1906 « Mult mal aire home ki
traïst » , c'est-à-dire « mal erre », en anglais « badly fares the man who
betrays », c'est une maxime générale; trad. : « Of low estate was the man
who betrayed him ». Lai d'Havelok v. 317 : « Seignurs, tut al enpensé ai » ;
trad. « Lords, I have thought of it ail ». — Cela suffit.
L'index qui termine le second volume paraît fait avec soin et intelligence.
C'est tout ce qu'on peut trouver à louer dans cette publication mai venue. Il
n'y a pas de glossaire ; le lecteur jugera, d'après les observations qui pré-
cèdent, s'il y a lieu de le regretter. P. M.
1. Remarquons en passant que le plus ancien exemple de ce mot dans
Littré (racaille) est tiré d'Eustache Deschamps. On le trouve en anglais dès le
xiv* siècle, sous la forme rascalie, rascalk ; c'est l'angl. mod. rascal.
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piaget, Martin Le Franc
319
Martin Le Franc , prévôt de Lausanne. Thèse de doctorat présentée à
la Faculté des Lettres de Genève par Arthur Piaget. Lausanne, Payot,
1888, in-12, 270 p.
J'ai annoncé ici (XVI , 392) l'ouvrage que M. Piaget vient de publier, et
qui justifie la bonne opinion que j'en avais conçue d'avance. U comprend
essentiellement trois parties : la biographie de Martin Le Franc , l'analyse et
l'appréciation de ses ouvrages, et, à propos du Champion des Dames, un aperçu
de ce qui a été écrit avant et surtout après lui sur l'éternelle question des
femmes. Ces trois parties sont d'étendue et de valeur inégales : la première,
au sentiment des juges compétents qui ont examiné à Genève la thèse de
M. Piaget, est trop courte, et v aurait pu être étendue et précisée par des
recherches plus longues dans les archives de Suisse, de Savoie et d'Italie; telle
qu'elle est, elle complète sur plus d'un point les renseignements que j'ai
donnés ici. Les deux autres sont très satisfaisantes. L'exposition de M. Piaget
est sobre, agréable et claire ; ses appréciations sont judicieuses ; son informa-
tion est riche et sûre *, et, chemin faisant, sans se laisser aller à des digres-
sions hors de mesure, il communique sur bien des points de la littérature du
moyen âge des renseignements nouveaux et parfois curieux*. On voit
surtout qu'il est très familier avec la poésie française du xv* siècle, et on a
tout lieu d'espérer qu'il nous donnera sur ce sujet , encore fort incomplète-
ment exploré , des études d'une véritable valeur. On peut surtout attendre
avec confiance l'édition commentée du Champion des Dames que l'auteur nous
promet».
Je ne m'arrêterai en particulier qu'à un point , sur lequel M. Piaget a cru
devoir contredire une opinion que j'avais émise. J'ai essayé d'établir ici
1 . Quelques petites lacunes ou inexactitudes n'enlèvent rien à la vérité de
cette appréciation. Ainsi l'auteur aurait pu connaître parla Romania (XVII, 296)
la découverte du texte latin de Matheolus; il aurait dû citer sur la papesse
Jeanne des écrits plus récents et plus critiques que celui de Philomneste
junior, etc.
2. Signalons (p. 167) l'explication d'un passage de Francesco da Barberino
oui avait, à bon droit, embarrassé A. Thomas. D'après la comtesse de Die,
1 homme doit respecter la femme, quoniam vit de humo et terra lutosa creatus seu
jormatus extiterat, femina vero de nobilissima costa humana jam mundificata Dei
presidio y quod ex utriusque manus lavatione probabat. Lavattone est expliqué par
un singulier passage du Triomphe des Dames de Juan Rodrigues de la Cimara
(traduction française) : Après que la femme se aura une fois lavé son viairejou
ses mains par soingneuse diligence, toutes les fois que après se lavera telle demourra
l'eaue et aussi clerc comme elle estoit en son commencement; et par le contraire advient
de Tomme, lequel se par fois innumerables se lavoit, tousjours devendra Teaue
tourble.
3. Les textes cités sont bien imprimés; notons, p. 178, circuité au lieu de
cirante, p. 20$ et 209 wyt au lieu de vuyt : on ne saurait trop répéter que le
w au moyen âge est un signe à valeur variable qu'il faut savoir interpréter (à
moins qu on n imprime diplomatiquement) toux comme u et v, et qui peut
signifier w, vu, uv, uu et w.
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320
COMPTES-RENDUS
(XVI, 410 ss.), d'après un passage du Champion, qu'Alain Chartier était mort
en tout cas avant 1441. En effet, Martin Le Franc combat, à propos de son
jugement sur a la Belle Dame sans merci », Fauteur de Y Hôpital d'amours,
et ce poème présente Alain comme mort : Y Hôpital étant antérieur au Cham-
pion, qui est de 1442, mon argumentation paraît inattaquable. « Une allusion
de YEstrif [de Fortune et de vertu] au Curial d'Alain Chartier vient malheureu-
sement, dit M. P. (j>. 190), détruire tout ce raisonnement: Alain Chartier,
poète françois, nouvellement, a mon plaisir, descript a les misères de court. Nous
avons vu que YEstrif fut composé vers 1448 1 : Alain Chartier vivait donc
encore à cette époque, et le Curial, que les biographes placent ordinairement
avant le Bréviaire des Nobles, vers 1430, a été écrit vers 1448. » Pour appuyer
cette conclusion, M. P. est obligé d'admettre que le passage du Champion
renvoie non à Y Hôpital d'amours, composé sûrement après la mort d'Alain ,
mais à un autre poème antérieur, qui serait perdu, et où Ton feignait égale-
ment que la « belle dame sans merci » avait sa sépulture dans le cimetière
attenant à Y « Hôpital d'amours ». Il faut avouer que l'hypothèse est bien invrai-
semblable. Pour nous résoudre à l'admettre, il faudrait une nécessité qui
n'existe pas. Le passage de YEstrif allégué par M. Piaget a est mis dans la
bouche non de Martin lui-même, mais de Vertu, laquelle, après avoir
dit tout le mal possible de la vie des cours, cite au même effet un
écrivain moderne, Alain Chartier, qui, à son plaisir, — c'est-à-dire de
manière à la satisfaire, elle Vertu , — a décrit les misères de la cour. Il n'y a
rien à conclure de ce passage ni pour la date du Curial ni pour celle de la
mort d'Alain.
L'ouvrage de M. Piaget se termine par un chapitre sur les formes de versi-
fication employées par Martin Le Franc *, et par une notice des manuscrits,
qui, si elle avait été un peu plus détaillée, aurait pu fournir quelques rensei-
gnements de plus sur la biographie de l'auteur et sur la façon dont il publiait ses
œuvres. Les divers manuscrits du Champion et de YEstrif portent des suscrip-
tions variées qui paraissent émaner de l'auteur à différentes époques de sa vie.
Il aurait été bon de les relever toutes.
En résumé, le livre de M. Piaget est un très bon début dans l'histoire
littéraire. La Faculté des lettres de Genève, chez laquelle, paraît-il, l'usage
du doctorat était depuis longtemps tombé en désuétude, l'a très heureusement
renouvelé en accueillant le travail du jeune écrivain vaudois. G. P.
1 . M. P. a en effet établi avec vraisemblance cette date en tout cas comme
terminus a quo (p. 174).
2. Ms. B. N. fr. 11 50, fol. 226 r<>.
3. Notez, p. 257, une énuméranon, nécessairement incomplète, mais déjà
fort riche et intéressante, des poèmes composés dans la forme du huitain que
Martin Le Franc, comme Villon, a employé de préférence.
PÉRIODIQUES.
I. Revue des langues romanes, 4* série, t. U, juillet- septembre 1888.
— P. 321. E. Nadaut. La % parabole de V enfant prodigue en patois engoumoisin.
Ce n'est pas une traduction, mais une sorte d'imitation très lointaine et très
développée, puisqu'elle occupe plusieurs pages. Nous sommes loin de blâmer
cette façon de procéder, les traductions exactes ayant presque inévitablement
l'inconvénient de contenir des mots et des tournures étrangers au patois. Mais
nous aurions voulu que la notation des sons fût mieux définie. Les trois
d'introduction qui précèdent ce texte montrent que l'auteur ne se rend pas
pages compte de la précision qu'on exige en pareille matière. — P. 333.
P. Vidal, Mélanges ^histoire et de philologie catalanes. I. Une bibliottàque
lullienne à Perpignan vers 14s S- — H- Note sur V ancien tljéatre catalan
à propos d'un fragment de mystère du xivc siècle. Fragment trouvé da^ns un
registre de notaire. Ce morceau appartient à une copie catalane du mystère
languedocien de la Passion que renferme le mss. donné par M. Didot à {a
Bibliothèque nationale il y a quelques années. — III. Exercices en vers des
dernières années du xiv« siècle. — IV-XI. Diverses poésies amoureuses ou
religieuses des dernières années du xive siècle et du \v*, tirées de registres
de notaires. — XII. Feuillet d'un ms. (en prose) des premières années du
XlVe siècle. — XV. Indications d'éclipsés pour les années 1393 a 1402. —
P. 260 C. Chabaneau, Le roman de saint Fanuel (suite et fin). Notes et
corrections très nombreuses au texte publié précédemment dans la Revue.
M. Ch. ne peut se dissimuler que son édition ayant pour base un seul ms.,
non des meilleurs, où des poèmes originairement distincts sont confondus,
est à refaire, en tenant compte des indications données à diverses reprises
dans la Romania (notamment XVI, 43 et ss. ; 216 etss., 23$ et ss.). —P. 410.
P. Vidal, Documents sur la langue catalane des anciens comtés de Roussillon et de
Cerdagne (suite). — P. 431-54. Louis Castets, Prose latine attribuée à Pierre de
la Vigne. Cette a prose latine » est une poésie en quatrains de vers rhythmiques
bien connue {Vehementi nimium commotus dolore). Elle a été publiée d'après un
ms. de la Bibl. nat. par Du Méril {Poésies pop. latines, 1847, P- l6 3"77) et par
Huillard-Bréholles dans son livre sur Pierre de La Vigne. M. C. la réédite
d'après un ms. de Montpellier, donnant en note les variantes des deux éditions,
mais, comme il n'a pas revu le ms. de Paris, là où Du Méril et Huillard-
Bréholles sont en désaccord, il n'a pu décider entre les deux lectures. C'est
le plus souvent celle de Bréholles qui est la bonne. Mais on n'en est pas réduit
Romani*, XVlll. 21
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322
PÉRIODIQUES
pour cette pièce à deux mss. ; il y en a une troisième copie dans le ms. de la
Laurentienne XXIX, 8, fol. 61, que je crois de la main de Boccace (voy. ci-
dessus p. 184). Le texte, si j'en juge par quelques extraits que j'en ai pris
jadis, est en général assez correct. Au quatrain 63 on lit dans le ms. de Paris
Disputant de Pontio, Platone vel sorte. Le ms. de Montpellier substitue
Spontino à Pontio. M. C. n'adopte aucune de ces deux leçons, et leur substitue
Pîotino, parce que « le nom de Plotin a du moins un rapport avec celui de
Platon. » La raison est bien faible. La bonne leçon est Pontio, que donne
non seulement le ms. de Paris mais aussi celui de Flurence. M. C, qui ne
connaît peut-être pas les règles de la versification rhythmique, n'a pas vu que
Plotino f paroxyton, fausserait le vers. Il s'agit peut-être d'un « magister
Poncius provincialis », auteur d'une summa dictaminis, sur lequel voy. un
article de M. Hauréau, Hht. litt. XXVIII, 492-4. Cependant les écrits datés
de ce personnage sont de quelques années postérieures à Pierre de la Vigne.
Peut-être en avait-il composé d'autres antérieurement. En tout cas il ne peut
s'agir de Ponce Pilate, comme l'a supposé Du Mérll. Quant à sorte, c'est un
nom propre qu'il faut écrire avec une capitale. C'est Socrate; voy. Ch. Thurot,
Notices et extraits des tnss., XXII, 106. — P. 463. Bibliographie. Le roman de
Gâtèrent, p. p. Boucherie (Constans). — Œuvres de Goudeîin p. p. Noulet
(C.-C). — P. 468. Périodiques. ZeitscJmft f. rom. Phih, t. XI (Constans).
II. — Zeitschrift fur romanische Philologie, XII, 3-4. — P. 301, Schu-
chardt, Beitrâge \ur Kenntniss des kreolischen Romanisch. II. Zum Negerportugie-
sischen Settegambiens . — P. 322, Stimming, Ueber den Ver passer des Roman de
Jaufre. M. St. montre que c'est par une interprétation nullement nécessaire des
derniers vers de ce joli roman qu'on s'est jusqu'ici accordé, à peu près unani-
mement , à en faire honneur à deux auteurs , tandis que le fond et la forme
portent visiblement la marque d'une seule et même main. Il cherche ensuite
à fixer la date du poème, qu'il est porté à placer entre 1222 et 1232. Dans
une notice qu'il n'a pas connue, à l'aide d'arguments à peu près semblables
aux siens, j'ai rapporté Jaufrè aux années 1225-1228 (Hist. litt., XXX, 21$ ;
dans ce même article j'ai indiqué une version française de Jaufrè, restée
jusque là inaperçue). — P. 348, Golther, Zur Tristansage. Dans cet article,
M. G. résume et apprécie les dernières études parues sur le sujet (il n'a pu
encore connaître celle de M. Muret dans le dernier cahier de la Romania) , et
présente quelques remarques à l'appui des vues qu'il a déjà exprimées. U
persiste à restreindre autant que possible la part de l'élément celtique dans la
légende de Tristan, et je persiste, avec MM. Muret et Novati, à trouver qu'il
la restreint trop. D'après lui, la nature même du développement de la légende
suffit « à réfuter l'opinion de M. G. Paris, que Thomas aurait suivi le récit
d'un barde kymri Bledhericus ». Si M. G. avait lu plus attentivement
l'article auquel il se réfère (Rom., VIII, 425), il aurait vu que je n'ai pas émis
cette opinion ; j'ai dit au contraire que Thomas avait beau jeu à invoquer
P. M.
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PÉRIODIQUES
323
Breri, qui était mort, et que très probablement il ne prétendait s'appuyer sur
lui que pour a modifier la tradition de sa propre autorité » (cf. Rom., XVII,
609). Il ne s'en suit pas, naturellement, que Breri ne soit pas Bledhericus, et
rien n'engage à voir en lui, avec M. G., un des conteurs français qui avaient
précédé Thomas. Les remarques sur les noms de Tristan, Brengain et Iseut
sont intéressantes. M. G. rapproche le premier d'un Trostan (var. Torstan)
qui figure parmi des noms Scandinaves dans un texte relatif à l'Islande , et
qu'il croit cependant non Scandinave, mais irlandais; dans une note insérée
plus loin aux Mélanges (p. $24), M. G. revient sur ce point et identifie ce
Trostan avec le nom Drostan, dérivé de Drost, qui apparaît dans d'anciens
textes gaéliques; à un gaélique Drostan ou Trostan correspondrait un
kymrique Dristan ou Tristan. Tout cela est fort douteux, mais ce qui mérite
d'être retenu, c'est la présence du nom Tristan dans une charte du Liber
Landavensis de la fin du XI e siècle ; il paraît résulter de là que c'est Tristan et
non Tristran qui est la forme authentique. La forme la mieux autorisée du
nom de la suivante d'Iseut est Brenimin, qui ne cadre pas avec l'étymo-
logie kymrique Branwen ( « sein blanc » ) ; reste à trouver la vraie origine.
M. G. persiste à tirer Iseut d'un germanique Iswalda , ce qui est inadmissible :
Iseut est très probablement un nom germanique, et la raison de ce fait a été
fort bien indiquée (Rom., XVII, 606), mais le second élément en est bien
probablement -hiid , si fréquent dans les noms de femmes : les variantes que
présente le traitement de la voyelle (-eut, -out, -aut) sont les mêmes qu'offre
la voyelle de ce suffixe dans d'autres noms (Maheut, Mahaut, Mahout; cf. Bru-
nebeut rimant avec Iseut dans Fol. Berne, v. 164) ; la chute de Vh tient à sa
position après Vs. Sur le rapport des poèmes français et des récits plus anciens
où ils ont puisé , M. G. présente des observations très dignes d'attention ; la
discussion des détails m'entraînerait trop loin. Il ne veut pas que les conteurs
fiançais aient eu pour sources directes des récits anglais, et trouve les raisons
que j'ai données à l'appui de cette opinion sans valeur; j'avoue que je ne
comprends pas bien comment Marie de France , écrivant en français , aurait
éprouvé le besoin d'expliquer chevrefoil par gotek) si elle n'avait pas pris le
mot dans une source anglaise ; M. G. trouve tout naturel que chez des
poètes écrivant en Angleterre « englische Wôrter... als Erklàrungen (!) dem
franzôsischen Begriffe zur Seite treten ». Si lovedrinc était un mot anglais qui
se retrouvât ailleurs en anglo-normand, je ne l'aurais naturellement pas cité;
mais il n'apparaît que dans deux passages de Béroul pour désigner le breuvage
d'amour qui perdit Tristan et Iseut, et j'ai dès lors le droit de le croire
emprunté à une version anglaise de la légende. M. Novati a soutenu que
l'honneur d'avoir introduit dans le roman breton la conception de l'amour
courtois, honneur que j'ai attribué à Chrétien de Troies, revient en réalité à
Thomas; M. Muret a fort bien répondu à cette assertion (Rom., XVIII, 176).
M. Golther croit aussi que Chrétien est le véritable initiateur, mais il pense
que Thomas l'a connu et imité, car il a écrit « au plus tôt en 1170, environ
entre 1 170 et 1 180, donc en tout cas après le Lancelot ». M. G., qui me reproche
324
PÉRIODIQUES
de ne pas donner de raisons pour mettre le Tristan de Thomas entre 1 160 et
1 170, n'en donne pas davantage pour l'avancer de dix ans. En tout cas, je ne
vois dans l'œuvre du poète anglo-normand aucune trace d'imitation du trou-
veur champenois ; si Thomas a eu des modèles pour son style, ce qui est fort
probable, c'est bien plutôt les auteurs des divers romans imités de l'antiquité
{Troie, Entas, Thèbes), dont nous connaissons la popularité en Angleterre. Il
est avant tout anglo-normand ; ses qualités même sont de celles qui appar-
tiennent à la poésie anglaise, et elles nous frappent d'autant plus qu'elles con-
trastent avec le caractère habituel de la poésie purement française, comme est
celle de Chrétien. — P. 364, Osterhage, Anklânge an die germanische Mythologie
inder altfran^ôsischen Karissage. IV. Chanson de Roland. M. Osterhage poursuit
le cours de ses rapprochements, aussi savants et parfois ingénieux que, dans
mon opinion au moins, inutiles. Il s'agit d'établir que Ganelon, beau-père de
Roland, et qui le fait périr, est en réalité le « substitut » du père qui tue son
fils , lequel père à son tour n'est autre que le symbole du soleil ou du ciel .
qui , après avoir produit toute végétation , la détruit. L'auteur accorde bien
qu'il y a un fond historique dans l'épopée française , mais il est bien difficile
de le séparer du mythe : « Le passage d'Eginhard est-il vraiment l'expression
historique des événements racontés dans le Roland , ou bien l'historien a-t-il
simplement attribué, par un procédé évhémériste, les faits racontés dans la
chanson au porteur du nom « Roland » qui lui était le plus connu ? C'est une
question que je suis obligé de laisser sans réponse. » — P. 381, Werth,
Alfranyôsische Jagdlehrbûcher nebst Handschriftenbibliographie der abendlàndischen
Jagdlitteratur ûberljaupt; continuation de ce très important travail. — P. 416,
Tobler, Vermischle Beiiràge ytr franipsiscben Grammatik , nouvelle série. 7.
L'auteur étudie et essaye d'expliquer, avec sa science et sa pénétration accou-
tumées, différentes constructions où entre le comparatif (Brochent ad ait pur le
plus tost aler, Ja de cesl jue ne Cert le pis; Que plus vivent, plus le ior mentent ;
plus la veoit et plus /* plaist; Estre vos en porroit de pis); impossible d'analyser
ces observations délicates ; je dirai seulement que j'aurais bien dé la peine à
comprendre le, dans les deux premiers cas, comme répondant au lat. eo, à
l'ail, desto; il me semble que cet emploi de le peut se rattacher à l'usage fré-
quent en ancien français (surtout avec le pis, le mcillor, le tioau^, le sordeior)
de faire précéder le comparatif de l'article, originairement destiné à marquer
la différence entre deux objets seulement; peut-être aussi le doit-il dans
quelques exemples être considéré comme se rapportant à l'infinitif et non au
comparatif; le de des phrases citées en dernier est resté inexplicable à
M. Tobler, et pour avoir quelque chance de réussir où il a renoncé
il faudrait une longue méditation; en tout cas l'idée de reconnaître
dans le de le the anglais n'est sans doute émise que comme preuve que
l'auteur a retourné dans sa pensée toutes les explications possibles. —
8. Remarques sur l'accord du participe avec le sujet et non avec le régime
dans le passé des verbes réfléchis , même quand ils ont un régime indirect
(il s'est esloigniei, ele s'est donee gran\ cous). Parfaitement d'accord sur les faits
PÉRIODIQUES 325
avec M. T., je différerais peut-être un peu de lui sur l'explication originaire
(il renvoie à un article de lui paru il y a 25 ans dans un journal suisse, et
auquel je ne puis me reporter). 11 me semble que le point de départ de toute
cette curieuse évolution est dans les verbes réfléchis où le régime n'est
qu'apparent, explétif, où le sens est celui d'un verbe neutre. On a d'abord
donné aux verbes neutres un passé indéfini avec être, ce qui était fort natu-
rel : il trient, il vint, il est venu^ (l'essentiel est ici le résultat et non l'action,
d'où le choix du verbe être : il a venu aurait mal rendu l'idée). A certains
verbes neutres , qui exprimaient un état prolongé et interne , on a ajouté le
pronom réfléchi pour exprimer cette nuance : il se tait au lieu de tout, et dès
lors il s'est teû\ , qui est à il se tait ce que il est venu\ est à il vient (il s'a tu
aurait, comme il a venu, exprimé trop nettement une action). Dans les
verbes actifs employés avec le réfléchi, l'action est considérée comme exercée
par l'agent sur lui-même, et l'intériorité de l'action la convertit presque en un
état (se plaindre ressemble beaucoup à se taire) ; de là l'assimilation : il se
plaint, il s* est piain^ comme il se tait, il s'est teù%. Enfin on est allé plus loin
par une assimilation de forme, au lieu que jusque là c'est la considération du
sens qui avait dominé ; on a dit : il se sont batu et non batu^, bien que le verbe
se batre, quand il s'agit de deux personnes, ne soit plus un verbe réfléchi dans
le même sens que se plaindre, et finalement il s est batui la face, parce qu'on
était habitué à rapporter, dans ces constructions, le participe au sujet.
M. Tobler pense que le point de départ est l'emploi du passif : il est esloignie\,
d'où il s'est esloignie\; cette évolution me paraît moins vraisemblable. Dans
un long et fort intéressant appendice, M. T. examine la question de savoir à
quel cas est le réfléchi quand il se joint à des verbes neutres (il se rit , il s en
va), et conclut avec toute raison qu'il est a l'accusatif, et que le verbe réfléchi,
dans ce cas, a une vraie fonction de « moyen ». — 9. Précieuses remarques
sur divers emplois du pronom possessif en français ancien et moderne. —
B. 436, Tiktin, Der Vocalismus des Rumâtiiscljen (suite et fin). — P. 463,
Rajna, Frammenti di redajioni italiane del Buovo d* Antona*(c(. Rom., XVII,
149). II. Avan\i di una versione toscana in prosa. Ces fragments sont conservés
dans un ms. de la Riccardienne à Florence ; ils y sont précédés par une ver-
sion jusqu'ici inconnue du thème de Fioravante, que M. R. compare à celles
qu'il a déjà étudiées (voy. Rom., XIII, 607). Après avoir indiqué la place qui
revient à la nouvelle rédaction de Bovo dans le groupe des versions italiennes,
M. R. montre, par une sagace et persuasive comparaison, que cette rédaction
a très probablement été faite sur le poème cyclique des Royaux de France, dont
le fameux ms. XIII de Saint-Marc nous a conservé une partie ; malheureuse-
ment le ms. riccardien s'arrête avant le moment où commence le ms. de
Venise. J'ai conjecturé (Rom., IX, 54) que la partie manquante du ms. XIII
contenait le Fioravante et les autres récits qui forment la première partie des
Reali di Francia; M. R. confirme cette hypothèse, et pense que cette partie
est représentée par la version en prose du ms. Riccardi ; seulement , d'après
l'ancien catalogue Gonzague, le ms. XIII, qui n'a plus que 95 feuillets, en
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326 PÉRIODIQUES
aurait eu 218 : il manquerait par conséquent 123 feuillets; M. R. trouve qu'il
n'y a pas moyen de remplir un si grand espace avec ce qu'on peut légitime-
ment supposer avoir servi d'introduction aux poèmes conservés dans le
ms. XIII, et il suppose que 218 est une faute du rédacteur du catalogue pour
1 18, en sorte qu'il ne manquerait que 23 feuillets. S'il en est ainsi, la version
en prose du ms. Riccardi nous aurait conservé à peu près exactement le début
de cette compilation franco-italienne, si importante pour l'histoire de
l'épopée française en Italie. Signalons encore les remarques intéressantes du
savant critique sur les diverses rédactions de Bovon de Hanstone et sur les
sources et les procédés de compilation d'Andréa de Barberino , Fauteur des
Reali di Francia. — P. 510, Otto, Bemerkungen ùber Ramon Lull. L'auteur
insiste d'abord sur l'influence qu'a exercée sur Lull le dominicain Raimon de
Penafort, influence contrebalancée par celle des Franciscains. Il présente
ensuite quelques remarques métriques, et en troisième lieu signale une poésie
« morisque » sur les 99 noms de Dieu qui est sinon la source directe
au moins un parallèle frappant du célèbre poème de Lull , Els cent noms de
Deu. Il rattache à ce rapprochement des remarques sur l'influence possible de
la poésie arabe (du Maghreb) sur la plus ancienne poésie provençale (sir-
ventes f tençon, alba), qui auraient bien besoin d'être précisées davantage et
sérieusement contrôlées.
Mélanges. I. Histoire littéraire. P. 524, Golther, Der Name Tristan (voy.
ci-dessus). — II. Exégèse. P. 125, Andresen, Zu Waces Rou Bd. Il $0 V. pi
und $29 Corcers : doit être lu Corcerf (de Curto Cervo dans les textes latins; la
vraie traduction serait sans doute Curre cervus). — III. Grammaire. P. 526,
W. Meyer, Die Strassburgereide und die vokalischen Auslautsgeset^e. Fines
remarques sur la localisation possible des Serments. La question de savoir si
mn postule (ou garde) un e d'appui (daranum = damne ou damn) est fort
compliquée; M. M. la résout à peu près comme M. Koschwitz (Comm.,
p. 9). Il est certain que somnum, scamnum d'une part, dominum,
hominem de l'autre prennent un e d'appui dans somne y eschamne, visdamne,
omne devenus some y eschame, (yis)dame y ome f et qu'on peut à la rigueur expli-
quer dam — dominum par la fonction spéciale de ce mot et la phonétique
syntactique; mais tirer dam de damage est déjà bien difficile, et que faire des
nombreux noms germaniques en -ramn (Bertram, etc.) 1 ? — P. 527, Baist,
Catalanisch ts : Vu = ts est récent. — IV. Onomastique. P. 527, Andresen,
remarques utiles sur l'identification de noms de lieux cités et mal interprétés
1. Il faudrait examiner avec soin les noms de lieux, source capitale et
encore trop peu explorée de renseignements sûrs et précis sur la phonétique.
C'est une étude à faire ailleurs; M. Longnon me signale Sole(s)me(s) ~
S o 1 e m n e (Maine) et Entrâmes — Interamnes (Maine). D'autre part on
trouve Entrains = Interamnes (Nièvre), mais cette dernière forme parait
une refaçon étymologique Interamtm dans une inscription du 11 e s.)
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PÉRIODIQUES 327
par M. Hildebrand dans son travail (Zeitschr., VIII, 321) sur le Domesday-
Book.
Comptes rendus. P. 535, La Passione di Gesù Cristo édita da Prorais
(Tobler). — P. 537, Millet, Etudes lexicographiques (Tobler : jugement ana-
logue au nôtre). — P. 538, Schultz, Die proven\alisc}jen Dichterinnen (Appel).
— P. 540, Zenker, DU proven^alische Ten^one (Schultz). — P. 542, Noulet et
Chabaneau, Deux manuscrits provençaux (Schultz). — P. 544, Cornicelius,
So fo el temps Jom era iays (Schultz). — P. 545, Weigand, Die Sprache der
Otympo-Walachen (G. Meycr, remarques précieuses). — P. ^50, Mackel, Die
germ. Elemente in der fran\. Sprache; Goldschmidt , Zur Kritik der altgerm.
Elemente im Spanischen (Pogatscher : article important ; l'étymologie proposée
pour dongeon (angl. sax. dung) est peu probable (cf. les formes dognon et
danjori) et peu utile, domnionem convenant très suffisamment). —
P. 5 $8, Remania, XVII, 1, 2, 3 (Tobler et W. Meyer : notez la réplique de
ce dernier à M. Thomas au sujet des comparatifs neutres en -eis et ses
remarques sur les étymologies espagnoles et catalanes de M. Parodi). —
P. 565, Giornale storico délia letteratwa italiana, XI, XII, 1-2 (Gaspary). —
P. 573, // Propuçnatore, n. série, I, 1 (Gaspary). — P. 576, Bullettitw delF
Istiluto storico Italiano 3 (Gaspary : art. de M. de Lollis sur des manuscrits
abruiiesi). — P. 577, Revue des patois gallo-romans, n os 1-6 (Horaing). —
P. 583, Livres nouveaux. Eléments germaniques de la langue française (ano-
nyme, sans valeur); Pietsch, Beitrâge %ur Lefirc vont altfr. Relativum;
Marcou, Der historisclx Infinitiv; Dittmer, Die Pronomina possessiva im
Altfran^ôsiscben ; Puitspelu, Un noël satirique en patois lyonnais; Clédat,
Gramm. historique du français ; Heller, Real-Encyclopàdie des jran\. Staats- und
Gesellschaftslehen; Roettgen, Vokalismus des Allgenuesischen ; Scheler, Diction-
naire iitymologie française; Monaci, Sulla classifica\ione aY manoscritti délia
divina Commedia. — P. 586-591, Sach- und Stellenregister. G. P.
III. — Archtvio glottologico italiano. Volume Decimo. Puntata prima
(1880). P. 1. Ascoli, Due recenti lettere glotlologiche e una poser il ta nuova.
« Queste lettere si riproducono dalla Miscellanea Caix-Canello , con scarse
modifkazioni , ma con un' appendice, per la quai s'allarga la poscritta, cioè
rultima nota alla seconda. » Je renvoie pour l'examen de cet important
morceau au compte rendu dos Miscellanea (Rom. y XV, 462); M. Ascoli a bien
voulu me faire remarquer que la forme mesurier, que je dis n'être pas fran-
çaise, se trouve une fois dans la traduction des Sermons de S. Bernard
(éd. Fôrster); je ne vois là toutefois qu'une faute de scribe. La poscritta
mérite toute l'attention. Après des remarques profondes et justes sur les lois
phonétiques et leur fixité (que nous admettons dans le même sens que lui),
l'auteur cite différents cas d'apparentes variations qui peuvent s'expliquer par
des causes phonétiques d'abord conditionnées , ensuite étendues analogique-
ment (ainsi dans certaines régions ca devient ca à la tonique, reste ca à
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328 PÉRIODIQUES
l'atone, d'où : i° uniformisation dans le premier sens; 2<> uniformisation dans
le second; 3°dans l'un ou l'autre sens, mots qui échappent A l'uniformisation).
Il cherche ensuite à montrer que certains phénomènes en apparence excep-
tionnels peuvent avoir une explication phonétique qu'on trouve en regardant
de plus près qu'on ne l'a fait (ainsi le /, le c intervocaux paraissent devenir
d y g en italien après ou avant un a), et que d'autres s'expliquent par l'action
analogique de causes morphologiques disparues (il s'agit surtout d'anciens
nominatifs en c de x, comme judec, qui a produit plus tard judeco , tandis
que junic a pu produire junica et juniç juniça; on aurait là un pendant
à fuoco giuoco — foc loc, tandis que ïuogo = locu devenu luouc, luoug). Il y a
dans ces trente-cinq pages sur l'italien, le ladin, le provençal, le catalan, le
français tant de remarques précieuses et de données nouvelles qu'il faudrait
tout citer pour en faire profiter le lecteur. Je ne ferai qu'une ou deux
remarques. M. Ascoli combat avec grande raison l'idée de M. Grôber, qui ne
voit dans Vf de soif qu'une faute de copiste passée dans la graphie usuelle prise
dans la prononciation; je remarquerai à ce propos que Vf de ce mot au
Moyen Age est parfaitement attestée par la rime, quoi qu'en dise le savant
éditeur de la Zeitschrift (X, 300) ; j'ai oublié de noter plusieurs exemples qui
m'en ont passé sous les yeux, mais en voici au moins un incontestable et très
suffisamment ancien : Eust. le Moine 161 2 (soif : noif). Sans traiter présente-
ment le fond de la question, je me bornerai à dire que ce mot soif doit être
séparé des autres; il est le seul à avoir un / et une finale en «?(/), et il a été
expliqué avec la plus grande vraisemblance par l'influence analogique de boif.
Les autres mots qui présentent une / à la place d'une dentale ont tous un d y
suivi d'o(w) quand il s'agit de mots latins, final quand il s'agit de mots ger-
maniques : *bladum 1 nidum modum, bed alod feod faldestod*,
-bod dans les noms de personnes -bod dans les noms de lieu*. L'absence
de formes avec / pour nodum nudum crudum s'explique sans doute
par la nature de la voyelle qui précède le d. Disons donc que les mots en
-a d ( o ) s , -ê d( o ) , -i d ( o ) , -ôd(o) présentent plus ou moins sporadiquement en
1. Le bas-latin, dès les plus anciens temps, ne donne que biadum
(btatum une seule fois dans Du Cange). D'ailleurs a-, em-, desblaier supposent
un d et non un /. Le pr. bladier semble, il est vrai, renvoyer à blatum; mais
peut-être y a-t-il là une influence analogique (mercadier, escudier^ etc.) ; je ne
me rappelle pas de noms en -lier.
2. Cf. Mackel, Diegerm. Elemeiite im Franjpsisclxn.
3 . Marbeuf Tubettf etc. Dès la fin du xi e siècle on trouve le même person-
nage appelé Tudebodus et Tudebovis, ce qui atteste dès cette époque l'existence
de Vf en français.
4. Elbeuf, Quillebeuf, Paimbeuf etc. Ces noms sont d'une grande impor-
tance. Ils sont tous d'origine normande, donc introduits à partir de la
seconde moitié du ix« siècle. Dès le xic on trouve -bof, -butf à côté de -bod,
-bued et -botb, -bueth (voy. Joret, Des caractères du patois normand, p. 42).
$. On n'a pas rencontré gref = gradum; cela doit tenir à ce que le mot
gré lui-même est fort rare. Gué ne vient pas de vadum, mais d'un mot
allemand, qui avait sans doute un /.
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PÉRIODIQUES 329
français, à côté de formes où d est tombé, des formes où il est remplacé par/.
Il est clair qu'il y a bien là un fait phonétique'. Reste à en trouver l'explica-
tion », ce qui ne pourra se faire qu'en étudiant d'ensemble l'histoire du d ainsi
placé dans toutes les langues romanes >. L'explication de pièce (p. 84) ne nous
parait pas claire , et nous aurions quelques objections à faire aux rapproche-
ments qui sont proposés. Sur l'explication de suif nous reviendrons tout à
l'heure. Vieux et beau viendraient non du pluriel vieux, beaux, mais du nom. sg.
vieux, beaux; il est fort probable que le pluriel a eu ici plus d'influence que le
nom. sg., mais que la cause principale a été la phonétique syntactique : cf. un
bel homme, un beau garçot» ; un vieil homme , un vieux garçon (la vraie forme
serait un vieu; Yx est repris au pluriel d'abord graphiquement, puis parfois,
aujourd'hui, phonétiquement : vieux et laid*). — P. 109-140, Rime genovesi
délia fine del secolo XIII e del principio del XIV, édite per cura di E. G. Parodi ;
c'est la seconde partie du ms. dont M. Lagomaggiore a publié dans YArchivio
la première partie ; M. P. estime que les pièces qu'il imprime sont du même
auteur que les autres. — P. 141-144. Flechia, Annota^ioni sistematiclx aile
Antiche rime genovesi (suite).
Puntata seconda (1887). — P. 145-166. Flechia, Annolayoni, etc. (suite).
— P. 167-176. Ceci, Vocalistno del dialetto d'Alain, — P. 177-25$, // Panfilo
in antico veneçiano, col latino a jronte, edito c illustrato da A. Tobler. Ce double
texte est tiré du ms. Hamilton 390, dont M. Tobler a publié ailleurs les diffé-
rentes parties; le texte latin, fort mauvais, présente cependant quelques
variantes dignes d'attention ; la traduction vénitienne fourmille d'erreurs et de
grossiers contre-sens et n'a aucun mérite littéraire; mais elle offre quelque
intérêt pour l'histoire du dialecte; l'éditeur l'a soigneusement dépouillée à ce
point de vue, et il conclut que la plupart des traits linguistiques concordent
avec ceux de la traduction de Caton contenue dans le même manuscrit. —
P. 256-260, Ascoli, Di -tr-ïssa clje prenda il poslo di -trî-ce. A propos de
servir issa =:servitricem dans le Panfilo, l'auteur étudie cette substitution
« nelle terre friulane e nelle venete », et présente quelques observations géné-
1. M. Grôber a répondu à YArc/Hvio (Zeitscl*., XI, 287) ; mais sa réponse,
qui présente pour le ladin des observations intéressantes, ne porte que sur des
points de détail. — Il n'admet toujours pas que muef soit un mot populaire
(voy. Rom., XVII, 150); mais que fait-il de niul moud dans le Jonas?
2. M. Ascoli propose des formes intermédiaires moud = modu, etc.; mais
on ne voit pas comment cette formule pourrait s'appliquer aux noms de lieu
normands. L'explication proposée par M. Varnhagen (voy. Rom., XVI, 156)
se trouve , par les constatations ci-dessus , dégagée de quelques objections
que nous lui avions faites.
3. Sur l'histoire du d intervocahque en provençal, on consultera avec profit
les remarques de M. E. Levy (Utteralurblatt, 1888, col. 270-271).
4. Sur tout l'article de M. Ascoli il faut voir les remarques importantes de
M. W. Meyer, Zeitsclir., XI, 283-287. M. Ascoli a répliqué dans la seconde
puntala de YArcInvio, p. 267-269.
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330
PÉRIODIQUES
raies. L'existence de triça = trtc(e) -h a ne me parait pas prouvée ; nourrie*
s'explique, à mon avis, par nu tri ci a. Je doute aussi que IV simple de emptreri\
(pour empererrij) ait pour cause le nomin. emperere; l'accumulation des r me
semble pouvoir rendre compte du fait ; IV simple des autres mots peut peut-être
aussi s'expliquer autrement (d'ailleurs cette question de IV et de l'rr n'est pas
encore parfaitement éclaircie). — P. 260-272, Ascoli, Il tipo gallo-romano
seuv — sebo, ei franc, orteil e glaive. Cet article vraiment admirable par la
hardiesse et la profondeur des idées est consacré à appuyer par des faits la
théorie, chère à l'illustre auteur, des « motifs ethnologiques des transforma-
tions du langage ». Suif ne peut remonter qu'à *seub; * scub provient du dat.
abl. sebô par l'application de la même loi phonétique qui, en celtique, tire
braun de branû, dat. de bran. Rien n'est plus séduisant que cette théorie; mais
j'avoue ne pas me laisser séduire; je ne vois aucune preuve réelle, ni ici, n>
pour les cas en -do (voy. ci-dessus), en <o (sauf le surselvan fieugh, etc., qui
certainement mérite un examen attentif), de P« internement » d'un u (p)
final, et je pense que suif peut s'expliquer par la « contamination » de suis
= sius et de sif = siu t sius provenant de sebus se vus seuus et siu de
sebu sevu seuu (de même suivre est l'ancien sivre=z *secvere influencé
par suit = siut * sec vit). Mais les remarques de M. A. sur les véritables
conditions de l'ô et de Vu en latin vulgaire (qu'on a souvent le tort, comme
je l'ai eu moi-même jadis, Rom., X, 36, d'assimiler trop complètement) et
sur plusieurs autres points sont extrêmement précieuses. Le fr. glaive, le pr.
glavi seraient le latin gladium influencé parle claideb gaulois, en sorte
que a dans glavi ou glaive se croisent encore les épées de Vercingétorix et de
César ». J'ai bien de la peine a le croire. Glaive n'est pas un mot ancien en
français il ne se présente au xn e siècle qu'avec un sens figuré qui semble
venir du latin ecclésiastique; au xni« il parait fréquemment, mais tou-
jours au sens de « lance » et non d' « épée » (qu'il a repris plus tard sous
l'influence du latin); en tout, ce mot me fait l'effet d'un mot savant. Ce qui
paraît moins contestable et ce qui constitue une découverte vraiment bien
curieuse, c'est que notre mot orteil est un compromis entre arteil, forme régu-
lière d'articulum, et le celt. ordag, « pollex vel pedis pollex, » qui est
encore conservé tel quel dans Vordigas des gloses de Cassel J . — P. 273-304,
Il Physiologus rumeno, editoe illustrato da M. Gaster; texte intéressant pour
l'histoire littéraire, qui ne semble pas d'ailleurs très bien à sa place dans
YArchivio ».
Puntata Ur%a (1888). — P. 305-412, Bianchi, La declina^ione nei nomi di
1. GladieSy Lèg. 134, est certainement un latinisme, qu'on le compte pour
trois syllabes ou (en corrigeant le vers) pour deux.
2. Cf., pour l'emprunt d'un terme celtique voisin comme sens, le fr. prov.
dorn y « mensura manus clause » (Donat proensal).
3. Voyez sur ce fascicule de ÏArclnvio les remarques de M. W. Meyer,
Zeitscbr., XII, 295-299.
PÉRIODIQUES
331
luogo délia Toscana (suite et fin; voy. Rom., XVII, 627). L'auteur montre par
la toponymie que le génitif singulier du latin s'était conservé encore en Italie,
à l'époque longobarde et même bien plus tard, tandis que le génitif pluriel
lui parait avoir été éteint de beaucoup meilleure heure (une terminaison ôro
ne s'y rattache probablement pas, mais il me semble téméraire de l'identifier
a -arium). Il termine par d'intéressantes remarques sur des noms de saints
empruntés au grec ou à l'hébreu et présentant de curieuses particularités
d'accent (je ne dirai pas avec l'auteur que « senza scrupoli si puô stabilire lo
schéma : aestàte aestis, aetàte aetàs, libertite libertés, e via
discorrendo »). Un appendice des plus importants contient un « brève spoglio
di accorciamenti e diminutivi di nomi personali teutonico-latini, per lo più
anteriori al mille, fatto a illustrazione dei nomi locali », avec des observations
de divers genres; notons, p. 410, celles qui concernent les noms propres
allemands en -o, -onis, -a, -anis (je me permets de relever un fait person-
nel : il est vrai que Quicherat avait entrevu l'explication de ces formes par la
déclinaison germanique, mais le mémoire cité en note, qui n'a jamais été
imprimé ni même rédigé, devait rassembler de nombreux exemples et étudier
méthodiquement le phénomène dans son ensemble; cf. Rev. Critique, 1867,
II, 348). — P. 413, d'Ovidio, Spigolature romande dalle pagine di un latinista
A propos d'un travail de M. Cocchia, l'auteur examine certains points qui
touchent à la philologie romane. Le plus important concerne la théorie de
Corssen sur l'accent préhistorique du latin. D'après Corssen, cet accent pouvait
et frapper la voyelle de la 3 e syllabe avant la dernière (quartultima), et frapper
l'antépénultième même si la 2* était longue ; ainsi s'expliqueraient beaucoup de
contractions et d'altérations du latin. De ces deux thèses, M. Cocchia, approuvé
par M. d'O., ruine complètement la première; il maintient la seconde, que
M. d'O. s'efforce â son tour de détruire. Les attaques qu'il dirige contre elle
sont très sérieuses, mais elle lui oppose encore plusieurs défenses qu'il n'a pas
su abattre. Tout récemment (Mém. de la Soc. de ling., VI, 1 1 ss.), M. L. Havet
a proposé d'expliquer les faits de la seconde et de la première série (affaiblisse-
ment ou chute de la voyelle qui , d'après la loi de l'accentuation classique ,
devrait avoir l'accent) en attribuant à la syllabe initiale du mot non pas l'accent
tonique, mais une intensité de prononciation qui, à l'origine, n'avait rien à
Élire avec l'accent, modalité purement tonique, en sorte que la voyelle qui por-
tait l'accent n'était pas pour cela moins exposée qu'une autre à s'affaiblir ou à
tomber. La question est du plus grand intérêt et demandera une étude appro-
fondie. En attendant, les observations de détail de M. d'O. sont précieuses :
voyez notamment ce qu'il dit (p. 428, cf. p. 467) sur les noms de lieux
refaits d'après leurs dérivés : Pèsaro par exemple est expliqué ordinairement
par Pisaurum, tandis qu'il vient de Pesarese = Pisaurensem. Signalons
encore ce qui est dit dans cet article de la quantité des voyelles devant ; (l'd
de bojae, troja est attesté par le fr. buies, truie) et devant gn : M. Cocchia
a montré que c'est par une singulière méprise qu'on attribue à Priscien la
doctrine d'après laquelle ce groupe aurait la vertu d'allonger une voyelle
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332
PÉRIODIQUES
précédente. — P. 447, Ascoli, Noterelle. 1. Il dialetto tergestino : con-
trairement à la thèse de M. Zenatti, qui nous avait paru décisive (Rom.,
XVIII, 198), M. A. établit péremptoirement que des restes d'un parler
« frioulan » se sont maintenus fort tard à Trieste ainsi qu'à Muggia, bour-
gade voisine, que les Dialoghi de Mainati représentent fidèlement ce parler tel
qu'il était il y a soixante ans, et que les actes publics des xve et xvi« siècles
sont rédigés non en dialecte local, mais en vénitien. 2. Pania, impaniare,
« glu, engluer » sont rattachés au thème pagen- contenu dans compa-
ginare, etc. — P. 467, Gitmte e çorre^ioni, — P. 468-480, Ittdici del volume,
par C. Salvioni. G. P.
IV. — Revue des patois gallo-romans. Recueil trimestriel publié par J.
Gilliéron et l'abbé Rousselot. Paris, Champion; Neufchâtel, Attinger
frères. — Première année, 1887, n° 4. — P. 241. L'abbé Rabiet, Le palais de
Bourberain (Côte-d'Or). La partie ici publiée traite de l'a latin, tonique,
antétonique, posttonique. Il y a abondance et peut-être surabondance
d'exemples, qui, étant accompagnés de la traduction, forment les éléments
d'un glossaire. Le mot masay (p. 250), traduit par « garde-champétre », est
le fr. messier (le suffixe ay correspond dans ce patois au suft. fr. ier), en latin
du Moyen- Age messarius,etnese rapporte nullement à un verbe signifiant
« se cacher » (fr. se mussier). — P. 256. A. Horaing, De T extension géogra-
phique des sons c, ch et hj, répondant aux sons français ys et yz. Concerne un des
faits linguistiques qui caractérisent le mieux les dialectes romans limitrophes
des pays de langue germanique du côté de la Lorraine et de l'Alsace. Suit,
pp. 258-61, une note complémentaire et rectificative sur le même sujet, par
M. Gilliéron. — P. 261. A. Devaux, Vekya « voici », propose ve \ k | y | a,
vide eccum hic habet, au lieu de vide ecce bac, proposé dans la
Remania (XVI, 270) par M. Philipon. — P. 262. Gilliéron, La claire
Fontaine, clxinson populaire française. M. G. propose pour cette chanson une
restitution hypothétique différente de celles qu'il avait jadis tentées dans la
Romania, XII, 307. — P. 265. A. Doutrepont, Noëls wallons. — P. 281.
Textes variés (Aisne, Charente, Puy-de-Dôme, B.-Pyrénées, S.-Inf., Somme),
notés par M. l'abbé Rousselot. Dans le nombre, quelques proverbes, d'ailleurs
bien connus, des B.-Pyrénées. — P. 289. E. Edmont, Noms propres Saint-
Polois. — P. 305. Périodiques (analyse du t. IV de la Romania : c'est remonter
un peu haut). — Articles sur la dialectologie danoise et italienne. Chronique,
Additions et Corrections. Tables.
— Deuxième année, 1888, n°» >-6. — P. 5. Systètne graphique. Epreuve des
caractères spéciaux dont dispose la Revue 1 . — P. 7. Psichari, Quelques obser-
1 . La Romania ne possède qu'un petit nombre de ces caractères, et d'ail-
leurs, les eût-elle, que nous ne pourrions les employer sans en définir la
PÉRIODIQUES 333
luttons sur la phonétique des patois et leur influence sur les langues communes.
Beaucoup d'observations fines et ordinairement judicieuses, parfois un peu
subtiles, appuyées d'exemples fournis par le grec moderne en ses divers
états. — P. 31. Gilliéron, Mélanges savoyards. Étude des formes locales de
siccum, siccam et gentiana. — P. 38. Wilmotte, Les variétés du son ch
(avec le son que ce groupe a en allemand), prés de Liège. — P. 46. Girardot,
Les sons ch e t j =z iss et is français, dans le patois de Thory, cant. d*Avalhn
(Yonne). — P. 48. Rabiet, Le Patois de Bourberain (suite). — Fourgeaud,
Patois de Puybarraud, corn, de Genouillac, cant. de Saint-Claud (Charente). —
P. 65. Doutrepont, Noêls wallons (suite et fin). — P. 93. Girardot, Chanson
des vignerons auxerrois, patois de Vermenton (Yonne). — P. 97. Jeanroy,
Quatre contes meusiens (Mangiennes, cant. de Spincourt). — P. 106. Textes
divers en patois des Deux-Sèvres, de Saint-Sever (Landes), de la Meuse, de
ITonne. — P. 113. Edmont, Lexique Saint-Polois (fin de VA). — P. 132.
Edmont, Noms propres Saint-Polois (suite). — P. 148. Périodiques. — P. 151.
Bibliographie. — P. 159. Chronique.
V. — Revue des patois, recueil trimestriel consacré à l'étude des patois,
p. p. M. Clédat. — Première année, n° 4 (1887, oct.-déc.). P. 241. Hingre,
Complainte en vieux patois de La Bresse, Vosges. — P. 258, A. Philipon, Le
patois de Saint-Genis-les-Ollières et le dialecte lyonnais (i« r art.). Bon travail
conçu historiquement. — P. 282. Compte rendu de la Flore populaire de la
Normandie, de M. Joret. — P. 284, Dépouillement des périodiques français
consacrés aux traditions populaires. — P. 287. Notices bibliographiques.
— Deuxième année, n°* 1-2 (1888, janv.-juill.) — Clédat, Les patois de la
région lyonnaise (suite). — P. 26. Philipon, Le patois de Saint-Genis-lcs-
OUiéres (suite). — P. 50. Hingre, Complainte en vieux patois de La Bresse,
Vosges (suite). — P. 76. Morice, Étude sur le patois du Bocage virois septen-
trional, avec préface et notes par M. Joret. — P. 83, Heur}', Le patois
normand de la Hague et lieux circonvoisins. — P. 89. Simonneau, Glossaire du
patois de nie d'Elle, Vendée (i« art.). — P. 131. Chabert, Patois de la corn-
munede Létra, cant. du Bois-d'Oingt, Rhône. — P. 143. A. Thomas, co inter-
rogatif et exclamatif dans le patois de la Creuse. — P. 155. Puitspelu, Contes en
patois de Mornant, Rhône. — P. 146. Comptes rendus. Horning, Die Ostfran-
lôsiscben Gren^dialekte ; This, Die Mundart d. fran^osischen Ortsclxiften d.
Kantons Falkenberg (F. Brunot). — P. 1 $o. Notices bibliographiques.
No 3 (Juill.-Oct. 1888). P. 161. E. Jullien, Quelques mots de la langue vul-
gaire che\ les agronomes latins. — P. 166. Hingre, Complainte en vieux patois de
La Bresse (suite). — P. 190. Bonpardot, Tant mieux! Tant pis! dialogue
valeur, ce qui demanderait beaucoup trop d'espace. Aussi devons-nous, en
rendant compte de la Revue de MM. Gilliéron et Rousselot, avoir recours à
des transcriptions approximatives.
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334
PÉRIODIQUES
populaire en patois de la plaine de Beaune. — P. 191. Conte de VAunis, recueilli
par F. Fertiault. — P. 195. Philipon, Le patois de Saint-Genis-les~Ollieres et le
dialecte lyonnais (suite). — P. 218. Conte en patois de Maillane, recueilli par
F. Mistral. — P. 222. Clédat, La chanson du pauvre Jean, en patois des environs
de Périgueux. — P. 225. Puitspelu, Rôffoles in patuais liyonnais. — P. 227.
Notices bibliographiques.
VI. — Gôttingische gelehrte Anzeigen, 1889. — N° i, Revue des patois
gallo-romans, I (Morf : ce compte rendu très sympathique contient aussi des
observations critiques que les collaborateurs de la Revue feront bien de médi-
ter, et des remarques personnelles qui attestent combien l'auteur est familier
avec l'étude si difficile des parlers populaires faite sur le vif).
VII. — Literarisches Centralblatt, 1884. Octobre. — N° 44. Paris, Le
lai de T oiselet. — Garreaud, Causeries sur les Origines et sur le moyen-âge litté-
raires de la France. (Ouvrage dénué de toute valeur.)
Novembre. — N° 46. Hervieux, Les fabulistes latins. Phèdre et ses anciens
imitateurs directs et indirects. — Bonnard , Les traductions de la Bible en vers
français au moyen-dge; Berger, La Bible française au moyen âge, versions écrites
en prose de langue d'oïl.
Décembre. — N<> 50, Lévy, Der Troubadour Bartolome Zor^i (Suchier ;
nombreuses corrections). — Lehmann, Der Bedeutungswandel im Fran-
Zpsischen (Suchier : pas très original, mais non sans mérite). — Kinzel,
Lamprechfs Alexander. (Asf.; article favorable. Cf. Romania, XIV, 168.) —
N° 51. Raynaud, Bibliographie des chansonniers français des xm e et XIV e siècles.
— Stengel, Ausgaben u. Abhandlungen (fasc. 10, 11, 14, 1$, 16, 17). —
N° 52. Ausgaben u. Ablnndlungen (fasc. 20, 21).
188$. Janvier. — N° 1. Hûndgen, Dos altproven^alische Bocthiuslicd
(Fœrster ; mauvais.) — N° 2. Reissert, Die syntaktische Bchandlung des
lehnsilbigen Verses im Alexius- u. Rolandsliede (13 e fasc. des Ausgaben u.
Abhandh de Stengel; travail sans résultat). — Brauns, Ueber Quelle u.
Entmckelung der altfrawpsischen Cançun de saint Alexis (Bon travail). — N° 4.
Paris, La vie de saint Alexis. Texte critique. (Fœrster.) — Cuervo, Diccionario
de Construccion y Regitnen de la Letigua Castellana (Fœrster). — N° 5. Carini,
GH arclnvi e le biblioteche di Spagna in rapporto alla storia d'Italia (Ouvrage
important.) — Vising, Sur la versification atigb-normande (Fœrster.) —
N° 6. Ten Brink, Chaucer's Sprache u. Vershmst.
Février. — N° 7. Constans, Chrestomatlne de V ancien français. — N° 8.
Alton, U romans de Claris et Laris (Fœrster, nombreuses corrections). —
N° 10. Leiffholdt, Etytnologiscl)e Figuren im Romanischen. — Scheffler, Die
fran\àsische Volksdichtung u. Sage. (Sans valeur scientifique.)
Mars. — N° 11. Meyer, Fragment d'une chanson d*Antiocbe. — N° 14.
Seeger, Lehrbuch der neufran\ôsischen Syntax; Brinkmann, Syntax des Fran^ô-
sischen u. Englischen (A. St.).
PÉRIODIQUES 335
Mai. — N° 21. Maus, Peire Cardinal s Stropljenbau ; Meyer, Die provcn^a-
lische Gestaltung der mit dem Perfektstamm gébildeten Tempera des Lateinischen
($« et I2« fasc. des Ausgaben u. Abhandlungen de Stengel).
Juillet. — N° 28, Ward, Catalogue of Romances in the Department of
Manuscripts in the British Muséum. — N° 3 1. Stappero, Dictionnaire synoptique
d'étymologie française.
Août. — N° 32. Fœrster, Li Sermon saint Bernart. — N° 33. Gràfenberg,
Beitrâge %ur franxpsischen Syntax des XVI. Jahrhunderts . — N° 34. Morandi ,
Antoîogia delta nostra critica îetteraria moderna. (Recueil contenant entre
autres : LEpopea e le sue origine de Rajna , Origine délie Novelline popolari de
Pitrè, Origine del Dtamma in Italia de Bartoli.) — N° 35. Thurneysen,
Keltoromanisches. — Brinkmann, Syntax des Franxpsischen u. Englischen.
(2« vol., i« partie.)
Septembre. — N° 39. Montet, Histoire littéraire des Vaudois du Piémont
(H. Kôrting). — N° 40. Clédat, Grammaire élémentaire de la vieille langue
française.
Octobre. — N° 41. Meyer, Essays und Studien qur Sprachgeschichte u.
Volkskunde. — N° 42. Esser, Beitrâge %ur gallo-keltischen Namenkunde. —
N° 44. Scheffler, Die franxpsische Volksdichtung u. Sage. (2 e partie.) — N° 45.
Schuchardt, Slawo-DeutsclKS u. Slawo-Italienisches.
1886. Janvier. — N» 1. Pakscher, Zur Kritik und Gescbichte des franco-
sischen Rolandsliedes (Fœrster.) — Grangier, Histoire abrégée et élémentaire de la
littérature française, y* édit. (Fœrster; plein d'erreurs). — N° 2. Ebering,
Btbliographischer An^eiger fur romanische Spracljen u. Uteraturen (H. Kôrting.)
— Carboni , Discursos sacros in limba Sarda ( Fœrster ; article intéressant sur
la littérature sarde contemporaine). — N° 4. Bonnardot, Le psaultier de Met\
(Fœrster).
Février. — N° 7. Schuchardt, Ueber die hxutgesct%e. — N° 8. Van Hamel,
Le Rendus de Moiliens , U romans de Cariti et Miserere. — Pitrè , Novelle popo-
lari toscane.
Mars. — N° 12. Warnke, Die Lais der Marie de France (vpl. III de la
Bibliotheca normannica de Suchier).
Mai. — N° 23. Von Grienberger, Ueber romanische Orlsnamen in Sal^burg.
Juin. — N° 25. Hausknecht, Floris and Blancheflur, mittelenglisches Gedicht.
— No 27. Koch, Leben u. Werke der Christine de Pi^an (H. Kôrting.)
Juillet. — N° 29. Gaspary, Gescbichte der italienischen Literatur. — N° 30.
Brinkmann, Syntax des Fran^ôsischen u. Englischen, 2 e vol., 2« partie (A. St. :
nombreuses remarques.)
Septembre. — N° 37. De Nolhac, Le can^oniere autographe de Pétrarque.
Octobre. — N° 45. Finamore, Tradi^ioni popolari abru^esi. Vol. II.
Novembre. — N° 48. Solerti , Manuale di metrica classica ilaliana ad accento
ritmico. (Fœrster.)
Décembre. — N° 53. Schwan, Die altfranjôsischen Uederhandschriften
(Fœrster.)
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33*
PÉRIODIQUES
1887. Janvier. — N° 5. Fœrster, Dos altfran^ôsiscfje Roîandslied '.
Février. — N° 9. Fœrster u. Koschwitz, Altframpsisches Uebungsbttch.
Mars. — N° 10. Stork, Hundert altportugiesische Ueder (Traduction alle-
mande.) — N° 12. Tobler, Vermischtt Beitrâge yur franjpsisclxn Grammatik.
Avril. — No 14. Meyer, Alexandre le Grand dans la littérature française du
Moyen- Age. — Suchier, Œuvres poétiques de Plnlippe de Beaumanoir. — N° 18.
Schuchardt, Romaniscbes u. Keltisches.
Mai. — N° 21. Plumptre, Dante Alighieri , Commedia and can%pniere
(H. Kôrting.) — Appel, Die berliner Handschriften der Rime Petrarca's
beschrieben. (H. Kôrting.)
Juin. — No 23. Fleury, Essai sur h patois normand de la Hague (Fœrster.)
— Seifert, Glossar \u den Gedichten des Bonvesin da Riva (Fœrster ; bon tra-
vail.) — Sôderhjelm, Petrarca in der deutschen Dichtung. (Enumération des
traductions allemandes de Pétrarque, plutôt qu'histoire de l'influence de
Pétrarque sur la littérature allemande.) — N° 24. Pennier, les noms topogra-
bhiques devant la philologie (absurde).
Juillet. — N° 30. Gaidoz, La rage et saint Hubert.
Août. — N° 32. Harnisch, Die altproven^alische Prâsetis- u. Imperfectbildung.
(Suchier.) — N° 33. Fenge, Sprachliche Unlersuchung der Reime des Computus
(fasc. 5 5 des Ausgaben u. Abh. de Stengel).
Septembre. — N° 37. Greif, Die mittelalterlichen Bearbeitungen der Trojanei-
sage t fasc. 61 des Ausg. u. Abh de Stengel (Suchier.) — N° 39. Krùger,
Ueber die Stellung der Handschrift I in der Ueberlieferung der Geste des Loherains ;
Stengel, Beitrâge %ur geschichle der romanischen Philologie in Deutschland (fasc. 62
et 63 des Ausg . u. Abh.).
Octobre. — No 41. Stengel, John Gower's Minnesang u. E)x\uchtbùcblein .
72 anglo-norm. Balladen ; Euler, Dus Kôniçthum im altfran\. Karlsepos
(fasc. 64 et 65 des Ausg. u. Abh.) — N° 43. Engel, Geschichte der fran\.
Literatur (H. Kôrting : livre sans valeur).
Novembre. — N° 46. Devillard, Otrestomathie de T ancien français (H.
Kôrting.) — N° 48. Grôber, Grundriss der romanischen Philologie.
Décembre. — N© 49. Oursel, Nouvelle biograplne normande; Quépat,
Dictionnaire biographique de V ancien département de la Moselle (H. Kôrting). —
No 52. Golther, Das Roîandslied des Pfaffen Konrad. — A. P.
CHRONIQUE
Le 5 novembre 1888 est mort Hermann Rônsch, auteur de l'utile et esti-
mable livre Itàla und Vulgala et de divers autres travaux sur la latinité vul-
gaire, dont nous avons eu maintes fois l'occasion de parler.
— Nicolas Delius est mort à Bonn le 19 novembre; nous avons su sa
mort trop tard pour l'annoncer dans notre dernier numéro. Delius restera
surtout célèbre par sa méritoire édition de Shakspeare; mais la philologie
romane lui doit aussi un souvenir. Il y a trente-deux ans, quand celui qui
écrit ces lignes suivait les cours de l'université de Bonn, ce n'était pas Diez,
— chose qui surprend aujourd'hui, — qui enseignait la grammaire romane.
Diez faisait un cours public , — peu suivi , — de philologie germanique , un
cours « privé » dans lequel il expliquait un texte allemand, et un privatissi-
mum où on lisait la Gerusalemme liberata; mais Delius faisait quatre leçons par
semaine sur la grammaire comparée des langues romanes. On ne peut pas
dire qu'il exerçât une grande action sur ses auditeurs , ni qu'il exposât des
idées très originales, mais il possédait bien son sujet et il le traitait avec une
grande conscience. Son petit mémoire sur l'ancienne conjugaison espagnole
(1852), ses éditions du Saint Nicolas de Wace (1850) et de chansons pro-.
vençales du ms. Douce (1855)» ses articles du Jahrbuch sur la Grammaire de
Diez (1859, 1868), sur Don Quichotte (1869) et Lope de Vega (1874), et
surtout son étude sur le dialecte sarde au xin e siècle (1868), conservent
encore de la valeur et attestent à la fois la solidité et la variété de ses connais-
sances. Ajoutons que Nicolas Delius était un homme excellent, de manières
affables, d'un commerce sûr, un vrai gentleman. Atteint de bonne heure d'une
surdité qui avait fini par devenir totale et qui assombrit beaucoup ses der-
nières années, il s'était retiré de renseignement avant le temps. Depuis
longtemps il n'avait plus rien publié, et ses amis éloignés ne recevaient même
plus de ses nouvelles. Il se faisait oublier; mais ceux qui l'avaient connu
jadis et qui avaient reçu des marques de sa bonté n'oubliaient pas et n'ou-
blieront pas cet homme laborieux et modeste, à l'esprit ouvert, au coeur
chaud , au caractère éminemment sympathique.
— Le 17 janvier 1889 est mort à Berlin M. Herrig, connu comme fonda-
teur et directeur de VArchiv fur dos Studiutn der neueren Sprachen.
— Au mois de mars 1889 est mort M. Hucher, du Mans, connu surtout
comme archéologue, mais qui avait rendu service aux études romanes par la
Rominia , XVIII. 22
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CHRONIQUE
publication, tout imparfaite qu'elle soit à plusieurs égards, du Grand Saini-
Graal.
— M. Feist, auteur d'une intéressante étude sur la légende de Berte {Rom..
XIV, 608) et d'autres travaux de philologie romane, vient de mourir, tout
jeune encore, à Leipzig, où il était Privât Docent.
— M. Petit de Julleville a été nommé, à la Faculté des Lettres de Paris, pro-
fesseur d'histoire de la langue française et de littérature du Moyen Age , en
remplacement d' A. Darmesteter. En même temps, on a créé à cette Faculté un
cours complémentaire de « philologie romane » ; c'est la première fois que ce
titre apparaît officiellement dans les programmes de notre enseignement
supérieur. M. A. Thomas est chargé de ce cours. Il quitte donc la Faculté de
Toulouse, où il est remplacé (à titre de chargé de cours) par M. Jeanroy,
qui jusque-là, bien que s' occupant essentiellement de philologie française,
faisait à Poitiers une conférence de grec.
— Nos lecteurs trouveront encarté dans ce cahier de la Romania le pros-
pectus des deux volumes (I. Etudes françaises; IL Etudes judéo-françaises)
contenant les opuscules d'Arsène Darmesteter et publiés par les soins de son
frère. Nous rendrons compte dans notre prochain numéro de cette importante
publication.
— M. Eugène Rolland, l'auteur de l'excellente Faune populaire de la trance
(voy. Romania, X, 286), a ouvert à Paris (2, rue des Chantiers) une librairie
dans laquelle il se plaît à réunir pour les amateurs des ouvrages curieux et peu
connus, de préférence ceux qui ont rapport au folk-lore. Il publie tous les mois
ou tous les deux mois (cinq francs les douze numéros), sous le titre de
Variétés bibliographiques, une brochure qui est à la fois un catalogue et un
recueil de notes variées, et qui sera certainement quelque jour très recherchée.
Il a commencé dans le dernier numéro (janvier-février 1889) l'impression de
sa Flore populaire, suite de la Faune, qui se continuera dans un nombre incal-
culable de livraisons- Nous ne pouvons que regretter pour l'auteur et pour les
savants un mode de publication aussi incommode, et nous souhaitons vive-
ment qu'au moins il se poursuive avec la plus grande rapidité possible, et que
M. Rolland, une fois la première impression terminée, se décide à réunir ces
feuilles éparses. La Flore a d'ailleurs les mêmes mérites que la Faune; elle est
pleine d'instructions et de révélations pour le philologue comme pour le folk-
loriste, et elle l'emporte même sur le précédent ouvrage par l'étonnante
richesse de son contenu. Quand elle sera complète, publiée à part et munie
des tables nécessaires, elle constituera pour la France un trésor auquel de
longtemps les autres pays n'auront rien à comparer.
— Il s'est fondé l'an dernier à Florence, sous les auspices de l'Académie
délia Crusca et de la municipalité de Florence, une Società Dantesca italiana.
Le numéro des Atti délia R. Accademia délia Crusca consacré à la séance
publique du 2 décembre 1888 renlerme, p. 49-51, Yitivito del Sindaco di
Firen^e per la costitu^ione délia Societa dantesca italiana, pubblicato nel Luglio
del 18S8. Dans le même fascicule (pp. 5S-H5) nous signalerons un intéres-
CHRONIQUE 339
sant discours de M. Is. del Lungo, intitulé 11 volgar fiorentino nel pœtna di
Dante.
— La librairie Olschki, à Vérone, commence, à partir d'avril 1889, la
publication d'une revue consacrée aux études dantesques qui doit paraître le
premier de chaque mois, en format gr. in-8°, sous ce titre : LAlighieri, rivista
di cou DanUsche, àiretta da F. Pascluaugo. Le prix de l'abonnement est de
15 fr. pour l'Italie et de 16 pour l'étranger. Le premier numéro qui vient de
paraître contient, comme article de fond, la seconde édition, revue et
augmentée, d'une dissertation sulle postille del Tasso alla Divina Commedia, de
M. St. Grosso, déjà imprimée, en 1 881, dans le Propugnatore, et divers comptes
rendus, dont l'un, assez sévère, a pour objet la récente exposition du
Purgatoire et du Paradis, par M. A. de Gubernatis. Nous souhaitons bon
succès à cette nouvelle revue, sans espérer qu'elle l'obtienne. Dante n'est pas
un sujet aussi inépuisable qu'on se le figure. Beaucoup de travaux que suscite
journellement la Divine Comédie sont, à l'insu de leurs auteurs, la répétition
de travaux antérieurs. Les recueils, déjà suffisamment nombreux, qui sont
consacrés plus ou moins spécialement à la littérature et aux langages de
l'Italie, le Profmgnatore, le Giornale storico délia lelteralura italiana, les Studj di
filologia romança et bien d'autres, sans compter la Società dantesca italiana
de Florence, dont nous venons d'annoncer la fondation, ne renonceront sans
doute pas à publier des travaux sur Dante, de sorte que l'utilité du nouveau
périodique de Vérone nous paraît contestable. Tout au plus y aurait-il eu
place pour un journal à très bon marché, surtout bibliographique, sorte d in-
termédiaire destiné à tenir les Dantophiles au courant des publications qui les
intéressent.
— UAltfran^osische Grammatik de M. Schwan (voy. Rom , XVII, 639) est
déjà épuisée, et il va en paraître une nouvelle édition, revue et corrigée. Nous
remettons donc à plus tard le compte rendu détaillé que nous avons annoncé
de ce livre.
— M. Jusserand, dans un article de YAthenaum de Londres (29 déc. 1888),
signale l'intérêt du ms. Roy. 10 E IV du Musée Britannique au point de vue des
illustrations qui en remplissent les marges. Ces illustrations, exécutées en
Angleterre dans la première moitié du xive siècle, et complètement étrangères
au texte (Décretales de Grégoire IX), représentent toutes sortes de scènes de
la vie privée , mais aussi des fables , des épisodes du Roman de Renart , et des
contes, pour lesquels l'étude en est particulièrement curieuse. Ainsi on y trouve
le Miracle du Paignour, le conte de V Ermite qui s'enivra (Vies des Pères, n° 35,
voy. Romania, XIII, 240), et celui du Soucretain et de la Faîne au chevalier
(Hist. lut. y XXVIII, 206). Une suite de ces peintures représente des tours
joués à un aveugle par son garçon et qui se retrouvent dans Laiarillo de
Toi mes; M. Jusserand, dans la belle édition anglaise illustrée qu'il vient de
publier de sa Vie nomade en Angleterre au xive siècle (English wayfaring Life,
Londres, 1889), a reproduit (p. 405) le joli groupe de l'aveugle et de l'enfant
qui, armé d'un chalumeau, lui suce sa boisson dans son écuelle. M. Jusserand
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340
CHRONIQUE
exprime le vœu, auquel nous nous associons, que ces peintures, dont plu-
sieurs ont été reproduites de côté et d'autre, fassent l'objet d'une publication
d'ensemble, accompagnée des commentaires nécessaires.
— M. Constans, professeur à la Faculté des lettres d'Aix, dont l'édition du
roman de Thèbcs est sous presse pour la Société des anciens textes, prépare
une édition critique, d'après tous les manuscrits, de l'épisode de Trollus et
Briseïda dans le roman de Troie; ce ne serait dans sa pensée que la préparation
à une édition critique complète du grand poème de Benoit de Sainte-More.
— A partir de 1889, la Revue des patois, dirigée par M. Clédat, élargit son
cadre et change de titre. Elle paraîtra désormais, à la librairie Bouillon, sous
le titre de Revue de philologie française et provençale.
— V Altfran^ôsischc Bibliothek que M. Fôrster dirigeait et qui paraissait chez
les frères Henninger à Heilbronn, ne sera plus dirigée par lui, mais, si nous en
croyons une annonce des éditeurs, elle continuera à paraître. D'autre part,
M. Fôrster inaugure chez Niemeyer, à Halle, une Romanisclx Bibliothk. Elle
contiendra des textes anciens des diverses langues romanes, en petit format et
à bon marché. Deux volumes ont déjà paru, une réimpression de Cligès ,
moins Yapparatus criticus, avec une courte introduction, mais munie d'un glos-
saire (sans renvois), et une édition de l'ancienne version du livre des Macclya-
bêes par M. Gôrlich. Les prochains volumes contiendront le Poemadel Cid, la
Nobla Leyçon, le Plane tus Mariae provençal, et Ivain en édition réduite. On
annonce en outre : Jaufrè, Poésies vaudoises, XzViede saint TJiomas de Garnier,
Jean de Lanson, Adam, Cristal et Clarie, Horn, le Châtelain de Coud, la Vie de
sainte Catlieritte en poitevin (déjà imprimée par M. Talbert) , Sont de Nansay,
Rigomer, Gutibaut (ou mieux Hutnbaut), des Lande en ancien piémontais,
Amadas (d'après deux manuscrits). On voit que la littérature de la France, du
Nord ou du Midi, est de beaucoup la plus largement représentée dans la
« Bibliothèque romane ». Nous ne pouvons que nous en féliciter dans un
sens ; mais, d'autre part, il y a tant d'ouvrages anciens, espagnols, portugais
et surtout italiens, qui attendent encore des éditions critiques que nous
serions bien aises de voir les collaborateurs de M. Fôrster porter leur zèle sur
toutes les provinces de la Romania.
— La Société des anciens textes français met en distribution les deux volumes
destinés à compléter l'exercice 1888. Ces volumes contiennent : le charmant
traité de Philippe de Navarre, Les quatre temps d'âge d'homme, publié par M. de
Fréville, et le Couronnement de Louis, publié par M. E. Langlois. Cette der-
nière publication est accompagnée d'une longue et* importante introduction.
— Livres annoncés sommairement :
Encyklopadie und Méthodologie der romaniseften Philologie, von Gustav KôRTlNG .
Zusatzheft. Register. Beitrâge zu den Litteraturangaben. Heilbronn,
Henninger, 1888, in-8, vm-190 p. — Ce fascicule complémentaire ter-
mine l'ouvrage de M. Karting, auquel le Grundriss dirigé par M. Grôber a
fait, pendant même qu'il paraissait, une redoutable concurrence, mais qui
CHRONIQUE
341
n'en garde pas moins un mérite et une utilité propres. Cette utilité aurait
été accrue si les tables , — dont la rédaction a été confiée par l'auteur à un
de ses élèves, M. Bernkopf, — avaient été autrement conçues, si elles
avaient embrassé , outre les trois volumes, les suppléments qui remplissent
ici près de cent pages , et si le Sachregister avait été traité avec l'étendue
accordée au Namenregister. Ce dernier occupe , dans le présent fascicule ,
cent pages , tandis que l'autre en contient six ; c'est cependant l'index des
matières et non celui des noms qu'on aurait eu le plus besoin de consulter.
Le Nametiregister lui-même n'est pas rédigé avec assez de soin ; les erreurs
déjà assez nombreuses du texte, loin d'y être rectifiées, sont souvent aggra-
vées; ainsi, pour ne citer qu'un article qui a naturellement attiré notre
attention, une indication peu claire du texte fait ici attribuer à G. Paris
une édition de la Croisade albigeoise; le texte attribue au même auteur (au
lieu de son père) une Nouv. élude sur le roman de Renard : la table adopte
cette erreur en écrivant Nouveau étude; elle fait, par suite de l'omission
d'une ligne, de versions inédites de la chanson de Jean Renaud des versions iné-
dites de la chanson de Jehan de Paris.
Tristranrotnanens gammelfranske prosahaandskrifter i panser nationalbibliothek,
af Eilert Lôseth, cand. mag. Kristiania, Cammermeyer, 1888, quatre-
79 p. — Ce travail ne donne du sujet difficile et vaste qui y est traité qu'un
aperçu général. L'auteur constate que la plus ancienne version du Tristan
en prose qui nous soit parvenue est déjà assez éloignée de la première
rédaction, dont la condition ne se laisse qu'à peine entrevoir. Une classifi-
cation sommaire des 24 mss. de Paris, donnée à la p. 70, permettrait déjà
de s'orienter un peu dans ce dédale, le plus compliqué peut-être qu'offre
aucune recherche littéraire; mais la question sera abordée avec l'ampleur
qu'elle comporte dans l'ouvrage que le jeune savant norvégien a rédigé en
français sur le roman en prose de Tristan. Ce travail est sous presse et
paraîtra cette année dans la BibliotJjèque de VÉcole des hautes Études.
Un monte di Pilato in Iialia, nota di Arturo Graf. Torino. Loescher, 1889.
in-8, 15 p. (extrait des Alti délia R. Accademia di Torino, vol. XXIV,
3 febbr. 1889). — Dans cette curieuse et très savante « note », M. Graf
réunit divers témoignages sur un mont de Pilate et un lac diabolique,
situé près de Norcia dans l'Apennin, non loin de la fameuse grotte de la
Sibylle à laquelle appartient en réalité la légende plus tard rapportée en
Allemagne au Tanhàuser (dans le témoignage de Pierre Berçuire signalé
par M. Gr. à propos du lac, il n'est pas encore question de Pilate; mais à
la même époque le mont est appelé monte di Pilato par Fazio degli
Uberti). A propos de ces témoignages trop peu remarqués sur la localisa-
tion en Italie de la croyance aux effets désastreux exercés, après la mort de
Pilate, par son corps indestructible, M. Graf donne un exposé succinct,
mais très juste, du développement de la légende concernant le proconsul
romain , et y joint quelques indications bibliographiques précieuses.
Istoria di Patrocolo e d'ittsidoria, poemetto popolare in ottava rima non mai
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342 CHRONIQUE
pubblicato. Torino, Soc. bibliofila, 1888, in- 12, LXVi-48 p. — Ce petit
poème, du xv« siècle, qui n'est pas sans mérite, raconte les amours de
Patrocle avec une prétendue sœur d'Hélène : le tout paraît être entière-
ment sorti de l'invention de l'auteur. M. Novati, l'éditeur, a fait précéder
le texte d'une intéressante introduction, où il développe cette idée que le
poème est né sous l'influence du Fiîostrato de Boccace, et où il présente des
remarques instructives sur la diffusion en Italie des légendes d'Alexandre et
de Troie, ainsi que sur les premiers linéaments de la conception des Neuf
Preux.
History of prose fiction, by John Colin Dunlop. A new édition, revised, with
notes, appendices and index, by Henry Wilson. London, Bell, 1888, in-12,
2 vol., xviii- 104 et 701 p. — Cette nouvelle édition du célèbre ouvrage
de Dunlop pourra rendre service aux Anglais , en ce qu'elle met dans leur
langue, non en entier, mais en grande partie, les précieuses additions faites
par M. Liebrecht à sa traduction allemande. En outre, M. Wilson a fourni
plus d'un renseignement bibliographique complémentaire, et a ajouté trois
appendices sur le roman en Allemagne, en Scandinavie et en Russie, tota-
lement négligé par Dunlop. Malgré cela, l'œuvre cloche par bien des côtés
et ne saurait être utilement redressée en ce qui concerne les romans du
Moyen Age, qui en forment la partie la plus considérable et la plus impor-
tante. La manière dont le spirituel et savant auteur traitait son sujet il y a
soixante-quinze ans diffère trop de celle dont on le conçoit aujourd'hui pour
qu'on puisse rajeunir son livre au moyen de simples additions. Il suffit de dire
que Dunlop considère comme de la « prose fiction » un grand nombre de
chansons de geste, qu'il ne connaissait que par les rédactions en prose du
XV e siècle, et qui apparaissent sous un jour tout autre quand on sait qu'elles
remontent au xn e ou au xm e siècle. M. Wilson s'est vu obligé de refaire le
chapitre sur le saint graal ; mais sa rédaction est dès à présent à peu près
aussi arriérée que l'était celle de Dunlop. Ses additions sont parfois très
riches, d'autres fois singulièrement pauvres, suivant les livres qui lui sont
tombés sous la main ; son information est incomplète et fortuite (il n'y a
qu'à lire la liste, mal ordonnée, à la fois défectueuse et inutilement encom-
brée, des ouvrages cités). On lui reprochera encore de ne pas distinguer
nettement ses propres notes de celles de l'auteur. En tout, cette édition
porte la marque d'une exécution intelligente, mais hâtive. Elle n'en devra
pas moins remplacer d'ordinaire, dans les recherches et les citations, la
traduction allemande. Ajoutons qu'elle est bien imprimée et bon marché.
Su la Gemma purpurea e altri scritli di Guido Fava 0 Faba, maestro di gramtna-
tica in Bologna nella prima me là deî secolo XIII, nota di Ernesto Monaci.
Roma, 1888, in-4 (extrait des Rend iconti délia R. Auademia dei Lincei, V, 2,
399-40$). — On connaissait déjà, par le livre de Rockinger, des morceaux
italiens insérés dans la Doctrina ad inveniendas, incipiendas et formandas
tnaterias de Guido Faba; M. Monaci, qui les a publiés dans sa Crestoma^ia
italiana dei primi secoli, les a retrouvés dans deux mss. du Vatican, groupés
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CHRONIQUE
343
sous le titre singulier de Gemma purpurea ; il a également découvert dans un
de ces mss. une autre série de ces précieux morceaux, intitulés Parlamenta
et epistole, et qui forment les plus anciens spécimens de prose littéraire
italienne (sur l'importance de Bologne, attestée encore ici, dans la formation
de la littérature italienne, voy. l'article de M. Lôseth, Romania, XIV, 300).
En attendant une publication complète et « illustrée », le savant professeur
de Rome imprime ici six de ces petites compositions. Deux d'entre elles
sont particulièrement curieuses : ce sont des lettres de défi échangées entre
Quaresima et Carnelvare, qu'on rapprochera de la guerre que se livrent
Caresme et Charriage dans un vieux poème français bien connu.
Amilcare Bossola. La Flessione verbale nella lingua italiana, saggio di gram-
matica comparata. Torino, Paravia, 1889, in-8, huit-83 p. — Petit travail
sans prétention, qui n'est pas partout au courant de la science , mais qui
pourra servir à orienter les débutants.
Sulla classification* dei manoscritti délia Divina Commedia, nota di Ernesto
Monaci. Roma, 1888 (extrait des Rendiconti délia R. Accademia dei Lincei,
IV, 229-237). — On sait qu'il n'a été fait jusqu'à présent aucune tentative
pour classer les innombrables mss. de la Divine Comédie. L'édition de Witte
repose sur un choix , généralement judicieux , mais arbitraire , de leçons
empruntées à un très petit nombre de mss. et d'éditions anciennes.
M. Monaci indique un plan qui paraît bien conçu et d'une exécution facile.
Il s'agit de recueillir dans tous les mss. les variantes d'un certain nombre de
vers pris dans tous les chants du poème. M. M. a choisi celles que 65 mss.
conservés à Rome présentent pour trente passages de l'Enfer. La disposition
est très claire. Il y a là un cadre qui pourra être facilement rempli partout
où se trouvent des manuscrits du poème de Dante.
Das wissenschaftliche Studium der neueren Sprachen in Cambridge, von Karl
Breul. Heilbronn, Henninger, 1888, in-8, 28 p. (extrait des Englische
Studien> t. XII). — L'auteur, lectnrer pour la philologie germanique à
Cambridge (où M. Braunholz est leclurer pour la philologie romane),
donne sur l'enseignement de la philologie moderne à Cambridge les
informations les plus précises. 11 ne conclut pas, mais il résulte assez claire-
ment des faits qu'il relate que cet enseignement, en Angleterre, est encore
dans l'enfance.
Dante Bibliography for tlx year 1887, compiled by William C. Lane. Cam-
bridge. Wilson, 1888, in-8, 35 p. (Appendice au Sevenlh Annual Report oj
tfje Dante Society).
Karolingische Dichtungen untersucht von Ludwig Traube. Berlin, Weidmann,
1888, in-8, 161 p. — Cet écrit forme le premier fascicule d'un recueil de
Schriften %ur germanischen Philologie dirigé par M. Rcediger. On y trouvera,
à côté de faits intéressants pour l'histoire de la poésie latine, des remarques
précieuses sur la versification rythmique de l'époque carolingienne.
Das Patois in der Umgebung von Baume-les-Dames von Otto Martin.
Halle, 1888, in-8, 53 p. (Dissert, de Halle). — Cette étude est faite d'après
344
CHRONIQUE
la traduction de l'évangile de saint Matthieu publiée à Londres en 1864 par
M. Thuriet.
Fran^ôsische Syntax des XVII Jabrlmnderts , von A. Haase. Oppeln, Franck ,
1888, in-8, iv-285 p.
Zur Lautlehrc der griechischen , lateiniscben und rotttanischen LehnwÔrter im
Altenglischen von Alois Pogatscher. Strasbourg, Trûbner, 1888, in-8,
x-220 p. — Cette étude très remarquable , pleine de faits délicatement
observés et d'idées souvent nouvelles, est plus importante peut-être pour le
romaniste que pour le germaniste. Elle appelle souvent une discussion dans
laquelle nous ne pouvons présentement entrer; mais elle devra être
consultée par tous ceux qui voudront travailler à l'histoire encore si
obscure de l'évolution du latin vulgaire antérieurement à l'époque où les
langues romanes apparaissent en pleine lumière.
Der grùtie Papagei. Eine Symbolik des Grûnen und Apologie der « Pfaffen »
von Dr. Paulus Cassel. Berlin, Schaeffer, 1888, in- 18, 66 p. — L'auteur
établit avec beaucoup de raison que le mot papagallo et ses congénères
n'ont rien à faire avec le mot papa et ses dérivés, non plus que perroquet
avec parochus, et qu'on ne s'amusait pas, en tirant sur un papegaut, à
percer de coups le symbole de son curé. Les deux mots sont , comme il
était vraisemblable par soi-même', d'origine orientale; M. Cassel montre
que l'arabe babagai (ou autres formes analogues) n'est pus récent dans la
langue , comme le dit Diez , et peut s'expliquer par une racine signifiant
« bégayer, balbutier ». Quant à parrocchetto , il viendrait d'un arabe beraki
qui parait moins assuré.
/ primi Studi di Dante. Prolusione ad un corso sulla vita e le opère minori di
Dante, letta nella R. Université di Napoli il 5 décembre 1888, da
M. Scherillo. Napoli, 1888, in-4 0 , 28 pages. (Extrait du t. XIV des Atti
délia R. Accademia di Arcbeologia, lettere e Belle Arli.) — Cette lecture, où
il y a quelque emphase et où la disposition des matières laisse un peu à
désirer, traite d'une façon assez judicieuse de la connaissance que Dante
avait des classiques.
El costume délie donne, incomen^ando da la puer i lia per fin al maritar. La via e'I
modo cïje se debbc tenere a costumarle e amaislrarle seconda la condition e* l grado
suo. Et similmente dei fanciulli. Et è uno spechio che ogni persona doverebbe
Jxwerfo , e maxime quelli che hantto figlie et figlioli over aspettano di haverne.
Con un capitolo de le trentatre cose clje convien alla donna a esser bella.
Firenze, libr. Dante, 1889, in-8°, 36 pages. — Il s'agit, comme le montre
ce titre un peu long, d'un « enseignement des dames ». Cet « ensei-
gnement » se compose de cinquante octaves. Vient ensuite VEcloga pastoral
de Philibbo e Dinarco pastori, de le bclfage cfje debbc baver le donne, en tercets.
Ces deux opuscules, qui ont pour principal mérite leur rareté, sont contenus
dans un livret gothique imprimé à B rescia, en 1526, qui paraît avoir
échappé jusqu'ici à l'attention des bibliographes. L'éditeur, M. S. Morpurgo,
CHRONIQUE
345
donne dans une note finale (pp. 29-36) tous les renseignements littéraires
désirables sur ces deux opuscules.
Ueber dos Verhâltniss der beiden Romane Durmart und Garin de Monglane, von
Adolf Stobriko. Marburg, Elwert, 1888, in-8°, 56 p. (fasc. LXXVIIdes
Ausgaben und Abhandlungcn publiées par E. Stengel). — L'auteur essaie
d'établir que la chanson de Garin de Monglane (qu'il a étudiée dans deux
manuscrits) est imitée, parfois assez maladroitement, du roman de Durmart
le Gallois; il est au moins certain qu'elles ont en partie le même thème
(amour du héros pour une princesse qu'il n'a jamais vue, qu'il rencontre,
perd et retrouve). A la dissertation de son élève, M. Stengel a joint une
utile collation du ms. de Durmart avec son édition et les corrections de
M. Fôrster.
Vokaiismus des AltgenuesiscJxn.... von Heinrich Rcettgen. Bonn, 1888,
in-8°, 56 p. (diss. de docteur). — Parmi les « thèses », nous relèverons la
première : « Les Génois, d'après leur articulation, devaient être des
Gaulois. » Voilà une application pratique assurément frappante de la
théorie des substrata ethniques expliquant les diversités dialectales des
parlers romans; elle risque toutefois de paraître plus que téméraire aux
celtistes, aux romanistes, et aux ethnographes qui ont cru jusqu'ici devoir
séparer les Ligures non seulement des Gaulois, mais des Celtes.
Etude philologique des participes, basée sur l'histoire de la langue, par J. Bastin.
2* édition. Saint-Pétersbourg, Libermann, 1888, in-8<>, 54 p. — Résumé
des règles admises, avec quelques explications historiques. Notons que dans
nous V avons échappé (manqué, donné, bailli) belle, le mot féminin sous-entendu
n'est nullement occasion, mort (?), chose, affaire (p. 38), mais bien balle :
ce sont toutes métaphores prises du jeu de paume. Il est singulier que Littré,
qui a bien compris la donner belle, n'ait pas vu que c'est le même mot qui
figure dans les autres locutions.
Die Phonetik im fran^ôsiscljen und englischen KlassenunterricJH, von Dr. A Ram-
baud. Hambourg, 1888, in-8°, 35 p. — Exposé fort clairet pratique. Les
raisons données p. 17 pour maintenir, dans l'enseignement du français
aux Allemands, l'ancienne dénomination de diphthongues aux groupes
voy. -h f ou /, w, ib voy. peuvent être bonnes (nous en doutons cepen-
dant); mais M. Passy n'en a pas moins pleinement raison de les proscrire
et de regarder le f, le w et le ib comme des éléments consonantiques.
Fr. Bonn ar dot. Rapport sur une mission à Luxembourg et à Clairvaux
d'Ardenne. Paris, Leroux, 1888, in-8°, 40 p. (extrait des Archives des Missions,
3 e série, t. XIV). — Notons quelques curieux documents relatifs au pèleri-
nage de Saint- Hubert. Une seconde partie, contenant les textes français
recueillis dans les archives luxembourgeoises, paraîtra prochainement.
Il Vencrdi ttelle tradi\ioni popolari italiane, per Giuseppe Pitrè. Terza edizione
con moite giunte. Palermo, 1888, in-8°, 20 p.
Die fran{ôsischen Ortsnamen germanischer Abkunft. 1 . Teil. Die Ortsçattungsna-
men.... von Ernst Kornmesser. Strasbourg, Trûbner, 1888, in-8°, $9 p.
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346
CHRONIQUE
(dissert, de docteur). — L'auteur de ce travail s'est proposé de déve-
lopper les indications données par M. Grôber (Grundriss, I. 423-425)
sur la part de l'influence germanique dans les dénominations locales en
France ; il Ta fait avec soin, savoir et intelligence ; la première partie de son
étude se borne aux noms composés d'un nom de personne suivi de ville,
villiers, court, etc., et aux noms formés avec le suffixe allemand -ingen.
La thèse de M. Grôber, soutenue par l'auteur, c'est que tous les noms du
premier groupe sont d'origine germanique, même quand ils n'ont que des
éléments romans, car : i© Us n'apparaissent pas en Gaule avant les invasions ;
2° ils contiennent un génitif, et le génitif était mort en gallo-roman à
l'époque où ils se sont formés (en sorte que des noms comme Pierrefont ne
sont qu'une imitation du procédé germanique) ; 3 0 ils présentent les deux
composants dans l'ordre germanique et non dans l'ordre roman. La théorie
de M. Gr. peut être vraie essentiellement, mais les arguments produits à
l'appui sont contestables. En admettant que le génitif singulier eût disparu
avant le cinquième siècle, ce qui est douteux (voy. les remarques absolument
contraires de M. Bianchi pour l'Italie, ci-dessus, p. 331), le génitif pluriel
en -or(o) s'était maintenu, et M. Kornmesser conteste à tort, pour appuyer
l'assertion de son maître, les étymologies assignées par Quicherat à Fran-
courville et à Confavreux — C u r t i s F a b r o r u m ; il ne dit rien de Villefreux
(Villa pirorum), de Bretenoux (Villa Brittannoru m) et de plusieurs
autres noms cités par Quicherat, auquel nous ajouterons celui de Morgo-
ioHrzrMortemGothorum, si brillamment expliqué par M. A. Molinier
(Bibl. Éc. Ch. XL, 479). D'ailleurs, si le génitif n'existait plus comme forme,
l'accusatif en remplissait la fonction. Quant à l'ordre des composants, des
formules comme la Deu merci, por Deu amor et Christian pople salvament, li
Deu inimi, li rei gonfanoniers, roi court, etc., prouvent que la postposition
du cas-régime n'est pas aussi ancienne que le dit M. Grôber. Malgré ces
réserves, l'étude de M. K. est très recommandable, et nous espérons qu'il
en donnera bientôt la suite.
Bibliotltèque de T Ecole des Chartes. Table des tomes XXXI à XL (1870-1879), suivie
de quatre tables générales sommaires des tomes I à XL : i° Table alpha-
bétique des articles par noms d'auteurs ; 2° Table méthodique des articles ;
30 Table chronologique des documents; 4 0 Table des fac-similés, dessins
et plans, par Eugène Lelong. Paris, Picard, 1888, in-8°, IV-232 p. — Le
titre de cette publication en dit assez l'utilité. Les tables dressées par
M. Lelong rendront les plus grands services même à ceux qui ne possèdent
pas le recueil auquel elles s'appliquent, en leur faisant connaître les
matériaux si abondants et si précieux qui y sont accumulés.
Die Pronomina demonstrativa im Altfran\Ôsisc}xn von Karl Ganzlin.
Greifswald, 1888, in-8<>, 96 p. — Nous ferons remarquer que cilh (de
même que ilh) dans des textes wallons est sans doute une particularité
plutôt graphique que phonétique : dans les autres régions, tout en écrivant
cil, on prononçait également une / mouillée (de même on prononçait
CHRONIQUE
347
partout avec une / mouillée les représentants de fîlium fi lia, bien qu'on
écrivît ici filb 9 filhe et là fil, fille),
A philologia portuguesa (a proposito da reforma do Curso superior de Letras
de Lisboa) por J. Leite de Vasconcellos. Lisboa, Bertrand, 1889, in-8°,
60 p. — Bon exposé de l'histoire et des progrès récents de la philologie
portugaise en Portugal et à l'étranger, dans lequel il est rendu pleine justice
aux mérites et aux services d'Ad. Coelho. L'auteur conclut à la nécessité
de la création d'une chaire spéciale pour cette discipline nationale dans
l'ensemble des cours d'enseignement supérieur de Lisbonne, que l'on songe
à réorganiser.
Bibliographie des aUfran^psischen Rolandsliedes , mit Berûcksichtigung nahe-
stehender Sprach- und Litteraturdenkmale, verfasst von Dr. Emil Seelmann.
Heilbronn, Henninger, 1888, in-8°, xin-113 p. — Cet excellent travail a
été composé pour remplacer l'ouvrage, aujourd'hui épuisé, de J. Bauquier,
publié jadis à la même librairie ; mais il le dépasse tellement qu'il ne lui a
guère emprunté que le titre. M. Seelmann, qui montre dans des travaux de
genre fort divers 1 la même application et la même composition claire et
méthodique, a fait œuvre tout à fait personnelle dans cet écrit, dont lui
sauront gré tous ceux qui étudient notre ancienne épopée. Les purs biblio-
graphes loueront en lui la fidélité absolue qu'il s'est attaché à apporter à la
reproduction des titres des ouvrages cités ; ils regretteront peut-être qu'il
ait cru devoir disposer ses matériaux dans un ordre indiqué par des considé-
rations étrangères à la bibliographie. M. S. a voulu en effet composer,
comme il le dit, « un Baedeker pour le Roland, un simple guide et indica-
teur à travers le vaste domaine de la littérature de ce poème, un guide qui
s'efforce d'épargner aux explorateurs des peines et des pas inutiles, des
pertes inutiles de temps et d'argent, et qui çà et là appelle leur attention
sur des points de vue ou des spectacles remarquables. » C'est là un objet
intéressant, mais qui ne nous paraît pas complètement atteint. L'auteur
s'est abstenu, dit-il, systématiquement de toute espèce de critique (ce n'est
pas tout à fait exact, voy. par ex. la note sur Scherer, p. 50); mais par là
même il n'a pas épargné à ses lecteurs la perte inutile de temps et d'argent
que Baedeker épargne aux siens quand il leur dit que telle auberge est mau-
vaise et chère, ou que tel tableau vanté est apocryphe. M. S. remarque dans
sa préface que la simple mention d'un titre ne sert à rien, et qu'il faut ajouter
quelques renseignements sur le contenu et l'importance de l'ouvrage ; mais
combien de fois ces renseignements manquent à son catalogue ! Il est vrai
qu'il aurait fallu tout lire, et l'auteur, malgré ses soins et ses efforts, n'a
même pu tout voir de ses yeux. Aussi ne le chicanerons-nous pas sur ce
point ni sur la distribution assez peu commode et forcément inconséquente
1 . Outre l'ouvrage si important, et, malgré quelques défauts, si utile, qu'il
a écrit sur la prononciation du latin, M. §. a donné une bonne édition du
poème néerlandais Valentijn och Namloos, imité de notre Valentin et Or son.
34«
CHRONIQUE
qu'il a adoptée; nous dirons plutôt que son travail, fait avec beaucoup
d'intelligence et à l'aide d'une grande information, instruira tous ceux qui
le liront. Il n'est pas complet, naturellement ; notamment pour les comptes
rendus critiques, qu'il était si important de mentionner dans un livre fait
pour le but que se proposait M. S., il y a des lacunes nombreuses et
sensibles. En revanche, les superfluités ne manquent pas. Signalons seule-
ment la mention (deux fois répétée) de la publication de Jonckbloet qui
porte le titre de Roman van Kard den grooten en %ijne xn pairs; ces fragments,
imprimés jadis (comme l'éditeur l'a reconnu depuis) sous un titre inexact,
appartiennent à la traduction des Lorrains et n'ont rien à faire avec Roland ;
en général, M. S. a peut-être étendu un peu plus que de raison le domaine
des « nahestehende Denkmale » (notamment en ce qui concerne la gram-
maire). Les erreurs, dans un livre de ce genre, ne se découvrent que par
l'usage; il doit y en avoir fort peu dans le travail de M. Seelmann;
du moins à la lecture n'en avons-nous remarqué aucune. La préface est
datée d'août 1888; mais le travail paraît avoir été achevé sensiblement
avant cette date ; en tout cas il y a déjà maintenant bien des additions à y
faire par suite de publications nouvelles. Souhaitons qu'il ait de nombreuses
éditions; le succès qu'il obtiendra attestera mieux que tout l'intérêt toujours
croissant qui s'attache à l'œuvre capitale de notre vieille épopée.
The Curial , made by maystere Alain Qxirretier. Translated thus in Englyssb by
William Caxton. 1884. Collated with the french original by Prof. Paul
Meyer, and edited by Fredrick J. Furnivall. London, Trûbner, 1888,
in-8, vni-20 p. (publ. de la Early English Text Society). — Signalons la
note sur la ballade qui a pour refrain Ne clriere que d'omme joyeux , attribuée
à Alain Chartier par Caxton et traduite par lui à la fin de sa version de
Curial.
Ueberdie Chanson d'Esclarmonde, die Chanson de Clarisse et Florent, uttd dieChan-
son d'Yde et Olive... von Max Schweingel. Marburg, 1888, in-8» (diss.
de docteur). — L'auteur essaie d'établir que ces trois chansons, qui font
suite à Huon de Bordeaux dans le ms. de Turin, sont du même auteur, tan-
dis que la quatrième et dernière, Godin (ainsi qu'une continuation d' Yde et
Olive), est du même auteur qu' Auberon, introduction à Huon (voy. Remania,
Il Padiglione di Carlo Magno, cantare cavalleresco edito per cura di Giuseppe
Vandelu. Modena, 29 déc. 1888 (per no^e Vandelli-Bertacchini), in-8°,
19 p. — Ce petit poème, — qui paraît un simple extrait de quelque
grande composition épique, — appartient au commencement du xv* siècle.
Il a été plusieurs fois imprimé, mais dans une forme altérée. M. V. le
publie d'après trois bons manuscrits. (Un ms. donne à ce poème le nom de
Padiglione del re Pipino, ce qui a fait faire des conjectures erronées, voy.
Hist. poel. de Charlem., p. 195, note; un autre l'intitule Padiglione di
Mambrino). Sur ce pavillon, d'après l'auteur, étaient représentées de nom-
breuses scènes de la mythologie ou de l'histoire juive, grecque et romaine,
VII, 332)-
CHRONIQUE 349
plus l'enfer et le ciel (d'après Dante). M. V. annonce comme devant
paraître prochainement un travail sur / Padiglioni e le Sale nella klteratura
cavalier esca italiana, pour lequel il semble fort bien préparé.
A lingua portugue^a, noçôes de glottologia gérai e especial portugueza, por
F. Adolpho Coelho. Porto, Magalhâes (1889), in-12, 200 p. (Curso de
liiteratura national, I). — Nous avons ici la seconde édition d'un ouvrage
élémentaire, mais fait avec des idées et des rechercnes personnelles, comme
l'indique suffisamment le nom d'Ad. Coelho. Nous regrettons un peu que
la partie historique du sujet soit la moins longuement traitée; nous voulons
espérer que réminent auteur nous donnera bientôt cette Histoire de la langue
portugaise à laquelle il travaille depuis vingt-deux ans.
La Cronica di Dino Compagni, délie cose occorrenti tu? tempi suoi, e la canqcme
morale del Pregio, dello stesso autore, edizione scolastica per cura di Isidoro
del Lungo. Firenze, suce. Le Monnier, 1889. In-12, xxm-225 pages. —
Cette édition, d'un extrême bon marché (1 fr.) si l'on considère la quantité
des matières et la difficulté typographique que présentait l'arrangement ,
très bien entendu , du texte , des sommaires et des notes , nous donne
comme le suc des quatre volumes que M. del Lungo a consacrés à Dino.
Le texte est réglé sur le ms. Ashburnham, maintenant, comme on sait, à
Florence. Le commentaire encore fort copieux condense en un espace relati-
vement restreint une quantité de notions et de documents. Cette fois l'édi-
teur a pu s'abstenir de toute polémique, et on se réjouit de pouvoir lire
Dino sans la préoccupation gênante d'une critique prétentieuse et fausse
dont M. del Lungo a heureusemement débarrassé le terrain scientifique.
Neuer vollstâtidiger Index \u Die^ etymologisclxn Wœrterbuche der romanischen
Sprachen, mit Berûcksichtigung von Schelers Anhang \ur fûnften Ausgabe, von
J. U. Jarnik. Heilbronn, Henninger, 1889. In-8°, x-382 pages. — Nou-
velle édition très augmentée et perfectionnée de diverses façôns de cet
index qui, sous sa première forme (voy. Romania, VIII, 154), était déjà
fort satisfaisant. Cette fois , l'index ne peut guère être plus complet ; les
mots cités occasionnellement, dans le cours d'un article, y sont enregis-
trés. L'auteur a supprimé avec raison l'indication des pages et des lignes
de l'édition de Diez suivie par lui, qui occupait une place inutile. Le prin-
cipal perfectionnement apporté à cette édition consiste en un appendice
considérable (pp. 235 et suiv.) qui renferme la table alphabétique par
langues des mots étrangers aux langues romanes, c'est-à-dire latins, grecs,
allemands, celtiques, anglais, etc., qui sont cités dans le Dictionnaire. La
disposition typographique est fort intelligemment entendue, mérite assez
rare en Allemagne pour qu'il y ait lieu de le relever.
Le Wallon 9 son histoire et sa littérature, causeries liégeoises par Joseph
Demarteau. Liège, Demarteau, 1889, in-12, iv-350 p. Ce volume,
formé d'articles publiés dans la Galette de Liège, est destiné aux Liégeois et
ne s'occupe que du wallon de Liège; le lecteur étranger y trouvera avec
plaisir un tableau rapide , éclairé par des citations , du développement de la
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350
CHRONIQUE
littérature locale. Ce tableau est précédé d'une conférence sur « le flamand
dans l'ancienne principauté de Liège », qui a surtout une tendance pra-
tique. L'ouvrage entier d'ailleurs est un ouvrage de tendance (catholique),
ce qui n'empêche pas une générale impartialité de jugement. Sur l'exposé,
donné dans les premiers chapitres , des origines linguistiques du liégeois ,
ainsi que sur maint détail de son histoire ancienne , il y aurait naturelle-
ment plus d'une réserve à faire; mais l'auteur, quoique journaliste, est
d'ordinaire circonspect et suffisamment éclairé sur les questions qu'il traite.
Geschichte der fran^osischen Nationallitteiatur von ihren Anfângen bis auf die
neueste Zeit. Von Fr. Kreyssig. Sechste verraehrte Auflage in zwei Bânden
gânzlich umgearbeitet von Dr. Adolf Kressner und Dr. Joseph Sarrazin.
I. Band. Berlin, Nicolai, 1889, in-8°, vm-224p. — Le livre de Kreyssig a
eu en Allemagne un succès qu'attestent ses nombreuses éditions, que jus-
tifient pour la période moderne l'exposition agréable de l'auteur et sa sym-
pathie pour la littérature française, mais qui pour la période ancienne n'était
assurément pas mérité. M. Kressner a complètement refait la première
partie du livre; il a essayé de la mettre au courant des connaissances
actuelles et il a voulu à la fois offrir une lecture intéressante au grand
public et un instrument de travail aux étudiants. C'est aux lecteurs alle-
mands à dire s'il a réussi dans la première partie de sa tâche ; quant à la
seconde, nous sommes obligés de dire qu'il nous paraît y avoir échoué. Les
renseignements qu'il donne manquent de proportion, de précision, souvent
d'exactitude; ses notes bibliographiques entre autres, où il a cherché, dit-il,
à être pratique plutôt que complet, ne sont pas seulement incomplètes et
souvent superflues : elles ne peuvent fréquemment qu'égarer ceux qui les
prendraient pour guides. Nous n'en prenons qu'un exemple, au début
même. La bibliographie jointe au premier chapitre {Origine de la nation, de
la langue et de la littérature) comprend vingt titres d'ouvrages, dont plusieurs
(les livres de Pélissier, Loiseau, Semmig, Garreaud) ne devraient être cités
que pour détourner de les lire; le titre : « G. Paris, Grammaire historique de
la langue française, Paris, 1888, » ne peut qu'induire en erreur si on n'ajoute
pas le sous-titre de cette courte brochure : Leçon d'ouverture d'un cours, etc.
(de même pour une leçon d'ouverture d'A. Darmesteter) ; un opuscule de
M. Aubertin, d'ailleurs sans aucune valeur, est indiqué à côté de son
Histoire de la littérature française au moyen-dge, dont il n'est qu'un extrait, etc.
Bien d'autres échantillons montreraient que ce livre fait de seconde main et
avec précipitation, bien qu'il contienne d'assez bons morceaux, ne saurait
être recommandé à ceux qui veulent étudier notre ancienne littérature.
En réalité, rien de bon parmi ces renseignements qui ne soit, avec les
explications nécessaires, dans le Grundriss de Grôber, auquel il suffisait de
renvoyer.
Tradt\ioni carolingie in Italia, nota di Alessandro d'ANCONA. Roma, 1889,
in-4 0 (extrait des Rendkonti délia R. Accademia dei Lincei, 17 mars 1889,
p 420-427). — Dans cette fort intéressante note, M. d'Ancona reprend et
CHRONIQUE 35I
complète ce qui a été réuni par lui et par d'autres sur la persistance en
Italie, notamment dans des dénominations locales, des traditions relatives à
'épopée carolingienne, traditions dont plusieurs sont d'ailleurs relativement
récentes et ne remontent qu'à la poésie épique proprement italienne. La
colonne qui à Raguse s'appelait Orlando et servait au xv« siècle à certains
actes juridiques est bien probablement une imitation des RolandssaÛUn de la
Saxe; comment cet usage allemand s'est-il propagé jusque-là? D'après les
notices recueillies par M. d'A., le fameux phallus de Roland que l'on aurait
montré dans un mur de Spello en Ombrie ne devrait son existence imaginaire
qu'à un malentendu : c'est la stature entière du héros, d'après les trous laissés
par son cou, ses coudes et ses genoux, que prétend mesurer la muraille de
Spello. L'auteur rapporte en terminant un curieux passage du chroniqueur
Tommaso Tusco (xm e siècle) sur l'écuyer d'Olivier, appelé Richard, qui,
ayant vécu jusqu'en 123 1, se présenta à l'empereur Frédéric II et lui fit les
plus curieuses révélations (Mon. Germ. Hist., XXII, 511); cf. d'ailleurs
le passage de Bonatti sur le même Richard cité ici par M. d'Ancona
(Rom., X, 214); il est probable que c'est le même personnage, qui, par
suite d'une transmission orale inexacte, est mentionné par Albéric des
Trois-Fontaines sous le nom de Thierri, écuyer de Roland (voy. Hist.
poét. de Charlemagne, p. 323, n. 4).
Die Chronik von Morea. Eine Untersuchung ùber das Verhâltnis ihrer
Handschriften und Versionen, von John Schmitt, aus Cincinnati, O.
Inaugural Dissertation zur Erlangung der philosophischen Doctorwùrde
bei der Universitàt Mûnchen. Mûnchen, 1889, in-8, 129 p. — On sait que
des opinions diverses ont été émises sur le rapport de la forme française et
de la forme grecque de la Chronique de Morée ; Buchon, suivi par Hopf (qui
paraît ensuite avoir été ébranlé dans cette opinion), regardait le français
comme l'original; Ellissen, tout en disant que l'inverse était aussi admis-
sible, a soutenu pour sa part que les deux ouvrages remontaient à un
original commun; dans quelle langue était cet original, c'est ce qu'il ne
paraît pas dire nettement. M. Schmitt, dans cette savante et pénétrante
étude critique, déclare se rallier à la thèse d'Ellissen, mais en réalité il en
soutient une autre : il croit que le texte français est une version du grec.
Les arguments qu'il emploie à réfuter l'opinion de Buchon sur le poème
romaïque sont fort bons ; mais il est moins heureux quand il veut prouver
que le texte français est traduit du grec; il commet même quelques erreurs
sur le sens de locutions françaises (or dit li contes, or laisse li contes a
parler, etc.), où il voit bien à tort des renvois formels à un écrit original :
ces formules sont courantes dans tous les écrits narratifs en prose des xinc et
xive siècles, et leur visible imitation dans le poème grec indique au contraire
que l'auteur de ce poème composait son œuvre sous l'influence d'un
modèle français. Le manuscrit français unique de la Chronique de Morée se
donnant expressément pour un abrégé, rien n'est plus naturel que de consi-
dérer le poème romaïque et ce manuscrit comme remontant indépendam-
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352
CHRONIQUE
ment à une forme plus étendue de l'œuvre française : c'est là, croyons-
nous, la solution qui prévaudra et que confirment les indications de dates
fournies respectivement par les rédactions française et romaïque. Sauf cette
réserve sur la conclusion, nous devons. louer et recommander la dissertation
de M. Schmitt; il nous semble notamment avoir mis hors de doute le
curieux rapport des deux manuscrits du poème grec : le texte de Paris n'est
qu'un arrangement, rendu plus correct pour la forme et atténué pour le
fonds (en ce qui concerne la haine de l'auteur pour les Grecs hostiles aux
Français), du texte de Copenhague. Toutefois M. Schmitt nous semble aller
trop loin quand il attribue à l'auteur du poème une connaissance imparfaite
du romaïque et surtout une impéritie choquante dans le maniement du vers
politique : les fautes (au vrai sens du mot) que présente le ms. de
Copenhague et que corrige celui de Paris nous semblent pouvoir être en
grande partie attribuées au copiste.
Novelle inédite di Giovanni Sercambi, tratte dal codice Trivulziano cxcm per
cura di Rodolfo Renier. Torino, Loescher, 1889, in-8, LXXV-436 p. —
Cette importante publication, qui a coûté à l'éditeur un travail considérable
et, on peut le dire, ingrat, sera accueillie avec reconnaissance par tous ceux
qui s'intéressent à la nvythographie. On sait qu'il restait dans le ms. des
nouvelles de Sercambi un grand nombre de nouvelles que le noble posses-
seur n'avait jamais voulu laisser publier à cause de leur caractère licencieux.
Ce scrupule honorable, mais ici excessif (à coup sûr les contes lourde-
ment et souvent platement écrits du vieux novelliere lucquois ne peuvent
faire de mal à aucun des rares lecteurs qu'ils auront) a été vaincu, et
M. Renier a pu copier et imprimer tout ce qui était inédit (quelques mor-
ceaux par trop grossiers n'ont toutefois été donnés qu'en extraits). La
tâche était pénible, vu la condition défectueuse (scrittura veramenie orribile)
de l'ancienne copie et les obscurités du style et du langage de l'auteur lui-
même. M. R. s'en est acquitté avec la plus grande conscience. Il a joint à
son volume une table de toutes les nouvelles, avec l'indication de celles
qui ont été publiées ailleurs, et il l'a fait précéder d'une excellente intro-
duction biographique sur l'auteur. M. Kôhler donnera prochainement un
commentaire mythographique des Novelle.
Le propriétaire-gérant, E. BOUILLON.
Maçon, imprimerie Protat frères.
LES
BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES
Cette étude est consacrée aux traductions de la Bible en
provençal et en dialecte des vallées vaudoises. Ces versions ont
déjà été l'objet de bien des travaux, et il serait injuste de ne pas
mentionner en commençant les Fragments relatifs à V Histoire de
la Bible française, de M. Reuss 1 , que nous désirons simplement
continuer. Mais tous les manuscrits n'ont pas été, jusqu'à ce
moment, étudiés parallèlement et confrontés; le plus ancien
même des manuscrits vaudois était presque inconnu jusqu'à
présent. De là une grande incertitude dans les résultats obtenus,
et], parmi les savants, des jugements contradictoires et allant
souvent d'un extrême à l'autre, comme il arrive dans les causes
mal informées. J'ai vu tous les manuscrits et je les ai, autant
que je l'ai pu, décrits exactement. Je n'ai pas compris dans cette
étude certains textes provençaux que rien ne rattache au groupe
de nos principaux textes. Tels sont les cinq chapitres de saint
Jean, copiés au xii e siècle, probablement à Limoges 2 , le
Psautier conservé dans le manuscrit B. N. fr. 2434, du
xiv* siècle, et l'Histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament
commençant par ces mots : « Dis lo libre de Genesi3. » Quant
aux parties importantes de l'Ancien Testament qui sont contc-
1. Rtvuedt Théologie, t. V (1852), p. 321 et suiv.; t. VI (1853), P- 65 et
suiv.
2. Manuscrit Harliien 2928, f° 187 v<>. Ce texte a été publié, après M. Fr.
Michel, |par M. C. Hofmann, par M. P. Meyer et par M. Bartsch.
3. Manuscrits de Sainte-Geneviève, A f 4, 40, xivc siècle, fa 79 et fr. 6261
de la Bibliothèque nationale, xv« siècle (Bartsch, Chrest. prw., 4c édition,
P- 394).
Remania, XVIII. ^
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354 s - BERGER
nues dans un manuscrit de Colbert, B. N. fr. 2426, du xv* siècle *,
elles pourront, avec plus de profit, être étudiées à part. Je n'abor-
derai pas, même en passant, la question philologique, d'abord
par une prudence bien justifiée, et surtout parce qu'elle sera
traitée avec autorité ici-même. De son côté, M. W. Foerster vient
de publier sur ce sujet quelques pages remarquables à divers
titres 2 , et dont je ne doute pas qu'il ne fasse disparaître, s'il les
publie à nouveau, quelques conclusions excessives et quelques
personnalités peu heureuses. M. Foerster joindra à l'étude qu'il
prépare des facsimile qui permettront au lecteur de juger des
dates que j'ai cru pouvoir attribuer aux divers manuscrits.
I. — DU TEXTE DE LA VULGATE USITÉ EN LANGUEDOC
Les versions de la Bible faites au Moyen Age ont toutes,
Ou à peu près toutes, le texte latin pour original. Nous ne
pouvons donc prendre un plus sûr point de départ pour l'his-
toire des bibles provençales que l'étude du texte de la Vulgate,
tel qu'il était répandu au xm e siècle dans le midi de la France.
Il serait difficile de définir le texte latin usité dans le Midi.
Ce texte a dû varier beaucoup. On peut pourtant déterminer
une famille de manuscrits très différents de tous les autres,
reconnaissables à certains traits communs et dont la patrie
paraît être le Languedoc. Le texte de ces manuscrits est telle-
ment mêlé, qu'il semble parfois représenter autant les anciennes
versions que la Vulgate K Le codex Dcmidovianus, dont le
Nouveau Testament a été publié dans l'édition de Matthaei
(Riga, 1782-1788, n volumes), est le plus remarquable de
ces manuscrits, et je ne serais pas étonné, quand on pourra
étudier ce manuscrit de plus près, que l'on reconnût qu'il a été
copié, après le milieu du xm c siècle, sur la rive droite du Rhône.
1. Ane. fonds 8086 J. Cf. J. Wollenberg, Archiv /. d. Stud. d. ntucren
Spraclxn, t. XXVIII, XXX et XXXII.
2. Gôttingiscfo geUJnU An^dgen , 1888, p. 753.
3. Parmi ces mss., il faut citer ceux-ci : B. N. lat. 4 (donné à Colbert par le
chapitre du Puy ; deux volumes, *ix c -xe siècle) et 7 (Mazarin ; xje-xii* siècle),
et Harl. 4772 et 4773 (provenant de Fr. Ranchin, de Montpellier ; commen-
cement du XIII e siècle).
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 355
A cette Camille se rattache un petit groupe de manuscrits qui,
dès l'abord, attirent notre attention par un caractère tout exté-
rieur. Ds ne comprennent que le Nouveau Testament, chose
presque sans exemple parmi les manuscrits de la Bible et qui doit
retenir l'attention de ceux qui étudient les Nouveaux Testaments
provençaux 1 . Le mieux daté de ces Nouveaux Testaments, le
manuscrit lat. 321 de la Bibliothèque nationale (de Baluze), est
écrit au commencement du xm e siècle; sa patrie nous est claire-
ment indiquée par le calendrier qui est en tête et où se lisent
les noms de saint Hilaire de Carcassonne et de saint Paul de
Narbonne; deux autres, les manuscrits lat. 342 et 343, sont égale-
ment du commencement du xm e siècle et, à l'écriture, on recon-
naît qu'ils ont été copiés dans le Midi, l'un d'eux (lat. 342) sans
doute dans la région des Pyrénées. Un quatrième manuscrit
(lat. 341), écrit en Italie probablement vers la fin du XIII e siècle,
forme famille avec les trois manuscrits languedociens qui pré-
cèdent. Aucun de ces quatre manuscrits n'a la division moderne^
des chapitres ; tous ont une division à part qui, si j'en prends
pour type le manuscrit 342 (le plus remarquable à tous égards),
présente un véritable caractère d'ancienneté. Quant au texte, ce
n'est pas le moment d'en parler avec détail; il suffira de dire
qu'il représente une recension tout à fait particulière, qu'on ne
peut confondre avec aucune autre famille de textes et qu'on peut
avec assurance appeler « languedocienne ». C'est pour ainsi dire
le rendez-vous de toutes les interpolations. S'il fallait chercher
un ancêtre à ce texte méridional, qui ne ressemble à aucun texte
connu, nous le retrouverions peut-être dans les manuscrits
wisigoths ou copiés en Catalogne; nous le rencontrerions sans
doute en Espagne, dans cette patrie de tous les textes mélangés,
à peine séparée du Languedoc par une frontière de montagnes
constamment franchie. Je n'ai pas besoin de rappeler que le
Roussillon a fait partie de la Catalogne jusqu'au règne de
Louis XIV et parle encore catalan aujourd'hui, et que le comté
de Carcassonne et celui de Razès, c'est-à-dire de Limoux, n'ont
été affranchis qu'au temps de saint Louis de la suzeraineté de
la maison d'Aragon.
1 . U n'y a , à ma connaissance , à la Bibliothèque nationale , en dehors de
ces quatre manuscrits , que deux Nouveaux Testaments latins.
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C'est aussi aux environs du règne de saint Louis qu'il se fait
un changement, du reste purement extérieur, dans le texte
languedocien de la Bible. Nous possédons, en effet, au moins
deux manuscrits d'une édition de ce texte qui remonte à la
seconde moitié du xm c siècle. Ce sont deux bibles complètes,
qui ont la division moderne en chapitres, mais qui appartiennent
par leur texte, pour le Nouveau Testament}, à la famille des
quatre manuscrits que nous venons de citer. L'un (lat. 11932,
Coislin) est d'une écriture méridionale, languedocienne,
semble-t-il, du xm c siècle; il appartenait, en 1600, à Jean
Crespin, docteur et chanoine de Rodez. L'autre est le manus-
crit lat. 16262, écrit au xni c siècle en France, mais non
à Paris, et légué à la Sorbonne par maître Robert Bernard de
Normandie. Je n'en dis pas plus sur ces textes. Nous sommes
dès maintenant assez éclairés sur le texte biblique usité en
Languedoc au xm e siècle pour pouvoir aborder avec profit
l'étude des traductions provençales. Ces traductions, en effet,
nous pouvons le dire dès à présent, ont été faites, du moins les
plus anciennes, sur un texte absolument identique au texte lan-
guedocien que nous venons de déterminer.
Les manuscrits que nous avons à étudier sont au nombre de
sept, sans parler de quelques fragments. Ils se divisent natu-
rellement en deux classes :
i° Textes provençaux : manuscrits de Lyon et de Paris;
2° Textes vaudois : manuscrits de Carpentras, de Dublin, de
Grenoble, de Cambridge et de Zurich.
Avant de passer à l'étude successive de ces différents manus-
crits, nous devons faire une remarque qui se rattache encore à
l'histoire de la Bible latine. L'ordre des livres de la Bible y
diffère tellement que, pour sept manuscrits, nous avons six
dispositions différentes :
1. Ms. de Lyon : Evangiles , Actes, Apocalypse, Epttres catho-
liques, saint Paul (ordre à peu près sans exemple dans les manus-
crits latins).
2. Ms. de Paris : Evangiles, Actes, Epîtres catholiques, saint
Paul, Apocalypse (ordre des manuscrits alcuiniens et des manus-
crits méridionaux lat. 7, 342 et 343).
3. Ms. de Carpentras : Evangiles, Epîtres catholiques, Apoca-
lypse, saint Paul, Actes (ordre sans exemple dans les latins).
4. Mss. de Dublin et de Cambridge : Evangiles, saint Paul,
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 357
Actes, Epitres catholiques et Apocalypse (ordre du plus grand
nombre des manuscrits de la Vulgate depuis le milieu du
xiii* siècle, et, parmi les textes méridionaux, du codex Demi-
dovianus).
5. Ms. de Grenoble: Evangiles, saint Paul, Epîtres catho-
liques. Actes, Apocalypse (c'est Tordre du plus grand nombre
des manuscrits espagnols de la Vulgate, du manuscrit méri-
dional add. 4773 du Musée britannique et des Nouveaux
Testaments allemands de Tepl et de Freiberg).
6. Ms. de Zurich : Evangiles, Actes, saint Paul, Epîtres catho-
liques, Apocalypse (cet ordre est celui du manuscrit méridio-
nal 321 comme des célèbres manuscrits Amiatinus et Toletanus
et des éditions d'Erasme).
Au milieu de ce désordre, nous ne trouvons même pas cette
ressemblance entre nos manuscrits, que les épîtres de saint Paul
y soient disposées partout de même. Dans le ms. de Paris et
dans le plus grand nombre des bibles vaudoises, Tordre en est
le même que dans la Vulgate actuelle, excepté l'interversion
des deux Epîtres aux Philippiens et aux Colossiens dans le
manuscrit de Zurich. Le ms. de Cambridge, qui n'est qu'un
abrégé, semble également copié sur un original où TÉpître aux
Thessaloniciens suivait immédiatement celle aux Philippiens.
Enfin le Nouveau Testament de Lyon nous montre Tordre sui-
vant : épîtres aux Philippiens, aux Thessaloniciens, aux Colos-
siens, aux Laodicéens et à Timothée. Cet ordre est celui d'un
très petit nombre de manuscrits latins, mais il est très ancien
(codex Fuldensis, book of Armagh, bible catalane et manuscrit
latin 343, cité plus haut).
Comme on Ta vu, si le chaos est dans les manuscrits romans,
il n'y a pas plus d'ordre dans les bibles latines et, à cet égard,
comme à tant d'autres, il faut répéter le mot de saint Jérôme :
« Tôt exemplaria quoi codices. »
n. — LE NOUVEAU TESTAMENT DE LYON
Il est d'autant moins nécessaire de décrire le ms. du Palais
des Arts, qu'il a été reproduit en phototypie par les soins de
M. Clédat. Antérieurement on en possédait une page en
héliogravure dans le Recueil des jac-similés à l'usage de l'Ecole
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35»
S. BERGER
des Chartes, n° 129. Nous nous bornerons à dire, avec la réserve
qu'impose toujours la détermination de l'âge et de la patrie des
manuscrits du Midi, qu'il est écrit, d'une écriture probablement
languedocienne, à une époque qui n'est peut-être pas éloignée
de la fin du xm e siècle. Quelques extraits de ce manuscrit seront
ici d'autant plus à leur place, qu'il est des plus difficiles à lire,
à cause des abréviations dont il est rempli x .
E co fo apropiatz Jhesu de Jherusalem e venc en Boscage a mont Olivet ,
ladonx Jhesu trames dos de sos decipols, 'dizentz ad els : Anatz el castel que
es encontra vos e viasament atrobaretz l'asena liada e Ppolli ab lei. Deliatz
los e amenatz los a mi. »E si alcus vos dira alcuna causa, digatz que al
Senhor a'n ops , e viasamentz laissaran los. « Mais tôt aiso es fait que sia
complit aco que fo dig per lo propheta dize[n]tz : $ Digatz a la filla de Sion ,
vecte lo teus reis ve a tu soaus, sezentz sobre la asena el polli fil de la
sotzjoal. 6 Mais li decipol anantz iero o enaisi co Jhesu lor o comandec e
amenero F asena el polli e pausero sobre lor lors vestimentas e fero lui sezer
desus. 8 Mais mouta cumpanha aparelero lors vestimentas e la via, mais li
autri trencavan los rams dels aibres et estendian los e la via. »Mas las
companhas que denant anavan e que seguian lui ecridavan dizentz : Lauzor
al filh de Davi. Benezectes es aquel qui ve el nom del Senhor. Lauzors e las
autezas.
1 . Je me suis efforcé de résoudre toutes les abréviations en suivant la gra-
phie la plus fréquente dans chaque manuscrit. Ainsi , dans le ms. de Lyon ,
j'écris Joans avec Jean, 1, 15. Dans les textes vaudois, j'écris, suivant l'usage,
« enayma » le mot qui se lit généralement dans les manuscrits « enay* » et
qui peut-être doit se lire « enaysi coma » , ainsi qu'on peut voir à Jean, I,
14, Rom. y i 9 2i, etc. Comparez Foerster, article cité, p. 798. pai suivi l'ortho-
graphe des manuscrits pour la lettre qui y est écrite tour a tour % ou ç. Voici
quelle est, à cet égard, la pratique suivie dans les divers manuscrits. Celui
de Lyon emploie presque toujours le ç et celui de Paris toujours. Le ms.
de Carpentras écrit toujours f, si mes notes sont exactes; celui de Grenoble
écrit presque toujours ç; j'y ai vu, deux fois seulement, un ç dans les noms
propres « Zacharia », Luc, 1, 5, et « Nazareth », Matth., xxi, 11, et
l'orthographe c\ apparaît en quelques endroits , dont aucun n'est représenté
dans mes citations. Les manuscrits de Cambridge et de Dublin écrivent
d'ordinaire c\ et quelquefois ç . Je n'ai trouvé que q dans le manuscrit de
Zurich, que j'ai vu plus rapidement que les autres. Les fragments de l'Ancien
Testament conservés dans les manuscrits A et C de Cambridge s'en tiennent
au ç.
MATTHIEU, XXI, I-Q.
LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES
359
JEAN, I, I-I4.
In principio erat verbutn et verbum erat apud Deum e Deus era la paraula.
* Aiso era el comenzamfent ab Deu. *Totas causas so faitas per lui e senes lui
es fait nient. «Zo qu'es fait en lui era vida, e la vida era lutz dels homes. $E
la lutz lutz en tenebras e las tenebras no la presero. 6 Us hom fo trames de
Deu alqual era noms Joans. 7 Aquest venc en testimoni que testimoni dones
de lum, que tuit crezesso per lui. 8 No era el lutz, mais testimoni donec de
lum. »Era lutz vera que enlumena tôt home venent en aquest mon. IO El
mon era el mons es fait per lui, el mons nol conoc. "En sas propias
causas vee e li sei nol receubero. 12 Mais cantz que ca[n]tz lo receubero dec
ad els pozestatz esser fait filh de Deu , ad aquels que crezo el nom de lui ,
''lical no so de sanc, ni de volôntat de carn, ni de delet 1 de baro, mais de
Deu so nat. f *E la paraula es faita carns et estec e nos e vim la gloria de lui
enaisi coma gloria d'u engenrat del Paire, pies de gracia e de veritat.
Mais le dema mouta rompanha que eran vengut al dia de la festa, co
aguesso auzit que ve Jhesu en Jherusalem, h preiro rams de palmers et issiro
encontra a lui e cridava : Fai nos salvs fil de David * , benezectes lo reis
d'Israhel loquals ve el nom del Senhor. *« E Jhesu atrobec .1. asenet e sec
sobre lui aisi co es escriut : 'îNo vulhas temer, filha de Sion, vecte lo teus
reis ve sezentz sobrel poli de la asena.
O Teophils acertas eu fi primeirament lo sermo de totas las causas que
Jhesu comenzec a far e ad essenhar 1 entro el dia el comandantz als apostols
losquals elegi per sant esperit fo près, * alsquals demostrec si meteiss viu en
moutz demostramenz après la sua passio per .XL. dias aparentz ad els e
parlantz del règne de Deu * et essems manjantz comandec ad els que nos
departiso de Jherusalem, mais que esperesso la promessio del Paire lacal
auzitz, qu' el dix, per la mia boca : s Quar acertas Joans batejec en aiga, mas
vos seretz batejat en sant esperit no après aquestz no moutz dias. 6 Per aiso
aicels que ero ajustât enquérira lui dizentz : Senher no restauraras en aquest
temps lo règne d'Israhel? 7 Mais dix ad els : No es de vos conoisser los poinz
ois temps quel Paire pausec en la sua pozesta, 8 mais recebretz vertut de
sant esperit sobrevinent en vos e seretz a mi testimonis en Jherusalem et en
tota Judea et en Samaria et entro a la fi de la terra. *E co agues dig aiso,
1. Le traducteur a lu : « ex voluptaic viri ». Je ne retrouve pas cette leçon
ailleurs que dans un manuscrit wisigoth conservé à Tolède, mais le ms. 342
lit : « volumptaie. » Carpentras : « de deleyt de baron. »
2. Manuscrit lat. 342 : « Osanna filio David. »
jean, xn, 12-15.
ACTES, I, I-I4.
r
360
S. BERGER
vezentz els fo eissausatz e nivols receub lui dels uls de lor. 10 E co esgardavo
el cel lui anantz, vecvos 1 .11. baro estero lonc els e vestimentz blanx "que
dixero : Baro galileu, perque estatz esgarda[n]tz el cel? Aquest Jhesu que es
près de vos aisi vindra per quai maneira visz lui anant el cel. "Ladoncs
tornero en Jherusalem del pug que es apelatz d'Olivet, qui es lonc Jherusalera,
aventz viage d'un sabte. »* E co fosso intrat el cenador pugero en las sobira-
nezas* on estavo Peire e Joans e Jacmes e Andreus e Philip e Tomas,
Bertolmeus e Mateus, Jacmes d'Alfeus e Simon Eveios e Judas de Jacrae.
'«Tuit aquest eran perseverantz e la oracio d'u corage ab las femnas et ab
Maria la maire de Jhesu et ab lo fraire de lui.
Paulus servus Jhesu Xristi apelatz apostols departitz e Pavangeli de Deu ,
a ço que davant avia promes per les seus prophetas e las santas escripturas
s del seu fil, loquals es faitz a lui de la semensa de David segon carn,
bloquais es davant azordenatz fils de Deu en vertut segon Pesperit de la san-
tificatio de la resurectio dels mortz de Jhesu Xrist lo senhor nostre , J per lo-
qual reccbem gracia et apostolat ad obezir a la fe en totas gentz per lo nom
de lui , 6 e lasquals causas e vos esz apelat de Jhesu Xrist le senhor nostre ),
7 a totz les amatz de Deu apelatz sanhs liqual so a Roma, gracia a vos e patz
de Deu lo paire nostre e del senhor Jhesu Xrist
16 Quar eu no vergonhi Pavangeli, quar vertutz de Deu es a tôt crezent,
a Judeu primeirament et a Grec. '7 Quar la dreitura de Deu en aiso es
revelada de fe en fe, si co es escriut : Mais lo meus justz viu de la meua
fe*. 18 Quar la ira de Deu es revelada del cel sobre tota la felonia e la no
dreitura d'aicels homes liqual la veritat de Deu desteno en no dreitura
j8 Et enaisi cum no lauzero Deu aver en conoissensa, liurec els Deus en
refudat sen, que faszo aicelas causas que no coveno, ''repletz de tota
iniquitat, de malesa de cort, de fornicatio, de no castetat, d'avareza, de
nequicia, d'ociosetat, pies d'eveiajd'omicidis, de contenzo, de bauzia, de
malignetat, murmurador, bislengos , grondilhador, *°detrazedor, a Deu
azirable, azautos, ergulhos, eslevat, atrobador de mais, a si plazent, als
1. Manuscrit : « vencvos. »
2. Manuscrits languedociens : « in superiora. »
3. Ms. lat. 342 : « domini nostri. »
4. Mss. 342 et 343 : « Justus autem meus ex fide mea vivit, »
5. J'ai mis en italique les mots qui ne sont pas dans la Vulgate. Voici le
texte du ms. 342 : « ... a 'repletos omni iniquitate, malicia cordis, fornicatione,
inpudicitia , avaricia, nequicia, ociositate, plenos invidia, homicidia, conten-
tione, dolo, malignitate, susurrones (le ms. 343 ajoute ici : murmuratores ,
bilingues), î°detractores, Deo hodibiles, contumeliosos , superbos, helatos,
murmuratores, sibi placentes. »
romains, 1.
LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 361
parentz no obedient, J*no savi, emposti, senes bona volontat, senes
covezenza , senes misericordia , 3* liquali co aguesso conoguda la dreitura de
Deu, no entendero. Quar celi que litalas causas fan so digni de mort, mais
no solament aiceli que las fan , mais neis aiceli que cossento als fazentz.
La première question qui se pose à nous, et que nous avons,
du reste, déjà indiquée, est la suivante : Sur quel texte le
Nouveau Testament de Lyon a-t-il été traduit et quelles indica-
tions son texte latin peut-il nous donner sur l'origine et la
patrie de cette version?
Je répondrai en un seul mot que le Nouveau Testament de
Lyon correspond, de tout point et sans aucune exception, au
texte que nous avons isolé tout à l'heure et qui était en usage,
dans le Languedoc, pendant la première moitié du xm e siècle.
Pour le démontrer il me suffira sans doute, en outre des notes
placées au dessous des passages cités plus haut, d'une seule
citation. C'est l'interpolation la plus longue du Nouveau
Testament et dont les textes varient le plus; on l'appelle le
passage « de primis accubitibus » (Matthieu, xx, 28). On va voir
que dans ce texte, contenu dans peu de manuscrits de la Vulgate
et qui y varie à l'infini, le Nouveau Testament de Lyon suit
exactement les leçons du texte languedocien :
MS. B. N. LAT. 342. MS. DE LYON.
Vos autem queritis de pusillo crescere Mais vos quiretz de pauquet creiser
et de magnis majores esse, e de gran esser majer.
Intrantes autem ad unam noîite re- Mais vos intrantz a la cena no vos
cumbere in locis heminentibus, ne forte vulhatz asetiar els lox sobre apareisens,
clarior te superveniat et accedens is qui que per aventura pus clars de tu no
adcenamvocavit te(et)dicat tibi ; Adhuc sobrevenga e apropiantz aquel qui
deorsum accède, et confundaris. Si autem t'apelec a la cena diga a tu : Encara
in loco inferiori recubueris et supervene- t'apropia az en aval , e seras ver-
rit humilior te , dicet tibi qui ad cenam gonhatz. Mais si el loc pus bas t'asei-
te invitavit : Accède adhuc sursum et hoc ras e sobrevenga plus umils de tu ,
erit tibi hutilius. dira a tu aquel qui t'apelec a la cena :
Encara t'apropia az essus, e aiso sera a
tu pus profeitos.
Il y a sur les marges du manuscrit quelques corrections
d'une ou de plusieurs mains contemporaines, et ces corrections
représentent encore un texte languedocien 1 . Il me semble qu'à
1. Exemples : Actes vu, 21, marge : « el flum. » La leçon « in flumine »,
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362 S. BERGER
cet égard les deux exemples que je cite en note suffisent à fixer
la conviction, d'autant plus qu'ils attestent que non seulement
le traducteur, mais les premiers lecteurs du Nouveau Testament
provençal avaient sous les yeux des textes languedociens.
La ressemblance du Nouveau Testament de Lyon avec les
mss. languedociens de la Vulgate s'étend, au delà des détails du
texte, à ses formes extérieures elles-mêmes. J'ai déjà dit que les
mss. latins écrits en Languedoc ont une division en chapitres
inconnue à tous les autres textes et qui remonte fort haut dans
l'histoire littéraire de la Bible. Je ne saurais la comparer à rien
autre qu'à celle du codex Vaticanus y du plus ancien et du meilleur
des manuscrits grecs de la Bible. Ce système est presque exac-
tement celui de notre version, ou plutôt il semble mieux conservé
encore dans le Nouveau Testament de Lyon que dans les manus-
crits latins que nous avons 1 .
On peut aller plus loin encore et reconnaître, non seulement
sur quel texte la version a été faite, mais comment elle a été
faite.
Dans le ms. de Lyon, en effet, le premier regard nous montre
ce trait singulier, qu'un certain nombre de passages sont restés
en latin. Ce ne sont pas seulement les premiers mots des
Évangiles, Matthieu excepté, de l'Apocalypse 2 et du plus grand
nombre des Épitres, ce sont encore un certain nombre de textes
qui n'ont du reste rien de remarquable, le commencement du
inconnue aux mss. 342 et 343, ne se rencontre, à ma connaissance, que dans
quatre mss. latins, dont le ms. 16262, 2« main, dans le ms. provençal de
Paris et dans les mss. vaudois de Carpentras et de Grenoble, ainsi que dans
la Bible allemande, ms. de Tepl. — Ib. y v. 24, marge : « lo egyptio abcon
in sabulo, » leçon que je ne trouve que dans le codex Cantabrigimsù , dans
le ms. 341 et dans les Bibles vaudoises de Carpentras et de Grenoble
(0 lo resconde al sablon »).
1 . L'Evangile de saint Matthieu a 1 59 chapitres non numérotés ; celui de
Marc, 72; Luc, 94, et Jean, 97. De ces 422 chapitres, 303 commencent au
môme point que les chapitres du Vaticanus. De 1 s 8 têtes de chapitres prises au
commencement des deux premiers Evangiles, 113 se retrouvent dans le
manuscrit 342.
2. Les premiers mots de l'Apocalypse sont en latin, mais ils sont suivis
de la glose : « zo es la revelados. »
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 363
dernier chapitre de saint Marc x , Luc i , 30 a , et toute la généa-
logie de Jésus dans Luc, m, 23-383; Luc, 1, 57, un mot latin
exponctué apparaît au milieu du texte (« Elisabeth autem es com-
plitz lo temps de l'enfantan*), mais il faut surtout remarquer le
passage, Luc, 11, 42. Ce n'est pas du latin, ce sont des mots
provençaux, mais qui n'ont pas de sens : « Et cum fos fait
econtra Jhesu anero doi deissendentz els..., » et le correcteur a
fort bien rétabli le texte en écrivant en marge : « Et cum fos
fait Jhesu de .xij. ansz, e pugero d'els en Jherusalem. » Nous
comprendrons aussitôt ce que signifie cette singulière traduction
en mettant le latin au dessus du provençal :
annorum duocUcim asccndcntibus Mis.
anero doi deissendentz els.
Le copiste du manuscrit avait lu quatre mots en latin au lieu
de les lire en langue vulgaire, et il les avait habillés à la pro-
vençale comme il avait pu.
Dès lors il me semble que nous voyons l'original de notre
manuscrit aussi clairement que s'il était sous nos yeux. La
négligence du copiste, qui certainement sommeillait en trans-
crivant le dernier chapitre de saint Marc et les trois premiers de
saint Luc (car les mots latins sont tous réunis dans ces quatre
chapitres), nous a révélé le secret de son travail. L'original
contenait le latin au dessous du provençal, c'était un manuscrit
glosé.
Ce mot nous explique toutes les singularités de notre version.
Si les premiers mots d'un grand nombre de livres n'ont pas été
traduits, c'est qu'ils étaient écrits en grosses lettres, comme
par exemple dans le manuscrit languedocien 343, qui nous
en fournit un parfait exemple. Ou bien la glose de ces mots
avait été oubliée, ou elle avait été rejetée à la marge, où le
copiste n'a pas été la chercher. Quant aux mots latins qui
sont demeurés dans la généalogie de Jésus, le glosateur ne s'était
pas donné la peine de copier soixante-quatorze fois la traduc-
tion des mots « qui fuit », et le copiste qui était, comme je l'ai
1. Ncvissime recumk{n]tibus Mis undccim, aparec ad els Jhesus.
2. Exurgms autem Maria en aquels dias...
3. Filh de Josep, qui fuit Heli, qui fuit Mahar, etc.
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364 S. BERGER
montré, mal disposé à ce moment, ne s'est pas imposé le travail
de corriger cette omission. Enfin et surtout nous comprenons
un fait qui nous frappera vivement quand nous comparerons le
Nouveau Testament de Lyon avec les autres textes méridionaux,
c'est que l'ordre des mots y est partout presque exactement
celui du latin. Ce n'est pas une traduction à main levée, c'est
une glose interlinéaire copiée à peu près mot pour mot.
Ainsi nous trouvons, dans la plus ancienne version proven-
çale, le pendant exact de la première version de la Bible en
français, de celle du Psautier. La correspondance est si parfaite
à cet égard entre les textes de langue d'oc et de langue d'oïl ,
que, dans le ms. Bibl. nat. lat. 8846, le Psautier commence par
les mots : « Ki ne alat el conseil de feluns. » La glose des mots
Beatus vir s'est perdue entre l'original et la copie, comme celle
des premiers mots des Evangiles dans le ms. de Lyon.
Il est permis de se demander si cet attachement servile au
latin n'a pas été, pour nos plus anciennes versions en langue
vulgaire, une cause d'infériorité. Des versions qui ne sont qu'une
glose retournée manqueront nécessairement de style 1 . Comparez
à cet égard les psautiers français avec la traduction libre des
quatre livres des Rois. Néanmoins l'ancienne version proven-
çale du Nouveau Testament est une œuvre intéressante, qui a
excercé une certaine influence sur les populations du Midi, ainsi
que nous le verrons dans les chapitres qui suivent.
Quant à l'époque à laquelle notre version a été faite, les
philologues seuls en décideront. Je me borne à rappeler qu'il
ne semble pas y avoir d'intermédiaire entre l'original et la
copie, qui n'est probablement pas postérieure à la fin du
xni c siècle, et que le texte latin, entre les lignes duquel la tra-
duction a été écrite, est celui qui était en usage, pendant la
première moitié du même siècle, dans le Languedoc. Il ne nous
sera pas défendu, pour chercher à préciser davantage, de nous
souvenir que la première interdiction de la Bible en langue
vulgaire par un concile du Midi date du concile de Tou-
louse, 1229.
1 . Pour les mots, cette langue est si bien vivante qu'on y lit, par exemple,
au XVIe chapitre des Romains : « Saludatz na Prisca e* n Aquila, » o na
Maria, » etc., forme bien populaire.
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LES BlBLËS PROVENÇALES ET VAUDOiSES 3^J
III. — LE NOUVEAU TESTAMENT DE PARIS
Nous possédons un autre Nouveau Testament provençal :
c'est celui qui est conservé à la Bibliothèque nationale et qui
provient de Peiresc ; malheureusement il est mutilé en plusieurs
endroits; l'évangile de saint Matthieu, en particulier, est perdu.
En outre, ce n'est qu'un manuscrit abrégé. Le texte en a été
écourté en beaucoup de passages, soit pour éviter des répétitions,
soit par une recherche de la brièveté qui souvent substitue à la
traduction une sorte de résumé. Parfois, en revanche, il s'y
rencontre quelques mots de paraphrase. La version est souvent
plutôt libre que littérale r , elle est en beaucoup d'endroits très
négligée et la copie est souvent mauvaise. L'écriture, au juge-
ment de M. Delisle, est de la première moitié du xiv c siècle. En
voici quelques extraits :
jean, i, 1-14.
Lo filh era al comensament el filh era am Dieu el filh era Dieus. * Aquest
era al comensament am Dieu. > Totas cauzas foron fâchas per el e nenguna
causa non fon fach senz el. * So que fon fach era en lui vida e la vida era lus
dels homes. *E la lus lus en tenebras e tenebras non conpreenseron lui.
'Oms fon trames de Dieu local avia nom Johan. 7 Aquest venc en
testimoni que doues testimoni de lum, que tug crezessan per el. 8 E non cra
lus, mas que dones testimoni de lus. 9 Vera lus era lacal enlumena tôt home
venent en aquest mont. 10 El mont era el mont fon fach per el, el mont non
lo conoc. "En las proprias cauzas venc e li sieu non lo receupron. "Mas
quant receupron lui donet ad els poder esser fach filh de Dieu , ad aquestz
que crezon el nom de lui, *> lical non son de sanc, ni de voluntat de carn, ni
de voluntat de baro, mas de Dieu son nat. '«El filh es faitz carns et abitet
en nos e nos vim la gloria de lui coma d'un engenrat del Paire, pie de gracia
e de veritat.
jean, xii, 12-15.
Mas l'endema mota companhia que eran vengut a la festa auziron que
Jhesus veniaen Jherusalem, ^prezeron ramsdepalmas et anneron li encontra
e cridavan : Dieus salva nos, benezet sia lo rey d'Irael loqual ven en nom
del Senhor. '«E Jhesus atrobet .1. asenct e sec sobre cl aysi con es escrig :
1. C'est ainsi que l'expression : « va dir, » pour ait, ou dixit , est un des
traits caractéristiques de notre manuscrit.
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366 S. BERGER
x $ Filhas de Syon non vulhas temer, vete lo tieu rey que ven a tu sezent sobre
lo polhl de la sauma.
actes, i, 1-14.
Mas certas ieu fis lo premier sarmo de totas las cauzas lascals Jhesus
coraenset far et ensenhar, 'comandans als apostob loscals elegit per lo sant
esperit entro al jorn que el fon près , * alcals ancar donet vizio apareycens a
els seguent la sieua passion per .XL. jorns e mot esproadamens e parlant del
règne de Dieu ♦ et ensemps manjant comandet a els que non se partissan de
Jherusalem, mas esperessan la promession del Paire loqual vos aves auzit per
la mieua boca. * Car certas Johans batejet en aygua , mas vos seres batejat el
sant esperit non seguentre aquestos mot jorns. 6 Peraiso' aquil que erin
ensemps ajustât demanderon a el dizent : O senher restaurants lo règne
d'Irael en aquest temps? ?Et el dis a els : Lo temps e lo moment local lo
Paire pauzet en son poder non es a conoyser a vos, 8 mas recebres la vertut
del sant esperit sobrevenent en vos e seres testimoni a mi en Jherusalem et
en tota Judea e Samaria et entro a la derrayria délia terra. 'E cant ac dichas
aquestas cauzas, vezent els fon levât e nivols receuput el de lurs huels.
10 E con ilhe regardessan el annant el cel, vevos dos barons que isteron
luenhen d'el am vestimentas blancas "liqual van dire : O barons galilieus,
con regardas el cel? Aquest Jhesus loqual es receuput el cel de vos venra
enaysi com l'aves vist annar el cel. ,a Adonc retorneron en Jherusalem del
pueg d'Olivet loqual es prop de Jherusalem, 'Jet intreron s'en on istavan
Peire e Johans, Jaume et Andrieu, Felip e Tomas, Bertolmieu e Matieu,
Jaumes d'Alfieu e Symon Zelotes e Judas de Jaume. l4 Tug aquist eran per-
sévérant ara las femnas et ambe Maria maire de Jhesu et am sos rraires
humilment en oracio.
romains, 1.
sieu filh per los sieus prophetas , local fon fait a lui délia semensa de
David segon la carn, ♦ local fon davant destinât filh de Dieu e vertut segon
Pesperit de santificatio de la resurrexio dels mortz de Jhesu Xrist nostre
senhor, 5 per local receupem gracia et apostolat et ad obezir a la fe en totas las
gens per lo nom de lui , 6 el cal vos neis [es] 1 appellat de Jhesu Xrist nostre
senhor, 1 a totz cels que son a Roma amat de Dieu appellat santz, gracia sia
a vos e pas de Dieu lo nostre paire e del senhor Jhesu Xrist....
16 Car ieu non vergonhi Tavangeli , car vertutz es de Dieu e salut a totz
crezent, premierament a Jud e als Grex. «7 Car la drethura de Dieu es revelada
a el de fe e fe, si con es escrig en Abacut * : Mas lo mieu just viou de la mïa
1 . Deux lettres grattées.
2. Mss. B. N. lat. 342, 343, 11932 : « in Abacuch. »
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 367
fe 1 . 18 Car la ira de Dieu es revelada del cel sobre tota fellonia ella tortura
d'aycels homes lical teno la veritat de t)ieu tortura....
**Et enaysi non agron Dieu en conoysensa, Dieus liouret els en refuidablc
sen, que fassan aycellas cauzas que non covenon, unplitz de tota fellonia,
de malicia de cor a e de fornicacio e de non castitat, d'avaricia, de nequicia,
cfociositat, plens «Tenveia, d'omiçidi, de contenso, de bauzia, de malignitat,
murmurador, J°detraidor, adirable a Dieu, amtos, ergulyos, eslevatz,
plazens a lor, atrobador de mais, non obezent als pairons, J 1 non savis,
desaordenatz , sens atalentament , sens lialtat, senz misericordia , lical con
aguessan coungut la drethura de Dieu non la entenderon. Car cels que fan
aytals cauzas son digne de mort, non tant solament cil que fan aquestas cau-
zas, mas cil que las consenton als fazens.
Notre manuscrit est, comme celui de Lyon, partagé en un
grand nombre de chapitres, mais il a, de plus, et de la première
main, un nombre assez considérable de rubriques, soit en latin,
soit en provençal, qui indiquent les dimanches et les fêtes où les
divers textes doivent être lus. Cette sorte de calendrier n'a rien
que de parfaitement orthodoxe, et on n'y trouve la trace d'aucun
culte local. La division en chapitres, avec laquelle ce système
de leçons forme corps, paraît très proche parente de celle que
nous avons déjà étudiée dans le ms. de Lyon : des 197 para-
graphes qui nous sont conservés dans les trois derniers Evan-
giles, 139 commencent avec des paragraphes du ms. de Lyon.
Je pourrais ajouter que, de ces 197 divisions, 136 se retrouvent
dans le codex Vaticanus dont nous avons parlé plus haut, mais
le fait que nous avons affaire à un système de lectures ecclésias-
tiques doit nous engager à tourner les yeux d'un autre côté.
En réalité, les péricopes de notre ms. semblent être celles de la
liturgie romaine ordinaire, et ses divisions paraissent coïncider
aussi bien avec la fin qu'avec le commencement des péricopes
du plus ancien manuel liturgique de l'Eglise, du Cornes. Telle
est peut-être simplement l'origine de tout le système, si original,
de chapitres que nous avons reconnu dans les manuscrits langue-
dociens. Ce n'est pas le moment de chercher si l'ancienne
liturgie romaine ne se base pas elle-même sur un système de
chapitres fort ancien : il serait presque étonnant qu'il n'en fût
1 . Voyez la note à propos du manuscrit de Lyon,
a. Voyez les notes jointes au texte du ms. de Lyon.
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568 S. BERGEk
pas ainsi. Mais il faut noter, à cet égard, la parenté de nos deux
manuscrits.
La ressemblance ne s'arrête pas à l'extérieur. D n'est pas
nécessaire de comparer longtemps les deux textes pour être
frappé de la pensée qu'il n'y a pas là, du moins à certains
endroits, deux traductions distinctes. Prenons pour exemple le
commencement de saint Luc :
MS. DE LYON. MS. DE PARIS.
1 Quoniam quidem mout so refor- * O Théophile vejaire es a mi acon-
zatz adordenar lo recumtament de segut del comensament totas causas a
las causas que so e nos complidas, tu escrieure amorosament per orde,
a si co o liurero a nos liqual o viro del 4 que tu conoscas veritat d'aycellas
comensament e foro sirvent de la paraulas de que tu iest ensenhat.
paraula , » vejaire es a mi asse- 1 Quar certas mot s'esforceron adorde-
gut del comensament de totas las nar lo recomtament de las cauzas que
causas amorosament a tu escriure del son en nos aumplidas, 2 si con lioure-
orde, nobil Théophile, «que conos- ron a nos meteises que del comensa-
cas aquelas paraulas de lasquals est ment o entorn foron menistre délia
essenhaz de veritat. paraula.
Ces deux textes semblent, au premier abord, fort dissem-
blables. Mais qu'on les étudie de près et l'on verra que le texte
de Paris est exactement, à trois mots près, celui de Lyon
retourné. Au reste, entre les deux mss., il y a plus que de la
ressemblance. Le mot « o entorn », qui se lit dans le ms. de
Paris, semble bien étrange. Mais que l'on veuille considérer
qu'il remplace le mot provençal « o viro », qui se lit dans le
ms. de Lyon. Ou je me trompe fort, ou ce mot « o entorn »
n'est pas autre chose qu'un contre-sens. Le reviseur n'a pas bien
entendu « o viro », qui signifie « le virent »; il a compris :
« ou environ, » et il a remplacé ce mot par le synonyme : « ou
à l'entour. ».
Continuons notre examen en comparant les premiers versets
de TEpître aux Hébreux dans les deux textes :
MS. DE LYON. MS. DE PARIS.
Mout parlablament et en moutas Deus parlant sa atras mot parlabla-
maneiras sza enreire Deus parlantz ment et en motas manieras as payres
als paires els prophetas, derrairana- et as prophetas, J parlet deraynara-
ment 2 en aquestz dias parlée a nos el ment a nos en aquestos jorns el filh,
fil, loqual establic hereter de totas local establi eretier de totas cauzas,
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 369
causas , per lequal fe neiss les segles , per local fes neis lo segles, * local con
3 lequals cum sia resplandor de gloria sia resplandors de gloria e figura de la
e figura de la substancia de lui , e sieua sustancia, e portant totas cauzas
ponantz totas causas ab la paraula de am la paraula de la sieua vertut ,
la sua vertutz , fazent le nedeiament fazent purgament de peccatz, se a las
dels pecatz, se a la destra de la mages- destras de la ma j estât en las autezas ,
tat e las autezas, *en tant es melher «fagz en aytant melhiers d'angels en
faitz dels angels en cant plus detriada- cant heretet plus detriadament nom
ment heretec nom denant els. devant els.
Les ressemblances entre nos deux textes ne sont sans doute
pas fortuites. « Mout parlablament, » qui se lit dans tous les
deux pour tnultifarie ou multifariam, est presque un contre-sens
et n'est pas, je crois, pris dans l'usage courant, et differentius,
qui n'est du reste pas un adverbe, ne se rend pas nécessairement
et ne devrait peut-être pas se rendre par «c detriadament ».
Quant aux différences, elles se bornent à peu près à une tra-
duction à la fois plus littérale et moins bonne du mot purga-
tionem dans le ms. de Paris. Je ne parle pas de Tordre des
mots : le ms. de Lyon reproduit mot pour mot l'ordre du latin,
celui de Paris a remis la phrase sur ses pieds.
H est souvent très difficile d'établir l'origine commune de
deux traductions, et il peut être dangereux de se laisser aller
trop facilement dans cette voie. Les ressemblances de mots sont
trompeuses, la disposition des phrases ne signifie le plus souvent
rien, les leçons singulières, et qu'on ne retrouve pas dans le
latin 1 , peuvent fort bien se découvrir un jour dans quelque
manuscrit encore inconnu, et deux versions qui se ressemblent
à tous égards peuvent souvent avoir été faites, indépendamment
Tune de l'autre, par deux traducteurs qui parlaient la même
langue. La meilleure ressource du critique, dans cette pauvreté
de preuves et dans le doute où il est souvent lui-même, est de
rechercher les contre-sens du traducteur le plus récent et de les
comparer avec le texte du premier. Nous avons déjà commencé
cette recherche, nous allons la continuer.
î . Je citerai, comme une leçon que je ne retrouve pas dans le latin, les mots
« d'aquest libre » , Apoc. 1,3, dans les manuscrits de Lyon , de Paris, de
CarpentraS et de Grenoble.
Romtnia, XVIII. * *4
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370 S. BERGER
Pour « dextera Dei » (Act., n, 33), les deux mss. lisent, sans
que le texte latin y prête : « en la destra de Deu. » Ceci est
peu de chose. Voici qui est plus intéressant :
Jean, xi, 16 ; xx, 24 et xxi, 2, Didymus est rendu par « no
crezentz » dans le ms. de Lyon; une fois (xx, 24), il est
rendu par « mescrezens » dans le ms. de Paris. D'où peut
venir, chez les deux traducteurs, cette traduction singulière? Je
la cherche en vain dans les « interprétations » en usage au
Moyen Age. Aurait-on lu « dubius » pour « didymus 1 ? » Nous
verrons tout à l'heure que le ms. de Carpentras traduit : « dubi-
tos. »
Actes, xxi, 39, le traducteur du ms. de Lyon fait venir
municeps de tnunus (don) et rend ce mot par « prendentz dos » ;
de même on lit dans le ms. de Paris : « recebens dos. »
Apoc, 1, 7, Paris traduit « et qui eum pupugerunl » par
« aquil que lo posseziran ». Ce contre-sens s'explique par la
leçon de Lyon, que nous retrouvons dans Carpentras : « e
liquali le poissero. »
Jean, iv, 5, praedium est fort bien traduit dans Lyon par
« î'alo »; « lo luoc, » qui se lit dans Paris comme dans
Carpentras, paraît être une faute de lecture pour ce mot, mal
divisé.
Tout cela n'est pas beaucoup, mais en a-t-on toujours
davantage? En tous cas, celui qui comparera longuement nos
deux textes aura beaucoup de peine à n'y pas trouver, tour à
tour et suivant les endroits , les plus grandes différences et des
ressemblances frappantes. Les différences sont toutes naturelles
et paraîtront même nécessaires si l'on se souvient que le ms. de
Paris ne représente qu'un texte amputé et résumé, parfois
plutôt paraphrasé que traduit et toujours rédigé d'une plume
négligente et grossière. C'est ainsi que l'Évangile de saint
Marc me paraît différer absolument dans les deux manuscrits.
Dans l'Évangile de saint Luc, après le préambule que nous
avons trouvé semblable , la suite du chapitre I er diffère entière-
ment. Dans l'Évangile de saint Jean , les ressemblances et les
différences sont également grandes. Dans les Actes, le manus-
1. La Glose ordinaire, ad Jo. XX, 24, dit : « Didymus, id estgeminus, quia
dubius ; » Nicolas de Lyre, ad Jo. xi, 16 : « Didymus, id est dubius. »
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 37 1
crit de Paris est particulièrement abrégé et retouché. Mais
dans l'Épitre de saint Jacques et dans les Épitres de saint Paul,
le texte semble être le même, et la probabilité paraît plus
grande encore si nous comparons l'Apocalypse dans les deux
manuscrits.
Nous croyons donc, sinon prouvé, du moins probable que
la version du ms. de Paris n'est pas indépendante de celle qui
est conservée dans le ms. de Lyon.
IV. — LES CATHARES ET LES VAUDOIS
Laissant de côté le ms. de Paris et revenant à la version la
plus ancienne et la meilleure, nous demanderons ce que le
ms. de Lyon nous enseigne quant au caractère religieux de ceux
qui l'ont traduit. La version provençale, en un mot, est-elle
vaudoise ou cathare ?
Quelque tentant qu'il puisse être d'attribuer au chef des
Vaudois une version dont les Vaudois ont pu faire usage, il n'y
a, il faut le dire, pas le moindre lien entre le nom de Waldus
et la traduction provençale. Si notre manuscrit n'avait pas été
conservé à Lyon, on n'aurait peut-être pas eu l'idée de le mettre
en relation avec les « pauvres de Lyon ». En réalité, le
manuscrit a été apporté de Nîmes par un protestant et un
libéral, Trélis, lorsqu'en 1815 il quittait le Midi, fuyant la
terreur blanche. Le premier auteur qui Tait connu est l'abbé De
Sauvages, qui en fait mention en 1785 dans son dictionnaire
languedocien et qui écrivait à Alais. En dehors de tous les
arguments que fournit la philologie, nous avons, comme on
l'a vu , toutes raisons de penser que notre traduction a été faite
dans le Languedoc, et plutôt au sud qu'au nord de cette pro-
vince, à une époque où Waldus était mort. Au reste, le rituel
cathare dont le manuscrit est accompagné doit diriger plutôt
nos regards vers une secte bien plus importante en Languedoc
au xiii c siècle, celle des Albigeois.
On sait combien est curieux ce rituel, le seul document
direct du catharisme qui nous reste. C'est la liturgie du
« consolament », du sacrement suprême que les « bons
hommes » donnaient aux mourants et dans lequel « le livre »,
c'est-à-dire le Nouveau Testament même qui nous occupe,
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372 S. BERGER
tient une grande place. « Q.ue l'ancien, dit le Rituel, prenne le
livre et le lui mette sur la tête, et les autres bons hommes
chacun la main droite..., et puis ils doivent faire la paix (s'em-
brasser) entre eux et avec le livre. » Depuis M. Cunitz, le
regretté professeur de Strasbourg, qui en a démontré la véri-
table nature, le caractère de cette liturgie ne peut plus être nié.
Ce qu'il nous importe de remarquer, c'est que les nombreux
passages de la Bible qui sont cités dans le Rituel appartiennent
à la traduction que nous a conservée le ms. de Lyon , mais
n'ont pas été reproduits d'après ce manuscrit même. Quelques
ditférences de détail qu'on peut relever entre le Nouveau Testa-
ment et le Rituel rendent ce fait certain. S'il en est ainsi, il
est prouvé que notre version était non seulement en usage
parmi les Cathares, mais officiellement admise dans leur culte.
Il ne s'en suit pas que la version ait été faite par eux, mais uni-
quement que, si haut que nous puissions en poursuivre
l'histoire (et nous remontons, par notre manuscrit, assez près
de son origine), nous la trouvons entre les mains des Albigeois
et faisant autorité parmi eux.
Vouloir aller plus loin serait tenter un effort inutile. Au
point de vue dogmatique, la Bible provençale est absolument
incolore. M. Reuss l'a prouvé et il ne servirait de rien de refaire
sa démonstration. Mais, après la preuve que nous en donne le
Rituel cathare, il ne sera pas nécessaire de démontrer quel prix
les Cathares attachaient à la Bible en langue vulgaire. Je citerai
seulement, à cet égard, un curieux texte que M. Tanon a bien
voulu me communiquer. Il est emprunté aux Actes de l'inqui-
sition de Carcassonne contre les Albigeois 1 .
Il s'agit de l'interrogatoire que l'inquisiteur Geoffroi d'Ablis
fit subir, à Carcassonne, le dimanche 19 janvier 1308, à un
clerc, Pierre de Luzenac. Ce Pierre raconte comment deux
ministres albigeois, Pierre Autier, d'Ax, et son fils Jacques, lui
ont montré, au bourg de Larnat, chez Arnaud Issaure, « un
très beau livre, très bien écrit de lettre bolonaise et parfaite-
ment enluminé d'azur et de vermillon , où se trouvaient, à ce
qu'ils lui dirent , les Evangiles en roman et les Epîtres de saint
Paul. » Jacques Autier fit la lecture dans l'Evangile pendant un
1. Bibl. Nat., lat. 4269, fol. 64.
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 373
long moment en présence de l'accusé et d'Arnaud Issaure.
(Pierre Autier n'était pas moins que le chef de la secte des
Albigeois. Les Actes de l'inquisition de Toulouse, publiés par
Limborch, sont remplis de son nom, et M. Ch. Molinier
raconte en détail son intéressante histoire dans son livre sur
T Inquisition j p. 111 à 161.) « Je leur dis que la chose ne me
plaisait pas, parce que cette bible était en roman, et que j'aurais
mieux aimé qu'on fît la lecture en latin. » Jacques Autier alors
le pria de lui acheter, lorsqu'il irait à Toulouse, une bible
complète, pour le prix courant de vingt livres ou environ.
Pierre Autier lui fit la même demande, quand il le rencontra à
Toulouse <c Je leur répondis que je ne comptais pas aller à
Toulouse de l'année, parce que j'y avais été mis en prison, mais
que je pensais aller à Montpellier ou à Lérida pour y étudier,
et qu'ils m'envoyassent l'argent en lieu sûr, que je leur enverrais
cette bible de Montpellier, où on en trouve facilement 1 . »
Le Nouveau Testament provençal dans lequel Jacques Autier
faisait la lecture ne devait pas ressembler au ms. de Lyon, car
il était écrit a de lettre bolonaise », c'est-à-dire de cette belle
écriture ronde dont les copistes italiens avaient le secret et qui
était recherchée au xiv c siècle, du nord au midi de la France,
par les amateurs de livres précieux. Les gens riches du Midi
savaient fort bien faire venir des copistes bolonais ou leur corn-
1. Et ostttiderunt michi qutndam librum valde pulcrum et cum obtima littera
bononiensi et perobtime illuminatutn de adhurio et minone, ubi étant euvangelia in
romancio et epistole beati Pauli, ut sibi dixerunt, et legit de ewangelio fer
magnam pausam Jacoims predictus audiente me et dicto Arnaldo Eyssaura. Et ego
dixi eis quod non placebat michi quia erat in romancio, quia prediligerem quod
legeret in latino. Et tune rogavit me dictus Jacobus quod emerem ei si quando redi-
rem Thobse unam bibliam conpletam, si invenir em de comuni precio usque ad xx
libras vtl circa. Et de eodem rogavit me dictus Petrus Auterii apud Thohsam
quando vidi cum Thobse. Et dixi eis quod libenter facerem et quod trader en t
michi pecuniam, et ipsi dixerunt quod Thobse habebant peccuniam illam et plus in
mensa d'en Uxàtgier campsoris et quod Petrus Sancii faceret michi tradi. Et tune
ego dixi eis quod non credebam de toto iîb anno redire Thobsam, quia fueram ibi
captus , sed intendebam ire in Montepessulano vel Ilerde ad studendum, et si in
recessu mitterent midri peccuniam, quod ego eis mitterem dictam bibliam de Monte-
pessulano ubi inveniuntur satis. — Comparez le texte publié par M. Ch. Moli-
nier, Archives des Missions, 3 e série, t. xiv, p. 290.
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374 s - BERGER
mander, sans déplacement, des livres 1 . D est intéressant
d'apprendre, par notre texte, que Toulouse et Montpellier
étaient regardés, au commencement du XIV e siècle, comme le
centre de la « Société biblique » de ce temps, et qu'on y trou-
vait facilement à acheter des bibles provençales. Mais qu'est-ce
que cette bible « complète » que les Autier veulent se procurer ?
Le prix fort élevé qu'ils en donnent prouve qu'il s'agissait bien,
dans leur pensée, d'une bible entière, mais nous n'avons jamais
entendu dire qu'au xiv* siècle ni plus tard la Bible ait été
traduite en entier en provençal.
Une seule fois, pourtant, il nous semble trouver la trace
d'une bible entière en provençal. Dans l'inventaire après décès
de la bibliothèque de Peiresc, qui va être publié par M. H.
Omont, on lit les trois notices suivantes, que M. Omont a bien
voulu me communiquer 2 :
62. La sainte Bible, traduite en provençal; ms. fol., vélin et papier,
enluminée; I e * volume, couvert de bois et basane rouge et de grands doux.
1286.
63. Le second volume de mesme; commance à la génération d'Abraham;
aussy fol., vélin et papier, enluminé, couvert de mesme.
64. Le troisième commance aux Actes de Salomon.
En premier lieu, nous devons mettre en doute la date de 1286,
car un manuscrit sur vélin et papier peut difficilement être
antérieur à la fin du xiv c siècle ou au xv e . Mais n'avons-nous
pas sous la main un manuscrit du xv c siècle, non pas provençal,
mais catalan, qui répond exactement à la description de l'inven-
taire des manuscrits de Peiresc? Le manuscrit esp. 2-4 de la
Bibliothèque nationale 3, en papier encarté dans du parchemin,
est composé de trois volumes. Le premier commence avec la
Genèse, le troisième avec « la generacio de Jhesu Crist, fill de
David, fill de Abraam », et le deuxième avec « les paraules de
1 . La belle bible lat. 22 de la Bibliothèque nationale a été écrite, avant 1284,
pour Fredol de Saint-Bonet , chanoine de Maguelonne, par Cardinalis et
Rugerinus de Forli, demeurant à Bologne.
2. Bibliothèque de Carpentras, manuscrit 610. Comparez le n° 61 du
catalogue abrégé des manuscrits de Peiresc, qui se trouve dans le volume 849,
fol. 218 à 220, de la collection Moreau à la Bibliothèque nationale.
3. Regius 6831-6833, n°* 1 à 3 du catalogue de M. Morel-Fatio.
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES
375
Salamo ». La reliure a été refaite sous Louis XTV et le manus-
crit est enluminé assez disgracieusement. Le manuscrit provient
de Mazarin , et Ton sait que Mazarin avait acheté le plus grand
nombre des manuscrits de Peiresc.
Nous ne trouvons donc aucune confirmation à l'opinion de
Pierre de Luzenac et de Pierre Autier, que l'on trouvait à
acheter à Toulouse et à Montpellier des bibles provençales
complètes. J'ajouterai que, quoique le procès- verbal paraisse
très bien fait et la déposition de l'accusé véridique, il ne
suffit pas de ce seul témoignage pour nous faire admettre un
fait que rien ne vient appuyer. Dans le Rituel cathare, je ne
trouve qu'une seule citation de l'Ancien Testament contre trente-
deux du Nouveau, mais surtout le « livre » que l'ancien posait,
dans le « consolament », sur la tête du malade, ne pouvait
être un gros volume comme aurait été une bible, mais sans
doute simplement un Nouveau Testament. Les auteurs catho-
liques qui nous décrivent le rite du « consolament » ne parlent
jamais que du Nouveau Testament 1 . Au reste, si Pierre Autier
demandait à se procurer la bible entière, c'est qu'il ne la possé-
dait pas et ne l'avait probablement jamais vue.
Quittant le ms. de Lyon, nous demanderons à celui de Paris
de nous livrer son secret.
La traduction, elle aussi, est parfaitement neutre et rien ne
permet d'en fixer le caractère primitif. Celui qui a copié le
manuscrit a eu soin, on s'en souvient, de noter en vermillon
le nom de toutes les fêtes où devaient se lire les évangiles et les
épitres, car c'était un livre d'usage, où Ton n'avait pas craint de
faire des coupures. Je ne crois pas qu'un pareil livre ait été fait
pour les Cathares, car leur culte différait profondément de
celui de l'Église catholique. Aurait-il été écrit pour des Vau-
dois? Nous n'en pouvons rien dire. Nous verrons plus tard
que, jusqu'au xv e siècle, les Vaudois notaient dans leurs bibles
les évangiles et épitres des dimanches et fêtes. Mais nous savons
entre quelles mains a été ce manuscrit. Sur ses marges, on
remarque un grand nombre d'index (^r), dus à plusieurs mains
et qui paraissent remonter au xv e siècle. Un grand nombre de
i . Ermengaudus , Opusculum contra haeretkos et le Livre des sentences de
Tlnquisition de Toulouse, cités par M. Schmidt, Histoire des Cathares, t. II,
p. 12$ à 129.
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376
S. BERGER
ces index attirent l'attention sur des textes de morale, parti-
culièrement sur les passages relatifs aux devoirs des femmes et
au silence qui leur est imposé , mais d'autres ont un caractère
différent. Dans les premiers, c'est au « petit troupeau » que
l'exhortation s'adresse :
Luc, xn, 32 : « Non vulhas temer, pctita companha, quar plac a vostre
payre dar a vos lo règne. » — Nous savons (Herzog, p. 280 et 298) que les
Vaudois aimaient à se donner le titre de « petit tropel ».
II Cor., vi, 16 : « Si con Dieus dis per Ysaya : Car ieu habitarey en els e
seray lur Dieus et il seran mon pobol. »
I Cor., 11, 9 : « Que uelh non vi ni aurelha non auzi ni en cor d'orne non
poc pensar, cals cauzas Dieus appareille ad aycels que l'aman. Mas Dieus o
revelet a nos per lo sieu esperit. »
Voici pour la prédication de la pénitence et pour le zèle du
missionnaire :
Luc, xix, 42 : « Jherusalem !... Quar jorns venran en tu que tiey enemix
t'environaran am vallatz e t'assalhir(t)an de totas partz, e non layssaran
en tu peira sobre peira. » — En marge : « nota. »
Hébr., x. 37 : « Car ancar un petit tant o cant cel que es avenir venra e
non tarzara 4 . »
Jean, ii, 17 : a La enveia de la tua mayzo manjet mi. »
II Cor., rv, 13 : « Ieu creziey, perque parliey. »
Ici nous entendons parler les persécutés :
Hébr., xi, 9 : « ... coma en estranha, habitant en las may[s]onetas. »
Actes, xiv, 21 : « Per motas tribulacions nos cove intrar el règne de
Dieu. »
Jean, xvhi, 23 : a Si ieu ai parlât mal, dona testimoni de mal, raas[si]ieu
non fi (addition du traducteur) mas be, perque mi bâtes? »
Parfois au contraire ce sont des chants de triomphe :
I Cor., xv, 54 : « O mort on es la tieua Victoria (ces mots ne sont pas
dans le latin), o mort on es lo tieus agulhos ! »
La doctrine des pauvres de Lyon apparaît dans ce verset, où
l'index est accompagné d'une figure grimaçante :
Jacques , v, 1 : « O vos ricx, fatz ara ploras u dolas, las vostras riquezas
son fâchas poyridas e las vostras vcstimentas son manjadas d'amas ! »
1. Voyez aussi Jacques, v, 8, II Pierre, ii, 6.
LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 377
Ailleurs, c'est l'interdiction du serment, à laquelle les Vau-
dois attachaient une grande importance :
Ib. 9 v. 12 : « Mas, li mieu fraire, sobre totas cauzas, non vulhas jurar. »
— (Voyez la Nobîa Ixycqm, vers 244 et suivants; Bernard Gui, Pratica, pages
245 et suivante).
Il semble que nous trouvons dans le verset qui suit quelque
chose de la tendance « antinomiste » :
I Tim., 1, 9 : « Leys non es pauzada al just, mas al non just. »
Les passages sur la sainte cène, I Cor., x, 16, et Jean, vi, s i
(« Ieu suy pans vious que deycendey del cel ») sont encore
marqués d'un index, ainsi qu'un passage relatif au mariage des
ecclésiastiques : « Li diaque sian marit d'una molher » (I Tim.,
m, 12).
Nous avons ici, en quelques traits de plume, le résumé de
la prédication d'un « barbe » et le témoignage authentique de
sa carrière errante et persécutée. Je ne sais s'il existe beaucoup
de documents plus sincères de l'enseignement des Vaudois.
V. — LES BIBLES DE CARPENTRAS ET DE DUBLIN
On a considéré jusqu'à présent le ms. de Dublin comme le
type des mss. vaudois ; W. S. Gilly l'a le premier signalé, et la
copie qu'en avait prise Herzog, et qui est déposée à la biblio-
thèque royale de Berlin , a servi de texte aux principaux travaux
qui ont été faits sur la Bible vaudoise.
Ce manuscrit est daté de 1522; de là, naturellement, un
certain discrédit jeté sur une littérature dont les documents sont
si récents. Au reste, tant d'erreurs ont été commises dans
l'histoire littéraire des Vaudois, la naïveté et le parti pris y ont
si souvent tenu la place de la critique, que les savants ont pris
l'habitude de passer sans détourner la tête à côté d'une littéra-
ture suspecte à leurs yeux. En outre, une difficulté spéciale
complique cette étude et en rend les résultats incertains. Il n'y
a pas de manuscrits plus difficiles à dater que les manuscrits
vaudois. Je n'en veux pas trop dire, de peur de mettre le
lecteur en défiance contre les dates que je vais essayer de déter-
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378 S. BERGER
miner , mais il était nécessaire d'expliquer et les contradictions
et les erreurs de la philologie vaudoise et la négligence volon-
taire où l'ont trop souvent laissée les hommes de science.
Ceux qui se sont occupés de la Bible vaudoise ont pourtant
eu raison d'attacher de l'importance au texte du ms. de
Dublin. Malgré la date récente de la copie, le texte lui-même
est fort ancien , et nous allons faire voir qu'il en existe un
autre exemplaire, le plus ancien et le meilleur de tous les
manuscrits vaudois qui existent, et qui semblerait être l'ori-
ginal du ms. de Dublin, s'il n'y avait pas entre eux quelques
faibles différences.
Ce ms. est celui dont le P. Lelong fait mention, dans sa
Bibliotheca sacra, comme appartenant à Henri-Joseph de Tho-
massin, seigneur deMazaugues, président aux enquêtes au parle-
ment de Provence (f 1743), à cet homme éclairé qui tint fort
dignement sa place au milieu du groupe de savants dont étaient le
président Bouhier et Caumont. Il était l'arrière-petit-neveu de
Peiresc, et c'est justement qu'il est appelé par les Bénédictins
« magni Peirescii dignissimus hœres 1 ». Lelong avait emprunté
le renseignement qu'il donne aux Pièces fugitives de Rémerville
de Saint-Quentin, et, de ce que dit cet auteur, il résulte que le
manuscrit a été découvert, peu avant 1704, nous ne savons où,
par le président de Mazaugues. La bibliothèque de Mazaugues
fut vendue, par son frère, à Inguimbert, qui la donna à la ville
de Carpentras, dont il était évêque. C'est ainsi que le ms.
vaudois, que beaucoup d'auteurs appellent « manuscrit d'Aix »
sans savoir où le chercher, se trouve aujourd'hui conservé à la
Bibliothèque Inguimbert, à Carpentras.
Le ms. est certainement du xiv c siècle; il est écrit d'une écri-
ture arrondie du midi de la France, et sa décoration n'est pas
sans rappeler celle des livres italiens. On y lit, à la suite du
Nouveau Testament, les Proverbes, l'Ecclésiaste, le Cantique
des Cantiques, accompagné de rubriques allégoriques, les dix
premiers chapitres de la Sapience et les quinze premiers cha-
pitres du livre de Sirach. Tous ces livres sont, au contraire des
1. Sur H. J. de Mazaugues et sur son père, Louis, voyez E. Rouard,
Notice sur la bibliotl)èque d'Aix, 1831, d. 78 ; Beauquier, Les Provencalistes du
xvme siècle, Revue des Langues romanes, 3* série, t. III (1880), p. 67.
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 379
mss. provençaux, précédés de préfaces ou d'arguments sur
lesquels nous aurons à revenir.
A la suite de ce ms. se range, comme nous l'avons dit, celui
de Dublin, qui est daté de 1522. Il provient de l'archevêque
Ussher, qui l'avait acheté avec une collection d'écrits vaudois
provenant du ministre dauphinois J. P. Perrin. Il semblerait la
reproduction de celui de Carpentpas, s'il ne s'étendait jusqu'au
chapitre xxm c du livre de Sirach.
Il convient de donner quelques extraits du plus ancien de ces
deux manuscrits, de celui de Carpentras. J'y joindrai, à certains
endroits, la collation des autres mss.
MATTHIEU, XXI, I-9.
Cum el se fos apropia de Jherusalem e fos vengu em Betfaiet al mont
d'Olivet, adonca Yhesu trames dui de li sio deciple, 1 diçent a lor : Ana al
castel local es encontra vos e viaçament trobare l'asena lia e lo polhen cum
ley. Deslia lor e amena lor a mi. » E si alcun dire a vos alcuna cosa, diçe car
lo Segnor a besogna d'aquisti, e laysaren lor viaçament. ♦ Mas tôt aiço fo fait
que fos compli ço que fo dit per lo propheta diçent : * Diçe a la filha de Sion,
vete le tio rey ven a tu soau, sesent sobre l'asena e lo polhen filh de la sote-
joval. 6 Mas li deciple anant feron enayma Yhesus avia comanda a lor 7 e
ameneron l'asena e lo polhen, e enpauseron lor vestimentas sobre lor e feron
lui seser desobre. 8 Mas plusor compagnia stenderon lor vestimentas en la via,
mas li autre talhavan li ram de li albre e stendian en la via. ' Mas las com-
pagnias lascals derant anavan e aquelas lascals seguian cridavan diçent al filh
de David : Fay ncs salf. Aquel local ven al nom del Segnor sia beneit. Fai nos
salf en las auteças (*).
luc i, 1-4.
Car acerta raoti se s'efforceron 1 ordenar la recointança de las cosas que
son compilas en nos, a enayma lioreron a nos aquilh que vegron del comen-
çament e foron menistre de la parolla, * o noble Théophile, e lo fo vist a mi
(•) Variantes du manuscrit de Grenoble : 1 Cum Jhesu. — e fossa vengu en
Bethfage. — ont. Yhesu. — seo. — 2 Anna. — loqual (ainsi constamment).
— trobare viaçament. — liga. — Desliga ley. — ley a mi. — 3 ha besogna
de lor, e laisaren los viaçament. — $ Syon. — lo teo. — sotjoval. — 6 annant.
— Jhesu. — 7 pauseron. — 8 plusors compagnias. — arbre. — 9 devant
annavan e aquellas que. — Fay (bis).
1. Dublin : om. se. Zurich : s'esforceron.
380 S. BERGER
prus curiosamcnt totas cosas per ordre scrire a tu, « que tu conoisas la venta
d'aquelas parollas de lascals tu sias ensegna 1 .
jean, 1, 1-14.
Lo filh era al començament e lo filh era enapres Dio et Dio era lo filh.
*Ayso era al començament enapres Dio. * Totas cosas son faytas per lui et
akune cosa non es fayta sença hii. * Ço que fo fayt en lui era vita e la vita era
luç de li orne. ï Et la luç luçic en las tenebras e las tenebras non compreseron
leL *Home fo trames de Dio al cal era nom johan. ? Aquest venc en testi-
moni qu'el dones testimoni del lume, que mit cresesan per lui. 8 El non era
luç, mas qu'el dones testimoni de lume. » Luç era veraya lacal enlumena tôt
home venent en aquest mont. 10 El era al mont e lo mont fo fayt per lui, e lo
mont non conoc lui. 11 El venc en las propias e li sio non receopron lui.
13 Mas cal que cal receopron lui done a lor poesta esser fayt filh de Dio,
aquilh lical creon al nom de lui, lical non son de sanc ni de volonta de cam
ni de deleyt de baron J mas son na de Dio. '« E la parolla fo fayu carn e abite
en nos e nos veguen la gloria de lui, gloria enaytna d'un engenra del Payre,
plen de gracia e de venta {*)•
JEAN, xii, 12-15.
Mas mou compagnia bcal era vengua en rendeman al dia festival cum ilh
aguesan auvi car Yhesu ven en Jérusalem *' receopron rams de pal mas e isiron
a lui en contra e cri da van : Fay nos salf, lo rey dTsrahel local ven al nom del
Segnor sia beneit. '« E Yhesu trobe asanet e sesic sobre lui enayma es scrit :
»sO filha de Sion non volhas temer, vete lo tio rey ven sesent sobre lo
polhen de l'asena.
(•) Variante du manuscrit de Grenoble : I e lo filh. — e Dio. — 2 Aiço. —
3 faitas. — e (ainsi partent). — faita — 4 che fo fait. — $ ley. — 6 alqual
(ainsi partout). 7 ch'el. — de lume. — che (ainsi partout). — 10 fait. —
1 1 seo. — 1 2 mas quanti quanti. — pot esta. — fait (ainsi partout). — 1 $ deleit.
— 14 habite. — Paire.
Variantes du manuscrit de Cambridge : 1 corner» crament (de même au v. 2)
— 2 Ayczo. — 5 faictas. — e. — faicta ser.cza. — 4 faict. — luez (de même
partout). — 5 luezit. — ley. — 6 alqual (ainsi pirtout). — 7 de lume. —
9 veraia. — 10 faict (ainsi partout). — luy. — 12 mas quanti quanti. —
13 volunta. — deleit. — 14 habite. — Paire.
1. Ces quatre versets manquent dans les manuscrits de Grenoble et de
Cambridge.
2. Voyez la note au passage correspondant du manuscrit de Lyon.
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 381
ACTES, I, I-I4.
O Theofili acerta yo fi lo prumier sermon de totas las cosa* lascals Yhesu
comence a far e ensegnar entro al dia alcal el fo près, 2 comandant a li apostol
lical el eylegic per lo sant sperit, * a lical el done si meseyme vio appareysent
a lor en raoti argument per XL dies enapres la soa passion parlant dcl règne
de Dio, 4 ensemp manjant comande a lor qu'ilh non se departesan de Jérusa-
lem, mas speressan [l'empromession del Payre lacal vos auves e el dis per la
mia boca. * Car acerta Johan baptege en ayga, mas vos sere bapteja [al] 1 sant
sperit enapres aquisti dia non moti. 6 Donca aquilh lical eran ensemp ajosta
demanderon lui diçent : O segnor si tu restaurares lo règne d'Israhel en aquest
temp ? 7 Mas el dis a lor : A vos non es conoyser li temp ni (?) li moment
lical lo Payre pause en la soa poesta, 8 mas vos recebre la vertu del sant sperit
sobrevenent en vos e sere testimoni a mi en Jérusalem e en tota Judea e
Samaria entro a la derayraneta de la terra. ' E cum el aguesa dit aquestas
cosas, el fo eyleva lor vesent e nivola receop lui de li olh de lor. 10 E cum ilh
regardesan lui anant al cel e vevos dui baron isteron josta lor en vestimentas
blancas 11 lical diseron a lor : O barons galilios, perque ista regardant al cel?
Aquest Yhesu local fo près de vos al cel el venre enayma vos vegues lui anant
al cel. ,a Adonca ilh s'en retorneron en Jérusalem dal mont local es appela
Olivet local es josta Jérusalem, a vent lo viage del saba. '*E cum ilh fossan
intra en la mayson , monteron al solier al cal luoc permania Peyre, Johan e
Jaco, Andrio, Felip, Toma e Bertolomio e Mathio, Jaco Alfio e Simont
Tenveios e Juda de Yayme. Tuit aquisti eram persévérant en l'auracion d'un
coraje cum las fenas e cum Maria la mayre de Jhesu e li frayre de lui a .
Paul serf de Yhesu Xrist, appela apostol, départi en l'avangeli de Dio,
'local avia derant promes per li sio propheta en las santas scripturas 'del sio
filh, local fo fayt a lui segont carn del semenç de Davi, 4 local fo derant
destina filh de Dio en vertu segont l'esperit de santificacion de la resurecion
del nostre segnor Jhesu Xrist de li mort, 5 per local nos receopen gracia e
apostola a obedir a la fe en totas las genç per lo nom de lui. 6 En lascals vos
se appela de Yhesu Xrist, 7 gracia sia a tuit li ama de Dio appela sant lical
son a Roma, e paç a vos de Dio lo vostre payre e del Segnor Yhesu Xrist...
16 Car yo non envergogno l'avangeli, car es vertu de Dio e salu a tôt
cresent, prumierament al judio e al grec. Car la justicia de Dio es révéla en
lui de fe en fe, enayma es scrit : Mas lo just vio de fe. Car l'ira de Dio es
révéla del cel sobre toto felonia e non iusticia d'aquilh home lical tenon la
venta de Dio en non justicia...
1. Deux lettres grattées.
2. On trouvera plus loin ce passage publié d'après les manuscrits de Gre-
noble et de Cambridge.
romains, 1.
382 S. BERGER
a8 Car enayma ilh non proveron aver Dio en conoisença, Dio liore lor en
refuda sen, qu'ilh façan aquelas cosas lascals no covenon , a »replani de tota
enequita, de malicia, de fornicacio, d'avaricia, de malvesta, plen d'envidia,
d'omecidiis, de contençon, d'engan, de malignita, murmuradors, ï°detraya-
dors, ayrivols a Dio, ontos, superbi, eyleva, plaçent a lor, atrobador de li
mal, non obedicnt a H payron, *» non savi, non ordena, senç atalentament ,
sença covenent , sença misericordia , ** lical eu m ilh aguesan conegu la justi-
cia de Dio non la entenderon. Car aquilh lical fan aytals cosas son degne de
mort, non solament aquilh lical fan lor, mas acerta aquilh que consenton a
li façent(*)-
hébreux, 1, 1-4.
Dio parlant çay enderier a li payre en li propheta mot parlivolment e per
motas manieras, 3 mas el parle a nos derierament en aquisti dia al sio filh,
local el ordene heretier de totas cosas, per local el fe li segle, * local cum el
sia resplandor de gloria e figura de la sostancia de lui, e portant totas cosas
per la parola de la soa vertu, façent purgacion de peccaç, se a la dreyta de
la magesta en las autecas, *fayt melhor de li angel tant cant el herete nom
plus deycernivolment devant lor(**).
(*) Variantes du manuscrit de Grenoble : 1 apella (ainsi toujours). — e
l'evangeli. — 2 loqual el havia devant. — seo (toujours). — loqual (ainsi
pour toutes les formes). — segond. — David. — 4 devant. — del sant sperit
(om. segont). — 5 hobedir. — 6 ont. se. — nostre paire. — 16 vergogno. —
17 script. — 18 fellonia. — que tenon. — 28 E enayma ilh. — haver. — en
sen refuda che ilh. — non se covenon. — 29 repleni. — fornicacio ns. —
plens. — d'omecedis. — maligneta. — 30 detrahadors. — airivols. — hontos,
superbis. — fleva. — pairons. — 31 ordona. — sença atalentament. —
32 aguessan. — Tentenderon. — aital. — que fan. — om. acerta.
Variantes du manuscrit de Dublin (d? après la copie de Her\og , reproduite par
M. Haupt) : 1 apella. — 2 loqual havia devant. — om. sio. — 3 seo. —
loqual (ainsi constamment pour toutes les formes de ce mot). — semenez. —
David. — 4 devant. — rexuressio. — 6 apostolla. — de luy. — 6 appella.
Une ligne manque , après ce mot, dans la copie de Her^og. — 7 paez. — nostre
paire. — 17 revella (constamment). — luy (idem). — script. — 18 fellonia. —
e non. — 28 haver. — conoezeneza. — non covenon. — 29 repleni. —
iniquita. — fornicacion. — d'omecedis. — cuntenezon. — 30 eyrivols. —
sleva. — om. a lor. — om. li (mal). — 32 aguessan. — Tentenderon.
(**) Variantes du manuscrit de Grenoble : 1 en dereire. — paire. — e en. —
2 seo. — fey. — 3 substancia. — parolla. — purgament de pecca, see a la
dextra de la majesta. — 4 quant. — decernivolment.
Variantes du manuscrit de Dublin : 1 en dereyre. — 2 om. sio. — loqual
(ainsi partout). — (om. el) fey. — 3 e feytura. — de luy. — parolla. —
faczent purgament de li pecca, see a la dreita de la magesta de luy. — etc.
On verra plus loin le texte du manuscrit de Zurich.
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 383
Tous les livres, avons-nous dit, sont accompagnés, dans les
mss. de Carpentras et de Dublin, de préfaces ou d'arguments.
Plusieurs de ces introductions ne paraissent pas s'être rencon-
trées jusqu'à présent dans les mss. latins, ce sont les préfaces
des Epîtres catholiques, qui sont du reste, en partie du moins,
suivies de la traduction des arguments traditionnels. Ayant
indiqué les premiers mots de chacune de ces préfaces dans la
description du manuscrit de Carpentras , je me borne à donner
ici, d'après ce ms., le commencement du prologue de TEpître
de saint Jacques.
Nos legen que grant perseguecio fo fayta en la gleysa lacal era en Jérusa-
lem enapres la mort d'Esteve, e tuit foron spars per las régions de Judea e de
Samaria stier li apostols. Donca Jaco tramet la pistola a aquilh spars lical
sostenian per justicia, e acerta scris a aquilh lical avian receopu la fe de Xrist
non se curavan d'esser perfeyt per obras... (suit l'analyse de l'Epitre)
Je réserve l'étude des livres sapientiaux, tels qu'ils sont en
grande partie conservés dans nos mss., pour le moment où nous
aurons passé en revue toutes les copies de la Bible vaudoise.
C'est alors aussi que la comparaison de la Bible vaudoise avec
le texte latin trouvera sa place.
VI. — LES BIBLES DE GRENOBLE ET DE CAMDBRIGE
Les deux mss. dont nous avons à nous occuper maintenant
sont à peu près du même temps et leur texte est le même.
Mais un des deux est complet et l'autre n'est qu'un abrégé.
La bible vaudoise de Grenoble contient tout le Nouveau
Testament, suivi des douze premiers chapitres des Proverbes,
de l'Ecclésiaste, des dix premiers chapitres de la Sapience et des
quinze premiers de Sirach, ainsi que du Cantique des Can-
tiques, dont les rubriques ne sont pas les mêmes que dans le
ms. de Carpentras. On trouve en tête de chaque livre une pré-
face ou un argument, mais ces petits morceaux ne sont pas
traduits de même que dans la bible de Carpentras; leur texte
i. Fin : ...a en recebament depersonas. » Suit l'argument traduit du latin :
« Jaco e Peyre e Johan... » Fin : « en las leyçons de lor. »
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384 S. BERGER
latin est celui qui se rencontre, depuis le milieu du xni c siècle,
dans presque tous les mss. de la Vulgate. L'écriture paraît être
des environs de Tan 1400, ou plutôt des premières années du
xv c siècle. Nous parlerons plus tard du lectionnaire qui est
copié d'une main postérieure à la fin du manuscrit.
Le fragment de Cambridge a été retrouvé par le regretté
Bradshaw au milieu d'une collection de manuscrits vaudois
rapportés par sir Samuel Morland, commissaire de Cromwell
auprès du duc de Savoie. Le commencement et la fin manquent,
ainsi que beaucoup de feuillets arrachés en divers endroits,
mais le Nouveau Testament n'a jamais été complet : l'Evangile
de saint Marc fait défaut, de même que celui de saint Luc,
excepté le commencement, ainsi que TEpître aux Romains, la
deuxième aux Corinthiens, la deuxième aux Thessaloniciens et
l'Epi tre à Philémon. La première aux Thessaloniciens n'est
représentée que par ses premiers mots , qui subsistent par une
sorte de « repentir » ; de FEpître aux Hébreux on ne lit que le
chapitre xi, qui est suivi du vi c chapitre des Proverbes et des
chapitres v et vi de la Sapience. On ne peut savoir si le ms.
contenait l'Apocalypse. On n'y voit ni préfaces ni arguments.
En un mot, nous avons ici l'abrégé d'un original qui ressem-
blait fort au manuscrit de Grenoble. L'écriture semble indiquer
le commencement du xv c siècle.
Dans toutes les parties qu'il a conservées, le texte de Cam-
bridge présente , avec celui de Grenoble , un accord parfait et
qui s'applique même aux fautes de copie et aux erreurs. Ce texte
se rattache étroitement à celui des manuscrits de Carpentras et
de Dublin, ainsi que l'on va voir en comparant, à un des pas-
sages qui ont été reproduits plus haut , les premiers versets du
livre des Actes , d'après Grenoble. Nous ajoutons la collation
du ms. de Cambridge.
O Théophile , acerta yo fey lo prumier sermon de totas las cosas lasquals
Jhesu comence far et ensegnar J entro al dia alqual el fo près, comandant a 11
apostol liqual el eslegic per lo sant sperit , * aliqual el done si meseyme vio
apareissent a lor en moti argument enapres la soa passion per. xl. dies e
parlant del règne de Dio «e ensemp manjant comande a lor qu'ilh ne se
departessan de Jérusalem , mas speitessan l'empromession del Paire , laquai
vos auves, el dis, per la mia bocha. s Car Johan babteje en aiga, mas vos sere
bapteja al sant sperit enapres aquisti non moti dias. *Donca aquilh que se
eran ajosta demandavan lui dizent : O segnor, si tu restaura[ra]s lo règne en
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 385
aquest temp? 7 Mas el dis a lor : De vos non es aver conegu li temp ni ti
moment liqual lo Paire pause en la soa poesta, 8 mas vos receb[r]é le vertu
del sant sperit sobrevenent en vos e sere a mi testimoni en Jérusalem e en
tota Judea e Samaria e entro en la derairaneta de la terra. *E cum el agues dit
aquestas cosas, el fo esleva lor vesent, e nivola receop lui de li olh de lor.
«°E cum ilh regardessan lui annant al cel, e vevos dui baron isteron josta lor
en vestimentas blancas, liqual disseron : O barons Galileos, per que ista
regardant al cel (*) ?
J'ai pris cet exemple dans le livre des Actes, pour avoir
l'occasion de faire remarquer un fait singulier, sur lequel s'était
déjà portée l'attention de Herzog et de M. Reuss. L'identité
des textes, que nous avons relevée, cesse subitement au milieu
du chapitre xvi e *, et alors commence, dans les mss. de Gre-
noble et de Cambridge, une version nouvelle qui n'est en réalité
qu'une paraphrase. On va en juger. Je me bornerai à dire que
le texte latin qui a servi de base à cette mauvaise traduction
de la fin du livre des Actes est un texte de basse époque, sans
aucun caractère méridional. La traduction elle-même est sans
valeur; ce n'est probablement qu'un essai malencontreux afin
de combler une lacune de quelques feuillets dans un ms. mutilé.
J'en vais citer quelques-uns des passages les plus paraphrasés
(je mets en italique les mots qui ne sont pas dans le latin) :
Act., xvii, 19. E prenent lui meneron lui a aquella contraa laquai es dicta
Ariopago, car aqui se adorava lo dio Mars.., " Adonca Paul se levé al meç de
lor e dis : O segnors e homes Atheniencs, yo consederant li vostre fait e li vostrc
studi , yo ve che al postot vos se supersticios e van , e have entre vos diversas
sectas e opinions , e divers temples 0 ydolas, e divers dios, cliquai yo annant
vesent atrobey un autar que era sobrescript : Aquest es Tautar del Dio non
conoissu. Dont sapia che aquel Dio non conoissu es aquel que yo predico a
vos...
xx, 29. Car yo say che pois che yo me serey parti, lo intraren en vos
lops rapaz, ço es homes hereges, fais e ambitions, que non cercaren sinon de devo-
rar vos e non perdonaren al greç.
(*) Variantes du manuscrit de Cambridge : començe far e. — 2 eslegit. —
sanct. — 3 dias. — 4 boca. — 5 ayga. — sanct. — 7 ha ver. — posta. —
8 dereiraneta. — 9 éleva.
1 . A partir du verset 9 du chapitre xvi, le « nous » est remplacé par a ilh »
et la paraphrase semble commencer (v. 16 : « laquai havia sperit Phiton, ço
es endevinava per obra del diavol, » etc.).
Remania, XV UL 2 S
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386 S. BERGER
— 34 : Mas sapia che yo hay viscu de la fatiga de las mias mans, e encara
ay nuri aquilh que son cum mi. » Yo me soy studia en totas cosas donar a
vos bon exemple, maximament , che lo coven lavorar, e recebre e suportar e
nurir li paure t li enferm de F arma t del cors.
xxi, 8 : E intren en la meison d'aquel Felip loqual era un de li sept
diaque, delqual nos haven parla desobre, loqual bapteje lo castra de la reyna de
Ethiopia.
xxvi, 23 :... autresi non coma Moyses e li autre propheta han devant dit
t pronuncieron que dévia venir, co es de Yencarnacion e passion de Xrist.
VII. — LE NOUVEAU TESTAMENT DE ZURICH
Il existe une dernière copie du Nouveau Testament vaudois,
qui n'est pas la moins remarquable de toutes, à laquelle toute-
fois je ne pourrai consacrer ici que quelques lignes. En effet, je
l'ai vue plus rapidement que les autres, en 1883, lorsque je
m'occupais peu des versions méridionales de la Bible. Mais,
surtout, tout ce qu'il y avait lieu d'en dire, ou à peu près, a été
si bien dit, qu'il serait parfaitement superflu d'y revenir.
Ce ms., qui a été donné en 1692 à l'Université de Zurich
par Guillaume Malanot, pasteur d'Angrogne dans les Vallées
vaudoises, avait appartenu d'abord à un habitant de la vallée du
Pragela, qui était terre du Roi. Il ne contient que le Nouveau
Testament, sans préfaces ni arguments, et il est écrit de cette
écriture ronde italienne qu'il est si difficile de dater. M. Reuss
a démontré qu'il a été copié sur un original retouché d'après la
Bible d'Erasme. Il n'est donc pas antérieur à 15 16, année où
parut la première édition d'Erasme; il est même probable qu'il
ne remonte pas plus haut que 1522, puisqu'on y lit le passage
des « trois témoins du ciel » (I Jean, v, 7), qu'Erasme a inséré
en cette année, de sa propre autorité, dans le texte grec. Du
reste, nous savons qu'en 1522 les Vaudois faisaient encore copier
le vieux texte traditionnel. Il est permis de penser que notre
manuscrit n'est pas plus ancien que l'année 1530, époque à
laquelle les Vaudois du Piémont se sont rapprochés des protes-
tants et ont ouvert les yeux à la théologie des réformateurs et
en môme temps à la critique.
Ce n'est pas trop dire que de parler ici de la critique. C'est le
svnode d'Angrogne, tenu en 1532, qui le premier a eu la pensée
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 387
de faire traduire la Bible en français d'après les textes originaux.
On sait que Pierre-Robert Olivétan, qui fut chargé d'accomplir
ce travail aux frais des Vaudois, était un des meilleurs hébraï-
sants de son temps, et en tête du beau volume de sa traduction,
imprimée en 1535, à Serrières, près de Neuchâtel, on lit un
petit poème où les initiales de tous les mots forment cet
acrostiche :
Les Vaudois, peuple evangelicque,
Ont mis ce thre$or en publicque.
La dissertation que M. Reuss a consacrée à l'étude de ce
manuscrit 1 est un travail achevé et demeurera comme un des
modèles les plus parfaits de la critique des textes, et tel que
pouvait seul l'écrire le savant qui devait, vingt ans plus tard,
publier la Biblioiheca Novi Testatnenti graeci. Non seulement
M. Reuss cite de très nombreux passages qui sont évidemment
traduits du texte grec et non du latin, mais il nous montre les
« doublets » qui attestent la juxtaposition des deux leçons. J'en
donnerai deux exemples.
Jacques, m, 7. Vulgate (tous les manuscrits connus, sans
exception) : caeterorum. Dublin : « de las autras. » grec :
èvaXCwv. Zurich : « de li peyson e de las autras. »
Galates, iv, 31 (juxtaposition des deux textes latin et grec).
Zurich : « ...per laquai franqueta Crist afranque nos. Donca
sia ferm en la liberta per laquai Crist nos ha desliora. »
On voit ici, par la manière différente dont sont traduits les
mots libertas et liberavit, qu'il n'y a rien de commun entre celui
qui a fait la traduction et celui qui l'a corrigée.
M. Reuss a spécialement comparé l'Apocalypse de Zurich
avec le Nouveau Testament d'Erasme. C'est, de tous les livres
de la Bible, celui qu'Erasme a le plus mal publié. Or le texte
spécial d'Erasme, avec ses erreurs caractéristiques, se retrouve
dans notre manuscrit vaudois. M. Reuss en a donné différentes
preuves. Il suffira d'en reproduire une. Au ch. 11, v. 13, on lit
dans le texte officiel de la Vulgate : « in diebus illis; » dans
toutes les éditions et les manuscrits du grec : èv tactq ï&ipouq sans
plus, iv Tatç iljpépaiç aîç ou Iv aïç (atç est le texte reçu depuis
1. Revue de Thiohgie> t. VI (1853), P- et suiv.
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388 S. BERGER
Estienne). Seul Erasme imprime èv xaXq faépoLiç èjjuïç avec le
ms. qui lui sert de modèle et avec une note sur la marge d'un
autre manuscrit, que son nom suffit à dénoncer à notre défiance :
c'est le trop fameux codex Montfortianus, de Dublin, connu par
l'intrusion du passage apocryphe des « trois témoins ». Le
manuscrit de Zurich a la leçon d'Erasme : « en li meo jorn. »
Je n'ajouterai qu'un mot aux développements qu'a donnés
M. Reuss : l'original (le texte non corrigé) du ms. de Zurich
semble être descendu de l'ancêtre commun des mss. de Dublin
et de Grenoble. Notre ms., tout corrigé qu'il est, peut donc à
la rigueur servir à rétablissement du texte vaudois.
Comme spécimen de la langue du ms., aussi bien que comme
exemple des corrections que le texte a subies, j'imprimerai ici,
d'après M. Reuss, les premiers versets de l'Epître aux Hébreux.
Je mets les corrections en italique.
Dio parlant czay en dereyre a li payre e a li propheta mot parlivolment e
en motas manieras, 3 mas el parle a nos derierament en aquisti jorn al seo
filh, loqual el ordene heretier de totas cosas, per loqual fey lo segle, > loqual
cum el sia resplandor de gloria e cxpressa eymagena de la sustancia de luy, e
portant totas cosas per la parolla de la soa vertu, loqual bavent fait per si
meseyme la purgacion del nostre pecca, sec a la dreyta de la majesta en las
auteezas, *fait melhor de li angel tant quant el herete nom plus decernivol-
ment derant lor.
M. Salvioni doit publier intégralement le Nouveau Testament,
d'après le manuscrit de Zurich, dans le tome XI de YArchivio
glottologico de M. Ascoli x . Il est permis de s'étonner qu'on ait
choisi, pour cette publication, un texte retouché et le plus récent
des manuscrits. On voit par là combien il était nécessaire qu'il
fût fait une revue générale de tous les textes et de tous les
manuscrits.
VUI. — DE L'ORIGINE ET DU CARACTÈRE RELIGIEUX
DES BIBLES VAUDOISES
Les manuscrits vaudois méritent-ils réellement ce nom ï
Sont-ils vaudois autrement que par la langue? C'est là une
1. Voir W. Foerster, Gôtt. gel. An^. y 1888, p. 798.
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 389
question très complexe et qui ne peut pas être tranchée par un
mot. Nous arriverons peut-être à un peu plus de clarté sur ce
point en nous demandant : i° si la Bible en dialecte vaudois a
vraiment servi à l'usage religieux des Vaudois, et 2° si elle pré-
sente quelques allusions, soit à la doctrine des Vaudois, soit à
quelque autre hérésie.
Il nous importe d'abord de savoir de quelles mains nous sont
venus les manuscrits vaudois. Pour cela, quelques notions de
topographie nous sont nécessaires.
Depuis le xvi e siècle, ce qui reste des Vaudois est concentré
dans deux groupes de vallées des Alpes, qui ne sont séparés l'un
de l'autre que par quelques cols. Du côté de la France, les
vallées dauphinoises de Freyssinières et du Queyras sont le siège
d'un groupe peu important ; mais le véritable centre de l'Eglise
des Vaudois, aujourd'hui rattachée au protestantisme, ce sont
les vallées dites « Vallées vaudoises du Piémont. »
Deux vallées se rencontrent en aval de Pignerol, celles du
Pellice et de son affluent le Cluson. Le Val-Pellice, dont le
bourg de la Tour est le centre, se compose des vallées de
Luserne et d'Angrogne ; quant au Cluson, il reçoit sur la droite
les eaux qui arrosent le Val-Saint-Martin. Depuis 1696, le Val-
Cluson appartient en entier à la maison de Savoie; auparavant
la frontière dauphinoise se trouvait au Bec-Dauphin, laissant à
la France, avec la forteresse de Fénestrelle, tout le haut cours
de la rivière, appelé Val de Pragela. Le Val Saint-Martin et le
Val-Pellice sont en rapport avec le Queyras par des chemins de
mules, tandis que le Pragela communique avec Briançon par le
col de Sestrière et celui du Mont-Genèvre; c'est le passage le
plus facile du Dauphiné aux vallées vaudoises. Le partage de
cette vallée entre deux autorités a toujours procuré aux Vaudois
qui y faisaient leur résidence une immunité relative; il est donc
naturel que le plus grand nombre des manuscrits vaudois qui
nous sont parvenus proviennent du Pragela, d'autant plus
qu'une partie d'entre eux ont été recueillis par un ministre
dauphinois; au reste, le Pragela se rattachait religieusement, non
pas aux Eglises des Vallées, mais aux synodes dauphinois.
Quant à dire à quelle époque remonte l'établissement des
Vaudois dans leurs vallées, personne sans doute ne le pourrait.
Il nous suffit de savoir que, depuis les dernières années du
xm e siècle, on les y trouve installés en nombre et que, dès 1332,
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390 S. BERGER
ils étaient en état de se défendre contre PInquisition, qui était
établie, dès avant 1297, dans le val de Pérouse, c'est-à-dire dans
le bas du Val-Cluson.
Voici maintenant comment les principales collections de mss.
vaudois ont été formées.
Les sept mss. vaudois qui sont à Trinity Collège, Dublin,
c'est-à-dire à la bibliothèque de l'Université de cette ville, et
dont aucun n'est plus ancien que le xvi e siècle, ont été acquis,
en 1634, ou peu avant, par l'illustre archevêque Ussher; ils
provenaient de J. P. Perrin, ministre à Nyons en Dauphiné.
Ces manuscrits avaient été recueillis en la vallée du Pragela,
terre du Roi, et envoyés par le synode des Vallées à Perrin,
pour en tirer son Histoire des Vaudois , parue en 1 618 x . Je ne me
souviens pas d'y avoir remarqué aucune indication particulière
de provenance.
La bibliothèque de l'Université de Cambridge possède six
mss. vaudois; ils y ont été déposés en août 1658, par sir
Samuel Morland, commissaire de Cromwell auprès du duc de
Savoie. Morland les avait reçus de l'historien Jean Léger,
modérateur des Eglises des Vallées, qui avait été pasteur à
Saint-Jean dans le val de Luserne 2 . Plusieurs d'entre eux
portent une indication de lieu. Le ms. A> qui contient la tra-
duction des neuf premiers chapitres de la Genèse et divers
traités, montre au commencement, avant la dédicace de
J. Léger à Morland, cette signature du xvn c siècle : a Benjamin
Clemens Valclusonnmsis possessor. » Le volume ZF, de 15 19
et 1521, vient de Fénestrelles. Le ms. B y qui renferme la
Nobh Leycipn et les Treçenas, c'est-à-dire les Evangiles et Epi très
des dimanches et fêtes, porte au dernier feuillet, avant la dédi-
cace de J. Léger, qui est accompagnée de la date de 1656, ces
mots : « Albert possesseur, » et au f° 124 v° : « Iste liber est
tneus qui vocor David Prinus, Subiascensis origine. » Le nom de
Prin se rencontre encore fréquemment aujourd'hui dans les
1. Perrin, t. I, p. 57 et suiv. ; J. Léger, Hist. gén. des Eglises vattdoises, 1. 1,
p. 24.
2. Léger, t. I, p. 21 et suiv. Antoine Léger, qui est nommé comme ayant
contribué à remettre à Morland les mss. vaudois , est l'oncle de l'historien ,
professeur à Genève et son prédécesseur comme pasteur de Saint-Jean.
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 39 1
vallées vaudoises, et Subiasc est un des vallons les plus reculés
du val de Luserne. Le plus ancien des mss. de Morland, la
Bible (manuscrit F), qui a passé, comme les autres, par les
mains de Léger, ne porte pas sa signature. On y lit, en tête du
volume, au feuillet que Bradshaw a numéroté 154, la dédicace
suivante :
« A Monsieur de Morland, commissaire extraordinaire du
sérénissime Protecteur Cromuel de la République d'Angleterre,
Escosse et Irlande, par son très obéissant serviteur Bellon. » Ce
Bellon est peut-être le même qui a signé en patois italien :
« Michaele Belione computature, » dans l'attestation donnée,
en 1661, à J. Léger par son église de Saint-Jean {Histoire
générale, t. II, p. 383). S'il en est ainsi, le ms. provient de la
paroisse (même de Léger, au val de Luserne. La bible signée
Bellon ne paraît pas être celle que Jean Léger raconte, à la
page 25 du volume I er de son Histoire, avoir trouvée « dans les
montagnes de la Vallée de Cluson », puisqu'il l'avait encore en
mains peu avant 1669. Je ne parle pas des trois mss. vaudois
de Genève, dont la provenance est assez obscure et dont aucun
ne contient la Bible. De tout ce qui précède, il résulte que les
manuscrits vaudois de nos deux principales collections forment
un ensemble très bien groupé localement, où semblent repré-
sentées les diverses vallées des Alpes vaudoises, et provenant
pour une grande part tant du Pragela que du Val-Cluson, qui
n'est que la partie inférieure de la même vallée.
C'est encore au Pragela que nous ramène le Nouveau
Testament de Zurich, qui a été, comme on l'a vu, donné à
l'Université de cette ville, en 1692, par un ministre d'Angrogne.
Ce ms. porte en deux endroits des signatures en partie effacées
(on les trouvera dans la description du manuscrit). L'une d'elles,
au f° 239 v°, est parfaitement lisible : « Jehan Jajmo, de Laval di
Pragella. » L'Aval est un des hameaux les plus reculés du
Pragela.
Après ces manuscrits, connus depuis des années ou des siècles
et dont la provenance vaudoise n'a jamais été sérieusement
contestée, il nous reste à examiner ceux des manuscrits en
dialecte vaudois qui sont conservés en France 1 . L'un d'eux est
1. Ph. de Marnix, au tome I er de son Tableau des Diffèrens de h Religion
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S. BERGER
un recueil de traités qui a été récemment acquis par la biblio-
thèque municipale de Dijon; il y porte le n° 195 x , et M. Ed.
Montet l'a décrit à la suite de son édition de la Noble Leçon. Il
paraît écrit au xv e siècle et il ne nous intéresse en ce moment
que par sa provenance : il a été acheté à Anduze, en 1659, par
un nommé Ranchin I . C'est le seul ms. vaudois qui nous vienne
du Languedoc. Abordons maintenant l'étude des bibles de
Grenoble et de Carpentras.
On ne sait rien de la provenance du ms. de Grenoble, sinon
qu'il vient de Tévêque Caulet, mon en 1771. Mais au ms. est
annexé un cahier de papier, plus jeune d'au moins cinquante ans,
où se trouvent copiées diverses pièces que nous devons examiner.
Après une table des Evangiles et Epîtres sur laquelle nous
allons revenir, le ms. contient un traité : De las oyt benayranças
scriptas cum breveta.
Li paure per sperit son benayra, car lo règne de li cel es de lor meseymes.
Aquesta prumiera es paureta de sperit e es vertu laquel fay Tome despreçiar
totalment {li ben de fora ch'el se poissa ajostar plus librement a la divîna
contemplacio.... La 7* es paç, e es vertu per laquai lo effet de la pensa es
totalment conjoynt a Dio enayma a summo ben, enaysi qu'el non quar
alcuna autra cosa fora lui meseyme, etc.
Suit une sorte d'oraison dominicale glosée en vers :
(Leyde, 1599, in-8°), cite à la page 195 un certain nombre de traités vaudois
écrits « en l'ancienne langue provençalle et de Languedoc », et il ajoute dans
une note : « Ces livres se trouvent en parchemin, écrits à la main de fort
ancienne lettre , en la bibliothèque du sieur Josèphe de la Scale et entre les
mains de divers ministres des vallées d'Angrogne et du sieur de Sainct-
Ferreol, ministre d'Oranges. » Peut-être ne serait-il pas impossible de
retrouver quelques-uns des manuscrits de Ph. de Marnix dans nos collections
de documents vaudois.
1. S'agit-il de François Ranchin, « chancelier de l'Université de méde-
cine, » qui donna, le 2 janvier 1622, aux capucins de Montpellier une des
bibles languedociennes auxquelles nous avons fait allusion plus haut, le
manuscrit HarUien 4772 et 4773 ? Le nom de la famille Ranchin était célèbre
a Montpellier.
Pater nos ter
aut en creacion
soau en amor
rie en heredita
LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 393
spelh de benayranca
Qui es in celis corona de alegreca
trésor de eternita
Sanctificetur nomen iuum.
( mel en la bocha
Ch'el sia J soau en l'aurelha
( goy al cor....
Enfin les dernières pages contiennent un extrait du cha-
pitre xxvii des Nombres sur le mariage lévitique. On ne tirerait
pas grand'chose de ces textes au point de vue de la doctrine.
Sans nous y arrêter, nous passons à l'étude du tableau des
Evangiles et Epîtres. Il commence ainsi :
Ayci comença lo registre de H euvangeli e de las epistoïas per lo cercondament del
an, e prtimierament en Vavenament del Segnor y prima dominica.
Dominica /*, Epistola Romanorum 13 : Sabent aquest temp, car hora es
ja nos, etc a . F[ins] : Yhesum Cristum. Evangeli M[atio) 21 : Cum Jhesu se
fossa apropia, etc a . F[ins] : aquel que ven al nom del....
Je ne donnerai pas de plus longs extraits de ce lectionnairc.
Je dirai seulement que, pendant des mois entiers, M. Paul
Fournier et moi, nous avons cherché en vain, dans le propre
de tous les diocèses du midi de la France et de l'Italie, l'expli-
cation des singularités qu'il présente. Enfin, me disant qu'un
calendrier ou un livre d'église n'a pas de secret pour un véri-
table liturgiste, j'eus l'idée de consulter M. l'abbé Misset et le
lendemain je reçus de lui une lettre dont je citerai une grande
partie. Elle le mérite et le sujet en vaut la peine.
D'abord, sans aucun doute, ce que le manuscrit contient provient d'un pays
d'Empire. La fête de la sainte Lance démontre la chose à n'en pas douter.
J'ai vu à peu près tous les missels manuscrits conservés dans les bibliothèques
de Paris. Deux seulement contiennent la prose de lancea et clavis :
Hodierna festum hicis.
L'un est un missel de Leyde, le second un missel de Cologne.
2° Une seconde preuve que le manuscrit de Grenoble vient (pour le fond)
des pays allemands, c'est qu'il renferme la fête de la Division des Apôtres.
Cette fête aussi avait une prose inconnue en France et très célèbre en Suisse,
en Allemagne, en Autriche, etc., le
Cali enarrant gloriam Dei.
3 0 N'est-il pas possible de préciser davantage ? L'évangile sans attribution
qui se lit entre celui de saint Matthieu, 21 septembre, et celui de saint Michel,
29 septembre (« Si alcun vol venir enaprès mi... »), ne peut être que l'évangile
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de saint Wenceslas, dont on célèbre la fête le 28 septembre. C'est encore cet
évangile qui se lit au missel romain ce jour-là, seulement il n'est pas extrait
de saint Luc, ix, 23, mais de saint Matthieu, xvi, 24. Sur ce point encore le
doute est impossible. Or, avec saint Wenceslas dans une liste de fêtes
« majeures », nous sommes immédiatement transportés en Bohême, a
Prague. La conclusion, pour être inattendue, n'en est pas moins certaine à
mon avis.
4° Si nous regardons les saints non bibliques mentionnés dans la liste que
vous me communiquez, nous trouvons saint Nicolas, saint Vit et saint
Georges. De saint Nicolas on ne peut rien conclure, il est universel. En est-il
de même pour saint Vit et pour saint Georges? Heureusement non. Saint
Georges a une prose spéciale, comme saint Wenceslas, dans le missel de
Prague, de 1507. Elle a été éditée par Kehrein et débute par :
Hoc in natalitio.
Or une prose spéciale nous indique un culte spécial. Le même fait se
reproduit pour saint Vit. Son corps, qui reposait primitivement à Saint-Denis
en France, fut transporté solennellement à Corvey, dans la Saxe, en Tan 836.
Saint Wenceslas, duc de Bohême, en obtint quelques ossements pour Prague,
et aujourd'hui la cathédrale de cette ville (1 344-1385) lui est consacrée.
Kehrein a publié, d'après le Missah Pragense de 1507, la prose que l'on y
chantait en son honneur :
Christum supplia omnes corde precemur.
5° Ce n'est pas tout. La fête de la Visitation n'a pas été acceptée dans
certains diocèses sans de grosses difficultés. Un frère mineur, Wiler, dans une
lettre adressée à Wimpheling (19 juillet 1498), en demande la suppression
pour une raison assez curieuse. C'est que l'office de cette fête a été composé
par un archevêque de Prague et que de son temps à lui, Wiler, les Bohémiens
sont des hérétiques. L'archevêque, sans doute, ne l'était pas, mais cela peut
troubler les esprits (catJjolicae quidem fidei assertor, sed ei genti, quae nutic perfidia
haeretka macuhlur, praefuit i quod non mediocriter posset animos nonnullorum
turbare. Vous trouverez la lettre en tête des Castigationes de Wimpheling). Or
cet évêque de Prague n'est autre que Jean de Jenstein (1 379-1 396). Il était de
l'obédience d'Urbain VI. Il a composé sur le grand schisme une pièce où on
lit :
Si vis urbanus fieri, Urbanum profiUre;
Fuge tortosum colubrum, antipapam sincère.
Donc l'office de la Visitation, lui aussi, nous ramène à Prague, et les deux
proses de cette fête,
Dtcet hujtis cunctis Jjoris,
et
Ave verbi Dei parens,
ne se trouvent primitivement que dans les missels de ce pays.
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 395
6° Si maintenant nous nous reportons à un missel de Prague, la conclusion
s'impose de plus en plus. Tous les saints dont vous me donnez la liste se
trouvent dans ce missel (exemplaire de 1498, Bibliothèque nationale), de la
page 39 à la page 119. La messe de angelis, de spiritu sancto, de cantate, s'y
trouve également (pages 146 à 147). Il y a plus. Dans tout le missel on lit
des épîtres et des évangiles propres pour la feria IV (le mercredi) et la
feria VI (vendredi). Donc, pour le fond, le lectionnaire de Grenoble repro-
duit un lectionnaire de Prague, ce qu'il fallait démontrer.
J'ai repris aussitôt l'examen que M. l'abbé Misset avait si
rapidement mené à bien et, aux évangiles qu'il avait détermi-
nés, je n'en ai trouvé qu'un à ajouter, c'est celui de l'office de
saint Willibrord (Marc, x, 25), qui est aussi particulièrement
vénéré dans le diocèse de Prague.
La découverte de M. l'abbé Misset est de la plus grande
importance. D'abord le caractère vaudois (ou, si Ton veut,
hussite) de notre manuscrit est mis hors de doute, mais sur-
tout nous voyons, plus clairement encore que jusqu'à présent,
que l'une et l'autre secte étaient fondues au point que les
Vaudois fêtaient, peut-être sans le savoir, les saints du diocèse
de Prague. Quant à ceux qui ont traduit le lectionnaire, ils se
rendaient parfaitement compte de son origine et de son carac-
tère, car ils ont effacé les noms des saints les plus spécialement
bohèmes en laissant subsister les leçons de leurs fêtes. Je n'ai
pas à apprendre au lecteur que la littérature vaudoise, à partir
de Tan 1450 environ, est bohème jusqu'à la moelle des os. Dès
1432, le 26 février, l'Assemblée du clergé de Bourges dénonce,
dans ses Advisamenta, les montagnards du Dauphiné comme se
cotisant pour soutenir les Bohèmes.
Item nonne etiam in Deîphinatu est quaedam portio inter montes inclusa , quae
erroribus adhaerens praedictorum Bohemorum, jam tributum imposnit, levavit et
misit eisdem Boïxmis 1 .
En évangélisant les Vaudois du Midi, les Bohèmes ne fai-
saient que payer une dette, car il y a toute une littérature sur
l'influence que les Vaudois ont exercée en Bohême 2 . Je me
1. Mansi, t. XXIX, p. 402.
2. Fr. Palacky, ùber die Be%iehungen und dos VerlxieUniss der Wàldenser %u
den ehemaJigen Secten in Boeimten, Prague, 1869; Herm. Haupt, Die religiôsen
Sekten in Franken , Wûrzbourg, 1882; le même, Husitische Propaganda in
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396 S. BERGER
bornerai à rappeler qu'en 1418, quarante « picards » , chassés
de leur patrie pour la Parole de Dieu, étaient arrivés avec leurs
femmes et leurs enfants à Prague, où, à ce qu'ils avaient appris,
la Parole de Dieu était libre. La reine Sophie les visitâit dans
leurs maisons et pourvoyait, avec d'autres riches, à leurs
besoins. « Raro tamen visitabant divina, nec visi sunt sub duplici
specie sacramentaliter communicart> nec proprium secum habêbant
presbyterutn, sed solum quemdam virum latinum, qui in eorum lin-
guagio libellos eis legebat 1 . » Je ne me serais pas pardonné de ne
pas citer ici ce passage, qui nous permet de croire que la Bible
vaudoise a fait le voyage de la Bohême avec les émigrés vaudois.
Après cette longue dissertation sur l'origine vaudoise du
manuscrit de Grenoble, je ne dirai plus qu'un mot de celui de
Carpentras.
Ce manuscrit est le plus ancien de tous et nous n'en pouvons
pas affirmer l'origine vaudoise. Pourtant il y a lieu de penser
qu'il a été entre les mains des Vaudois et voici pourquoi.
A la fin de ce ms. une main qui, suivant les apparences,
est du xv e siècle, a écrit en un italien imprégné de patois local
les mots que voici :
Li libre que non se troban canonica son aquisti :
Il libro de Baruch ,
Il libro di Tobia ,
Il libro di Judith ,
Il libro di Sapiencia,
Il libro de lo Ecclesiastico, Tactore del quai e Jesu judeo filiolo di Syntch,
Il libro primo de Maccabey,
Il libro secondo de Maccabey.
Si ces lignes sont du xv e siècle, il faut admettre qu'il s'est
trouvé i\ cette époque, sur la frontière des Alpes, un homme
qui avait deviné les idées de Luther et de Carlstadt sur le canon
biblique. Matériellement, la chose n'est pas impossible. En effet,
il pouvait suffire à un homme à l'esprit éveillé de lire avec soin
Deiitscbland (Hist. Tasclxnbuch , 6* série, t. VII, 1888, p. 235); W. Preger,
Das Verbaellniss det- Tàboriten \u dm WaUesicrn, 1887 (extrait des A bhandï W
gcn de l' Académie de Munich); Jar. Goll, M/7//;, des Instituts f. oestcrr.
Geschichlsforschung, t. IX, 1888, p. 326.
1 . Laurent de Brezowa , cité par Palacky, p. 20.
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 397
les Préfaces de saint Jérôme, et particulièrement cell£ des livres
de Salomon, qui est traduite dans le même manuscrit, pour y
trouver ce qu'y ont vu les réformateurs 1 . Mais, sans attacher
d'imporxance au fait que le livre de Baruch ne se trouve pas
mentionné dans la préface de saint Jérôme, je dirai que ce pré-
curseur inconnu aurait eu là une idée que n'a pas eue tout le
Moyen Age, et qu'il l'aurait exprimée dans des termes qui
rappellent, au moins vaguement, la Confession de foi des Vau-
dois, attribuée faussement à l'an 1120 et qui est en réalité de
1532, car elle est tirée de la correspondance d'Œcolampade, le
réformateur balois 2 .
Il serait superflu de vouloir prouver que la Bible vaudoise a
réellement été en usage parmi les Vaudois. Les citations
bibliques dont sont remplis les « Articles de la Fe », les « Inter-
rogations menors », les « Tribulacions », et les « Sept Sacra-
ment » , sont évidemment empruntées à un texte absolument
identique, en particulier, avec celui du ms. de Carpentras, avec
lequel je les ai comparées *. Quant au lectionnaire hussite,
c'est-à-dire vaudois, du manuscrit de Grenoble, auquel il nous
faut revenir pour un instant, les premiers mots des évangiles et
épîtres qui sont reproduits dans ce texte ne sont pas copiés
directement d'après le manuscrit même de la Bible que le
lectionnaire accompagne; ils semblent être pris à la fois sur un
lectionnaire latin et sur un autre manuscrit vaudois qui ressem-
blait beaucoup à celui-ci. Dans le ms. B de Cambridge, qui
contient les premiers vers de la Nobla Ixycqm, on lit, au f° 124
v°, les a Treçenas ». Ce sont encore les évangiles et les épîtres
des dimanches et des fêtes, ou du moins les premiers mots de
ces textes 4. J'en citerai le commencement :
t. Cette préface est en partie reproduite au dernier chapitre de cette étude.
2. Léger, t. I, p. 93 : « Ara s'ensegon li libres apocriphes liqual non son
pas receopu de li Hebrios... » La b'ste de 1532 est plus complète, elle com-
prend non seulement les livres « deutérocanoniques » , mais les apocryphes
proprement dits. Comparez Reuss, Hist. du Canon, 2 e éd., p. 282, et Revue
de Théologie, t. II, p. 327.
3. Voyez déjà, à cet égard, Gilly, p. xxxïx et suiv., et Herzog, p. 103 et
suiv.
4. Les Vaudois tenaient évidemment beaucoup aux évangiles et aux épitres
des dimanches et des fêtes. Dans le manuscrit de Grenoble, les évangiles sont
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Dec gracias amen. La prumiera dyamenia, pistola Ro. xiij. c. O frayre, sabent
aquest temp, car hora es ja nos levar del son /car la nostra salu es ara plus
près que cant cresen. Evangeli segont Luc. xxj. c. En aquel temp Jhesu dis a
li sio deciple : Ensegnas seren al soleil e en la luna e en las stelas et apre-
mement de gent per las terras.
Quelques fragments sont plus longs que ceux-ci 1 , ainsi, au
f° 30, la leçon d' Actes, ii : c'est exactement le même texte qui
se lit dans la bible de Cambridge.
Cette surabondance de preuves de l'usage que les Vaudois
ont fait de la bible qui porte leur nom n'établit nullement que
cette traduction soit leur œuvre. A cet égard il faut nous rési-
gner à rester dans une incertitude absolue.
Il en est, en effet, de la Bible vaudoise comme de la Bible
provençale. Bieit habile serait celui qui dirait quelle en est la
théologie et quel en a été le traducteur. On a pensé y trouver
quelques traces de dualisme et comme un écho des doctrines
cathares*. La version vaudoise, a-t-on [dit, paraît éviter le
mot de « création » et les autres semblables, et met à leur place
d'autres expressions qui rappellent l'éternité de la matière,
telles que « hedificacion », « ordenament del mont », « orde-
nar ». Depuis qu'on a pu s'approcher davantage des manuscrits,
on a trouvé au contraire que, lorsque le latin a le mot creare ou
d'autres semblables, la Bible vaudoise écrit « creatura, creator,
création, crear* ». Je ne m'arrête pas à certaines expressions
qui ont pu paraître trahir une tendance à l'ascétisme, non plus
qu'au mot de « Filh de la vergena », dont nous examinerons
tout à l'heure la portée, et je répète avec une conviction abso-
lue que pas un mot, dans aucune de nos versions du Midi, ne
trahit, s'il en a eu, les opinions particulières du traducteur. D
en est ainsi, sans exception, de toutes les traductions anciennes
en langue vulgaire que j'ai vues. Je parle des françaises, des
marqués en marge, jusqu'à Luc. ix seulement, par les lettres E\vangelt\ et
F[ins]. Ces évangiles ne sont pas les mêmes que ceux du lectionnaire hussite,
ils sont à peu près identiques à ceux du manuscrit de Paris, qui sont ceux de
l'Eglise catholique.
1. Voyez de plus longs extraits des « Trecenas » dans Montet, Hist. /i//.,
p. 22$ et suiv.
2. Revue de Théologie, t. VI, p. 87.
3. Herm. Haupt, Die deutsebe Bibelûberset^ung, p. 32, note.
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 399
catalanes , des allemandes , de la version bohème , pour autant
que je la connais , et de la traduction de Wiclef, si je l'ai bien
lue. Dans toutes ces versions, toutes les fois que Ton a constaté
un désaccord avec le texte latin officiel aujourd'hui , on a pu
retrouver dans les mss. latins les mêmes variantes. On a accusé
d' « utraquisme », c'est-à-dire d'hérésie hussite, l'ancienne
version allemande parce que, I Cor., x, 17, les bibles alle-
mandes interpolent le mot : « und von aitn kelcb. » « Et de uno
calice » est la leçon de presque tous les mss. de la Vulgate,
depuis le xm c siècle, et de l'édition de Sixte V. Comme toutes
les autres, la Bible vaudoise est parfaitement orthodoxe.
IX. — COMPARAISON DE LA BIBLE VAUDOISE AVEC LES
VERSIONS PROVENÇALES
Il est temps de réunir nos observations sur le style de la
version vaudoise, sur les particularités qu'elle présente et sur
son caractère en général, aussi bien que de la rapprocher des
textes provençaux que nous avons déjà étudiés.
La Bible vaudoise se distingue de la version provençale du
manuscrit de Lyon, par une sorte de recherche de l'exactitude
littérale, qui semble l'indice d'une plus basse époque. Je ne
parle pas de l'ordre des mots : dans le manuscrit de Lyon , c'est
l'ordre du latin; ici, c'est celui de la syntaxe; je parle des mots
eux-mêmes. Là où l'ancien traducteur disait « estar », le
deuxième écrit « permaner » , « demorar » ou « abitar » ; il
s'attache au latin en disant « vida eterna » au lieu de « dura-
bla », « dia festival » pour « dia de la festa » « justicia » en
place de « dreitura », « sacrament » pour « secret », « carata »
pour character en place de « senhal », « destinar » pour « orde-
nar », « mont » pour « pueg », « saciar » au lieu de « sadollar».
En un mot, le vocabulaire de la version vaudoise trahit une
sorte de recherche de la latinité. Quant à la grammaire, la
Bible vaudoise écrit généralement « cum » au lieu de « ab »,
« en quai maniera » pour « co », « alcal luoc » pour « on ».
La langue n'y gagne pas, mais le latin (j'excepte le dernier
exemple cité) est serré de plus près, du moins en apparence.
Mais au milieu de l'une et de l'autre version, toutes deux
littérales jusqu'à l'excès, nous remarquons certaines expressions
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400 S. BERGER
singulières, certaines traductions libres ou inexactes qui sem-
bleraient devoir être le propre de Tune ou de l'autre et qui se
rencontrent dans tous nos textes.
<c Gehenna » est traduit toujours par « pena » dans les trois
textes, dans les manustrits de Lyon et de Paris, et dans la Bible
vaudoise, suivie en cela par un traité vaudois d'origine taborite,
le « Purgatori 1 ».
Pour le mot Verbum, nous avons lu au commencement du
quatrième évangile, dans les deux manuscrits de Paris et de
Carpentras (je prends ce dernier comme type de la version
vaudoise), le mot « lo Filh ». Dans le manuscrit de Lyon, ce
passage est en latin, mais dans l'Apocalypse, xix, 13, c'est au
contraire le manuscrit de Lyon, suivi par celui de Paris, qui lit,
pour verbum Dei, « Fils de Deu. » Dans le passage des « trois
témoins » (1 Jean, v, 7), tous nos manuscrits ont « lo Fil »
(Lyon) ou « lo Filh », leçon qui ne se trouve dans presque
aucun ms. latin, et en tous cas pas dans les textes usités dans
le Midi. C'est sans doute de là que la traduction « lo Filh » a
passé dans le prologue de saint Jean. Au reste, celte expression se
retrouve ailleurs que dans le Midi. En 1295, Guiart Desmoulins
traduit, en Picardie : « In principio erat Verbum » par : « Au
commenchement fu li Fieux. »
Pour Filius hominis, les deux mss. de Paris et de Carpentras,
et avec ce dernier tous les manuscrits vaudois, écrivent régu-
lièrement « Filh de la Verge » (Paris) ou « de la Vergena »
(Carp.); quelquefois le manuscrit de Lyon écrit : « fil de Deu »
ou « del home ». On a été tenté de voir dans cette traduction
une tentative pour rompre le lien qui unit le Christ à la nature
humaine ou à la matière. Nous allons voir comment cette
expression est née. L'histoire du mot « Fils de la Vierge » a son
importance dans l'histoire générale des traductions bibliques 2 .
Alexandre, abbé de Jumièges (f 1209), raconte ce qui suit
dans son traité « De Filio Hominis » :
« Me demandant dans mes pensées intimes comment je ren-
drais en langage français ce mot de l'Evangile : « Quem dicun*
1 . Haupt, Die deutsche Bibelùbersetzuttg, p. 22.
2. Voyez sur ce point Gilly, p. 9$, Herzog, p. îoo, et Haupt, Die deutsche
Bibelûberset^ung, p. 21.
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES
4OI
homines esse filium hominis? devant des frères peu instruits, je
rencontrai les plus grandes difficultés. Ou bien la circonlocution
était trop détournée et ne s'approchait pas assez de la lettre, ou
bien, cherchant à me faire comprendre de ceux qui m'écoutent
plutôt qu'à satisfaire à la lettre, je disais autre chose que le
texte.... Le terme d'homo ne distinguant pas entre l'homme et
la femme, je ne pouvais traduire, pour être exact, filium hominis
ni par « fils de baron » (Jilium virt), ni par « fils de la femme ».
La première de ces traductions est fausse, et aucune des deux
ne peut se tirer du texte, car « filius hominis » ne veut pas dire
« fils de la femme » ni « fils de la Vierge », quoique au fond
ce soit bien une même chose que « fils de l'homme » et « fils
de la Vierge ». Mais je ne rencontrais guère d'autre mot qui
répondît exactement au mot filius hominis. Dans cet embarras,
je recourais aux méditations les plus profondes et je cherchais
à rappeler à ma mémoire, comme en le ruminant, tout ce que
j'avais pu entendre d'autrui. Enfin, frère bien aimé, je viens
m'en ouvrir à vous sans vous rien cacher 1 . »
Au moment où l'abbé de Jumièges se tourmentait ainsi de la
traduction du mot « Fils de l'homme », l'expression de « Fils de
la Vierge » était sans doute déjà en usage dans son propre pays,
car c'est en Normandie qu'on la voit employée pour la première
fois.
Dans l'ancienne Apocalypse normande, dont les manuscrits
remontent fort près de l'an 1200, nous lisons, suivant les
1. Sécréta enitn milri méditations aliquando quaerenti, qualiter ittud evangeli-
cum : Quem dicunt fjomines esse filium hominis , simplicioribus frairibus gallico
sermone exponerem , tanta obviavit difficultas , ut veî nimis remota interpretatione
uterer, et quae vix ad litleram videretur accedere , veî quia Ixminibus non litlerae
satisf ariens, aliud pro aîio diceretn... Cum enim hoc nomen (homd) non determinet
sexum, filium hominis nec filium viri, nec filium feminae recte poleram inter-
praetari. Horum enim et alterum omnino falsum est , et neutrum de littera haberi
potest. Non enim filius hominis déterminait hoc exprimit quod filius feminae, vel
filius virginis , quamvis penitus idem sit filius hominis quant filius virginis , sed
neque aliud aliquid facile occurrebat quod hoc termino (filius hominis) determinate
intimaretur. Hoc igitur difficultate coactus, ad profundiora meditationis subsidia
recurrebam, et veluti ruminando, quod ab aliis audieram, ad memoriam revocabam,
quicquid id est totum tibi,frater carissime, sine fictione effundo (Martène et
Durand, Thes. novus Anecd., t. I, col. 777).
JUmkm, XFIU. 26
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402 S. BERGER
manuscrits, les deux traductions. Dans le ms. B. N. fr. 403,
qui est du commencement du xm c siècle : « un qui resemblot
le fiz de la Virge « (Apoc, i, 13), dans fr. 1036 (xm e siècle) :
« semblance dou fill de la Virge; » dans la recension ordinaire,
écrite en dialecte anglo-normand (fr. 9 S 74, etc.) : « un ke
resemblout le filz de la Virgine. » Pourtant le plus ancien des
manuscrits, celui de Trinity Collège, Cambridge, écrit : « sem-
blable al fiz de homme », etfr. 1768 : a une personne semblable
a home. » Peut-être le texte le plus ancien est-il « fiz de la
Virge ».
Le mot fit fortune. Nous le retrouvons au xv e siècle, dans une
bible catalane (B. N. esp. 4), où on lit alternativement, pour
« filins hominis », « fill de Deu » ou « fill de la Verga » (« fill
d'orne » seulement dans le livre de Daniel). Nous voyons par
nos versions qu'il avait droit de bourgeoisie dans tout le Midi et
nous le rencontrons jusqu'en Allemagne; le codex Tepltnsis,
dont la ressemblance avec les textes provençaux ou vaudois est
connue, écrit, 72 fois sur 79 : « sun der maid. » « Fils de la
Vierge » est, comme « le Fils » pour « le Verbe », une traduc-
tion populaire, qui pouvait parfaitement naître, en des endroits
différents, dans l'esprit des traducteurs, s'ils étaient gens du
peuple. La coïncidence n'en est pas moins à remarquer. Mais
reprenons l'examen des traductions singulières qui se ren-
contrent dans nos différents textes.
Dans Matth., xxi, 15, Hosanna est rendu, nous l'avons vu,
dans les mss. de Lyon et de Carpentras (celui de Paris est
mutilé à cet endroit) de deux manières absolument différentes :
Lyon : « disentz : Lausor al filh de Davi ; » Carp. : « diçent al
filh de David : Fay nos salf. » Mais qu'on ne s'y trompe pas,
l'accord qui nous manquait ici se retrouve dans Jean, xn, 13.
Lyon : « Fai nos salvs, fil de David; » Paris : « Dieu salva nos; »
Carp. : « Fay nos salf. » L' « Interprétation des noms hébreux »
de saint Jérôme traduit : « Osanna, salvifica, » et celle qui se lit
à la suite des bibles, depuis le règne de saint Louis : « Osanna,
salva vel vivifica sive salvifica nos... » Il n'en est pas moins
étrange qu'au milieu d'une traduction strictement littérale, tous
nos traducteurs, et eux seuls, aillent chercher la même glose
pour l'introduire dans leur texte.
Actes, xix, 31, thcatrum est rendu par « palatz » dans Lyon
et par « palays » dans Carpentras.
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 403
Luc, 1, 3, « nobil Théophile » (Lyon; Carp. : « o noble
Théophile ») n'est pas la traduction nécessaire cT « optime
Théophile ».
Hêbr., 1, 1, les mots « mout parlablament » et « zay ende-
rier », que nous avions remarqués comme des traductions sin-
gulières dans Lyon et Paris, se retrouvent dans Carpentras.
Jean, xi, 16; xx, 24, et xxi, 2, la traduction « dubitos »
pour DidymuSy dans Carpentras, rappelle le « no crezentz » de
Lyon (comparez Paris).
Luc, 11, 35 : « et tuant ipsius animant pertransibit gladius. »
C'est par un contre-sens identique (assez naturel, il est vrai)
que les manuscrits de Paris et de Carpentras rendent ces mots
par : « el glazi del meteis traspassara la tieue arma » (Paris) ou
par : « e lo glai de lui trapasare la toa arma » (Carp.).
Actes, xxvm, 7, la Vulgate lit : « bénigne exbibuerunt, » et les
manuscrits languedociens : « bénigne necessaria exhibuerunt. » Le
ms. de Paris amplifie encore davantage en écrivant : « las
cauzas necessarias per manjar, » et c'est par une rencontre
remarquable, si ce n'est pas par une faute de lecture, que
Carpentras a traduit : « las cosas necessarias a nos a navegar. »
Je retrouve, Jean, iv, 5, dans Carpentras, la mauvaise tra-
duction « lo luoc » pour praedium, que nous avons déjà remar-
quée dans Paris et qui est peut-être une faute de lecture pour la
leçon du ms. de Lyon.
Rom., xvi, 13, Paris écrit : « saludas los totz. » On ne peut
expliquer cette leçon, pour « salutate Rufum », que par la tra-
duction de Carpentras : « saluda lo ros. » Lyon a le mot latin :
« Saludatz Ruphum. »
Je pourrais enfin faire remarquer qu'entre les deux groupes
de textes il y a des leçons communes, qui ne se sont jusqu'à
présent retrouvées dans aucun texte latin, telles que Jean, xiv, i ,
Lyon et Carp. : « ni se spavante; » Apoc, i, 3 (voyez plus
haut), Lyon, Paris, Carp. : « d'aquest libre. » Je ne mentionne
pas un très grand nombre de leçons curieuses et extrêmement
rares, qui sont communes aux mss. vaudois et provençaux,
parce que je les retrouve dans les textes languedociens étudiés
plus haut.
C'est en effet du texte latin sur lequel repose la Bible vaudoise
qu'il nous faut parler maintenant. C'est exactement le texte
languedocien, le même sur lequel se basent les versions proven-
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4O4 S. BERGER
çales. Celles-ci, du reste, et cela est naturel, n'ont pas toujours
toutes les leçons des mss. vaudois, et réciproquement. On
reconnaîtra du premier coup d'oeil les leçons languedociennes
en parcourant le manuscrit de Carpentras, où elles ont été en
grand nombre exponctuées x . Pourtant ce ms., le plus ancien
et le meilleur, ne les a pas toutes, et j'en trouve ainsi plusieurs
dans le manuscrit de Grenoble, par exemple Actes, vm, 1 :
« stier li apostol liqual eran en Jérusalem » ( « que remas[er]o en
Jherusalem » est ajouté en marge du manuscrit de Lyon ; cette
interpolation n'est pas proprement languedocienne); xi, 2 :
« e magnificavan Dio; » xv, 2 : « Mas Paul diçia lor permaner
enaysi que ilh creseron. » C'est d'une faute de copie du texte
languedocien que provient certainement l'erreur ridicule de nos
traducteurs, qui mettent la ville de Cologne en Macédoine 2 .
On va juger par un exemple du danger qu'il y a à chercher des
hérésies dans les versions de la Bible sans s'occuper du texte
original. Actes, x, 26, Pierre dit à Corneille (Carp,) en le
relevant : « Cal cosa faz? leva, car yo soy home enayma tu,
ora Dio » (Lyon : « Que faz? Deu aizora, leva sus. » Paris :
« Yeu suy homs aysi con tu. Leva, Dieu adora »). Ici les
auteurs, depuis Herzog (p. 321), ont tous fait remarquer que
cette leçon était chère aux Vaudois, qui ne voulaient adorer
« que Dieu seul » et qui ont même interpolé le mot « adora
Dio » dans la traduction qu'ils ont faite d'un livre taborite, les
« Invocacions de li saut ». En réalité, il ne s'agit ici que de la
leçon languedocienne : « Deum adora, » probablement tirée du
passage analogue, Apoc, xxn, 9 (mss. 342, 343, 16262) et qui
n'est dans les bibles vaudoises que parce qu'elle était dans la
Bible latine usitée dans le Midi.
1 . En voici deux exemples caractéristiques : Marc, viii, 28, Vulg. : « aîii
Eliam; » 11932 : « aîii Jheremiam; » Carp. : « li autre Jeremia. » II Cor.,
vm, 18 : « Misimus etiatn cum Mo fratrem; » 341 et Lyon 333 : » Lucam Jra-
trem; » 342, 343, 11932 et 16262 : « fratrem nostrum Luclxwi. » Carp. : « Luc
lo nostre frayre ; » Lyon : « lo nostre frère Luc ; » Paris : « lo nostre fraire
Lucham. »
2. Acr., xvi, 12, Vulg. : « et inde Philippos, quai est prima partis Macédo-
nien civitasy colonie; » 342 : « que est in prima parte Macedonie civitas Colonie ; 0
Paris. : « e de Colonia la cioutat ; » Lyon : « ciutatz de Colonia ; » Carp. :
« cipta de Colonia. »
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES
40S
Je ne peux me soustraire à la pensée que le texte latin que
représente la Bible vaudoise n'est pas de très bon aloi, qu'il sent
la retouche et la basse époque. J'y trouve, chose grave, des
interpolations déplacées (celle de Act., xxiv, 18, est égarée à
la fin du verset 20 dans Carp.) et des doublets x , dont quelques-
uns se rencontrent déjà dans les textes languedociens les moins
anciens, dans ceux qui ont déjà, comme la Bible vaudoise, les
chapitres modernes 3 . On se demande si nous n'avons pas,
dans les bibles vaudoises, des textes souvent retouchés parce
qu'ils étaient d'un grand usage, et dans lesquels il est tout
naturel de trouver, quelle qu'en soit l'origine, l'influence et
l'écho des versions provençales.
Quant à la question d'une communauté d'origine entre ces
deux groupes de textes, qu'il nous soit permis de ne pas la
trancher absolument. Assurément il y a des différences innom-
brables et de toute nature entre les deux familles, et la plus
importante peut-être est que leur texte latin n'est pas absolu-
ment le même, mais montre de ces variantes de détail qu'une
retouche expliquerait difficilement. D'autre part, en lisant en
regard les uns des autres de longs passages de la Bible vaudoise
et des Bibles provençales, on se pénètre de plus en plus de la
pensée que ces deux textes ont quelque chose de commun, au
point de n'en faire souvent qu'un seul. Je ne rappelle pas toutes
les singularités que nous leur avons trouvées communes. Les
rapprochements que nous pourrions relever entre eux ne
s'arrêtent pas là. Ainsi les premiers mots de l'Evangile de saint
Matthieu nous sont conservés en latin, non pas dans le Nouveau
Testament de Lyon, comme ceux de presque tous les autres livres
1 . Carp., Acr., x, 19 : « Mas Peyre pensant e dubitant encara de la vesion. »
Vu]g. : « Tetro autem cogitante de visione; » 343 et 1 1932 : « et dum intra se
hesitaret Petrus quidnam esset. » Sap., v, 3, Gren. : « E gement per angustia
de sperit se merevilharen en subitança de despera sàlu. E gement per angustia
de sperit diren entre lor, fazent penitencia... » (le doublet n'est pas dans
Carp., dont voici la leçon : « E gement per angustia de sperit diren entre lor,
fazent penitencia... » C'est la leçon de la Vulgate sixtine). C'est une interpo-
lation en double.
2. Actes, ni, 25. Vuîg. : « omnes familiae terrae; » 1 1932 : « omnes tribus
terrât familiae; » Carp. : « totas las familhas e las genz de la terra. » xvn, 11,
Vulg. : « eorum; » 321 et 342 : « Judeorum; » 1 1932 « eorum Judeonim ; »
Carp. : « d'aquilh Judio. »
r
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406 S. BERGER
du Nouveau Testament, mais dans le manuscrit de Carpentras,
suivi par celui de Dublin. Ici le texte vaudois serait resté plus
fidèle à l'original commun. H ne serait pas impossible que le
rapport des textes vaudois et provençaux s'expliquât ainsi : Il
aurait été fait, postérieurement à la première édition que repré-
sente le ms. de Lyon, un autre extrait, un « redressement » de
la traduction interlinéaire provençale. Soit le premier copiste,
soit tout autre écrivain aurait, au lieu de copier mot à mot,
transcrit le texte en un langage plus moderne et qu'il croyait
plus conforme au latin, chose d'autant plus naturelle que, de la
langue provençale au dialecte vaudois, le passage n'est pas
insensible. Soit dans ce travail, soit dans la copie des manuscrits
(et ce dernier fait est prouvé par la comparaison des mss. de
Carpentras et de Grenoble), il se serait glissé des variantes de
toute espèce, même de texte latin : la chose n'a rien d'étonnant
pour celui qui est habitué à la manière dont s'altèrent les
traductions.
Pour mettre le lecteur à même de mieux juger, je citerai,
outre les textes qui sont reproduits dans les chapitres précé-
dents, deux passages encore :
Rom., vin, 33-39.
MANUSCRIT DE LYON. MANUSCRIT DE CARPENTRAS.
Quais acusara contra les elegitz de Cal acusarc encontra li cyleyt de
Deu ? Deus, loquals justifka. h Quais Dio? Dio, local vivifica. h Cal es
es que condampne ? Jhesu Xrist que aquel que condampne? Yhesu Xrist
moric, sobre que tôt loquals resuscitec, local moric, sobre que tôt local resu-
loquals es a la destra de Deu, loquals cite, local es a la dreyta de Dio, local
ncis prega per nos. acerta prega per nos. "Donca cal nos
"Doncas quais nos départira de la departire de la carita de Xrist? Tribu-
caritat de Xrist? Tribulatios, o an- lacio, oangustia, o fam, o nudita,o
goissa, o persecutios, o fams, o nu- perseguecion , operilh, o glay? * 6 E-
deza, o perilhs, o glazis? * 6 Aisi co es neyma es scrit : Car nos sen morti-
escriut : Quar per tu em mortificadi fica per tu per cascun dia, e sen pensa
tôt dia, azesmadi cm aisi coma ove- enayma feas d'aucision. "Mas nos
lhas d'aueizement. nMais en totas soperchen en totas (2 e main : aquestas)
aquestas causas sobram per lui loquals cosas per lui local ame nos. **Car yo
nos amec. > 8 Quar eu so certas quar soy certan car ni mort, ni vita, ni
ni mortz, ni vida, ni angel, ni princi- angel, ni principa, ni vertu, ni las
pat, ni pozestat, ni causas presentz ni présent cosas ni las avenadoyras , ni
avenidoiras, ni vertutz, ni forteza, "ni fortaleça, »?ni auteça, ni pregondeça,
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 4O7
autcza , ni preondcza , ni Fautra créa- ni autra creatura , non poyre nos de-
tura, no nos poira départir de la cari- partir de la carita de Dio lacal es en
ut de Deu laquais es en Jhesu JXrist le Yhesu Xrist lo nostre segnor (*).
segnor nostre.
I CORINTHIENS, I, I-9.
MANUSCRIT DE LYON.
Panlus vocatus apostolus Jhesu
Xristi per volontat de Deu e Sostenes
k) fraire, 2 a la gleisa de Deu que es a
Corinti, aïs santificatz en Jhesu Xrist,
als apelatz sanhs, ab totz aicels que
apclo le nom del senhor nostre Jhesu
en tôt le loc de lor nostre, * gracia a vos
e patz de Deu lo paire nostre e del
senhofr] Jhesu Xrist.
* Eu fasz gracias al meu Deu tota
ora per totz vos e la gracia de Deu
que es dada a vos en Jhesu Xrist,
' quar en totas causas esz faiti rie en
lui en tota paraula et en tota ciencia,
6 aid cum le testimonis de Xrist es
cofermatz e vos, ?enaisi que alcuna
causa no defalhisca en alcuna gracia
a vos, esperans la revelatio del senhor
nostre Jhesu Xrist, Moquais neis vos
coterrnara entro e la fi senes crira el
dia del aveniment del senhor nostre
Jhesu Xrist. 9 Fizels es Deus per
loqual esz apeladi e la companha del
RI de lui le senhor nostre Jhesu Xrist.
MANUSCRIT DE CARPENTRAS.
Paul appela apostol de Yhesu Xrist
per la vol on ta de Dio e Sostenes lo
frayre , 1 gracia sia a la gleysa de Dio
lacal es a Corinti, a li santifica en
Yhesu Xrist, appela sant, cum tuit
aquilh que appelan lo nom del nostre
segnor Yhesu Xrist en tôt luoc de lor
e nostre, Je paç a vos de Dio lo nostre
payre e del segnor Yhesu Xrist. «Yo
fauc gracias al mio Dio tota via per
vos en la gracia de Dio lacal es dona
a vos en Yhesu Xrist, *car vos se
fayt rie en lui en totas cosas , en tota
parola e en tota sciencia, 6 enayma lo
testimoni de Xrist es conferma en vos,
7enaysi que alcuna cosa non defalha a
vos en alcuna gracia, sperant la revel-
lacion del nostre segnor Yhesu Xrist,
8 local confermare vos entro en la fin
sença crim al dia del avenament del
nostre segnor Yhesu Xrist. 9 Mas Dio
es fidel per local vos se appela en la
compagnia del nostre segnor Yhesu
Xrist lo Filh de lui.
D est une dernière raison qui peut être invoquée en faveur
(Tune origine commune de nos versions. H existe (ce n'est pas
le lieu de le démontrer) une Bible allemande du plus haut inté-
rêt, qui paraît avoir été, quelque étrange que soit la chose,
traduite sur un texte provençal 1 . Cette version se rattache
(*) Variantes choisies du manuscrit de Grenoble : 33 contra. — justifica. —
57 am. aquestas. — 38 vertuç. — ni las avenir.
i. Cette traduction est représentée par les manuscrits de Tepl et de
Fmbexg (xrv e siècle) et par dix-huit éditions imprimées. Voyez Herm.
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408 S. BERGER
surtout au texte de Lyon, mais on y remarque aussi des leçons
qui ne se retrouvent pas ailleurs que dans le manuscrit de Paris
et même dans les mss. vaudois, spécialement dans celui de
Grenoble. Si la chose est prouvée , il faut admettre que le tra-
ducteur a eu sous les yeux un original intermédiaire entre nos
différentes versions.
Mais Thypothèse que je viens d'esquisser est si peu évidente
et si lointaine que je n'ai garde de la présenter autrement que
comme une explication possible de rapprochements certains. Il
vaut mieux dire que nous ne sommes pas au clair sur la ques-
tion des rapports entre les bibles provençales et vaudoises. La
question est posée , cela suffit pour le moment.
X. — LES FRAGMENTS VAUDOIS DE L'ANCIEN TESTAMENT
Nous n'avons pas encore parlé de la traduction des livres
sapientiaux, qui se trouve dans quatre des mss. vaudois. Ces
livres ne sont complets dans aucun manuscrit et il n'y a pas de
raison de penser qu'ils l'aient jamais été. Le ms. de Dublin est,
à cet égard , le plus étendu (il comprend , en plus de celui de
Carpentras , les chapitres xvi à xxm du livre de Sirach x ) et
celui de Grenoble le plus abrégé (on n'y lit que les douze
premiers chapitres des Proverbes et les dix premiers de la
Sapience 2 ), sans parler du ms. de Cambridge, qui ne contient
que trois chapitres des livres sapientiaux. En outre il y a entre
les manuscrits cette différence, qu'on ne lit pas dans la Bible de
Haupt, Die deutsche Bibeluberset\ung der mittelalterlichen Waldenser, Wûrzbourg,
188$; du même auteur : Der Waldensische Ursprung dis Codex Teplensis,
Wûrzbourg, 1886, ainsi que les répliques de M. Fr. Jostes : DU Waldtnser und
die vorlutlxrische Bibélûbersetiung, Munster, 188$, et Die Tepler Bibelûber-
set^ungy Munster, 1886. Voyez aussi les articles de la Revue historique,
tome XXX (janvier 1886), p. 167, et tome XXXII (septembre 1886), p. 184,
reproduits avec additions dans le Bulletin de la Société d? Histoire vaudoise> n° 3,
décembre 1887.
1. Dans Carpentras et Grenoble, le livre de Sirach s'arrête après le v. 4
du chap. xvi.
2. Dans nos manuscrits comme dans les Vulgates du xm e siècle, le chap. x
de la Sapience comprend le premier verset du chap. xi.
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 4O9
Carpentras un petit nombre de versets (Sirach, xi, 15 et 16;
xii, i6 b -i8*) qui sont dans celle de Grenoble. Le texte latin
que le traducteur a eu sous les yeux semble avoir été exactement
celui qui, sous l'influence de l'Université de Paris, est devenu
peu à peu d'un usage général en France, à commencer du
milieu du xm c siècle : on le reconnaît aux interpolations dont
il est semé. On n'y trouve en revanche aucune des particula-
rités des textes méridionaux de la fin du xm c siècle dont le Nou-
veau Testament vaudois semble être la traduction (lat. 11932).
Cette différence suffit pour que nous ayons le droit de nous
demander si la traduction des livres sapientiaux est sortie du
môme atelier que celle du Nouveau Testament.
Quant au Cantique des Cantiques, les rubriques allégoriques
dont il est accompagné nous sont conservées dans les manus-
crits vaudois sous deux formes quelque peu différentes. Voici
le commencement du Cantique des Cantiques d'après les mss.
de Carpentras et de Grenoble. Après les premiers versets, il
ne semble plus y avoir de différences entre les rubriques des deux
manuscrits.
CARPENTRAS.
La voç de la gltysa désirant Tavena-
ment de Xrist : El bayse mi del baysa-
roent de la soa boca, car las toas pupas
son melhor de vin , 2 prus odorant de
li noble unguent. Lo tio nom es oli
spars, enperço las jovencelas ameron
tu.
La voç de la gleysa a Xrist : $ Tira me
enapres tu, e corren en fodor de li tio
unguent.
La voç delà gleysa alegrant e dicent :
Lo rey dintremene mi en li sio celier,
nos nos eysautaren e nos alegraren
en tu , recordador de las toas pupas.
Li dreyturier aman tu sobre vin.
La voç de la gleisa de li sio appremi-
ment : * O filhas de Jérusalem, yo soy
niera, mas yo soy bella enayma li
GRENOBLE.
Ayci comença Cantica Canticorum
Salotnonis. El beyse mi del beysament
de la soa bocha, car las toas pupas son
melhor de vin, 3 plus odorant de noble
unguent. Lo teo nom es oli spars,
emperço las jovencellas ameron tu. *
Tira me enapres tu, e corraren en
l'odor de li teo unguent.
Lo rey dintremene mi en li seo celier,
nos nos exautaren e nos alegraren,
recordadors de las toas pupas. Li drei-
turier aman tu sobre vin.
La vouç de la simgoga 1 : * O filhas de
Jérusalem , yo soy niera , mas yo soy
bella enayma li tabernacle de Ccdar e
1. Le traducteur a lu « synagogae » pour « sponsae ».
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410 S. BERGER
tabernacle de Cedar, enayma las peoç enayma las pels de Salomon. *Non
de Salomon, s Non volha considrar mi volha considerar mi car yo sia scura ,
car yo soy scura, car lo solelh scoloric car lo solelh escoloric mi.
mi.
Lavoç de la sinigoga : Li filh de la La vouç de la sinagcga : Li filh de la
mia mayre combateron(on) encontra mia mayre combateron contra mi. Ilh
mi. Ilh pauseron mi garda en las pauseron mi garda en las vignas, yo
vingnas, yo non gardei la mia vigna. non gardey la mia vigna.
Lavoçdela gleysa a Xrist : 6 Demos- La vouç de la gleisa a Xrist : 6 De-
tra a mi aquel local la mia arma araa .. mostra a mi aquel loqual la mia arma
ama...
Les rubriques du Cantique des Cantiques varient à l'infini
dans les manuscrits latins; chacun, pour ainsi dire, a les siennes.
Celles du manuscrit de Carpentras semblent empruntées,
presque sans changement, aux bibles alcuiniennes les plus
anciennes et les meilleures (« Vox optantis Cbristi adventum » :
Vallicellianus et latin 2). Au contraire, la recension du manus-
crit de Grenoble est la même que nous trouvons dans les
manuscrits languedociens les plus anciens (« Vox synagogue » :
mss. lat. 4 2 et 7). Cette observation suffit pour que nous
devions considérer cette dernière forme comme la plus ancienne.
Comme le reste des livres sapientiaux a été traduit sur un texte
parisien, qui n'avait pas ces rubriques, il est permis de se
demander si le Cantique des Cantiques n'a pas été traduit à part
et peut-être antérieurement. Un examen approfondi du livre
vaudois intitulé « Cantica », conservé à Genève, qui est à peu
près identique avec notre version, tant pour la traduction que
pour les rubriques x , pourrait sans doute donner des lumières
sur ce point.
Dans les manuscrits de Carpentras et de Dublin seulement,
les livres sapientiaux sont précédés de la traduction de la pré-
face de saint Jérôme. Voici la plus grande partie de cette pré-
face :
L'entrepetracion de li très libre de Salomon, masloth, alcal li abrion diçon
parabola mas li latin semblanças, coheleth, alcal li grec diçon glesastes, nos
latin li poen dire arengor, syrasyrim, alcal a nostra lenga es dit cant de li cant
1. Malheureusement le manuscrit ne commence qu'avec le verset 14 du
chapitre I« r . Voyez du reste Herzog, p. 107.
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LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 4 II
e panaretos, zo es glesiasticus, libre de Yhesu filh de Sirac, e l'autre pseudi-
graphus (sic) local es scrit sapiencia de Salomon. De lical yo trobey lo pru-
mier en abrayc , non glesiasticus coma es enapres li latin , mas era denant
nota parabolas... Car el meseyme a stil de parlament grec. Alcuns de li antic
scriptor afermeron aquest esser ista Afulon judio , local Afulon fo amaystra
en lenga greca, ja sia ço qu'el fossa judio. Donca acerta la gleysa legis Judit e
Thobias e li libre de li Machabey, mas non li recep entre las scripturas cano-
nicas, enaysi legissa aquisti dui libre a hedifficacion del poble, non a con-
fermar las auctoritas de la doctrina eclesiastica.
A côté de la traduction des livres sapientiaux , la seule qui ait
trouvé place dans leurs bibles, les Vaudois nous ont laissé
quelques fragments de l'Ancien Testament. Les manuscrits qui
les contiennent paraissent remonter à la seconde moitié du
xv c siècle.
Le ms. A de Morland, conservé à Cambridge, est de très
petit format, comme presque tous les manuscrits vaudois. Il
contient en tête les neuf premiers chapitres de la Genèse. Le
texte latin que cette traduction représente n'est pas celui qui,
depuis le xm e siècle , a été généralement en usage en France.
La traduction est assez exacte. Dans le même manuscrit se
trouve, sous le titre de « Herman », la traduction d'un court
passage du Pasteur d'Hermas 1 . Cette citation est d'autant plus
digne d'être remarquée que certainement les Taborites, parents
spirituels des Vaudois du xv c siècle, ont eu entre les mains des
bibles où était copié le Pasteur. On ne connaît que trois bibles
latines où se lise le Pasteur; l'une est du ix c siècle, les deux
autres sont copiées en Bohême. La bible n° 1217 de la biblio-
thèque impériale de Vienne, qui contient ce livre entre la
Sapience et Esaïe, montre au feuillet 192 v°, juste après lui (et
le Pasteur a été interpolé par le copiste bohème dans une bible
d'Hugues de Saint-Cher, qui ne contenait pas ce livre), cette
note : « Finitus anno Domini Af° CCCCXXXIIII 0 , quo eciam
1. F° 172 : « Herman. L'angel dis a Herman : Converte vos al nostre
segnor Dio e habandona lo diavol (Mand. XII, 4, 6)... » Fin (fo 179 v°) :
« Car segont que di Tapostol a Romana, non solament aquilh que fan
aytal cosas son degne de mort, mas aquilh lical consenton a li façent
(Rom., 1, 32). Li segnor e las donas non son scusa per mesconoysença, car
si lo cec donare guiament al cec, embedui cajon en la fossa (Matth., xv,
14). n On voit que cette fin est étrangère au livre d'Hermas.
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412
S. BERGER
anno fratres sunt prostrati. » L'année 1434 est la date de l'écrase-
ment des Taborites, commandés par les deux Procope, à la
bataille de Lipan.
Voici quelques extraits de la traduction de la Genèse :
Dio crée lo cel e la terra al començament. 3 Mas la terra era vana e voyda, e
tenebras eran sobre la facia del abis , e Pesperit del Segnor era porta sobre
las aygas. 3 E Dio dis : luç sia fayta , e luç fo fayta. ♦ E Dio vie que la luç
fossa bona, e départie la luç de las tenebras s e apelle la luç dia e las tenebras
noyt. E fo fayt lo vespre e lo matin, un dia...
a *E Dio vec que la fossa bon a6 e dis : Façan home a la emagena e a la
nostra semblança e sia derant a li peysson del mar e a las volatilhas del cel
e a las bestias de tota la terra e a tota la reptilia lacal es mogua en terra. 2 *E
Dio crée Tome a la soa eymagena e crée lui a la ymagena de Dio e crée los
mascle e fena. a8 E Dio benayçic a lor e dis : Creysse e sia multiplica e umple
la terra e sotmete ley... *°E fo fayt enayssi. *'E Dio vie que totas cosas eran
forment bonas. E fo fay lo vespre e lo matin lo seysen dia...
ra » E lo Segnor dis al serpent : ... »s Yb pauserey desamista entre ru e
la fena, e entre lo tio semenç e lo semenç de ley. Ilh meseyma atrissare lo
tio cap, e tu agay tares lo calcang de ley. 16 Acerta Dio dis alla fena : Yo
multiplicarey las toas enequitas e caytivetas 1 sobre [tu] e li tio concebement.
Tu aparturires li tio filh cum dolor, e seres sot la poesta del tio baron, e cl
meseyme segnorenare de tu.
Le ms. C de Morland est encore plus petit que le précédent ,
c'est un des plus petits manuscrits que Ton puisse voir. Les
fragments de l'Ancien Testament qu'il contient y figurent
comme appendices du traité des « Tribulacions », à titre
d'exemples de patience dans les souffrances et les persécutions.
C'est d'abord l'histoire du supplice des sept frères qu'on appelle
à tort les frères Machabées (H Mach., v, 5 -fin), puis le com-
mencement et la fin (chap. i-m, et le chap. xlii sous le titre de
chap. iv) du livre de Job, et enfin la traduction complète du
livre de Tobie 2 . Nous avons déjà vu que le traité des « Tribu-
1 . Latin : aerumnas tuas.
2. F° 49 (le commencement manque) : ... « s'amonestavan entre lor unial-
ment an la mayre mûrir forment, diçent : Lo Segnor Dio regardere la verita
e scre consola en nos... Mas la mayre fo consuma derierament. Donca lo es
asay dit de li sacrificy e de las trop grant crudeletas. Dio gracias. Amen... »
F° 66 v° : « Tobia fo del trip de la cita de Natalim , lacal es en las sobeira-
neças de Galilea sobre Nason per la via lacal amena a l'aucident... Enaysi
qu'ilh eran recebivol tant a Dio cant a home , c'a tuit li abitant en la terra. *
LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES
413
lacions », auquel ces fragments sont annexés, paraît suivre
la Bible vaudoise dans ses citations du Nouveau Testament. Le
texte latin du livre de Job ne semble pas être exactement le
texte parisien du xm e siècle ; la version est généralement
exacte 1 .
En voici quelques extraits qui achèveront de nous faire
connaître la Bible des Vaudois :
Baron era en la terra dUs per nom Job, e aquel barron era simple dretu-
rier e tement Dio e départant se de mal. 2 E set filh e très filhas nasqueron
a lui, Je la possession de lui fo set millia feas e très millia camel e .v.c.
parelh de buos e .v.c. asenas e mota familha forment. E aquel barron era
grant entre tuit li auriental...
6 Mas ennun dia con li filh de Dio fossan vengu qu'ilh istesan derant lo
Segnor, lo Setenaç fo entre lor, 7alcal lo Segnor dis : Dont venes? Local
respondent dis : Yo crecondey la terra e aney per ley. 8 E lo Segnor dis a
luy : Dont cunsidries tu lo mio serf Job, que non sia senblant a lui en terra?...
*Alcal lo Satanaç respondent dis : Dont Job non tem Dio en van?... "Mas
stent|un petit la toa man e toca totas las cosas que el posesis, e veires si el te
beneiecire en la facia. " Dont lo Segnor dis al Setenaç : Vete totas las cosas
lascals el ta (sic) son en la toa man...
m. J Enaprès aquestas cosas Job uberc la soa boca e malleyçic al sio dia, J e
dis : 'Lo dia alcal yo nasquey perrisa, e la noit en lacal fo dit : home es
conceopu ! ♦ Aquel dia retorne en tenebras, e Dio del cel non requera luy, ni
sia enlumena de lume !... 11 Perque non mûrie yo al ventre de la mia maire, e
eisi del ventre non peric viaçament? 11 Perque fo receopu en li genolh? Per-
que fo aleita en las pupas?.'..
9E lo Segnor receop la facia de Job, 10 e lo Segnor vote a penedença a
Job cum el aures per li sio amie, e lo Segnor ajoste totas cosas doblas calsque-
cals eran de Job. "Mas tuit li sio fraire vengron a luy e tuit aquilh que lo
conogron prumierament , e mangeron pan cum lui e mogron lo cap sobre
lui e consoleron lui sobre tôt lo mal que lo Segnor aporte sobre lui, e done-
ron a lui un cascun una fea e una moscla aurienca. " Mas lo Segnor beneiçic
a las dereirias de Job majorment que al començament de lui... X *E foron a
lui set filh e 5 filhas, '<e apele lo nom de l'una Dia e lo nom de la 2 Casia e
lo nom de la 3 Cornistibi. ^Mas la non son atrobas si bêlas fenas en tota la
terra coma las filhas de Job. E lor paire done a lor ereta entre li lor fraire.
,6 Mas Job visque enapres aquestas cosas.c.e.XL. anç, e vie li sio filh e li filh
1. Une leçon singulière, Job, I, 5 : « E cum li dia del convili fossan
trapassa en la recordança, » pourrait s'expliquer par la correction : « en
la redondeça, » pour « in orbein ».
4I4 S* BERGEË
de li sio filh entro a la quarta generacion, e mûrie velh e plen de dîas.
Amen.
DESCRIPTION DES MANUSCRITS
I. — LYON. BIBLIOTHÈQUE DU PALAIS DES ARTS, 11° 36.
155 millimètres sur 130. 241 feuillets. 2 colonnes de 26 lignes. Grande
initiale bleue et rouge au commencement de chaque livre ; rubriques ; titres
courants noirs. Écriture méridionale paraissant du XIII e siècle. Don de
J. J. Trélis. Ancien n° A. 1. 54. Autrefois, n° 60 de la Bibliothèque publique
de Lyon.
Inc. : Libre de la generatio de Jhesu Xrist filh de Davi e del filh d'Abraham. . .
(F° 31) Fenida avangeli de S. Matei. — Aisi comensa avangeli S. Marc. Ini-
cic^n sancti avangeli Jhesu Xristi del fil de Davi... — (F° 49) Inipsiom sequeci
avangeli S. Luc. Quoniam que de mout so reforzatz... — (F° 78 bis) In
principio erat verbum et verbum erat apud Deum e Deus era la paraula... —
(F° 103 v°) O Teophils acertas eu fi... — (F° 136) Aapocalipsis Jhesu Xristi
zo es la revelatios... — (F 0 152) Jacobus servus Dei et Domini nostri Jhesu
Xristi als .xij. linhages... — (F° 154 vo) Petrus apostolus Jhesu Xristi als eie-
gitz... — (F° 158) Simon Petrus servis (sic) et apostolus Jhesu Xristi' az
aquestz liqual... — (F° 160 vo) Inipsio pistola Jovanis avangeliste. Aaco que
fo del comensament... L'ancias a la eleita dona... L'ancias au Gai mout
quar... Judas servs de Jhesu Xrist... — (F° 165 v°) Inipsio pistola Paulis.
Paulus servs Jhesu Xristi apelatz apostols... — (F° 177) Paulus vocatus apos-
tolus Jhesu Xristi per volontat de Deu e Sostenes. . Aisi fenita pistola Corintias. 1.
Inipsio pistola Paulis als Coritianis .ij. Paulus apostolus Jhesu Xristi per volon-
tat de Deu e Timotheus... Suivent , sans rubriques, Us Epi très aux G alatcs,
aux Epliisiens, aux Pbilippiens, les deux aux Thessaloniciens et VEpitre aux
Colossiens, puis : Paulus apostolus no d'ornes ni per home mais per Jhesu
Xrist als fraires que so a Laudicia.... Viennent ensuite les Epitres à TimotJjée, à
Tite et à Pbilétnon.... Inipciom pistola Paul apostoli al Ebreus. Mout parlabla-
ment... Gracia ab totz vos. Amen. Aisi es fenida pistola als Ebrus. —
(F© 235 vo) Benedicite parcite nobis amen (Rituel catîmre)... Fin : ... e el
fassa ne sa voluntat.
De Sauvages, Dictionnaire languedocien-français , 2« édit., Nîmes, 1783,
p. xi (cité par M. Clédat), et passitn, et éditions suivantes : voyez l'édition
d'Alais, 1821, 2 vol., particulièrement 1. 1, p. xix, note; F. Fleck, Wissensch.
Reise, Leipzig, 1835, t. II, fasc. 1, p. 90; W. S. Gilly, The ronuiunl Version
of tlx Gospel according to S. Jobtt, Londres, 1848, p. lvii (facsimile); E. Reuss,
Fragments liltèr. et crit. relatifs à Vhist. de la Bible française , IV, Revue de théologie
de Strasbourg, t. V (1852), p. 321 et suiv., et t. VI (18S3), P- 65 et suiv -
(focs.); E. Cunitz, dans les Beitnege \u den theol. IVissenschajten , t. IV, Iéna,
LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES 415
i8$2, p. 1 et suiv., cf. p. 267 ; W. Foerster, Revue des langues romanes, 2* série,
t. V (1878), p. 105 (édition de l'Evangile selon saint Jean); Al. Muston,
L'Israël des Alpes, 2* édit., t. IV, 1879, Bibliographie, p. 94; Recueil de
Facsimile à P usage de VEcàle des Chartes, pl. 129; E. Comba, Hist. des Vaudois
£ Italie, t. I, 1887, p. 218 et suiv.; Le Nouveau Testament traduit au XIII e siècle
en langue provençale, suivi (Tun Rituel cathare. Reproduction pliotolithographique
du manuscrit de Lyon, publiée avec une nouvelle édition du rituel par L. Clédat,
Paris, 1888 (Bibliotf)èque de la Faculté des lettres de Lyon, t. IV); S. Berger,
Bulletin critique, t. IX, 1888, p. 301; W. Foerster, Gôttingische geleljrte
An^eigen, 1888, p. 753.
II. — PARIS. BIBL. NAT. FR. 2425.
190 min. sur 130. Il y a 186 feuillets numérotés récemment. Le manuscrit
a été paginé au xv« siècle avant d'être mutilé; le feuillet 196 de l'ancienne
numérotation correspond au feuillet 171 actuel, auquel commence l'Apoca-
lypse. Le manuscrit commence aujourd'hui avec le feuillet marqué autre-
fois 32. Un double feuillet manque au milieu d'un cahier, avant le feuillet 28,
entre Luc, x, 29, et xh, 10, et de même avant le feuillet 106, entre II Jean,
4, et Rom., i, 3, et avant le feuillet 160, entre IITim., 1, 18, et Tite, i, 2.
Deux colonnes de 32 lignes. Titres courants rouges en latin; initiales rouges;
grandes initiales bleu et rouge, avec filaments violets ; réclames. Les leçons
sont partout marquées en rouge dans le texte même. L'écriture est, d'après
\ Inventaire, de la première moitié du xive siècle. Ancien n° 8086. Reliure
aux armes de Louis XV. En tête, un titre de la main de Peiresc.
Inc. (Marc, I, 20) : ... [Zebe]dieu am sos mercenaris... — (F° 17) Sant
Luc. O Théophile, vejaire es a mi... — (F° 40 v°) Lo fllh era al comensa-
ment... Explicit liber secundum evangelistarum. — (F° 64 v°) In ascentione
Domini. Mas certas ieu fis... — (F° 93 \r°) Explicit liber Actus apostolorum.
Deo gracias. Incipiunt epistole beati Jacobi. Jaume sers de Dieu... —
ÇF° 96 v°) Expliciunt epistole beati Jacobi apostoli. Incipiunt epistole beati
Pétri apostoli. Peyre apostol de Jhesu Xrist... — (F° 100 v°) Simon Peire
sers et apostol... — (F<> 103) Ayso que fo del comensament (I Jean)... Ieu
viels a la donna eleita... Manque le commencement de VEpltre aux Romains.
F° 117 v°, I Cor. : Pauls apostols de Jhesu Xrist per la voluntat de Dieu e
sostenent (sic) los fraires... — (F° 129) Pauls apostol de Dieu e Thimothieu
lo fraire... Les Epitres de saint Paul suivent dans Tordre de la Vulgale. F° 162,
VEpltre aux Hébreux : Deus parlant sa atras mot parlablament... — (F<> 171)
Apocalipsi de Jhesu Xrist laçai Dieus donet a el... — Fin (fo 186) : ...am
totz vos verament. Amen. Finito libro sit laus et gloria Xristo. Amen. Qui
scripsit scribat semper cum Domino vivat. Amen. Sur le même feuillet , on a
écrit au xve siècle : La cros de Nostre Senhor fom de 1111 albres. Lo pe de la
cros fom de cèdre, etc. Notes marginales.
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416
S. BERGER
Gilly, /. /., p. lxu (cet auteur a publié l'Evangile de saint Jean, avec fac-
similé) ; J. Wollenberg, L Evangile selon saint Jean en vieux provençal, Programme
du Collège royal français de Berlin, 1868. M. Wollenberg a publié l'Epitre
aux Ephésiens dans YArchiv /. d.Stud. d. neuerenSpraclxn, t. XXXVIII (1862),
p. 75 et suiv.; K. Bartsch, Qjrestomathic provençale, 4e édition, 1880, p. 531 ;
P. Meyer, Recueil d'anciens textes, 1874, p. 32; L. Delisle, Inventaire dm
manuscrits français, t. I, p. 24; Comba, /. p. 222 et suiv.
170 millimètres sur 125. 325 feuillets. L'ordre des cahiers, qui étaient
intervertis, a été rétabli à la Bibliothèque nationale, en janvier 1887.
2 colonnes de 28, et à la fin de 29 lignes. Titres courants rouges ; chapitres
de même; initiales alternativement bleues et rouges; rubriques; réclames.
Ecriture du Midi de la France, du xiv* siècle. La décoration rappelle les
manuscrits italiens ; les grandes initiales, où l'on a quelquefois mis de l'or au
pinceau, sont ornées d'oiseaux et de divers insectes. Ancien n° 1131. Le
manuscrit provient de H. J. Thomassin de Mazaugues.
Inc. : « Incipit prologus sancti Ieronimi secundum Matheum. Cun (sic)
Mathio aguessa prumierament... Incipit evangelium secundum Ma. Liber
generacionis Jhesu Xristi filii David filii Abram. Mas Abram engenre Ysac...
— (F° 33 vo) Marc evangelista, apostol de Dio... Incipit evangelium secun-
dum (sic). Lo començament de l'avangeli de Yhesu Xrist... Explicit evange-
lium secundum Marcum. — (F° 54) Car acerta moti se s'efforceron (sic)...
Incipit evangelium secundum Lucam. I. Mas un preire pernom Zacaria... —
(F° 90 vo) Explicit evangelium secundum Lucam. Aquest es Johan evange-
lista... — (F° (91) Incipit evangelium secundum Johanem. Lo filh era al
començament... Explicit evangelium secundum Johanem. Suivent deux feuillets
en blanc. (F° 121) Incipit prologus epistolarum canonicarum. Nos legen que
grant perseguecio fo fayta en la gleysa lacal era en Jérusalem en après la mort
d'Esteve... Jaco e Peyre e Johan... Explicit prologus. Incipit epistula sancti
Jacobi. Jaco serf de Dio e del nostre segnor... Prologus. Al temp alcal la
gleysa començe... L'apostol Peyre conforta aquiste scrivent a lor... Incipit
epistula Pétri prima. Peyre apostol... Prologus. Peyre scri aquesta segonda
pistola... I. Simont Peyre serf e apostol... Prologus. Johan retornant del ban-
deiament enapres la mort de Domician... 1. Nos anuncien a vos ço que fo
del començament... Prologus. Johan scri a una fena de Babilonia... Epistola
secunda Joan. Lo velh a la dona electa... Prologus. Johan scri a Gay... Epis-
tola terça Joan. Lo velh al Gay carissime... Prologus. Juda apostol frayre de
Jaco... Epistola Juda. Juda serf de Yhesu Xrist... — (F° 136) Tuit aquilh que
volren viore bonament en Yhesu Xrist suffiren perseguecion, coma di Paul...
Incipit liber Apocalip[sis]. Aquesta es la revelacion de Yhesus Xrist... —
(Fo 1 $4) Prologus. Li Roman son aquilh lical creseron de li Judio e de las
m.
CARPENTRAS, BIBL. MUNIC. N° 22.
LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES
417
genç... Li Roman son en las parç de Ytalia... Incipit epistola Pauli ad Roma-
nos. Paul serf de Yhesu Xrist... — (F° 169) Li Corintian son en Achaya...
Incipit epistola ad Corintios prima. Paul appela apostol de Yhesu Xrist per la
volonta de Dio e Sostenes lo frayre... Les èpttres de saint Paul suivent dans
T ordre de la Vulgate, avec les arguments ordinaires. — (F° 209) Prologus. Lo
es a dire prumierament perque Tapostol Paul scrivent non a serva en aquesta
pistolla la soa costuma... Incipit epistola ad Hebreos. Dio parlant çay ende-
rier... — (F° 228) Luc anthioquient de la nacion de Siria... Incipit Actus
apostolorum. O Theofili, acerta yo fi lo prumier sermon... cum tota fiança
sença deffendaraent. — Prologus. (F° 266) L'entrepetracion de li très libre de
Salemon... Incipit liber Proverbiorum Salomonis. Aquestas son las semblanças
de Salemon filh de David rey d'Israël... — (F° 290 v°) Incipit. Aquestas son
las parolas de Clesastes... — (F° 299) La voz de la gleysa désirant l'avena-
me[n]t de Xrist. El bayse mi... — (F° 304) Prolic. Lo libre de Sapiencia non
se troba en alcun luoc en après li Hebrio... Incipit liber Sapiencie. O vos li cal
juja la terra, ama justicia... (F° 312) en las mans del sant propheta (Jin
du chap. x). — Prolic. De motas cosas e de grant... Incipit liber Ecclesiasticus*
Tota sapiencia es del Segnor Dio... que laysar filh fellon enapres si (xvi, 4).
Suit, d'une écriture du xve siècle, la note mentionnée à la page 396.
Rémerville de Saint-Quentin, Pièces fugitives, t. II, 1704, p. 270; Le Long,
Bibliolheca sacra, 1. 1, p. 369; Catalogue descr. et rais, des manuscrits de la Biblio-
thèque de Carpentras, par C. G. A. Lambert, Carp., 1862, t. I, p. 4; H. de la
Combe, Revue des langues romanes, 3* série, t. IX (1883), p. 209.
205 millimètres sur 160. 179 feuillets écrits, plus 2 réglés à la fin.
2 colonnes de 38 lignes. Initiales alternativement rouges et bleues, avec filets
verts ; chapitres et rubriques en rouge ; réclames dans des cartouches ; cahiers
généralement de 12 feuillets; titres courants. En marge, parallèles en encre
rouge pâle, paraissant plus récents. Au verso du premier feuillet, quelques
passages, en partie de l'Ancien Testament.
F° 2 : Incipit prologus sancti Ieronimi secundum Matheum.... Cum
Mathio agues prumierament.... Incipit euvangelium Matheum primo capi-
tillo. I. Liber generacionis Yhesu Xristi filii David filii Abraam. Mas Abraam
engenre Ysaac... — (F° 64) Prologus. Li Roman so aquilh liqual creseron...
(v°) Li Roman son en las part de Italia.... Incipit Epistola Pauli ad Romanos.
I. Paul serf de Yhesu Xrist... — (F° 103 v°) Prologus. (104) Luc Anthio-
quient de la nacion de Siri.... Incipit Actus Apostolorum. O Theofili acerta
yo fi lo prumier sermon.... — (F° 123) Incipit prologus epistolarum canoni-
carum. Nos legen que grant perseguesion fo faicta en la gleisa.... (v<>) Incipit
epistola sancti Jacobi. I. Jaco serf de Dio.... — (F° 133) Incipit liber Apoca-
lipsi. I. Aquesta es la revellacio.... (F° 142) cum tuit vos. Amen. Deo gracia,
1522. — Prologus. L'entrepetratio de li 3 libre de Salemon.... Incipit liber
Remania. XVIII 2J
TV. — DUBLIN, TR1NITY COLLEGE, A. 4. 13.
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418
S. BERGER
Proverbiorum Salomonis. I. Aquestas son las semblanczas.... — (F° 153 v°)
Aici comencza Clesiates. Aquestas son las parollas de Clesiates.... — (1 $7 v°)
La vouez de la gleisa désira l'avenament de Xrist. El baise mi del baisament
de la soa boca.... — (159 v°) Prolic. Lo libre de Sapiencia non se troba..,.
Aici comencza lo libre de Sapiencia. Primo (ms. Prinio) capitulo. I. (160) O
vos liqual juja la terra (167) istant a lor en tôt temp e en tôt luoc. —
Prologus. De motas cosas e de grant.... (v<>) Aici comencza lo libre de
Eclesiasticus. I. Tota sapiencia es del Segnor.... (179) car longuesa de dias
sare près de lui {fin du chapitre xxm).
J.-P. Perrin, Hist. des Vaudois, 1. 1, Genève, 1618, in-8°, p. ^7; J. Léger,
Hist. gin. des Eglises évang. des Vallées de Piémont ou vaudoises, Leyde, 1669,
in-folio, t. I, p. 24 ; Gilly, p. xxviii, facsimile (Gilly a publié d'une manière
très fautive l'Evangile de saint Jean); Herzog, Die romanischen Waldenser,
p. 55 et suiv., 99 et suiv.; Reuss, //. //.; GrDzmacher, Jahrb. J. rom. u. engl.
titeratur, t. IV (1862), p. 372 et suiv.; Todd, The Books oj the Vaudois,
Londres et Cambridge, 1865, p. 1 ; P. Meyer, Recueil ^anciens Textes, p. 32 ;
Muston, p. 95 ; H. Haupt, Die deutsete Bibelùberset^ung der mittelalterlichcn
Waldenser, Wùrzbourg, 1885 , p. 20 et suiv.; Comba, /. /., p. 225 et suiv. ;
C. Salvioni, Bull, de la Soc. d'Hist. vaudoise t n<> 5 (1889), p. 3^ et suiv.
210 millimètres sur 170. 316 feuillets. Cahiers de 8 feuillets. 2 colonnes de
26 lignes. Titres courants marqués à droite des feuillets recto; chapitres rouges ;
initiales alternativement bleues et rouges, grandes initiales bleu et rouge;
rubriques ; réclames,dont quelques-unes dans un cartouche ou sur une bande-
rolle. Parallèles marqués dans les Evangiles. Les leçons des Evangiles sont
notées en marge, jusqu'à Luc, ix, par les lettres E (« Evangeli ») et F
( « fins »). Ecriture ressemblant aux écritures italiennes, paraissant des premières
années du xv« siècle. Anciens numéros : 50 et 1006. Champollion-Figeac
cite ce manuscrit sous le numéro 8595 et nous apprend qu'il figurait dans le
catalogue des livres de M. de Caulet, évêque de Grenoble (f 1771).
Prolic sobre Mathio. Cum Mathio hagues predica.... (v<>) Ayci comença
l'euvangeli de sant Mathio. Aquest es lo libre de la generacion de Jhesu
Xrist filh de David... — (F° 35 v<>) Prolic sobre Marc euvangelista. Marc
evangelista esleyt de Dio... Marc. Aquest es lo començament de l'evangeli de
Jhesu Xrist... — (F 0 56 v<>) Prolic sobre Luc evangelista. Luc de Siria per
nacion... Comença l'evangeli de sant Luc. Un prever per nom Zacharia... —
(F© 92 vo) Prolic sobre Johan evangelista. Aquest es Johan evangelista...
Comença l'evangeli sant Johan. Lo filh era al començament... — (F° 120)
Prolic sobre l'epistola de Paul a li Roman. Li Roman son en las part
d'Italia... Comença la epistola a li Roman. Paul serf de Yhesu Xrist... —
(F° 133) Prolic sobre la prima epistola de li Corinthian. Li Corinthi son de
Achaya... Comença la epistola. Paul apella apostol de Yhesu Xrist per la
v.
GRENOBLE, BIBL. MUNIC. U. 860.
LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES
419
volunta de Dio e Sostenes lo fraire... Suivent les autres Epitres de saint
Paul, dans V ordre de la Vulgate. — F° 183 v° : Prolic sobre la epis-
tola a li Hebrey. Prumierament lo es de dir... Dio parlant çay endereire...
— (Fo 193) Prolic sobre la epistola de sant Jaco apostol. Non es aital orde
après ii grec... Comença la epistola de sant Jaco. Jaco serf de Dio e
del nostre Segnor... — (F° 197) Epistola prima de Peyre. Peire apostol...
(F© 200 v°) Simont Peire serf e apostol... — (F° 202 v<>) Epistola de sant
Johan. Nos anuncien a vos ço que fo del començament... (F° 206) Epis-
tola a la dona esleita. Yo velh a la dona eileita {sic)... (vo). Epistola al
Gay carissime. Yo velh al Gay carissime... — (F© 207) Epistola de
Juda. Juda serf de Yhesu Xrist... — (F° 208) Comenczan li At de li
apostol. O Théophile, acerta yo fey lo prumier sermon... e alcun d'aiçp
non contrastava a lui. Deo gracias. — (F 0 249) Prolic sobre PApocalis.
Tuit aquilh que volon viore en Xrist, coma di l'apostol... Apocalis. Aquesta
es la revelacion de Jhesu Xrist... (F° 267) sia cum tuit vos. Amen. — (v°)
Començan li Proverbi de Salomon. Aquestas son las semblanças de Salemon
filh de David rey d'Israël... (F° 274 v©) mas lo sendier desvia mena a mort
(fin du chap. xu). Suit, après une demi-colonne en blanc, fo 275 : Ai ci
comença lo libre Ecclesiastes. Aquestas son las parollas de Glesiastes...
(F© 282 vo) Aici comença lo libre de Sapiencia de Salomon. O vos liqual juja
la terra, ama justicia... en las mans del sant propheta, etc*. (fin du clnp. x).
Fo 290 : Acomença lo libre Ecclesiasticus. Tota sapiencia es del segnor
Dio... che laissar filh fêlions enapres si, etc a . (xvi, 4). Fo 301 v° : Ayci
çomença Cantica Canticorum Salomonis. El beyse mi...
Ce qui suit forme un cahier de papier de" 12 feuillets (le 12*, réglé, est en
blanc), réglé à 26 lignes comme le reste du manuscrit, mais en longues
lignes. Il y a des touches jaunes dans les petites initiales. Ce cahier est
encarté dans une feuille double de parchemin, dont le premier feuillet (305)
est écrit et semblable au reste du livre, et le dernier (318) est en blanc, mais
réglé. Le premier feuillet en papier (306), sur le verso duquel commence le
lectionnaire, porte au recto les derniers versets du Cantique des Cantiques,
refaits par la deuxième main, qui n'est pas antérieure au milieu du xv« siècle.
F° 306 vo : Ayci comença lo registre de li euvangeli e de las epistolas. . .
— (Fo 309 vo) De las oyt benayranças... — (F© 310) Pater noster aut en crea-
cion... lb. y vo, extrait de Nombres, xvii. Fin : Lo Segnor di aquestas cosas.
Champoliion-Figeac a publié la parabole de l'enfant prodigue dans ses
Nouvelles recherches sur les patois, Paris, 1809, P- M 3> c ^ P* 2 4- Voyez aussi
Gilly, p. xliv (Jacsimik)', Reuss, //. //.; Herzog, p. 62 et 108; P. Meyer,
Recueil d'anciens Textes, p. 32; Muston, p. 95 ; Comba, p. 224 et suiv.
VI. — CAMBRIDGE, BIBL. DE L'UNIVERSITÉ , DD. 15. 34.
140 millimètres sur 11 s. 158 feuillets; cahiers de 10 feuillets; 40 feuillet9
manquent. 25 longues lignes à la page. Grandes initiales en rouge ou bleu,
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420
S. BERGER
avec des ornements bleus et jaunes; rubriques, titres courants rouges;
réclames dans des cartouches. Ecriture du commencement du xve siècle.
Ce manuscrit est marqué de la lettre F dans la série des manuscrits de
Morland, auquel il avait été donné par un nommé Bellon.
(F° n) ...loqual es en li cel donare li ben a li demmandant a si (Matth.,
vu, 11). Saint Marc n'a pas été copié. — F° 38 v<> : Aid comencza Teuvangeli
de sanct Luc. Capitol prumier. Un preire per nom Zacharia... (F° 42 v<>) e
tota carn veire la salu de Dio (Luc, m, 6). Aici comencza Tavangeli de sanct
Johan. I. Lo filh era al comenczament... Les feuillets jo à 60 (Jean, vi, 32-
xiu, 29) et 6s à 68 (Jean, xv, 20-xx, 29) sont arrachés. V Evangile selon
saint Jean finit au feuillet 70, où on lit aussitôt : Aici comencza la prima epis-
tola de li Corinthian. Capitol prim. Paul apella apostol de Yhesu Xrist per la
volunta de Dio e Sostenes lo fraire... LEpître aux Galates commence au même
feuillet 84 où finit la I n aux Corinthiens : Epistola a li Galacian. I. Paul apostol
non d'ornes ni per home... — (F° 88 v<>) Aici comencza la epistola de li
Ephesian. I. Paul apostol de Yhesu Xrist... (F° 93) Philipenczia. I. Paul e
Thimotheo... Le feuillet 94 est perdu. A la fin de TEpitre aux Pbilippiens,
fo p6 v° y une place a été ménagée pour un titre en rubrique et pour une initiale qui
n'ont pas été peints, puis on lit, de la grosse écriture employée pour la première ligne
de tous les livres, comme si le scribe avait voulu copier la première Epitre aux Thés-
saloniciens et avait changé de dessein : [PJaul e Silvan e Thimotio. Gracia sia a
la gleisa. Après ces mots , le feuillet 96 v° se termine par la rubrique : Epistola
de sanct Paul Thimoteo prima. I. Le feuillet suivant, qui contenait I Tim., i-
11, 8, est perdu. — F° 100 v<> : « Thimoteo secunda. I. Paul apostol...
(F° 103 v°, Tite) Paul serf de Dio... puis (fo 105), sans lacune : Hebreos,
capitol xi. Mas la fe es substancia de las cosas a sperar..., suivi de Prov., v
(fo 106 v© : Proverbi, Capitol v. O lo meo filh, si tu promesies per lo teo
amie...), de Sap., v et vi (fo 107 v° : Sapiencia. v. Adonca li just istaren...)
et des Actes, dont la rubrique n'a pas été copiée. F° 109 v<> : O Théophile,
acerta yo fei lo prumier sermon... Manquent les ff. 141 (xxn, 4-26), 146, sauf
quelques mots, et 147-153 (Act., xxvi, 4— Jac, v, 5). — F° 154 v« :
Epistola Pétri I. Peire apostol de Yhesu Xrist... I. Simont Peire serf e
apostol de Yhesu Xrist... Les ff. 154 à i$8 sont reliés en tête du volume. Le
manuscrit finit avec le feuillet ij8 v°,à II Pierre, n, 5. Deux feuillets au moins
ont été arrachés à la fin.
Léger, /. /., p. 2$ et 61 ; A Catalogue of the Mss. preserved in Oie Ubr. of the
Univ. of Cambridge, t. I, 1856, p. 552; H. Bradshaw, On the recovery of the
long lost Waldensian Mss. (lu le 10 mars 1862), Antiquarian Communications
de la Cambridge antiquarian Society, fasc. xii, t. II, 1864, p. 203, reproduit
par J. H. Todd, /. /., p. 214; Ed. Montet, Hisl. litt. des Vaudois, 1885, p. 3 ;
Comba, p. 224 et suiv.
LES BIBLES PROVENÇALES ET VAUDOISES
421
vn. — Zurich, bibl. de la ville, c. 169.
135 millimètres sur 100. 409 feuillets écrits. Papier. Cahiers de 16 feuillets.
24 lignes à la page. Initiales rouges ; titres courants rouges ; réclames à toutes
les pages. Parallèles de l'Ancien et du Nouveau Testament en marge. Le
texte des chapitres est divisé par les lettres marginales A-G ou A-D y desti-
nées à la concordance. Manque un feuillet entre Actes, xxvii, 14 et 32,
ainsi que les feuillets 412 et 413 (Apoc., xx, 6-xxi, 23). Ecriture ronde,
paraissant italienne. — Ancien numéro 706. On lit sur la deuxième garde :
« Gullielmus Malanotus, pastor Pedemontano-Valdensis, hoc Novum Testa-
mentum celeberrimae Tigurinae academiae dono dédit, die décima septem-
bris 1692. » Signatures du xvi* siècle, folio 135 v<> : « Ce livre est a moi qui
m'apele Jan Jaime qui le trouvera le me rende et je paljerai car mi deu... Jan
Jaimo; » ibidem : « Jan Be(rnard?); » fol. 239 v<> : <c Jaimo Benfi(s?); »
o Tournas Brevore(?) » ; « Jehan Jajmo, de Laval di Pragella. n
(Matth., ni, 17) : ...diczent : Aquest es lo meo filh ama.... — F° 45 :
Ayci comencza lo sant evangeli de sant Marc. Cap. I. Lo comenczament
del evangeli de Jhesu Christ.... — (76 v°) Ayci comencza lo prolic sobre
sant Luc. Car acerta moti s'esforceron.... Ayci comencza l'evangeli de sanct
Luc, capitol I. Mas un preyre per nom Czacaria.... — (136) Ayci comencza
lo sant evangeli de sant Johan. Lo filh era al comenczament.... — (182) Ayci
comencza li Act de li Apostol, cap. I. O Théophile yo ay derant parla....
— (240) Aici comencza la epistola de sant Paul. Capitol I.... Paul serf de
Yhesu.... (Les Epitres se suivent dans V ordre de la Vulgate, sauf que VEpitreaux
Cobssiens précède celle aux Philippiens). — F° 360 v° : Ayci comencza la
epistola de sant Jaco. Capitol I. Jaco serf de Dio.... (384 v<>) Ayci finis la
epistola de Juda. Comencza lo libre de la Revelacion de sant Johan loqual es
dit Apocalis. Aquesta es la revelacion de Yhesu Xrist.... cum tuit vos. Amen.
Ayci finis PApfocalis] sant Johan. D[eo gracias]. Amen.
Lelong, /. /., p. 369; Gilly, p. lu (facsimile) ; Reuss, //. Herzog, p. 61 ;
Muston , p. 96 ; Comba , p. 226 et suiv. Le texte de ce manuscrit doit être
publié par M. C. Salvioni dans le tome XI de YArcbivio glottologico italiano.
VIII. — CAMBRIDGE, BIBL. DE L'UNIVERSITÉ, DD. 1$. 29.
98 millimètres sur 69. Papier (filigrane : une colonne surmontée d'une
croix, etc.) et parchemin. 4 feuillets de papier sont encartés à chaque fois
dans un feuillet double de parchemin; en outre les deux premiers cahiers
paraissent enveloppés ensemble d'un autre feuillet double de parchemin. La
deuxième partie, depuis le f. 124, est en papier seulement. 241 feuillets écrits.
20 à 23 lignes à la page. Initiales au commencement de certains chapitres ;
touches jaunes dans les petites initiales ; réclames. Plusieurs écritures, environ
de la seconde moitié du xv« siècle. Il est vrai qu'on voit, à la fin du
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422 S. BERGER
traité de la « Parolla de Dio », une date qui semble devoir se lire 1230. Ce
chiffre, qu'on a essayé de corriger en 1530, parait inexplicable. — « Benjamin
Clemens Valclusonnensis possessor (xvne siècle) ». « J. Léger 111»° D. D.
Morland. » Manuscrit A de Morland.
F<> 1 : Dio crée lo cel e la terra (Gen., i-ix).... Suivent, fi 17, sans titre,
« las Animanczas. » F<> 172, « Herman : » L'angel dis a Herman : Com'erte
vos... (179 v°) en la fossa.
Léger, p. 21; Catalogue, p. 552; Bradshaw, "dans Todd, p. 216 et 221;
Montet, Hist. litt. des Vaudois, p. 4 et 242.
IX. — CAMBRIDGE, BIBL. DE L'UNIVERSITÉ , DD. 15. 31.
86 millimètres sur 60. Le manuscrit comptait primitivement 109 feuillets.
Papier de chiffe (filigrane : un double cadre...). Titres courants et grandes
initiales rouges ; touches jaunes dans les petites initiales. Ecriture paraissant
de la seconde moitié du xv c siècle. — Manuscrit C de Morland.
F° 49» *près les Tribulacions (lef. 48 est perdu), sous le titre courant : « 7 F. »
(c'est-à-dire : Les sept frères), II Mach., vii, 5 — fin. — F° 5 s v° : Baron era en
la terra d'Us.... (un feuillet manque avant le f. 64; il contenait Job, ni, 16 à 26).
F° 66 v° : Tobia fo del trip de la cita de Natalim.... F° 109, la « Nobla
Leyçon ».
Léger, p. 22; Catalogue, p. 552; Bradshaw, dans Todd, p. 215; Montet,
Hist. litt. des Vaudois, p. 4 (facsimile) ; le même, La Noble Leçon, Paris, 1888,
in-4 0 , p. 1 (idem).
Samuel Berger.
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RECHERCHES LINGUISTIQUES
SUR L'ORIGINE DES VERSIONS PROVENÇALES
DU NOUVEAU TESTAMENT
I. — MANUSCRIT DE LYON.
L'objet que je me propose est simplement de déterminer, au moins
approximativement, la région où ont été exécutées les deux versions du
Nouveau Testament, renfermées, l'une dans le ms. du Palais Saint-Pierre, à
Lyon, l'autre dans le ms. de la Bibliothèque nationale fr. 2425, toutes deux
étudiées par M. S. Berger dans le mémoire qui précède. Pour atteindre ce
but, il n'est pas nécessaire de dresser le tableau complet des formes de lan-
gage que présentent les deux mss. : il suffit de noter celles de ces formes qui
se manifestent, à l'époque indiquée par l'écriture des mss., sur un territoire
relativement peu considérable, et de déterminer la région où elles coexistent.
Pour le ms. de Lyon, l'époque indiquée par l'écriture est la seconde moitié
du xm e siècle. Si je ne craignais de trop préciser, je dirais volontiers que le
ms. doit avoir été exécuté entre 1250 et 1280.
La langue de ce ms. est très uniforme et la graphie est assez régulière.
D'où il est permis de conclure que l'auteur et le copiste étaient du même
pays et que le premier n'est pas beaucoup plus ancien que le second.
Je prendrai en général mes exemples dans le quatrième évangile, qui, ayant
été publié dans la Revue des langues romanes, 2« série, t. V, est facilement
accessible. J'ai eu soin du reste de vérifier les textes cités.
1. — A tonique devient e sous l'influence d'un i posttonique : et (habeo)
Jo. iv, 17; v, 7, 36; refarei 11, 19; darei iv, 14; sei (sapio) rv, 25; v, 32;
ix, 12, etc. Ces formes (au lieu de celles en ai) sont habituelles dans la Haute-
Loire, le Tarn, le Tarn-et-Garonne, le nord de la Haute-Garonne et l'Aude
2. — 0 bref tonique reste 0 : foc Matt. m, 10, 11, 12; v, 22; Jo. xv,
6; lox Jo. iv, 20; loc Jo. v, 13; vi, 10, 23; bous (boves) Jo. 11, 14.
Toutefois, quand une mouillure suit, cet 0 est représenté par un u, qui est
probablement le reste d'un ue appartenant à une phase antérieure : pug
1. Voy. Chanson de la croisade aîb. t p. cxij. ; pour la Haute-Loire, voir le
Cartulaire des Templiers du Puy, p. p. A. Chassaing, n°* I, XXII, XXIV, ei;
pour l'Aude, voir Invent, des arch. communales de Natbonne, annexes de la
série AA, p. 34-5, les futurs sostenrei> salvarei, trairei, farei y etc.
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424
P. MEYER
(podium) Jo. iv, 20, 21 ; puit vi, 3 ; ulh, ulhs (oculi -os), iv, 35 ; vi, s ;
ix, 10; vulhas (*voleas) v, 14.
Il y a ici deux faits dont le premier est, à l'époque indiquée, très général
dans l'ouest et dans le centre des pays de langue d'oc, jusqu'à la longitude
de Narbonne environ. Plus à l'est, on trouve ordinairement uo, ue. Quant au
second, il est surtout fréquent dans le Tarn. On a de nombreux exemples de
Pugîaurens (Puylaurens, arr. de Lavaur), Pngagut, (arr. de Castres), Pub-
celse (Puycelci, arr. de Gaillac), etc. Cette forme s'étend vers le Tarn-et-
Garonne, mais bientôt, en continuant vers l'ouest, on rencontre poi, poig,
puoig, puei, pnech, etc.
3. — La finale latine -ant, dans les troisièmes personnes du plur. de l'ind.
prés, de la première conjugaison, des imparfaits de toutes conjugaisons, du
subjonctif présent des conjugaisons n à rv, se continue conformément à l'éty-
mologie en -an : a^oran Jo. iv, 24 ; meravilbavan îv, 27 ; pregavan iv, 3 1 ;
avian 1, 24; venian rv, 30; sian ni, 20; cre\an xi, 42. La finale -unt, à
laquelle s'est assimilée très anciennement la finale -ent, donne -0, voir plus
loin, § 5. Il arrive parfois, mais très rarement, que cette finale se substitue à
-an : querelavo, Marc, i, 30. La persistance d'-an est un caractère assez peu
précis. On le constate surtout en Provence 1 et dans le sud du Dauphiné*. Sur
la rive droite du Rhône -an se maintient, plus ou moins mêlé à la finale -o
ou -oh, dans le Gard, dans l'Hérault, dans l'Aude, l'Ariège, la Haute-
Garonne et jusque dans les pays gascons *, mais, en dehors de la Provence,
on ne trouve -an pur, comme dans notre texte, que dans l'Aude et l'Ariège.
Le Tarn doit être exclu , car les pièces relatives à la seigneurie de Dourgne,
dans l'arrondissement et au sud de Castres, près de la limite de l'Aude , pré-
sentent, dès la fin du XII e siècle , les finales en -0.
4. — CT est représenté, comme en français, mais naturellement avec une
prononciation assez différente, par rr : fait, faita, faitas, Jo. i; de même
ditas (pour un plus ancien diitas) Jo. vu, 9; ix, 6; toutefois, die tu m est
rendu par dig, Jo. vi, 41. On sait que le résultat le plus général du groupe
larin CT est ch, surtout lorsque la voyelle qui suit persiste : fâcha, dicJxi, le
masc. étant fag (g palatal) ou fach, dig ou dich. La forme it, pour le lat. et,
se rencontre d'abord dans toute la région septentrionale de la langue d'oc,
assez naturellement, puisque c'est aussi la forme française; mais, de plus, on
l'observe plus ou moins régulièrement dans le sud du Tarn, dans l'Aude * et
jusqu'au nord de l'Ariège *.
1. Voy. le mémoire sur les troisièmes 'personnes du plur. en provençal,
Romania, IX, 201, § 8.
2. Romania, XIV, 277.
3. Mémoire cité ǧ 17-8.
4. faita, faitas, Narbonne, Invent, des arch., annexe de la série AA, pp. 29,
31, 74, mais dieba, avandicJn dans les mêmes pièces; forfacfxi, ibid., p. 76.
5. A S. Pierre de Lézat (extrême nord de l'Ariège, limitrophe de la H. Gar )
dreit, dit, prédit, preditas; voy. mon Rscueil d'atic, textes, partie prov., n° 52.
ORIGINE DES VERSIONS PROVENÇALES DU N. TESTAMENT 425
5. — N instable (en général c'est Yn intervocal en latin, mais final en
roman) tombe dans les finales toniques correspondant au lat. -a nu m,
-a ne m, etc., pa, vi, haro, maiso, etc., et dans les finales atones des troisièmes
pers. du plur. correspondant au lat. -u n t, presero, cre^esso, receubero, cre^p, so,
tramesero, etc., Jo. 1. Ce caractère exclut toute la partie orientale des pays
de langue d'oc, à partir de Narbonne et des Cévennes *.
6. — Un grand nombre d'adjectifs et de pronoms, et certains substantifs,
de ceux qui ont une forme pour chaque genre (Julien -a, serv -a), et qui par
conséquent ont, en un certain sens, des adjectifs, gardent au pluriel-sujet Yi
du latin. J'ai traité ici-même de cette particularité, et j'ai cité, a ce propos, des
exemples tirés de la version de saint Matthieu contenue dans le ms. de Lyon*.
En voici quelques autres tirés de saint Jean :
Et aquilhi que avian estât trameissi (1, 24).
Que vos siatz suivi (v, 34).
Nos no em nadi de fornicacion (vin, 41).
Vos seretz franqui (vm, 37).
Citons encore dot 1, 35, 37 ; soli vi, 23 ; nos meteissi iv, 42 ; alcanti vu, 25 ;
]u\eui, Juseui 1, 19; iv, 9; v, 10, 18; servi iv, 51. Ces formes sont fréquentes
dans l'Aude 1 et le Tarn 4 et dans la partie de la Haute-Garonne qui confine
à ces deux départements. Je les ai retrouvées récemment dans la Corrèzes.
7. — Les prétérits de la première conjugaison se terminent à la troisième
personne du singulier, en ec, sans mélange de la forme et : donec, dec, estec,
portée, recontec, etc., Jo. 1. L'analogie des prétérits, tels que crée (c revit) a
donc entièrement triomphé. C'est un caractère de la langue du Tarn, de
l'Aude, de la Haute-Garonne, de l'Ariège 6 .
1 . A Narbonne même, la langue est sur ce point assez hésitante, mais les
formes en n dominent : son (sunt), son (suum), non, rason, devon, etc.,
Invent, des arch. communales de Narbonne, annexes de la série A A, p. 22-3. De
même dans le Gévaudan où l'on trouve concurremment l'un et l'autre usage.
2. Romania, XIV, 291-2.
3 . « Si alcus coffrayre o coffrayressa se eran morti. » Rég. de la confrérie de
Fanjaus, arr. de Castelnaudary, Musée des arch. dép., n° 90, p. 181. On
trouve ettsenJxidi, encolpadi, dans la coutume de Limoux, éd. Buzairies, p. 65.
4. J'ai cité, Romania, XIV, 291, //* predichi senior i et encoîpadi comme se
trouvant dans une charte de 1256, écrite dans l'arr. de Rodez. C'était une
erreur. Ce document, qui appartient à l'École des Chartes, et que j'ai sous les
yeux, concerne Cadix, Tarn, arr. d'Albi, canton de Valence, à peu de
distance, il est vrai, de la limite de l'Aveyron. Je n'ai pas rencontré d'exemples
du fait ici étudié dans les documents de l'Aveyron que je connais.
5. Romania, XVII, 632.
6. Voy. Daureî et Béton, p. lxiii. A cet endroit, je n'ai pas cité d'exemples
du dép. de l'Aude. Citons comandec, donec , dans les Coutumes de Limoux, éd.
Buzairies, p. 88, 90, 01 (il y a pau\et, p. 89). On trouve ca\tc dans le règle-
ment de la confrérie de Fanjaus (Musée des arch. dép., p. 184). Cet exemple, à
dire vrai, est assez peu probant, parce que même dans l'Est on trouve indif-
féremment ca^ec et ca^et.
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426
P. MEYER
Des divers faits qui viennent d'être passés en revue, aucun n'est assez
précis pour suffire à dater de lieu le ms. de Lyon, mais, s'ils se trouvent coïn-
cider en un certain territoire, ce territoire sera assurément celui où la version
aura été faite. Or on a pu remarquer que tous en effet sont constatés, à
l'époque indiquée, dans le langage de l'Aude. Presque tous se retrouvent
dans le Tarn ; cependant l'usage constant des troisièmes personnes en -an
pour le latin -ant, alors que dans le Tarn, et même dans le Sud, ces mêmes
finales sont plus généralement en -o (§ 3), me conduit à opter pour l'Aude.
On peut préciser davantage et écarter la partie orientale de ce département.
A Narbonne, en effet, Yn finale ne tombe pas aussi constamment que dans le
ms. de Lyon (§ 5) *.
II. — MANUSCRIT DE PEIRESC ; PARIS, BIBL. NAT. FR. 242$.
Ce ms. est visiblement moins ancien que celui de Lyon. On ne peut guère
le faire remonter au delà des premières années du xiv e siècle. La version
aussi, assez littérale et ne donnant pas, comme un fragment qui sera publié
plus loin, une idée parfaitement exacte de l'état de l'idiome à l'époque où elle
a été rédigée , parait aussi plus moderne.
Pour rendre plus facile les rapprochements avec les faits étudiés dans la
notice précédente sur le ms. de Lyon, je prendrai mes exemples dans l'évangile
de saint Jean, me servant de l'édition publiée en 1868 dans le programme du
collège royal français de Berlin. L'auteur de cette édition, M. J. Wollenberg,
que j'ai beaucoup connu pendant son séjour à Paris, vers 1860, était plutôt
helléniste que romaniste ; mais il travaillait avec soin, et la copie de l'évangile
de saint Jean qu'il a publiée ne renferme qu'un bien petit nombre d'inexacti-
tudes, en général fort légères. Il faut seulement vérifier avec soin les notes où
ont été reléguées à tort un certain nombre de bonnes leçons.
Un des faits qui, en dehors de la phonétique, indiquent le plus clairement
une date relativement peu ancienne, est l'usage de va, van, avec un infinitif,
pour marquer le prétérit de narration. Va (ou van), dire, respondre, est constant
pour le latin dixit, dixerunt, respondit. On peut encore citer va s'en
1 . Je n'ai fait aucun usage du document publié par Cros-Mayrevieille, sous
le titre de Las costumas et las liber tats [de la ciutat et dtl viscomtai] de Carcasona ,
dans les Mémoires de la Société des arts et des sciences de Carcassonne, I (1849),
273-297, parce que ce document n'est pas ce qu'il passe pour être. C'est sim-
l'édition de la Société archéologique de Montpellier, pp. 5 et suiv. Cros-
Mayrevieille, qui naturellement n'indique pas la source, s'est borné à substi-
tuer, là où il était besoin, Carcassona à Montbeslier. La supercherie a été facilitée
f>ar cette circonstance que la coutume de Carcassonne est copiée , comme on
e sait, sur celle de Montpellier. Par suite, la traduction de cette dernière que
renferme le Petit Thalamus s'applique assez bien à la première. Mais c'est la
langue de Montpellier et non celle de Carcassonne.
Tlialamus, de Montpellier, pris dans
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ORIGINE DES VERSIONS PROVENÇALES DU N. TESTAMENT 427
fugvr rv, 1$, va se dinar, va se dreyssar, va escrieure, van s'en issir vin, 6-9,
10 van menar ne, 13, van îi demandât rx, 15, va lo adorar ix, 38, etc. Cette
forme périphrastique caractérise plutôt une époque qu'un pays. On la trouve,
en effet, un peu partout, depuis les Alpes jusqu'en Catalogne 1 , mais elle est
bien rare avant la fin du xm* siècle. Pour ce motif et pour d'autres encore, je
suis porté à croire que la version n'est pas très notablement plus ancienne que
le ms. Mais, en tout cas, il est sûr que ce dernier n'est pas un original. Les
fautes et les omissions qu'on y remarque montrent que c'est une simple copie.
Abordons maintenant l'examen phonétique. Autant que possible je classe
les faits sous les mêmes numéros que pour le ms. de Lyon.
1. — La forme qui correspond à habeo et par suite celle des futurs à la
première personne du singulier est ai. Il n'y a là rien de bien caractéristique;
11 faut seulement exclure le domaine indiqué ci-dessus, p. 423 pour la forme ei.
2. — 0 bref se diphthongue en uo : fuocxv, 16; luocs iv, 20; luoc v, 13 ;
huouos (pour huons) u, 14. Ce fait n'est pas non plus très spécial; il indique
cependant d'une façon générale la partie orientale des pays de langue d'oc.
Suivi d'une mouillure cet 0 bref se diphthongue en ne : puey rv, 21 ; vi, 3 ;
buueh rv, 35 ; uuelbs vi, 5 ; huuelh dc, 10; uuels xi, 37 ; vuelhas v, 14; vin, 11 J .
Ceci est encore de la région orientale.
3. — La finale latine -ant se conserve régulièrement, moins le t : , comensan
rv, 35; eujavan xi, 13; environavan x, 24; ayian 1, 24; querian vu, 1;
cre^ian vin, 30; dixian vin, 6; sabian 11, 9; conoysian xi, 8; eran 1, 13;
cre\an xi, 42; dan in, 20. De même au plus-que-parfait du subj.; deman-
dtssan 1,19; giUssan vin, $9 ; crc\essan 1, 7 ; poguessan vm, 6 ; aucisessan xi, 5 3 .
Ce n'est qu'exceptionnellement qu'on trouve -on : adoron m, 24. Notre ms.
se distingue ici du ms. de Lyon en un point : il forme les plus-que-parf. du
subj . en -es sa, -essas, . . .-tssan, tandis que Lyon les forme en -es . . ,-esso * . Ces par-
ticularités indiquent la région méridionale ou orientale de la Provence ou
PAriège, ce département étant exclu par plusieurs caractères.
4. — CT est représenté par ch, qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas à la suite une
voyelle : fach, fâcha, fâchas 1; dich vi, 41 ; IX, 9; dichas, vu, 9; endrech,
vin, 38. C'est la forme la plus habituelle dans le sud, le centre et l'est de la
langue d'oc.
5. — N instable persiste : 1° quand il correspond à la finale latine -unt et
dans fan, 3 e pers. sing. du prêt. Cesser. Voici les exemples que fournit le pre-
mier chapitre : fan, conprttnscron, receupron, creqm, envier on, demanderon , for on ,
au^iron, seguiron, disseron, vengron, viron, isteron; — 2° quand, intervocal en
latin, il se trouve en prov. suivi de Y s de flexion : pans vi, 11, 13, 35, 48;
1. Voy. ma notice sur Guillaume de La Barre, p. 37 ; Bull, de la Société des
anciens textes, 1883, P* ^3 ; Romania, XIII, 139, etc. Cf Leys d'amers, III, 392.
2. Exceptionnellement vulhas vi, 43.
3. Enteroguesso 1, lyigileso vin, 59; cre^sso 1, 7 ; poguesso vm, 6; auci^esso
xi, 53
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428
P. MEYER
Satnaritans iv, 39; vm, 48; sans (sanus)*v, 4; bons x, 11, 14; matons
(mansiones) vu, 53; meysons (messiones) iv, 35; uns rv, 37; alcuns
ni 32; nengunsm, 2, 3, 5; vi, 66. Cependant us m, 1, db/j m, 2$; vu,
19. — En dehors de ces deux cas Yn tombe généralement : ma (ma nu m)»
in, 35, rema (remanet) m, 36; pa vi, 5 , 59; fe (f enum) vi, 10; pie
(plénum) 1, 14; ve (venit) in, 31; vi 11, 3, 8, 10; haro 1, 13, 30,
may^o 11, 16, 17 ; sarmo vin, 43 ; to (tuum) v, 1 1 ; alcu vi, 6$ ; ww^n v, 22 ».
Cependant /ww vi, 7, 24, 31, 31-4; Samaritan iv, 40; twi (venit) m, 20-1,
iv, 23, 25 ; v, 28; don, iv, 10; question m, 25 ; ton (tuum) v, 8. — Le lat.
in et non donnent en, non, parfois no.
Je ne connais pas de texte qui se comporte exactement comme le nôtre
dans les cas visés ci-dessus. Ce n'est d'ailleurs que dans un document d'une
assez grande longueur (et les documents datés de lieu sont généralement
assez courts) qu'on pourrait vérifier ces divers cas. Mais, en somme, on voit
qu'en général Yn instable subsiste, caractère constaté dans la partie orientale de
la langue d'oc et notamment en Provence.
6. — Les pluriels sujets en i, du Nouveau Testament de Lyon, ne sont
pas tout à fait inconnus au ms. de Paris, mais ils y sont bien rares : « vert
adorador » rv, 23 a . On y peut constater plus souvent une particularité assez
analogue que le ms. de Lyon ne connaît pas , un cas régime en os qui se
montre dans quelques pronoms et adjectifs : « entre tantos » vi, 9; «fara
motos signes » vu , 31; « entre ellos meteyces » vu, 3 5 ; « per aquelhs »
xvii, 20; aquestos, Acr. 1, s, ci-dessus, p. 366. Les exemples que je
connais de ces régimes pluriels sont fournis par des documents assez peu
anciens et appartenant à la région orientale. Je trouve aquestos, dans la vie de
Douceline (mon Recueil, }$, 18), dans l'abrégé de la Bible (Bartsch, Chrest.,
396, 18), dans un document de Castillon du Gard, arr. d'Uzès, daté de 1397';
aquelhs, àJTarascon, en 1422 (Bartsch, Chrest., 400, 14) ; aqutstos, aquellos,
ellos, le nom propre Austorgos à Manosque, au commencement du
xivc siècle *, Ellous , aquellous se rencontrent plusieurs fois dans les requêtes
(Aix, xv* siècle) imprimées dans les Statuts et coustumes du pays de Provence
(Aix, 1620, in-4 0 ).
7. — Les prétérits formés sur le type du latin dedi font ordinairement à la
3 e pers. du sing. et (non ec comme le ms. de Lyon). Assez souvent cette termi-
naison et se réduit à un simple e, sans doute prononcé è : atrobc 11, 14; crejt
iv» 53; responde v, 7. Le prêt, en et indique la partie orientale de la langue
1. Je ne mentionne pas les mots empruntés au latin, tels que purificacio,
resurrexio, etc.
2. A cet endroit, Lyon porte li ver adorador.
3 . Charvet, Un épisode a histoire locale sous le règne de Clhirles VI, Nîmes ,
1877), pp. 11, 17, 21, 22 (Mèm. de la Soc. scientifique et litt. iïAlais).
4. D. Arbaud, Études historiques sur Manosque, pp. $0-1, pièce tirée du
Livre des privilèges de Manosque où ces formes sont fréquentes.
ORIGINE DES VERSIONS PROVENÇALES DU N. TESTAMENT 429
d'oc; la chute du t se manifeste, des la fin du XI e siècle, dans la pancarte des
cens de Montelier (Drôme), imprimée dans mon Recueil (fane, textes, sous
le n° 40'. H y en a d'assez nombreux exemples dans le poème de la croisade
albigeoise et ailleurs
Je citerai, en dernier lieu, quelques particularités pour lesquelles il n'y a pas
lieu à comparaison avec le ms. de Lyon. Hibernum donne uvtrn, x, 22,
actuellement uvern dans les Alpes (Mistral)J. La forme ordinaire derrier
(dernier), qui est employée dans vi, 39, 40, 55, devient redier, vu, 37;
xi, 24. Cette dernière forme parait être spécialement provençale, car, des
deux exemples cités par Raynouard (Lex. rom. V, 78), l'un est tiré de la vie
de saint Honorât, l'autre d'un texte écrit par l'Arlésien Bertran Boysset , et on
la trouve aussi dans la Vie de Douceline et dans les notes de Peire de Serras*.
Notons enfin redieramen dans les Statuts et coustumes du pays de Provenu,
p. 146. Radié est relevé dans le dictionnaire de Mistral comme marseillais.
Il y aurait bien d'autres faits à noter, par exemple l'usage de /1, article
fém. sing. sujet, et diverses particularités intéressantes dans l'emploi des
pronoms. Mais, pour le ms. de Paris comme pour celui de Lyon, je me suis
proposé, non de présenter un relevé complet des faits linguistiques , mais seu-
lement de signaler ceux de ces faits qui peuvent servir à déterminer la région
dans laquelle chacune de ces traductions (ou à tout le moins chacune des deux
copies) a été faite. Or il me semble suffisamment établi que le ms. 2425 a été
écrit en Provence, et plutôt dans le sud ou le sud-est (à cause des troisièmes
personnes en -aw) que dans le Nord.
1. Compte, lignes 15, 67-8, 113 ; done, 1. 54, 69; acesse, 1. 71.
2. Par ex. comense, dans le Registre de la Fanjaus (Musée des arch. dép.
p. 180).
3. Huvern, httvert, avec un h bien inutile, dans Chabrand et Rochas d'Ai-
glun, Patois des Alpes Cottiennes. Cf. ufer (infernura) dans la Comédie de
Sàgne Peyte e Seigne Joan T jouée à Montelimar et imprimée à Lyon en 1580),
v. 60; unfert dans Les chansons du Carrateyron, Aix (?), xvie siècle (réim-
pression de Gay, Nice 1873, PP- 2 5~^)-
4. Remania, XIII, S 38, redieyra, ligne 19.
Paul Meyer.
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FRAGMENT
DUNE VERSION PROVENÇALE INCONNUE
DU NOUVEAU TESTAMENT
Ce fragment a été trouvé par M. Mireur, archiviste du Var,
à qui j'en dois la communication, dans les archives de Puget-
ville (canton de Cuers, arr. de Toulon), où il servait de
couverture à un registre de comptes. Je propose de le dénom-
mer fragment du Puget. C'est un débris de feuille de parchemin
qui, dans son entier, formait deux feuillets à deux colonnes par
page. De l'un de ces deux feuillets, il ne reste plus que la marge
intérieure avec quelques lettres, l'autre est rogné en biais du
côté extérieur, en sorte que la première colonne du recto et la
seconde du verso sont entières, sauf quelques lacunes dans le
haut, le parchemin étant à cette place troué et taché par suite
de l'humidité, tandis que la seconde colonne du recto et la pre-
mière du verso sont mutilées dans le sens de la longueur. Les
bouts de ligne qui subsistent dans ces deux colonnes sont plus
longs vers le haut que vers le bas, le feuillet ayant été rogné
en biais. La hauteur du feuillet simple est, dans l'état actuel,
0.277, la largeur 0.160 en haut et 0.150 en bas. Les colonnes
pleines sont de 46 lignes. L'écriture est du milieu environ du
xiv e siècle. Le feuillet est numéroté à sa partie supérieure,
XVIII; ce chiffre a été placé par le copiste ou du moins par le
rubricateur du ms. Ce feuillet XVIII commence avec Mathieu
xxviii, 8 1 , et se termine à Marc i, 32. Mais, par un accident
singulier, il se trouve que le même feuillet nous a conservé le
texte de Mathieu xxvi, 1 à 4 et 17 à 21, qui n'y a jamais été
écrit. Voici comment s'est produit ce fait dont l'énoncé peut
1. Ou à peu près, les quatre premières lignes sont presque entièrement
illisibles ; je commence, dans la transcription ci-dessous, au verset 9.
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FRAGMENT D*UNE VERSION PROVENÇ. INCONNUE DU N. TEST. 43 I
paraître surprenant. Le feuillet précédent, qui devait être
numéroté XVII, s'est trouvé, à un certain moment, mouillé
et appliqué contre le feuillet conservé, de sorte que plusieurs
lignes se sont imprimées à l'envers sur celui-ci, et peuvent
encore se lire dans une glace.
Cette version est nettement distincte des deux versions que
nous ont conservées le ms. de Lyon et le ms. Peiresc. On en
jugera par la comparaison avec quelques lignes de ces deux
derniers mss. qui seront rapportées plus loin.
Je vais présentement transcrire ce que j'ai pu lire du fragment
communiqué par M. Mireur, en commençant par les parties du
fol. XVII qui se sont imprimées à l'envers sur le fol. XVIII. Je
reproduis le texte ligne pour ligne.
Col. I. Col. n.
(xxvi, 1) E Jhesus Christ ac aca- (xxvi, 17) El 2 premier jorndavant... *
-badas aquestas parau- vengron los discipols a Jhesu di^en * :
-las, dis als sieus disci- « On vols ques anem (?) nos et appa-
-pols : (2) v Vos sabes que après [relhem
A), jorns pascha sera « la pascha? » (18) Jhesus lur dis :
ell fill de Dieu sera trahitz e levatz en [« Ana/{ en
cros. (3) Adoncx los ma- « la ciutat ad alcun home, e digat%
-jorals dels capellans els ancians « H : Lo maïstre dis : Lo mieu temps
del pobol en la sala del primce ques « appropja. Ab tu tenray pascha ab los
avia nom Cayphas, (4) e feron conselh « mieus discipols. » (19) Els discipols
contra Jhesus si lo poyrian penre fal- feron aisso con Jhesus lur avia cotnan-
[sament. -dat et apparelleron la pasca.
(20) Cant * fo vespres a
la taula per sopar am sos .xij.
discipols. (21) E cant mangeron (?)
« Verament vos die que .j. de vos
Nous arrivons maintenant à ce qui appartient en propre au
feuillet coté XVIII. La première colonne étant bien conservée,
il n'est pas utile de la transcrire ligne pour ligne.
1. Ici commence un alinéa dans le ms., avec un grand E qui occupe la
hauteur de cinq lignes. La lecture des quatre premières lignes est en partie
conjecturale, parce que les deux écritures, dirigées en des sens différents, sont
superposées.
2. Alinéa et grande capitale.
3. Vulg. Pritna autem die ajymorum. . . .
4. Je restitue la fin des lignes en italiques.
5. Alinéa et grande capitale.
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432
P. MEYER
Recto col. I.
1 : « (xxvm, 9) Dieus vos sal ! » Elias se aginoilheron a sos pes et
adoreron a lo. (10) E Jhesus dis : « Non aias pahor. Anatz dir als mieus disci-
« pois que anon en Galilea et aqui me veyrant. »
(11) Cant J s'en foron anadas, alcuns de las guardas vengron en Jherusalem
e conteron tôt lo fach als majorais capellans. (12) Et els ajosteron si e feron
conscelh qu'els donessant deniers a las guardas, (13) e disseron lur : « Digas
« quels sieus discipols vengron de nuech et embleron lo vos, cant dormiatz*.
« (14) E si Pilât o sap, nos vos acabarem, que sias segurs. » (1 5) Els preseron
la moneda e feron so que lur aviant dich los Juzieus. Et aquestas paraula[s]
foron manifestadas entrels Juzieus tro al jorn d'uhey.
(16) Los* .xj. discipols aneron en Gualilea en .j. puech ont Jhesus lur avia
mandat. (17) E cant lo viron els lo adoreron; et alcuns d'els dupteron.
(18) Venc Jhesus e dis lur : « Dieus mi a donat tôt poder en cel et en terra.
« (19) Donc anat e predicatz totas las gens e batejatz los en nom del Paire e
« del Filh e del sant Esperit. Amen. (20) Ensenhat(?) lose gardatz tôt cant
« vos ay comandat, et yeu seray ab vos tostemps tro a la fin del segle, per
« secula seculorum. Amen. »
Ayssi fenis l'avangeli de sant Mathieu.
Au dessous de l'explicit, dans le peu d'espace blanc qui
restait au bas de la colonne, on a représenté, au simple trait,
une scène à plusieurs personnages qui est devenue trop indis-
tincte pour qu'on en puisse déterminer le sujet. Il ne reste
plus, en effet, que quelques parties de ce dessin sur lequel se
sont imprimées plusieurs lignes du feuillet précédent. Ce qu'on
en distingue encore rappelle en une certaine mesure les dessins
qui ornent le ms. du poème de la Croisade albigeoise 6 . La
seconde colonne contient un abrégé de l'argument de l'Evangile
selon saint Marc. Elle commence par une grande M capitale
dessinée au simple trait et renfermant un lion ailé. Les six ou
1 . Je remplace par des points les quatre premières lignes qui sont trouées
et noircies, de sorte qu'on n'en peut lire que quelques lettres.
2. Le copiste avait d'abord écrit aorelo qu'il a exponctué.
3 . Alinéa et capitale ornée dans le ms.
4. Le traducteur a lu vobis dormitntibtis , au lieu de la leçon plus ordinaire
nobis.
5. Alinéa et capitale ornée. En marge, à l'encre rouge : Feria .vj*. past
Pasu.
6. J'ai dit autrefois, dans mon introduction à ce poème (p. xxiv), que ces
dessins étaient probablement destinés à être coloriés, mais cette conjecture
me paraît actuellement fort douteuse.
FRAGMENT D'UNE VERSION PROVENÇ. INCONNUE DU N. TEST. 433
sept courtes lignes écrites à la droite de cette figure sont
coupées. Je transcrirai les premières lignes seulement de cette
colonne, en reproduisant exactement la disposition du ms. La
traduction étant fort abrégée, une tentative de restitution lais-
serait trop de place à la conjecture.
Col. n.
M ::::::=
ellans dels Juzieus
de Levi convertit. Et
de Jhesu Christ parlant e
el comensament parla
-han Baptista filh de
message de Dieu que
désert l'aveniment
-strant la soa enca
-bernent del sant Es
-ment del sieu ave
aquel que legira con
-sament de la enca
E pueys escris la r
baptisme de Jhesu
de la cncarnacio
Au verso commence proprement le second Évangile. De la
première colonne, qui est rognée, et où ce qui subsiste d'écri-
ture est très usé et taché, je donne seulement les premières
lignes avec un essai de restitution en italiques :
Verso, col. I.
1 2 e comensament del
evangeli de Jhesu
segon sant Mardi,
(2) ayssi com Ysayas lo
prophetizet : « Ieu tra-
-raetray lo mieu
I message davant
1. La typographie ne peut pas bien rendre l'aspect du ms. La majuscule
occupe en largeur toute la partie conservée de la colonne, et en hauteur
l'espace de sept lignes.
2. L'espace marqué par ce rectangle était occupé par une L capitale.
Rmania. XVIII. 28
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434
P. MEYER
ta fassa, ques endressara la
tieua via. (3) E cridara al désert :
« aparelhas vos d'anar per la dre-
-cha via del jenhor. » (4) Johan era el
disert, e baptizzva e predicava ba-
ptisme de penedenssa en remission
de ptccat\. (5) Et yssian ad el totz
cels de Judas et de Jhemsalem per bap-
ptifàr e lavzx lurs peccatz. (6) E
Joban era vestit de pels de camels
1 (17) farai vos pescadors d'ornes. (18) Mantenent laisseroo las
retz e seguiron lo; (19) et aneron .j. pau avant, o viron a e Johan filh de
Zebedieu que reparavan lurs retz, (20) et appellet los. Mantenent laisseron
lur paire et la barca e los loguadiers, e seguiron los. (21) Els intreron en
Capharnaura, e mantenent intret en la synagoga e predicava los. (22) E totz
s'en meravilhavan de la soa doctrina , car el predicava per la vertut del sant
Esperit, non pas aissi con los savis de lur ley.
(23) E' la sinagoga era .j. home endemoniatz (24) que cridava : * Que
« as tu a far de nos, Jésus de Nazaret, tu que iest* vengutz per destruir nos?
« Yeu say que yest filh de Dieu. » (25) Jhesus li menasset e dis : « Calla
« et yest d'aquest home. » (26) El demoni lo turmentava et issi d'el aidant
fortment. (27) E totz se merevilhavan e parlavan entre els de la soa doctrina
novella , dizent : « El a poder de commandar als demonis e de gitar los
a deforas, et els ly son obediens. » (28) E la soa fama s'escampet per tota
Gualilea.
(29) Cant* yssiron de la synagoga, vengron a mayson de Peire e
d'Andreu, ab Jacrae e Johan. (30) E la sogra de Peire jazia malauta de febre,
1 . Les trois premières lignes sont perdues.
2. Corr. e viron \Jacme]. Vulgate : « Et processus [Jésus] inde pusillum vidit
« Jacobum Zebedee et Joannem fratrem ejus. »
3. Alinéa et initiale ornée.
4. lest et yest à la ligne suivante est la seconde personne sing. du prés, de
l'ind. fesser (es> dans Lyon, es et sias, forme relativement plus moderne,
dans le ms. Peiresc). Au verset 25, yest correspond a l'impératif exi.
$. Alinéa et initiale ornée.
eia la soa man-
que hom apella.
mel salvage. E
predicava dirent : (7) Plus fort de mi vi-
ndra
Col. II.
FRAGMENT D*UNE VERSION PROVENÇ. INCONNUE DU N. TEST. 435
e montaient li disseron. (31) Ve[n]c Jhesus e levet la per la man; mante-
nent la laisset la febre e ministrava lur. (32) Et al vespre, cant lo soleilh si
fon entratz 1 , li prezenteron los malautes e tostz aquels
J'ai dit plus haut que le fragment du Puget représentait une
version différente de celles que nous connaissions déjà. On ne
conservera aucun doute à cet égard pour peu qu'on prenne la
peine de comparer les versets i, 20-28 du texte qui précède avec
les passages correspondants des mss. de Lyon et de Paris. Je
choisis ce morceau parce que le ms. de Paris, en son état
actuel, commence au milieu du verset 20 du premier chapitre
de Marc.
E laissera lor paire Zebedeu e la ....[Zebejdieuamsos raercenarisan-
nau ab los sirventz e seguiro lo, (21) neron après lui (21) et intreron en
et intrero en Cafarnaum. Et eissa ora Capharnaura, e vengron lo disapte en
los disabtes es intratz e la sinagoga et la sinagoga et ensenhava los. (23) E
essenhava los. (22) Et espaventero se meravilhavan se sobre la doctrina de
sobre la doctrina de lui , quar era lui quar era ensenhatz, e si con aven
essenhantz els coma si agues poder, poestat, e non si con li lur escriva nil
e no si cum li escriva. Farizieu.
(23) Et era e la sinagoga de lor us (23) Et era un om avent orre esperit
hora d'ore esperit, e cridava (24) e en la sinagoga, e cridet (24) e dis :
dizia : « Qu'es a nos e a tu Jesu de « O Jesu Nazarieu, cals causa es a tu
« Nazare? venguist nos aucire? Eu « ni a nos? Yeu say que tu sias santz
« sei que tu es S. de Deu. » (25) E « de Dieu. »(2$) E Jésus merce n'ac*
menassec li Jesu e dizia : « Cala te et e dis : « Calla, ieisde lhome. » (26) E
« eiss del home. » (26) E trebalantz l'orres esperit trebalhant lui e cridant
lui resperitz ores , e cridava en gran am gran vous issi de lui. (27) E
votz et issic de lui. (27) Et meraviladi m[er]avilheron se tug en ayci ques
se so trastoig en aisi que se querelavo conpassesso entre lor, dizent : « Quais
entre lor e dizian : « Qui es aiso ? « cauza es ayso ? cal es aquesta no-
ie quinha es aquesta doctrina nova « vella doctrina qu'en son poder co-
« que en poder manda los esperitz « manda als orres esperitz, e son
« ores et obezisso lui ? » (28) Et issic a obedient a lui ? » (28) E tantost
rumors novela de lui eissa ora en issi li novella per tota la terra de
tota aquela regio de Galilea. Galilea.
1. Ms. si fon colcat entrât^; mais colcat est exponctué.
2. Faute, pour mcnàsset; Vulg. « comminatus est ».
Lyon.
Paris, Fr. 2425.
436 P. MEYER
La version nouvelle est bien autrement libre d'allures que les
autres. Elle ne s'astreint pas à suivre mot par mot le latin,
elle vise à être claire et intelligible pour tous, dût-elle çà et là
forcer quelque peu le sens. Tous les mots , toutes les locutions
sont de bonne langue populaire ; les termes littéralement emprun-
tés au latin sont évités. Là où le ms. Peiresc (B. N. fr. 2425)
traduit « cum mercenariis » (Marc, i, 20) par am sos mereenaris,
le fragment du Puget introduit le mot du terroir, loguadiers. La
phrase peu claire « erat enim docens eos quasi potestatem
« habens et non sicut scribae », qui est rendue mot à mot,
c'est-à-dire d'une façon inintelligible, dans les deux autres tra-
ductions (coma si agues poder, Lyon; si con aven poestat, ms.
Peiresc), devient ici parfaitement claire et nette, étant interpré-
tée plutôt que traduite, par car el predicava per la vertut del sant
Esperit non pas aissi con los savis de lur ley. « Spiritus immun-
dus » est certainement plus exactement rendu par orres esperit^
que par demoni 9 mais la question est de savoir si orres esperit
présentait un sens bien net à un simple fidèle. Et combien la
soa fama s 9 escampet per tota Gualilea est plus véritablement pro-
vençal que issic rumors novela ou issi H novella!
Le caractère de la nouvelle version étant ainsi établi avec
évidence, il s'agit de savoir quand et où elle a été composée. Je
crois qu'elle n'est pas notablement plus ancienne que le ms.,
c'est-à-dire que la première moitié du xiv e siècle. Les règles de la
déclinaison ancienne sont visiblement tombées en désuétude.
La forme du cas régime s'est substituée à peu près partout à
celle du cas sujet : « Et els ajosteron si... qu'els donessant
deniers... Digas quels sieus discipols vengron » (Mt. xxvui,
12-3). La forme propre au cas sujet n'est conservée qu'en un
petit nombre de cas : Dieus (Mt. xxviii, 9), endemoniaù
(Me. 1, 23); notamment encore dans les adjectifs employés
comme atributs, et au singulier : « ell fill de Dieu sera trahit^ e
levat^ en cros » (Mt. xxvi, 2); « Tu que iest vengut^ » (Me. 1,
24); « cant lo soleilh si fon entrât^ » (Me. 1, 32). — Sans
doute on pourrait supposer que ces infractions à la grammaire
sont l'oeuvre du copiste, mais ce serait là une supposition
assez peu probable. La langue n'offre d'ailleurs aucun trait qui
indique une époque plus ancienne que celle où vivait le copiste.
Admettons comme au moins très vraisemblable que la version
a été faite dès l'origine dans la langue populaire.
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FRAGMENT D'UNE VERSION PROVENÇ. INCONNUE DU N. TEST. 437
Où a-t-elle été faite? Selon toute apparence, dans le pays où
l'unique fragment qu'on en connaisse a été trouvé , c'est-à-dire
dans le Var. La diphtongaison de Yô lat. dans nuech (Mt.
xxviii, 13, pucch) xxvin, 16) est un caractère bien général
à la vérité, mais qui du moins n'exclut pas la région indiquée.
Les 3" personnes du plur. en an (parfois anf), pour la finale
latine -ant. appartiennent à la région méridionale de la Pro-
vence 1 . On les retrouve aussi plus au nord et plus à l'ouest,
mais concurremment avec des caractères qui manquent ici.
Notre fragment nous fournit : aviant, Mt. xxviii, 15 ; yssian,
Me. 1, 5, meravilhavan , parlavan, Me. 1, 27, et au plus-que-
parf. du subj. dontssant> Mt. xxviii, 12. Nulle part -on en ce cas.
La conservation du / final dans aviant , donessant 2 , s'observe
dans la région septentrionale de la langue d'oc 3, et se continue
dans la région française, mais on trouve surtout aussi le / final
dans la partie la plus méridionale. Ainsi siant, à Montpellier,
en 1130, Cart. des Guillems, n° lxix; yescant (subj. prés.
(Teissir) à Marseille, en 13 194.
Le d intervocal persiste dans adoreron, Mt. xxviii, 9, 17;
prédicat^ Mt. xxviii, 19; predicava, Me. 1, 4, 21, 22; mais ces
exemples, fournis par des mots d origine non populaire ne
prouvent rien. Il y a du reste Ju^ieut, Mt. xxviii, 15.
Comme dans toute la partie orientale de la langue d'oc l'n
finale en roman et intervocale en latin se maintient : capellatis,
anciansy Mt. xxvi, 3, alcuns, xxviii, 11 ; fin, xxviii, 20; man,
Me. 1, 3 1 ; de même les troisièmes pers. du plur. des prétérits,
fer on, vengron, aparelleron, aginoilheron, adoreron, conteron, etc.,
la 3 e pers. du subj. prés. plur. de la première conjugaison,
anon, Mt. xxvni, 10, etc. La conservation de l'n instable est,
comme on voit, plus complète que dans le ms. Peiresc.
Notons en terminant tost^ Me. 1, 32 pour tot\. J'ai déjà
signalé cette forme dans le Petit Thalamus de Montpellier,
Romania, XIV, 546. On la retrouve plus anciennement, au
1. Voy. ci-dessus, pp. 424 et 427.
2. Aussi dans les futurs veyrant, Mt. xxvm, 10, etc.
3. Romania, IX, 203.
4. Les criées municipales de Marseille au mois de die. 1319. Marseille, 1873 ,
p. 2 (n<> 12 des Notes pour servir à îhist. de Provence, par V. Lieutaud).
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438 P. MEYER
sud de la Lozère, dans un acte du commencement du xm e siècle,
concernant la commanderie de Gap-Francès : « e am tosi los
dreihs » {Revue des Socités savantes, 6 e série, V (1877), 204. Une
autre charte de 1230, ayant la même origine, porte avcst% pour
h abêtis, tbid, p. 206. Dans une enquête faite à Castillon du
Gard (cant. de Remoulins, arr. d'Uzès) en 1397, on lit frusts
(fructus), ribausts y escusts, vengusts, mandasts 1 . Un tarif des
droits d'entrée dans Avignon, écrit au commencement du
xv c siècle, et conservé dans un ms. du Musée Calvet à
Avignon (fonds Requien), porte vendust^ au plur., et d'autres
fois vendut^.
Aucun des caractères propres à la région du Nord ne se mani-
feste. De l'ensemble des faits se dégage la conclusion que le
fragment du Puget appartient à la partie méridionale de la Pro-
vence. Cette conclusion, certaine pour le manuscrit, doit être
étendue, selon toute apparence, à la version elle-même.
Paul Meyer.
1. Charvet, Un épisode d'histoire locale (voy. ci-dessus, p. 428, note 5),
pp. 19, 21, 2?, 24, 25, 28, 50.
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PIERRE MICHAULT
ET MICHAULT TAILLEVENT
Pierre Michault et Michault Taillevent sont-ils un seul et
même personnage, ou sommes-nous en présence de deux
poètes bien distincts? Ce petit problème a été résolu quelque-
fois négativement, le plus souvent affirmativement, mais, faute
de documents précis, il ne Ta jamais été d'une façon décisive.
Ces documents existent toutefois et permettent de nier définiti-
vement l'identité de Pierre Michault et de Michault Taillevent.
Ces deux noms sont ceux de deux écrivains différents qui vivaient
à peu près à la même époque; mais, de bonne heure, la person-
nalité de Michault Taillevent fut absorbée dans celle de Pierre
Michault, plus célèbre, et d'ailleurs un peu plus moderne.
I.
Voyons d'abord quels sont les ouvrages attribués à l'un et à
l'autre de ces deux auteurs, en commençant par Pierre Michault.
Je ne fais que mentionner la Danse aux aveugles, qui est bien
connue et dont on a de nombreux manuscrits 1 et de nom-
breuses éditions 2 . Pierre Michault se nomme dans la dernière
strophe :
1. Bibl. Nat. mss. fr. 1119, 1 186, 1654, 1696, 1989, 12788, 22922,
24442; Arsenal 51 13.
2. Cf. Brunet, Manuel s. v. Michault; Harrisse, Excerpta Colomb. , p. 134,
n<> 149; P6lftiblion % 1885, n° 4870; [Douxfils], La Danse aux aveugles et autres
poésies du xv« siècle extraites de la Bibliothèque des ducs de Bourgogne t Lille, chez
André-Joseph Panckoucke, 1748, in-12, ou Amsterdam, 1749, in-8.
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440
A. PIAGET
Pierre ne peult humeur de basme rendre,
Ne dure teste attaindre a bien hault stile :
Pour ce submets le sens qu'on peut cy prendre
A tous lisans, a qui plaira l'entendre
Par eslever entendement habille ;
Les priant tous que par voye docile
11 leur plaise corrigier bas et hault
Leur escolier et disciple Michault.
Douxfils, dans le petit recueil de pièces du xv e siècle qu'il a
publié à Lille en 1748, donne, outre la Danse aux aveugles ,
deux complaintes de Pierre Michault sur la mort d'Isabel, fille
de Charles I er de Bourbon, comtesse de Charolais 1 . La pre-
mière, qui comprend 27 dizains rimant aabaabbbcc, commence
par ces vers :
Mauldicte Mort, mordant le genre humain ,
Patron d'orreur, miroir d'exploit vilain
La seconde comprend 64 huitains, rimant abaabbcc, et commence
ainsi :
En ung pays loingtainement distant
Des régions ou mon repos séjourne
Pierre Michault y fait, par la bouche de la Mort, une allusion
à la Danse aux aveugles :
Vous avez sceu ja de moy, somme toute ,
En ung traictié par cest acteur dicté ,
Comme je suis aveugle et n'y vois goûte ,
Et tout vivant a ma dance se boute
Sans eschapper par vertu ne pi té.
Le Doctrinal de Court ou Doctrinal rural ou Doctrinal du temps
présent est un peu moins connu que la Danse aux aveugles.
Legrand d'Aussy en a fait une bonne analyse dans le tome V,
pp. 523-541, des Notices et Extraits des manuscrits. Dans la
dédicace à Philippe le Bon, Pierre Michault parle de feu maistre
Martin Le Franc et de Georges Cbastellain y et se qualifie de
« tresobeissant orateur et subget du duc et humble secrétaire
1. Morte à Bruxelles le 25 septembre 1465. — Douxfils, pp. 121 et suiv.
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PIERRE MICHAULT ET MICHAULT TAILLEVENT 44 1
du comte de Charrolois ». Il joue sur le mot Pierre, comme il
l'avait déjà fait dans la Danse aux aveugles :
Michault, emprès une pierre tresrude, etc.
On sait que Pierre Michault a daté énigmatiquement son Doc-
trinal dans les quatre vers suivants :
Ung trepier et quatre croissans
Par six croix avec six nains faire
Vous feront estre congnoissans
Sans faillir de mon milliaire.
C'est-à-dire M. CCCC. XXXXXX. Iimi : 1466
Un quatrième ouvrage de Pierre Michault est YAdvocat des
Dames ou le Procès de Honneur Femenin, en vers et en prose. On
le trouve dans le manuscrit 3521 de l'Arsenal : « S'ensuit la
déduction du procès de Honneur femenin , ou est l'Advocat des
dames qui procède en audience de court par devant dame
Raison séant pour tribunal a faire justice d'aucuns faulx injuria-
teurs de l'honneur femenin, contre lequel par presumpcion
téméraire, vollenté inicque, bouche mençongniere et erron-
teuse, aucunes soullees injures non referables ilz ont déposé et
mis en escript. Mais par bonne et juste advocacie les dictes
dames en la dicte court de dame Raison sont pour leur honneur
véritablement et decorablement des dictes injures relevées,
comme il appert par ce dit procez, ouquel par articles selon
ordre de justice sont les dictes injures accusatoires résumées par
le dit advocat 2 . » Ce petit poème commence par ces vers :
En la saison que les suers de Pheton ,
Avec Dacies et le franc Palemon
Les deux derniers couplets donnent en acrostiche pierre
nichault. V Advocat des Dames ou le Procès de Honneur Femenin
a été inséré dans le Jardin de Plaisance, à la suite de la Pipee du
dieu d'Amours, sous ce titre : « L'arrest donné contre ceulx
qui dyent mal des femmes 3. »
1. Bibl. Nat., mss. fr. 1653, 1654, 1655-1656, 2367.
2. Arsenal, 3521, ff. 192 ro-215 r°.
3. Edit. de Lyon, Olivier Arnollet, ff. 140 r°-i47 v°. [J'ajoute ici la
notice, qui me tombe par hasard sous les yeux, d'un autre ouvrage de Pierre
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442
A. PIAGET
n.
Les ouvrages de Michault Taillevent que nous connaissons
sont moins importants peut-être, mais plus nombreux que ceux
de Pierre Michault.
Le Passe temps de Michault Taillevent 1 n'a pas eu moins de
succès que la Danse aux aveugles 2 . C'est un petit poème de
88 septains rimant ababbec et commençant par ces vers :
Je pensoye n'a pas sept ans
Ainsy qu'on pense a son affaire
Michault; il ne paraît pas avoir été retrouvé, et c'est regrettable, vu le sujet.
Dans un curieux catalogue de manuscrits que mettait en vente, au siècle der-
nier, à Lyon, un certain augustin déchaussé appelé frère Éloi, catalogue dont
la Bibliothèque Nationale possède un exemplaire, formant quelques pages
d'impression in-4 0 , j'ai relevé l'article suivant : « Compilation de la grammaire,
dédié à Monseigneur le duc de Bourgogne et de Brabant... Fait par Pierre
Michault, secrétaire de Monseigneur de Charolois, fils du duc de Bourgogne...
Ms. sur le velin, d'un petit caractère ancien et figuré, in-folio. » — G. P.]
1. Nombreuses éditions, la dernière de M. Theodor Malraberg, Upsal,
1877.
2. [Le succès du Passetemps Michault est attesté non seulement par les nom-
breuses éditions qui en furent faites, mais par les allusions dont il est l'objet
dans la poésie du xve siècle. On disait proverbialement « le Passetemps
Michault », pour « le temps perdu, le musage ». Ainsi Coquillart (éd.
d'Héricault, II, 99) :
Et pensés que qui n'a bonne belle
Pour toy contregarder de chaule ,
On est mis en la kyrielle
Avec le Passetemps Michault.
De même H. Baude (éd. Quicherat, p. 81) :
Fanlte d'argent a tous propos lai faah ;
D'en brief ravoir a tonsjours espérance
En contemplant le Passetemps Michault.
Les commentateurs de Coquillart n'ont pas saisi l'allusion du poète. Tarbé
dit qu' « on donnait aux plaisirs d'amour le nom de passe-temps Michault »,
que Michault « était synonyme de vert galant, bon ami », et que « Villon
l'emploie dans ce sens ». Pour M. Godefroy, le passe-temps Michault, dans ce
vers de Coquillart, désigne « une sorte de jeu ». M. d'Héricault fait une
longue note dans laquelle il dit entre autres choses : « Il est vraisemblable
que le « Passe tems Michault » étoit quelque chanson , ballade ou refrain >
quelque petite pièce morale ou satirique, ou peut-être encore quelque herbe
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PIERRE MICHAULT ET MICHÀULT TAILLEVENT 443
Michault se nomme dans les derniers vers :
C'est le passe temps de Michault.
A grant froidure demy chault «.
Le Passe temps de Michault Taillevent est antérieur à 1440.
Pierre Chastellain, en effet, dans cette année 1440, a fait un
Contre passe temps intitulé le Temps perdu, dont voici le dernier
septain :
Je Pierre Chastellain me nomme,
Qui contre temps perdu bataille
Nuit et jour pour sauver mon homme.
Le glaive qui me combat taille ;
Sy craint, comment son débat aille,
Qui sa char en bataille vent.
Prens en gré, Michault Taillevent ».
En 145 1, le même Pierre Chastellain, se trouvant à Rome,
écrivit le Temps recouvert *.
médicinale, quelque médication. » — Le renvoi de Tarbé à Villon se rapporte
au huitain LXXXTV du Testament, où le poète fait abandon de tous ses droits
sur son ancienne aimée « aux hoirs Michault , qui fut nommé le bon fou-
terre », et ajoute : « Priez pour luy, faictes ung sault; A Saint Satur gist
soubz Sancerre. » M. Longnon (François Villon , p. 83) remarque à ce pro-
pos : « C'est évidemment une épitaphe naïve, comme il y en avait quelques-
unes alors, qui lui a fourni le nom de Michault, le bon , qui reposait,
dit-il, à Saint-Satur, sous Sancerre. La justesse de l'indication topographique
relative à Saint-Satur donne à croire que Villon y passa. » Il est fort possible
en effet qu'il y eût à Saint-Satur l'épitaphe d'un nommé Michault , auquel
étaient attribués des exploits prodigieux; ces exploits lui auraient été
funestes, s'il faut en croire un autre témoignage, qui nous montre en même
temps que ce personnage était célèbre bien avant Villon. L'auteur du Contre-
fait de Renart, dans la seconde rédaction, faite peu après 1328, de sa compila-
tion, dit, en parlant du métier amoureux : Oncques Michault, qui en mourut,
Si volentiers ouvrier n'en fut (ms. B. N. fr. 369, fol. 7 v° a). Le passage de
Coquillart allégué par Tarbé et par M. Godefroy pour établir que Michault en
général signifie « libertin » ne prouve rien : Michault n'a dans ce passage (éd.
d'Héricault, I, m) d'autre sens que celui du prénom Michel. — G. P.]
1. Bibl. Nat., mss. fr. 1642, 24442, nouv. acq. 4512 (Barrois 58s). Arse-
nal 3521, 3523.
2. Bibl. Nat., mss. fr. 1642, 2266, 24442, nouv. acq. 6217 (Barrois 364).
Arsenal 3521, 3523. Stockholm, voy. Malmberg.
3. Bib. Nat., mss. fr. 2266, nouv. acq. 6217 et Stockholm.
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444
A. PIAGET
Dans plusieurs manuscrits des œuvres d'Alain Charrier,
p. ex. le fr. 833, fol. 190, de la Bibliothèque Nationale, et dans
l'édition de Duchesne, pp. 710-717, on trouve un petit poème
formé de sept ballades et intitulé le Régime de Fortune. L'auteur
n'en est pas Alain Chartier, mais Michault Taillevent , comme
l'indiquent les mss. Bib. Nat. fr. 1696, fol. 43 v°, et Arsenal
3521, fol. 216 r°. Il ne faut pas confondre avec le Régime de
Fortune de Michault Taillevent un petit poème publié par
M. de Montaiglon dans le t. X, pp. 73-84, de son Recueil :
Le Règne de Fortune auquel est monstree la nature et puissance
(Ficelle, affin que F homme porte patiemment tout ce qui luy adviendra.
Les sept ballades qui forment le poème de Michault Taillevent
sont ordinairement suivies des huit vers que voici :
Estudiez ce régime,
Hommes de fortune attains.
Aussy bien que sillogime,
Estudiez ce régime
Une foys et la deuzime,
Pour en estre plus certains.
Estudiez ce régime
Hommes de fortune attains.
A la suite de ces vers, on lit dans le manuscrit de la Biblio-
thèque Nationale, fr. 1690 :
Estudiez
Le régime de fortune
Fait par Mychault Taillevent ,
Pour ce qu'il ayme fort une
Ou s'amour sans taille vent.
Au trésorier de Soussi
Michault sy se recommande,
Et si envoyé ceci
Au trésorier de Soussi,
Qui l'entende et lise aussi ;
Il prie et non pas commande :
Au trésorier de Soussi
[Michault sy se recommande]
1. Ce trésorier de Soussi est-il un personnage réel, ou faut-il entendre par
là une de ces figures allégoriques (Soussi = Souci) si fréquentes dans les
poésies du temps? Je n'ose le décider.
PIERRE MICHAULT ET MICHAULT TAILLEVENT 445
Remarquons, en passant, que six poèmes de Michault
Taillevent sont uniquement formés de ballades : Le Régime de
Fortune, le Psaultier des villains, le Congié d'Amours, la Bien Allie,
FEdiffice de l'ostel dolloureux d* Amours, et la Ressource et reliefue-
ment de l'ostel dolloureux. Pierre Michault, de son côté, avait,
nous l'avons vu, une grande prédilection pour la forme de
satire ménippée : la Danse aux aveugles, le Doctrinal de Court,
le Procès de Honneur femenin sont écrits en prose entremêlée de
vers.
Le Psaultier des villains a été inspiré à Michault Taillevent
par le Bréviaire des nobles d'Alain Charrier :
Des nobles j'ay veu le Bréviaire,
Que fist jadis en son temps maistre Allai ns ;
Et pour ce fait m'est prins tallent de faire
Selon mon sens le Psaultier des villains.
Il comprend treize ballades. La plupart des manuscrits que
nous en avons le donnent sans nom d'auteur 1 . Le Psautier des
villains est attribué à « Michault Taillevent, varlet de chambre du
duc de Bourgogne » dans un manuscrit du Vatican que cite
Keller*.
L'éditeur Silvestre a fait imprimer en 1841 le Songe de la
Thoison cTor de Michault Taillevent *. C'est un petit poème
comprenant 88 huitains rimant ababbcbc, plus une ballade avec
refrain :
Et aux bons gloire et haulte renommée.
Le poème commence par ces vers :
Ne sçay quel jour en la sepmaine
En alant mon chemin songoye
Et se termine par le quatrain suivant :
Michault, après son premier somme,
Trouva ce dit en son trésor,
Et pour ce prie qu'on le nomme
Le Songe de la Thoison d'or.
1. Bib. Nat. 1642; Arsenal, 3521. 3523.
2. Romvart, p. 150.
3. Paris, impr. Crapelet, 184 1, in-16, 14 ff.
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44^ A. PIAGET
Dans la notice bibliographique qui occupe les deux derniers
feuillets de l'édition Silvestre, et qui est signée G[ratet]-
D[uplessisl , nous apprenons que le Songe de la Thoison S or a
été tiré d'un manuscrit du xv e siècle, appartenant à M. le baron
de Guerne, ancien maire de la ville de Douai, et que ce même
manuscrit contient trois autres pièces en vers portant le nom
de Michault Taillevent.
1) Cy s'ensieult une Moralité faicte par Michault Taillevent.
2) Cy s'ensieult ung Traictiet fait par Michault Taillevent, varlet de
chambre de treshault, trespuissant et victorieux prince Philippe de Bourgogne
et de Brabant, depuis l'entrée de mondit seigneur ou pays de Luxembourg
jusques a la prinse de la ville de Luxembourg.
3) C'est le Débat du cœur et de l'œil fait par Michault Taillevent.
L'auteur de cette notice, malheureusement, ne nous donne
aucun renseignement sur ces traités. Le Pébat du cuer et de
Vœily qui se retrouve dans plusieurs manuscrits 1 , mais sans
nom d'auteur, commence ainsi :
En may, la première sepmaine
Que les bois sont parez de vert
et comprend 103 huitains rimant ababbcbc. Il a été inséré dans
le Jardin de Plaisance sous la rubrique : « Comment, les amans
estans au jardin de plaisance a leur plaisance, l'ung des amou-
reulx se complainct de son cueur qui se débat a son œil 5. »
Le manuscrit de l'Arsenal 3521, outre le Procès de Honneur
femenin de Pierre Michault, ff. 192 r°-2i5 r°, le Psaultier des
Villains, ff. 46 r 0 -53 r°, le Débat du cuer et de l'œil, ff. 146 r°-
158 v°, le Régime de Fortune, ff. 216 1^-219 v°, renferme cinq
petits poèmes de Michault Taillevent.
1. Bib. Nat., mss. fr. 924, 1169, 2264, nouv. acq. 4512; Arsenal 3521,
3523.
2. Edit. Arnollet, ff. 49 1^-54 r°.
3. [U a été imprimé d'après le ms. 1 169, par Th. Wright, dans les Poems
attribukd to Walter Mapcs, p. 310. — Notons que le Catalogue des manuscrits
français de la B. Nat., qui donne expressément, entre crochets, ce petit
poème à Alain Chartier (sans doute d'après l'indication qu'on a cru trouver
dans le ms. 924 et les éditions de Chartier), assigne au manuscrit, lequel
contient des pièces d'Alain Chartier et d'autres postérieures, la date de 1367 !
U faut lire 1467. — Rid.]
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PIERRE MICHAULT ET MICHAULT TAILLEVENT 447
Et d'abord, ff. 220 1^-223 r°, un Lay sur la mort de Cathe-
rine, fille de Charles VII, comtesse de Charolais. Ce lai, daté
de 1446, comprend 250 vers environ, répartis en 12 strophes
d'inégale longueur, et commence ainsi :
Ha ! mort , mort , très dure mort ,
Mort angoisseuse et mort sure,
Ta morsure
Est tant dure
Que ne dure
Riens encontre ton effort ,
Grant, moyen, foible ne fort !
• Tout mes a dcsconflture.
Confiture ,
Mire ou cure ,
N'y procure
Respit , paix , trêve n'acort , etc.
Ff. 244 ro-246 v° :
S'ensuit pour les amans mallades
Cy après d'Amours le Congié ,
En la somme de six ballades
Par Michault fait et abregié.
Le Congié à* Amours est formé de six ballades , dans lesquelles
Michault Taillevent passe en revue un certain nombre de héros
et de victimes de l'amour : Deucalion et Pyrrha, Pyrame et
Thisbé, Samson et Dalila, Jason et Médée, Orphée et Eurydice,
Narcisse et Echo, Lancelot du Lac, Tristan et Iseut, Vénus et
Mars, etc. Michault nous apprend que, lui aussi, il a connu
toutes les joies et toutes les amertumes de l'amour :
J'ay eu du doulx et de l'amer
En amours jusques aux surcilz.
Devenu vieux, fatigué de la vie, il prend congé d'Amour :
Plus d'Amours ne de ses delis
Ne veul. Ma leesse est finee.
Je ne quiers que repos de lis
Et dormir longue matinée.
Ma char a esté matinée
Assez d'Amours en mon jouvent ;
Et pour tant qu'au marc et a l'once
Ses denrées trop chier me vent,
Sy prens congié et sy renonce.
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448 A. PIAGET
La sixième ballade a deux envois, dont voici le second :
Prince , de degré en degré ,
Quel temps qu'il face, froit ou chault,
Par vo plaisir prenez en gré
Le Congié d'Amours de Michault.
Il ne faut pas confondre avec le Congié d'Amours de Michault
Taillevent un autre Congié d'Amours qui se trouve, par exemple,
dans le manuscrit 3523 de l'Arsenal, pp. 321-337. Ce dernier
Congié d'Amours comprend 66 huitains rimant ababbcbc et com-
mence ainsi :
En ce temps de joyeulx esté
Que Phebus est en sa haultesse
Ff. 247 r°-2SO r° :
S'ensuit en ce présent cayer
La Bien Allée de Michault
Laquelle a Amours veult payer
Pour ce que d'amer ne lui chault.
Même idée que dans le Congié d'Amours : histoires de Péné-
lope qui n'eut pas d'amant et s'en trouva bien , de Philis qui
se pendit à cause de Démophon, de Cléopâtre, de Virgile,
d'Aristote, d'Hercule, de la châtelaine de Vergi, de Lucrèce. La
Bien Allée se compose de sept ballades et commence ainsi :
Je, Michault, pour aultre party
Tenir, ay prins nouvellement
Congié d'Amours et suis party
D'amer tellement quellement ;
Mais encores semblablement
Je veul payer ma bien allée
A Amours ; car présentement
J'ai d'amer toute ma saoullee.
Voici la septième et dernière ballade avec ses deux envois :
Quant ung amant va a déclin
Et qu'il a sa saison passée ,
Posé qu'il ait esté enclin
A amer, s'amour est cassée
Et des dames fort refusée.
C'est la manière , c'est la guise :
Cure n'en a dame rusée ,
Pour ce qu'il a la barbe grise.
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PIERRE MICHAULT ET MICHAULT TAILLE VENT
Entre dames soir ne matin
N'a que faire pour belle entrée
Ung tel amant , par saint Martin ,
Car chose ne fait qui agrée.
S'il veult dansser, dame est lassée ;
S'il veult baisier, on le desprise ;
S'il veult acoller, on le bee,
Pour ce qu'il a la barbe grise.
Et que fera , par saint Lievin ,
Ung amant ou joye est finee ?
Laisse l'amer, se tiengne au vin ,
S'ait bouteille bien avinée,
Et se tiengne , au froit de l'année ,
Vestu d'une robe de Frise ,
Au feu delez la cheminée ,
Pour ce qu'il a la barbe grise.
Prince, a la court jamais celée
Ne soit ceste œuvre, mais aprise .
C'est de Michault la bien allée ,
Pour ce qu'il a la barbe grise.
Seigneurs, Michault a prins congié
D'Amours, pour ce qu'il ne puet mais ,
Et sa bien allée payé(e).
On le doit bien laissier en pais.
Ff. 250 v°-2S3r° :
Description de l'hôtel d'Amours et de la triste condition de
ses habitants. VEdiffice de Vostel dolloureux d'Amours , formé de
six ballades, commence par ces vers :
Appointié m'a Amours une maison
Pour demourer sans faire chiere lie ,
Ouvrée par charpentier et machon
De matière laquelle a mort me lie.
Le fondement est de merancolie ,
Icy commence l'édifice
De l'ostel dolloureux d'Amours
Ou amans de leur droit office
Font souvent plaintes et clamours.
Et les murs sont faiz de desconfiture
Bomania, XVUL
A - PIAGET
Le mortier est d'amere confiture.
Et puis après, afin qu'en hault se dresse,
Il y a mis , pour la maison conclure ,
Comble de dueil et de dure destresse.
Ce petit poème se termine par les quatre vers suivants :
Cy fine l'ostel dollereux
Par Michault fait et rimoyé ,
Compté aveuc les malleureux
Pour ce qu'il a tant larmoyé.
Ff. 253 v°-256 r°.
S'ensuit du dolloureux hostel
La resourse et reliefvement.
Lisiés le , s'il vous plaist , autel
Qu'il est fait bien nouvellement.
Six ballades, qui sont une sorte de contre-partie de TEdifficc
de Vostel dolloureux d'Amours. Michault Taillevent montre com-
ment il faudrait réparer « l'ostel dolloureux » pour en faire
« l'ostel de paix et d'amour glorieux , des plaisirs , des joyes ,
des grands soulas, de plaisance pleniere ». Le tout est terminé
par ce quatrain :
Pour avoir de tous biens la sourse
A repaistre les malleureux
Michault a trouvé la resourse
En soy de l'ostel dollereux.
m.
Il peut paraître singulier de trouver, presque à la même
époque, deux poètes du nom de Michault , tous deux au service
des ducs de Bourgogne, tous deux ayant traité des sujets plus
ou moins semblables, dont l'un a déploré la mort de Catherine
de France, et l'autre celle d'Isabel de Bourbon , comtesses de
Charolais, dont les œuvres enfin se trouvent généralement
réunies dans les mômes manuscrits. C'est ce qui a souvent fait
croire, mais à tort, à l'identité de Pierre Michault et de Michault
Taillevent. Que tous les deux aient traité des sujets à peu près
semblables, aient disserté sur la fortune ou écrit des poèmes
amoureux, rien là d'étonnant. De même, étant donnés nos deux
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PIERRE MICHAULT ET MICHAULT TAILLEVENT 45 1
Michault à la cour de Bourgogne, tous les deux poètes, il est
naturel et bien compréhensible que l'un et l'autre aient voulu
prendre part dans leurs vers aux malheurs qui frappaient leurs
maîtres. S'il est vrai, enfin, qu'on trouve dans les mêmes
manuscrits les œuvres des deux Michault, il est à remarquer que
toujours, dans tous ces manuscrits, Michault Taillevent est
distingué très nettement de son homonyme, que jamais on ne
rencontre, par exemple, la Danse aux aveugles de Michault
Taillevent ou le Passe temps de Pierre Michault, que jamais un
poème de l'un ou de l'autre n'est désigné sous le nom de Pierre
Michault Taillevent 1 . C'est qu'en réalité nous avons affaire à
deux poètes. Pierre Michault a terminé son Advocat des Dames
par le quatrain suivant :
Qui le chief prendra
Du couplet dernier
Mon nom trouvera
Et sournom entier J .
Remarquez ce dernier mot entier qui semble bien indiquer que
Pierre Michault s'appelait Pierre Michault et pas autrement.
Pierre Michault nous apprend lui-même qu'il était secrétaire
du comte de Charolais ; Michault Taillevent, comme l'indiquent
le manuscrit de la Thoison £or et le manuscrit du Psaultier des
villains cité par Keller, était valet de chambre de Philippe le
BonJ. Le marquis de Laborde, dans ses précieux volumes sur les
1. Mont faucon, Bibl., p. 793, mal renseigné, cite le ms. 7675 : « La
Danse aux Aveugles par Michau Taillement (sic). » Ce ms. 767$, auj. Bib.
Nat. 1696, renferme la Danse aux aveugles de Pierre Michault, et le Régime de
fortune de Michault Taillevent. Montfaucon mentionne également le ms. 8047 :
« Plusieurs poésies du temps du roi Charles VII par Michau Tailleran (sic) ,
avec Thistoire de Griselidis. » Ce ms., anc. 8047, auj. Bib. Nat. nouv. acq.
ft. 45 11-45 13 (Barrois402, 585, 396) renferme : ff. 1-6 v°, Epitedium (sic)
srve lamentacio Karoli septimi; ff. 7 ro-23 v<>, La patience de Griselidis; ff. 24 r°-
35 r°, Le Passe temps de Michault appelé Taillevent ; ff. 3$ vo-55 v°, le Débat
des deux fortunés; ff. 56 ro-71 r°, le Débat du cœur et de Tœil; ff. 71 vo-92 v<>,
V Histoire de Narcisse et d'Echo; ff. 93 r°-io6 v°, le Débat de la demoiselle et delà
bourgeoise; ff. 107 ro-115 v<>, la Confession de la belle fille; ff. 116-1*0-173 v<>, le
Livre des quatre dames. Cf. Catalogue des mss. des fonds Libri et Barrois , par
Léopold Delisle. Paris, Champion, 1888, p. 237.
2. Arsenal, 3521, fol. 215 r°.
3. Voy. également le ms. fr. Bib. Nat. nouv. acq. 4512, fol. 35 r© :
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452 A. PIAGET
Ducs de Bourgogne y nous apprend également que Michault
Taillevent était varlet de chambre et joueur de farses du duc
Philippe, et que le nom complet de ce poète était Michault Le
Caron, dit Taillevent 1 .
Disons enfin, pour terminer, que Pierre Michault, l'auteur de
la Danse aux aveugles , écrivit ses différents ouvrages dans la
seconde moitié du xv c siècle, en 1465 ses Complaintes sur la
mort d'Isabel de Bourbon, en 1466 le Doctrinal de Court. Le Procès
de Honneur femenin , dans lequel il est parlé de feu Martin Le
Franc, est postérieur pour le moins à 146 1. Michault Le Caron,
au contraire, est un poète de la première moitié du xv e siècle.
Les datesfournies par le marquis de Laborde établissent que, dès
1426, il était « joueur de farses » de Philippe le Bon 2 . Son
ouvrage principal, le Passe temps, est antérieur à 1440.
Il n'y a, je crois, plus de doute possible. Michault Taillevent
et Pierre Michault sont deux poètes bien distincts, qu'il faudra
désormais se garder de confondre : Michault, forme de Michel,
est un prénom pour le premier de ces auteurs, un nom de
famillepour le second.
Arthur Piaget.
« Explicit le Passe temps de Michault Taillevent en son vivant varlet de
chambre de monseigneur de Bourgoigne. »
1. Les Ducs de Bourgogne, t. I, p. xu, n°* 836, 942, 1 177, 1296, 1377;
t. II, 4914, 4934- Taillevent était donc un sobriquet, comme en portaient
souvent les rimeurs et « farseurs » de ce temps : comparez Engoulevent, etc.
2. Cf. Chastellain, Œuvres, p. p. Kerv. de Lettenhove, I, xxi.
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RICERCHE
INTORNO A CANZONIERI PROVENZALI
DI ERUDITI ITALIANI DEL SEC. XVI.
Il sig r De Nolhac rifacendo, nel suo bel lavoro La Biblio-
thèque de Fulvio Orsini 1 , la storia délia collezione provenzale
deir erudito romano, toccô délie vicende del canzoniere
Af (anticamente vaticano 3794, ora parig. fr. 12474) S e dal
fatto che sui margini di detto ms. si rinvengono frequenti
postille di mano del Colocci, giustamente concluse esser esso
appunto il ms. che dopo esser appartenuto al Cariteo, passô,
per Pintercessione del Summonte, nelle mani delP erudito
iesino 3. Délie postille del Colocci moite, corne fece rilevare il
sig r De Nolhac , fanno allusione a manoscritti provenzali dell'
1. Nella Bibliothèque de V Ecole des Hautes Etudes, 74° fascicolo, Parigi,
Vieweg, 1887.
2. Op. cit. , pp. 318-321.
3. A tal prezioso acquisto del Colocci si riferisce la lettera a lui diretta dal
Summonte in data del 28 luglio (non giugno, corne dice il sig r De Nolhac),
la quale ci è conserva^ nel cod. vat. Reg. 2023 e fu pubblicata dal
Lancellotti nelle Poésie italiane e latine di Mons. A. Colocci, pp. 91 e sgg.
Su questa lettera importante il Monaci richiamava anni fa l'attenzionc degli
studiosi, nella Prefayotte al Canzoniere Portoghese, p. IX, n. 3 e più tardi del
Canello in ispecial modo a proposito di alcune versioni dal provenzale che,
pregato dal Summonte, il Casassagia fece per il Colocci e che oggi ci son
conservate nei due codd. Vatt. 4796 e 7182. (V. Canello, La Vita e le Opère
di A. Daniello, pagg. 63, n. 3 ; 83, n. 1 ; 279.) E le allusioni di questa lettera
al récente acquisto fatto dal Colocci di un ms. provenzale il Monaci, già prima
délia pubblicazione del libro del sig r De Nolhac, avea riferite, come mi
risulta per via privata, al cod. Af.
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454
C. DE LOLLIS
Equicola. Ora, poichè i mss. provenzali dell* Equicola dettero
occasione a dotte ricerche dello Chabaneau x , mi parve mettesse
conto raccogliere le note del Colocci , per poi vedere di tirarne
alcuna conclusione determinata. E , come ognuno puô convin-
cersi gittando un colpo d'occhio sulla tabella che io fo seguire,
quasi tutti i richiami del Colocci trovano esatto riscontro nel
canzoniere che il Bartsch contrassegnô colla lettera N, quelio
cioè che sotto il n° 8335 si conserva presentemente a Chel-
tenham, nella Bibliotheca Phillipps. Nella tabella, di fronte aile
note del Colocci io riproduco le particolarità del ms. N 2 a cui
quelle vanno riferite.
Precedono nel ms. 9 carte contenenti il primo verso di
ciascun componimento. Queste carte io designo coi numeri
romani.
POSTILLE DEL COLOCCI. PASSI CORRISPONDENTI NEL CANZ. N.
1. f. I r °. Rubrica del testo : « Chansos f. 162* (rubrica) : « Giraut de Bor-
qe fes en girard de borneilh ». Po- nel ».
stilla : « equicola Giraut de bornel».
2. f. I TO . Testo : « Le doutz chant f. 174**. « Lo dolç chanç dun auçel.»
dun auçel ». Postilla : « equic.
delz ».
3. f. I r °. Testo : « Alegrar mi uolgra i. 18 i d . « Alegrar mi uolgr'en chan-
chantan ». Postilla : « equicola en tan ».
chantan ».
4. f. II">. Rubrica del testo : « Ber- f. 136». (rubrica). « Bernard la Uen-
nard da uentadorn ». Postilla : tador ».
a equicola la uentador ».
5. f. II ro . Testo : « Qan li dousaura f. 146 b . Mi è impossibile il confronto
uenta. de ues nostre pais » . Nota : perché il Suchier non riporta il
« uer equicola ». secondo verso.
6. f. III ro . Rubrica del testo : « Ayme- f. 149*. (rubrica). « Naimeric ».
ri de pegoilhan ». Postilla : « Equic. #
Naimeric ».
7. f. III v °. Testo : « Loniamen ma f. I50 b . « Longamen ma trabaillat e
trabailhat e malmes » . Postilla : malmes » .
« equic. longamente ».
1. In Revue des langues romanes, 3 e série, IX, 11-13.
2. Mi valgo per questi riscontri délia descrizione particolareggiata che
diede del ms. il Suchier nella Riv. di Fil. rom. f II, 49-52 e 144-172.
RICERCHE INTORNO A
8. f. III vt> . Testo : « A lei de foll
camiador ». Postilla : « del equi-
col. ».
9. f. III V °. Rubrica del testo : « pere
milo ». Postilla : « Milon equicol. »
10. f. V v °. Testo : « Sanc fis ni diz
nulla fazon ». Postilla : « sieu equi-
cola ».
11. f. I9 V0 - In fine alla canz. di G. de
Borneilh « Sim sentis fizels amies »
è la nota del Colocci : « in libro
equicoli deest ».
12. f. 36^. Testo : « Nelias debariol.
Atresi qol cisnes fai ». Postilla :
« Altresi equicola et dice pezrol ».
13. f. 48*°. Testo : « Bernard daue-
tadorn. Ben man perdut lai enuer
uentadorn ». Postilla : « uentadorn
equico ventadonr ».
14. f. 7S vo - canzone « Ab cossi-
rier plainh en chantan mon damp-
nage » finisce : « lai part mon pes-
lier ». E il Colocci annota : « equi-
col. mont peslier ».
i$.f. 8i vo . Testo : « Gauçelm faiditz.
Mon cor e mi e mas bonas chan-
ços ». Postilla : « in libro Marii
dicit peyrol ».
16. f. 100™. Testo : « Ricard de ber-
bezill. Aissi qol peis han en laiga
lur uida ». Postilla : « si cum li peis
in libro equicoli tribuitur Arnaut de
Merueil ».
17. f. n8 v °. Testo : « Guillem de
sandisder. Bel mes hueimais qieu
retraia ». Postilla : « in libro paruo
equicoli. lo Monge de pueisibot »
18. f. 152™. Testo : a Cadanetz. Aissi
con cel qama e non es amatz ».
Postilla : a In libro equicoli Arnaut
de Merueill ».
19. f. 182™. Nella penultima stanza
délia canzone di « Peirol : « Tut cil
qim pregon », è sottolineato il verso
« sert mout fon bona la mia » e il
CANZON1ER1 PROVENZAL1 45$
f. 151». « A lei del fol camiador ».
f. 102*. « Peire Milon ».
f. 214c. « S'ieu fis ni dis nuilla sa-
zon ».
f. 173 b . Impossibile verificare sulla
tavola del Suchier se in N manchi
qualche verso ail* ultima stanza.
f. 79c. « Altresi col cisnes fai », attri-
buita appunto a « Peiroll » (v. Su-
chier, p. 149).
f. 140c. « Ben m'a perdut en lai ues
Uentadonr ».
f. 119 b. Impossibile il confironto,
trattandosi di un verso finale di
stanza.
f. 113*1. Attribuita pure a « Gauseim
Faidiz. »
f. 66 b . « Si cum li peis an en l'aiga
lor uida » attribuita appunto ad
Arnaut de Merueil (v. Suchier
p. 148).
f. 2io d . Attribuita a « Lo monge de
Pueisibot » (v. Suchier, p. 162).
f. 65». Attribuita a « Arnaut de
Merueil » (v. Suchier, p. 148).
f. 82 b . Impossibile il confronto, poi-
chè dal Suchier viene indicato solo
il primo verso di ciascuna stanza.
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456
C. DE LOLLIS
Colocci annota : « in libro equi-
coli deest ».
20. f. i83">. Testo : « Peirol daluer- f. 279 d . E' appunto nella sezione
gna. Qant amors trobet partit ». posta sotto la rubrica « Partimcnz ».
Postilla : « In libro Marii dicit (v. Suchier, p. 171).
tenson 1 ».
Le note del Colocci, corne ognun vede, trovano quasi sem-
pre una perfetta corrispondenza nei passi che noi abbiamo
riportati dal testo del codice N. Tuttavia, le postille 2 e 15
parrebbero riferirsi ad un altro testo : ma da sole non possono
distruggere il valore délie altre, tanto più che nella designa-
zione del ms. dell' Equicola non differiscono punto dalle altre.
Di più, il ms. 8335 di Cheltenham è certamente di mano italiana
non solo, ma proveniente da Mantova (patria adottiva dell'
Equicola), corne ci prova il documento del 1354 inserito nel
f. 52 vo \ E ad ogni modo il canzoniere N ci rappresenterebbe
sempre l'originale di un apografo abbastanza fedele eseguito forse
ai tempi dell' Equicola e che per niezzo dell' Equicola il Colocci
avrebbe preso in prestito dalla biblioteca Gonzaga. Potrebbe
poi anche supporsi, corne fa il sig r De Nolhac, che fosse
proprio questo il libro in lingua prouençale che nel 1526 il
Colocci restituiva al Duca di Mantova J. Ma il fatto è che
rUbaldini4 ci attesta che il vescovo Nocerino « scripta Provin-
cialium evolvit, earumque vocum volumen db ipso Mantuat
marchione Francisco obtinuit, cui et restituit anno millesimo
quingentesimo vigesimo sexto per oratorem ejusdem Principis
Romae agentem ». Il documento allegato dal Cian e il passo
dell' Ubaldini si riferiscono certamente allo stesso fatto 5. Ma il
biografo del Colocci par che insista a farci sapere che il Colocci
ottenne il prestito direttamente dal Duca, senza la mediazione
1. Le postille 12, 13, 14, 15, 16, 17, 19, 20 siritrovano tutte, pur di mano
del Colocci, nel cod. vat. 3205, aff. 25™, 32V0, 49^ 5^0, 63*0, 7 5vo t 112^
H2 vo . È noto che il cod. vat. 3205 è copia del parig. 12474.
2. V. Riv. di Fil. Rom., II, 50.
3. V. a questo proposito la lettera dell' Oratore del Duca di Mantova in
Roma a Giovan Iacopo Calandra in Cian, Un decennio délia vita di P. Btmbo,
pag. 217.
4. Vita Angeli Colotii, Roma 1673, p. 73.
5. Cf. Cian, op. cit., p. 70.
RIGERCHE INTORNO A CANZONIERI PROVENZALI 457
di alcuno : e non si capirebbe quindi perché il Colocci
chiamasse libro d'Equicola un volume che non fosse di proprietà
di quello nè per mezzo di quello gli fosse stato prestato.
Finalmente, se TEquicola avesse lui fatto avère il volume al
Colocci, o lo avrebbe richiesto lui direttamente, o, richieden-
dolo per lui il Duca, di lui si farebbe almeno un cenno nella
lettera citata.
Chè , del resto, l'Equicola , sia che ne avesse di suoi proprj ,
sia che tutti li prendesse dalla biblioteca Gonzaga, dovè, corne
è noto, avère a sua disposizione molti mss. provenzali. Ce ne
fa testimonianza sicura il marchese Federico Gonzaga in quella
sua lettera del 5 novembre 1525 al Trissino, nella quale gli
ridomanda « alcuni libri in lingua provenzale, quali sono de
quelli de la Libreria nostra », libri che l'Equicola avea prestati,
prima di morire, air autore dell' Italia Liberata 1 . Inoltre, la
postilla 17 da noi su riferita ci assicura che il Colocci stesso
ebbe in prestito più d'un ms. dell' Equicola : di fatto quel
che il Colocci chiama liber parvus Equicoli dev' esser qualchc
cosa di différente dall' altro che sempre chiama semplicemente
liber Equicoli. A prima vista, io ho pensato che potesse trattarsi
deir altro ms. 19 10 conservato in Cheltenham (o di uno ad
esso strettamente affine) il quale fu nelle mani delT Equicola 2
(o derivô direttamente da un ms. che l'Equicola utilizzô nel
Libro di natura (TAmore), e risponde per le sue esteriorità (non
ha che 28 ff., non computandovi quelli che contengono i pro-
x. V. questo brano di lettera in Morsolin, Giangiorgio Trissino, Vicenza,
1878, p. 142. (Cfr. Renier, in Giorn. Stor. d. Lett. //., III, 102.) La data
del 5 novembre 1525 che porta questa lettera, nella quale si parla délia morte
deir Equicola corne di un awenimento abbastanza remoto, non è conciliabile
colla data del 1539 cne comunemente si assegna alla morte dell' Equicola.
Ma questi in realta morl molti anni prima e precisamente il 26 luglio 1525.
Di questa rettifica di data son debitore alla squisita cortesia del Renier, il
quale pubblicherà tra brève i numerosi documenti che la comprovano irrcfra-
gabilmente.
2. V. Chabaneau, in R. d. 1. r., 3, IX, 1 1. Secondo le conclusioni dello
Ch., di tutte le notizie biografiche dei trovatori date dall* Equicola nel suo 'J
Libro di natura tfAmore, la sola che, non ritrovandosi negli altri mss., non è
reperibile nemmeno nel Chelt. 19 10, è quella riguardo ail' amore di A. de
Pegulhan per Donna Endia de Lisla sorella del Conte di Tolosa.
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458
C. DE LOLLIS
verbi provenzali , che appaion scritti nel sec. xvn) ail' indica-
zione di parvus. Ma quel ms. non contiene nulla, nemmeno il
nome del Monge de Pueisibot, e la postilla 17 del Colocci deve
certo richiamare un altro ms. che, corne YN l f attribuisca la
canzone Bel m'es hueimais al Monaco di Pueisibot 2 .
Ma poichè mi sono impegnato a parlare dei mss. provenzali
deir Equicola, ecco qui ancoia una novella prova che egli oltre
al codice N, che secondo me fu certamente nelle sue mani,
oltre ai Cheltenham 19 10 che (o il cui originale) assai proba-
bilmente egli studiô , dove' conoscere almeno un altro codice
che si trova tra quelli oggi sconosciuti. L'Equicola nella sua
Istoria di Mantova), parlando di Sordello, dice di aver vcduto
alcune sue composi^ioni e ne riporta una che è la tenzone con
Peire Guillem. Or questa tenzone si trova solo in quattro dei
codici che ci sono rimasti, EMNO : e il testo che TEquicola
dà è talmente différente da quello dei quattro codici, che certa-
mente da nessuno di essi è derivato*. Un altro ms. dunque
avrebbe avuto per le mani l'Equicola, e anche questo probabi-
lissimamente di casa Gonzaga, poichè egli dice di aver vedutc
alcune composizioni di Sordello, non di possederle.
1. Si potrebbe obiettarmi che in questa postilla 17 volesse il Colocci
designare col parvus lo stesso ms. che d'ordinario chiama semplicemente liber
equicoli. Ma l'aggetivo parvus deve star qui a designare un codice di piccole
proporzioni in antitesi al cod. N che conta ben 296 fogli e che perciô non
meriterebbe dawero il vezzeggiativo di parvus.
2. Altre due postille del Colocci al canzoniere M hanno attirata la mia
attenzione : la prima a f. IV vo (dell' indice) a fianco alla rubrica « En gui
figera » la quale dice : « Iulio Camillo Guill° Figera » ; la seconda a f . 19*"°,
a lato ai vv. di G. de Borneilh Sim sentis fi^els amies , ecc., la quale dice sem-
plicemente : « Iulio Camillo ». Anche l'erudito friulano sarebbe dunque stato
possessore d'un codice provenzale? Disgraziatamente, le due postille del
Colocci son cosl magre che precludono la via a qualunque ricerca in propo-
sito.
3. Mantova, Francesco Osanna, 1608, pp. 44-46.
4. Devo ail' inesauribile cortesia di P. Meyer la copia délia tenzone dal
ms. N di Cheltenham. L'ordine délie stanze è : semblait , affan, entendedar >
Jxmor, amesuraçy derengaç, descrimir, sofrir. Il Suchier, nella sua descrizionc in
Riv. d. Fil. rom. pag. 170, fa questa tenzone di 9 stanze, per un equivoco
facile a spiegare. Prese la parola amador che è nelF interno délia terza stanza
per la parola di chiusa del capoverso d'una stanza.
R1CERCHE INTORNO A CANZON1ERI PROVENZALI 459
II.
Ma per toraare al Colocci , da cui abbiamo prese le mosse ,
sarebbe lecito supporre che anch* egli , il quale tra gli eruditi
del 500 fu dei più appassionati dello studio délie lingue e délie
letterature moderne, avesse dovuto avère per le mani parecchj
mss. provenzali. Ai due codici vaticani 4796 e 7182 abbiamo già
accennato più sopra. Del primo si puô ricostituire una descri-
zione sufficiente dalle note che il Monaci comunicô al Canello f .
Ripeterô solo, ad intelligenza di quel che dovrô dire in
appresso, che il Colocci avea pregato il Summonte di inviargli
da Napoli una traduzione in lingua nostra volgare délie rime di
Folchetto di Marsiglia che il Cariteo avea fatta e gli aveva
mostrata in un poco di quaderno in quarto di joglio. Ma al Sum-
monte non riusci di trovare chel lexto Limosino di Folchetto e di
Arnaldo : e non gli rimase quindi, per favorire l'amico, che
incaricare il nipote del Cariteo (Casassagia) di fare pel Colocci
una traduzione délie poésie di Folchetto e di Arnaldo Daniello 2 .
Or il cod. 4796 contiene appunto la traduzione italiana interli-
neata nel testo di tre canzoni di Arnaldo Daniello (Sim fos
AmorSy Lo ferm voler, e Mout%, braills), di una di Guiraudo lo Ros
(Era sabrât) attribuita pure ad Arnaldo, e di nove canzoni di Fol-
1 . Lac. cit. Il Casini in una nota intitolata Un proven^alista del sec. XVI
sulla Riv. Crit. d. lett. //., settembre 1884, riparlô del cod. 4796, reputan-
dolo affatto sconosciuto. Ma questa sua nota dette occasione ad un' altra
dello Chabaneau (R. d. /. r., 3, XIII, 257-9), neu * <l u ale egli pubblicô una
lettera del Canello relativa al cod. 7182. Quanto al Vat. 7190 descritto dal
Fortoul (Revue des deux Mondes, 1846, pag. 571) corne del sec. xvu e conte-
nente versioni latine da R. di Vaqueiras ed italiane da Folchetto di M.,
adressées à un prélat par Bartholomeo Casassagia, non saprei dirne nu 11 a per ora.
Certo perô il Fortoul non fece confusione col 7182, poichè di questo parla
subito dopo e con particolareggiata difRisione ; nè col 4796 , poichè esso in
una scrittura chiarissima contiene solo testi provenzali con versioni italiane
interlineari, e nè vi compare il nome di R. di Vaqueiras nè vi son reperibili
distici latini e versi di Ariosto.
2. Tutto ciô si desume dalla lettera del Summonte al Colocci del 28 luglio
1515, che il Lancellotti pubblicô a pp. 91 e sgg. délie Poésie ecc. Questa let-
tera servi per accompagnare la traduzione del Casassagia.
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460
C. DE LOLLIS
chetto (Per Dieu amors, Ben ban mort mi e lor, Amors mer ce,
Greu fera, Mout i fes gran peccat, Ad qan gen vtn\, S" al cor plages,
Uns voler s outracuia% Tan m'abellis). Subito dopo la canzone
Era sabrai si legge nel codice una brève lettera d'accompagna-
mento del Casassagia.
Il codice miscellaneo 7182, per la varietà appunto del suo
contenuto, mérita di essere un po' diffusamente descritto. Esso
è cartaceo, di ff. numerati 500 scritti da diverse mani del
sec. xvi.
ff. 1-60. « Laurentius Benincontrus Miniatensis; Dies solemnes christianae
religionis, carmen ». — ff. 64-81. « Rodulphi Aracynthi Epithalamii
Virginei libri très » (di raano del Colocci). — ff. 82-96. Componimenti
latini (per lo più epigraramatici) in bella copia (di mano del Colocci). —
ff. 97-143. Componimenti latini dello stesso génère, con moite cancel-
lature. Anch* essi di mano del Colocci. — ff. 144-167. « Hieronimi
Fracastorii Syphilis » (di mano del Colocci). — ff. 168-193. Componi-
menti latini d'argomento amoroso. Recano in fondo la data « finis 1474
kalendis Octobris ». — ff. 194-209. « Ad diuam Felisiam de Ruoere
Petrifrancisci Iustuli spoletani insubsequens de setiuomis animalibus
opusculum » (di mano del Colocci). — ff. 210-222. « Ad uirum clarissi-
mum Agapytum geraldinum ducalem secretarium Petrifrancisci Iustuli in
croci cultum praefatio » (di mano del Colocci). — ff. 226-246. È ripetuto
tutto il componimento intorno alla cultura dei filugelli e una parte di
quello sullo zafferano (di mano del Colocci). — ff. 247-275. Componi-
menti poetici italiani (di mano del Colocci, con frequenti richiami ad un
antiquo codice che certamente sarà il Vat. 3793). — ff 276-278. Frammenti
portoghesi (lais) 1 . ff. 281-286. Frammenti provenzali. — ff. 287-294.
Testo e traduzione interlineare délie tre canzoni di A. Daniello e di quella
di Guiraudot che abbiam trovate nel cod. 4796. Cosi il testo corne la ver-
sione sono identici nei due mss. Segue immediatamente la lettera del
Casassagia al Colocci. — ff. 295-303. Quadernetto di carta différente e
scritto d'altra mano, che contiene da f. 295 a f. 298 ro traduzioni per
disteso da Fôlchetto ; due frammentarie : Ma troppo m 1 ha adirato atnore,
Tanto ce e il mio core posto (dalle canz. Mout i fes e Uns volers), una
intiera : Tanto me abellisce T amoroso petisamento (canz. Tan m?abellis)\
da f. 298™ a f . 303 contiene la traduzione per disteso che nei ff. 287-294
è disposta nell* interlineo. Si chiude colla stessa lettera del Casassagia. —
ff. 305-325. Testo di poésie di Fôlchetto con traduzione interlineare, délia
stessa mano dei ff. 287-294. (Per dieu amors , Ben han mort, Amor merce,
1. Riprodotti dal Monaci nei Facsimili di antichi mss, ecc, fasc. III.
RICERCHE INTORNO A CANZONIERI PROVENZALI 46 1
Greu fera 9 Mout i fes, A qan gen, Sal cor plages, Uns vokrs, Tan mabellis).
— ff. 326-333. Traduzione per disteso dei precedenti componimenti di
Folchetto nelT identica scritura dei ff. 295-303. — ff. 336-358. Appunti di
geografia e componimenti poetici italiani dei Colocci. — ff. 360-409.
Sequela di esametri latini tutti di mano dei Colocci. — ff. 410-416. Fram-
menti latini. — ff. 418-441. Brano dei De Raptu Proserpinae di Claudiano.
— ff. 442-464. Testo a stampa dei De raptu Proserpinae , tutto postillato
di mano dei Colocci. — ff. 465-472. Strofe ed antistrofe latine. — ff. 473-
474. Un giudizio critico in lingua italiana, che non è certo di mano dei
Colocci. — ff. 475-477. Componimenti poetici italiani (quasi tutti sonetti)
di manodel Colocci. — ff. 479-484. « Le tre vedovelle dei S° r Rota ». Le tre
canzoni son di scrittura calligrafica dei Colocci. — ff. 485-492. « Canzone
morali di Dante Aligeri », di mano dei Colocci. — ff. 493-496. Appunti
dei Colocci di mitologia e storia greca, e in fine un abozzo di sonetto. —
ff. 497-499. Lettera di Iastio da Roccacontrada al Colocci, inviandogli La
quitta Vita di Pico délia Mirandola, il quale componimento poetico chiude
il volume.
Nella série disordinata dei ff. 287-333 ha spécial diritto
al nostro esame è agevole ristabilire l'ordine originario. Difatti,
i ff. 295-303 e i ff. 326-333 sono scritti nella stessa carta e
dalla stessa mano : riordinati che siano, essi ci rappresentano
Pestratto délia sola traduzione dell' originale dei Casassagia.
I ff. poi 287-294 e i ff. 305-325 sono scritti nell' identica carta
e dalla stessa mano (différend da quelle dei ff. 295-303, 326-
333) e, riuniti, ci rappresentano un duplicato fedelissimo dei
cod. 4796 : la prima parte di questo codice, formata dai ff. 1-8
e nettamente distinta dalla seconda parte (ff. 10-30) per mezzo
di una carta bianca (9), corrisponde perfettamente ai ff. 287-
294 dei 7182; la seconda parte (ff. 10-30) con pari esattezza
corrisponde ai ff. 305-325 dello stesso 7182. A trenta carte deir
un codice rispondono trenta carte nelT altro : non solo; ma
ogni pagina dei 4796 contiene, nello stessissimo ordine e nella
identica lezione, lo stesso numéro di versi testuali e tradotti che
ogni pagina dei 7182.
Una prima questione da risolvere si è se l'originale délia
traduzione dei Casassagia ci sia rappresentato dal cod. 4796 o
dai fogli sparsi nel cod. 7182. Senza dubbio, dal primo : pri-
mieramente, perché nel testo délia traduzione questo codice
présenta moite forme vernacole, proprie dei napolitano, le quali
nel cod. 7182 non si rinvengono; in secondo luogo, perché sui
margini dei 4796 si trovano délie postille in cui il traduttore da*
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462 C. DE LOLLIS
degli schiarimenti od esprime dei dubbj : postille che nemmen
esse si ritrovano nel 7182.
Quanto al testo provenzale che accompagna le versioni, non
v'ha dubbio che esso derivi dal ms. M. Le poche e lievi
varianti si spiegano col fatto che la derivazione non è stata
immediata. Nella lettera del Summonte è detto che la tradu-
zione del Casassagia era stata eseguita sopra un testo di Folchetto
ed Arnaldo, lasciato dal Cariteo : ora, si puô esser certi che si
trattava d'un estratto che il Cariteo, possessore del cod. Af,
avea fatto da questo ms. : 1 e délie poche varianti reperibili alcune
saranno state involontarie, altre volute dal Cariteo, il quale, a
causa anche délia sua origine catalana, doveva avère una non
comune pratica del provenzale.
Finalmente, è da rispondere alla questione la più impor-
tante : che cosa sono i frammenti provenzali contenuti nei
ff. 28r°-286 vo del cod. 7182, e donde furono tratti? Essi sono
otto, scritti l'un di seguito all'.altro, senza alcun segno che li
distingua e separi.
1°. Conta solo quattro versi e non è che una cattiva riduzione
provenzale di quattro versi di una canzone crociata di Conone
di Bethune.
Aunit sion tocz (sic) cels qui remanrunt
Se viels non es paubrete ou malage
E tuyt li ryc qui sayn e ioues sunt
Non podon mays remaner sayns hontage *.
1. Oltre la uniformità dei testi lo prova primieramente il fatto che il
Casassagia assegna ad Arnaldo Daniello la canz. Ara sabrai s'a ges ecc. che
soltanto M, tra i moltissimi codici che ce lTianno conservata, attribuisce a
quel trovatore, secondariamente la dichiarazione con cui il Casassagia
incomincia la sua lettera : « Magnifico et generoso Signore : le opère di
Arnaldo Daniello non sono più di queste che mando ad V. S., como queila
potri nel suo libro vedere ». Infatti, nel cod. Af, cioè nel libro del Colocci,
sotto il nome di Arnaldo Daniello non sono che ! quattro componimenti
tradotti dal Casassagia.
2. Sono i vv. 45-8 délia canzone di Conone che incomincia Ahi, Amours,
com dure départie, e che si leggeapagg. 2-5 dello Scheler, Trouvères beiges du
xn« au xrvc siècle, Bruxelles, 1876. Questa canzone, corne osservava giustamente
il Meyer (Romania , XVII , 305) , pare sia stata molto nota in Italia ; tanto
che si ritrova (sempre in francese perô) in due dei mss. provenzali indubbia-
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RICERCHE BÏTOEXO A CAKZOXIERI PROVEXZALI 463
II. Contiene trentatré versi, dei qualî il primo è Amix Robert
fey que dey vos, l'ultimo E pla^ mi bella messies. Abbiamo dun-
que, mancante degli ultimi due versi, una canzone del Monaco
di Montaudon (Grundriss, 305, 5) che è contenuta solo nei can-
zonieri CE dai quali la riprodusse il Mahn, Ged. 349 e 341.
m. Frammento di venticinque versi che incomincia : Tay
seruida c de tôt mon poder, e finisce : Et uns autre mi fay tir e
chanteur. È, mancante perô del principio, la canzone registrata
dal Bartsch al n° 236, 6, sotto il nome di Guillem de la Tor, a
cui l'attribuiscono i canzonieri IÏ&FGIKU. Solo N Pattri-
buisce a Peire Milon. Il Mahn la pubblico da N e da / (Ged.
290, 655). Nel Parn. Ou. a p. 379 è pubblicata ancora da N.
Il Grùzmacher la pubblico da U in Arcb., XXXV, 454.
IV. Nove versi che riporto tutti :
Doua quaoez la senhoria
De iouen e de cortesb
E de totas finas valors
Honrada sobre las melhor
Flors de totas finas beutatz
Cuy dieus a totz bos aj'bs donatz
Per dieu et per franca merce
Ses cui hom non pot valer re
E puys per cortesia après
Fanno parte del frammento di 22 versi che il sig' G)nstans
pubblico in R. d. I. r., 3, VI, 123, e il Suchier a p. 318 dei
Denkmâler, ambedue dal cod. N che è il solo a contenerlo. Il
Bartsch lo ricorda a § 29 e poi anche nel repertorio délie com-
posizioni anonime.
V. Frammento di ventidue versi, che incomincia : E si tôt
ieu suy aytals y e finisce : Que plus fort tensa. Appartiene alla can-
zone di Gausbert de Pueisibot, che incomincia : Una grans amor
cotais (Gr. 173, 14) ed è contenuta nei codici : ACDEGIKLNPR
TUax. È stampata nel Parn. Ou. da CEINRT, e nelT Archiv,
XXXV, 418, da U.
mente scritti in Italia : vale a dire DO. In quest' ultimo anzi , corne riconobbe
pel primo lo stesso Meyer, essa si trova fusa coir altra pure di Conone e
non meno célèbre, che incomincia : Sonques nus hom par dure départie.
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464 C. DE LOLLIS
VI. È tutta intiera, con la lacuna perô di qualche verso, la
canzone di Gausbert de Pueisibot Bes cuidet venjar atnors (Bartsch,
n° 173, 2) la quale è contenuta nei codici ACDGHIKNRT,
ed è stampata in Rayn. III, 365.
VII. È tutta intiera la canzone Breu vers per tal que meins i
poing (Bartsch, 172, 1) attribuita a Gausbert Atniel in ADIK>
anonima in GN. Stampata nel Parti. Occ. 268, e in Arcbiv,
XXXV, 104 dal cod. G.
VIII. I primi ventun verso délia canzone S'ira d*amor tengues
amie jau^en (Bartsch, 273, 1) attribuita a Jordan Bonel in
DEIKU y a Jordan de Cofolen in CR, a Jordan de Cofenolt in
S, a Uc de S. Cire in T", anonima in G. Stampata in Parn. Occ.
202 enell' Arch., XXXV, 451, da U.
Lasciando da parte il n° I , délia cui provenienza non saprei
dir nulla (non credo ad ogni modo il Colocci autore délia
riduzione provenzale), osservo che i numeri III, IV, V, VI, VII
si ritrovano tutti nel cod. N, e, anzi, il numéro IV solo
nel cod. N 1 ; i numeri II e VIII si ritrovano tutti due nel cod.
E (parig. 1749). Sapendo che il Colocci ebbe per le mani il
cod. di Cheltenham 8335, saremmo portati a credere che di li
fossero tratti i numeri III- VII : ma da una parte a noi non fu
possibile confrontare tutti i frammenti colocciani con la lezione
di quel codice, che è tra i meno accessibili agli studiosi; dalT
altra, il confronto che ci fu possibile di fere per due di essi
(El e IV) col testo di N dato dal Mahn (Ged. 290) e dal
Suchier (Denkm. p. 308) non ci autorizza ad una conclusione
decisiva 2 . L'uniformità non è perfetta : ma le varianti, quasi
tutte puramente grafiche, potrebbero rappresentarci alterazioni
dovute parte alla lettura errata, parte al sistema ortografico del
copista , il quale , pur non essendo il Colocci , poteva esser pra-
tico di trascrizioni provenzali. Pel n° IV che ho riportato più su
ognuno potrà fare da sè il paragone : io mi limiterô ad osser-
1 . I primi due versi perô anche nel Barbieri , Origine délia poesia rimata ,
p. 130, il quale attribuisce questa lettera ad Alegret.
2. La malsicura identità dei cinque frammenti colocciani col testo di N
potrebbe, in chi consideri la non perfetta conçordanza délie postille del
Colocci al cod. M col testo deilo stesso ms. di Cheltenham (v. sopra a
pag. 456), awalorare il dubbio che Terudito iesino non abbia avuto per le
mani proprio quello, ma si un ms. da esso immediatamente derivato.
RICERCHE INTORNO A CANZONIERI PROVENZALI 465
vare che flors (al 5 0 verso) invece di fons è una variante che
poteva presentarsi spontanea ad un copista un poco abituato
allo stile trovadorico. Qtianto al n° III dô qui le varianti che il
nostro codice offre rispetto ad N :
1 ». Tay. e de — 2. nuls homs tam — 3. maluatz senhor — 4. Que.
guiardos — 5. Per quieu men. attendemen — 6. quieu. talens — 7. mentent,
quai mieu — 8. nulh homs — 9. Melhor de leys. ab — 11. miels —
13. Quom sapchal. res uiuent — 14. que. gent — 15. quieu — 16. sieu. e
quieu — 17. quar — 18. chausimen — 19. puys. quieu aientendemen —
20. sieu. plasent — 21. San fermament. sieu — 22. Qualtra — 23. Quamors.
quem — 24. cuns ior. fay — 2$. Et uns autre.
Quanto ai numeri II ed VIII che non sono in N ma si ritro-
vano in parecchj altri codici tra i quali E, il mio primo sospetto
è stato che appunto da quest' ultimo fossero derivati. Difatti, se
nonostante le conclusioni négative del sig r De Nolhac 2 , esso
fosse appartenuto, corne si è creduto finora, al Bembo, nulla
di più probabile che questi lo avesse prestato al Colocci. Ma
il fatto è che anche il testo di E differisce troppo notevolmente
da quello del cod. Vat., il quale bisogna senz' altro supporre
derivato da altra fonte.
Infine, poichè i ff. 28i ro -286 vo del cod. Vat. 7182 non sono
di mano del Colocci, è lecito supporre che i frammenti in esso
contenuti fossero da altri copiati da mss. che egli non abbia mai
avuti per le mani.
m.
E poichè mi son messo a raccogliere dei fatti relativi allo
studio del provenzale in Italia, aggiungerô qualche cosa a ciô
che il sig r De Nolhac concluse dalle postille marginali del cod.
Parig. 12473. Giustamente egli riconobbe in esse la mano del
1. I numeri si riferiscono al testo del cod. Vat.; e poichè in esso mancano
i primi dieci versi, il nostro numéro 1 corrisponde al v. 1 1 di Mahn, e cosl di
seguito.
2. Op. cit. p. 317.
Rouum'a, 20
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466 C. DE LOLLIS
Bembo 1 , escludendo senz' altro quella del Petrarca 2 : e se ne
avesse esaminato il contenuto egli avrebbe potuto pienamente
convalidare Tasserzione del Meyer che sui margini del codice
Estense avea trovato annotazioni délia stessa mano. Difatti, il
Bembo a f. 4 ro del 12473 , a lato alla rubrica Nue brunecs
annotô : « Ugo bruneng in secundo », a f. 48™, nella canzone di
Folchetto Si con cel ques tan grenat^ tra la 3* e la 4* stanza
annota : « Deest. ex 2° » e in margine riporta la stanza man-
cante : A seigner dol% e priua% ecc; a f. 86 vo accanto alla rubrica
Nue brunecs. (Aram nafron li sospir) annotô : « Délia morte
di costui fa canzone Deo de prades in secundo ;î » ; e a f. 90™ a lato
a Guillems de cabestaing. (Asat% es dreitj) annotô : « Pare
canxpna daltro. In secundo 8) » ecc. ecc. Or tutte queste postille
sono dei richiami al codice Estense, come puô assicurarsi
ognuno, consultando la descrizione minuta del Mussafia*. La
1. Non la riconobbe perô nelle note marginali in caratteri majuscoli a
pag. 231 del parig. 1749*. Per mio conto, mi sentirei inclinato a riconoscervi
la stessa mano che nelle note a ff. 14*0, 29"», 41"» del cod. 12473. L'identità
recentemente stabilita dal Thomas (Rom. t XVDI, p. 297) del ms. 1749 con
uno del mss. già di casa Estense aumenta la probabilité che esso abbia potuto
essere tra le mani del Bembo.
* [Les notes en majuscules auxquelles il est fait ici allusion consistent dans les mots GVIRAV'T
D'ESPANHA écrits a deux reprises de la main de Peiresc, à ce qu'il semble. Le ms. fr. 1749 vieil
de Mazarin qui avait acquis un grand nombre de mss. de Peiresc. — P. M. |
2. Dell* esistenza délie postille petrarchesche vi era già nel sec. XVII chi
dubitasse forte. Mi è capitato tra mano in questi giorni, favoritomi dal mio
amico sig r M. Menghini un libro curioso, e credo anche assai raro, dal titolo :
// ritratto del Soneito e délia Can\one, Discorsi di Federigo Meninni ; Venezia,
Bertani, 1678. Or a pag. 301 di questo libro, del cui contenuto basta a dare
un* idea il simplice titolo, si legge il passo seguente : « Alcmane fu il primo
« inventor dell* Cda tra i Greci , come voile Scaligero nella Poetica : ma
« Giraldo di Borneil di Limoges, il quale fu nomato il Maestro dei Trouatori
fra i Prouenzali, fu Inventore délia Canzone, conforme costa da un Libro
« non impresso di Poemi di centoventi Poeti Prouenzali, chiosato dal
a Cardinal Bembo, et poi venuto in poter dal Signor Fuluio Orsino. » Da
esso si rileva chiaro che il Meninni conosceva il ms. ora Parig. 12473, ma
non prestava fede che in parte alla nota autografa apposta dall' Orsini sulla
guardia di quello : conveniva cioè che esso fosse postillato dal Bembo , ma
non dal Petrarca.
3 . Nei Rendiconti delT i. r. Acadcmia délit science di Vienna , classe filosof.-
storica, LV. Ved. pagg. 365, 366, 372, nella quale ultima il Mussafia avverte
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RICERCHE IKTORNO A CANZONlERl PROVENZALI 46*7
stanza anzi A seigner dol^ e priuat\ notata sul margine del cod.
12473, a f- 48 vo > 10 stesso ho potuto confrontarla colla lezione
del cod. Estense (f. 43*) e son rimasto convinto dell' identità 1 .
Ma non soltanto al ms. Estense ci rimandano le note del
Bembo. Due di esse, a f . I2 ro e f. 19™ alludono ad un altro,
che egli désigna col numéro ordinale terxp : a lato alla canzone
di G. de Borneilh Conseil uos quier bella miga lamanda
nota il richiamo : « In tertio j8 », ed a lato a quella di B. da
Ventador Qan par la flors iostal uert fuoill nota : « Anche
nel ter\o 5 ». E quale sarà il ms. cosl designato? La canzone
Conseil vos quier è contenuta in ABCDGHIKNQRVa e nel
ms. 19 10 di Cheltenham; l'altra del Ventador in ABC DO*
EFGIKMNOPQQ 2 RSUaf e nel ms. 1910 di Cheltenham. Ora,
è naturale che da queste due série di mss. escludiamo quelli
che si trovino non contenere tutte due le canzoni postillate, e
inoltre il ms. D che è quello designato dal Bembo corne
secundus e K che è quello posto da lui a base dei suoi raffronti ;
e dopo una tal riduzione ci restano da prendere in esame :
ABCGINQRa e il Chelt. 1910 2 . Di questi 10 mss. nessuno
offre una risposta chiara e précisa ai richiami del Bembo
che il componimento Assat\ es dreig è sotto la rubrica Oçil Gadartz, e una
mano del sec. xvi o xvn correge : « di Gugîielmo Campostag ». È, non v'ha
dubbio , scrittura del Bembo , che aveva visto il componimento attribuito al
Cabestanh nel cod. 12473.
1. Assicurati cosl che e il parig. 12473 e Testense appartennero al Bembo,
e data la strettissima affinità délia parte cartacea del cod. estense (d) e del
parig. K y ci pare che sia proprio da arrischiare l'ipotesi che quella sia stata
compilata dal Bembo stesso a base del ms. di cui faceva maggior conto, lo
stesso parigino cioe 12473. Del resto, alla derivazione immediata di d da K
si è più volte e da più parti accennato (cfr. Suchier, Der pàpierne Tlxil der
Modenaer Troubadour IxmdscJmft , Zeitsclir. f. rom. PIrii., IV, 72-3 dove son
riassunte le varie opinioni) ; ma di essa non si puô ormai più dubitare ; chè i
farti ch' io metto qui in rilievo ci fanno anche conoscere le circostanze che
occasionarono taie derivazione.
2. D sig r Constans che lo scoprt e lo descrisse (Rev. des î. rom., y série,
V, 261 e sgg.) lo dice del sec. xvi. Ammesso pure che sia veramente cosi ,
non è una ragione per escluderlo a priori dal nostro computo : potrebb' essor
benissimo una copia che il Bembo od altro studioso suo contemporaneo
avessero fatto eseguire da un antico testo.
3 . Per questa verifica mi son servito délie descrizioni particolareggiate date
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468 C. DE LOLLIS
Questo tenp ms. dunque al quale allude il Bembo sarebbe da
annoverare tra quelli perduti o almeno finora irreperibili ?
E ancora un altro ms. provenzale ricorda il Bembo in queste
sue postille al canzoniere Parig. 12473, designandolo coll' appel-
lativo parvus. A f. 50™, nella canzone di A. Daniello En est sonet,
pel verso Que dieus mi don bon esert nota la variante « issert in
paruo ». Poi a f . 5 i r0 nella canzone dello stesso Daniello Sim fos
amors, a lato ai versi :
Qen tôt lo mon non es nom de nuil nom
Tan finamenz désir gran ben auer
Com eu fatz leis si tôt men son nosenz
Deuinador qui dans dels drutt esfesta
il Bembo annota : « Permulata sunt ista in paruo cod. », e a lato
ai seguenti (f. 51™) :
Mos deseriers ni ques forque nis branc
Non serai sieus ni raieus si iam so parc
postilla : « Item ista ». Or questa disposizione di versi è comune
solo a IKN 1 : tutti gli altri codici presentano la permutation*
osservata dal Bembo nel suo parvus. D'altra parte, la lezione
issert che il codice parvus presentava nel v. 17 délia canzone
En est sonet è anch' essa comune a un gran numéro di codici 2 .
Cosi che non abbiamo dati sufficienti per identificare con uno
dei canzonieri conservatici il codice a cui alludeva il Bembo e
nemmeno per circoscrivere entro i limiti d'una certa probabi-
lité le nostre ipotesi.
C. de Lollis.
dal Grûzmacher (per AGQa), dal Cat. des mss. fr. (per BCI), dal Suchier
(per N) , dal Meyer (per R) , dal Mussafia (per D) e dal Constans (per il
Chelt. 19 10). Quest* ultimo ms. nell* elenco dei primi versi délie composi-
zioni di G. de Borneilh assegna alla canzone Conseil vos quier appunto il
n° 38 : ma nella enumerazione dei primi versi di 37 poésie dei Ventador, la
canzone Can par la flors reca il n° 19.
1. V. Canbllo, Arnaldo Daniello, pag. 256.
2. Ib., p. 225.
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MÉLANGES
i.
DEHÉ.
M. Godefroy réunit dans un môme article {deshait) les mots
deshait) deshet, deshé, dehait, dahet, dahait, dabé, dehé, daha, daé 9
dont, deé, et les traduit par « chagrin, découragement, malheur,
malédiction, damnation ». Il est clair qu'il y a là plus d'un
mot. Deshait 1 est composé de des et de hait, subst. verbal de
baitier, mot dont Tétymologie n'est pas claire, mais est sûrement
germanique. Deshait signifie « découragement, malaise physique
et moral ». Quand ai s'est changé en é, il a été écrit deshet, mais
il n'a pu perdre son / pour devenir deshé. Deshé, donné par
M. Godefroy dans sa liste de formes, ne se trouve dans aucun
des exemples qu'il cite, et n'existe pas. En revanche, nous
trouvons souvent dehé ou dabé, qui ne peut être le même mot,
car il a un é fermé et non ouvert, comme l'attestent les rimes; il
ne paraît que dans des locutions impliquant une imprécation,
une malédiction :
Del tôt en tôt si ait mes cors dehé! (Gir. de Vienne)
DaMs ait Tore que li moines nasqui ! (Gariri)
Itex ostages ait ore par mi le cors dehé ! (Doon de Maience)
On le trouve souvent accompagné de Tépithète mal :
Sa femme truevent, cui Diex doinst mal dabé! (Enf. Ogier)
S'il ne nous porte foi , donc ait il mal de[h]è! (Parise)
i . Dehaity delxt sont des formes récentes plutôt que des composés indépen-
dants avec de.
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470
MÉLANGES
Comme les abstraits en ancien français, il est souvent
Dabe% ait qui vos aint ne qui jai vos crorai ! (Floovant)
S'or ne secor mon frère , dont aie tnau dahè ! (Gui de Bourgogne)
On emploie volontiers ce pluriel déterminé par un chiffre,
cent, cinq cents, cinq cent mille. Maldahé étant pris comme un mot
unique, on ne donne d'ordinaire qu'à la terminaison le signe
du pluriel :
Le / que l'on trouve parfois au singulier 1 est le t caduc que
l'on rencontre aussi dans gret, amet, etc., et qui tombe dans le
français normal, tandis que celui des mots comme hait (fait,
plait, etc.) se maintient toujours.
Le mot employé dans les formules imprécatives postule donc
une étymologie qui ait un a suivi d'un / isolé. Il y a quelques
années, je posais cette question , sans la résoudre, dans une de
mes conférences, à laquelle se trouvait présent Karl Bartsch, de
passage à Paris. Il y réfléchit, et me proposa de reconnaître
dans la seconde partie de dehé le mot hé (hef), substantif verbal
de haïr (hadir), lequel convient parfaitement comme forme. Le
mot hé est de bonne heure tombé en désuétude, car on ne le
trouve dans nos textes (voy. Godefroy) que dans la locution
coillir (une seule fois prendre) en hé; il aurait vécu, en 'outre,
dans le composé dehé. La première partie du mot ne serait
autre que le mot Dé (Deu, Dieu) : dehé signifierait donc propre-
ment « haine de Dieu », et aurait eu pour forme primitive, à
l'époque mérovingienne, Deu hat.
Cette ingénieuse explication me paraît extrêmement pro-
bable; Bartsch devait la rédiger et en faire une note pour la
Romania; je répare maintenant son oubli. Il y a cependant
quelques difficultés à relever et quelques observations à faire.
La forme dahé n'est pas, je crois, une objection grave : Ye
i. Par ex. aux v. 1047, 1938 de Roland, où les éditions Mûller, Bohmer,
CléUn, portent a tort dehait, que leur emprunte M. Godefroy dans sa citation
du v. 1938.
employé au pluriel :
Màldahès ait qui primerains lamist! (Lorrains).
Maldehe\ ait toute ma gorge
S'il a ja mais de moi nul preu ! (Roiviri).
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DEHÉ 47I
atone s'est changé sporadiquement en a comme dans maaille,
daerrain, faon, etc. Plus singulières sont les formes qui présen-
tent un a final, daha, pl. dehas, daha\, daa%. Si cependant on remar-
que que ces formes ne se trouvent pas à la rime, qu'elles précè-
dent toujours le verbe ait (daha ait, daba% ait, daa% ait, mal daa\
ait, maudahai ait, maldehas ait), on admettra volontiers qu'elles
représentent la forme atone de hé, conservée dans cette locu-
tion. Cette explication rend, sans doute, aussi compte des cas
où, au lieu de deha ait, dehé ait, on a dehait (dahait) construit
comme ait ; dehait est ici une locution contractée qui comprend
dehé -{-ait :
Dehait li bers qui ert de tel semblance ! (Conon de Béthune ')
Maldebait qui laira por povreté! (Aioul t v. i$7) a .
Dehait, biaus sire, qui enterra ensi ! (Huon de Bordeaux)
Sire, dehait qui croira vos sermons !](Tibaud de Champagne).
Cette locution mal comprise paraît encore avoir donné lieu à
une confusion. Dans dehait (maldebait) qui, on crut que le verbe
ait manquait, et on dit dehait (maldebait) ait qui. De là vient
que, tandis qu'on ne trouve jamais dehé pour deshait, on lit
quelquefois dehait pour dehé, mais toujours dans la formule
dehait (maldebait) ait :
Maldebait ait qui vos a pris ! (Lorrains »)
Pour résumer cette exposition, l'ancien français possédait
deux mots que Ton a jusqu'à présent confondus et qu'il faut
bien distinguer : deshait, subst. de deshaitier, et dehé, très pro-
bablement composé de (Deum) et de hé, subst. de haïr, et
1. Les mss. suivis par M. Scheler portent Maldebait bers.
2. M. Fôrster remarque sur ce vers : « L'ellipse (ait) est fréquente dans
cette formule.» Notons qu'au glossaire il identifie, comme M. Godefroy, deshait ,
débet et dehé ; mais il attribue à débet et dehe un e ouvert et n'essaie pas d'ex-
pliquer comment cet e assone (Elie 328) avec e provenant de a. Au v. 5412 il
change à tort le Maldelies ait du manuscrit en Mal déliait ait.
3. Les autres exemples donnés par M. Godefroy appartiennent à des textes
en prose, et l'addition de ait n'est peut-être que le fait des copistes. Ici même
il serait facile de corriger Maldeliés, et certainement d'autres mss. le donnent.
En tout cas, on ne trouve jamais déliait pour délié à la rime ni autrement que
devant ait. — La formule déliait ait a d'ailleurs dû être fort usitée, car elle a
amené le pluriel débats ait (Gui de Bourgogne y Aire périlleux).
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472 MÉLANGES
emploj i uniquement dans des imprécations. Dehé se présente
aussi soi s la forme dahé, et, quand il est atone, de deba, daha.
Uni à ait, U s'est contracté en dehait, qui, n'étant plus compris,
a engendré la formule pléonastique dehait ait.
G. P.
II.
ESTALER.
MM. Wulft à Lund, Morf à Berne et Nyrop à Copenhague ont
eu l'obligeance de nous écrire pour nous rappeler — ce que nous
sommes confus d'avoir oublié (Rom., XVIII, 131) — que le
verbe estaler, au sens d' « uriner » en parlant du cheval (et,
par plaisanterie, aussi de l'homme), sous les formes correspon-
dantes (stallen, etc.), existe en allemand, en danois, en sué-
dois, etc. L'origine de ce verbe et son rapport avec le fr. estaler
dans ses deux sens demanderaient une recherche spéciale.
G. P.
m.
PARCHE.
M. A. Héron a bien voulu nous signaler un second exemple
du mot parche (Rom. XVIII, 151). Il se trouve dans la Corn-
plainte des Normands (p. p. M. P. Le Verdier dans le Bull,
de la Soc. de l'hist. de Normandie) :
Aussi au conte de la Marche,
(et) Au noble conte de Clermont,
Supplions en escript , sans parche ,
Que chacun d'eulx secours nous dont.
Le mot paraît toujours bien se rapprocher par le sens de par-
chemin, mais la formation en reste obscure.
G. P.
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ANDRÉ DE PARIS ET ANDRÉ LE CHAPELAIN
473-
IV.
ANDRÉ DE PARIS ET ANDRÉ LE CHAPELAIN.
On lit dans YHistoria comitum Ghisnensium de Lambert
d'Ardres (Mon. Germ. Hist., XXIV, 568), à propos d'un événe-
ment du X e siècle :
Habuit autem jam dictus cornes Balduinus mire pulchritudinis sororem , a
Balduini Ferrei quondam uxore Elstrude nominatam Elstrudem, cujus Sifridus
nimio languebat amore; cui post multa amoris colloquia furti vaque ardoris
oblectamenta demum nolenti velle, immo nolle volenti, sine vi ludendo vim
intulit et eam clanculo impregnavit. Re autem in propatulo habita et mani-
festata, Sifridus, sibi metuens et comitem et dominum prestolari non audens,
in patriam reversus est et Ghisnas usque pervenit. Ubi aliquamdiu morbo
languens occulto et intemperato eius quam reliquerat amore, alterttm Andream
exlribens Paristetisem> miserabili morte defunctus est.
Pour qui connaît les passages de la littérature provençale ou
française du moyen âge où les poètes parlent d'André de France
ou de Paris, il ne peut y avoir de doute que nous n'ayons ici
une allusion au poème, nouvelle ou roman, qui contenait l'his-
toire de ses amours. Lambert raconte que Sifrid se mourait du
regret qu'il sentait de la perte de sa bien-aimée, et qu'à la fin il
en périt misérablement, ce qui porte le chroniqueur à dire qu'il
s'est montré un autre Andréas Parisiensis. Evidemment cet André
était mort, lui aussi, d'une triste façon, n'ayant pu atteindre
l'objet de ses désirs. C'est précisément cela que les troubadours
disent d'André de France : Aimeric de Belenoi pense qu'on
ne meurt pas d'amour, ce qu'il prouve par lui-même, qui ne
meurt pas, malgré les malheurs dont l'accable son amour; aussi
il ne croit guère qu'André en soit mort 1 . Bertran de Paris
remarque qu'André mourut de désir 2 . Jordan de Confolens
1 . Ni per amor puosca nul hom morir,
Car ieu non muor, e mos mais es tan greus,
Per qu'ieu non crei c'anc en moris Nandrieus.
(Raynouard, Cfxrix, t. II, 300;Bartsch, Grutidriss, 9, 11.)
2. Ni no sabetz
Ni d'Andriuet com moric de dezir.
(Bartsch, Denkmàler, 87, 8 ; Zeitschrift f. rom.
Pbiï., II, 322.)
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474 MÉLANGES
trouve de la ressemblance entre son sort et celui d'André,
car celui-ci mourut de la même angoisse dont la dame de Jordan
le tue 1 . Quant au surnom de Parisiensis, la même dénomina-
tion se trouve dans quelques vers d'Uc de la Bacalaria et dans
le passage du Chastoiement cfun pire à son fils, que M. G. Paris
a mentionné dans la Romania 2 . Ailleurs ce personnage est appelé
Andrieu de Fransa, ou simplement Andrieu (Andreu, Andrivei).
— La chronique de Lambert a été achevée, à ce qu'il semble,
vers la fin de l'an 1203 *•
Cherchant à expliquer ce nom $ Andréas Parisiensis, M. Joh.
Heller, l'éditeur de la chronique de Lambert dans les Monum.
Germ. hist., remarque en note que les paroles de Lambert sentent
la fable {fabulant redolent) ; mais, au lieu de tâcher de trouver cette
fable, il ajoute : « Intelligere videtur Andream aulae regiae
Francorum capellanum, qui a. 1170 Amatoria edidit; cfr.
Fabricius, I, 91. »
Ce n'est pas la première fois qu'on essaye de rapprocher l'un
de l'autre ces deux André et d'en faire un seul. Le premier litté-
rateur des temps modernes qui ait connu un peu le livre d'André
le Chapelain, Crescimbeni, avait eu la même idée. Dans un des
fragments d'une version italienne de ce livre qu'il a communi-
qués dans les notes de son Istoria délia volgar Poesia* figure
le nom $ Andréas capellanus. Crescimbeni trouve vraisemblable
que cet Andréas et celui que nomme Jean de Nostredame dans
la vie de Jaufre Rudel (c'est-à-dire André de France) soient la
même personne.
Jacob Grimm, faisant cette même suppositions, donne sans
1 . Mas ad Andrieu en près tôt eyssamcn ;
Car elh mon de tôt aital esfrey,
Cum ma dona auci atressi mey.
(Mahn, Ged y 211.)
Un seul troubadour semble indiquer qu'André se tua lui-même. (Tenson
de Guilhem de la Tor et Sordel, Grundr., 236, 12.)
2. Rom. y I, 105-107.
3. Mon. Germ. hist. y l. c, p. 551.
4. Istoria délia volgar Poesia, vol. II, parte 1, p. 90.
$ Gedichte des Mittelallers au/ Kônig Friedrich I den Staufer und aus seiner
so wie der nâehstfolgettden Zeit, hcrausg. v. Jacob Grimm. (Kleine Scfmften,
111,44.)
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ANDRÉ DE PARIS ET ANDRÉ LE CHAPELAIN 475
façon le surnom de « di Franza » à André le Chapelain, et il
propose de l'identifier avec 1' « Andrieu » d'une chanson de
Gaucelm Faidit, où le troubadour parle de notre André 1 .
Enfin, comme on l'a vu, M. Heller émet la même opinion,
seulement, cette fois, c'est dans le sens inverse : il voit dans
André de Paris André le Chapelain.
Si, comme le pense M. Gaston Paris 2 , André le Chapelain
n'a vécu et fait son livre qu'après les premières années du
xm e siècle, c'en est assez pour détruire l'hypothèse de l'unité
des deux André. Mais même si, comme je l'ai soutenu 3, André
a écrit son livre avant 1180, l'identification de l'auteur du
Tractatus avec André de Paris est extrêmement invraisemblable.
Il est vrai qu'on ne connaît pas de citation du roman d'André de
France antérieure à 1180. Ceux qui en parlent les premiers sont
Jordan de Confolens (si, ce qui semble presque indubitable,
Jordan de Confolens est identique avec Jordan de Bonel 4),
Gaucelm Faidit et Raimon Jordan. Le premier chantait la vicom-
tesse de Chalais, qui, veuve depuis 1 181 du comte Wulgrin
d'Angoulême, avait épousé le vicomte de Chalais, Barbezieux et
Montausier 5. Dans la biographie de Bertran de Born, cette dame
entreprend la réconciliation de ce troubadour avec sa dame.
M. Stimming 6 semble assigner cet événement aux années 11H2
à 1 183 ; il est à présumer que la vicomtesse de Chalais, puis-
qu'elle était déjà veuve en 1181, avait quelques années de plus
que la dame de Bertran, ce qui rend probable que Jordan lui ait
adressé ses chansons en ce temps même; autrement elle risque-
rait d'avoir été trop vieille. Les deux autres poètes ont chanté
après 1190. Donc, pour rendre possible l'identification des deux
André, il faudrait supposer qu'André le Chapelain, qui vivait
encore en 1 180, mourut immédiatement après, et, aussitôt mort,
devint le héros d'un poème, qu'ont connu surtout les troubadours.
Tout cela n'est pas bien vraisemblable, et rien dans les passages
1. Bartsch, Grundr., 167, 17.
2. Remania, XII, p. 528; Journal des Savants, 1888, p. 674.
3. E. Trojel, Middelalderens Elskovshoffer, Kjôbenhavn (Reitzel), (888,
p. 105-112.
4. Chabaneau, Les Biographies des troubadours, p. 34 et p. 456.
5. Chabaneau, /. c.
6. Bertran de Born, sein Leben und seine IVerke, Halle, 1879, p. 1$.
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476 MÉLANGES
des troubadours ni ailleurs ne porte à croire qu'André de France
ait été, dans le roman, représenté comme un clerc. Quelques-
uns des poètes provençaux disent Nandrieus; aussi M. Bartsch le
nomme-t-il « ein Edelknappe 1 ». M. Stimming en fait même un
roi de France 2 . C'est sans doute le surnom d' « Andrieu de
Fransa » qui l'a amené à cette opinion, et en effet il est
quelque peu surprenant; passe encore pour « de Paris » ; cepen-
dant il me semble que ces surnoms viennent simplement à notre
héros de l'endroit où le roman le faisait mourir 3. Son nom est
cité avec ceux des héros de roman renommés pour leur fidé-
lité, Tristan, Floire, Amile (Amelis 4), ce qui semble aussi le
renvoyer au monde fabuleux. Les termes indécis qu'ont employés
les poètes ne conviennent pas non plus à un contemporain *.
Lambert lui-même n'aurait pas dit d'un personnage du X e siècle :
« alterum exhibens Andream Parisiensem », s'il s'était agi d'un
quasi contemporain; évidemment il se figurait Andréas Pari-
siensis comme antérieur à Sifrid, ou plutôt, pour lui aussi,
André appartenait au roman.
Afin de ne rien omettre, j'ajouterai qu'on lit dans le livre
d'André le Chapelain ces deux passages, qui pourraient provo-
quer des doutes : « Sed non gaudeat Andréas de eo quod uiagis
cupit in orbe, sine quo etiam diu corporali non potest vita
beari, si suum ediderit remedium », etc. 6 , et, peu après, il dit
encore : « Nam et nos excellentissimi amoris concitamur
aculeis, quamvis nullum inde sumpserimus nec speremus assu-
mere fructum. Nam tante altitudinis cogimur amore langues-
cere, quod nulli licet exprimere verbo, nec supplicantium aude-
1. Grundr , p. 18.
2. Der Troubadour Jaufre Rudtl, sein Leben und seine Werke> p. 17.
3. Andrieu, qui fu mort a Paris. Rom., I, 106.
4. Qu'eu jur pels sans evangelis
Que anc Andrieus de Paris,
Floris, Tristans ni Amelis,
Ne foron d'anior tan fis. Uc de la Bacalaria, Grundr. ,
449, 3; Birch-Hirschfeld, Ueber die
den Troub. bek. epStoffc, p. 83.
5. Voir les citations dans Birch-Hirschfeld; Zeitschr. j. rom. Phil. y II, 322 ;
Roman. y I, 106.
6. Édition de 1610, fol. 2 a.
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IMITATIONS PIEUSES DE CHANSONS PROFANES 477
mus jure potiri,et sic demum compellimur proprii corporis sen-
tire naufragia x . » Ce sont là des plaintes comme celles que Ton
trouve dans presque toutes les poésies des troubadours et des
trouvères : la dame est toujours trop haut placée, et le malheu-
reux poète n'ose avouer sa flamme; il ne lui reste donc qu'à
mourir. Que de poètes morts, s'il fallait prendre à la lettre ces
noires prédictions ! Jamais le nom de « Gualterius » n'aurait
remplacé celui d'André le Chapelain 2 et donné au livre de celui-
ci comme son titre le plus répandu, si effectivement André le
Chapelain eût été identique avec le fameux André de France. Il ne
semble donc pas possible de donner son adhésion à l'hypothèse
de M. Heller.
E. Trojel.
V.
IMITATIONS PIEUSES DE CHANSONS PROFANES.
Dans l'un des derniers numéros de la Rotnania (XVII, 429-
37), M. P. Meyer a montré qu'un certain nombre de chansons
pieuses de Gautier de Coinci étaient imitées de chansons
d'amour. Nous allons faire la même démonstration à propos de
quelques autres pièces du même genre.
Nous nous bornerons aujourd'hui à la série de chansons à la
Vierge qui se trouve à la fin dums. Clairambault (N. A. 1050,
fol. 257 c — 272 a) (cf. G. Raynaud, Bibliographie des chansonniers
français, I, 218-9). Sur les trente-une pièces dont se compose ce
petit recueil, il y en a neuf dont nous pouvons indiquer les types
profanes. Nous les énumèrerons en général dans l'ordre où les
présente le ms., en leur donnant un numéro d'ordre, auquel
nous ajouterons celui qui leur a été attribué par M. Raynaud
dans sa liste générale des chansons françaises (BibL, tome H).
I. La chanson : Fine amor et bone espérance (n° 21 de la série,
222 de M. Raynaud) qui est sur un rythme assez fréquent dans
1. Fol. 2 b. — N'ayant pas de collations pour ces passages, je cite le
texte de 16 10. J'espère pouvoir dans quelque temps donner une édition cri-
tique du livre d'André.
2. Roman., XII, $28; Trojel, /. c, p. 99.
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478 MÉLANGES
notre ancienne poésie lyrique (abob baba), est calquée sur une
pièce profane dont elle a textuellement reproduit le premier
vers (R. 221) et qui est très probablement de Gace Brûlé x . Voici
le premier couplet de chacune de ces deux pièces :
Fine amor et bone espérance Fine amor et bone espérance
Me ramaine joie et cfanter, Me fait un noviau chant chanter
Se cele m'oste de pesance De cele qui touz ceaus avance
Ki tant triavra fait endurer. Qui de cuer la vuellent amer.
Ains ne m'i vaut gueredoner, Si vueil la mère Dieu loer
Par çou ai esmai et doutante. En la chançon que je comence ;
Se loiautés de bien amer En cele servir et amer
Ou sa grant valeurs ne nC avance 3 . Doit chascuns avoir sa baance.
On voit que l'imitateur a reproduit jusqu'aux rimes qu'il
trouvait dans son modèle ; mais il ne s'est astreint à cette fidélité
parfaite que dans ses trois premiers couplets; ses deux derniers
sont en ierc, er y tandis que les couplets correspondants de la
chanson profane étaient en iere> ent. Les deux pièces sont, du
reste, au point de vue des rimes, divisées également en 3 + 2
couplets.
IL C'est probablement de la même chanson de Gace Brûlé
qu'est imité le n° 24 (R. 1179 ; rimes disposées de même, mais
différentes de celles du modèle, et nouvelles à chaque couplet).
Voici le début de cette œuvre assez étrange, où l'auteur se plaint
qu'on lui refuse depuis longtemps le baptême, et appelle la malé-
diction du ciel sur ceux qui lui ont « crestienté veé » :
Douce dame Virge Marie,
La roïne de paradis ,
Vostre conseil et vostre aïe
Requier et requerrai touz dis ,
1 . Cette pièce est attribuée à Gace Brûlé par quatre mss. qui sont , il est
vrai, de même famille (Ars. 5 198 ; B. N. 845, 847 ; N. A. 1050), mais le chan-
sonnier de Berne, qui en est indépendant, confirme leur témoignage. Elle
serait du Châtelain de Couci , d'après le ms. du Vatican 1490, et de Pierre de
Molaines, d'après 844; mais cette dernière mention, du moins, n'a que peu
d'autorité, car le ms. 844, à cette page même (43), attribue au même Pierre
de Molaines une autre chanson (1429) qui est certainement de Gace Brûlé
(voy. plus bas, p. 481, note).
2. Nous citons ce texte d'après l'édition de M. F. Fath, Die Ueder des
Castellaw von Coucy, p. 79.
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■j
IMITATIONS PIEUSES DE CHANSONS PROFANES
479
Que vos priez vostre chier filz
Baptesme ne me faille mie ;
Trop en ai este escondix ,
Si le requier sanz vilainie.
III. N° 22; R. 1239. Cette pièce (en abab baac + refrain)
est calquée sur une chanson qui est probablement de Jean Erart 1
et dont elle reproduit à peu près le premier vers :
Amoretes au cuer qui me tiennent gai ' . Qui le tendront gai.
La pièce de J. Erart est tout entière sur les mêmes rimes;
chaque couplet est suivi d'un refrain nouveau. Au contraire,
dans l'imitation pieuse, le même refrain termine tous les cou-
plets, qui sont sur des rimes différentes, sauf, naturellement,
que le dernier vers est toujours en ai (comme dans le modèle)
pour rimer avec le refrain. De plus, la chanson profane est à
coblas capcaudadas (le dernier mot de chaque couplet, c'est-à-dire
ici des refrains qui les terminent, devient le premier du couplet
suivant) ; mais l'auteur de la chanson pieuse, terminant tous ses
couplets par le même refrain, ne pouvait guère être tenté de
reproduire cette recherche de versification.
IV. N° 25 ; R. 425 . Chançon ferai, puis que Diex m'a doné (en
abab abaa). Cette pièce est, comme le dit expressément son
auteur, imitée d'une chanson de Gace Brûlé (Au renouveau de la
douçor (Testé) (R. 437) J.
1. Attribuée à J. Erart par trois mss. de même famille (Ars., 845, 847), à
Guiot de Dijon par 844, à Andrieu Contredit par 12615.
2. Ce texte est cité d'après Dinaux, Les Trouvères brabançons, etc., p. 457.
3 . Tarbé Ta imprimée sous le nom de Thibaut de Navarre (Chansons de
Thibaut IV \ p. 7), sur la foi de Pasquier. Celui-ci dit en effet (RechercJxs, éd.
de 1723, tome I, col. 691 — et non 601 ; — cf. Lettres, II, VII, tome II,
col. 39) que son ms. commençait par cette pièce, et il la donne comme du roi
de Navarre. Comme aucun des mss. que nous possédons ne débute par cette
Penser ne doit vilanie
Cuer qui aime loiaument,
Mes baer a courtoisie
Et liaïr vilaine gent,
Et amer plus hautement
Cointe dame renvoisie ;
Samerai la plus jolie
Quen trestout le monde sai.
J'ai, j'ai
De penser a vilainie
Me devroie mes tenir,
Et de toute félonie
Car nus biens n'en puet venir.
Or mès me doit souvenir
De la très douce Marie ,
Et servir sans tricherie.
Cil qui la sert de cuer v(e)rai :
Cil avra amoretes au cuer
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480
MÉLANGES
Les témoignages contemporains sur nos poètes lyriques sont
trop rares pour que nous ne relevions pas le jugement du
rimeur dévot sur Gace Brûlé :
chanson, il paraît bien que celui que Pasquier utilisait n'était aucun d'entre
eux, ce qui pourrait donner à réfléchir sur la portée de son affirmation. Nous
ne croyons pas, cependant, ni que le ms. en question ait été très différent des
nôtres, ni qu'il faille attacher d'importance à l'allégation de Pasquier. Ce ms.
commençait, nous dit -il, par les deux chansons : Au renouveau de la douçor
d'esté et Cil qui iïatnours me conseille. Il devait donc être étroitement apparenté
à 845 , n. a. 1050 et Ars. 5 198 , qui donnent ces deux pièces en tête de celles
de Gace Brûlé; c'est par celles-ci que le ms. de Pasquier devait s'ouvrir,
comme 847, tandis que plusieurs des nôtres débutent par les œuvres de Thi-
baut. Pasquier traitait, du reste, avec une grande légèreté ces questions
d'attribution : « De faict, dit-il, il y a quelques uns qui estiment qu'il soit faict de
« diverses pièces. Mais la générale œconomie m'ensaigne que c'est d'un
« seul autheur ; et au surplus, je vois ce prince (Thibaut) si souvent nommé
« en des chansons où il s'introduit parlant avecques uns et autres que je ne
« fays nulle doute qu'elles ne soyent toutes de lui. » Il est donc probable que
son ms. portait plusieurs noms d'auteur et qu'il aura négligé de parti pris
ces indications pour faire la part plus belle à Thibaut, dont il trouvait peut-
être le nom dans quelque moderne incipit. N'oublions pas que son but, dans
les deux passages en question , était de montrer que de tout temps « la poésie
« françoyse ne se logea pas seulement aux esprits du commun peuple, ains
« en ceux mesmes des princes et grands seigneurs ». Sur les cinq chansons
qu'il attribue à Thibaut (R. 437, 565, 643, 1204, 711) les quatre premières
sont d'autres auteurs. Nous n'insistons — trop peut-être — sur ce point que
pour prémunir contre les fausses attributions que l'on trouve dans les pas-
sages de Pasquier dont nous nous occupons, car la chanson dont il s'agit ici
est, sans aucune contestation possible, de Gace Brûlé. En effet : i° le témoi-
gnage de notre rimeur pieux est confirmé par six mss. appartenant à trois
familles différentes ; 20 la pièce est adressée (dans un envoi resté inédit , 846,
fo 3) à un certain Noblet, à qui sont également dédiées deux chansons (306 et
1429), qui sont certainement de G. Brûlé; de ces deux chansons, la première,
il est vrai , est attribuée à Thibaut par trois mss. (de même famille ; Ars.,
B. N. 845 et n. a. 1050), mais elle est assurée à Gace par l'accord de deux
autres, de famille différente (844 et 847), et la mention, à l'envoi, d'un Gilles
à qui Gace a adressé deux autres chansons (42 et 772 ; Gace se nomme dans
cette dernière). Quant à la seconde (1429) elle est envoyée à Noblet et Gilet
(846, fo 24; envoi inéd.) et attribuée à Gace par 845 ; elle ne peut donc être
considérée comme appartenant à Pierre de Molaines, malgré le témoignage
de plusieurs mss. (Berne et Arras, B. N. 844, 12615, Vat. 1490; même
famille).
IMITATIONS PIEUSES DE CHANSONS PROFANES 48 1
Je le vos di pour Gasse le Brullé :
Assés chanta dont Dex ne li set gré.
Trestuit si chant sont de la fleur d'esté,
Ou de vert bois ou de ju de fontaine,
Ou d'aucune a cui Deus a presté
En cest siècle un pou de biauté [vaine] f .
Bon sont li chant; por ceu ai Remprunté ;
Mais sachiés bien c'une autre amor me maine,
C'est de la mere au roi de vérité ,
Qui tout cria, et iver et esté.
Toute la pièce de Gace Brûlé est sur les mêmes rimes (é, aine) ;
l'imitateur les a reproduites , mais dans ses trois premiers cou-
plets seulement (le quatrième est en or y ie> le cinquième en
er, âgé).
V. N° 27; R. 1 136 (abba aaba). Cette pièce est calquée sur
une chanson de Moniot d'Arras (R. 121 6).
Voici le premier couplet du modèle et de la copie :
Botte amor sens tricherie Por ce que vérité die
Servirai sens bsengier, Vueil ma chançon comencier,
Car aiîlors penseir ne quier Por déduire et solacier
Ne d'autre amor n'ai envie. Gens qui sont en bone vie ,
Tous jors seux en sa baillie; Et ceus qui sont en folie
S? or me voîoit faire aie En guille et en tricherie
Ma dame d'un douls baisier, Vueil blasmer et leidengier
Lors seroit Vamor merie*. Et mostrer leur maladie.
On voit que l'imitateur a repris jusqu'aux rimes de son
modèle; mais il a construit sur elles toute sa pièce, tandis que,
chez Moniot, la rime des vers en a est différente pour les trois
derniers couplets (en aire, ter).
VI. N° 27; R. 435 (pbab aab). C'est également de Moniot
(R. 430) que cette pièce est imitée *.
1. Nous suppléons le mot vaine y oublié par le copiste. Il se trouve, par
suite de cette omission, que le couplet que nous citons ne semble pas au
premier abord présenter Tordre des rimes annoncé. Mais tous les autres
donnent au quatrième vers la rime en b que nous devrions avoir ici.
2. Archiv de Herrig, XLI, 374 ; texte du ms. de Berne.
3. Trois mss. (Berne, 126 15 et la table de 844; cf. Schwan, Die Ueder-
Imndschriften, 30) portent en suscription Li quens (et non chastehins) de Coud ,
mais cette indication n'a pas de valeur, étant empruntée à la chanson môme,
Remania, XFIII *j
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482
De joli cuer enamoreit
ClmnçoneU comencerai ,
Por savoir s'il vanroit a grtit
Cdi dont jai ne pertirai ,
Ains serai en sa volenteit :
Jai tant ne m y i avrait greveit
Ke ne nu truist amin verai x .
MÉLANGES
Au douz coraenceraent d'esté
Une chançon comencerai ,
Non pas por ce que de vert pré
Me veigne la joie que j'ai,
Ançois me semble fausseté
Et baras et desloiauté
Trestout quant qu'en cest siècle voi.
L'identité des rimes et la ressemblance des vers qui, de part
et d'autre, occupent la seconde place, rendent l'imitation abso-
lument certaine; mais la chanson de Moniot est à coblas doblas et
celle de son imitateur à coblas unissonans 2 .
On pourrait aussi rapprocher cette pièce d'une chanson de
Blondel (A V entrée de la saison) (R. 1897, Tarbé, p. 7) qui pré-
et avec une grave inexactitude. Le comte de Loussi (et non Couci) dont il
est question est, non l'auteur, mais , avec un Henri de Luxembourg , le desti-
nataire de la pièce. Voici les deux envois (inédits), d'après 20050, fol. 102 :
Hanris de Lusanborc, joïr
Poeis d'amors se maintenir
La voleis a vostre pooir.
Cuens de Loussi, con je désir
A ma très grant joie avenir,
Vous face bone amor valoir...
Si on savait exactement de quels personnages il est ici question, ce qui
parait difficile, il serait possible de déterminer d'une façon assez précise
l'époque où vécut Moniot, qui n'est connue qu'à un assez grand nombre
d'années près.
1. Archiva XLil, 278.
2. Les rimes de cette pièce présentent des particularités intéressantes; voici
celles des trois derniers couplets :
a h a b a ah
vérité soi (je) abc moi sousplanté fausseté verai.
guilc lai (laicum) honoré foi degeté humilité roi.
beneurté verai humilité roi doné vivré recrerai.
L'auteur confond donc absolument les sons oi % ai, ce qui du reste est fré-
quent au xiii c siècle, au moins dans l'Ile de France et l'Orléanais (ce fait
s'observe dans Rustebuef, G. de Coinci, le Roman de la Rose; cf. E. Metzke,
dans Arcbiv, LXV, 65). Mais il fait rimer, de plus, dans le dernier couplet,
vivrai et doné; or, ai étant pour lui identique à 0/, on peut conclure qu'il irait
jusqu'à associer oi à <?, bien qu'il sépare ordinairement ces deux sons. Il n'y
a, sans doute, dans cette rime qu'une négligence de sa part; elle prouve
cependant que, pour lui, les trois sons oi, ai,è n'étaient pas loin de se
confondre. (Cf. Romania, V, 494 ; XI, 603 ; XIII, 257.)
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IMITATIONS PIEUSES DE CHANSONS PROFANES 483
sente exactement la même disposition de rimes; mais celles-ci
sont, de part et d'autre, tout à fait différentes, ce qui doit faire
écarter l'idée d'une imitation. Cette disposition est du reste
très fréquente 1 .
VIL N° 28; R. 564 (ababcdccdd) :
Buer fu nez qui s'apareille
A Dieu amer et servir,
Et qui en croisons veille
En ferveur et en désir ;
Car qui sert Dieu en sa vie
De loial cuer et entier,
Il l'en rendra grant baillie,
Qu'en la soe conpaignie
Vendra les mauvais jugier
Et les justes essaucier.
Cette disposition se retrouve dans la pièce que Philippe de
Nanteuil, prisonnier au Caire en 1239, adressa à l'armée fran-
çaise pour l'exhorter à le délivrer, lui et ses compagnons
(R. 164) 2 . Les trois premiers couplets de notre pièce sont sur
les mêmes rimes, et chacun des deux derniers sur d'autres ; dans
la chanson de Ph. de Nanteuil, les rimes changent à chaque
couplet. Mais il est probable que celle-ci n'est pas le modèle
direct de l'autre; en effet, elle devait elle-même, comme la plu-
part des serventois, être faite sur le patron de quelque chanson
connue, qui a pu être le type commun des deux pièces que
nous venons de signaler.
VIE. N° 29; R. 981 (abab ababaab).
Cette pièce est imitée d'un débat anonyme (R. 982) imprimé
par Bartsch (Rom. u. Past., p. 138).
Quant voi la prime florete Qui de la prime florete
Blanchoier aval ces prés Voudra doucement chanter,
El foi chanter Tahiete II co vient qu'il s'entremete
Au comancemant d'esté , De ses meffais amender,
Lors 01 doits pastoretes Et sa conscience nete
Ki s'antremetent d'amer; Tenir et son cuer monder.
De leur biais amoretes Car ce devons nos de dete
1. V. par ex. G. d'Espinau, R. 191 ; G. de Dargies, 708; Gace Brûlé, 838
et 146$.
2. Hist. litt., XXIII, 675.
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484 MÉLANGES
Comancierent a parler. Sans autrement amender
Premiers a parlé Taini net A Jhesu qui est florete
Et a dit a la maini née : Des fleurs et la plus doucete
« N'i est déduis ke d'amer. » C'on puist ja mes recovrer.
La ressemblance entre les deux vers initiaux et l'identité des
rimes (ou assonances) rend l'imitation évidente. Mais la copie
est plus régulière que le modèle : en effet, les vers en A y sont
toujours sur la rime (ou assonance) en é> tandis que la
pièce type présente à ce sujet quelques négligences; celle-ci est
de plus assez imparfaitement rimée (ou assonancée), et offre
souvent des finales nouvelles aux places où Ton devrait avoir la
finale a que l'auteur semble avoir eu d'abord l'intention de
conserver dans toute la pièce; l'imitateur, en changeant cette
rime à chaque couplet nouveau, a pu les construire tous exacte-
ment d'après la formule qu'il s'était proposée.
IX. N° 30; R. 541 (abab babb); les trois derniers couplets
sont sur des rimes différentes des deux premiers :
Une très douce pensée
Que jai ne vueil oublier
M'a si doucement navrée
Que souvent me fait penser,
Ce que tant nos veut amer
Cele biauté desirree ;
Hé las ! cornent puet durer
Mes eu ers qu'il ne muert d'amer?
Cette pièce parait imitée de l'une des trois chansons suivantes,
qui sont probablement toutes de Gace Brûlé; elles sont bien
construites suivant la même formule rythmique que l'imitation
pieuse, mais ni les rimes qu'elles emploient ni les idées qu'elles
expriment ne les en rapprochent autrement.
i° En chantant tnestuet complaindre (R. 126). Attribuée à
Philippe de Nanteuil par le ms. de Berne, à Gace Brûlé par
845. Vers de sept syllabes; même répartition des rimes mas-
culines et féminines que dans la pièce pieuse; les rimes changent
de deux en deux couplets (2 + 2 + 1 ).
2° Pour verdure ne pour pree (R. 549). Attribuée à Gace par
844, au Châtelain de Couci par le roman qui porte son nom x .
1. Voy. Fath, Die Ueder, p. 86.
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IMITATIONS PIEUSES DE CHANSONS PROFANES 485
Vers de sept syllabes ; même répartition des rimes masculines
et féminines. Cinq couplets sur mêmes rimes -+- envoi.
3 0 Ou tans que voinoif remise (R. 1638). Attribuée à Gace Brûlé
par tous les mss. qui portent des noms d'auteurs. Même réparti-
tion des rimes masculines et féminines; ces rimes changent de
deux en deux couplets (2 + 2 + 1 + envoi). Cependant le
rythme de cette chanson diffère en un point de celui des pré-
cédentes : les vers finaux de chaque couplet ne riment qu'entre
eux (on sait que les Minnesinger appellent waise une rime de ce
genre) 1 .
Ainsi, sur neuf pièces dont nous avons retrouvé les types,
quatre sont imitées de Gace Brûlé. C'est un nouveau témoignage
de la grande vogue dont jouirent au Moyen Age les œuvres de
ce poète; il est évident, en effet, que les rimeurs pieux pre-
naient surtout pour modèles les chansons profanes qui avaient
le plus de vogue.
Il serait intéressant de savoir où et quand ont été composées
ces imitations. La plupart ne paraissent pas antérieures au
milieu ou à la fin du xm e siècle; c'est là à peu près tout ce
que nous pouvons en dire. Il y en a cependant une (dont
le modèle profane, s'il a existé, nous est d'ailleurs inconnu)
qui est certainement plus ancienne (n° 16, R. 695, J'ai
un cuer trop lent y lire : lait); en effet, un des nombreux
mss. où elle se trouve, et que M. P. Meyer a signalés
{Rom. y XIII, 528 2 ), est du commencement du xni e siècle. Son
auteur s'y nomme : c'est un certain Thibaut d'Amiens ; c'est
donc à tort que le ms. 125 81 l'attribue à un « chancelier de
Paris ». M. Meyer pense que cet auteur pourrait être un Thi-
baut d'Amiens qui occupa le siège archiépiscopal de Rouen de
1222 à 1229. Cependant ce que le poète nous dit de lui-même
s'appliquerait moins bien, semble-t-il, à un prélat qu'à un
homme du monde qui songe à terminer pieusement sa vie.
Voici les deux derniers couplets de notre rédaction, qu'on peut
1 . On pourrait encore citer ici la pièce de G. de Dargies : Quant je voi Verbe
et la fueille (R. 1008) ; mais si les rimes y sont disposées de la même façon, les
vers n'y sont pas de même longueur (le cinquième de chaque couplet est de
huit syllabes, les autres de sept).
2. [Aux neuf mss. où cette pièce a été reconnue, il faut «ajouter les deux
mss. de l'Arsenal, $70, fol. 158, et 3517, fol. 146 v°. — P. M.]
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486 MÉLANGES
lire, à peu près sous la même forme, dans la notice de M. Mus
safia sur le ras. de Pavie 1 :
Thiebaut congié prent. O Thiebaut d'Amiens,
La mort le sorprent, Tant as eus biens
Qui le contralie. Les jors de ta vie !
Las, chaitif , dolent Or n'en portes riens :
Se claime souvent , Tant es plains de fiens
A Dieu merci crie. Ta char est porrie.
Il va sans dire que les autres pièces, dont la forme est toute
différente, ne peuvent être de ce Thibaut d'Amiens. Nous avons
plutôt ici un recueil formé de pièces de dates et de prove-
nances diverses.
Alfred Jeanroy.
VI.
CHANSONS PIEUSES DU MS. DE L'ARSENAL 35 17
La Bibliothèque de l'Arsenal possède, sous les n os 3517 et
35 18 2 , un ms. divisé en deux tomes, qui contient les poésies
de Gautier de Coinci et un grand nombre d'autres compositions
pieuses, en vers, au nombre desquelles le Miserere du Reclus de
Moliens, la Vie des Pires, la Vie de saint Jean Bouche d'or, etc. Il
a été bien des fois utilisé en ces dernières années, à l'occasion
de telle ou telle des pièces qui s'y trouvent 3, mais il n'a été
décrit complètement que dans le t. III du catalogue des mss. de
l'Arsenal, dû à M. H. Martin. Il ne semble pas toutefois
qu'on ait fait attention aux chansons pieuses qui prennent
place au commencement du premier tome (ff. 1-4) puis,
dans le môme volume, au commencement et à la fin des
miracles de Gautier de Coinci. M. G. Raynaud n'en fait pas
mention dans sa Bibliographie des chansonniers français. Entre ces
chansons il en est plusieurs qui sont de Gautier de Coinci, et
1 . Ueber eine dltfr. Handscbrift d. K. Universitât Pavia, dans les comptes-
rendus de l'Académie de Vienne, classe de philosophie et d'histoire, t. LXIV
(1870), p. 550.
2. Anciennement Belles lettres françaises , 289.
3. Par ex. Rotuania, VII, 600.
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CHANSONS PIEUSES DU MS. DE l' ARSENAL 35 17 487
dont on a bien d'autres copies, mais il s'en trouve aussi qui ne
paraissent pas être de ce poète et qui, à ma connaissance, ne se
trouvent point ailleurs. De ce nombre sont les trois chansons
qui prennent place aux ff. 13 et 14 entre une table latine des
miracles de Gautier et une table française des mêmes miracles.
Deux au moins sont composées sur le type de chansons amou-
reuses bien connues.
La première est imitée d'une pièce, souvent publiée, de Thi-
baut de Navarre. Celle-ci est, comme la plupart des pièces du
même auteur, en coblas doblas> selon l'expression des Leys d'amors
(I, 264); l'imitation, au contraire, est entièrement sur les mêmes
rimes {coblas unissonans des Leys, I, 270), et ces rimes sont
empruntées aux deux premiers couplets de la pièce de Thibaut.
Je donne d'abord le premier couplet de celle-ci :
Tant ai arnors servies longement
Que dès or niais ne m'en doit nus reprendre
Se je m'en part : or a Dieu les conmant ,
Con ne doit pas to% jors folie emprendre ,
Et cil est fos qui ne s'en sait desfendre
Ne n'i conoist son inal ne son torment :
On m'en tenroit dès or mais por enfant ,
Que clmcuns tetis doit sa saison atendre.
Voici maintenant l'imitation :
I Tant ai servi le monde longement
Que bien me doi d'or en avant reprendre.
De lui me part : a celui me quemant
4 Qui pooir a de moi vers tous desfendre :
C'est la puchele en cui Dex vaut descendre
Pour nous sauver et jeter de tourment.
Douche Virge, jointes mains en plourant ,
8 Merchi vous proi que mi voelliés entendre.
II Douce dame de cui tous bien descent ,
La qui bonté nus cuers ne puet comprendre ,
Dame du monde et du ciel ensement ,
4 A vo douchour nule ne s'i puet prendre.
Bon fait son tans en vous servir despendre ,
Car qui vous sert de fin cuer humlement
Li enemis n'a pooir vraiement
8 De lui grever, puis c'a li se vient rendre
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4 88
MÉLANGES
III Vo grant pitié, vo douç acointement,
Theophilus le nous puet bien aprendre,
Qui renoia vous et vo fil briement,
4 Et puis balla chartre de s'arme vendre.
Ha[ï] ! caitis, conment osa atendre ,
Douce Virge, puis vous ne vostre enfant ?
Quant il perchut que meflfait avoit tant,
8 Bien li deùst li cuers eu ventre fendre.
IV Douce dame, quant merchi vint criant
Theophilus, devant vous soi estendre,
Son grant meschief vers vo fil erranment
4 Par vo pitié vausistes entreprendre ,
Et sa chartre li fesistes lues rendre
Que il avoit baillié desloiaunient
A Tenemi qui par dechevement
8 S'arme et son cors quidoit en infer pendre.
V Douce dame , de cuer dévotement
Dès ore mais voel vo servise enprendre.
A vos proier jour et nuit doucement
4 Vaurrai mon cuer, que qu'il ait fait, aprendre.
Bien m'a seû li enemis sousprendre
Car vescu ai lonc tans enfantieument ;
Or est li tans de querre alegement,
8 Car mes cors est (corr. ert) assés tost pourre et cendre.
La seconde pièce a pour type la chanson de Gace Brûlé :
Voir la suite dans Wackernagel, Altfr. Lieder, n° xxvij.
On connaissait déjà une chanson pieuse composée sur ce type
par Jacques d'Amiens. Elle est précédée dans le ms. de Berne
(le seul qui la contienne) de cette rubrique : Jaikts de Canbrai
ou chant « de bone atnor et de loiaul aimie ». Wackernagel Ta
publiée sous le n° xliiij. Voici maintenant la poésie du ms. de
l'Arsenal (fol. 13 v°) :
De bone amor et de îoial amie
Me vient savent pitiés et remembrance ,
Si que jamais, a nul jor de ma vie,
IToblierai ses jeiis ne sa semblance....
I Chanter m'estuet de la virge Marie
En cui j'ai mis cuer, cors et esperanche ,
Si que jamais, a nul jour de ma vie ,
4 N'avérai mais nule foie acointance
CHANSONS PIEUSES DU MS. DE i/ARSENAL 35 17 489
S'ele a son serf me degnoit retenir.
Pour ce H proi qu'ele me vuelle 1 oïr,
Car je ne puis a bone fin venir
8 Se par li non, itele est ma cuidance.
II Douce dame , trop ai fait grant folie
Quant ne vous ai bien servi dès enfanche ,
Mais j'ai trouvé ma char si enemie
4 Car* ja, ce croi, n'en verroi m'aleganche
Se par vous non qui me poès garir ;
Virge pucele, entendes mon désir ,
Car vraiement riens itant ne désir
8 Com faire a vos homage et alianche.
III Douce, en vous fu de l'umaine lignie
La fois sauvée et la voire créance,
Quant vos dous fiex des Juys, gens haïe ,
4 Fu travelliés et mis en la balanche
De cele crois que tant devons chierir
Ou pour nous vaut tant douchement morir.
Las ! quant je pens, adont pleur et souspir,
8 Por che c'adès ne l'ai en ramembranche.
IV Douce dame de tous biens raemplie,
Secoures moi par vostre grant poissanche.
Trop ai de maus fait par ma legerie ,
4 Par mon orguel et par m'outrequidance ,
Mais or me voel d'or en avant tenir
Et vo chier fil honerer et servir
Et vous aussi ; ensi porrai venir,
8 Si com je croi, a vraie repentanche.
V Dame, en la fin, moi, vo serf qui vous prie,
Ne metés pas, pour Dieu, en oubliance.
Proiés vo fil par vostre courtoisie
4 Que il me doinst et sens et connoissanche
De lui amer et del monde fuïr
Et des pechiés du tout en tout haïr,
Si qu'en tel point me puisse maintenir
8 C'a men vivant face ma penitanche.
Amen.
1. Ms. uotulk.
2. Corr. Que.
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4$0 MÉLANGES
Je ne crois pas que ces deux pièces soient de Gautier de
Coinci, bien que leur nature, et aussi la place qu'elles occupent
dans le ms. portent tout d'abord à les lui attribuer. Outre
qu'elles ne sont guère de son style, elles ne se rencontrent dans
aucun autre ms. de cet auteur, et il faut encore noter qu'elles
sont ici voisines d'une composition à trois parties faite, selon
les apparences, à Cambrai et qui ne peut, par conséquent, être
l'œuvre de Gautier de Coinci. Cette poésie n'est séparée des
deux premières que par deux petites pièces latines. Comme elle
est très courte et n'a point été jusqu'ici rencontrée ailleurs, je
vais la transcrire :
Un chant renvoisié et bel (Fol. 14 b)
Dirai de sainte Ysabel,
? De cui fisent li oisel
En lour cans feste a sa mort.
A li servir mais m'acort,
6 Car des vertus me reçoit
C'a Cambrai fait de nouvel :
La perent si biau jouel
9 Ou sont revescu troi mort 1 .
Tort, dame, ai quant vostre confort
Requis n'ai par ma folie
3 Du mal qui me contralie ,
Dont sans vous ne vivrai mie ;
Pour che vous requier et prie
6 De cuer entier et loial.
Dous cuer, alegiés mon mal
Que ne m'ochie.
Decantatur
A la suite des miracles de Gautier le ms. 3517 renferme
(ff. 99-104) plusieurs chansons pieuses dont les premières seu-
lement sont de Gautier de Coinci. Le catalogue, ordinairement
très exact, de M. Martin, les ayant comprises sous la rubrique
un peu vague de « chansons notées », sans en donner le détail,
je vais les indiquer une à une :
(Fol. 99 c) Las! las! las! las! par grans délit....
(Fol. 100 b) Seur cest rivage a ceste crois...
(Fol. 1 00 a) A sainte Leochade 2 . . . .
(Fol. 101 c) Hui enfantés fu li fix Diu,
Cantés, cantés, alléluia *
1. Le miracle des oiseaux, se rassemblant sur le sommet d'une église et
chantant au moment de la mort de saint Elisabeth, est conté dans sa légende,
voy. Jacques de Voragine, éd. Grsesse, p. 76$. Quant au miracle de Cambrai,
la recherche reste à faire.
2. Cette pièce et les deux qui précèdent sont de Gautier de Coinci.
3 . Cette pièce, entièrement notée, est une des nombreuses imitations du
Lttabundus faussement attribué à saint Bernard ; d'autres ont été signalées ou
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UNE VERSION ARAGON AISE D'EUTROPE 49 1
(Fol. 102) Chil en la Virge s'aombra...
(Fol. 102 b) Mère au Sauveour
(Fol. 102 c) Douche dame, sainte flour...
(Fol. 102 d) Mère de pitié'....
(Fol. 104) De la Virge qui ot joie....
(Fol. 104 b) Puis que de canter me vient....
P. Meyer.
VIL
UNE VERSION ARAGONAISE D'EUTROPE
FAITE SOUS LES AUSPICES DE JUAN FERNANDEZ DE HEREDIA.
Parmi les dix-sept manuscrits espagnols (castillans et cata-
lans) que possédaient, vers la fin du xvn c siècle, les Augustins
de la Croix-Rousse à Lyon, — et dont neuf ont été recueillis à
la Bibliothèque de l'Arsenal — figure une traduction d'Eutrope,
ainsi décrite dans l'ancien catalogue imprimé par ces religieux
lorsqu'ils décidèrent de vendre leur collection :
La Historia de Eutropio, munus. velin, d'un gros caract. gotique,
in-folio , contenant ceux qui ont regne^ en Italie, dont le premier fut
Janus, le second Picus, le troisième Favinus, pere de Latin, et son
fils Latin corrigea la langue latine du temps de la prise de Troye.
Jous les successeurs de l'Empire qui ont regne% après Latin y sont
nommés, aussi bien que toutes les batailles des Romains, des Cartha-
ginois, singulièrement des batailles puniques, qui durèrent 22 ans*.
publiées par F. Wolf, Uebcr die Lais, pp. 196-7, 208-9, 439"4 2 > et daQ s le
Bulletin historique et philologique du Comité des travaux historiques, année 1887,
pp. 339-40.
1. Pièce que j'ai publiée dans le Bulletin des anciens textes, 1884, p. 80,
d'après deux autres copies, dont Tune incomplète ; cf. Romania, XVII, p. 433.
2. C'est un lai, ou du moins une pièce entièrement notée.
3. Page 16 de ce catalogue, dont un exemplaire se trouve dans le ms.
n° 179 de la Bibliothèque de médecine de Montpellier. M. Chabaneau a eu
l'extrême obligeance d'y copier pour moi la liste des manuscrits espagnols.
Prochainement , M. H. Martin , auteur de l'excellent Catalogue des manuscrits
de la Bibliothèque de l'Arsenal, publiera un mémoire sur la collection des
Augustins et les débris qui en subsistent.
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492
MÉLANGES
Cette version d'Eutrope avait, il y a plusieurs années, attiré
mon attention à cause du caractère assez particulier de sa
langue,, qui est aragonaise. Je n'eus pas l'idée alors que cette
traduction devait être attribuée au grand-maître de Saint-Jean
de Jérusalem, Juan Fernandez de Heredia, et, par conséquent,
ajoutée au catalogue de ses travaux littéraires que j'avais eu
l'occasion de dresser dans l'introduction de la Crônica de Morca,
compilée par ordre d'Heredia et imprimée aux frais de la Société de
V Orient latin. Depuis, j'ai acquis la preuve que cet Eutrope sort
de l'atelier qui nous a livré les Fies de Plutarque, l'Orose, le
Hayton et autres ouvrages, tous traduits par les soins du docte
Aragonais dans le dialecte de son pays natal. Sans parler de la
langue, qui se trouve être exactement la même et dans l'Eutrope
et dans les autres volgari^amenti dus à Heredia, deux détails
extrinsèques établissent très clairement l'origine du manuscrit
des Augustins de Lyon , l'un de ceux qui ont passé à l'Arsenal,
où il porte aujourd'hui le n° 8324.
i° L'écriture. Une minuscule gothique grande et droite,
identique à celle qui a été employée pour transcrire La grant
crônica de Espanya et La grant crônica de los conqueridores , les
deux vastes compilations historiques du grand maître de Saint-
Jean. Quiconque comparera les exemplaires de ces ouvrages,
jadis conservés à la bibliothèque d'Osuna et maintenant déposés
à la Biblioteca Nacional de Madrid, avec l'Eutrope de l'Arsenal,
n'hésitera pas un instant à reconnaître que ces manuscrits sont
l'œuvre des mêmes scribes. J'ajoute que la disposition du texte,
à deux colonnes, est de tout point semblable dans les manus-
crits de Madrid et dans celui de Paris.
2° Les armes d'Heredia peintes dans l'encadrement du pre-
mier feuillet. L'écu que nous avons ici est écartelé : aux 1 et 4
de gueules à la croix d'argent, qui est Saint-Jean de Jérusalem ;
aux 2 et 3 de gueules à trois châteaux d'argent (2 : 1), sommés
de trois tours de même, qui est Heredia x . Cet écu composé ne se
rencontre pas seulement dans le volume de l'Arsenal ; il ornait
aussi le premier feuillet d'une bible « en vulgar » qui avait
1. Le nombre des châteaux a varié. On en voit cinq dans l'écu d'Heredia
sculpté au dessus d'une des portes de Rhodes (M. de Vogué, Revue de numis-
matique, année 1865, p. 310).
UNE VERSION ARAGONAISE d'eUTROPE 493
appartenu au grand maître avant de passer dans la bibliothèque
du roi Martin d'Aragon et qui portait, dit un document de Tan
1433 1 : « les armes de Sant Johan e del mestre de Rodes que
« son castells blanchs en camp vermeil, que son armes propries
« d'Eredia. » On sait d'ailleurs que la plupart des manuscrits
exécutés pour Heredia, qui se trouvent soit à l'Escurial, soit à
Madrid, ont été décorés de ses armes et même de son portrait.
Par ce qui vient d'être dit, la provenance de l'Eutrope de
l'Arsenal semble suffisamment démontrée. Il reste, pour en faire
apprécier la langue, à donner de ce manuscrit quelques très
courts extraits. Voici le commencement de l'introduction et un
morceau du chapitre II du livre premier :
El primero libro de Eutropio contiene que Ianus regno primero en Italia et
après Saturnus , el quai fue clamado dios por los pueblos grosseros et rudos ,
por esto que los ensenyo de fer casas et de arar et de sembrar tierras et de
plantar vinyas et de beuir como nombres. Apres regno Picus fillo de aquel, et
après aquel regno Fauinus que fue padre de Latin, et quando fueron pasados.
CL. anyos en el regno de aquestos et como regnando Latin, el quai corrigio
la lengua latina, fue presa Troja, et como Eneas et su fillo Anchises, après la
prision de Troya, vinieron en Ytalia, et como Eneas priso Lavinea filla de
Latin por muller et se combatio con Turnus rey de los Tuscos et lo mato . . .
... Et fue clamada Roma la ciudat. Et aqui edificaron vn templo, et como
dediversos pueblos fizieron vn pueblo romano, et corne eslieron ciento de los
mas viellos de conseUo los quales fiziessen todas cosas et constituyeron.
M. hombres de armas, et como après robaron et presieron violemment las
virgines de lures vezinos...
Sans aller plus loin, des formes telles que clamado, fillo,
muller, viellos, consello, l'emploi de lut et la graphie ny pour
marquer Vn mouillé trahissent assez l'origine aragonaise de ce
texte : inutile d'insister.
Ainsi l'étude de la langue et l'examen des caractères externes
du manuscrit de l'Arsenal nous conduisent au même résultat,
qui est de faire honneur au grand maître de Saint-Jean
de Jérusalem, Juan Fernandez de Heredia, de la traduction
espagnole d'Eutrope et de l'exécution matérielle du volume qui
nous l'a conservée.
Alfred Morel-Fatio.
1. Publié, par M. l'abbé C. Douais, dans le Bulletin critique du I er jan-
vier 1886.
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494
MÉLANGES
vm.
NOTES SUR LE VOCABULAIRE ROUMAIN.
II. — LES JUIFS OU TARTARES OU GÉANTS.
(Jidovii sau Tàtarii sau Uriasn.)
L'Europe entière fut inondée, entre le iv e et le xii e siècle, par
différentes tribus barbares lancées comme une avalanche du
fond de l'Asie et remplissant surtout les plaines orientales du
continent. Aucun pays n'a eu tant à souffrir des invasions des
peuples asiatiques que la Roumanie, que le pays entre la Tisza
et le Danube. C'est là que fut la halte des nations païennes, qui
se succédèrent dans l'intervalle de plus de huit siècles. Le torrent
des Huns n'était pas encore passé que les Avares prenaient leur
place suivis de Bulgares, Petchénègues , Cumans, Mongols,
Tartares.
De toutes les invasions barbares, celle des Tartares, survenue #
en dernier lieu, a laissé l'impression la plus durable. Leur con-
duite inhumaine les fit considérer comme des êtres sortis de
l'enfer, et leur nom asiatique de Tatar, comme ils s'appellent en
roumain et dans les langues slaves, fut modifié, d'après cette
considération, en celui de Tartares, appellation populaire dans
les langues occidentales de l'Europe 1 .
Les Roumains se trouvèrent en contact avec eux pendant
quelques siècles, et les effets désastreux de ce voisinage résonnent
encore dans les poésies populaires et dans les vieilles chro-
niques. Les conséquences de leurs invasions étaient toujours
terribles : les champs couverts de semences restaient déserts, la
population était traînée en captivité, et tout le pays offrait le
spectacle d'un lieu visité par un incendie ou par une inondation
générale. Le langage des chroniques possède un mot spécial,
ceambul — du tartare capul — pour qualifier ces incursions sou-
i . Littré cite, d'après Abel Rémusat, le jeu de mots suivant attribué à saint
Louis : « S'ils arrivent, ces Tartares, ou nous les ferons rentrer dans le
Tartare d'où ils sont sortis, ou bien ils nous enverront nous-mêmes jouir,
dans le ciel, du bonheur promis aux élus. »
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NOTES SUR LE VOCABULAIRE ROUMAIN 495
daines des hordes tartares sur le territoire roumain. La terreur
qu'ils inspiraient se traduit jusqu'à nous dans le dicton popu-
laire : doar nu vin Tàtarûl... (les Tartares n'arrivent pas!) pour
arrêter une panique. Cette terreur a laissé une autre trace dans
le sens péjoratif que reçut le nom de leur chef — Hantâtar ou
le Khan des Tartares — devenant un appellatif pour diable (du-te
la Hantâtar f) Mais le simple mot Tartare possède en roumain le
môme sens, de même qu'en hongrois tatàr y « diable ». En
moyen-haut-allemand Taterman(Tater= Tartare) est synonyme
de Kobold ou « lutin ».
Plusieurs localités portent le nom de ces envahisseurs. Ils
avaient, en Roumanie, des établissements et des villages,
comme la Silistea Tâtarilor, village dans le district Roman, de
même que, dans le comitat de Bihar, en Transylvanie, il y a un
Tatâr-falva ou village des Tartares. Des tertres ou collines du
même nom, où jadis auraient eu lieu des chocs terribles entre
Roumains et Tartares, sont aussi des souvenirs localisés du
passé.
Mais plus intéressante est l'identification populaire de juif
avec Tartare et de tous deux avec géant. La désignation de
« géant » provient souvent de noms ethniques : l'allemand
Hûne, « géant », désigne en moyen haut allemand le Hongrois,
et, dans les Niebelungen, un sujet d'Attila, représentant le bas-
latin Hunnus ou Chunus; de même le slovaque obor, bohème obr,
« géant », n'est autre chose que le latin Avarus ou Abarus,
synonyme de Hunnus dans le Moyen Age, le chroniqueur russe
Nestor appelant les Avares Obri; dans le grec moderne "EXXrjvaç
signifie également « géant », les anciens Hellènes étant consi-
dérés par leurs descendants comme une race de géants du passé.
L'application du nom ethnique Tartare comme appellatif pour
« géant » n'est donc pas isolée : en basque, Tartaro est le nom
même du géant, et il figure comme tel dans les contes popu-
laires. Mais comment expliquer la connexion intime que le
Roumain établit entre juif ci Tartare?
Groupons d'abord les faits, pour que l'hypothèse que nous
allons émettre ressorte avec plus de précision. Nous avons
emprunté la plupart de ces matériaux inédits aux Réponses
des instituteurs ruraux au Questionnaire archéologique de
M. Odobesco, aujourd'hui en possession de l'Académie rou-
maine.
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496 MÉLANGES
Le paysan roumain emploie le mot juif en différentes accep-
tions, qui toutes pourraient se ramener au sens fondamental de
« géant ».
I. Application ethnique avec laquelle on peut comparer les
analogies ci-dessus.
i. Juif on Tartare, tous deux dans le sens de « géant ».
L'instituteur de la commune Dragoslavele (district Muscel) a
fait la relation suivante (Mss. de l'Acad. roum., n° 228) :
Une merveille de la nature, qui met en extase tout être humain, est la
caverne de Peatra Gaîbenâ (Pierre jaune), qui a son ouverture vers la
Dambovitsa, haute de deux mètres. Les vieux racontent qu'ils ont ouï dire
qu'il aurait vécu, dans cette caverne, des hommes d'une grandeur surnaturelle.
Ûun de ces juifs voyant un paysan et deux domestiques labourer avec douze
boeufs en fut étonné et, comme un joujou, il les prit dans le pan de sa robe
avec la charrue et les boeufs et les transporta au pied de cette montagne , où
il les fit labourer, puis les ramena au lieu où il les avait pris. Les vieux
se rappellent encore qu'il y aurait eu des juifs aussi à Peatra Ghimbavului, dans
la même commune, où par un trou il coule du lait de la pierre. Ils rapportent
que le fils d'un juif de la Peatra Galbenâ, étant épris de la fille d'un juif de la
Peatra Ghimbavului, serait parti secrètement pour aller la voir. Son père,
l'apercevant sur le sommet du mont Prislop, lui jeta un bloc de pierre, mais
on dit qu'il ne l'atteignit pas. On y voit encore aujourd'hui ce bloc, qui pèse
deux mille livres.
Le juif qui prend dans son giron, comme un jouet, le paysan
avec sa charrue et ses bœufs, trouve une frappante analogie dans
la tradition, très répandue en Allemagne, d'un laboureur, que
la fille d'un géant prend dans son tablier et ramène chez son
père. Relativement au Hùncnkoppe (Sommet du géant) de la
Forêt Noire, on raconte également qu'il y demeurait une
géante avec sa fille. Celle-ci, trouvant sur la montagne un paysan
laboureur, le met dans son tablier avec la charrue et les bœufs
et apporte à sa mère « ce petit gaillard avec ses minets » Qcldnen
Kerl mit seinen Kat%chcri). La mère fâchée lui ordonne de reporter
immédiatement sur les lieux le laboureur avec ses bêtes et sa
charrue x . En Thessaiie et en Béotie, on raconte que la taille des
1. Griram, Deutsche Mythologie, 3 éd., 505-507. Des contes analogues chez
les Saxons de la Transylvanie, v. Fr. Mûller, Siebenbûrgische Sagen, p. 5 et
suiv.
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NOTES SUR LE VOCABULAIRE ROUMAIN 497
Hellènes (= géants) aurait égalé celle des plus hauts peupliers,
et les Arachobites croient que la chaussure d'un ancien Hellène
était longue presque comme un homme d'aujourd'hui 1 . Pour
le paysan roumain donc, les juifs ou tartares sont des hommes
d'une grandeur extraordinaire, des colosses tellement puissants
qu'un seul peut prendre dans ses bras vingt-quatre bœufs à la
fois : les juifs sont synonymes de géants dans le langage du
peuple.
2. La locution typique : de când eu Jidovu sau eu Tâtarù sau eu
uriasiiy « depuis le temps des juifs ou des tartares ou des géants »,
pour désigner une haute antiquité, que le paysan attribue aux
murailles écroulées dont il ne se rappelle plus la date. Le grec
moderne emploie, à la même occasion, la locution analogue kiz
twv 'EXX^vcov tcv y.aipo, « du temps des Hellènes ou des géants. »
Dans la commune Radomir (distr. Romanatsi) :
A l'ouest, on reconnaît encore d'antiques ruines, dont les vieillards disent
que c'était une ancienne ville de când eu Tdtarû si Jidovii
Dans la commune Peatra (ibidem) :
En faisant des fouilles dans un bout de colline à la profondeur d'une toise,
on a trouvé plusieurs murailles de petites pierres et de briques très grandes, de
même que des tessons très grands et épais d'environ deux doigts. Cela prouve
que cette localité a été quelque établissement des ancêtres ou dupdvremile cdnd
eu uriasû ori eu Jidovû.
3 . Le sens de « géant » se retrouve dans la métaphore popu-
laire muneâ jidoveascâ, « labeur juif, » pour désigner un travail
très rude, qui dépasse les facultés de l'homme ordinaire, un
travail acharné et assidu. Le paysan de Céphalonie appelle égale-
ment èXArjv.xYî oojXe(a, « labeur hellénique ou gigantesque, »
un travail qui réclame un grand effort physique, et l'Arachobite
se sert de l'expression SouXéuei sav "EXXrjvaç, qui correspond
parfaitement à la locution roumaine : tnunceste ca jidovu, « il
travaille comme les Juifs »
Dans un conte valaque (Ispirescu, p. 207) :
Il se mit de nouveau au travail — un travail juif : — notre homme s'agitait
à droite et à gauche, il faisait le jour de la nuit, se démenait, comme on dit,
et du profit pas même plein son œil (litt. pas même le noir sous l'ongle).
1 . Schmidt, Volkslében der Neugriccben, p. 203 suiv.
Remania. XVlll. 3 2
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498 MÉLANGES
Dans une variante valaque de la « Cendrillon » (Calendarul
basmelor, 1883, p. 33) :
La fille, habituée depuis sa tendre enfance à la nécessité, travaillait comme
les juifs, depuis le matin jusqu'au soir, et faisait les services les plus durs.
H. L'application topographique, sous la forme collective
Jtdova, c'est-à-dire « lieu des Juifs ou des Géants ». On pourrait
comparer avec le néo-grec èXXijv.xà comme appellatif d'antiques
murailles et forteresses : un f EXXYjv.x6xar:po ou « Forteresse des
géants » se trouve en Messénie.
I . La localité Jidova ou Uriasa (Géante), pas loin de Càm-
pulung, dont les « Réponses » nous donnent les détails sui-
vants :
Dans la plaine appelée Grâdiste (district Muscel), il y a une forteresse très
ancienne et très ruinée qui porte le nom de Jidova, et Ton dit qu'elle a été
construite par des tar tares et des juifs.
Le fait qu'on trouve des localités avec le même appellatif
dans quelques parties de la Transylvanie est d'une grande
importance. En poursuivant ces points topographiques com-
muns on pourrait déduire l'itinéraire du peuple auquel on doit
ces ruines. Neigebauer rapporte que, dans la région de Hunyàd,
il y a une forteresse ronde ayant 180 pieds de circonférence,
avec une porte, des murailles et quelques fenêtres. D'après la
tradition, ces ruines auraient été construites par des géants ou
des Juifs. Une autre forteresse, près de Zlatna, est appelée par
les Hongrois Zsidovâr ou « Château des Juifs 1 ». D'après les
croyances du peuple allemand, les antiques constructions d'une
structure bizarre, qui ont survécu à tant de siècles et que les
générations actuelles n'entreprendraient plus, sont attribuées aux
géants et au diable. De même, la vue des magnifiques monu-
ments de l'Hellade, qui ont résisté aux orages du temps, les
grands blocs des murailles et les grandioses ruines des temples
ont fait croire aux Grecs modernes que ce n'étaient pas des
hommes ordinaires qui avaient pu exécuter ces constructions : de
là l'identification moderne des Hellènes avec desgéants qui auraient
bâti les murs cyclopéens 2 .
1. Neigebauer, Dacien aus den Ueberresten des klass. AUertbums, p. 8$.
2. Grimm, op. cit., p. 500. — Schmidt, p. 205.
NOTES SUR LE VOCABULAIRE ROUMAIN 499
2. Des tertres ou collines avec le même nom de Jidova.
Dans la commune Janca (district Romanatsi), il y a une colline
appelée Jidova, dont on raconte que ce sont les juifs qui l'ont
tirée de la terre et qu'on en voit encore la fosse. Dans la com-
mune Riureni (distr. Muscel), on voit un tertre rond avec le
sommet pointu et qu'on prétend avoir été élevé par les juifs.
Dans la commune Cacaletsi (distr. Romanatsi), il y a une autre
colline avec le sommet tronqué : on y trouve des ossements de
juifs y à savoir des tuyaux d'argile , par où coule l'eau quand il
pleut.
Le mot juif y dans le sens de géant, n'a rien de commun, du
moins directement, avec son homonyme qui désigne l'Israélite.
Par des réminiscences bibliques on pourrait expliquer difficile-
ment cette association logique. Nous constatons en même temps
que, dans les langues yougo-slaves, le même mot signifie « juif »
et « géant » : bulgare ^id y — « juif, géant 1 »; une preuve que le
serbe possède aussi cette double acception, c'est que, dans la
version serbe de la légende de Polyphème, au lieu d'un géant ou
d'un être anthropophage, figure juif y fait sans analogie dans
les autres littératures populaires étudiées sur une vaste échelle
par Krek 2 .
Le fil intermédiaire et le nœud de la question est Tartare, le
troisième terme de l'association qui seul peut expliquer, d'une
manière satisfaisante, la transition des deux autres termes : juif
et géant. L'hypothèse, pour être légitime dans ce cas, doit motiver
la connexion intime entre les trois termes identiques : juif y
tartare et géant.
Le Tartare, par sa stature herculéenne et par sa présence
effrayante, pouvait facilement laisser, dans la mémoire du
peuple, l'impression de colosse ou géant, dont les traces locali-
sées se retrouvent dans les différents points du pays. Reste à
éclaircir la relation entre juif et tartare. La question simplifiée
se réduit donc à celle-ci : Est-ce qu'il y a eu un peuple dont on
puisse soutenir avec certitude qu'il a été tartare et juif en même
temps? Un tel peuple a existé et est connu dans l'histoire sous
le nom de Kha^ars. Les Khazars, race d'origine finno-tartare
1. Miklosich, Etymologisches Wôrterbuch der sîavischen SpracJxn s. v.
2. Krek, Einkituftg in die slavische Literaturgeschichte, 2 éd., p. 691.
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500 MÉLANGES
comme les Huns et les Avares, qui occupaient presque toute la
Russie méridionale, adoptèrent le judaïsme au vm c siècle et
subsistèrent comme état juif pendant trois siècles. Leur empire
s'étendait du Don jusqu'en Pannonie; les Bulgares et autres
populations slaves étaient leurs sujets ; les Hongrois furent
aussi sous leur domination, et les empereurs byzantins leur
payaient tribut. Le chroniqueur russe Nestor les mentionne, en
l'année 986, comme des %idovc Ko^artiy. Plus tard, après
l'extinction de leur puissance, une communauté khazare se
maintint sur la presqu'île de la Tauride, et les peuples du
Caucase identifièrent tous les juifs avec leur nom ethnique en
les appelant généralement Gbyssar ou Khazar 1 .
Une fois convertis, ils tâchèrent, surtout par les pays danu-
biens, de se mettre en rapport avec leur coreligionnaires. 0 De
cette Judée khazare partaient non seulement les missions qui
allaient consoler les malheureux frères d'Espagne, mais les
missionnaires qui allaient prêcher la loi de Moïse aux Bulgares
noirs, aux Hongrois, aux Bulgares danubiens 2 . »
Ces Khazars, après leur décadence politique, se fondirent
dans les autres populations tartares de la Mer Noire, mais l'écho
de leur origine ne disparut pas complètement de la mémoire des
hommes. Chez les peuples voisins, il resta un souvenir de plus
en plus vague d'une espèce de Tartares qui étaient aussi des
juifs et qui leur avaient souvent inspiré de la terreur par leur
grandeur, leur force extraordinaire et leurs exploits gigantesques.
Mais il y a plus. Une partie de ces Khazars aurait cherché
de bonne heure un refuge en Transylvanie et dans les pays
danubiens, spécialement en Valachie, où résonne encore l'écho
de leur souvenir dans les traditions locales qui semblent concen-
trées dans les districts de MusceletdeRomanatsi. Ici, ils auraient
bâti cette construction d'un aspect cyclopèen — la Jidova —
dont le nom seul parle encore de ces temps éloignés. Leurs
établissements et leurs habitations laissèrent des traces impor-
tantes, qui prirent dans l'imagination du peuple des proportions
colossales. Des hommes d'une grandeur surhumaine auraient
1. Vivien de St. Martin, Mémoire sur les Khazars, dans ses Mélanges de
Géographie, Paris, 185 1.
2. Rambaud, Constantin Porphyrogénite, p. 400.
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NOTES SUR LE VOCABULAIRE ROUMAIN 501
vécu — d'après la tradition — dans un temps si reculé que les
plus anciens à peine s'en souviennent, et ces hommes-géants, le
paysan roumain les appelle Jidovi ou Tâtari.
Il est très probable que ces Tartares judaïsés gardèrent leur
religion, au milieu d'une population pacifique et terrifiée par
leur force imposante, et qu'il coule du sang khazar dans les
veines de la couche primitive des juifs roumains. M. Renan,
dans la conférence faite au cercle Saint-Simon le 27 jan-
vier 1883, a émis une opinion analogue : « Cette conversion du
royaume des Khazars a une importance considérable dans la
question de l'origine des juifs qui habitent les pays danubiens et
le midi de la Russie. Ces régions renferment de grandes masses
de populations juives qui n'ont probablement rien d'ethnogra-
phiquement juif. Une circonstance particulière a dû amener
dans le sein du judaïsme beaucoup de gens non juifs de race *. »
En résumé, juif, dans le sens de « géant », est un reflet vague
des invasions tartares dans les pays danubiens. Il conserve le
souvenir d'un peuple touranien judaïsé, disparu complètement
plus tard comme nation, dont une partie aurait persisté dans
ces régions formant le noyau ethnographique du judaïsme des
pays danubiens. Les uns auraient péri dans les luttes incessantes,
les autres se seraient fondus dans les diverses tribus tartares, et
c'est ainsi qu'un peuple entier, jadis puissant, disparut de l'his-
toire, mais non sans laisser quelques traces qui parlent à la
postérité de son existence dans ces pays.
Lazare Shaineanu.
1. Le judaïsme comme race et comme religion, p. 2 3 .
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CORRECTIONS
REMARQUES SUR LE TEXTE DU POEMA DEL CID.
Il y a juste dix ans que M. Karl Vollmôller a publié son édition du Poème
du Cid ; les notes qui devaient accompagner la réimpression du texte n'ont
pas encore vu le jour. Si l'habile éditeur ji'a pas trouvé le temps de finir son
édition, d'autres savants se sont occupés et avec beaucoup de succès de ce
remarquable poème ; à coté des belles études de MM. Baist et Cornu il faut
surtout citer les recherches approfondies de M. Antonio Restori 1 , et mainte-
nant M. Ferd. Kôrbs nous promet une nouvelle édition, avec introduction
grammaticale et vocabulaire. Espérons que cette édition ne tardera pas trop ;
en attendant qu'eDe paraisse , je me permettrai de présenter quelques obser-
vations détachées sur différents vers du vieux poème qui m'ont paru deman-
der des éclaircissements ou des corrections. Toutes mes citations se réfèrent,
sauf indication contraire, à l'édition de Vollmôller.
V. 323, lire : Passando va la noch, viniendo va la man.
V. 605 et v. 606 : M. Damas Hinard a trouvé des difficultés à ces vers; elles
disparaîtront, je crois, si l'on met un point après maton et virgule après càada.
V. 1061 : Les guillemets après priuado sont à effacer; ils ne sont dus qu'à
une faute d'impression.
V. 118 1 et v. 1 182 : La ponctuation de M. Vollmôller n'est pas heureuse;
il faut deux points après enbiar et un point après grand comme dans l'édition
de Janer.
V. 1220 : Ce vers appartient plus naturellement à la laisse suivante en a., m;
il faut donc ponctuer autrement que n'a fait M. Vollmôller.
V. 1780 : La correction de el en al, proposée par M. Damas Hinard et
adoptée par M. Restori, me paraît superflue ; le texte peut rester tel qu'il est ;
l'anacoluthe ne fait pas difficulté, comp. les vers 301 et 302.
V. 1929 : Les deux imparfaits de ce vers semblent avoir la signification de
Yimperfectum futuri. M. Vising , dans son remarquable travail Die realen 7>m-
1 . Ces recherches fort étendues et fort variées ont paru dans // Propugna-
tore; dans les remarques suivantes je ne cite que les Osservayoni sid métro,
sulle assonance e sul testo del « Poema de! Cid » (i? Progttgnatore XX, I, 97-1 58,
II, 109-164, 408-437)-
REMARQUES SUR LE TEXTE DU POEMA DEL CID 503
para der Vergangenheit , etc. (I, 136), a mis en doute l'existence, en vieil
espagnol, de cet emploi de l'imparfait; je crois à tort 1 .
V. 2103-2105 :
Trezientos marcos de plata en ayuda les do yo,
Que metan en sus bodas 0 do quisieredes uos.
Pues fueren en uuestro poder en Valencia la mayor.
M. Damas Hinard a essayé de corriger en changeant 0 en a et fueren en
fuere, ce qui ne nous avance guère ; je proposerai d'intervertir Tordre des deux
derniers hémistiches :
Que metan en sus bodas en Valencia la mayor ;
Pues fueren en uuestro poder o (do) quisieredes vos.
V. 2320 et ss. : Ni la traduction de Damas Hinard, ni celle d'Estlander ne
donnent un sens satisfaisant. Catamos est au prétérit et non pas au présent.
Traduisez : a Nous n'avons pensé qu'au gain et non pas à la perte (quand
nous nous sommes mariés), et maintenant nous devons faire cette campagne. »
Cette traduction, cent fois plus naturelle que celle de D. H. (voir surtou
l'étrange note, p. 156-157), exige qu'on mette point et virgule après no> et
rend superflue la correction de catamos en catemos proposée par Mild y
Fontanals.
V. 2342 : Aun si Dios quisiere e el padre que esta en alto.
M. Cornu corrige ce passage en omettant le e devant el. Pourquoi cette
correction ici, si on laisse subsister la même expression aux vers 300, 372,
2626 ? Mieux vaut laisser le vers tel qu'il est. Cf. v. 2456.
V. 2383 : El obispo don Jheronimo priso a espolonada.
Le dernier hémistique offre une construction très étrange et, si j'ai bonne
mémoire, unique dans le poème. Je propose de lire (cf. v. 596 et 705) :
El obispo don Jheronimo aprissa espolonaua.
V. 2478 : Quando veo lo que avia sabor.
M. Cornu corrige : Quando veo lo[de]que auia sabor.
La correction paraît bien plausible, mais est-elle nécessaire? Haber sabor
avec un régime direct se trouve déjà au vers 1909, que M. Cornu a laissé
intact, et si Ton compare encore les vers 2504, 3435, 3498, 3503, il serait
plus prudent, je crois, de laisser le v. 2478 tel qu'il est. Dans les passages
cités haber sabor est à regarder comme une locution toute faite qui, avec la
1 . M. Vising, en parlant de Yimperfectum futuri, cite un exemple du Roman-
cero del Cid : « Diez y seis maravedis Mandô el Rey dar à un lacayo Porque
esfaniaba à las fembras con un vestido de diablo. » Je ne suis pas sûr qu'il ait
bien traduit ce passage ; porque n'a pas besoin d'indiquer l'intention ( « afin
qu'il effrayât » ), il peut être simplement une conjonction causative ( « parce
qu'il effrayait » ).
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S 04 CORRECTIONS
signification d'un verbe simple (querer), en a eu la construction. Aux vers
2100, 2318, 3516 se trouve la construction régulière'.
V. 2493 :
Grado a Dios que del mundo es sefior.
Antes fu minguado, agora rico so.
M. Cornu met une virgule après seitor, et M. Baist approuve cette inter-
ponction, qui pourtant me paraît fautive, vu qu'il n'y a aucune relation gram-
maticale entre les deux vers. Le v. 2493 est une exclamation souvent
employée (comp. v. 8, 2192, 2830, etc.), qui sert d'introduction à un discours
direct et qui n'a pas besoin d'être complétée. Encore la correction de
M. Cornu ne donnerait-elle pas un sens bien satisfaisant ( « grâce à Dieu j'ai
été pauvre, mais je suis riche maintenant ! »). Je regarde aussi comme inu-
tiles les corrections de M. C. aux vers 2524, 2528. Un point ou un point
d'exclamation est de rigueur après ces vers.
V. 2500 : La phrase principale postposée comme au v. 1949.
V. 2506 : De todas sus con panas e de todos sus vassallos.
L'assonance est en 0, vassallos est donc à corriger. M. Restori propose e de
todos los otros. Otro se trouve, il est vrai, au v. 31 10, dans une laisse en 0,
mais c'est une irrégularité qu'il ne faut pas imiter ; je proposerais e de todos lo*
sos, e sus caballeros de pro y que le siruen a su sabor, e de, todos sus varones ou
quelque chose de pareil.
V. 2668 : Non tiene poridad. Dixolo Auengaluon.
M. Restori ajoute : « Meglio a Auengaluon. » La correction proposée me
paraît superflue : les deux a consécutifs ne se prononçant pas, le copiste n'en
a mis qu'un qui fait double fonction. Comp. Â\barfane\ = a Albarfane^
(v. 2835), àlgunos = a algunos (v. 3 116), amigo = a amigo (v. 3386), el
=ze el(y. 1836), etc. On n'a aucun droit de corriger tous ces passages. Est-ce
qu'on ne dit pas maintenant : Mira aqueUa senora et en français moderne firai
(pour fy irai)} Que dirait-on si un critique étranger essayait de corriger?
On peut encore comparer la forme Garciordone\ (v. 3s 53) à côté de Garcia
Ordonex, et Pedr arias fréquent dans les romans à côté de Pedro Arias 3 .
V. 2719 : Nos vengaremos aquesta por la del leon.
Comment traduire? Damas-Hinard ne paraît voir aucune difficulté dans
ce vers; il traduit sans rien observer : « Nous nous vengerons ainsi de
l'aventure du lion », mais cette traduction ne tient compte que du sens géné-
ral du passage , qui est assez clair, et non pas des mots. Il faut qu'il se trouve
une faute dans ce vers. On pourrait proposer hurla au lieu de por la , mais
cette correction serait bien peu acceptable. Il serait plus simple de lire aquesta
1. Est-ce qu'on peut expliquer de la même manière la construction de
haber menesterr Voir pour des exemples, v. 135, et Cronica rimada, v. 331.
2. Comp. aussi aveuglectes pour a aveuglettes dans Y Amant rendu Cordejiers
(éd. Montaiglon, v. 747).
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REMARQUES SUR LE TEXTE DU POEMA DEL CID 505
au lieu de aquesta : nous nous vengerons sur celles-là du déshonneur [la c. a. d.
la desondra; voir v. 2762] que nous a causé le lion. Pour la construction du
verbe vengar, comp. v. 1070.
N. 2869 : Point d'exclamation après ce vers comme après 2887.
V. 2960 : Aiudar le a derecho , sim salue el Criador.
La construction du premier hémistiche de ce vers me paraît peu claire ; est-
ce que aiudar ne serait pas pour a aiudar? Comp. pour a —aa ci-dessus
v. 2668.
V. 2975 : Deux points après ce vers.
V. 3160 : Dixo el conde don Garcia : a esto nos fablemos.
Damas-Hinard traduit : « Parlons ensemble là-dessus. » Au lieu de a esto
ne vaudrait-il pas mieux lire en esto (comp. v. 194 1)?
V. 3607 : Que por y série vencido qui saliesse del moion.
L'ordre des mots me paraît peu naturel, je propose de lire :
Que por vencido y série qui saliesse del mojon.
V. 363 1 : Quebrantô la bloca del escudo, apart gela echô.
M. Ristori omet le premier mot du vers en remarquant : « D quebrantô è
preso dal 3679. » Cet argument est incompréhensible. Il vaut mieux lire :
Quebrantô la bloca, apart gela echô.
Ce ne sont que de maigres glanures que j'ai présentées, mais, vu l'annonce
de l'édition de M. Kôrbs , je n'ai voulu donner qu'un -petit choix des obser-
vations que m'avait suggérées une lecture de Mio Cid, comme Milà y Fonta-
nals appelle le poème.
Kr. Nyrop.
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COMPTES-RENDUS
La langue et la littérature française depuis le IX e siècle,
par Bartsch et Hornikg. (Notes complémentaires.)
Aile numerose osservazioni del Paris (ved. p. 136 ss.) ne aggiungo
alcune poche in servizio di chi imprenderâ una nuova edizione del manuale,
al quale il compianto autore, impedito dallo stato délia sua salute, non dedkô
tutte le cure necessarie.
Alie, quai rinforzo délia negazione; non è necessario considerare questa
voce quai forma di aillie; si tratta di alie — fr. mod. ali^e, « sorba, bagola ».
Atirier è tradotto « attirer, arranger, équiper, parer », ironicamente
« malmener ». Senza entrare nella questione se si tratti di due voci omonime
(nelT una tirer = it. tir are, nell' altra da tire = tiare) noterô che nel passo 5 $0,
1 7 cors doter eus, car te remire En Taspre mort, qui si fatire Que tu deviens noirs et
hideus, il verbo piuttosto che « attira » signifka « conâa » con valore
ironico.
Carnel. Si descrive la corona délia Manekine : M carnel erano di gemme ; la
courant desous ert (Tor; il Suchier interpréta : créneaux. Nel glossario la voce è
citata ail* articolo dwrw/=rcarnalis.
Consirer, soi « réfléchir » 209, 27 (1. 23) : s' eh a ce que tant désire , Del
sorplus quele se consire, Bien le metra en biel déport. La costruzione è un po* sten-
tata ; ed un altro codice la rese più chiara leggendo : S'eU del sorpi. se c. Ad
ogni modo, non v'ha dubbio che il verbo ha il solito valore di « rinunciare,
passarsi ecc. ».
Eschiper réfl. « s'embarquer. » Il B. segue qui, corne troppo di fréquente, il
Godcfroy. Uno dei passi citati ricorre nel roman SEneas : del rivage sunt
esquipé, Empaint se sunt en halte mer : quindi a salpare » ; cf. il Suchier nel suo
glossario di Fil. de Beau manoir, e lo Scheler in quello di Froissart; il primo
traduce « pousser du rivage » ; il secondo « se mettre en mer ». E cosl anche
il Littré : « Equiper est proprement mettre en mer ». E questo è il valore che,
a quel che vedo, il verbo ha pressochè costantemente in francese antico. Si
confronti il passo del Rom. de Troie citato dal Godefroy : En un batel s'en est
entrer, De la terre s'est esquipe\, che è particolarmente istruttivo, giacchè
« s'imbarcô », oltre che non andrebbe bene con de la terre, sarebbe una tauto-
logia. E mérita essere notato che nel maggior numéro degli esempii il verbo va
congiunto aile voci del rivage, de la rive, de la terre o en mer, en la mer, parmi
bartsch et horning, La langut et la Unir alun française 507
la mer. Non si comprende corne il Godefroy, che registra tanti esempii, tutti
chiarissimi, slnducesse a tradurre « s'embarquer ». Anzi fra i suoi esempii ce
n'è uno, nel quale il soggetto è la nave : Si s'escipa sa nés parmi la mer,
ove « s'imbarco » è privo di senso. — Il seconde dei passi del Bartsch è dal
S. Brandano : « il vento è buono ; Mais n'i truvent nuY entrethe U lur nef fust
esebipede, Quer de rochei\ ert aclose U nul (Teals entrer nen ose. Qui esch. (non vedo
che ciô sia stato per anco awertito) deve avère il significato di « approdare ».
D verbo adunque esprime in senso générale un movimento délia nave in
ambedue le direzioni , per^olito da terra verso il mare , ma anche dal mare
verso terra. La situazione indica da per sè di quai direzione si tratti; non-
dimeno gli scrittori amano per maggiore chiarezza aggiungere più esatte
indicazioni. Si noti che il Godefroy in questo esempio del Brandon s'accorge
che, il soggetto essendo la nave, l'interpretazione « s'imbarco » è impossibile ;
traduce dunque il participio con « qui prend la mer »; ma, quasi a farlo
apposta, anche questa volta s'inganna ; giacchè, corne s'è detto, qui si tratta
d'una nave che col vento in poppa viene dalT alto mare; dovrebbe approdare,
ma le roccie impediscono l'entrata del porto. Qnanto alla costruzione del
verbo, si noti che il soggetto è la nave , e per estensione i navigatori ; che per
solito è usato col pronome riflessivo, il quale nella conjugazione perifrastica si
ommette fadlmente (il Godefroy doveva adunque dure il passo del Brandon
non nella rubrica del participio, bensi in quella del verbo : fust eschipede —
se f. esch.); ma anche nelle forme semplid ricorre tal volta senza il pronome
riflessivo ; quindi la nés s* eschipa de la tere e la nés eschipa; li pèlerin s'eschiperent
en mer e li pel. esch. Di eschiper « irabarcare » quai transitivo e riflessivo il
Godefroy du un pajo di esempii da testi non molto antichi e lo Scheler dal
Froissart. Il Littré, che (corne s'è notato) interpreu bene la voce, nel passo
tolto dalla vita di Tom. di Cant. : A la mer vint li ber, a Sandwiz eschipa tra-
duce « s'embarqua ». £ cosl il Diez, riferendosi al medesimo passo ; laddove
lo Scheler nelle sue aggiunte al Diez ricorda il vero significato délia parola.
E questo valore le attribuiremo altresl nel passo del S. Tommaso.
Esfors; meglio esfor\ % forma del dialetto centrale. Dd tre passi duti l'uno
ha -r^, il secondo è introvabile , perché la dtazione è erronea ; il terzo ha -ors
( : mof5=mortuus) in Gautier de Coind, il quale (se non m'inganno) non
usa -s in luogo di
Espeler « expliquer », nel primo passo duto : Alex. 70 : Eufemiens velt
saveir quet espelt il verbo non è délia prima conjugazione e non vale « spie-
gare »; Eufem. desidera sapere che cosa significa, che cosa vuol dire.
Espift, ispieth « épieu, lance ». Ma nd S. Léger non puô trattarsi che
d'una spada.
Figue « instrument de musique ». Il testo legge se\ tu riens... de viele ne de
figue? Tu ne se% vaillant une figue. Non deve leggersi gigue ?
Fricon nella cudna infernale di Raoul de Houdenc (247,6) non sara
« frisson, peur », ma (come interpreu lo Scheler) « friture ».
Gort gurt « gorge, gouffre ». Nella leggenda di S. Brandano si
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5o8
COMPTES-RENDUS
levatosi un vento favorevole (// ore\ lur vient del orient Quis en tneinet vers
occident), i naviganti cururent par quinze jurs Desquc li ven\ tu\ lur fud gur^;
Dune fermaient... Pur le vent qui falil ère. Gur% è dunque aggettivo, con signi-
ficato affine a quello solito di gourd, corne chi dicesse : « il vento era interizzito,
impedito nel suo movimento. »
Malaifibleto quai traduzione di difficulté nei Dialoghi di S. Gregorio è
forma dubbia assai ; il Foerster l'accetta , a dir vero, senza veruna osserva-
zione ; io suppongo errore nel codice e leggo malaisibletei.
Pelet « petit poil »; la regina (nel romanzo délia Manekine) è vestita
d'une cotele d'or tissue, Tout parmi de pelés cousue. Ci atterremo al Suchier, che
considéra pelés = pelles = perles.
Renjoir, rangoir, soi « se réjouir ». Passo tolto dal Cligés : li autre si s* an
rangoissent ( : conoissent) ; quindi da r-angoissier « si studiano affannosamente
alla lor volta ».
Uller « hurler » 245,20. Uno dei piatti délia cucina infernale è di bougres
ullés. Cf. 246, 1 por Tulleis qu'il savoient « sapevano di bruciaticcio » ; ulleis
rnanca nel Glossario.
Venir. Nei passi 420, 7 e 626, 20 se de vient il verbo avrebbe il valore di
« convenir, plaire »; ond' è che de (De) corrisponderebbe al lat. Deo. Si
legga se devient ; parentesi tipica che flnisce col divenire locuzione a werbiale ;
« se accade » — « forse » ; cosl il Forster nelle note al Cligès 4750 ».
Poemetti popolari italiani raccolti ed illustrati da Alessandro
d'Ancona. Bologna, Zanichelli. 1889, in-12, vi-560 p.
Cet élégant volume contient quatre poèmes en ottava rima; trois avaient
déjà été publiés par Fauteur, mais il en a plus ou moins complètement
remanié les introductions. Il est inutile de dire que ces introductions sont
écrites avec autant de science que de goût ; nous allons rapidement passer en
revue les quatre morceaux.
I. — La Storia di Giovanni Boccadoro. On attribue, en Italie, à saint Jean
Bouche d'Or la tragique histoire mise ailleurs au compte de saint Jean « le
Paulu » a ou d'autres : un ermite déshonore une jeune fille, la tue pour cacher
1. [A mon avis, la forme primitive de cette locution est s'esdevient; Y s est
tombée de bonne heure, comme devant les sonores en général, et on n'a plus
compris la locution, dont on a fait se devient, d'autant plus que le verbe esde-
venir était tombé en désuétude.
Je profite de l'occasion pour rétracter ma remarque sur rin ; ce mot, au sens
de « cours d'eau » , quelle qu'en soit l'origine, existe réellement en ancien
français et est attesté par des rimes. — G. r.)
2. Le Miracle de saint Jean le Paulu n'est plus inédit (p. 27); il figure dans
le tome V (1880) des Miracles de N. D., publiés par G. Paris et U. Robert.
A. Mussafia.
d'ancona, Poemetti popolari italiani 509
son crime, et fait ensuite une terrible pénitence qui lui vaut la sainteté ; tel
est le sujet du poème ici commenté. Dans l'introduction, M. d'A. indique
et caractérise toutes les variantes connues de ce thème. Il rapproche du
poème italien, à cause du nom du héros, seul élément commun, le conte
français de Saint Jean Bouche d'Or (voy. mon Manuel d'ancien français, I,
S 147). Au sujet de ce dernier conte, j'ajouterai quelques rapprochements. Il
parait bien être d'origine bouddhique, car la même aventure, — accusation
injuste portée contre un saint homme par une fille enceinte qui ne veut pas
dénoncer son amant, — est attribuée au Bouddha dans des légendes indiennes l .
La même calomnie, punie également pour la coupable par l'impossibilité
d'enfanter, est rapportée à saint Macaire, déjà dans le texte latin de la Vie des
Pères % , et aussi au lecteur Eustathe*. Une histoire semblable s'est attachée
au nom du saint anglais Bertach Enfin on la retrouve, bizarrement attri-
buée à saint Gilles, dans Tristan de NanteuUt.
II. M. d'Ancona n'a écrit que la bibliographie du poème sur la Superbia e
Morte di Senso; il a laissé écrire l'introduction comparative à M. Reinhold
Kôhler. Cette introduction est, cela va sans dire, très riche et, autant que
j'en puis juger, absolument complète 6 . Le poème en lui-même, sans doute du
xve siècle, est charmant et tout à fait philosophique : Senso veut trouver un
pays où on ne meure pas ; il le trouve, mais, après quelques siècles qui lui
ont semblé des jours, il revient sur la terre des mortels, et tcmbe dans le
piège que lui tend la Mort, qui se lassait à le poursuivre en vain. On retrouve
cette histoire chez les Slaves aussi bien que chez les Celtes ? ; mais on ne lui
a pas encore découvert d'origines au delà de l'Europe et du Moyen Age. Il est
probable cependant qu'elle remonte à une haute antiquité. — Comme appen-
dice à Senso, M. d'Ancona imprime trois débats, également en octaves, entre
la Mort et un semplicista (guérisseur par les simples), la Mort et un guerrier,
la Mort et un vieillard ; c'est la camarde , naturellement , qui a toujours le
dernier mot.
III. L'introduction mise par M. d'Ancona en tête de la réimpression du
poème sur Attila est un morceau capital d'histoire et d'histoire littéraire ; elle
est connue depuis longtemps du monde lettré, ayant paru une première
fois il y a vingt-cinq ans; l'auteur la donne ici avec quelques additions et
1 . Voy. Cassel, Mischïe Sindbad, p. 58.
2. L. III, § 9^ (répété au 1. V, § 25) ; traduit dans le Ubro de los Enxempks,
n° 18 (de l'édition Rivadeneyra).
3. L. VIII, c. 141.
4. Voy. Hardy, Descr. calai., n<> 279, qui renvoie à Capgrave, Novalegenda
Angliae,io\. 36-38.
5. La Vie de saint Gilles, p. p. G. Paris et A. Bos, p. 11.
6. Sur un point fort curieux, l'auteur promet de revenir prochaine-
ment dans un mémoire spécial. Il exécutera sans doute mieux ses <
que d'autres n'ont fait jusqu'ici les leurs (voy. p. 93).
7. Cf. Remania, VIII, 51.
Digitizecjk.
510 COMPTES-RENDUS
corrections qui la rendent plus précieuse encore. — Notons (p. 177) une erreur
qui vaut la peine d'être relevée ; elle consiste à admettre, ce qui serait d'un
bien grand intérêt, qu'il existe un Roman du roi Atli, « proveniente da fonte
inglese, nel quale, sotto il nome dei re di Suffolk e di Norfolk, si narrerebbein
22 mila versi la saga di Attila. » Graesse, auquel se réfère M. d'A., n'est pas
si précis : il se borne à dire que le Roman du roi Atla (et non Atli), « obgleich
er àngeblich von einem Kônig von Norfolk und Suffolk Waldeus handelt, docb
woWmitder Attilasage nient ohne Verbindung. » C'est, comme on voit, une
simple hypothèse, et elle n'est nullement fondée. Il s'agit du roman de
Waldef, conservé en manuscrit (incomplet) dans la bibliothèque de feu su-
Thomas Phillipps, à Cheltenham, lequel raconte une légende anglaise sans
rapport aucun avec Attila, si ce n'est la mention d'un roi Ath 1 comme ancêtre
des héros *.
IV. Le joli poème d'Ottinelb e Giulia est une variante de thème connu par
le roman de Pierre de Provence. Ce thème est essentiellement celui-ci : deux
amants sont séparés par suite du rapt d'un joyau par un oiseau, que le jeune
homme poursuit ; après de longues aventures, ils finissent par se rejoindre et
sont heureux. Un groupe étroitement apparenté, dans ce piccolo cicb, est formé
par l'histoire du prince Kamaralzaman dans les Mille et une Nuits (original
indien), le roman français de Pierre de Provenu et le poème italien d'Ottindb
e Giulia : dans ce groupe, le héros s'embarque ou veut s'embarquer pour
rentrer dans son pays avec un grand trésor qu'il a trouvé; il est arrêté
en chemin, et le trésor parvient seul, par hasard, précisément entre les
mains de l'héroïne, chez laquelle arrive aussi plus tard le héros, pauvre et
méconnu. M. d'Ancona, dans une très substantielle introduction, étudie
toutes les variantes, souvent entrecroisées, de ce récit». Je n'ai à peu près
1. Voy. Sachs, Beitràge \ur Kunde alt-franqisischer, engîischer und pro-
venialischer Literatur 9 BerUn, 1857, P- $0. — U est bien à désirer, soit dit en
passant, que ce poème soit publié; û est étonnant qu'il n'ait encore tenté le
zèle d'aucun de ces jeunes éditeurs que l'Allemagne envoie chaque année faire
des razzias dans les bibliothèques de France et d'Angleterre.
2. Cf. Rom., XV, 576. — Je profite de l'occasion pour appeler l'attention
sur les vers du début de ce poème, cités par Sachs (p. 47), où il est dit expres-
sément que Tristam a été translaté de 1' anglais (et. Rom., XIV, 604; XVIII,
623).
3 . Notamment Guillaume d'Angleterre, Die pute Frau, Die Historié vom Graf
von Savoien, Syr Isambrace (apparenté à la légende de saint Eustache), et
d'autre pan \Escoufle et le Busant (Juno % dit M. d'A., dériva certamenie
dalV altro; je ne le crois pas : tous deux ont plutôt une source commune et
remontent sans doute à un lai : le Busant, quoique postérieur à ïEscoufle, a
des traits plus anciens). — En appendice, M. d'A. nous donne, outre un
abrégé de Pierre de Provenu, par Ridolfi, une nouvelle tirée des Porretane de
Sabadino degli Arienti et un épisode du Mambriano (avec deux imitations de
Malespini et de Stigliani), qui se rapprochent de notre thème.
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d'ancona, Poemetti popolari italiani
5"
rien â ajouter à ces savantes recherches 1 ; je me bornerai à dire un mot de
Pierre de Provenu. M. d'Ancona se méfie avec raison de la « tradition »
d'après laquelle ce roman aurait été composé, au xiic siècle, par Bernard de
Tréviez (aujourd'hui Tréviers), chanoine de Maguelone, et « poli » par
Pétrarque, quand il étudiait à Montpellier. Ce sont là de pures inventions de
Pierre Gariel (auteur du livre bizarre intitulé : Idée de la ville de Montpellier t
1665 ), qui vont de pair avec les fables de Nostradamus a . Le chanoine Bernard
de Tréviers a composé, à l'éloge de la ville de Maguelone, deux pièces de vers
latins (publiées par Gariel), dont l'une est datée de 1 178. Ce sont ces composi-
tions qui ont inspiré à Gariel sa fantastique histoire : elles auraient dû au con-
traire l'empêcher d'y songer, car Bernard attribue à Maguelone, dans ses vers
latins, une origine tout autre que celle qu'indique le roman de Pierre de Pro-
vence. Quant à Pétrarque, c'est uniquement parce qu'il a passé quatre ans (de
quatorze à dix-huit ans) à Montpellier que Gariel l'a mêlé à sa fiction. Tout cela
n'a pas le sens commun J, et il a fallu l'aveuglement volontaire du patriotisme
local pour qu'on répétât ces contes. Le roman français, dans la plus ancienne
édition (Lyon, 1478), porte au titre : « Ordonnée en cestuy langaige l'an mil
CCCC L III » Il est vrai qu'aucun des quatre manuscrits que je connais *
ne reproduit cette date, mais elle figurait certainement sur le manuscrit qui a
servi de base à l'édition, et c'est probablement la date de la composition.
Quant aux expressions « ordonnée en cestui languaige, mis en cestui lan-
guaige », elles ne prouvent rien, comme le remarque très justement
M. d'Ancona. Le roman doit avoir été écrit dans le Midi 6 , mais en français;
vers la même époque, en 1432, à Marseille, Pierre de la Sippade écrivait
celui de Paris et Vienne, qui offre plus d'un rapport avec Pierre de Provence ;
il prétendait le traduire d'un livre provençal, qui aurait lui-même été traduit
du catalan, mais c'était probablement une simple façon de recommander son
œuvre : ni en provençal ni en catalan on ne trouve trace de ce roman, qui,
ainsi que Pierre de Provence, a tous les caractères du xv« siècle Il est donc
1. Un roman français du xv« siècle, d'ailleurs fort médiocre et encore
inédit, Florimont d'Orléans (ms. B. N. fr. 1488), nous montre aussi deux
amants séparés par la poursuite qu'ils donnent à une pie qui a enlevé une
escarboucle pendant que, se reposant près d'une fontaine, ils admirent les
joyaux que la princesse a emportés dans sa fuite.
2. Assurément si Nostradamus avait eu la moindre connaissance de toute
cette histoire, il en aurait tiré parti.
3. Voyez la remarque très juste de M. d'Ancona, p. 401, n. 2.
4. M. d'A. (p. 402, n. 2) donne « mil CCCCLVII »; ce n'est sans doute
qu'une faute d'impression.
5. Mss. B. N. fr. 1501, 1502, 19167, Ars. B. L. fr. 245), tous de la
seconde moitié du xV« siècle.
6. A cause des renseignements locaux sur Maguelone, son hôpital, etc.
7. Le poème grec Imberios et Margarona (voy. d'Ancona, p. 404, n. 2)
contient quelques traits qui diffèrent du roman français. M. Gidel (Etudes sur
la litt. gr. du moyen dge y 1866, p. 269-289) est porté à en conclure, mais à
$12
COMPTES-RENDUS
temps de rayer définitivement de l'histoire littéraire le conte de Pierre Gariel,
et de ne plus parler, à propos du joli roman de Pierre de Provenu, ni de
Bernard de Tréviers, ni de Pétrarque «.
Anteckningar om Martial d'Auvergne och hans Kar-
leksdommar, af W. Soderhjelm. Helsingfors, 1889, gr. in-8, 54 p.
(extrait des Fitiska Vet. Soc.'s Fôrhandlingar, B. XXXI).
Notre poésie du xv* siècle, longtemps assez négligée, commence, comme
celle du haut Moyen Age , à attirer l'attention des savants, — surtout, bien
entendu, à l'étranger* : M. Bijvanck, en Hollande, nous a donné le raeilleur
travail philologique qu'on ait encore fait sur Villon ; M. Piaget vient de con-
sacrer à Martin le Franc l'estimable étude dont nous avons rendu compte ; et
voici que de Finlande nous arrive l'essai de M. Soderhjelm sur Martial
d'Auvergne. Seulement, tandis que M. Piaget et même M. Bijvanck ont
écrit en français, M. Soderhjelm a publié ses « notes » en suédois.
Estimons-nous encore heureux qu'il soit permis à Helsingfors d'employer,
dans les publications académiques , une langue plus accessible que le finnois.
L'étude de M. S., qui se présente sans aucune prétention, n'apporte
rien de bien nouveau, mais elle est intéressante et judicieuse. L'auteur réunit
et discute les témoignages et les jugements qu'on a portés sur Martial, passe
en revue ses différents ouvrages, montre que Y Amant rendu cerdelier est sûre-
ment de lui et que la Confession de la belle fille est probablement aussi son
œuvre, et enfin s'arrête surtout aux Arrêts d'amour, qu'il caractérise fort bien
et dont il marque la place dans l'ensemble de la littérature galante du Moyen
Age. Je présenterai seulement quelques observations détachées.
Lilio Giraldi, cité par M. S. (p. 10), assure que « Martialis Arvernus scripsit
tort, que le poète grec a suivi un original plus ancien que notre roman : ce
sont des modifications que ce poète a introduites volontairement. — D'après
M. Gidel (p. 285), Crusius citerait des traits de Pierre de Provence qui ne se
retrouvent pas dans le roman français imprimé ; c'est une erreur : ces traits
figurent parfaitement dans les éditions, aussi bien que dans les manuscrits.
1. A propos de Pierre de Provence, rappelons une singularité littéraire.
Cervantes (D. Quij., I, 49; II, 40) attribue, par deux fois, à Pierre de Pro-
vence le fameux cheval volant que Don Quichotte, comme on sait, devait
monter à son tour. Il y a là évidemment une confusion de mémoire (avec
Clamades = Cléomades) ; les nombreuses éditions espagnoles du roman de la
Linda MagaUma ne diffèrent pas des nôtres. — La traduction espagnole a été
attribuée à Philippe Camus, par suite d'une autre confusion que j'ai signalée
ailleurs (Hist. litt., t. XXX, p. 217).
2. Il serait plus au'injuste de ne pas citer, toutefois, les excellents travaux
de MM. de Montai gl on, Longnon et Picot, auxquels il faut joindre, puisqu'il
concerne surtout le xvc siècle, l'utile ouvrage de M. Petit de Julleville.
M. Gaston Raynaud va publier (pour la Société des anciens textes) un recueil de
rondeaux du xv« siècle accompagné d'une très érudite introduction.
G. P.
sœderhjelm , Anteckningar om Martial d'Auvergne 513
sermone gallico rhythmos diversos... et cantiones sen cantilenas eleganti
carminé, quae nunc passim a Gallis concinuntur ». Je n'attacherais, pour ma
part, aucune importance à cette assertion. Elle a bien probablement pour
unique base le passage de Benoit Le Court dans son commentaire des Arrêts ,
à propos des Vigiles de Charles VII : « Quarum lectio per aratores decantata
tanti apud Gallos est quanti Catulli Lesbiae passeris deploratio apud
omneis. » Ce passage ne veut nullement dire, comme on Ta souvent répété,
que les laboureurs au xvi« siècle chantaient les parties lyriques des Vigiles,
mais simplement que la leçon chantée dans ce poème par les « laboureurs et
bergiers » passait alors pour un excellent morceau ; c'est en effet ce qu'on en
cite toujours, encore aujourd'hui.
A propos des Vigiles, — qu'il juge avec raison composées peu après la
mort de Charles VII , mais tenues secrètes jusqu'à celle de Louis XI, — M. S.
dit qu'on y trouve « une énorme richesse de détails, qui ne sauraient être
négligés par l'historien de Charles VII; » il ajoute qu'il est difficile de
déterminer les sources où a puisé Martial. Toutefois il est facile de s'assurer
que Martial n'a fait, en général, que versifier la chronique de Jean Chartier, et
que son poème n'offre que bien rarement des traits qui aient quelque intérêt
pour l'histoire (par ex. ce qui concerne la ville de Paris, 1. 1, p. 96, 120, etc.).
A propos de la Danse macabre des femmes 1 , M. S. dit, sans autre remarque
(p. 23), que le poème le plus connu sur la danse de la Mort est de Gerson.
C'est là une hypothèse émise par l'abbé Dufour, mais qui ne s'appuie sur
aucune preuve, et qui, pour des raisons que je ne puis alléguer ici, n'a
môme guère de vraisemblance. Mais je prorite de l'occasion qui se présente
pour dire que le nom de danse macabre n'a jamais existé que par suite d'une
raauvaue interprétation moderne. Le nom ancien est danse Macabrè, et
Macabré est un nom d'homme et non un adjectif*. J'espère publier, quelque
jour, un travail étendu sur les origines et l'histoire des danses de la Mort ;
mais il me manque encore d'importants éléments de recherche ; en attendant,
je signale cette erreur, aujourd'hui si bien implantée qu'elle sera sans doute
impossible à déraciner, et qui a même enrichi la langue moderne de l'adjec-
tif macabre, dont on aurait quelque peine à se passer
1. J'avais écrit sur la publication de ce poème par M. Miot-Frochot (Paris,
1869) un article qui est resté inédit et que j'ai communiqué à M. S. ; ma
mauvaise écriture lui a (ait lire à un endroit « le fjermin » au lieu de u le
hennin », ce dont je lui demande pardon.
2. Je me bornerai à citer, comme preuve que Macabré est un nom, le vers
de Jean Régnier (éd. Lacroix, p. 201) : Si fouit il aller a la danse De Macabré;
comme preuve que Ve final n'est pas féminin, la graphie Macabray. — L'adj.
qu'on avait tiré du nom propre pour l'appliquer à la danse était macabrie :
Je danseray la macabree danse (Montaiglon, vTII, 340).
3 . L'Académie n'a admis le mot que dans sa dernière édition , et elle dit
qu'il « ne s'emploie que dans cette expression, Danse macabre » (elle donne
comme exemple : Les principales danses macabres sont du quin\iïme siècle; on en
Remania, XVII l. ^
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5 14 COMPTES-RENDUS
Les Louanges de la vierge Marie ont été écrites par Martial, suivant M. S.
(p. 9), « après la mort de Louis XI, car elles contiennent une prière pour son
âme et des vœux pour son successeur ». C'est en effet ce que porte l'édition
de 1492; mais dans le ms. français 1804 (f° 117) ou lit : « L'ame du roy
Charles septiesme, et Loys, tresvaillant roy de France. » Le poète a retouché
le passage en publiant lui-même son œuvre sous Charles VIII. — Les vers de
ce poème où Martial fait allusion au funeste égarement qui, en 1466, le fit se
jeter par la fenêtre de sa maison sont suivis de ceux-ci (fol. 32 v©), qui méri-
taient également d'être cités. Il remercie la Vierge qui l'a sauvé :
Car vous m'avez du tout remis la vie,
Guery tout sain et mis a chiere lye ,
Voire faict mieulx
Que n'eusse ousé demander en tous lieux,
Tourné mon deuil en reconfort joyeux,
Mis au dessus de tous mes envieux.
Il est curieux que ni dans ce poème ni dans l'épitaphe de Martial il ne soit
fait mention de sa femme , dont l'existence est cependant attestée par Denis
Hesselin 1 dans son récit de la folie passagère du poète. La façon dont celui-ci
parle de ses parents et héritiers, dans le curieux et énergique morceau ou il
voit en imagination son propre enterrement et l'oubli dans lequel il tombera
bientôt 2 , indique au moins qu'il n'avait pas d'enfants.
G. P.
Jean-Antoine de BalfS Psauîtter. Metrische Bearbeitung der Psalmen
mit Einleitung , Anmerkungen und einem Wœrterverzeichnis , zum ersten
malhgg. von D r Ernst-Joh. Groth. Heilbronn, Henninger 1888, pet. in-
8, xvi- 1 10 p. (vol. IX de la Sammlung j ran^œsiscljer neudrucke, publiée
sous la direction de M. K. Volmœller).
Cette traduction du Psaultier n'a pas une grande valeur littéraire. Elle est
curieuse en tant qu'essai de versification métrique, et elle est en même temps
un document intéressant de la prononciation du temps, le ms. autographe
connaît aussi du quatorzième; je serais bien curieux de savoir qui est cet on,
mais ma curiosité est sans doute indiscrète). — Littré n'admet également
macabre que comme adjectif féminin dans danse macabre; toutefois depuis les
romantiques on emploie familièrement ce mot, surtout entre littérateurs et
artistes, pour désigner une impression où se mélangent le funèbre et le gro-
tesque (est-ce Gautier ou Petrus Borel oui a dit le premier : C'est macabre ?).
Sachs donne fantaisie macabre, en citant M. Em. Montégut, et le traduit assez
inexactement par « toile, wilde Phantasie ». — L'adj. fémin appliqué à danse
a passé en Italie, où on écrit couramment dan\a macabra.
1. M. Vitu a prouvé, comme on sait, que Denis Hesselin est l'auteur de
la Cljronique scandaleuse.
2. Ce morceau rappelle une célèbre fantaisie de Swift.
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groth, Jean-Antoine de Baifs Psaultier 515
de Baïf, conservé à la Bibl. nat. (fr. 19140) étant écrit d'après un système
phonétique, assez compliqué, propre à l'auteur. Elle ne s'étend pas au delà
du psaume lxviii (r= Vulgate lxvii), et a été composée de 1567 à 1569. Le
même ms. renferme deux autres versions du Psautier, par Baïf, l'une, datée
de 1573, est, comme celle-ci, en vers métriques; l'autre, de 1587, est en vers
rimés. Les motifs que l'éditeur fait valoir pour justifier le choix de la version
métrique de 1567-9, de préférence à celle de 1573, sont assez faibles. En
tout cas, l'idée de publier le texte avec son orthographe, à laquelle notre
système typographique se prête mal, ne me paraît pas très heureuse. Il eût
suffi d'en reproduire , à titre d'échantillons, quelques pages, avec une parfaite
exactitude, autant que possible en fac-similé. Une édition imprimée dans
l'orthographe courante du xvi« siècle eût été beaucoup plus lisible, et les
philologues n'y auraient rien perdu si l'éditeur avait indiqué avec précision
dans sa préface en quoi consiste le système orthographique de Baïf dans la
version choisie, et quelles sont les différences que présentent, à cet égard, les
autres ouvrages du même auteur, car le système orthographique de Baïf a
varié en bien des points. Nous devons constater que M. Groth ne s'est pas
acquitté de sa tâche de façon à mériter l'éloge. Il n'y a rien dans la préface
assez banale qu'il a mise en tête du volume sur les orthographes de Baïf ni sur
le profit qu'on en peut tirer pour l'histoire de la prononciation du français.
Pour la version de 1573, nous devons nous contenter d'un court spécimen
fourni par le psaume xxm (= Vulgate, xxii). Quant au texte de 1 567-9, il est
reproduit avec beaucoup de négligence. M. Groth écrit i là ou Baïf écrit t
ou t. Baïf emploie deux sortes dV, IV simple et Ye cédillé. L'accent circon-
flexe prend toujours place sur IV cédillé; M. G. place cet accent sur un c
simple. Baïf écrit Shon, M. G. écrit Sùon, négligeant dans ce cas et en d'autres
le tréma, qui a pourtant sa valeur. De plus, bien que le ms. soit aussi lisible
qu'un imprimé, M. G. a trouvé le moyen de faire de grosses fautes de lecture.
Le ms. donne comme variante, pour le v. 4, Ki des mokeurs m bank ne sud
(dans YHehraa : et in cathedra derisorum non stetit). Au lieu de bank, M. G. lit
hante! V. 10 feilage, ms. feilaje, avec un /, ce qui est conforme au système.
V. 24, Ké ne ronpons nous le tiin, ms. le lïén (Disrumpatnus vincula, 11, 3).
V. 53, plusieurs, ms. plusieurs. V. 56 et 66, apui, il faut naturellement, et le
ms. porte en effet, apui, sans tréma. V. 58, fekrtt, ms. Je krïé, au pré-
térit. V. 61, endormir, ms. andormir. V. 70, défund, ms. défattd. La ponc-
tuation est souvent mauvaise et montre que l'éditeur n'a pas comparé la
version avec l'original, qu'il n'a, du reste, pas cherché à déterminer. Je ne
pousserai pas plus loin cet examen. J'ajouterai seulement que le glossaire
contient des erreurs énormes, par ex. asteure (à cette heure) traduit par
« austère », charlit (châlit) traduit par « char de lit », ragraver ( re-aggraver)
traduit par « ragrafer », si\e, part. fém. de seoir, traduit par « site ». En
somme, travail fait sans soin et sans compétence, et non surveillé.
P. M.
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PÉRIODIQUES
I. — Revue des langues romanes, 4 e série, t. II, octobre-novembre 1888. —
P. 473. C. Chabaneau, Le roman d'Arles. Texte en prose tiré du ms. actuelle-
ment à Aix, dans une bibliothèque privée, d'après lequel M. Chabaneau a
publié naguère la vie de sainte Marie-Madeleine. Il donne cette fois la des-
cription du ms., qui du reste avait déjà été signalé et décrit sommairement
dans le catalogue Monmerqué; voy. Rom., XVTI, 145. Ce texte est une
curieuse compilation, fondée en partie sur un poème provençal perdu, qui ne
devait pas être fort ancien et dont les vers se laissent souvent reconnaître
dans la prose du compilateur. Ce compilateur pourrait être Bertran Boysset
qui a écrit tout le ms. Le même B. Boysset a fait une copie de la vie proven-
çale de saint Trophime, qui est mise à contribution dans cette compilation.
J'ai annoncé jadis 1 , et je publierai peut-être un jour, un mémoire sur ce
Boysset, dont le livre de raisons,' publié à Arles en 1876-7, d'après une
copie, est conservé en original à la Bibliothèque nationale* Du roman
d'Arles, il avait été tiré une copie partielle conservée à la Bibliothèque
Méjanes d'Aix, que M. Lieutaud a publiée, plaçant en regard du texte
un essai de restitution de la forme primitive en vers». Mais le texte édité
présentement d'après l'original est naturellement plus correct. D'autre part ,
Jean de Nostre Dame a fait du Roman d'Arles un extrait, fort infidèle et
arrangé à sa façon, qui est le roman de Tersin dont j'ai publié deux textes
dans la Romania, I, 51 et suiv. M. Ch. a joint à sa publication un long com-
mentaire dont l'examen nous entraînerait au delà des limites que l'abondance
des matières nous impose, et des extraits de divers ouvrages qui se rapporteut
aux légendes dont est formé le Roman d'Arles. — P. 542. P. Vidal, Docu-
ments sur la langue catalane des anciens comtés de Roussillon et de Cei dagne (suite).
— P. 550. C. Chabaneau, Poésies inédites de divers troubadours. Toutes sont
1. Romania, II, 380.
2. J'ai fait reproduire en photogravure deux pages de cet autographe pour
le recueil des Fac-similés de l'École des Chartes (n° 311).
3. Revue de Marseille et de Provence, avril 1873. Voy. Romania, II, 379-80.
L'essai de restitution a été considérablement modifié, et, je crois, amélioré,
dans les exemplaires tirés à part, à l'aide des corrections que j'ai fournies à
M. Lieutaud.
PÉRIODIQUES 517
des pièces dont on ne possède qu'une seule copie et qui sont indiquées
comme telles dans le Grunàriss de Bartsch. Mais Bartsch est un guide dange-
reux, qui a, au moins une fois, trompé M. Chabaneau, en indiquant comme
anonyme et unique (Gr., 461, n w 51) la pièce Be volgra s y a Dieu plagues,
imprimée ici (p. S74) comme inédite. C'est une pièce bien connue et sou-
vent copiée de Çadenet. Elle a été déjà publiée plusieurs fois, en dernier
lieu par Mahn, Werhe, III, 64. A la p. 556. M. Ch., ayant probablement
fait usage d'une copie qu'il n'a pu vérifier, indique une lacune qui n'existe
pas. Les quatre petits vers remplacés par des points se trouvent réellement
â leur place dans le ms., fol. 144 v<>. Les voici; je ne prétends pas les
comprendre, car ils sont , comme toute la pièce de G. Faidit à laquelle ils
appartiennent , fort corrompus : Q'ieu âges léser \ Disert \ Len \ Los ben
crinadat^ 1 . — P. 578. C. Chabaneau, Plainte de la sainte Vierge au pied
de la croix, poésie catalane, composée de neuf couplets et d'une tornada , déjà
publiée partiellement, une première fois d'après le môme ms. (archives de la
couronne d'Aragon), par Mila y Fontanals, et en entier d'après un autre ms.
dans la Remania, X, 224-6. Elle ne méritait peut-être pas tant d'éditions. —
P. 581-608. C. Chabaneau, La prise de Jérusalem ou la Vengeance du Sauveur.
Texte déjà suffisamment connu par les extraits que j'en ai donnés dans ma
notice du ms. Bibl. nat. 2541 5 (Bulletin de la Société des anciens textes, 187 s), en
tout cas d'une longueur qui le rendait peu propre à être publié dans une revue.
— Variétés. P. 613. Puitspelu, Lyonnais tureau, provençal tor. Le lyonnais
tureau n'est plus usité, et le prov. tor est bien hypothétique, M. P. croit le
trouver dans un vers de Rostanh Berenguier, qui est très obscur, et il donne à
tor et à tureau une origine celtique qui n'a aucune (vraisemblance. Le mot
existe en anc. fr. sous la forme toron * (jamais sous la forme tor que M. P.
croit retrouver en prov.) et paraît être un dérivé du latin torus qui a, entre
autres sens, celui de partie élevée d'un terrain. — P. 615. Bibliographie.
4 e série, t. III, janvier-mars 1889. — P. 5. Ch. Revillout, Un problème de
chronologie littbaire et philologique. Date présumable des dialogues de Fénelon sur
réloquence (premier article). Cet article n'est pas du ressort de la Romania. —
P. 31. C. Chabaneau, La prise de Jérusalem ou la Vengeance du Sauveur (suite).
— P. 47. J.-P. Durand (de Gros), Notes de philologie rouergate. La réfutation
que M. Castets pense avoir faite de la lecture de G. Paris sur « les parlers
de France » (cf. Rom., XVIII. 184) n'a sans doute pas paru suffisante à
M. Durand , qui, sous prétexte de philologie rouergate, amoncelle contre le
1. On peut aussi bien lire crmadat\; faut-il supposej ce m'a dat\? ce serait
pour que, ce qui est habituel dans ce ms.
2. Le prov. a aussi toron (P. Cardinal, Tot\ temps anr; manque à
Raynouard), mais avec le sens de « source ». On en a de nombreux exemples
dans la toponymie; voir par ex. le Dict. topogr. de la Dordogne sous touron
cf. Mistral sous touloun et louroun, et le glossaire de mon édition de la ~ "
de Damiette, dans la Bibl. de V Ecole des Chartes, XXXVIII, 571.
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S i8
PÉRIODIQUES
même travail une masse énorme d'objections , dont aucune, je dois l'avouer,
ne m'a convaincu. G. Paris se défendra s'il lui plaît'. — P. 84. P. Vidal,
Mélanges d'histoire et de philologie catalane (suite). XTV, Nouvelle note sur
l'ancien théâtre catalan, à propos d'une représentation de la Presa del Hort,
à Banyuls-dels-Aspres , le 21 oct. 1888. XV, La Loa de la Tragedia de sant
Vincent (fin du siècle dernier). XVI, Costumes des acteurs qui doivent jouer
dans la tragédie sacrée de saint Vincent. — P. 101. C. Chabaneau, ht roman
d'Arles (fin), morceau latin, tiré d'un ms. du Vatican et communiqué par
M. Ant. Thomas. — P. 106. C. Chabaneau, Poésies inédites de divers trouba-
dours. — P. 122. C. Chabaneau, Fragments tfun manuscrit provençal. Ces
fragments, très courts, provenant de vieilles reliures, appartiennent les uns
à une composition pieuse en prose, les autres à un poème provençal dont une
édition fort médiocre a été publiée jadis en Suède sous le titre de « La passion
du Christ » (voy. Romania, VI, 613). — P. 127. Constans, Le ms. du Roman
de Troie, Milan Ambroisienne D, jj. En ce qui concerne le Roman de Troie,
cette notice , relativement longue , n'ajoute rien à ce que nous avons dit du
même ms. ci-dessus, p. 89, sinon cette notion peu importante que quelques
feuillets du ms. sont intervertis. Je crois ce ms très bon, et je l'ai prouvé ,
mais les quelques vers cités par M. C. ne confirment ni n'infirment mon
opinion. Ce qu'il y a d'intéressant dans la notice consiste dans la publication
de quelques vers provençaux, probablement mal transcrits, et en tout cas peu
intelligibles. — P. 133. C. Chabaneau, Fragments d'un ms. de Girart de
Rossillon. Deux feuillets provenant d'une ancienne reliure. D'après le nombre
des lignes à la page (30), d'après la langue, d'après les particularités
graphiques notées par M. Chabaneau, je n'hésite pas à affirmer que ces frag-
ments ont appartenu au ms. de Londres (Harleien 4334). Ils prennent place
dans la grande lacune qui sépare les deux morceaux dont se compose ce ms.
Cette lacune s'étend de la tirade 362 à la tirade 519, et les deux feuillets
1. [Peut-être en effet essayerai-je de répondre un jour aux objections qu'on
a déjà faites et qu'on fera sans doute encore a l'exposé, nécessairement très
sommaire, que j'ai donné de la méthode qui me parait actuellement devoir
être appliquée à l'étude des parlers de France. M. Durand n'a pas lu cet exposé
en entier, ce qui l'a naturellement un peu embarrassé dans sa réfutation , et
cette réfutation elle-même n'est pas complète. Je me bornerai présentement
à dire qu'on ne peut raisonnablement comparer le français à l'oiseau et le
latin a l'œuf, ou le français à l'insecte et le latin à la larve ; d'ailleurs ces
comparaisons, si elles étaient justes, n'établiraient pas entre les deux langues
un rapport de « filiation ». En fait, il est impossible de dire à quel moment
le latin cesse et le français commence : si l'on découpait en périodes de trois
siècles, par exemple, les 1800 ans qui nous séparent de la naturalisation du
latin en Gaule, on trouverait dans chacune de ces périodes des changements
à peu près équivalents. Les autres comparaisons physiologiques de M. D. sont
également peu exactes et peu probantes. Ses remarques spéciales sur les parlers
rouergats paraissent intéressantes, mais demanderaient à être singulièrement
précisées. — G. P.J
PÉRIODIQUES
519
retrouvés contiennent la fin de la tirade 43 5 , les tirades 436-440 et
476-480, cette dernière incomplète. Si ma conjecture est fondée, l'écriture
doit être, non pas de la seconde moitié du treizième siècle, mais plutôt de la
première 1 . — P. 137. V. Lieutaud, Lettre des ambassadeurs de la Provenu a
Rome (i) nov. 1427). Lettre en provençal, tirée des archives de Digne.
Pavais donc raison de dire que ces archives possédaient d'autres documents
provençaux que la pièce supposée unique, publiée précédemment par le
même éditeur (Romania, XVIII, 175). Remarquons (p. 139) la locution toute
française far grant chiara (clrieré). — P. 141. Bulletin bibliographique. Je
regrette de voir M. Chabaneau donner son assentiment (p. 153) à l'idée
récemment conçue par un officier italien de faire de Monaco une cité interna-
tionale et de langue provençale : « L'idée est ingénieuse et séduisante, dit
M. Ch., et mériterait de faire son chemin. » J'ai lu la brochure en question, qui
est l'œuvre d'un rêveur, pour ne pas dire plus. Monaco est déjà très suffisam-
ment international, ce me semble. Je ne vois pas la nécessité de consacrer en
droit cette situation qui existe en fait. Mais l'idée d'imposer à une ville dite
internationale par excellence, l'idiome qui s'y parle le moins et qui, pour bien
des raisons, est le moins propre à servir d'organe commun, est simplement
prodigieuse. P. M.
II.— Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux, 1889, 1.— P. 74-
82, Bourciez, Mélanges d'êtymologie romane. — a) Rom. andare. L'auteur sépare
andare de aler (on ne voit pas clairement auquel des deux groupes il rattache
anar) y et propose pour étymologie d'andare inde + are (il rapproche, pour
la formation, circare, juxtare); bornons-nous, pour le moment, à
signaler cette nouvelle et ingénieuse tentative, qui a au moins le mérite
de tenir compte du sens propre d'andare. — b) Rom. stroppiare y rattaché
au grec orposo; , sans doute à bon droit ; mais l'explication laisse à désirer ;
le mot latin strophus, avec le sens de « tranchée » (proprem. « torsion »)
est connu et n'a pas besoin d'être découvert dans un glossaire ; quant à strop~
piare, il peut très bien venir de l'autre forme latine de arpocoç, stroppus ou
struppus, « courroie tordue », d'où le fr. étrope. — c) Fr. cbe\ y d'une
forme casus pour casa, dont l'existence est rendue vraisemblable. — d)
Prov. aissiy fr. ainsi; ac sic, indiqué par Wœlffiin comme origine de ces
mots, se serait mêlé avec haec sic; cela paraît inutile. — e) Fr. trancher;
viendrait detruncare; que ce soit, à la rigueur, possible pour le fr. trenchicr
(en partant de dis tr un car e=destrenckier f car des philologues d'une grande
autorité reconnaissent une substitution régulière de en à on, à la protonique non
initiale, dans volent/, clmkngier, Besençon), on peut l'admettre ; mais comment
séparer trenchier de trinciare et trincar? — f) V. fr. enquenuit, eneui, encore ,
j'ai émise jadis, et que M. Stû
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G
520
PÈRIODIQTJES
répondraient à in qua nocte, inquo die, in qua horajc'està prendre
en considération, mais, à mon avis, peu probable. — g) Fr. loir; la forme
glïrem, postulée par le fr. loir [et Zéro/], est attestée par les variantes (glerus,
cleres) d'un ms. mérovingien de Grégoire de Tours. — h) Fr. creux. L'auteur
veut revenir à l'étymologie corrosum, qui ne peut donner crues, en suppo-
sant que de corrodere on a tiré un nouveau participe cor[r]ossum,
lequel aurait eu Yo bref d'après une loi formulée par ie grammairien Virgile et
« dont les étymologistes n'ont pas assez tenu compte » : Ubicumque vocalem
quamlibet in média arte possitam s duplicata secuta fuerit , eandem vocalem cor ri-
piemus, ut vassa fossa clussit vissit vessit. Les étymologistes ont bien raison de
ne pas tenir compte de pareilles inepties 1 . Mais en admettant qu'on ait
dit corôssum, Vô entravé n'aurait donné que à et non ue, Yss aurait persisté,
et on aurait crôs, crôsse. — i) Lat. acqua, attesté dans Y A pp. Probi et ailleurs,
ce qui avait échappéàM. Horning. — j) Lat. vulg. flottus. Flot ne peut venir
régulièrement de flùctus, c'est évident, et M. B. a raison de remarquer
qu'on a le droit de substituer un ô a Vit, en latin vulgaire, par le rapproche-
ment deflovium, lat. vulg. pour fluvium. Mais on n'est pas autorisé,
comme il le croit , à supposer déjà dans le latin vulgaire général la substi-
tution de // à c/ : praefetto lattucae sont italiens (cf. le fr. parfit, laitue)-
J'admettrais plus volontiers une forme flovitare pour fluitare (dérivé
d'un flovere = fluere, cf. plovere=pluere s ), qui aurait donné ftoter, et
dont flot serait le substantif verbal.
III. — Zeitschrift fur vergleichende Sprachforschung , N. F., X
(1888). — P. 335-34$, W. Meyer, Zur quantitàt und qualitât der lateinischcn
vokale (im hiatus) ; remarques profondes et ingénieuses, à propos de la règle :
vocalis ante vocalem corripitur, que l'auteur résume ainsi : o En ancien latin,
les voyelles toniques étaient , suivant leur origine , longues ou brèves. Plus
tard il se produisit, comme devant les consonnes doubles, une abréviation
(seulement métrique ?), mais sans que l'ancienne qualité en fût modifiée »
(sauf exception). Plusieurs détails de cette exposition ne sont pas clairs, et il
semble que des fautes d'impression assez graves les obscurcissent. Il ne me
paraît pas démontré que la forme française dialectale doi postule pour la base
latine un 0 ouvert; cf. Rom., XI, 400. Sur l'allongement des voyelles devant
1. La règle réelle que l'insipide mystificateur qui a pris le nom de Virgilius
Maro a défigurée est exprimée correctement par Terentius Scaurus ( voy.
Seelmann, p. 116). Elle consiste naturellement, non en ce qu'on abrégeait
(encore y aurait-il des restrictions à faire).
2. Sur le procédé de formation qui peut expliquer plov ère pour plu ère
en latin vulgaire, voyez les pénétrantes remarques de M. W. Meyer dans l'ar-
ticle cité ci-dessous.
G. P.
une voyelle devant
plaçait qu'après une brève
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PÉRIODIQJJES 521
gn, cf. ci-dessus, p. 331. — P. 497-503, R. Thurneysen, Zum latcimscb-roma-
niscbtn Lautwandel; critique des vues exposées dans l'article ci-dessus. L'expli-
cation donnée de parëtem pour pariêtem (provenu de parcs pour
paries) me parait tout à fait bonne (les mots ariétem, abictcm ont été
traités exactement de même) ; seulement on ne voit pas bien pourquoi IV de
pariés, ariés, abiés a disparu sans laisser de traces.
G. P.
IV. — Zeitschrift fûr das Realschulwesen, XIV, 2. — P. 65-80,
Mussafia, Zur altfran^ôsischen Lautleljre; remarques sur la grammaire de
M. Schwan , toutes fort justes, et dont l'auteur tiendra certainement compte
dans la nouvelle édition qu'il va publier. P. 76, renvoyant à une remarque de la
Romania (XIV, 148), M. M. me l'attribue par inadvertance, tandis qu'elle est de
M.Nyrop ; mais il est de fait que c'est la doctrine que j'ai souvent exposée au
sujet de maleeit, beneeit. L'origine de ces formes est pour moi dans maladicere,
usité, comme on sait, à côté de maledicere. Maladicere s'est, il est
vrai, perdu, mais après avoir produit maladictus (à côté de maledictus),
d'où l'it. malade tlo, le pr. maladit, mala^it, le fr. maïeeit. Cette forme, à son
tour, a influencé bened ictus et produit le fr. beneeit (cf. peut-être aussi le
nom propre prov. Bena^ech, Bena^ei). ^
V. — Literarisches Centralblatt, 1888. Janvier. — N° 1. Diez,
Etymologiscbes Wôrterbuch , 5e édit. (H. Kôrting.) — Michaelis, Nettes
Wôrterbuch der portug. u. deutsclxn Spraclie. (H. Kôrting.) — N° 2. Dante
Alighieri, Commedia and can^pniere^ trad. anglaise par Plumptre, 2 e vol.
(H. Kôrting.)
Février. — N° 6. Odin, Pljonologie des patois du canton de Vaud ; id., Etude
sur le verbe dans le patois de Blonay. (Suchier.)
Mars. — N° 14. Kolls, Zur Lanvalsage.
Avril. — N° 18. Ebert, Allgemàne Geschichte der Literatur des Mittelalters.
Mai. — N° 21. Schneegans, haute u. Lautentwichelung des sicilianiscbsfi
Dialektes. (H. Kôrting.) — Wlislocki, Mârclxn u. Sagen der transsilmnischeii
Zigeuner. — Cosquin , Contes populaires de Lorraine.
Juin. — N° 23. Roget, An introduction to old french. (H. Kôrting : ouvrage
de seconde main.) — Dante Alighieri , Die Hôlle. Metrisch ûbertragen
v. Bertrand. (H. Kôrting.) — Pakscher, Die Chronologie der Gedicbte Petrarca's.
(H. Kôrting.) — N° 25. Montet, La noble leçon (H. Kôrting). — N° 26.
Orsi, Lanno mille. — Bûeler u. Meyer (W.), Ilalieniscfo Cljrestomathie. —
Haillant, Dictiontmire phonétique et étymologique du patois d* Uriménil (Vosges) ; id. ,
Flore populaire des Vosges. (Suchier.) — N° 27. Eguilaz y Yanguas, Glosario
etimologico de las palabras espaiiolas de origen oriental.
Juillet. — N° 30. De Nolhac, La bibliotljéqtte de Fulvio Orsini.
A. P.
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CHRONIQUE
La Société des parler s de France, dont nous avions annoncé la prochaine
formation, est aujourd'hui constituée.
Dans sa première Assemblée générale, tenue le 14 juin dernier, sous la
présidence de M. G. Paris, elle a voté ses statuts et nommé son Conseil.
Dans sa première séance, tenue le 24 juin, le Conseil, à son tour, a formé
le bureau.
Le bureau se compose de MM. G. Paris, président ; P. Meyer, Gilliéron,
vice-présidents; Rousselot, secrétaire-général ; Pépouey et Salmon, secrétaires-
adjoints; Psichari, administrateur; Pierrot-Desseilligny, trésorier; Dottin et
Doutrepont, bibliothécaires-archivistes.
Le Comité de direction scientifique et de publication est formé de
MM. Meyer, Gilliéron, Morel-Fatio, Thomas, Rabiet.
Le Conseil comprend en outre : MM. d'Abbadie, d'Arbois de Jubain ville,
Clédat, Collin, Deioche, Fustel de Coulanges, Havet, Haillant, Joret, Liétard,
Longnon, Loth, Passy, Picot, Rosapelly.
La Société se propose de faire une enquête générale sur les parlers de
France, particulièrement sur les parlers romans. Elle convie à cette œuvre tous
les travailleurs et tous les amis de la philologie française. Pour mieux assurer
le succès de son entreprise, elle a décidé d'organiser des centres de travail en
province et elle a fixé la cotisation annuelle à 6 francs. Elle publiera un
bulletin périodique et pourra faire ou subventionner d'autres publications.
Les membres de la Société recevront gratuitement le Bulletin, et, soit gra-
tuitement, soit à prix réduit, les autres publications faites ou subventionnées
par la Société. Le premier numéro du Bulletin paraîtra incessamment.
Les adhésions sont reçues par le président, M. Gaston Paris; par le secré-
taire-général, M. l'abbé Rousselot, 74, rue de Vaugirard, et par le trésorier,
M. Pierrot-Desseilligny, $3, rue de Varenne.
— Nos lecteurs, en prenant connaissance du prospectus, encarté dans
notre dernier cahier, des Reliques scientifiques d'Arsène Darmesteter, ont
rectifié d'eux-mêmes l'erreur contenue dans l'annonce que nous en avions
faite. La publication de ces deux volumes ne commencera que quand la
librairie Delagrave (15, rue Soufflot) aura réuni 350 souscripteurs. Nous
engageons vivement tous nos lecteurs, qui désirent voir paraître le plus tôt
possible ce précieux recueil, à envoyer leur souscription sans tarder. Nous
leur rappelons que le prix de souscription, actuellement de 30 francs, sera
porté à 48 francs après le 1 5 juillet.
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CHRONIQUE
5*3
— M. S. Berger vient de trouver dans le ms. Bibl. nat. fr. 6261 (xv e siècle)
une version provençale du Nouveau Testament, qui paraît offrir un texte
remanié du texte dont un morceau nous a été conservé par le fragment du
Pujet, publié ci-dessus. M. Berger publiera prochainement, dans la Romania,
quelques recherches à ce sujet.
— Nous avions annoncé un travail de M. Morel-Fatio sur le manuscrit du
Libro de Alexandre, récemment acquis par la Bibliothèque nationale (Rom.,
XVII, 476). Mais l'étude de ce manuscrit a amené M. Morel-Fatio à la pensée
qu'il yavait lieu de donner une nouvelle édition du poème. Cette édition paraîtra
prochainement dans la Bibliothèque de V École des Hautes Études et sera précédée
d'une longue introduction , en sorte qu'il n'y a plus lieu de donner dans la
Romania une notice séparée.
— C'est par erreur que M. Emil Seelmann a été indiqué (p. 347) comme
l'éditeur de Valentiu och Namloos; l'éditeur de ce poème, M. W. Seelmann est
le frère de M. Emil Seelmann, bibliothécaire à Berlin.
— En rendant compte, il y a dix-huit mois, du livre de M. S. Berger, la
Bible française au moyen-dge, nous avons signalé et décrit un ms., récemment
acquis par la Bibliothèque nationale à une des ventes Didot, où se trouvent
réunis, en des traductions d'origine diverses, un assez grand nombre des livres
de la Bible (Romania, XVII, 1 32-4). Nous avons notamment appelé l'attention
sur la version des Juges, qui dans ce ms. est précédée d'un prologue en vers
dont nous avons donné la plus grande partie, en proposant les corrrections
que nécessitait la corruption du texte. Ce prologue est particulièrement
intéressant en ce qu'il nous apprend que la version des Juges a été faite pour
un ordre militaire, Templiers ou Hospitaliers. Mais il est bien évident que la
conclusion à tirer du prologue en question s'applique uniquement aux Juges ,
les autres livres de la Bible contenus dans le ms. (entre autres la version des
Rois, qui est identique à celle du célèbre ms. de la Mazarine) ayant des
origines différentes. Tout récemment, un historien allemand, M. Prutz, a
repris le même sujet et a donné dans un livre, savant, mais confus autant que
diffus, sur Tordre du Temple 1 , des extraits du même ms. Didot, nous faisant
part des réflexions que l'examen de ce ms. lui a suggérées. M. Prutz est
excusable de n'avoir pas connu l'article précité de la Romania, qui lui aurait
épargné bien des erreurs de tout genre; il ne Test pas d'avoir présenté à
l'occasion de ce ms. des conjectures dénuées de toute valeur et surtout d'en
avoir publié des extraits transcrits avec toute la négligence imaginable. La sup-
position (p. 121) que la version des Juges aurait été faite avant 1 179 ne soutient
pas l'examen. Cette version est visiblement postérieure, et d'ailleurs les raisons
invoquées n'ont aucune portée. Puis M. Prutz, tirant, d'une façon bien forcée,
de diverses parties du ms. des conclusions sur l'orthodoxie des Templiers, ne
s'aperçoit pas que le livre des Juges seul a été traduit pour un ordre militaire,
1. Entwicklung und Untergang des Tempelherrenordens . Berlin, 1888, in-8°.
524
CHRONIQUE
et non pas l'ensemble des livres contenus dans le ms. Didot. Quant aux
textes, je citerai seulement deux ou trois exemples de la façon dont M. Prutz
les traite. Ms., fol. i : « Car ce est demostremens que Moyses mostre de
« l'agensissement... » Prutz, p. 317 : « Car ce est demostres mensque Moyse
« mostre de Yengensissement. » — Ms., fol. 4 : « il fu formé en Ebron près de
« Naples; » Prutz, p. 318 : « Il fu formé en Ebrompre de Naples. » — Ms.,
fol. 7 : « Mais nos somes fiz de Saray, nos somes droit apelés Sarrazins qui
« orres somes crestiens; cil qui ores sont payens sont de l'esclave. » Cette
phrase se réduit, dans le livre de M. Prutz, à ces mots dénués de sens dont je
respecte scrupuleusement la ponctuation : « Mais nos somes fiz de Saray,
« nos somes chrestiens. Cil qui ores, sont pajins, sont de l'esclave . » Le
prologue en vers du livre des Juges est imprimé avec la proportion de fautes
que l'on peut imaginer d'après les échantillons qui précèdent. Je ne les relèverai
pas : M. Prutz trouvera le corrigé de sa cacographie dans l'édition que j'ai
donnée avant lui du même prologue dans la Romania. On s'étonne d'avoir à
constater tant d'ignorance et de légèreté dans l'œuvre d'un professeur d'uni-
versité. — P. M.
— M. A. Jeanroy, chargé de cours à la Faculté des lettres de Toulouse, a
soutenu, le 19 juin, devant la Faculté des lettres de Paris, ses deux thèses
pour le grade de docteur, qui, après une discussion où le candidat a fort bien
répondu aux objections qui lui étaient adressées, lui a été décerné à l'unani-
mité. La thèse française de M. Jeanroy a pour titre : Les Origines de la poésie
lyrique en France au moyen âge, et forme un volume grand in-8 de près de
550 pages (Paris, Hachette). La thèse latine (128 p. in-8) est intitulée : De
nostrattbus medii avi poctis qui primum lyrica Aquitania carmina imitati sint.
Nous rendrons bientôt compte de ces deux importants travaux avec l'étendue
à laquelle ils ont droit.
— L'Académie des inscriptions a décerné cette année le prix La Grange à
M. E. Picot pour ses dernières notices et l'ensemble de ses travaux sur
l'ancien théâtre français.
— La Bibliothèque nationale vient d'acquérir à Londres deux précieux
manuscrits français. L'un contient un fragment considérable du Beuves de
Hamptone anglo- normand ; l'autre le roman de la Comtesse d'Anjou, la Clef
cT amours et un petit poème qui semble inconnu. Nous parlerons en détail de
cette importante acquisition, pour laquelle nos études doivent une nouvelle
reconnaissance à M. Léopold Delisle.
— Livres annoncés sommairement :
/ codici Aslibumhamiani délia R. Biblioleca Mediceo-Lauren^iana di Firen^e.
Vol. I, fasc. 2. Roma, 1888, in-8°. p. 81-168. — Voy. Romania, XVII,
334. Dans ce fascicule, un seul volume intéresse nos études ; c'est le n° $4,
du xve siècle, qui contient une chronique de France Jusqu'en 1189, une
chronique de Normandie jusqu'en 12 14, et une copie incomplète d'une
traduction de Turpin.
CHRONIQUE
S 2 5
Die Ausdrucksweise der ùbertriebenen Verkleinerung im altfraniœsiscben Karlsepos.
Von Gustav Dreyling. Marburg, Elwert, 1888, in-8, 167 p. (Ausgaben
und AbJxmdlungen... verôffentlicht von E. Stengel, lxxxii.) — Il s'agit de
ce qu'on appelle souvent le renforcement de la négation, qui a fini, comme
on sait, par en devenir inséparable dans pas, point, etc. L'auteur a rassemblé
une masse énorme d'exemples empruntés aux chansons de geste (il a joint
en note des parallèles tirés d'autres ouvrages) ; il en a plutôt recueilli trop,
car il admet dans son relevé des expressions qui ne rentrent pas réellement
dans son cadre. Il les a classés à tous les points de vue et il a recherché ce
qu'on pouvait en tirer dans tous les sens pour l'histoire des idées, de la
langue et de la littérature. Son travail est méritoire et sera consulté avec
profit. Des erreurs d'interprétation étaient inévitables ; nous nous bornons à
signaler au passage agnt (p. 16), qu'il faut rayer (1. fustagne et non fus-
toque), et pine (p. 33), qui doit être compris comme pigne, « peigne. »
Conrado Avolio. Di alcuni sostantivi îocali del Siciliano. Palermo, 1889,
gr. in-8, 33 p. (extrait de Y Archivio Storico Siciliano). — Étude fort intéres-
sante, où l'on remarquera notamment la part considérable de l'élément
arabe dans la toponymie sicilienne, tandis que la domination normande n'y
a laissé que des traces assez rares (les raisons en sont finement données par
l'auteur.)
Alcuni frammenti in antico dialetto piccardo délie Etica di Aristotele compendiata
da Brunetto Latini, per cura di Giulio Camus. Modena, 1889, in-4,
x-47 pages (extrait du t. VII, des Memorie délia R. Accademia di Modena).
— Ces fragments, conservés dans un manuscrit de Modène, apportent une
intéressante contribution à l'histoire de la formation du Trésor ; ils com-
prennent, comme la compilation de Brunetto, un abrégé de YEtlnque à
Nicomaque suivi de Y Enseignement de Moralité dont M. Sundby a recherché
les sources; mais ils se rapprochent plus du texte italien du Tesoro et de
Y Etica, publiée à part, que du texte de nos mss. français du Trésor. Avons-
nous là un premier travail de Brunetto, inséré plus tard par lui dans son
grand ouvrage? M. Camus semble l'admettre d'après le titre qu'il donne à
sa publication ; dans sa préface, il se demande si on ne peut pas aussi bien
voir dans le ms. de Modène un travail antérieur à Brunetto , que celui-ci
aura simplement annexé, non sans y faire d'assez importantes modifications.
Cette hypothèse nous parait la plus vraisemblable. Elle s'appuie notamment
sur le fait que, dans le fameux passage où l'exilé florentin altère son original
pour faire dire malgré lui à Aristote que « la seignorie des comunes est la
très meillor entre les autres » (voy. Sundby, trad. ital., p. 145), notre ms.
ne contient rien de pareil et paraît admettre avec Aristote (sans le dire aussi
expressément) que la meilleure forme de gouvernement est la monarchie.
La question est à reprendre avec tous les éléments d'information qu'elle
comporte : on saura gré à M. Camus d'avoir fait connaître un texte qui,
en tout cas, devra désormais être pris en sérieuse considération.
526
CHRONIQUE
F. de Mély. La Table for de Don Pédre de Castille. Paris, Picard, 1889, in-8,
26 p. — M. de Mély étudie en archéologue la description donnée par
Cuvelier de la fameuse table d'or de Pierre le Cruel ; nous n'avons pas à
exposer ici ses remarques, qui nous paraissent en général judicieuses; on
lira avec profit ses recherches érudites, mais un peu confuses, sur l'origine
et les premières mentions de la croyance aux propriétés lumineuses de
l'escarboucle. Relevons seulement un point qui nous touche de plus près.
M. de M. qualifie à plusieurs reprises la table d'or de « magique » ; le fait
que l'escarboucle qui l'ornait éclairait la nuit et qu'une pierre qui y était
incrustée signalait la présence du poison n'a rien de magique au vrai sens
du mot. U s'appuie en outre sur un mot du texte de Cuvelier, mal lu par
l'éditeur et mal traduit :
M. de M. rend agormie par « alchimie ». L'alchimie n'est pas de la magie;
mais il faut lire agorime, c'est-à-dire algoristne, et le sens est : « Ceux
qui savent le mieux l'arithmétique ne sauraient pas estimer l'avoir qu'elle
valait. » Notons encore qu'au moyen âge (voy. Romania, XII, 491) simple
signifie « rouge » et non « vert ». Enfin engageons l'auteur, qui, dans les
recherches archéologiques qu'il poursuit avec zèle sur le moyen âge, utilise
avec raison les documents littéraires, à apporter plus de soin dans la repro-
duction des textes qu'il cite (parfois même dans leur désignation ; ainsi il
ne faudrait pas donner comme de Marbode les vers de la traduction
française du Lapidaire).
Predigten des h. Bernhard in altfran^pesischer Uebertragung. Von A. Tobler.
Berlin, 1889, in-4, 18 p. (extrait des Sit^ungsberichte der kôn. preuss. Aka-
detnie der Wissenschaften, 4. April 1889). — Un ms. de la collection
Meermann, acquise autrefois par Sir Thomas Phillipps et récemment par la
bibliothèque royale de Prusse, réservait une agréable surprise au savant
professeur de Berlin qui fut chargé de l'examiner. Il contient, en effet,
d'une écriture que M. Tobler attribue à la fin du XII e ou au commencement
du xm e siècle, une seconde collection de sermons de S. Bernard, parfaite-
ment semblables à ceux qu'a publiés M. Fôrster et que connaissent tous les
romanistes. Il en comprend 43, dont les 3 premiers sont les 3 derniers du
ms. de Paris (le dernier incomplet dans celui-ci), de sorte que le ms. de
Berlin paraît comme le second tome d'un recueil que le ms. de Paris
donnerait complet, si ce ms. n'était mutilé. Le n° 29, ce qui est assex
singulier, est la traduction du même sermon qui est traduit dans le n° 40
de Paris, mais une traduction différente. Pour trois sermons, les n<* 30, 3 1
et 43, M. Tobler n'a pas réussi à retrouver l'original latin. Il imprime ici
la table des titres avec les premiers mots et le renvoi aux sermons latins,
plus le texte des morceaux qui portent les n« 3, 29, 30 et 31. Une édition
entière de ce précieux manuscrit ne se fera sans doute pas attendre.
Tuit cil qui d'agormie scevent le droit mestier
Ne le saroient pas eslire ne prisier (v. 9091-92).
CHRONIQUE 527
C. Salvioni. // Canto X delV Inferao di Dante , saggio délia più antica tradu-
lione fraticese delV Inferao. Bellinzona, 14 m. 1889 (Nozze Fanciola-
Chicherio), gr. in-8, douze pages. — En regard de la traduction française
du chant X est imprimée la leçon italienne qui se trouve en regard dans le
ms. de Turin. Dans les quelques lignes du préambule, M. S. signale les
fragments déjà imprimés par MM. Witte, Casati et Littré de cette traduc-
tion de V Enfer. Il est à désirer que cette œuvre remarquable soit entièrement
mise au jour; l'auteur était un homme d'un incontestable talent et d'un vrai
sentiment poétique ; mais, étant Italien , il traitait le français avec trop de
liberté; son œuvre serait sans cela la meilleure, comme elle est la plus
ancienne, des traductions de Dante en vers français.
Sulla più antica versione francese di Dante. Nota di Rodolfo Renier. Torino ,
25. M. 1889 (Nozze Pèrcopo-Santini) 8°, 12 p. — Il s'agit ici de ce même
ms. de Turin. M. R. indique les diverses publications partielles qui en ont
été faites, et apprécie justement la traduction , bien qu'il ne paraisse pas en
reconnaître, ce qui nous paraît indubitable, l'auteur comme Italien. Il ne la
juge pas antérieure à la fin du xv c siècle, et c'est ce qui nous semble ressortir
de l'état de la langue, aussi bien que des remarques présentées par
M. Renier sur le manuscrit.
La Storia di Apollonio di Tiro, versione tosco-veneziana délia metà del sec. xiv,
édita da Carlo Salvioni, Bellinzona, 24 avr. 1889 (Nozze Solerti-Saggini).
in-4, x-50 p. — Version curieuse pour la forme, très fidèle pour le fond,
extraite d'un ms. de Turin.
La légende syriaque de saint Alexis, par Arthur Amiaud. Paris, Viewegi 1889,
in-8, douze-LXXXV-89 (Bibl. de YÉc. des Hautes-Études, 79c fascicule), —
Dans sa précieuse introduction, M. A. confirme par d'autres arguments la
conclusion de M. Blau, d'après laquelle la légende byzantine de saint Alexis
le faisait naître à Rome et non à Constantinople (voy. ci-dessus, p. 299,
où il faut d'ailleurs corriger, 1. 21, Rome en Constantinople, et, 1. 22,
Constantinople en Rome)
E. Bondurand, Charte d'acensement du xm e siècle en langue d'oc. Paris, 1889.
In-8, 18 pages. — Le même, Hommage m langue (Toc à Tévéque de
Mende (1332). Paris, 1889. In-8, 18 pages. (Extrait des Mémoires de
l'Académie de Nîmes.) — Le premier de ces deux documents appartient à
l'extrémité occidentale du Gard , le second, qui est du sud de la Lozère, a
un certain intérêt historique. Tous deux peuvent servir aux études philo-
logiques encore bien que nous ne manquions pas de textes de la Lozère et
surtout du Gard. L'éditeur y a joint un commentaire un peu surabondant,
en somme intéressant et soigné. Mais les textes ne sont pas publiés avec
1 . Au moment où cette note nous revenait de l'imprimerie , nous appre-
nions avec consternation la mort subite de M. Amiaud, dans la force de 1 âge
et de l'activité scientifique.
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528
CHRONIQUE
toute l'exactitude désirable. Dans le premier, p. u, il faut sans doute lire
avem, tenem, retenem, etc., où l'éditeur, entraîné par Pusage moderne, a lu
aven, tenen, retenen. Même page, matieira est une faute de lecture pour
maneira. P. 14 ousmogues, mal interprété dans la note, doit se lire ous mogues
(pouro vos mognes). Dans le second document, il faut lire, p. 11 cTab et
non dalo, pp. 12 et 14 dei et non det, p. 12, 15, daus et non dans, p. 14
encolpavo et non encolpano, etc. Notons en passant dans la première pièce
(p. 21) le nom. plur. pagag (pacati). On a bien des exemples de ce fait
(Rom., XIV, 292), mais généralement ils se montrent plus à l'ouest.
Notons aussi le nom.'sing. ma^es (p. 9, 2). Pour le mot poster (Hommage, etc.,
p. 13) qui manque à Raynouard, M. Bondurand aurait pu renvoyer à
Du Cange , paciarii et à la chanson de la Croisade albigeoise , w. 1 394
et 6883.
Les Gestes des Chiprois, recueil de chroniques françaises écrites en Orient aux
XIII* et XIV* siècles (Philippe de Navarre et Gérard de Monréaî), publié pour la
première fois pour la Société de l'Orient latin, par Gaston Raynaud
(Genève, impr. Jules-Guillaume Fick, 1887, in-8 de xxvm-393 pages). —
Le volume que vient de publier la Société de l'Orient latin (mai 1889),
deux ans après son achèvement, est une compilation dont la pater-
nité peut être attribuée presque avec certitude à Gérard de Monréal,
jurisconsulte chypriote, dont le nom seul était connu jusqu'ici. Cette
compilation se compose : i° d'une petite chronique, relatant succinc-
tement, de 11 32 à 1223, les événements importants de la chrétienté et de
l'Orient latin; 2° du récit original, quelque peu écourté, de Philippe de
Navarre, Estoire de la guerre qui fu entre Vempereor Frédéric et Johan d'Ibelin
(12 18- 1242), ouvrage que l'on considérait comme perdu; 3 0 d'une longue
chronique, où le compilateur, faisant à son tour œuvre d'auteur, conduit la
narration jusqu'en 1 309. Le recueil des Gestes des Chiprois, utilisé et souvent
copié textuellement par les historiens de Chypre du xv* et du xvi c siècle, est
un document nouveau de premier ordre à consulter pour l'histoire des
croisades ; il fournit en outre des renseignements précieux sur les rapports
de l'Occident avec l'Orient chrétien et musulman et sur les rivalités des
républiques Génoise et Vénitienne au xm c et au xiv* siècle. Le texte
est écrit en un français très italianisé, qui prête à des remarques curieuses
au point de vue de la phonétique, de la syntaxe et du^ vocabulaire.
La publication se termine par une table chronologique, où sont rectifiées des
dates parfois fautives de l'auteur, par un glossaire des mots intéressants et
par un index des noms de lieux et de personnes.
Le propriétaire-gérant, E. BOUILLON.
MAcon, imprimerie Prout frères.
OSSERVAZIONI
SULLA FONOLOGIA FRANCESE
LA FORMOLA t) FRA VOCALI
Che questa formola in collocazione protonica abbia per pro-
dotto i/(indico con fh s sonora) è confermato da tutti gli esempii
che ne ricorrono, senza eccezione alcuna : rat) on e dà raison.
Quanto alla collocazione metatonica, si ammettonogeneralmente
due prodotti : i° dinanzi ad altra vocale che a, ossia (poichè una tal
vocale finisce coll' obliterarsi interamente) alla fine délia parola,
del pari if 1 : palatju palaifç palais; 2° dinanzi ad a y ç (= ts),
che poi diviene s sorda e si scrive o tradizionalmente c o fone-
ticamente ss 2 . Gli esempii sono place, mace, pièce , ed il suffisso
-ïtia nella forma -cet (-esce -esse)*. Ora pare a me che si
possa fare il tentativo di dimostrare che una taie differenza dei
prodotti, dipendente dalla natura délia vocale che segue, non
esiste, e che la risposta costante délia formola è if. S'intende
da sè che qui non si ha riguardo se non aile voci di formazione
popolare (a quelle cioè che i Tedeschi con espressione molto
significativa chiamano Erbwôrter), giacchè le voci, che o per il
1 . Rispetto al valore fonetico s'intende che quando la s era ancora intervo-
cale essa era sonora ; obliterata la vocale metatonica , nulla osta ad ammettere
coll* Horning che la s, divenuta finale, abbia (come le altre consonanti)
assunto il suono sordo. Sulla questione, se in luogo di -s ricorra anche
vedi alla fine di questo articolo.
2. Fréquente è altresl la grafia se; non saprei dire precisamente se essa
rappresenti ts o s sorda, o se finalmente si usasse in ambedue gli stadii.
3. Solo per memoria ricordo che nella Zeitschr. f. rom. PbiL, IV, 562, un
giovane romanista registra quassent = quateant. Inutile dire che l'etimo è
quassant.
Momamia, XFIII. 34
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53° A. MUSSAFIA
loro significato o per altre particolarità fonetiche si manifestano
di formazione posteriore o dottrinale, haono 'ce quai risposta del
classico 'tia. Non è lecito aduoque considerare grâce qoale
esempio conchiusivo di 'tja = r ce 9 giacchè, sebbene nella
lingua comune questa voce non si possa per al tri motivi fone-
tici caratterizzare quai non popolare, pure il significato ci
permette di considerarla taie; ed il picardo, che ha grau , non
gracbc y conferma una taie supposizione. A più forte ragione
vanno escluse voci quali astuce, police ed altre. La prova più
chiara che in voci non popolari a 'tj risponde ç la ritroviamo
in nomi maschili, quaU espace, che colT -e anorganico rivelano
immediatamente la loro origine.
A dimostrare la equazione 'tj a = 'ife reco i fatti che mi sem-
brano confermarla e mi studio di eliminare quelli che apparen-
temente stanno in opposizione ad essa.
Comincio dal notare che accettando ' t j a = 'ce ci tro-
viamo di fronte a numerose forme verbali, quali prifes, -et,
-ent; aguifes, tnenuifes, eslaifes, ecc, che contradicono alla legge
e che per conseguente devono spiegarsi quali prodotti dell'ana-
logia ; le forme rispondenti aile latine prendre, pretiamus,
ecc, che hanno if organico, avrebbero dato il bando a
quelle derivate da pretias, pretiat, ecc, che organica-
mente dovrebbero avère 'ces, 'cet, 'uni x . Qô, a dir vero,
i . Tutti quelli che ammettono prises ecc. essere forme analogiche, riman-
dano a pris ; io al loro posto non mancherei di riferirmi, quando pure non a
p r c t i e m pris, p r e t i e t prist (giacchè il soggiuntivo non suole influire sul-
l'indicativo), almeno a pretio pris. Stando alla comune osservazione che
prétias ecc. si foggia unicamente sopra prendre ecc, abbiamo il caso di
doppia analogia, ma in senso inverso ; il tema accentato avrebbe dato la sua
vocale al tema atono e ne avrebbe ricevuto in compenso la consonante ; avendo
riguardo a pretio, si potrebbe imaginare il procedimento analogico in modo
più semplice e dire : sulla i* persona pris si modellarono la 2* e 3* sing. e
la 3* plur.; onde pris prises priset prisent ; il tema pris si venne poi a mano a
mano sostituendo al normale preis (prois). Ad ogni modo, il risultato sarebbe
che prises avrebbe vocale normale e consonante analogica ; prisier aU'incontro
vocale analogica e consonante normale. Se invece, corne pare a me, ises è
normale, Tanalogia non si manifesta che nella vocale tematica. Forme nor-
mali sono prises preisier (proisier) ; poi dall' un lato preises (proises), dall' altro
prisier.
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OSSERVAZIONI SULLA FONOLOGIA FRANCESE 53 1
non è nè impossibile nè difficile ad ammettersi ; nondimeno
un' analogia cosi costante da non lasciare la menoma traccia délie
forme originarie è atta a generare in noi alcuna meraviglia e
quindi un certo grado di diffidenza. Ci sentiremo quindi più
propensi a considerare organiche le forme con 'ife. Ed invero il
Suchier (Grundriss, I, 580 e 582), in seguito ad una lucida
disquisizione fonetica, perviene al risultamento che pristt è
Torganica risposta di pretiat.
Di spéciale importanza sono le forme colle quali il francese
riproduce il suffisso classico -ïtia, giacchè qui ci sifanno incon-
tro ambedue i suoni, ç e if, che formano Poggetto délia nostra
ricerca. Giova quindi trattare questa materia con una certa
ampiezza.
Quattro sono le forme, che in francese corrispondono ad
-ïtia; esse si aggruppano in due série :
A : la tonica è é : -eise (rich.), -ece (rich.)
B : la tonica è i : -ise (franch.), -ice (just.).
Poichè il prodotto normale di t è é, ambedue le forme délia
série A devono essere popolari; ma poichè dalP altro lato,
ammessa la costanza délie leggi fonetiche, tj non puô dare due
prodotti diversi, una sola di esse è la legittima rappresentazione
del class. -ïtia, volg. -çtja. Comune opinione è che taie
forma organica sia -ece; io stimo che sia -eise. Ed a ciô mi muove
anzi tutto la considerazione, che, ammettendo 'tja = *ce, -eise
riesce oltremodo difficile a spiegare, mentre che, ammettendo
'tja = <ise> -ece puô spiegarsi molto facilmente nel modo che
segue. I due suoni tj e cj sono, sebbene non identici, pure
oltremodo affini ; i due suffissi -ïtia ed -ïcia hanno valore logico
dcl pari molto simigliante; nulla di più agevole adunque che lo
scambio dell' uno coll' altro ; il suffisso -ece puô quindi venire
ricondotto ad -çcja. Non altrimenti in una voce, nella quale il
nesso 'ïtia non è suffisso, ma ha l'apparenza di esserlo.
Chevece, a parer mio, non riproduce capçtja, ma capçcja.
Se ora ci rivolgiamo alla série B, osserveremo anzi tutto che
rispetto ad essa la questione del ç e if si complica con un' altra,
concernente la vocale tonica. Délie due forme di questa série
nessuno per certo esiterà a dire dottrinale, e quindi fuori di
questione, la forma -ice. Le voci che la contengono non sono
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î:bbt^irt 't rav ; . ^tnr T-zztzzz:^ zz — sir d£ p.lrr m c') a]
y. i^zrz vrl^zit; zzzz ziL r»:o^::: cht s cnnsiàera f
v./,c.vt;; t ytz Z'~:uvziz ixîit iut : : ^j^ntc cj :^
tv:*tr". ^v/'„ pr.~ ;vL; Zzlii Lzszz ri £ r^ii r?: z jren5^DO
pi. ,t v.c; rptcunti itc r'ii p._ txrda o 2
:^i.^t-rlLc ,:r-r-iiTi^'- L5s;L^i~î"e T'rrolzrr.. Ora ccii
v^/^j: ^ dirtr--^ izlV i: Diriz zzzzi — L.t, £ c^i; îi^zrco a]
c,«.v^ f f pire a rr^t z\S. r.ns i^ i ïf.rr.le ; — si s sarehne
r..-.p7*Vj> ^vulr îi£:Vj irr.i?. _i c^i ir^ica roc rrrebse
v.v.V/ le rz\zrzzcz^zz zizzzzLz ci :1 nr3;>r ::~ce 5er-er:rc v: à
tzrc-iK: vs:zz^zvjj ? Ptr pr:prcs: s: sîa a vil^rsï del
I t-tprv-v.'-.'t t forn^a vetrliitia » r :o creir ch" essa s passa
zy^^zirt zsszzro zz-Sj. St i.rri rr.t^t 5_?p:rre cie ! crzMnico
-tiu nz rr.utau li tm:ca per ir^îuenza i^l icrrlnale aache
u!t z:y.-:\!'j ïzzz'zzk ben poco socl£ircr:e ; pacche (lascîando
vjirt h 5:n^">lir:i2 dcl pro^i:n:cn:c) s: chiciererre a ragione
corr.e a::;a exrrciuii uru azioce c: s:iina sa -«Lvr, che ha
convenante G rente, e îasciato intmunte -cv, che ne ha una
identica. Sta adunq-e che anche I*; di -:àt e da considerarsi
comt- cltmcnto popc'are e che di esso dobbiaino ricercare la
ramone. Io confes>o di non sapermi cecidere a vedere in esso
17 classico consen ato o (auraverso lo stadio voUare <) riprisri-
naîo, in virtu di Umlaut. E non mi vi so decîdere, perché non
presto fede a procedimenti sporadici. Se Vi di consiliom,
cerevîsia, vicia mi da f, io non posso ammettereche quello
d'.l suf&sso -itia si ripercuota organicamente in 1, e meno
ancora che di due forme dcllo stesso sufiSsso l'una (-i^)sisiarisen-
tita dcir Umlaut, Taltra (~eci) no. Cerco adunque un* altra spie-
ga/ionc per / e propongo la seguente. L'Horning (Zàtscbr. fur r.
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OSSERVAZIONI SULLA FONOLOGIA FRANCESE 533
Pbil., IX, 142) fece osservare che il latino possedeva due suf-
fissi, -ici- ed -ici-, i quali di fréquente si confusero fra loro,
cosi perô che il secondo, che ricorreva più di fréquente, si sosti-
tui al primo, non e converso; ond' è che nel latino volgare
numerose erano le voci colla desinenza -iq-. Non mi pare
quindi soverchia arditezza il supporre che, in parte per analogia
con -ici-, -ici-, in parte per quella tendenza a variare la tonica
dei suflissi, di cui il Diez trattô in più luoghi, allato al suffisso
-ïti- (lat. volg. -çtj-) si sia foggiato l'altro -ïti- (-itj-).
Opino adunque che corne -eise risponde ad -ïti a cosi -ïtia si
riproduca organicamente in -ise. Se questa mia guisa di spiegare
17, che dopo maturo esame mi sembra la più ovviâ, sarà accet-
tata, io non so; ma (a rischio di ripetermi) insisto su questo
punto, che la ragione dell' i è per me d'importanza secondaria ;
ciô che 'qui importa è di mettere in rilievo che, se nel nostro
suffisso il nesso 'tja è rappresentato da 'ife, noi vi dobbiamo
riconoscere un procedimento popolare, dal quale siamo in
diritto di dedurre quella legge fonetica che forma la mia tesi.
Conchiudo il ragionamento sul suffisso feminile col dire :
i° -eise, la forma più rara, è l'unica risposta normale del class.
-ïtia, volg. -çtja; 2° -ise è forma popolare, in cui a 'tja
risponde 'ife e Yi (second' ogni probabilità) dériva da i, variante
di 1; adir brève : -ise è = i tj a; 3 0 -ece è forma popolare rispon-
dente ad -çcja; 4 0 -ice è forma dottrinale di -ïtia.
Restano per la formola 'tja le sole tre voci platea place,
matea mace e pièce, suir ultima délie quali furono fatte tante
discussioni. Ora questi esempii pajono a me e per quantità e per
qualità di troppo poca importanza, perché sopra di essi si possa
fondare la legge fonetica ' tj a = 'ce, ammessa la quale parecchie
voci di molto maggior importanza (prise, ecc; richeise, franchisé)
esigono spiegazioni di svariata natura. Quanto a pièce, confesso
che, ignorandosene l'etimologia e avuto riguardo alla grafia
vacillante nel latino basso, non esiterei a liberarmene col ricon-
durlo a pecia. Rispetto aile altre due voci, io per certo non
dirô : « devono venire da - c i a » ; giacchè cotali ricostruzioni,
che non hanno altro fondamento se non il comodo che ci fanno,
mi sono sembrate sempre poco metodiche ; e per lo stesso motivo
non mi sono finora arrischiato a supporre -ttea. Ora vedo che
vi si è arrischiato il Suchier, secondo il quale (Grundr., I, 631)
platea, voce d'importazione greca e che in latino era del tutto
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534 A - MUSSAFIA
isolata, avrebbe subita l'influenza dell* aggettivo plattus;
onde plattea. Ed il Paris nella nota addizionale, stanipata qui
appresso, apag. 551, ammette alla sua volta mattea. Eliminato
quindi il suffisso -ece> che era il più forte baluardo délia teoria
del -ce, e dimostrato che in place e mace la base è 't t j a, sono tolti
di mezzo tutti gli esempii, che finora s'invocavano a favore
d'uno spéciale trattamento di t] dinanzi ad a.
Prima di finire devo, ritornando a 'tju, aggiungere una
osservazione rispetto al suffisso maschile, derivato da -ïtium.
Esso ricorre nelle due forme -ice e -ise. La prima, molto più
fréquente, è manifestamente dottrinale, corne quella che ha -e al-
Tuscita ; s e r v ï t i u m service va quindi giudicato corne j u s t ï t i a
justice. La seconda contiene tre elementifonici,dei quali il terzo,
-e, è indubbiamente dottrinale; il primo, /, ha qualche apparenza
di essere taie. E la supposizione che -ise masch. sia dottrinale pare
confermata dal fatto, che la risposta rigorosamente normale di
-ïtium, volg. -çtj u, non esiste; serveis, cW io mi sappia, non
fu sinora ritrovato. Non ostante tutto ciô, il secondo elemento
fonico di questa forma, (*)/, è cosi chiaro indizio di sviluppo
popolare, che io non mi so indurre a dire dottrinale l'intero
suffisso e spiego nel modo seguente i fatti che sembrano pro-
varlo taie. Qiianto alla tonica, diremo che nel suffisso masch.
al mutamento del class. volg. in i (/) riusci di riportare
vittoria assoluta sulla vocale primigenia, laddove nel suffisso
femin. ambedue le toniche sono rappresentate nella nuova
lingua 1 . Si potrà, ripetiamolo, disputare del corne questo
mutamento si sia operato, purchè mutamento si ammetta e non
si consideri 17 franç. quai dottrinale conservazione délia vocale
classica. Resta la -e, che diede già occasione a moite disquisizioni
e fu da taluno dichiarata a dirittura enimmatica. Pare a me che
se ne possa dare una spiegazione molto semplice. Da s e r v i t j u ,
servis; forma che non so se sia stata riscontrata, ma la cui esi-
stenza e si puô ammettere a priori, ed è confermata da quella,
di cui ora trattiamo. Servise non è, in vero, che una combina-
zione di servis con service; vale a dire la forma popolare è modi-
ficata per mezzo di un -e anorganico, che le viene dalla forma
1. Non dimentichiamo quanto rari sieno gli esempii délia desiuenza
maschile; puô essere quindi un mero caso che -cis non ci sia pervenuTo.
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OSSERVAZIONI SULLA FONOLOGIA FRANCESE 535
dottrinale. In questa asserzione nessuno, spero, vorrà vedere
una contradizione con quello che dissi rispetto ail' impossibilità
di considerare Y-ise di franchise e Y -Is di * servis quali forme ibride
o semidotte. Il caso è ben diverse In -ise -is con / dottrinale e
if popolare avremmo una discrepanza per entro i suoni, che
formano parte intégrale d'un complesso fonico, mentre nel
masch. -is-e abbiamo un mero fenomeno esteriore, la giustapo-
sizione d'un elemento awenitizio (-e), il quale per caso è di
origine dottrinale ed altrettanto potrebbe essere di popolare.
Quelle che s'è detto di servïtium si applica anche ai pro-
dotti di judïcium. Qui -ïcium non è suffisso, ma appare
taie. Cèjudice; forma, cui Y-e rivela quai dottrinale 1 . Nel pro-
dotto organico la cj (prima intervocale, poi finale) dovrebbe
essere (= ts) ; cfr. s o 1 a c i u m sola%. Troviamo in quella vece
-is. È forza dunque ammettere scambio di cj con tj; esso fa
riscontro a quello inverso di tj con cj, che abbiamo supposto
per la basedi -ecein richece e chevece. Abbiamo quindi *judïtium
(judçtju), il cuiprodotto normale sarebbe jûeis, forma o non
mai sviluppatasi o ben tosto sparita dalP uso. V ha perô/fm,
la cui esistenza rende sempre più probabile ilcongetturato^rwV.
Siamo sempre a quella di spiegare Yl. Effetto di Umlaut non è;
immediata continuazione di t non è, per il motivo delT */ già
ripetuto a sazietà; redintegrazione posteriore per influsso di
jùice non è punto probabile ; resta quindi che si ammetta sos-
tituzione dit a î (se nella fase judïcium o in quella judïtium,
nulla rileva 2 ). Ajuis s'aggiunse più tardi 1' -e anorganico (jùis-è),
con che la voce viene ad acquistare una certa aria di dottrinale
Ricorderô ancora i prodotti di sacrificium. Il valore lessicale
di questa voce è taie da potersi quasi con certezza dire che essa
1. Se la d intervocale anche in questa forma non popolare sparisce (jùice),
ciô accade e per influenza dijûise e perché d si espunge anche in alcune voci,
che, sebbene non organicamente sviluppate, pure penetrarono nella lingua
parlata in età anteriore allo scadimento délia d.
2. Anche W. Meyer (Littraturbl., 1884, col. 277) ammette in questa
voce /.
3. Se quanto ho detto coglie nel segno, non converremo col Foerster, che
nella Zeitschr., III, 496, registra quali prodotti — secondo che pare, nor-
mali — di -itium : « a) juice, b) servise, poi per analogia (spâter angebildet)
service ». Per ciô che spetta al suffisso, juice service sono in egual modo di
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536 A. MUSSAFIA
non fa parte délia lingua primigenia, di quel materiale cioè, che
sulle labbra del popolo di latino si fece romanzo ; sarebbe quindi
soverchio dottrinarismo presupporre per sacrefis un -f i t j u , onde
poi, per influenza di -jice y -fisc. Preferiremo dire che queste forme
sieno imitazione di (servis) scrvise, jùis jùise.
Ricordo finalmente capïtium, che attraverso capçtju ci
darebbe chevets. La forma esistente suona cheve^, che fo risalire
a -çcju, a quel modo che il femin. chevece a -çcja in luogo
di -çtja.
Esposto cosi il mio parère, stimo utile registrare quello che
finora fu detto sul medesimo argomento, cosi per servire alla
storia délia scienza corne per vedere se dall' un lato le altrui opi-
nioni valgano a dissipare i dubbii da me sollevati rispetto alla
legge 'tja= 'ce, e se dall' altro si sieno date, rispetto ad
spiegazioni più sodisfacenti délie mie.
L. Havet nella Romania, III, 330, nota 3, non ammette //che
per tj'; per 'tj egli chiede sempre ç, e ad esempio cita place;
aiguce menace sarebbero le forme normali, mutatesi in -ise per
analogia dell* infinito. Di palais, pris e dei suffissi -eise y -ise non
fa cenno veruno.
Il Bugge, Romania, IV, 363, a proposito di malvais ch* egli fa
derivare da *malvatius (corne palais da palatium, Sellais
da bellatius)fa osservare che la legge delP Havet è soggetta
a parecchie eccezioni, e cita, oltre esempii del suff. -ise (covoit.,
coint.), i nomi di luogo Sarmaise = Sarmatia; Deceise, ora
Décide = De cet ia 1 . Egli non formula quindi una legge pré-
cisa; registra solo 't j (voc.) = 'is e 't) a = 'ce o = 'ise.
F. Neumann, Zur haut- und Flexionslehre des Altfranzpsischen,
ci dà lo stesso schéma che l'Havet : tj' = is; 'tj = ç.
Egli quindi nella formola metatonica non ammette che la
formazione non popolare ; -ise non puô, a cagione dell'-t, essere detto prodotto
organico di -itju. Meglio la disse l'Horning forma semidotta, come quelîa
che contiene un elemento popolare (-/*-) ed uno dovuto ail' influenza délia
forma dottrinale (-e).
1 . Questi due ultimi esempii verrebbero quindi ad aumentare il numéro
délie eccezioni alla legge tj a = ce. Il Bugge aggiunge quai terzo nome di
luogo Venise = Ve n ê t i a ; ma di questo, avuto riguardo a Veniesia delT antico
veneto, si puô dubitare.
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OSSERVAZIONI SULLA FONOLOGIA FRANCESE 537
vocale che segue a ' t ] dia luogo ad alcuna difïerenza del prodotto ;
questo perô, secondo lui, non è is, ma ç. Gli esempii sono
o di voci dottrinali, che vanno escluse : astuce y espace, grâce,
police; justice, malice, service, sévice; o esempii del suffisso - ïti a :
iustesse, molL, par. y trist., finalmente pièce e place. Aiguise, ame-
nuise sono prodotti dell' analogia con aiguisier, menuisier. Forse
(sebbene egli non lo dica) anche il sostantivo pris deriverà
immediatamente o avrà almeno subita Tinfluenza di prisier. Di
palais, pui^ non fa cenno. Justise, amendise colla s sonora, servise
e sacrefise colla s sonora e Y-e anorganico gli riescono indeci-
frabili.
H. Schuchardt in una nota inserita nella Zeitschr., IV, 143,
pur ammettendo che 'tj dia ç, non lascia di far osservare che
talvolta ricorre la spirante sonora, e cita palais, servise.
A. Horning trattô la questione cosi nel suo libro Zur Geschichte
des lai. C corne nel Précis posto innanzi alla nota opéra del
Bartsch. Mi attengo al secondo lavoro, perché più récente
e più brève. Egli comincia dal fare una parte spéciale ai verbi,
e dice : « Dans les verbes qui dérivent d'un type latin en
-tiare, asaisier, envoisicr 1 ..., la douce se montre indifférem-
ment devant l'accent tonique ou après (aiguisier et aiguise). »
Con ciô, pare a me, si registra il fatto ma non si spiega. O
richece è organico , ed in tal caso prise è analogico ; o prise è
organico, e per richece devesi ricorrere ad altra spiegazione ; ma
è impossibile ammettere che un identico complesso di suoni
('t)a) dia due prodotti organici, l'uno quando la voce è un
verbo, l'altro quando essa spetta ad altra categoria grammaticale 2 .
1. L'H. registra anche apetisier, dandogli per base latina *adpettitiare;
ma questo pare a me è un andare di là dai limiti nella ricostruzione di voci latine
che probabilmente non esistettero giammai. Io preferisco considerare apetisier
quai derivato dal francese petit; cosl si spiega la simultanéité délia forma
in -isier con quella in -icier, pic. -iclrier ; cfr. p. es. Bénoit, Chron., v. 23759,
apetice in rima con malice, e il fr. mod. rapetisser. La prima non potrebbe
venire da *apettittiare (che sarebbe la vera base, poichè petit colle due / stabili
risale a *pettittus) ) la seconda non risponderebbe alla base proposta dal-
THorning. Ammettendo derivazioni dalla voce romanza, non è difficile com-
prendere che le più parlate abbiano ricorso alla desinenza in -icier, alcuna a
quella in -isier.
2. Il Grôber nella Miscellanea Caix-Cancllo , pag. 45, cita assaise =
*adsatiat quale forma organica. Mi sarebbe molto gradito poterne dedurrc
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538 A. MUSSAFIA
Rispetto aile altre voci egli complica ancor di più lo schéma,
amraettendo :
â t ) (voc), £ t j (voc.) = ais, eis : palais, pris
£ t j (voc.) = e% : cheve%
Egli opina adunque che la natura délia vocale accentata
abbia per effetto che la tj seguente si ripercuota in due guise
molto diverse; vale a dire ora con sviluppo di i dinanzi alla
sibilante, ora senza di esso. Una taie legge, che si fonda su di
un esempio solo, è oltremodo problematica. Quando adunque
l'Horning dice : « La finale de servitium aurait dû devenir
régulièrement q », obbjetteremo che per ciô che spetta alla-^
(== ts) questo sarebbe stato il caso, qualora anche in taie voce
a t) si fosse sostituito cj, ma che non c'era motivo veruno,
perché ciô dovesse awenire.
Quanto a 'tja la risposta normale è anche per lui ce; e cita
place, pièce, chevece, -ece (rich.y Osserva poi che alsuffisso -ïtia
rispondono, oltre che -ece, -eise ed -ise. Per la prima di queste
forme non tenta spiegazione veruna -, la seconda gli pare di for-
mazione posteriore, semidotta, ed accenna a quanto ne aveva
detto diffusamente nel libro sul C. Ora io qui non posso esa-
minare minutamente le ipotesi quivi proposte; mi ristringo
a dire che io non credo ch' esse sieno pervenute a persuadere
chicchessia. Accenna aile note forme juise, serv., sacrif. ed a
ragione le caratterizza corne semidotte 1 .
E. Waldner nella sua dissertazione di Freiburg 2 sulF i parasi-
tico modifica Topinione del suo maestro Neumann, ammettendo
'tj(voc) = 'is. Gli esempii da lui recati sono, corne per il
Bugge, palais, bellais, nialvais, ai quali aggiunge puis (poteo),
che si puô spiegare anche altrimenti , e vi% (v i t i u m , secondo
una mia congettura rispetto al vi% del Pèlerinage de Cbarlemagnt,
che fu accettata forse troppo precipitosamente). Per 'tja = ce,
che egli m'abbia prevenuto nel dire 'tja = ise; ma poichè cita THorning, pare
che anch* egli ammetta un trattamento spéciale del nesso, quando ricorre in
forme verbali.
1. Non direi perô « Les finales ice, ise de ces masculins en -itium, -icium
ne s'expliquent que si l'on admet qu'elles sont demi-savantes ». Quelle in -ise
sono tali ; quelle in -ice sono del tutto savantes.
2. Die Queîleti des parasitischen i im Altfranxpsischen. Braunschweig, 1887.
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OSSERVAZIONI SULLA FONOLOGIA PRANCESE 539
oltre i soliti pièce, place e masse cita grâce e induce che vanno
esclusi corne dottrinali; finalmente hace = hatiam, ove la base
latina è del tutto arbitraria : 'ce è desinenza analogica di con-
giuntivo. Aiguise ecc. è per il W. analogico. Di -ise, -eise non è
fatto cenno.
L'Ascoli non s'è occupato ex professo délia questione ; non-
dimeno è mio debito ricordare che anch' egli (Arch., X, 84,
nota) ammette 'tjo = iV (palais, puits cioè puis, pris sostan-
tivo) e 't]a==ce (place). Quanto a prise, esso « non riflette un
lat. pretiat, ma dipende da prisier » x .
E. Schwan nella sua Grammatik der altfran^ Sprache, § 231,
ammette gli stessi procedimenti \is', r is(voc), 'ce. Gli esempii di
f is (voc.) sono palais, pris, puis= poteo e puteus.Di 'tja =
*ce cita prima i soliti place rruice pièce e suff. -ece, poi g race, che è
dottrinale, e menace, che è una svista, giacchè il latino ha -c i In
una nota poi ricorda il suff. -ise 2 , e per ispiegarlo ammette una
nuova legge, secondo la quale tja dopo /3 darebbe altro pro-
dotto che dopo le altre vocali toniche.
W. Meyer nella sua relazione sulla Grammatica dello Schwan
nella Zeitschr. fur neufr. Sprache, X, 277 approva che si distin-
gua 'tja da 'tj (voc); il primo, ripete egli, dà 'ce, il secondo
non ammette perô che, corne finora fu da ciascuno asse-
rito, -ece e -ise corrispondano ambedue al class. -ïtia, e
riconduce la seconda desinenza a -ities. Ond' è che la risposta
di -itie non potendo essere che -is ^ forza ammettere
1. Neir Arch., IX, 103, leggo : « il riflesso francese di retia non potrebbe
non uscire per -se. » Qui ail' Ascoli non importava se non mettere in rilievo
F-*, e perciô sulla natura délia consonante non ha insistito ; sarebbe nondi-
meno intéressante sapere se l'uomo illustre a -se attribuisse la pronuncia
attuale di -ce- 0 quella di -Je; a dirla altrimenti, se secondo lui il prodotto
normale di retia sarebbe rece o reise.
2. Fra gli esempii di -ise femminile registra anche servise , che, a motivo
dell' -e y esige uno schiarimento spéciale.
3. Corne al class. -ïtia rispondano due forme volgari -etja e -itja non
viene dichiarato nè qui nè altro ve.
4. Si noti non -is, e si veda su ciô alla fine del présente studio.
5. Rispetto alla vocale tonica egli non fa veruna osservazione ; ad ogni
modo si vede che considéra Yi normale ; se per Umlaut 0 per mutamento di i
in ï (corne in judïcium judîcium, vedi sopra la nota 2 alla pag. 535), io
non so.
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540
A. MUSSAFIA
che la desinenza feminile sia un' aggiunta posteriore per influenza
in parte del génère di queste voci, in parte délia desinenza -ece,
normale risposta di -ï ti a. Ed il Meyer confronta lo spagnuolo,
che oltre da -çtj e e -eça da -çtj a ha -t\a con ç sonora, che è
una combinazione délie due formole. L'osservazione è molto
acuta, corne tutto ciô che ci viene dalP insigne glottologo. Ma
corne rispetto ail' analogia invocata per le forme verbali cosi
rispetto a questo modo di spiegare il suffisso -ise è lecito notare
quai fatto molto singolare, che un tal procedimento combi-
natorio abbia nel francese preso radici cosi salde da sbandire
ogni traccia délia forma primigenia, mentre nello spagnuolo, a
cui si ricorre per puntellare la nuova teoria, le desinenze in -e%
abbondano. Resterebbe ancor sempre da spiegare la desinenza -et se
(-oise). Io sono ben lontano dal darsoverchio peso ad ogni argo-
mento che giovi alla mia tesi, e non esiterei quindi a concedere
che -eise debba la sua origine ad alcun impulso analogico, sebbene
a me non riesca escogitare a quale 1 .
Fin qui io mossi esclusivamente dalle basi latine; ora mi
corre obligo di registrare la congettura del Thurneysen, Celto-
rotnanisches , pag. 17-18. Egli ri corda quanto frequenti ricorressero
nel celtico i suffissi -asio, -esio, -isio, -usio e stima anzi
tutto molto probabile che i Galloromani scambiassero il suffisso
latino -ïtia con quello -isia délia lingua autoctona. Poichè,
corne egli osserva, la quantità, e per conseguente la qualità,
délia vocale tonica era indecisa, si spiegherebbe nel medesimo
tempo la duplicità délie forme francesi : isia avrebbe dato -eise;
-isia ail' incontro, -ise. Non altrimenti il suff. maschile -is sarebbe
secondo il Th. il lat. -ïtio, divenuto per influenza celtica
-isio. E persino palatium e pretium ecc. si sarebbero risen-
titi délia stessa influenza. Ne risulta che in pressochè tutti
i casi 'if non sarebbe la riposta del latino 'tj, mail conti-
nuatore organico d'un latino-celto sj; non rimarrebbero che
i nomi di luogo, nei quali Pinfluenza celtica tanto più facil-
mente si sarebbe manifestata, e le forme verbali, quali aiguise,
menuise, prodotti analogici. Eliminati a questo modo tutti i casi
1 . Ricordo che anche per duchesse ricorre la forma secondaria duchoise. Pare
il più owio dire : corne rich-esse, -oise cosi duch-esse, -oise; ma se riuscisse tro-
vare una spiegazione per duchoise, il procedimento analogico potrebbe consi-
derarsi corne in verso.
OSSERVAZIONI SULLA FONOLOGIA FRANCESF. 54I
di tf 9 torneremmo ail' opinione delP Havet e del Neumann, che
'tj produca unicamente ç; e le pagine che precedono sarebbero
state scritte inutilmente.
Se ciô non di meno io le publico, si è perché, non essendo io
in istato di giudicare délia congettura del valente celtologo e
vedendo che lo Schuchardt (LiteraturbL, 1885, col. 112),
almeno per il momento, non la accetta, mi sembra tuttavia
lecito di considerare T //"quale sviluppo délia base latina tj.
Riassumo quindi di nuovo il mio discorso e dico :
La legge del 'ce quale risposta di - t j a si fonda, dalle due voci
place, mace in fuori, unicamente sul suff. -eee, che si puô spiegare
quai prodotto di -çcja; a favore di f ise militano : i° le forme
verbali, che la teoria del r ce deve spiegare tutte per mezzo di
costante analogia; 2 0 la desinenza -ise, che la teoria del 'ce (a
non aver riguardo che ail' opinione di W. Meyer, l'unica cui si
possa attribuire grande peso) deve spiegare per mezzo di un pro-
cedimento, del pari costante, di combinazione o, corne suol
dirsi, di contaminazione di due forme; 3 0 la desinenza -exse y che
forse si puô spiegare altrimenti, ma per anco non fu spiegata ;
4 0 i nomi di luogo citati dal Bugge.
Stando le cose a questo modo, stimo che non si attribuirà a
desiderio di contradire a ciô che finora fu concordemente insc-
gnato x , se mi arrischiai ad esporre i miei dubbii, tanto più che
essi si generarono in me dalP osservazione del fatto seguenie.
In tutte lealtre formole di « voc.+ cons. + j + voc. » il risulta-
mento in francese è sempre un solo, indipendente corne dalla
collocazione prima o dopo Taccento cosl dalla vocale che segue :
c'è quindi la probabilité che « voc. + *) + voc. » non faccia
eccezione. Ora, poichè non tutti convengono nella proposi-
zione, che « cons. + j » fra vocali si riproduca sempre nella
stessa guisa, giova esaminare brevemente le varie formole. Inco-
minciamo, corn' è naturale, dalla più affine a tj.
1. Solo il Suchier, a giudicare dalle sue asserzioni, riferite di sopra,
rispetto a prise e place , sembra essere di opinione eguale a quella che da lungo
tempo io nutro e nell' inscgnamento orale propongo.
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542
A. MUSSAFIA
Il Neumann, 1. c, ammettc per cj gli stessi procedimenti
che per tj :
CJ' = is'; 'CJ =ç.
Egli opina adunque che le leggi fonetiche non consentirebbero
da faciamus faciatis altri prodotti che faisons faisiez 1 , e che
le forme costantemente usate façons facie% sieno dovute all'ana-
logia con face, faces ecc.
L'Horning ondeggia in modo notevole : in sul prin-
cipio del suo libro sul C sembra conformarsi ail' opinione del
Neumann, cerca quindi e trova una spiegazione per lacier, sold-
eur, acier, ecc; ma a poco a poco inchina verso il parère che
anche cj ' dia ç>, tanto che alla fine (p. 137-8) si è quasi deciso
per la tesi, che « cj + a, o, u 2 » (protonico e metatonico) dia la
spirante sorda; e a p. 30 del Précis dice senz' altro : « cj placé
entre deux voyelles devant l'accent tonique devient c dur 3. » E
nota la sola voce che gênera alcuna difficoltà : oison, la quale
siamo assuefatti a considerare corne l'esatta risposta fonetica di
aucione del Glossario di Cassel, ma che probabilmente non
è taie. Nelle rettificazioni a pag. 62 cita il Thurneysen.
Questi, Celtoronianisches, pag. 93, sembra aver riconosciuto che
cj dà sempre ç. Dà perô motivo di titubare il vedere che egli
quai prodotto di aucione esige oiçon, oisson in luogo di oçon. Sarà
forse una svista? Rispetto ad oison egli congettura influenza di
oisel.
1. Egli, a dir vero, reca fas ; ma dal contesto risulta che intende dire fais'.
2. La formola cje- (cji- pare che non ricorra) si unifka con ce-;
faisoie va quindi considerato quale prodotto normale di facjebas, senza che
sia necessario ricorrere a base o prodotto analogico.
3. Nel paragrafo précédente del Précis THorning conserva l'osservazione
deir altra sua opéra, che i derivati di voc. -f- c i u m, voc. -h c i a hanno la ç dura :
glacier, embracier, lacier y ecc. Non è inutile notare che, quando egli ammetteva
c j ' = is ' , queste apparivano quali eccezioni e dovevano neccssariamtnie essere
spiegate per mezzo délie voci primitive ; ma secondo la nuova teoria una taie
spiegazione è superflua. Lacier puô essere ed è probabilmente derivato da 1a%,
ma quando pure non si avesse altra base che laqueare, il prodotto sarebbe
pur sempre lacier .
OSSERVAZIONI SULLA FONOLOG1A FRANCESE
543
Il Van Hamel (Rendus, CXXXIV, note 2) ricorda felisier
quale « caso sicuro », in cui cj' produsse if. A me non pare
taie, giacchè dubito delP esistenza d'un feliciare, e quando
pure riuscisse trovarne esempio, non credo che una voce cosi-
fatta sia mai stata popolare. Essa fu coniata dagli scrittori sul
tipo del tema latino felic-, il quale, ridotto in francese, suone-
rebbe feli^con una che in collocazione intervocale suôna a un
dipresso /.
Il Waldner si discosta dal Neumann nelP ammettere cj = ç
(anche a lui pare che su oison abbia influito oisel), ma e dal
Neumann e dalP Horning e senza dubbio dal vero si discosta,
quando distingue fra ' c j a = ce e ' c ) dinanzi ad altra vocale, il
cui prodotto sarebbe -is. Egli esige brais quai risposta normale
di brachium, ed attribuisce bra% (ch* egli scrive bras) ad
influenza di brace e embrasser; lo stesso dice di las in luogo di
lais 9 di solas in luogo di solais, ecc. La forma fais è per lui nor-
male, yâ{ è modellato su face. Dubita che lu^ = lucius sia di
formazione popolare. Tutto ciô, ripeto, è privo di fondamento.
Lo Schwan non fa restrizione veruna e dice che c j dà sempre ç .
Questa opinione è, a veder mio, Punica vera. Ne risulta ehe
luis (luceo) luise (lu ce a m), luisie^ (luceatis) sono forme
analogiche. Che se si chiede perché facio abbia a lungo 1 e
faciam, facias, faciat, faciamus, faciatis abbiano
sempre 2 resistito ail' analogia, se ne troverà facilmente il motivo
e nelP uso fréquente del verbo e nelP esser venuta meno in
esso Pinfluenza sempre molto potente dell' infinito (faire di
contro a luisir).
Quanto aile altre formole tre opinioni diverse si stanno di
fronte : 1) a condizioni identiche il prodotto b diverso : cosi lo
Schwan, nel che chi ha fede nella costanza délie leggi fonetiche
non vorrà assolutamente convenire; 2) la diversità dei prodotti
dipende dalla diversità délia collocazione rispetto alP accento e
délia vocale che segue : cosi il Waldner; 3) il prodotto è sempre
lo stesso : cosi PHorning ed altri, coi quali io pienamente mi
accorde.
1 . Ed il fais, cui finalmente riuscl di vincere fa\, si è forse foggiato meno
su faisons faisoie che sul fais di seconda persona.
2. O quasi sempre, giacchè di forme soggiuntive analogiche faisions , faisie\
qualche esempio mi pare che ricorra.
544
A. MUSSAFIA
Rispetto a questa formola è opinione générale che il prodotto
sia /. Solo lo Schwan registra anche g r , ma egli stesso osserva
che in quasi tutti gli esempii da lui recati si tratta di dj francese,
colla quai denominazione egli indica il caso di d'c o d'g :
pedica pedja piège. In verità, non quasi tutti, ma tutti gli
esempii spettano a questa categoria; assegier non risponde ad
un lat. assediare, ma è da assedicare; siège non è da
sedia, ma sostantivo verbale da segier 2 .
Le uniche voci che si potrebbero opporre a d] = i sono gage
gagier, voci straniere che si sogliono ricostruire latinamente
vadium vadiare; ma anzichè riconoscere in esse un' ecce-
zione ad una legge fonetica, che in voci di origine latina si
palesa costante, diremo che la solita ricostruzione non è esatta.
Ricorreremo col Waldner a vadicu vadicare*?
Lo Schwan ammette duplice risultato : i e g. Quanto ad i
registra le voci seguenti : Ai> aie; ora ai è piuttosto ajo (vedi
Paris, Rom. , X, 365 e W. Meyer, Grundr., I, 367); aie ecc.
sarà o = aja o foggiato suir indicative. Dei> deie, che THorning
spiegacometf/s. Pluie> cheadettadi W.Meyer (Grwwdr.,1, 535)
è da p 1 ô j a. Oltre ciô aiol e gaiole.
Il Waldner ammette prodotti diversi secondo le varie condi-
zioni :
'bj(voc), 'vj(voc.) = i. Esempio di bj : ai; di vj :
1 . S'intende che con£ e cosl pure più tardi con s = pj io per brevita indico
l'ultima fase, senza tener conto délie intermedie.
2. Non bene adunque A. Risop nella Zeitscbr. f. rom. Phil. y VII, 49 :
« sedeam avrebbe, corne il sostantivo sedia, dovuto produire siège. »
3. In una annotazione lo Schwan ricorda judea, juive; ma questa è una
svista alquanto singolare. O muove egli forse da una forma jûdia?
4. « abjo ne peut donner que age y comme rubeo donne rottge. »
5. « Il est douteux que<w', dd reproduisent directement habeo, debeo; il
semble plutôt qu'elles supposent des types vulgaires ajo, dejo ou qu'elles
aient été modifiées d'après vei. » Délie forme di congiuntivo non parla, ma
s'intende che su di esse egli porta eguale giudizio.
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OSSEKVAZIONI SULLA FONOLOGlÀ FRANCESE 545
(anijai**. Rubeum dovrebbe essere roi; rouge è la forma del
feminile, divenuta comune ad ambedue i generi.
' b) a, ' v] a = ge. Esempii : tige, rouge; cage 1 . Il cong. aie in
luogo di âge in virtù dell' indicative Quanto a pluie rimanda al
Meyer.
Prima dell' accento le due formole non vanno più d'accordo :
bj ' = è Q ou j° n )l vj ' = i : aiol, gaiole e quai terzo esempio
un floiable = fluviabilis, che il Godefroy trovô in un glossa-
rio. Gregier, abregier, allegier sono per analogia di -éges, -éget,
-égent 2 . Anche Taggettivo legier avrebbe subito Tinfluenza del
verbo. E lo stesso egli intende per certo delPaggettivo sostanti-
vato liège.
L'Horning non ammette altro prodotto che g , e nota che g
non puô essere finale 3 ; onde Y-e di rouge mascolino. Su ai, dei vedi
qui sopra; in pluie « le traitement de vj est anomal », il che
non spiega nulla; in aieul a il y a eu changement de / (cioè £)
en ; »; il che manca di chiarezza. Di gaiole non tocca; forse
perché, come pare anche a me, la pronuncia d'i vocale non è
punto accertata; nulla impedisce di leggere gajole, che del resto
col suo ga si manifesta quai forma non francica. La risposta
1. Registra anche neige, che perô, seconde» Paris, è sostantivo verbale
tratto da negier.
2. A rigore il W. dovrebbe ammettere ancora un procedimento analogico.
Secondo la sua legge 'vj (voc)=i, greviogreviem dovrebbero sonare gri.
3 . Questa asserzione, che anche io credo esatta, potrebbe parère contradetta
da /w^che nella Ch. de Roi. v. 3831, corrisponde a judico judjo (non a
judicem come per lieve svista si legge nella Rom., VIII, 299). Che in un caso
la i risale al nesso latino cons. -h; e nell' altro a cons. -h ; = cous. -4- c
(g, f) non puô far differenza ; il quesito resta sempre se a ^ debba seguire -e o
s'esso originariamente ne possa far a meno, ma l'abbia ben tosto assunto per
comodità-di pronuncia. Ora io credo che dal punto di vista meramente
fonetico s'abbia a dire : £ esige Y-e; per analogia morfologica, sul tipo di
chant, ain, os ecc ecc. fu tentata una forma senza -e anche da jugier, ed in tal
caso al non solo insolito ma per gli organi vocali francesi impossibile, si
sostitul In egual modo s'avrebbe a spiegare il gua\ délia Ch. de Roi., s 15»
quando s'accetti la bellissima congettura del Foerster (Zeitschr. f. rom. Phil.,
II, 170; cf. Rom., XI, 401); non da wadio,ma d&gagier. Diremo finalmente
che sarebbe imaginabile anche rtrç, ma non quai prodotto fonetico di robju,
bensï per analogia degli aggettivi a due desinenze, quali bon boue.
Remania, XVIII. 35
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546 A. MUSSÀF1À
normale di gaviola (prescindendo dalla vocale tonica) sarebbe
jajole, onde jàole géole come viande da vivanda.
G. Grôber nelP Archiv fùr lat. Lexikogr., H, 434, non rico-
noscendo dopo Paccento che g> ammette vj ' = i e cita i soliti
due esempii gaiolc, aiol.
W. Meyer {Zeitscbr. f. r. Pbil., X, 173) dando Petimologia
del franc, vouge = lat. viduvium dice che bj metatonico dà
sempre £. A dir vero, Pesempio, che gli offre occasione di fare
taie osservazione, ha v j ed egli parla di b j . Sarà errore di stampa .
Ma poichè 'bj e 'vj vanno sempre d'accordo, gli è come se il
Meyer avesse trattato di ambedue. Notiamo che egli esplicita-
mente si limita alla formola metatonica, e poichè rimanda al
Grôber, pare che anch' egli opini che la formola protonica dia i.
Ciô nondimeno possiamo accettare quale risultamento : bj,
vj danno sempre per aiol è da cercarsi una spiegazione. L'ipo-
tesi del Neumann rispetto alla desinenza di perfetto -avi è,
pur non badando aile altre lingue romanze , contraria aile leggi
fonetiche del francese.
P)
Lo Schwan dice duplice il prodotto : if (receif) e s (saclx). È
chiaro ad ognuno che recrifè forma analogica sul tipo di récris
récrit e si dovrebbe quindi ricostruire recepo; vediil Risop nella
Zeitscbr. f. r. PhiL, VII, 48 x . In pigeon trova un prodotto di dis-
similazione (« quando due sillabe cominciano da due consonanti
identiche, una délie consonanti viene espunta ») e lo confronta
con viande. I due esempii non coincidono, perché anzi tutto qui
si tratta non di p-p ma di p-pj ; ed oltre ciô pj forma ornai
un nesso , che mal puô perdere per dissimilazione il primo ele-
mento.
Il Waldner ammette ' p ] —i coll' unico esempio sai 9 e si crede
in diritto di congetturare una forma maschile proi (propium),
che cedette il campo al feminile proche 2 . Quanto a pja e pjô,
il prodotto è s; pigeon forse da pibjonem.
1. Ed ora anche W. Meyer nella Zeitscbr. f. ntufy. 5/>r., X, 277.
2. Proche, anzichè risalire a una forma latina, è second* ogni probabilité
aggettivo verbale di prochier, che non ci è rimasto quai primitivo. S*intende
che quando pure ci sia stato un latino propj u, il prodotto non ne puô essere
che proche.
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OSSERVAZIONI SULLA FONOLOGIA FRANCESE 547
Secondo THorning avremmo ' p j = s; ma pj ' =g- Per que-
st'ultima equazione l'unico esempio è pigeon; il che obliga 1 H.
a dire reprochier (e noi aggiungeremo sachons, -ie%, -ant) forme
anorganiche. Il dedurre, ripetiamolo, una legge fonetica da un
solo esempio è un procedere soverchiamente arrischiato.
Ricordo ancora sapio, sapius che altri registra alla formola
p), altri a bj, vj. Schwan : sai = sabjo quai esempio di bj
= /; Waldner = sapio quai esempio di >pj (voc.) = i;
Horning : « il est douteux que sai soit le développement nor-
mal de sapio. » In vero, è molto probabile che sai sia model-
lato su ai, mentre il congiuntivo conservé la sua indipendenza.
Quanto ail" aggettivo lo Schwan, che ammette duplice prodotto
a condizioni identiche, registra sage = sab]u; per il Waldner
sage è sapium e | « rimane non chiarito. Forse imitazione
délie voci colla desinenza -âge ». L'Horning : « Sage vient plutôt
de savium que de sapium. » E cosi diremo pur noi; sage è
da mettersi insieme con rouge.
Non sarà inutile riprodurre in uno specchietto le opinioni
emesse rispetto a lab. + / ;
'bj (voc) 'bjabj'
Schwan i, } i, g i, g
Waldner i g g
Horning g g g
'vj(voc) 'vjavj'
>g t>è
* g i
g g g
g g i
g g i
'P)(voc)'pjapj'
if i i
i i i
s i i
Grôber
W. Mcyer g g
Io sono propenso a dire :
b), vj danno sempre g 1 . Uniche eccezioni : nelle form. metat.
aie, dei deie, sai, prodotti d'analogia; in form. prot. aiol 2 .
1. Resisto quindi alla tentazione di considerare a/ = habeo e di proporre
per questa forma e per debeo, *sabjo o *savjo un nuovo paradimma,
secondo il quale 'bj , vj dinanzi 0 avrebbero dato/e dinanzi ad altra vocale,^.
E lo fo, non in servigio délia mia teoria, che voc. -h cons. j -f- voc.
abbia avuto sempre il medesimo risultamento, ma perché, se pure arrivcrei a
comprendere corne -a> vocale che si mantiene nella forma di -e, possa stare in
opposizione a e, /, 0, w, vocali che si obliterano, non mi so capacitare che fra
-0 ed -m possa esistere un taie antagonismo da far si che abjo, sabjo dieno
ai , sai, e robju, sabju dieno rouge, sage.
2. A voler tentare una spiegazione, si potrebbe considerare questa voce
corne di formazionc non assolutamente popolare. A quel modo che avilis dà.
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548 A. MUSSAF1A
pj dà sempre s. Unica eccezione pigeon.
Degli altri nessi, come di quelli che danno sempre il mede-
simo risultamento, non accade parlare; pongo quindi termine a
questa seconda parte del mio discorso col chiedere : i° se mi sia
riuscito di provare che in tutte le formole di cons. + ] diverse da
t) il prodotto sia costantemente lo stesso; 2°se, ammesso questo
fatto, esso possa contribuire a sorreggere la mia tesi che a tj
risponda sempre is.
Affine di dire ogni cosa rispetto al nesso tj, aggiungo una
osservazione sulla sibilante finale nel nesso 't] (voc). Il
suono ne è, come abbiamo veduto di sopra, -is. Si chiede ora se
talvolta non sia -iç. A tal uopo ci è necessario fare una digres-
sione rispetto a ce, ci. Fu già osservato dalT Horning che se
la tonica è 0, è (di 0 non ricorrono esempii) a 'c(e,i) 9 risponde
if; se altra vocale, i% : pais, dis; berbi^ fei%, voi^ 1 . In quai modo
ci abbiamo a rappresentare una taie influenza délia tonica sulla
sibilante delF uscita io non so ; ma il fatto, non ostante alcune
oscillazioni (rfiç ricorre talvolta; pai%> ancorchè più raro,
trovasi persino in Chrestien de Troies) pare bene accertato.
Qyale è ora il valore fonetico di L'osservazione dell'Horning,
che rime quali croi^ : destroi^ sembrano dimostrare la pronuncia
ts, è certo di molto peso. Ne risulterebbe che a formola ancora
mediana (cioè quando la vocale metatonica non era per anco del
tutto obliterata) il suono era is; onde s'avrebbe dalTun lato
ait'*, cosl aviolu dà aivol; si tratta solo di sapere se la obliterazione délia v
dinanzi a vocale labiale, propria a voci popolari, si possa ammettere anche in
una di quelle parole che i Tedeschi chiamano dite Lûmwôrter. Ne dubito assai;
ma chi stesse per raffermativa ne avrebbe aioL
I . Il Waldner, che scrive sempre -is (fois, crois) e lo Schwan, che scrive
sempre -q; (pail, di%) non accennano alla differenza délia sibilante. Ne Tintro-
duzione al Cligis, pag. lxxiii, il Foerster, trattando délie sibilanti finali,
registra due série : Tuna con -\ (senza i précédente) : pietri^ cervi^, colà\,
fa^ sola%; Taltra con -rç : voi^ croi^ doi%, foi%. Ora ognuno vede che nella
prima série oltre ad esempii di cjo, cj u per i quali è esatto il dire : 'cj =z'^,
si contcngono di quelli, la cui base latina è ce. Ora questi spettano alla
seconda série. Come voce dà voiz, cosl cervice dà ctrvii\; le due i si con-
fondono in una. [In quai modo àoi\ venga citato fra le voci délia seconda
série, non mi è punto chiaro.]
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OSSERVAZIONI SULLA FONOLOGIA FRANŒSE
549
paiff pais di fronte a croidsç croits, dall'altro paifç apaifiér di
fronte a croidsç croi/iér. Per non essere costretti ad ammettere
cosi gravi discrepanze, io inchinerei a supporre — come del
resto fece anche TH. a pag. 20-21 delsuo libro — che % in croi%
aveva un suono, il quale non era identico nè a s di pais nè a
£ di destroi^ dal che risulterebbe che le rime dei prodotti di
V(*,i) e di 'f + s non erano che approssimative. A questo
più dolce di ts, avrebbe corrisposto dinanzi alla metatonica
ancora esistente un suono che non si diversificava dzWf se non
per leggierissima sfumatura, suono che io indico col segno £
(croiig paijç) ; ond* è che prima dell* accento i due suoni sono
concordi : croijiér apaifiér \ Glottologi più esperti di me indiche-
ranno precisamente il valore di questa {; a me basta se quello
che fin qui ho detto ha alcun fondamento di verità.
Ed ora ritorniamo a tj. Poichè in collocazione protonica tj e
ce, ci vanno perfettamente d'accordo (ambedue danno //), si
chiede se anche dopo Taccento si manifesti la stessa concordanza
rispetto alla sibilante. Gli esempii di 't j (voc.) sono, a dir vero,
cosi scarsi da rendere malagevole il cônfronto ; ma intanto palais
conviene con pais , pris con dis, Di voci, la cui tonica è diversa
da a ed f, avremmo anzi tutto quelle con ï, mutatosi in i.
Ammetteremo in qneste -s o -3? Difficile il dare risposta sicura,
gli esempii essendo anche qui scarsi assai. Ma si puô notare che
jûis è forma fréquente , mentre che jùi[ (se pure ricorre) non
prova nulla, giacchè si puô far risalire a judjcju; la in tal
caso corrisponde a cj ed ha il valore di ts. A tapjtjum (cf.
Grôber nelP Arch. f. lat. Lexik., VI, 120) risponde tapi^ e
tapis, ed io non ho in pronto esempii in rima, che mi chiaris-
cano quale délie due forme fosse la usuale x . Una voce colla tonica
ù è pûteus. Poichè la solita forma è grafia e pui^ y parrebbe
che essa stia d'accordo colla teoria, che vale per 'ce. Ma questa
voce offre parecchie difficoltà, le quali gioverebbe che fossero
studiate. Anzi tutto ail' u classico dovrebbe rispondere ç (it.
ppgp, prov. pçt$ 2 ; poi il picardo ha puch e puchier, vale a dire,
38.I derivati tapisser, tapissier (dei quali, specialmente del secondo, sarà
difficile trovare esempii nella vecchia lingua) non risalgono a tapitjare.
tapit) ariu, ma sono di formazione francese; vedi la nota 1 alla pag. 537.
2. Il Foerster ammette Umîaut. Una congettura, non molto sodisfacente,
propose la Schwan nella Zeitschr. /. rom. Phil. XII, 19S.
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550 A. MUSSAFIA
oltre «, il prodotto di c j, non quello di tj x . Non farerao quindi
gran conto di essa 2 , e diremo che a 'tj (voc) risponde sempre
-15, il che statuisce Tunica lieve differenza fra i prodotti di tj
intervocale e quelli di voc -fcee voc -h ci.
A. MUSSAFIA.
Note additionnelle. — M. Mussafia me semble avoir résolu avec beau-
coup de bonheur, au moins en grande partie, une question qui jusqu'à
présent était restée a peu près inextricable. A l'appui de sa thèse, qu'il me soit
permis de présenter quelques observations de détail, réunies en vue d'une étude
de cette question. Aux exemples allégués de tja = ife on peut en joindre
quelques autres. Le subst. lai^e ou laise, « largeur, » que M. Godefroy iden-
tifie à tort à laece t ne peut venir, comme le veut M. Horning, du verbe laisûr,
d'abord parce que ce verbe n'existe pas, ensuite parce que laise, s'il en
venait, signifierait non pas « largeur », mais « élargissement » (cf. Aciuv,
baisse de hausser, baissa). Laise suppose un lat. vulg. latia, formé de la tu m,
à une époque où le suffixe atone -ia était encore vivant; il n'est pas isolé :
d'autres adjectifs, désignant généralement des dimensions ou des volumes,
ont produit à une époque antérieure au roman des dérivés analogues : graisu,
espeisu, groisse, estrece remontent visiblement àcrassia,spissia, grossia,
Strictia; ces mots semblent tous venir d'adjectifs en -tum, -su m (fortia,
anxia sont différents »)• C'est minutia qui a pu servir de modèle à ces
mots, et minutia a certainement produit le subst. français mtmdu
(v. Godefroy), lequel ne saurait être formé du v. menuisier. Enfin il n'y a
plus aucune raison pour ne pas rattacher à un dérivé analogue, privatia, le
1. Secondo la tcoria di 'tja ~ ce potrebbe dirsi che putjat k—puàx^
putjare = puisier c che in questo verbo l'analogia operô cosi che il tema
atono assunse ia forma dell' accentato ; ma corne si spiega il sostantivo, che
non puô essere dcrivato dal verbo ?
2. A dctta del Grôber, ci sarebbe anche lùteus — lois, e qui avremmo
dopo la tonica q il suono -is 9 non Ma questo etimo non è punto persua-
sivo; lois è luscus.
3. Fortia est en effet généralement expliqué comme devant sa forme au
pluriel neutre de fortis; on peut en dire autant de anxia (voy. Archiv fur
lat. Lexikog rapine t I, 564). Il y avait donc quelque difficulté à rapprocher
simplement Jai\e de force. Littré n'avait cependant pas hésité à rattacher lai~e
àlatus « par l'intermédiaire d'une forme fictive latia ». M. Brachet suit
Littré, avec une explication bizarre. M. Scheler .vemble hésiter entre latia et
latitia. M. Suchier a aussi admis l'équation : fortia : jertis : : latia : lalus.
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OSSERVAZIONI SULLA FONOLOGIA FRANCESE
551
fr. privaise (comme apprivoiser vient d'ad priva tiare) x . Les noms de lieux
fourniraient certainement bien d'autres exemples que Décide et l'intéres-
sant Sarmatia, qui nous a conservé le souvenir des Sarmates établis jadis
en Gaule comme colons, et qui est le nom de dix localités de France (Sarmates
Tarn, Sermaise Loir-et-Cher, Maine et-Loire, Oise, Seine-et-Marne, Seine-et-
Oise, Sermaises Loiret, Sermaise Marne, Sermoise Aisne, Nièvre); il ne m'en
revient actuellement que deux d'assurés : Wormatia Gormaise et Cotia
Cuise (ancien nom de la forêt de Compiègne, voy . Longnon, Géogr. de Grégoire
de Tours). — En ce qui concerne le suff. -ïtia, j'avoue que je ne puis en voir
que. dans -eise le représentant légitime; -ise avec son i s'explique mieux, à
mon avis, comme de formation savante en est une variante) que comme
reflétant un -îtia créé par symétrie avec -ïci a. Je dirai à ce propos que dans
Y Alexis il vaut mieux imprimer letice au v. 536 et ledece partout ailleurs (c'est
une observation que je dois à mon ami J. Cornu) : leiice, mot absolument
savant, est attesté par le Psautier d'Oxford, qui à côté possède ledece comme
Alexis; l'hybride ledice letce ne se trouve nulle part (P. Meyer ne Ta imprimé
dans le passage allégué au Dictionnaire de M. Godefroy que par une cor-
rection conjecturale, fondée sur le ledice que j'avais moi-même introduit dans
VAlexis). On a donc en français pour -ïtia -eise, pour -ïcia, si vraisem-
blablement supposé par M. Mussafia, -eu; -ise> -ice sont des représentants
savants de -ïtia. — Arrivons aux fameux platea matea petia. M. Mussafia
a bien raison de rejeter cette dernière forme, qui rendrait inexplicables les verbes
si anciens depecier et peceier; il faut partir de pecia. Pour matea on n'a
d'autre indice que le diminutif mateola dans Caton, cité par Pline ; or Caton
ne doublait pas les consonnes : on peut donc interpréter mateola comme
matteola, ce quia toutes sortes d'avantages, non seulement pourma#, mais,
si je ne me trompe, pour plus d'un autre mot. Pour platea, l'explication de
M. Suchier me paraît fort vraisemblable. — Après avoir soutenu aussi bien
que je l'ai pu l'opinion de mon savant ami, je dois dire que je vois une objec-
tion plus forte que lui dans puteum et les mots qui en dérivent; d'abord les
formes qui renverraient à cj ne sont pas propres au picard : on trouve aussi
en français pu%, puce, espuce; mais cela importe peu : ce qui est singulier, c'est
la substitution de cj à tj dans un mot de ce genre, où il ne peut s'agir de
1. On pourrait aussi tirer apprivoiser d'*apprivïtiare, mais l'autre
explication est plus vraisemblable. L'oi = ei = a ne fait pas difficulté. Tout a
latin atone, dans cette situation, devient normalement e, et cet f, en se joi-
gnant à IV de if=t), donne ei, plus tard oi. La forme normale de
orationem, venationem, etc., est oreison, veneison, plus tard oroison,
venoison (et aussi par affaiblissement orison, venison)\ la forme ~aison est
refaite : nous avons conservé pâmoison comme apprivoiser. L'histoire des
voyelles atones conservées est encore à faire ; on peut croire qu'à l'origine
toute voyelle atone libre, non à l'initiale, qui persiste, le fait sous la forme ç .
55*
A. MUSSAFIA
suffixe; d'ailleurs, comme le remarque M. Mussafia, Vu étant bref, pôcium
devrait donner pb\ et non pu% : le problème reste à résoudre. — Sur oison,
je remarquerai que les formes normales oçon, osson, ochon, ouchon se trouvent
aujourd'hui encore dans un grand nombre de parlers populaires, ce qui ne
laisse pas de doute sur le caractère analogique du mot de la langue littéraire.
— Je n'arrive pas à me rendre compte des raisons de la différence entre pais,
dis et berbi^, voi%. Laissons cette question aux phonétistes à venir. Vois se
trouvant d'ailleurs souvent dans de bons textes, j'ai adopté cette forme dans
mon édition classique des Extraits de la Chanson de Roland, et je la maintiens
dans la réimpression que j'en fais en ce moment; précisément pour ne pas
avoir à discuter, dans la phonétique élémentaire qui précède cette édition,
une question aussi compliquée et pour moi aussi obscure.
G. P.
HUGUES DE BERZÉ
L'auteur d'une thèse de doctorat soutenue il y a quatre ans
à l'université de Rostock sous ce titre : Die Ueder des Hugues
de Bregi y M. Cari Engelcke, après avoir admis que l'auteur de
la Bible au Seignorde Ber^e est identique à l'auteur des chansons
qu'il publie et qui sont contenues dans différents manuscrits
sous le nom de Hugues ou Hugon de Bresi, Brésil, Bergi, Bregi
ou Bargi y conclut ainsi (p. 22) :
Voilà ce que Ton peut constater sur Hugues de Bregi. Il faut donc repous-
ser comme fausse l'assertion émise par Michaud, Bibl. (/. Biogr.) univ.
nouv. ed. t. IV, p. 197 : « Hugues était seigneur de Berzé-le-châtel , bailliage
de Mâcon » — assertion répétée par Léon Feugère (Henri Estienne, Sur la
Précellence du langage françois, Paris, 1850, p. 205). L'existence d'un village
du même nom suffit pour amener le Français non seulement à des conjectures
risquées, mais encore aux assertions les plus téméraires 1 — mais naturelle-
ment non prouvées. On peut en dire autant de la vague conjecture d'Éméric
David (Hist. litt. de la France, t. XIII [/. XVIII], p. 640 ss.), qui identifie
Hugues de Bregi avec le troubadour Ugo di Bersia. 11 a visiblement été
égaré par Crescimbeni, qui dans son Istoria del (sic) Volgar Poesia, Roma,
1698, p. 219, mentionne un Ugo di Bersia, nue de Bersie.
Il est évident que M. Engelcke ne raisonne pas comme un
Français. Satisfait d'avoir découvert la source des prétendues
erreurs de Michaud et d'Éméric-David, ij n'a pas trouvé que la
1 . Je crois traduire exactement la pensée de l'auteur ; il a imprimé gemes-
sensten, « les plus mesurées, » au lieu de vertnessensten.
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G. PARIS
ressemblance des noms entre Hugues de Bregi et Uc de Bersie
méritât qu'on s'y arrêtât un instant, et il n'a pas eu l'idée de
rechercher qui pouvait bien être le troubadour en question 1 . Il
paraît même avoir négligé de lire l'article d'Éméric-David qu'il
cite, car il y aurait trouvé, à l'appui de l'opinion de ce savant,
des arguments qu'il n'aurait peut-être pas jugés bons unique-
ment pour « le Français ». L'article de David est court et
mérite d'être rapporté à peu près en entier.
Hugues de Bersie. — Ce poète et le trouvère nommé Hugues de Bersil,
auteur du poème satirique appelé la Bible,... ne sont très vraisemblablement
qu'un seul personnage. En effet, le prétendu troubadour et le trouvère
s'étaient rendus tous deux dans le Montferrat, à l'époque du départ pour la
croisade de 1 202 ; l'un, sur le point de partir, invita Folquet de Romans à
l'accompagner; l'autre alla réellement en Syrie.... Ces rapprochements nous
donnent déjà une forte présomption de leur identité. Mais ce qui complète la
conviction, c'est le mauvais langage, plus français que provençal, de la pièce
de vers où le poète veut engager Folquet de Romans à prendre la croix.
Hugues dit à son jongleur :
Bernart, di m'a Fauqet qu'on tint por sage,
Qe n'use pas tôt son sen en folia,
Qe nos avens gran part de nostre atge,
E je e el usiei en lecaria,
E del siegle avein ja tant apris
Qe bien savom qe çaqe jor vaut pis.
Porqe ferait bon esmender sa via,
Qar a la fin es for de juglaria.
Nous suivons le manuscrit du Vatican 3207. Si nous suivions le manuscrit
de Modène, apparemment plus conforme au texte original, nous y trouverions
1 . Bartsch aurait cependant pu le faire réfléchir. Il ne cite pas Uc de Bersia
parmi les troubadours ; mais il dit (Grundriss, § 30, p. 42) : « Le commerce
littéraire entre trouvères et troubadours est attesté par les strophes que Hugues
de Bersie et Folquet de Romans échangèrent l'un avec l'autre. » U y a là une
légère erreur, Folquet n'ayant pas, que nous sachions, répondu à la chanson
de Hugues; mais enfin celui-ci est à bon droit signalé comme un « trouvère».
— M. Chabaneau a fait plus tard la même constatation : « Folquet de
Romans fut en rapport avec un trouvère français, Hugues de Bersi, dont le
ms. H renferme une pièce, provençalisée par le copiste, qui .y est précédée de
ces lignes [suit la rubrique] (Biqgr. des Troubadours, p. 94) ».
HUGUES DE BERZÉ
555
bien plus de formes et de mots français; tels seraient ceux-ci : Qe n'empkit
pas tôt son sert en folie; — qe ben savons quechascun jorn vint pis. Dans un autre
couplet, il dit que lorsque quelqu'un a sa mason ben plena e ben garnie, qui ne
cuide soit autre paradis, et il ajoute : Ne pensez pas ainsi, Folquet; Non o
pensci, FoJqet, biaus doî\ amis, mas faites nos outramer compaignie, qe tôt se faut,
mas Dieus no faudra mie.
On voit que le poète français, en s'appliquant à rimer en provençal, a
mêlé malgré lui les deux langues.
Il est donc à peu près démontré que le trouvère Hugues de Bersil et le
troubadour désigné par Crescimbeni sous les noms de Ugo de Bersia, detto
N'Uc de Bersie, ne sont qu'une seule personne *.
Éméric-David avait parfaitement raison, sauf sur un point.
Si la pièce dont il s'agit offre un certain mélange de formes du
Nord et du Midi, ce n'est pas que son auteur, français de langue,
ait voulu écrire en provençal et n'y ait réussi qu'à moitié, c'est
que la pièce, écrite en très bon français, nous est arrivée dans
deux copies dues l'une et l'autre à des scribes probablement
italiens et habitués à écrire du provençal, qui l'ont tous deux
défigurée, mais l'un beaucoup plus que l'autre.
Voici, en regard, le texte de ces deux versions. Celle du ms.
du Vatican (Bartsch H) a été imprimée par Grûzmacher (Archiv
de Herrig, XXXIV, 403) ; celle du ms. de Modène (Bartsch D)
n'est connue jusqu'à présent que par les citations qu'en a
données Éméric-David; j'en dois une copie fort soignée à
l'obligeance de M. Jules Camus.
1. Dans le même volume de Y Histoire littéraire, A. Duval, auteur de
l'article sur « Guiot de Provins et Hugues de Bersil », remarque (p. 821, n.) :
« Si, comme nous le croyons, le trouvère Hugues de Bersil n'est autre que le
poète désigné par Crescimbeni sous les noms de Ugo de Bersia, il faut ajouter
aux ouvrages de Hugues que nous avons indiques dans cet article, une pièce
en vers provençaux (ou â peu près provençaux), par laquelle il invite le trou-
badour Folquet de Romans à prendre la croix et à l'accompagner à la Terre
Sainte. Voyez ce que nous disons à ce sujet, dans un article précédent, p. 640
de ce volume, et par occasion, p. 645. » Il est remarquable qu'à la p 625 (et
non 645), Éméric-David, parlant en effet « par occasion » de la pièce de
Hugues à Folquet de Romans, la place « vers Tan 1228, à l'époque sans
doute du départ de Frédéric II pour la Syrie », et tire de là des inductions sur
l'âge de Folquet. P. 640 il met avec plus de raison la pièce en 1202 (il fau-
drait 1201), mais il oublie de corriger expressément sa précédente erreur.
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55 6 G. PARIS
D(fol. 210-211)* H (fol. 46 a).
Nugo de bersie mandet aqtstas coblas a
faîqet de rotmans 1 pcr un ioglar qauia
nom bernart dargentau pcr prediear lui
que vendues com lui outra mar.
Bernart di me folqet qom tient a sage Bernart dimoi fauqet qem tint por saie
Qe nen pleit pas tôt son sen en folie Qe nuse pas tôt son sen en folia
Qe nos auons gnt part de nostre eage Qe nos auem gran part de nostre atge
Entre nos dos use en lecharie Eie e el usiei en leçaria
E auons ben del segle tant apris E del siegle auem ia tant apris
Qe ben sauons q chascun iorn uaut pis Qe bien sauom que çaqe ioruaut * pis
p qe fareit ben esmender sa uie Por qe ferait bon esmender sa uia
Car a la fin esfor d'ioglaria Qar ala fin es for de iuglaria
Deus qel dolor qeu p da e qeu dâpnage Dieus qiel doior qiel perde qal darratge
Dome qui uaut qnt ill ne se chastix Dome vallant satge qe nos castia
Mas tel ia qnt uoit son bel estage Mestiel ia qant uoit son bel estatge
E sa mason ben plena e ben garnie E sa maison bien pleine ben garnie
Qui ne cuide seit autre paradis Qe ne qida leit autre paradis
Nô pensez falqt biaus dolz amis Ne ni pensetz fauqet bels dous amis
Mas faites nos outramer compaignie Mes fettes nos outra mer conpaignia
Qe tôt ce faut mas deus n faudra mie Qe dieus es gran qe ne nos faudra mia
Bernart encor me faras message Bernart en cor mi diras un mesatge
A mon marqis cui am ses tricharie Albon marqes cui am ses tricharia
Qe ge li pri qu'il aut en cest uiage Qe ueingnab nos en est onrat uiatge
Que monferraz le dois dancessarie Qe monferratz li doit dansesoria
Cun autra foiz fust pduz le pais Qe autra foiz fon perdut le pais
Ne fust conras qui tant en ot de pris Ne fus qonraz 4 qe tant enot de pris
Quil ner iamais nul iorn que lom nen die Qe iamai ner nul temps car om ne dia.
Que p lui fil recouree surie Qe por lui fo recobrea soria
Ni ia dauer porter ne seit pensis
Qe sos cosis lempere freeris
Naura assez qui ne li faudra mie
Qui! lacuilli molt bel en lombardiaî
1 . Le ms. D ne contient ici aucune attribution d'auteur. C'est par erreur
qu'Éméric-David (1. 1. p. 625) dit que ce ms. attribue la pièce à Ebles d'Uissd.
Voyez sur ce point A. Mussafia, Del Codice Estensc di rime proven\ali (C.-R-
de l'Acad. de Vienne, LV, 339).
2. Grûzmacher imprime rotinans, mais il est bien probable que le ms.
porte rotmans, forme ancienne du nom de Romans.
3. Grûzmacher imprime iovuant.
4. Grûzmacher qoura^.
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HUGUES DE BER2È $57
Bernart dl me mon seignor al marquis Bernait ancor diretz al bon marqis
Que de part mei te don ce q mas quis Qe por mamor te don ce qe mas qis
Que ie ai la crois qui me deffent e prie Qe iai la cros qem repren em castia
Que no mete mon auoir en folie. Qe ne meta mon auoir en fullia.
La façon diverse dont la pièce française a été altérée dans ces
deux versions offrirait à l'étude quelques particularités intéres-
santes; je ne m'y arrêterai pas. Je remarquerai seulement qu'il
y a plus d'une variante qui ne s'explique pas par l'intervention
volontaire ou inconsciente des copistes, et qui prouve sans
doute que la pièce a passé par une transmission orale. Il en
résulte qu'il est parfois impossible de retrouver avec certitude la
leçon originale, mais cette incertitude ne porte que sur des
détails sans importance, et Ton arrive en tout cas très facilement
à restituer une forme bien française.
Bernarz, di moi Fouquet qu'on tient a sage
Que n'emploit 1 pas tôt son sen en folie,
Que nos avons grant part de nostre eage
Entre nos deus 2 usei J en lecherie ;
Et avons bien dou siegle tant apris
Que bien savons que chascun jor vaut pis ;
Por quoi feroit bon esmendeir sa vie,
Car a la fin est fors de juglerie 8
Dieusl quel dolor, quel perte et quel damage
D'orne qui vaut quant il ne se chastie !
Mais tel i a, quant voit son bel estage
Et sa maison bien pleine et bien garnie,
Qui ne cuide soit autre paradis.
Ne le penseiz, Fouquez, beaus douz amis,
Mais faites nos outre meir compaignie,
Qpe tôt ce faut, mais Dieus ne faudra mie. 16
1 . N'use dans H est moins bon grammaticalement.
2. La leçon de H serait aussi fort acceptable ; dans ces cas-là, je préfère la
leçon de D, qui parait plus voisin de l'original.
3 . Forme bourguignonne.
4. Je ne vois pas bien le sens exact de ce vers; c'est quelque chose
comme : « A la fin l'amusement cesse. » On pourrait songer à lire est jor\
desjuglerie ; le mot des juglerie n'est pas dans Godefroy , et je ne l'ai pas non
plus rencontré, mais il s'expliquerait bien comme substantif tiré de desjugler.
Toutefois je n'ose l'introduire.
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558
G. PARIS
Bernarz, encor me feras un message
Au bon marquis cui aim sanz tricherie,
Que je li pri qu'il aut en cest voiage
Que Monferraz le doit d'anceiserie ;
Que autre foiz fust perduz li païs,
Ne fust Conraz, qui tant en ot de pris
Qu'il n'iert ja mais nul tens que Ton ne die
Que par lui fu recovreie Surie. 24
Bernarz, di moi mon seignor au marquis
Que de part moi te dont ce que m'as quis,
Que j'ai la crois qui me defent et prie 1
Que ne mete mon avoir en folie.
Si on laisse de côté l'envoi, propre au ms. de Modène,
que je n'ai pas admis dans ma restitution, les circonstances
de la composition de cette pièce ne semblent pas difficiles
à déterminer. L'auteur exhorte le marquis de Montserrat à
se joindre à la croisade à laquelle il prend part lui-même. 11
l'y exhorte, non pas en allant le trouver, comme semble le
croire Éméric-David3, mais en lui envoyant, ainsi qu'à Folquet
de Romans, le jongleur Bernard 4, qu'il charge le marquis de
récompenser pour lui, en alléguant plaisamment que la croix
qu'il a déjà prise ne lui permet plus de dépenser son argent « en
folie ». Ce marquis est le célèbre Boniface II de Montferrat, et
il s'agit de la quatrième croisade. Si en effet le poète s'adressait à
Guillaume, fils de Boniface, — non pas en 1228, comme l'a sup-
posé un moment Éméric-David , puisque Guillaume était mort
en 1225, mais en 1223 (voyez plus loin), — il lui parlerait sûre-
ment de son père et de la prise récente de Salonique par Théodore
AngeComnène*, au lieu que, pour exciter le marquis à secourir
1 . Le vers de H serait ici assez difficile à remettre en français.
2. Castia de H serait peut-être meilleur pour le sens; mais em — et nie
n'est pas possible en français; en lisant quint defent et clmtie on risquerait
d'être trop archaïque.
3. Voyez ci-dessus.
4. Bernard d'Argentau, d'après la rubrique du ms. H. Faut-il lire Argentan
ou interpréter (avec M. Schultz) Argental?
5. Voyez la pièce d'Elias Cairel, Qui saubes dar tan bott conseill denan
(Bartsch, Gntndriss, 133, 11), dans laquelle il exhorte Guillaume à venger
son frère mort et son père déshérité. Quant au sanglant sirventes dans
HUGUES DE BERZÈ 559
non la Romanie mais la Terre Sainte et lui rappeler que c'est
une obligation de famille pour les Montserrat, il ne lui cite que
l'illustre exemple de Conrad de Montferrat, frère de Boniface,
au courage duquel on avait dû en effet, en I189, ^ e sd ^ ut de
Tyr et, par suite, d'une partie de la Syrie 1 .
Ce raisonnement semble aller le mieux du monde, mais il est
singulièrement battu en brèche par l'envoi propre au manuscrit
de Modène :
Ni ja <f aver porter ne seit pensis,
Que sos cosis l'emperere Fre(e)ris
N'aura assez, qui ne li faudra mie,
Qu'il l'acuiili molt bel en Lombardie.
Ici pas d'erreur possible : il s'agit de 1223. Frédéric II, empe-
reur depuis 1220 (ou au plus tôt depuis 12 15), aida en effet par
son aver Guillaume de Montferrat quand il entreprit son expé-
dition en Romanie en vue de reprendre Salonique : Guillaume
s'embarqua en janvier 1224, ayant reçu 9000 marcs de l'empe-
lequel le môme troubadour reproche à Guillaume la lâcheté qu'il montre en
ne venant pas à Salonique, je ne puis le rapporter avec Diez à l'année 1224
(Leben und Werke, p. 451), puisque l'empereur Henri de Constantinople
(f 12 16) y est mentionné comme vivant. Il appartient aux années 1208-1 2 10
et représente les sentiments de ceux des « Lombards » qui voulaient que
Guillaume abandonnât le Montferrat pour venir gouverner le royaume de
Salonique : voyez sur ces événements le livre de Henri de Valencienncs. —
La chanson où Aimeric de Peguilhan excite le marquis de Montferrat à la
croisade en lui rappelant aussi les exploits de ses ancêtres en Syrie est rap-
portée par Diez (p. 351) à l'année 121 5 ; le temps me manque ici pour recher-
cher le bien fondé de cette appréciation ; je noterai seulement que Hopf
(Boni/a^ von Montferrat, p. 25) rapporte la chanson d' Aimeric à l'année 1201.
1. M. Oskar Sdiultz, dans une de ses excellentes notices sur divers points
de la biographie des troubadours (Zeitschrift, IX, 133), — notice qu'il a bien
voulu me signaler quand le présent article était déjà rédigé, — est porté à
dater la chanson de l'an 12 13 ou un peu plus tard, quand on préparait une
nouvelle croisade, et reconnaît par conséquent Guillaume dans le marquis de
Montferrat qu'on invite à y prendre part. Mais les raisons alléguées dans le
texte me semblent exclure cette hypothèse. M. Schultz s'appuie sur ce que,
d'après lui, Folquet de Romans ne pouvait, en 1201, avoir assez d'âge ou au
moins avoir acquis une place assez élevée dans la société pour qu'un chevalier
du rang de l'auteur de la chanson s'adressât à lui en de tels termes ; mais
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$é0 G. ÊAfcIS
reur son cousin 1 , auquel il avait préparé, en 1220, le très bel
accueil qu'on lui fit en Lombardie quand il allait se faire couron-
ner à Rome 2 . Mais je ne vois pas moyen de concilier cet envoi
avec le reste de la chanson. J'ai déjà remarqué qu'il est inad-
missible qu'un poète, pour engager Guillaume de Montferrat à
aller en Romanie reconquérir le royaume de son père, d'où son
frère, le jeune Démètre, venait d'être chassé, ne lui parle que de
la Syrie et des exploits de son oncle Conrad. Je crois donc que
l'envoi commun aux deux manuscrits est seul authentique, et
que celui du ms. D a été ajouté, sans doute en marge de l'ori-
ginal de ce ms., par quelqu'un qui a voulu rajeunir la pièce
de 1201 et l'approprier tant bien que mal aux circonstances
de 1223. On peut même voir une trace de l'immixtion d'une
main peu habituée à écrire le français dans le troisième vers :
N'aura est du bon provençal, mais en français, il faudrait En
avra, ce qui donnerait une syllabe de trop. Il est vrai que l'on
peut corriger En a, mais c'est là une correction plus forte
qu'aucune de celles auxquelles donne lieu le reste de la pièce.
On verra tout à l'heure que des considérations relatives à
l'auteur de cette pièce amènent à la même conclusion.
Revenons à cet auteur. Le ms. H l'appelle Nugo de Bersit;
le nom est français comme la pièce : on sait que dans les
noms de lieu terminés en -iacum les désinences -/V, -ei, -é
se remplacent suivant les temps et les pays. On pourrait donc
hésiter entre Berzy-le-Sec (Aisne) 3 et Berzé-le-Châtel (Saône-
j'avoue que ses savants raisonnements sur les dates biographiques de Blacatz
et de Folquet me semblent laisser bien de la place à l'incertitude. M. Schultz a
d'ailleurs parfaitement reconnu qu'Uc de Bersie était le même que l'auteur
des chansons et que le croisé mentionné par Villehardouin. Il dit à tort que
la langue de la pièce adressée à Folquet de Romans est « un mélange de
français et de provençal » ; mais il ne connaissait que le texte de H.
1. Voyez Schirrmacher, Kaiser Friedrich der Zweite, t. III (1864), p. 91
2. Schirrmacher, t. II (1861), p. 16. En 121 1 déjà, Guillaume avait reçu à
Gênes le jeune Frédéric pauvre et menacé; mais l'allusion s'applique mieux
aux faits de 1220. Voyez sur les bons rapports de Frédéric et du marquis
Guillaume, à cette date et à cette occasion, la pièce 'de Folquet de Romans
imprimée par Bartsch, Chrest. prov., 4 e éd., col. 195.
3. En effet P. Meyer {Rom., VI, 19) avait proposé Berzy-le-Sec (cf.
Engelcke, p. 20) comme patrie de l'auteur de la Bible,
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HUGUES DE BERZÊ 561
et-Loire), sans une circonstance qui lève tous les doutes. Nous
voyons ici Fauteur de la chanson se préparer à partir pour la
croisade ; et d'autre pan Hugues de Berzé, auquel nous devons
le curieux enseignement connu sous le nom de « Bible au
seigneur de Berzé 1 » nous raconte, dans un passage bien sou-
vent cité, les souvenirs que, devenu vieux, il gardait de cette
môme croisade :
V. 405. Car je vi en Constentinoble,
Qui tant est bele et riche et noble,
Vis dedenz un an et demi
Quatre empereors, puis les vi
Dedenz un terme toz raorir
De vil mort
Cest donc bien le même personnage ; ce personnage est un
chevalier, comme l'atteste la particule En ajoutée à son nom
dans le ms. H, et le titre de seignor de Ber^é que lui donnent les
manuscrits de la « Bible ». L'un d'eux le qualifie même de
« chastelain », ce qui convient parfaitement à un seigneur de
Berzé, qui doit son surnom actuel à son magnifique château
féodal 2 . Dès lors il n'y a pas à douter que l'auteur, et de notre
chanson et de la « Bible », ne soit un des deux Hugues
de Berzi ou Berzé, « le père et le fils », mentionnés par
Villehardouin parmi les chevaliers bourguignons qui prirent
part à la croisade. Etait-ce le père ou le fils ? Nous donnerons
tout à l'heure notre avis sur ce point. Mais d'abord nous ferons
quelques remarques complémentaires sur notre pièce, rappro-
chée de certains passages de la « Bible ».
Il semble bien résulter de l'envoi que Boniface n'avait
pas encore pris la croix, tandis que l'auteur de la chanson
la portait déjà; nous savons par Villehardouin (§ 44) que
Boniface la reçut à Soissons un peu avant le concile tenu à
Citeaux en septembre 1201. D'autre part, si, comme on ne peut
en douter, l'auteur de notre pièce est un des deux Hugues de
Bergi (ou Bersil) cités par Villehardouin, il ne se serait, d'après
le même témoin (§ 45), croisé qu'à ce même concile, par consé-
quent après Boniface. Mais il est facile d'admettre chez Villehar-
1. On a imprimé généralement de Ber^e, mais à tort.
2. Ce château subsiste encore, à ce que veut bien me faire savoir l'aimable
et érudit imprimeur de la Romania.
Rom iuia, XVlll. 36
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562 G. PARIS
douin une erreur de mémoire : les deux Hugues en question
figurent parmi les chevaliers bourguignons; les chevaliers bour-
guignons en général se sont croisés à Citeaux en septembre 1201 :
il énumère les deux de Berzé avec les autres, sans rechercher si
l'un des deux n'avait pas, par quelque hasard, pris la croix anté-
rieurement. C'est cependant ce qui est fort probable : en effet,
d'après notre pièce, Boniface de Montferrat, quand elle fut com-
posée, non seulement n'était pas encore croisé, mais n'avait pas
pris définitivement la résolution de se joindre à l'expédition pro-
jetée. La pièce a donc dû être adressée au marquis à peu près
en même temps que, sur le conseil de Villehardouin, on lui
envoyait des messages pour le presser de venir en France, de
recevoir la croix et d'accepter le commandement de Y « ost »,
c'est-à-dire vers le mois de mai 1201. Elle a peut-être contribué,
surtout par le rappel des exploits de Conrad, à décider Boniface
à cette grande aventure, qu'il croyait devoir le conduire en
Syrie, et qui devait le mener à Constantinople, lui donner la
couronne de Salonique et le faire enfin périr (1207) sous le fer
des Bulgares.
Il résulte de l'ensemble de la pièce que Hugues de Berzé
connaissait de longue date et le marquis Boniface (cui aim san^
tricherie) et Folquet de Romans. Probablement il avait été à
la cour de Montferrat et avait pris part à ces guerres variées que
rappelle dans ses chansons Rambaut de Vaqueiras, fidèle ami
du marquis. Les v. 3-4 semblent indiquer que Hugues et
Folquet avaient été plus ou moins compagnons de vie et de
plaisirs, et qu'ils n'étaient plus tout jeunes ni l'un ni l'autre.
Tous deux avaient, d'après Hugues, usé une grande partie de
leur temps en « lecherie ». Dans la « Bible », Hugues de
Berzé fait, mais plus gracieusement, le même aveu :
D'un pechié c'on apele amor
Me prent sovent mout grant paor,
Car il est péchiez de pensser
Et de Tuevre et du remembrer......
L'opinion qu'il exprime dans sa pièce à Folquet sur le peu de
valeur et la décadence croissante du monde, il la répète dans la
« Bible 1 » :
1. Rapprochez aussi du vers 8 de la chanson ces vers de la « Bible »
(v. 833-34) : Quoi qu'on face ne quoi qu'on die, En h fin est la garantie.
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HUGUES DE BERZÉ 563
V. 3 Tant ai alé, tant ai veù
Que j'ai du siècle conneù
Qu'il ne vaut riens a maintenir....
V. 79 II soloit estre un tens jadis
Que li siècles estoit jolis
Et pleins d'aucune vaine joie :
Or n'est solaz que je i voie....
V. 93 Solaz de rire et dé chanter
Et de tornoier et d'errer
Et de corz mander et tenir,
Ce vous os je bien maintenir,
Sont mès au siècle remés tuit
V. 109 Et cil qui a cel tens perdoit
L'autre siècle, et cestui avoit,
Avoit aucun pou d'achoison
De s'ame perdre a desreson ;
Mès orendroit pert l'en celui,
Et si n'a l'en point de cestui.
Cette « joie du siècle », qu'il ne trouvait plus, devenu vieux,
dans la société de son temps, Hugues en avait largement pris sa
part quand il était jeune. Il le reconnaît dans sa chanson à
Folquet, il le rappelle avec complaisance dans son poème moral :
V. 378 Que chascuns praingne garde a moi,
Cui li siècles ot tel savor
Que je n'avoie nuit ne jor
Autre cuer ne autre pensée ;
Et quant je, qui ai tant amee
La joie du siècle, et tant l'ou,
Vueil monstrer qu'ele vaut mout pou.
Vos poez bien apercevoir
Que je m'en vois par mi le voir ;
Et si m'en devroit l'on mieus croire
Qu'un ermite ne qu'un provoire,
Que j'ai le siècle plus parfont
Cerchié et veù que il n'ont....
Et sachiez bien se je cuidasse
Qu'a la joie dou mont durasse
Toz jorz, que je l'amasse plus,
Et plus l'ai amee que nus *.
1. Et ailleurs (v. 776) : J'ai f et en ma vie Mainte oiseau et mainte folie.
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5*4
G. PARIS
Cette joie, nous dit Hugues, consistait essentiellement à faire
l'amour, à rire et à chanter; cela nous amène à parler des chan-
sons d'amour qui nous sont arrivées sous le nom de messire ou
monseigneur 1 Hugues de Bersi, Bersil, Bergi, Bargi ou Bregi, et
dont quelques-unes au moins sont certainement, comme la chan-
son de croisade et la « Bible », l'oeuvre de notre chevalier bour-
guignon. Ces chansons sont au nombre de sept, mais toutes n'ont
pas la même authenticité. Les chansons auxquelles M. Engelcke
a donné les n° 8 i, 2, 3 ne soulèvent pas de difficulté, n'étant
attribuées par les mss. à aucun autre auteur 2 . La chanson 4
(S'onkes nushotn pot dure départie) est également de Hugues et non
du châtelain de Couci, à laquelle trois manuscrits l'attribuent * ;
M. Engelcke Ta suffisamment établi, et M. Fath (que M. En-
gelcke n'a pas connu) l'avait déjà rejetée du nombre des pièces
authentiques du Châtelain 4. La chanson 5 (Lonc tens ai servi en
balance) est sans doute de Hugues plutôt que d'Amauri de
Craon; elle est fort insignifiante. « Pour les n os 6 et 7, dit
M. Engelcke, la question d'attribution doit être laissée indécise;
il n'y a de raisons internes ni pour ni contre. » Mais la chan-
son 6 n'est attribuée à Hugues que par le ms. de Berne ; deux
mss. de la famille A qui la contiennent l'attribuent l'un à
Aubouin de Sézanne, l'autre à Blondel de Nesle; pour la chan-
son 7 également, on n'a que le témoignage sans valeur du ms.
de Berne; les deux mss. de la famille A qui la contiennent
l'attribuent à Pierre de Corbie. U n'y a qu'à les supprimer l'une
et l'autre du petit bagage poétique de notre chevalier.
Les chansons qui sont bien de lui ne manquent pas d'inté-
rêt. Elles ont dû être composées dans les dernières années du
xn e siècle, et présentent cette double particularité d'être dues à
1. M. Engelcke nous dit gravement (p. 21) : « Le titre de monseigneur
lui est à coup sûr indûment donné, puisqu'il n'était ni prince ni haut digni-
taire ecclésiastique. » On voit que l'auteur est profondément versé dans
l'histoire de la société au Moyen Age.
2. Sauf 3, que le ms. de Berne donne à Gace ; on sait le peu d'autorité de
ce ms. pour les attributions d'auteurs.
3. Le ms. de Berne la donne au roi de Navarre; c'est par suite d'une
méprise ancienne mais depuis longtemps reconnue que M. Engelcke dit que
le ms. de Modène l'attribue à Moniot d'Arras.
4. Die Lieder des Castcllans von Coucy, Heidelberg, 1883.
HUGUES DE BERZÉ
56s
un chevalier bourguignon, le seul poète de cette région que nous
connaissions à cette date 1 , et d'être visiblement soumises à l'in-
fluence provençale, ce qui s'explique peut-être ici particulière-
ment par les relations que l'auteur avait eues avec Folquet de
Romans et sans doute avec d'autres troubadours, familiers des
cours seigneuriales de la Haute-Italie. La première (Ensi que
cil qui cuevre sa pesance) est une chanson d'amour ordinaire,
mais élégante. La seconde débute par cette jolie strophe, qu'il
ne faut sans doute pas prendre au pied de la lettre :
Encor ferai une chançon perdue,
Puis qu'a perdre sont atorné mi chant,
Qu'onques ne fis chançon en mon vivant
Dont mérite me soit encor rendue,
N'ainc de chanter d'amors mieuz ne me fu ;
Mais par espoir ceste avra tel vertu
Que des autres me rendra la droiture :
Si met sanz plus cest chant en aventure.
U y a deux Saint-Denis dans Saône-et-Loire ; mais il est bien
vraisemblable que l'ami auquel notre poète adresse sa chanson
est le Hugues de Saint-Denise que Villehardouin mentionne
parmi les croisés de l'Ile de France 2 . Cela nous indiquerait que
Hugues de Berzé avait composé cette chanson en France, ce qui
1. Voyez cependant mon Manuel I (2c éd.), § 107.
2. Au § 50 il figure avec Gautier son frère parmi ceux qui encourent les
sévérités de Villehardouin pour s'être embarqués à Marseille au lieu de se
rendre à Venise ; au § 7 on lit « Gautier de Saint Denise, Henris ses
frères » ; c'est une erreur. — L'envoi d'une chanson à Hugon de Saint-
Denise fait naturellement croire qu'il était lui-même poète; aussi suis-je
porté à le reconnaître, avec son frère Gautier, dans « les deux de Saint-
Denise » dont parle Gace Brûlé dans une de ses chansons :
L'interprétation de ces vers proposée par M. Jeanroy (De nostratibus poetis
qui Aquitania carmiiia imitati sunt> p. 19), qui reconnaît là Louis VII et son
fils, me parait extrêmement peu vraisemblable.
L'envoi est à signaler :
A Saint Denise envoierai mon chant
Hugon, qui soit de ma joie joians.
Chantez, Rainanz, qui amez sanz feintise,
Car laissié l'ont li dui de Saint Denise (Raynaud 6> 3).
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566 G. PARIS
n'a rien de surprenant ponr un homme qui avait beaucoup
voyagé et vu beaucoup de pays, comme il aime à s'en vanter-
La chanson 3 n'offre rien de bien remarquable; le poète y
répète sa plainte plus ou moins fondée :
Mais ainsi m'est destiné et promis
Que ja nos biens ne me voira d'amer l .
La chanson 4 est plus intéressante pour nous. Elle a été com-
posée au moment du départ de Hugues pour la croisade, et,
parmi les nombreuses pièces de ce genre, aucune ne peint
mieux les sentiments à la fois vrais et conventionnels qui se
partageaient le coeur d'un chevalier croisé au moment de quitter
tout ce qu'il aimait :
Moût a croisiés amoreos a contendre
D'aler a Dieu ou de remanoir cL
Aussi est-elle devenue célèbre et a-t-elle été souvent imprimée,
mais d'ordinaire sous le nom de châtelain de Cou ci. Cette chan-
son nous prouve d'abord que Hugues, quand il partit, était
encore jeune et amoureux, ce qui nous porte à croire que des
deux Hugues de Berzé mentionnés par ViCehardouin , c'est le
fils et non le père qui est le poète. L'envoi est notable; il doit
sans doute être restitué ainsi 2 :
Mout par est fous cil qui vait outre mer
Qui prent congié a sa dame a Taler;
1. Le ms. B. N. fir. 20050 ajoute à la fin de cette pièce une strophe qui n'a
évidemment rien a faire avec le reste ; M. Engelcke l'a imprimée <Tune façon
absolument burlesque. On en trouvera une édition plus exacte dans le livre
de M. Jeanroy, les Origines de la poésie lyrique, p. 506 (à l'avant-dermer vers
on pourrait corriger et peir forniax gcsir).
2. Cet envoi avait été omis dans toutes les éditions de la pièce, même dans
celle de M. Fath, ce qui est surprenant, puisqu'il se trouve dans le ms.
fr. x 261 S, que cet éditeur inscrit en tète des manuscrits qu'il a consultés. Il se
lit, en outre, ainsi que toute la pièce, dans un ms. du Vatican et un ms. de
Florence qui sont des chansonniers provençaux (on voit que Hugues de Berzé
était fort mêlé aux troubadours), et en outre dans un ms. harléien : P. Meyer
a imprimé ces trois versions de l'envoi dans la Rjnunû (XVII, 505). La resti-
tution donnée plus haut se fonde essentiellement sur la comparaison de ces
trois derniers textes; celui du ms. 126 15 est fort altéré.
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HUGUES DE BERZÉ 567
Mais mandast li de Lombardie en France,
Car li congiés doble la desevrance x .
Ces vers prouvent bien que la chanson a été composée pour la
quatrième croisade : ce sont les pèlerins qui se rendaient à
Venise qui passaient par la Lombardie : « Après la Pasque, entor
la Pentecoste, encomencierent a movoir li pèlerin de lor païs.
Et sachiez que mainte lerme i fu ploree de pitié al départir de
lor païs, de lor genz et de lor amis. Ensi chevauchierent par mi
Borgoigne et par mi les monz de Mongeu et par Moncenis et
par Lombardie. Et ensi comencierent a asembler en Venise
(Villehardouin, § 47) ». Les deux Hugues de Berzé étaient sans
doute alors dans leur château, et quand les pèlerins traversèrent la
Bourgogne ils se joignirent à eux et passèrent ou « Mongeu » ou
« Moncenis ». On peut croire que notre poète choisit ce dernier
chemin et s'arrêta en Montferrat; il y fit peut-être un dernier
effort pour décider Folquet de Romans à prendre place dans
le cortège du marquis, où figurait au premier rang Rambaut de
Vaqueiras. Folquet trouvait la croisade fort louable : il blâma
énergiquement, encore une dizaine d'années plus tard, ceux qui
ne partaient pas pour la Terre Sainte; mais il se garda de les
imiter, et resta paisiblement à la cour de Guillaume de Mont-
ferrat, fils et successeur de Boniface. Seulement Guillaume,
devenu marquis à la mort de son père, ne lui ressemblait guère
pour sa libéralité envers les troubadours; Folquet parlait de lui
avec amertume en le comparant à son père, et jugeait alors à
un point de vue fort positif la croisade qui avait enlevé Boniface
à la Lombardie et l'avait mené à Salonique pour y régner et y
mourir :
Et anc Lombartz tant no mes
Por pretz, qui ver en retrai,
Com fes sos paire, que fai
Gran sofrait' a nos cortes.
Cant anet en Romania,
Tenc largueza ab lui sa via;
E mal aia Salonicx :
1 . M. Engelcke annote : « C'est entre les vers 3 et 4 qu'il faut admettre la
lacune. » Il ne se doute apparemment pas de ce qu'est un envoi et croit que
nous avons là un fragment de strophe. L'envoi reproduit très normalement
la disposition des quatre derniers vers de la strophe précédente.
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5^8 G. PAMS
Tins en fâi anar mendier
E paubres per Lcmhardîa 1 !
Résumons-nous. Quatre personnages nous sont présentes par
des sources diverses, avec le nom de Huguts tk Btr^é (ou Bersié,
Bersi, Ber~il y Bergi, Bregf), et comme en rapport avec la
quatrième croisade : un chevalier qui y prit part, on poète
qui engagea Boniface de Montserrat et Folquet de Romans à y
prendre part, un chansonnier qui a dépeint ses sentiments
au moment ou il s'y rendait, un moraliste, qualifié de châte-
lain, qui dans sa vieillesse en a rappelé les péripéties, dont
il avait été témoin oculaire. Ces quatre personnages, tous
chevaliers, n'en sont évidemment qu'un seul, et Tindica-
cation fournie par Villehardouin nous permet d'affirmer qu'il
s'agit de l'un des deux Hugues de Berzé qu'il range parmi les
chevaliers bourguignons, du fils plutôt que du père. C'est donc
bien de Berzé-le-Châtel, près Mâcon, que ce poète était origi-
naire. On peut croire qu'il était né vers 1170 (son père
vers 1145), et sa « Bible », composée sur ses vieux jours, peut
être des alentours de 1225 ou 1230. Elle nous atteste qu'il ne
fut pas de ceux qui restèrent en Romanie, et que, comme Robert
de Clari, il revint en France se reposer chez lui de ses fatigues 2 .
Ce ne fut pas toutefois avant 1207 ou 1208 : il était encore en
Orient quand l'empereur Baudouin fut tué devant Andrinople,
et bien probablement quand périt dans une surprise le marquis
Boniface de Montferrat.
Cependant à ces conclusions s'opposerait, si Ton en croyait
M. Engelcke, une grave objection : l'auteur des chansons et de
la « Bible » ne saurait être le bourguignon Hugues de Berzé men-
tionné par Villehardouin 3, car il écrit en picard. Mais les argu-
1. Dicz, Leben uni Werke der Troubadours, éd. Bartsch, p. 453.
2. On peut croire que, comme beaucoup des croises de 1202, il se rendit
en Syrie avant de revenir en France. Ce qu'il dit dans la « Bible » (v. 263 ss.)
sur les abus du droit d'asile des Hospitaliers et des Templiers dans la « terre
d'outre mer » semble bien remonter à des souvenirs personnels.
3. M. Engelcke ne dit pas expressément cela, car il ne sait rien de la men-
tion de Hugues de Berzé par Villehardouin. Depuis longtemps cependant
P. Paris avait, dans son édition de la Conquête de Constant inopU, signalé
l'identité du chevalier bourguignon avec l'auteur de la « Bible » et des chan-
sons, dont il avait même imprimé un couplet.
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HUGUES DE BERZÉ S 69
ments, au nombre de trois, employés par le docteur de Rostock
pour sa démonstration ne paraîtront sans doute pas concluants
à tout le monde. Les voici : i° l'auteur des chansons n'est pas
normand, car il fait rimer ei avec oi; 2° « la rime mentit : de H n° 3
iv est impossible en bourguignon (on n'en trouve pas une seule
de ce genre dans Girart de Rossillon); 3 0 le changement de iie
en ie est, d'après Suchier, en même temps wallon, lorrain et
picard; or, comme les deux premiers dialectes sont exclus par
les considérations i° et 2°, le dialecte originaire est picard. »
Voilà encore une forme de raisonnement qui m'échappe : com-
ment le wallon et le lorrain sont-ils exclus par les considérations
i° et 2°, dans lesquelles ils n'ont pas été mentionnés?.... Sans
chercher à approfondir ce mystère, je relis la « considéra-
tion 2° », qui m'en présente un autre encore plus insondable.
D'abord à l'endroit allégué, chans. 3, str. îv, on trouve bien de
li, mais non mentit : de H rime avec ainsi, merci, parti; c'est à
la str. m qu'on trouve menti (plus chasti, ami, vi), ce qui, il est
vrai, peut valoir pour la str. iv, faite sur les mêmes rimes. Mais
ce qui m'embarrasse, c'est de savoir ce qu'a voulu dire
M. Engelcke : il imprime dans son texte, et à bon droit, menti
(il s'agit du participe), et dans sa « considération » mentit 1 :
quelle est la rime qui ne se trouve pas dans Girard de Roussillon ?
celle de -* avec -it ou celle de // avec / ? La première, on vient
de le voir, n'est pas non plus dans Hugues ; la seconde ne paraît
peut-être pas dans Girard, poème du xiv e siècle, d'un caractère
dialectal très marqué, mais cela ne veut nullement dire qu'elle
soit inadmissible chez un poète bourguignon; c'est d'ailleurs
difficile à constater, le mot //, par sa nature même, se présen-
tant rarement à la rime 2 .
Au reste, Hugues de Berzé avait beaucoup voyagé ; il compo-
sait, nous l'avons vu, des chansons à la cour du roi de France
1. Mantit dans le ms. lorrain B. N. 20050.
2. La préparation linguistique de M. Engelcke ne le rendait peut-être pas
très apte à des recherches du genre de celles qu'il entreprend ici ; toutefois on
ne peut contester qu'il n'ait sur certains points difficiles de philologie française
des vues originales. Ainsi, p. 15, il constate que le copiste du ms. 12615 écrit
c à la i r « pers. du présent pour d ou /, et pour i à la i r * pers. du parfait (a
doue , vie ', eue, soc), et il en rapproche fort à propos lue = luth dans F
Il ajoute que vaintra montre « le phénomène inverse » de / à la pis
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570
G. PARIS
ou dans les alentours, et il y avait longtemps que les poètes
courtois avaient appris à ne pas mettre dans leurs chansons de
formes provinciales, mais à parler le français de Pontoise,
comme dit Conon de Béthune. L'examen des rimes de la
« Bible » y révélerait peut-être un peu plus de particularités
bourguignonnes qu'il n'y en a dans les chansons 1 ; mais en
somme tout ce que nous avons du châtelain de Berzé est écrit,
non dans son parler local, mais en français de France.
Une édition critique 2 et complète des œuvres de Hugues de
Berzé, accompagnée d'un commentaire que la « Bible » surtout
réclame et qui en ferait ressortir l'intérêt, devrait tenter un
philologue bourguignon. Peut-être aussi, en explorant les docu-
ments d'archives du Mâconnais, y trouverait-il sur les châtelains
de Berzé quelques renseignements positifs qui permettraient de
fixer les lignes encore flottantes de la biographie de notre poète *.
et présente à ce sujet une remarque si profonde que je la reproduis dans son
texte, craignant de l'altérer en la traduisant : « Das vaintra ist jedenfalls rein
lautphysiologisch zu erklâren; die ûberhaupt unfranzôsische Konsonanten-
verbindung cr ist durch tr ersetzt, da nàchst der dentalen média die dentale
tenuis sich der labialen am besten anpasst. »
1. Pour n'en citer qu'un exemple, dans les vers de la « Bible » rapportés
ci-dessus (383-4), ou (ou 0) = habui rime avec pou (ou po) \ c'est là un trait
dialectal : le francien, comme le normand, dit oi (il est vrai qu'on pourrait
changer pou en pot, mais pou est la forme francienne). Méon, suivi par
M. Engelcke, imprime et tant b=z laudo, ce qui ne donne pas de sens satis-
faisant.
2. L'édition des chansons données par M. Engelcke est « critique » (p. 22),
et elle s'appuie en effet sur une classification des manuscrits qui paraît accep-
table ; mais, outre que la restitution des formes repose sur une fausse hypo-
thèse, le texte peut être sensiblement amélioré ; la représentation typogra-
phique est d'ailleurs très défectueuse, et les fautes d'impression foisonnent. En
outre l'auteur n'a pas utilisé tous les manuscrits.
3. Ainsi on verrait peut-être si le Jacques auquel il adresse sa « Bible »,
qu'il appelle « biaus frère, biaus amis » (v. 809), et qui avait embrassé la vie
religieuse, était réellement son frère ou au moins son parent.
Gaston Paris.
RECETTES MÉDICALES EN FRANÇAIS
PUBLIÉES D'APRÈS LE MANUSCRIT 23 D'ÉVREUX
Le ms. 23 de la Bibliothèque municipale d'Evreux, qui vient
de l'abbaye de Lire, n'est point inconnu. M. Alphonse Chassant
en a tiré le Petit vocabulaire latin-français du xm e siècle qu'il a
publié en 1857 x , et M. Omont l'a décrit récemment dans
le t. II du Catalogue général des manuscrits des Bibliothèques
publiques de France^ pp. 414-5. Il contient, dans ses derniers
feuillets, une suite de recettes médicales prématurément annon-
cées par M. Omont comme publiées dans la Romania. J'ai en
effet copié ces recettes, il y a une quinzaine d'années, avec
l'intention de les publier un jour ou l'autre , mais c'est seule-
ment aujourd'hui que je donne suite à ce projet. Je m'y décide
d'autant plus volontiers que M. Joret veut bien se charger de
l'identification des noms de plantes que renferment ces recettes.
M. Omont attribue le ms. tout entier au xm e siècle. Cette
attribution doit être rectifiée comme suit :
Le ms. se compose en réalité de trois parties. La première
(ff. 1- 148), contenant divers traités latins, est seule du xiii c siècle.
La seconde (ff. 149-62) contenant le glossaire latin-français
édité par M. Chassant et le Dictionnaire de Jean de Garlande,
incomplet du commencement 2 , est de la première moitié du
1 . Petit vocabulaire latin-français du xm e siècle, extrait d'un manuscrit de la
Bibliothèque d'Evreux, par L.-A. Chassant. Paris, Aubry, 1857. P et - in-8°,
xvj-47 pages. Une seconde édition, publiée en 1877, chez le même libraire,
contient en tout $8 pages. Quelques-unes des erreurs de la première édition
y ont été corrigées.
2. L'ordre des feuillets est interverti ; il doit être rétabli comme suit : 1 56,
155, 154, 157, 158,-161, 160, 159, 162. Le texte du Dictionnaire de Jean de
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572 P. MEYER ET CH. JORET
xiv e siècle. Enfin la dernière partie (ff. 163-7) est ^ P eu P r ^s de ^
même époque que la seconde partie, mais d'une écriture toute
différente. Dans ces derniers feuillets, la fin des lignes a été assez
souvent entamée par le couteau du relieur. Je restitue en ita-
liques les lettres qui manquent.
Ces recettes appartiennent à la médecine populaire. Je ne
pense pas qu'elles offrent un bien vif intérêt pour l'histoire de la
médecine, mais elles peuvent fournir à l'histoire des supersti-
tions quelques traits curieux (§§21, 49, 56), et au dictionnaire
de notre langue des exemples intéressants de noms de plantes.
Bien qu'écrites dans la partie de la Normandie qui correspond au
département de l'Eure, la langue en est purement française. Les
seuls traits linguistiques qui méritent d'être notés, et qu'on ne
peut cependant considérer comme ayant un caractère sûrement
local, sont la perte de Vs devant les consonnes, principalement
devant les explosives (boites 16, duquts 5, 41, tira 27, ouurs 2,
omunde 42, 55, outer 6, 29, puit 45, tantout 27, tout 37), et le
passage d'j en r dans marlle 4, merlle^ 2, 3, merle^ 36. Tour-
jours 27, pour tous jours, présente le même phénomène et se
retrouve ailleurs (voy. Romania, XV, 620).
Le nombre des recettes médicales rédigées en français qui
nous sont parvenues est très considérable. On en trouverait
beaucoup, notamment, dans les mss. exécutés en Angleterre.
Un recueil de ces documents, qui, pris isolément, ont en général
peu de valeur, serait d'une réelle utilité tant pour l'histoire de
la médecine que pour celle de la langue, surtout s'il était accom-
pagné d'un glossaire bien fait. Je n'ai nullement l'intention
d'entreprendre une telle collection, mais j'aurai d'autres occa-
sions de signaler quelques-uns des textes qui devraient y
prendre place.
Garlande commence ainsi au bas du fol. 156 recto, à la suite du glossaire
latin-français :
Unus nostrorum vicinorum tulit hodie ad vendcndura in pertica una sotutares ad laqueos en m
liripipiis ad plusculas tibialia et crural ia et crépitas femioeas et monachales.
Unus vicinorum, etc. Dicitur a vico, quod in eodero vico. — Sotular sic dedinatur : hic sotulans,
hujus sotulans, quamvis aliter dixerit illc qui composuit DcxtrinaU
Cest le § vu de l'ëd. Gëraud, le § 9 de Péd. Scheler, p. 122 de Péd.
Th. Wright. Le commentaire est celui de J. de Garlande lui-même, dont on
a de meilleurs manuscrits. Géraud et Wright reproduisent un commentaire
abrégé, assez peu intéressant. M. Scheler avait sous les yeux, dans le ras. de
Bruges, un bon texte du commentaire mOme de l'auteur: il Pa laissé de côte.
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RECETTES MÉDICALES EN FRANÇAIS 573
(Fol. 163) [1] Pour les eux qui duellent et espoignent, lavez les de iaue de
pluk, si garront. — [2] Pour les eux qui sunt usez z occurs prenez le jus
de fanueil z de rue, autant de l'un conme de l'autre, z du miel ovec, z si le
boulez tant qu'il soit espès; si le metez jus du feu; si metez enz les fielz de
.ij. oisiaus qui vivent de proie, z merllez ensemble z le gardez z metez sus les
eux, si garront. — [3] Pour la toie des eux desperâr z outer, prenez celidoine
z un pou de vin blanc z merllez ensemble z metez sus les eux, si garront. —
[4] A la face fere blanche z souez, pernez oint de porc marlle frès z abun de
euf demi cuit z destrempez *wsemble o .j. poi de poudre de baie de lorier, si
en oignez la face. — [5] Item ad id., prenez la racine de luvesce z de lis z cuisiez
ensarable duques a la tierce part, si en lavez souvent la face. — |6] Pour lan-
tilles outer, prenez sanc de lièvre, si les en oignez, si s'en iront. — [7] Encontre
ce que li hons vomit z ne puet tenir sa viende, prenez les .ij. parz de jus de
fannueil, la tierce de miel, z cuisiez tant qu'il seit espès, z ce li faites boire
soKvent, si amendera. — [8] Pour la douleur des denz, menjez cerfuel z fcxrvez
le jus. — [8] Item ad id., prenez la racine de quanelle, si la cuisiez bien en la
brese, z puis la resez du coutel z metez sus les denz tant qu'il soit froiz. —
[10] Item ad id., prenez poivre z destrempez en vin blanc, si le faites boulir z
tenez en vostre boiche. — [11] Item ad id., prenez poudre de encens z de
poivre, z destrempez en aubun de oef, z metez en .j. pou de parchemin, z
liez sus la temple de celle part ou li maus tient. — [12] Item, a la foiz
avient que li mais vient des humeurs du cors ; qui de ce veut garir boive lait
de chievre z vin blanc ovec; si se gart de chanter. — [13] Pour les orelles
sourdes, prenez le jus (v°) de mente z de aluine, si le fêtes tieve, z metez es
orelles, si garront; z se il i a vers, si destrempez le jus de mente de 1 vin
z coulez parmi .j. drap, si le faites tieuve, z metez es orelles, si garront. —
[14] A home qui a esté longuement sourt metez le jus de hieble tieve, si
garra. — [15] Pour seiche tous, destrempez semence (Tache z de fanueil en
vin blanc, si le bevez a jeûn. — [16] A la tous z au poumon malade, des-
trempez semence d'ache z d'anis de vin, si le boulez bien, z puis le metez en
boites, si en mengiez au soir z au matin .iij. cullerées tant que vous soiez
gari. — [17] Pour menoison, destrempez milfuel tant que vous en aiez le jus,
z prenez fleur de froument z en faites .j. tourtel de ce jus, si le cuisiez en la
brese z le mengez chaut. — [18] Pour sanglante menoison, bâtez milfuel z plan-
tain z frasiers , tant de l'un conme de l'autre ; si destrempez de vin rouge ou
en iaue, z li donnez a boire; si ne sera plus sanglante. — [19] Pour toutes
mennieres de fièvres médecines vraies et esprovées. Quant li mais vous pren-
dra, entrez en .j. baing z gardez que vos braz n'atoichent a l'iaue, si prenez
ierre terrestre z metez sus vostre chief z vous fetez seiner de voine, mout bon
vous sera. — [20] Pour fièvre froide, prenez lait de famé qui alete valleton ;
I. De est employé ici et aux art. 16, 18, au sens <Ten (cf. art. 10, 11, 1$,
27» etc.)
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P. MEYER ET CH. JORET
si le metez ovec .j. euf cuit z si li donnez a humer ançois que li mal le preigne.
— [21] Pour fièvre tierceine, prenez .iij. fuelles de plantein encontre le
solleil, z ditez .iij. foiz pater noster, z bevez le jus avec iaue benoîte quant vous
conmencerez a trembler. — [22] Quant li hons z la famé sunt en habitement
selonc nature, a ce que la famé conçoive, il convient qu'il ait germe en Tune
des semences ou es .ij. Se li germes est en la semence de Tomme, si engen-
derront fil , z se li germes est en la semence de la famé, si sera fille ; se li
germes est en Tune z en l'autre, si i ara filz z fille ; z si n'i a germe en laquel
[que soit] des semences, il ne pueent engendrer.
Q'omets le feuillet 104 qui est tout entier latin. Du reste,
le sujet entamé à la fin du fol. 163 paraît se continuer sans
interruption au fol. 165.)
(Fol. 165) [23] Il avient bien que auquns homes sunt de froide nature,
qu'il ne puent concorder as semences des famés, quar il convient que les
semences z li germes soient concordable z d'une chaleur, z ce est li defauz
qui est es homes, par quoy les famés ne pueent concevoir ne avoir enfanz. —
[24] Aussi aucunes f. sunt de si froide nature que quant li hons a geté sa
semence, bien soit ce qu'il i oit germe z la famé le reçoive, si ne puet elle
frutefier pour la grant froidure qui est en la matrtVg, z c'est li lieus ou la
semence doit frutefier, z cele defaute puet en bien amender par méde-
cine qui rameinent la matrice a droi/ point de concevoir z de retenir la
semence. — [2$] Item, aucunes f. sunt qui par maladie ou par nature ont la
matrice despecée, si que la semence n'i puet demourer, ainz s'an va toute
hors, ja soit ce qu'il ait germe en la semence. — [26] Item, aucunes sunt qui
ont beû aucunes herbes par maladies ou par autre manniere, et ces herbes
ont despecée la martrice (sic) si que la semence n'i puet demourer, ains
s'an va toute hors, ja soit qu'il ait germe en la semence, z en ceste defaute ne
puet on mestre aide qui valle pour faire f. concevoir. — [27] Se f. est de froide
nature et ele a la matrice tournée, mes que ce ne soit par herbes, faites patez
de coulons tubez, de maie z de femele , z metez poivre z gingambre a grant
planté, z faites .j. baing z prenez du mendegloire, du maie z de la femelle, de
l'humanité, z destrempez en bon blanc vin fort, z puis faites .j. home habiter
a la famé, z après la faites entrer en bain caudet, z l'iau chaude est de tele
nature qu'ele raferme les condiz ; z quant elle sera en baing si li donnez a
menger des patez devent diz, z l'eschaufera mout, quar li coulons est de plus
chaude nature que nul autre oisel, z li poivre et li gingambre eschaufent les
entrailles, z les (v°) humanitez du mendegloire font reprendre et reclore les rou-
tures de la matrice, z li bons vinsli donne volenté d'estre avec home ; z et quant
elle itra du baing, si soit apparellié qui abitera a lui tantout conme ele sera ou
lit ; z se el veust rantrer ou baing, si i rentre, car bon est, mes qu'elle ait
tourjours qui abitera a lui a l'essir ; z face ainsi par .iij. jours; z use tele
viande z tel boivre, mes qu'il ait une heure entre .ij., z ainsi pourra conec-
RECETTES MÉDICALES EN FRANÇAIS 575
voir z avoir enfanz. Et tout ce doit fere li honz qui est de froide nature, mès il
ne doit pas mètre en son boivre de la femelle du mendegloire , car elle ne li a
mestier ; z einsi porroit avoir enfanz. — [28] A ceus qui ne pueent tenir leur
orine : boivent cervelle de lièvre o vin. — [29] Pour ou ter les vers du ventre,
cuisiez en iaue ou en cervoise le tendrun de fresne, si fêtes boire au malade,
si morront li vers. — [30] Item ad id., pren le jus de poriaus r levain, si
en fai .j. tourtel pesant une livre z le cuis en l'atre,si le menjue. — [31] Pour
esvertin du chief, prenq; le fiel du lièvre z miel z triblés ensemble tant qu'il
soitausin conme arsille, si en oignez le front z les temples. — [32] It., au...
ne z miel triblés ensemble, z deffaites de vin aigre, z li àone\ a boire, si garra.
— [3 3] P° ur k douleur du chief, prenez rue, si lisiez bien en fort vin aigre,
si boive, si garra. — [34] Pour la douleur des orelles, prenez le jus du seûz
ou de mente, si le mefcç dedans, z ce ocit les vers. — [35] Pour la seiche
tous, prenez semenct d'ache z de fanueil, si le triblez bien, si le bevez deffait
de b.... — [36] Pour la tous z pour le poumon, prenez semence d'ache z d'anis,
si le merlez o grant planté de vin , si le faites boulir ou feu tant qu'il soit
bien espès, si en mengiez au matin .iij. cullerées et (Fol. 166) .iij. au
soir. — [37] Pour la douleur z pour Tespurgement du piz, prenez la
primerolle du bois z triblez bien z metez en .j. pot eschaufer, z si tout
conme ce sera chaut, si faites une fosse en terre, si i metez le pot z le couvrez
bien, z le leissiez .ix. jours et .ix. nuiz; si le bevez au matin froit z au soir
chaut. — [38] Pour enfleùre de ventre, prenez rue, si la triblés, si la destrempez
bien de vin, si li donez a boire souvent. — [39] Pour rancle, prenez aluine,
tanoisie z miel, z triblez ensemble, z metez sur le mal. — [40] Pour le félon
qui naist par boces, bevez plantein ou morel z metez le pastel sus. — [41] Pour
le fondement qui va hors, prenez ierre terrestre rouge, si la metez en .j. pot,
si l'emplez de vin, z le cuisiés bien duques a la tierce partie, z li donnez a
boire au matin froit z au soir chaut. — [42] Pour outer le mal du cuer z le
venin, prenez omùde z gruel de avoine z triblez tout ensemble, z cuisiez en
burre tant qu'il soit bien cras, si en mengie^ chascun jour au matin z au soir.
— [43] Pour palazine, prenez la racine de vetoine, si la triblés et destrempez
de vin, si li donez a boire par .ix. jours en croissant, et .ix. jours en decours.
— [44] Pour ydropisie, prenés le couvin de freumiz plaine une boite , et fêtes
.j. baing, si i xntte\ le couvin ovec frès sein de porc, si en oignez le malade
après le baing. — [45] Pour mesellerie prenez .ij. tuilles chaudes, si les vatte\
en une cuve, si l'encourtinez bien si que l'aleine n'en puit issir, si s'i tiengne le
malade tant comme il porra soufrir. — [46] Pour ranck qui tient dedans le
cors, prenés .iij. testes de harens sors et .j. pou de sauge, si triblez tout
ensemble et destrempez de vin, et puis le colez et li donnez a boire. — J ; 7 J Pour
raancle des eux, prenez milfuel et metez... en vin blanc .j. jour,
broiez bien et prenez le jus, et metez es (t«) eux z le pastés sus, si garra. -
— [48] Pour fièvre quarteine, prenez le blanc vif de buef , si en tre<
mêliez oveques wille de olive, si en oingnez les temples au malade et le piz,
si garra. — [49] Pour toutes fièvres, prenez le vetoine et le triblez bien et
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576 p - MEYER ET CH. JORET
«^estrempez de iaue, et li donnez a boire a jeun par trois jours ou par .iiij. —
£4.5] Pour le fy qui est ou ventre tout vif, prenez .j. pierre que l'en apele
riagual, que cil especier vendent, si aluraez .j. feu de charbon cler, et puis
rnetez cele pierre en ce feu tant que ele soit bien rouge, et puis la prenez et
metez tremper en bon vin aigre tant que ele soit refroidie, et que vous la
puissez remetre ariere ou feu, et ensit fêtes par .ix. foiz, et après la broiez
en -j- mortier, et prenez le jus de grains de hyerre et mêliez oveques, et
donnés a boire au malade .j. cullerée chascun jour duques a trois jours. —
[4*>3 ^ ^ ame ^ tt^^k d'anfant, prenez la racine du pioine, si la secheiz et
fêtez poudre, si li en donnez a boire en vin, si enfantera. — [47] A celés qui
ont mort enfant es ventres, prenés la racine de la blanche vigne fourmentel,
si la metez a sa nature, si enfantera l'anfant mort. — [48] Item, pernez du
poulieul vert .j. poingnée, si triblez o vin et li donnés a boire. — [49] Pour
savoir se la famé peut concevoir fe[tez] la pissier sur le uialve par .iij. jourz :
se ele remaint vert et vive, el'est brehaigne ; se ele est morte si pourra conce-
voir. — [50] A memeles enflées por trop Ut prenez lie de vin aigre 0 cire
vierge, si metez sus. — [51] Item, bonne médecine pour chancre : prenez miel
et poivre et vin aigre et sel et mêliez ensemble, si en fêtes emplastre o farine
de segle, et metez sus duques a .... jourz. — [52J Item, prenez le poivre et
le sel et triblez ensamble et destrempez [en] vin aigre et tenez tout chaut en
vostre bouge (sic), mout vous profitera, mès gart que n'avale en la gorge. —
[53] P° ur cursonI P renez ^ e fromage viez, si le cuisez en fort vin aigre en .j.
paiele de fer, si le mengez. — [54] A refouleûr[e], prenez le chapel au teigneus
et concire et hiebles et les frisiez en seïn de mouton, si le metez entour le mal
tant comme mesùer sera. — [55] Bon bevrage pour quasseûre: prenez confire,
omunde, consoude, (Fol. 167*) senicle, barbeleuse, avance, anemoine et
garence et autant conme de toutes les autres et cuisiez en vin. — [56] A home
délivrer d'envouteùre, emplez un vessel de vin , et dites : Exorcizo te vinum
per illum qui in Chana Gallilee limphas convertit in vinum, qui mare rubrum
nliis Israël emisit atque per centum .xliiij. millia.... de terra, et per .ix. ordines
angelorum, et per .x. verbera legis et per quinque libros Moysi et per .iiij.
evangelistas et per sanctam Mariam matrem Domini nostri Jhesu Christi
plonc en ymages ou en clous ou en quelque manière cest hom ou ceste
famé est envouture ; et cele mesme fourme et cele mesme semblance nous
démontre Christus imperat.
Suit, d'une main un peu postérieure :
Cel livre est a Guill. Ducreux : qui Pemblera pendu sera.
1. Le même que corsoti « flux de ventre ». Voy. Tex. cité dans Du Cange
à la fin de l'art, continuare.
2. Le haut du feuillet est très taché; plusieurs mots sont devenus illisibles.
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RECETTES MÉDICALES EN FRANÇAIS
S 77
Le reste du feuillet contient le commencement du Pseudo-
Caton d'Adam de Sueil (voy. pour d'autres copies, Romania, I,
Seigneurs, ains que je vous conmans
Espondre Chaton en romans,
Vons veul deviser les sentences
Dont nostre mestre sont en tences,
Quer li huns dient a délivre
Que cil Chaton qui fist che livre
Ce fu un mestre moult sénés,
De la chité de Rome nés.
Ache 1$, 16, 35, 36, Apium graveoiens L. L'ache, suivant Dioscoride
(De medica materia, lib. m, cap. 67), est diurétique et calmante ; elle apaise
les inflammations d'estomac et de poitrine, et chasse les flatuosités; elle était
aussi considérée comme antidote.
Aluine 13, 39, absinthe 1 . L'absinthe était un des remèdes les plus usités
de l'ancienne pharmacopée; Dioscoride (pp. latid., lib. ni, cap. 24) la regarde
non seulement comme apéritive et digestive , mais encore comme purgative
et diurétique, il la conseille dans la jaunisse, contre les morsures des animaux
venimeux, les contusions et les inflammations, ainsi que dans les maladies
d'yeux, d'oreilles et de dents, etc.
Anemoine 5$. Sans doute la coquelourde (Anémone pulsatilla L.), plante
âcre, vésicante et corrosive, dont l'extrait a été employé contre l'amaurose et
la paralysie.
Anis 16, 36. L'anis (Pimpinella anisum L.), d'après Dioscoride (op. îaud.,
lib. m, cap. 58), est calmant et diurétique.
Avance 55. M. Godefroy cite deux exemples iïavcnce qu'il traduit par
« ochrome », nom d'un genre de malvacée, originaire d'Amérique, et dont,
par suite, il ne peut être question au moyen âge, puis par pied-de-lièvre, en
s'appuyant sans doute sur Wright, A Volume of vocabuïaries, p. 139 : « avancia,
avence, harefoot. » Mais le mot pied-de-lièvre désigne en français le « trèfle
1. [Prov. ÀiuiSNES (Flamenca, w. 3075, 3088), aloxinum dans Anthimus,
De observatione ciborum, epistula ad Iheudericnm regem Francorum, éd. V. Rose,
§ 15, et cf. l'index de l'éditeur, à ce mot. — P. M.]
Romania t XVIII. 27
209; VI, 20; XVI, 59) :
Paul Meyer.
GLOSSAIRE DES NOMS DE PLANTES
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57«
P. MEYER ET CH. JORET
des champs » ; c'est une tout autre plante , la « benoîte des villes » (Geum
urbanum L.), que désigne, d'après Britten et Holland {A Diciionary of english
plant-nomes, vol. II, p. 241), le vocable anglais harefoot. Amère et astringente,
la racine de la benoîte est un succédané du quinquina; Pline (Hist. natur.,
1. xxvi, chap. 21) la recommande pour les douleurs de poitrine et de côté.
Barbeleuse 55. Je ne connais pas de plante de ce nom ; on m'a indiqué,
dans PEure, sous le nom de barbillette, le Sedum acre L., plante employée
autrefois comme détersive sur les plaies de mauvaise nature; serait-ce la
barbeleuse de notre traité ?
Celidoine, 3, Téclaire (Chclidonium majus L.), plante âcre et caustique;
son suc détermine le vomissement ; on remploie pour faire passer les verrues
et étendu d'eau contre les ophthalmies. Les anciens l'employaient non seule-
ment dans les maladies des yeux, mais pour le mal de dents, ainsi que contre
les ulcères et les morsures de serpents.
Chapel au teigneus 54, la bardane (Lappa tomentosa L.), appelée aujour-
d'hui encore capé tégneû ou tagneû dans le pays d'Auge et le Roumois, herbe
aux teigneux dans le pays d'Ouche et le Vexin. (Cf. Flore populaire de la
Normandie, p. 115.) Fortement amère et sudorifique, cette plante est quel-
quefois encore employée en tisane contre les rhumatismes et les affections
chroniques de la peau.
Concire 54, consoude. (Voy. les deux articles suivants.) La forme œncirc
se trouve dans la Maison Rustique et Rembert Dodoens. J'ai relevé la forme
concierge dans le Calvados.
Confire 55, consoude, autre forme de confère l . (Voy. l'article suivant.)
Consoude $5, consoude {Symphytum officinale L.), appellée aussi confirme,
confière*. (Cf. Flore populaire de la Normandie , p. 136.) La racine de cette
plante est mucilagineuse et émolliente, en même temps qu'un peu astringente;
on l'emploie en décoction contre la diarrhée ; réduite en poussière, elle sert â
cicatriser les plaies et est bonne contre les brûlures.
On est surpris de rencontrer, dans la même recette , ce mot à côté de celui
1. [M. Godefroy cite plusieurs exemples de confire qu'il traduit, d'une
façon peu compromettante, par « sorte de plante ». Entre les exemples cités,
l'un est tiré des Dialogues français-flamands, composés au xrv« s. par un maître
d'école de Bruges, publiés (Paris, Tross, 1875) par M. Michelant. On y lit au
feuillet B verso, les mots transcrits inexactement par M. Godefroy : « Mente
confire de (lis. et ï) graine, » qui sont rendus en flamand par « mente, coffelie
ende greinen ». — P. M.]
2. Dans un Fragment de recettes médicales en langue d'oc, publié par M. Ed.
Bondurand dans la Romania, XII, 100-104, il est question de deux espèces de
consoude, la « consolida mager e menre » ; mais l'éditeur a réuni ces deux
espèces sous le nom de Symphytum officinale L., borraginée dont il a, par
inadvertance, fait une plante de la famille des Atriplicées.
RECETTES MÉDICALES EN FRANÇAIS 579
de confire, puisque confire est un des noms vulgaires de la consoude ; on ne
peut expliquer leur présence simultanée qu'en admettant qu'il s'agit ici de
deux plantes différentes. Or le Livre des simples distingue trois espèces de
consoude, la grande, la moyenne 1 et la moindre ou petite. La grande est le
Symphytum officinale, la confire probablement. La moyenne est le Sympbytum
tuberosum L. ou bulbosum Schimper, espèces inconnues en Normandie :
serait-ce la concire? Quant à la moindre ou petite, c'est la brunelle (Brunella
vulgaris Mcench) qu'on désignait d'ordinaire ainsi, et parfois aussi la petite
pâquerette (Bellis perennis L.). Cf. Giulio Camus, L opéra salernitana circa
instans, p. 56 et 57. Il semble bien que ce soit la brunelle qui est désignée
ici sous le nom de consoude; cette plante, comme la petite pâquerette d'ail-
leurs, est aujourd'hui absolument sans usage en médecine.
Fanueil 2, 15, 35, fannueil 7, fenouil (Fœniculum officinale L.), plante
aromatique et excitante. Dioscoride {De medica materia, lib. m, cap. 74) en
recommandait déjà le suc extrait des feuilles et des tiges pour les maladies
d'yeux.
FOURMENTEL, VOy. VlGNE.
Fresne 29 (FraxinusexcelsiorL.). Dioscoride recommande le jus des feuilles
du frêne contre la morsure des vipères et, suivant lui, la cendre de Pécorce
brûlée et délayée dans de l'eau guérit la lèpre. Le Livre des simples, de
Modène, dit encore que l'écorce et la « semence » de cet arbre « vaillent pour
médecine »; aujourd'hui le frêne n'est plus considéré comme médicinal.
L'ancienne pharmacopée ne lui a sans doute fait une place si grande que
parce qu'il a été un arbre mythique. Cf. Kuhn, Die Herabkunft des Feuers,
p. 229.
Garence 9. H est à peine besoin de dire qu'il s'agit ici de la Ruina tincto-
rum L., plante dont la racine fournit une matière colorante autrefois très
employée, mais qui n'a aucune propriété médicinale. Dioscoride (op. laud.,
lib. iv, cap. 151) en regarde la racine comme diurétique, il la recommande
aussi contre la jaunisse et dans les maladies de la rate, et il la prescrit en
infusion contre les morsures de vipères.
Hièble 54, Sambucus ebulus L. Les diverses parties de cette plante sont
employées comme purgatif dans les hydropisies et les rhumatismes. Dioscoride
(op. laud., lib. rv, cap. 168), qui la regarde à la fois comme rafraîchissante et
astringente, la recommande aussi, comme le sureau d'ailleurs, contre la
morsure des vipères. Voy. l'art. Seûz.
Ierre 45, Hedera Mix L.; son fruit purgatif et vomitif est aujourd'hui peu
usité. Dioscoride (op. laud., lib. 11, cap. 171) en recommande le suc contre le
mal de dents et les affections du nez.
Ierre terrestre, 19, 40, la Glechoma hederacea L., petite labiée à fleurs
1. On a parfois regardé la bugle (Ajuga repians L.) comme étant la
consoude moyenne.
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58o
P. MEYER ET CH. JORET
d'un violet clair, qui s'épanouissent dès le commencement du printemps; elle
est employée en décoction ou infusion comme tonique et pectorale. Dioscoride
(lib. rv, cap. 121) la recommande contre la jaunisse.
A Fart. 41, je ne sais pourquoi le lierre terrestre est qualifié de « rouge ».
Luvesce 5, la livèche (Levisticum officinale L.). Le Livre des simples, de
Modène, mentionne cette plante sous le nom de liviesebe, du reste sans en
indiquer l'emploi 1 . La livèche a des propriétés analogues à l'angélique
(A. archangelica L.), mais moins développées; sa racine est tonique et son fruit
stomachique.
Mendegloire 27, mandragore (Mandragora officinalis L.), plante de la
famille des solanées, aussi dédaignée aujourd'hui qu'elle était célèbre autre-
fois; la ressemblance grossière de sa racine, épaisse et souvent bifurquée,
avec le corps humain, a été le point de départ de la légende qui s'est formée
autour d'elle. Pythagore, dit Dioscoride (De medica materia, lib. rv, cap. 74),
lui avait donné le nom d'àvOpojTcdçopoç , et Columelle, à son exemple,
l'appelle plante semi-homme. D'après le môme Dioscoride, il y avait deux
espèces de mandragores, la mâle et la femelle ; la première avait la racine
blanche, la seconde noire, avec des feuilles plus petites et semblables à celles
de la laitue. Toutes deux, dit encore le botaniste grec, étaient acaules et
portaient des fruits piriformes, que Pline (Hist. nat., lib. xxv, cap. 94) com-
pare à des avelines. Le suc extrait de la racine ou du fruit, ainsi que des
décoctions de la racine dans du vin, était employé comme narcotique et
anesthésique ; il servait aussi de vomitif et de purgatif, suivant Dioscoride , et
était usité , mêlé à d'autres remèdes , dans les maladies d'yeux. Mais c'est
une autre propriété qui rendit la mandragore célèbre au moyen âge.
Dioscoride, suivi par Pline, dit qu'on donnait à cette plante le nom de
Circée, parce qu'elle était employée dans les philtres amoureux. Cette vertu
érotique prétendue fut désormais la seule qu'on attribua â la mandragore, en
même temps qu'on en fit une plante de moins en moins réelle. Le Plyysioiogus
(cf. De Gubernatis, La mythologie des plantes, II, 254) y voyait un arbre qui
croissait en Orient, près du Paradis, et dont les éléphants allaient manger les
fruits au moment de s'accoupler. Cette vertu fécondante existait surtout dans
ce qu'on regardait comme les parties sexuelles de cette plante-animal, ce qui
est, je crois, appelé ici ses « humanités ».
Mente 13, 34, sans doute la Mentlxt sativa L.; amère et aromatique, cette
plante est employée, avec plusieurs espèces congénères, en particulier la
piperita, comme stomachique et cordiale.
Milfuel 17, 18, 47, millefeuille (Achillea millefolium L.), plante amère,
aromatique et tonique, mais aujourd'hui â peu près sans usage.
1. [Dans mon rapport sur les mss. de Glasgow (Arch. des Missions, 1867,
p. 1 56, tiré â part; p. 123), j'ai lu « Hec limestica, limesche », mais c'est sans
doute une faute pour « luvestica, luvesche ». — P. M.]
RECETTES MÉDICALES EN FRANÇAIS
58l
Morel 40, le Solanum nigrum L. La morelle est vireuse et narcotique ; son
suc est employé à l'extérieur pour faire disparaître les dartres rebelles.
Dioscoride (op. ïaud., lib. iv, cap. 69) la recommande en particulier pour les
maux d'oreilles et d'yeux.
Omunde 42, 55, Osmunda regalis L., la plus belle fougère de France,
cultivée fréquemment dans les jardins comme plante d'ornement; elle est
amère et astringente.
Pioine 46, la pivoine, vulgairement piorne, piône (JPaeonia corallina ou
officinalis L.), considérée autrefois comme spasmodique.
Poulieul 48, pouliot (Mentha (nilegium L.), plante employée contre
l'asthme. Le Livre des simples en distingue deux espèces, le poulieul mâle et
le poulieul femelle ; mais il ne parle pas du poulieul vert.
Primerolle 37, primevère {Primula officinalis L.); ses fleurs sont encore
aujourd'hui employées en infusion comme béchiques.
Qjjanelle 8. La cannelle est l'écorce desséchée, non la racine, du cannellier
(Laurus cinnamomum L.), arbre originaire de l'Inde ; on ne comprend donc
guère qu'il puisse être question d'en faire « cuire la racine en la braise ».
Rue 2, 38, Ruta gravedlens L., vulgairement « rue des jardins », plante à
odeur forte et fétide, à saveur âcre; elle est vermifuge et ses feuilles sont
employées dans la chlorose. C'était un des remèdes végétaux les plus usités
de l'ancienne pharmacopée. Dioscoride (lib. in, cap. 47) la conseille dans
presque toutes les maladies.
Sauge 46, sans doute la Sdlvia officinalis L., cultivée encore aujourd'hui
dans les jardins de tous les paysans normands; excitante et tonique, elle est
employée en médecine pour favoriser la transpiration. Dioscoride (lib. in,
cap. 3 5) la regardait comme diurétique et vulnéraire.
Senicle 55, sanicle (Sanicula europaea L.), pente plante des bois, de la
famille des ombellifères, utilisée de nos jours encore comme résolutive et
vulnéraire.
Seûz 34, sureau (Sambucus nigra L.); les rieurs de cette plante, appelée
aujourd'hui encore seû dans une grande partie de la Normandie, sont
employées en infusion comme sudorifiques et résolutives; les baies, l'écorce
et la racine sont purgatives. Dioscoride (pp. laud., liv. iv, cap. 168) préconise
aussi le sureau contre les morsures des vipères et des chiens enragés.
Tanoisie 39, tanaisie (Tanacetum vulgare L.), plante tonique et vermifuge.
Vetoine 49, bétoine (Betonica officinalis L.) — Vettonica dans Pline. Cette
plante amère et légèrement aromatique passe pour tonique ; mais les hommes
du moyen âge lui connaissaient bien d'autres vertus; c'était Esculape lui-
même, disait-on, qui l'avait découverte, et elle n'avait pas moins de 46 ou
47 propriétés médicinales différentes. Cf. Romania, XVII, 339 et 345.
Vigne blanche fourmentel, 47, la bryone, a;x-c}.o; Xvj-at^ Diosc. Vilis
alba Pl. (Bryonia dioîca L.). Sa racine grosse et pivotante, qui lui a fait donner
le nom de « navet du diable », est un purgatif violent, employé contre les
hydropisies, les rhumatismes et la paralysie. La bryone est un des végétaux qui
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P. MEYER ET CH. JORET
occupaient la plus grande place dans la pharmacopée des anciens ; ses feuilles,
ses graines et sa racine étaient également employées, soit en décoction, soit
en emplâtre; le suc de la racine guérissait la gale et la lèpre; on donnait les
feuilles en infusion contre l'épilepsie et les vertiges ; enfin cette plante était
diurétique et passait pour faciliter les accouchements. Cf. Dioscoride, op. lauà.,
liv. iv, cap. 176.
Il n'y a pas de difficulté sur l'identification de la vigne blanche et de la
bryone, mais que signifie l'épithète fourmentel qui est ici donnée à cette plante
et que je n'ai vue nulle part ailleurs jointe à son nom? Ce mot, d'après Littré
et Godefroy, sous la double forme fromental et jormenlal, veut dire a de » ou
« à froment » ; on appelle aussi fromentél ou jormentd une espèce d'avoine
(Avena elaiior L.) qui croît dans les champs, et fromenteau — anciennement
fromentél — une excellente espèce de raisin produit par la vigne fromentél; il
n'y a là rien qui explique le surnom de la vigne blanche ou bryone; cette
plante croît dans les haies et non dans les blés ; ses fruits sont insipides ; ce
surnom lui aurait-il été attribué parce que sa racine, toute nauséabonde
qu'elle est, peut donner une farine analogue à celle du froment ?
Ch. JORET.
COMPTES-RENDUS
Précis de phonétique française, ou Exposé des lois qui régissent
la transformation des mots latins en français, par E. Bourciez, maître de
conférences à la Faculté des lettres de Bordeaux. Paris, Klincksieck, 1889,
in-18, xn-123 p.
M. Bourciez a voulu fournir une base sûre, quoique élémentaire, à l'étude
historique du français, qu'on essaye d'introduire dans l'enseignement classique,
et qui a donné prétexte à la fabrication hâtive d'ouvrages déplorablement
insuffisants. Il a dans l'ensemble parfaitement réussi. Son petit livre sera un
manuel commode pour les étudiants, un répertoire, dans sa brièveté, utile
pour tous. M. B. est un esprit clair, ferme et précis ; il ne prétend pas faire
ou du moins communiquer ici de découvertes : il se borne à exposer les lois
établies par « l'école de philologie romane fondée par Diez » ; mais il les
expose en homme fort intelligent, au courant des progrès les plus récents de
la science, et qui a compris dans son ensemble le système dont il présente
isolément une partie. Il sait en outre très bien discerner ce qui est essentiel de
ce qui est accessoire, et dégage les points dominants de discussions longues et
compliquées. On voit facilement en le lisant qu'il en sait beaucoup plus qu'il
n'en dit, et c'est la condition indispensable pour faire un bon livre élémen-
taire. Enfin il n'a aucun égard pour la routine, et il emploie très simplement
et très opportunément les expressions les plus adéquates, les formules les plus
nettes, sans se demander si elles ont déjà cours dans le milieu où il veut faire
pénétrer son enseignement. Bref, je ne puis que recommander ce petit livre
et lui souhaiter le succès qu'il mérite. C'est pour aider l'auteur à l'améliorer
que je lui soumets les quelques remarques suivantes.
La première est d'un caractère général et préliminaire. Le titre et le sous-
titre ne cadrent pas. Une « phonétique française » est avant tout une analyse
des phonèmes qui composent la langue française : l'origine et les transforma-
tions de ces phonèmes n'en forment qu'un chapitre, et il n'est pas exact de
considérer comme synonymes la a phonétique française » et l'exposé des lois
qui régissent la transformation des mots latins en français 1 . Dans ce second
titre môme, je regrette l'emploi du vocable a mots » ; ce n'est pas la transfor-
1. Le même manque de précision se retrouve, quoiqu'un peu atténué par
le développement, dans la réfutation donnée p. xi.
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5 «4
COMPTES-RENDUS
mation des mots, c'est celle des phonèmes que Fouvrage expose. Ce sont là
des minuties, mais M. B., je l'ai dit, est un esprit précis : il reconnaîtra
qu'elles ont leur importance, et que pour bien mettre ceux qu'il veut initier à
une doctrine toute scientifique dans l'état d'esprit voulu , il faut , dès le seuil,
les habituer à la propriété stricte des termes et à leur emploi réfléchi.
Je mêlerai maintenant des remarques de détail à quelques observations
d'une portée générale. Sur plus d'un point concernant l'ordre adopté, je
pourrais différer d'avis avec l'auteur ; mais la discussion m'entraînerait trop
loin. P. 5 (et passitri), je m'étonne qu'il adopte pour Ve féminin la dénomi-
nation d' « e muet ». Que peut bien vouloir dire un a e muet de soutien »?
Ailleurs (p. 94, 99) on nous parle de consonnes conservées « à l'état muet » ;
cela n'a vraiment pas de sens, et appelle l'attention sur un défaut que M. B.
n'a pas, à beaucoup près, assez soigneusement évité, bien qu'il en ait eu
l'intention, je veux parler de la confusion de la langue et de sa notation pré-
tendue orthographique : le phonétiste doit naturellement ne considérer que la
langue réelle , et rejeter en note , s'il y a lieu , les apparences décevantes que
donne aux phonèmes leur représentation par l'écriture. — P. 7» note, « l'i
[de papilione, etc.) ne compte plus en latin pour une syllabe » : il faudrait :
« en latin vulgaire. » — Ib., en admettant que monasterium fût devenu
monistarium', cela n'expliquerait pas mostier, car une voyelle entravée ne
tombe pas : il faut, ici comme pour mestier de ministerium, admettre en
latin vulgaire mosterium, misterium, qui restent à expliquer 3 . — Le
tableau des voyelles du français, donné p. 10, est incomplet en ce que a et œ
tout comme e et 0, et à la différence de m, ù, i, sont susceptibles d'être
ouverts ou fermés (bat, bât; fleur, peu); en outre il ne représente pas les
rapports des voyelles dans l'échelle tonique et présente m, intermédiaire entre
u et i, comme en étant très éloigné. Le meilleur tableau, celui du moins que
j'emploie depuis longtemps et qui me paraît aussi pratique que sommairement
exacte, est celui-ci *.
1. M. B. cite les substantifs latins à l'ablatif; j'ai aussi employé ce procédé;
mais il est barbare pour ceux de la 4 e déclinaison ; je préfère garder l'accu-
satif, étant bien entendu que m est muette.
2. J'ai déjà proposé pour le second une confusion avec mysterium.
3. Il est inexact en un point; il a l'air de mettre œ et ù sur le même degré
de l'échelle tonique que a, tandis qu'ils sont sensiblement plus hauts.
4. Outre les avantages indiqués ci-dessus, il a celui de représenter à peu
i
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bourciez, Précis de phonétique française 585
— P. 15, les phases de la nasalisation en français devraient être brièvement
exposées, et ce phénomène si important devrait être expliqué. — P. 19, à
l'alinéa b) du § 23, devant et derrière me paraissent bizarrement employés. —
Ib., § 24, en quoi le premier e de meilleur est-il influencé par le ;? L'i de
meilleur ne sert qu'à marquer 17 mouillée. Dans traiter et même maisons on
pourrait également contester cette influence, ou du moins en mettre en relief
la date récente. (Sur plate a voy. plus loin). — P. 21, dit et bénin sont rap-
portés sans aucune réserve à dïcto, benigno; mais ne faudrait-il pas faire
remarquer qu'en latin classique IV de dictum était bref, et qu'il n'est devenu
long en gallo-roman que par analogie? Quant à bénin, malin, ce sont des mots
savants; 17 latin était sans doute bref. — P. 22, l'explication de l'évolution de
IV n'est pas bien sûre; qui prouve que et en a.-fr. était èiï — Ib., il aurait
fallu ajouter les mots en -eil aux mots en -ein comme ne passant pas à oi. —
P. 23 : « Dans le mot femme, e a pris exceptionnellement en français le son
de a (dès le xne sièle). » Cet « exceptionnellement » aurait dû arrêter M. B.,
qui déclare dans sa préface que « les lois de la phonétique peuvent être posées
d'une façon aussi rigoureuse que celles de la physique ou de la chimie » ; que
« leur action est constamment uniforme, c'est-à-dire qu'étant donnés plu-
sieurs mots où se faisait entendre en latin un même son, ce son dans les
différents mots français correspondants s'est toujours répercuté d'une façon
identique 1 ». Ce sont de fort beaux principes à proclamer, mais il est bien
difficile de s'y conformer, surtout dans un livre élémentaire ; aussi le nombre
des « exceptions » est encore assez grand dans le livre de M. B., qui, d'après
ces principes, ne devrait naturellement pas en contenir une seule (sauf celles
qui sont produites par l'analogie). Ici, à coup sûr, on pouvait s'en passer;
femina est devenu fente aussi régulièrement que vendereest devenu vendre,
et il est plus tard devenu famé par le procédé fort connu de la dénasalisation.
— P. 24, § 33, Faction du / dans l'évolution de picem, cerevisia, etc.,
n'est pas nécessaire ; IV y aurait donné à lui tout seul ei, puis oi. — P. 26,
l'explication de cire par cidre est très vraisemblable; mais il est peut-être
hasardé de dire que « le c initial dégage un jod » ; car alors pourquoi n'a-t-on
pas cierfet même cierise} — lb. y la règle donnée au § 38 et l'exception indi-
quée à la remarque I ne sont pas suffisamment conciliées. Il est vrai qu'il
fallait, pour le faire, entrer dans un détail inusité ; mais cela aurait mieux valu
que de laisser subsister une contradiction qui déroute le lecteur. — P. 30 :
« L'assourdissement (?) d'à tonique libre en e s'est produit au ix« siècle,
près la place de la formation des voyelles dans la bouche, et de séparer nette-
ment du groupe a, e, 0, œ les trois voyelles extrêmes qui ne sont pas suscep-
tibles d'être ouvertes ou fermées et qui sont très proches des consonnes
/, ^.
1 . Cette rédaction laisse à désirer : ici encore ce n'est pas des mois qu'il
s'agit. Il fallait dire qu'un même phonème latin, placé dans les mêmes condi
tions, est représenté par un même phonème français.
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COMPTES- RENDUS
c'est-à-dire dès l'origine même de la langue. » Qu'est-ce que cela veut dire?
En quoi le rx« siècle est-il le temps de « l'origine de la langue » plus que le
v«, le vue ou le xi«? M. Bourciez est un esprit trop réfléchi pour confondre
avec un fait linguistique la circonstance purement accidentelle qui fait que le
plus ancien texte écrit en latin vulgaire du nord de la Gaule l'a été en 842. —
P. 36, l'explication donnée à feu, jeu, lieu, queu n'est pas celle que j'ai plus
d'une fois exposée; mais l'auteur a sans doute ses raisons pour préférer la
sienne, qui se rapproche de celle de M. Ascoli. — P. 39, la remarque II
tombe dans un défaut que l'on pourrait signaler à d'autres endroits du livre,
et qu'a jadis relevé avec vivacité, chez divers romanistes, M. d'Ovidio : il est
trop simple de rejeter sur le latin vulgaire, sans les expliquer autrement, les
irrégularités qu'on trouve dans telle ou telle langue romane. D'ailleurs M. B.
mêle ici des cas fort différents qui demanderaient plusieurs explications spé-
ciales. — P. 41 : « En Gaule, le ù latin a pris, à une époque très ancienne, et
sous l'influence des idiomes celtiques, un son plus aigu, que nous notons ù. »
Je n'aurais pas admis dans un ouvrage élémentaire des assertions encore aussi
peu prouvées que celles-là. — P. 43, est-ce pou ou poi qui est a régulier »,
c'est-à-dire francien? D'après la remarque, on croirait que c'est poi, tandis que
c'est pou. — P. 46, on croirait que Ve de perdant était anciennement un e
« muet », ce que l'auteur n'a sans doute pas voulu dire; mais cela se relie à
l'assertion trop absolue de la p. 45, d'après laquelle « l'entrave n'a plus
d'action décisive et régulière sur les protoniques initiales » : elle empêche au
moins Yô de devenir 0, IV de devenir è, puis e. — P. 49, comment, d'après la
double loi donnée pour ca initial, s'explique chetd} — P. 51, il est bien
difficile de rattacher cuiller de cochleare à l'influence de cuire; cf. Fit.
cucchiajo. — P. 52, fusil de fusile est un lapsus.
Passons aux consonnes. Un de leurs modes d'affaiblissement est la « réso-
lution vocalique », qui change p. ex. en i, dans lait, le c de *lactem. Or le
phonème provenant de c et noté i est, dans la première partie, appelé jod et
considéré comme une consonne; ailleurs (p. ex. § 88) c'est un « i semi-
voyelle ». L'auteur est évidemment resté ou au moins a laissé ses lecteurs
dans le vague sur ce point capital : c'est ainsi qu'il admet des diphtongues ai,
ei, oi, ui, qui, s'il s'agit d'un jod, n'en sont pas. Des observations analogues
pourraient êtres faites sur Vu. Je sais bien que c'est là le point le plus difficile
et le plus obscur de la phonétique, et M. B. n'est pas le seul à qui il arrive,
suivant l'aspect sous lequel il envisage momentanément le d'y voir une
consonne, une « semi-voyelle » ou une voyelle ; mais il aurait fallu au moins
donner au lecteur quelque éclaircissement, sous peine de l'embarrasser beau-
coup. — P. 61 : « Les consonnes finales ou devenues finales, si elles per-
sistent et se prononcent, sont toujours en français des fortes. » Il aurait fallu
excepter Y s finale devant une voyelle. — P. 62, les mots lmtr, termine, hiâle,
huit, huis, Jmile, huit, où Yh est purement graphique (ou, pour les derniers,
à vrai dire paléographique) et ne se prononce pas, et les mots haut, hurler,
hérisson, huppe, où 17; a une valeur phonétique, sont confondus, tandis que les
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bourciez, Précis de phonétique française 587
derniers sont séparés de fjerse, sous le prétexte que notre orthographe clas-
sique écrit (à tort) hirpicem au lieu d'irpicem. — P. 65, prône est ratta-
ché à praeconiura par un anc. fr. préone, qui est une pure fiction : prosne
n'a rien à faire avec praeconium et signifie proprement « balustrade »
(devant laquelle le curé faisait son admonition). — P. 67, on est étonné que
M. B. croie encore à l'origine picarde ou normande des mots camp, campagne,
cape, sûrement italiens et espagnol {carte est ou latin ou italien). — P. 72,
tout le $ 102 b est inintelligible, notamment ceci : « Ce qui prouve que
cette s (Y s finale de vois) était douce, c'est que le vieux français l'écrivait 1
(prononcé ts). » Sur la question difficile qui y est traitée, voyez d'ailleurs
ci-dessus l'article d'A. Mussafia ; j'y renvoie aussi pour le traitement de tj au
$ 126. — P. 98, il est bien étrange que captivum soit devenu cactivum
« d'une façon normale » ; pourquoi ce changement? Il me semble qu'il y a en
anc. fr. un chatif, puis chetif (cf. cheteJ) qui est le descendant légitime de
captivum, et un caitif qui est emprunté aux parlers méridionaux (cf. caisse
à côté de chdsse); mais pour l'affirmer il faudrait des recherches que je n'ai pas
présentement le moyen de faire. — P. 99, M. B., d'après Horning, admet
que p j donne / devant la tonique et cb derrière (sic, je préférerais avant et
après) la tonique : pigeon, mais sache. Cette différence de traitement est peu
compréhensible, et contredite par apiarium achier et plus d'un nom de lieu
(cf. ci-dessus, p. 546-548); reste à expliquer pigeon 1 . — P. 101, t b entre
voyelles s'est effacé dans un certain nombre de mots. » Voilà encore une bien
singulière dérogation à l'inflexibilité des lois phonétiques ! En comparant les
mots cités la, au § 162, 2°, et à la remarque du $ 165, et en rapprochant le
sort des labiales de celui des palatales (§ 98), il était facile, je crois, de faire
disparaître cette prétendue anomalie. — P. 102, a bubah et sibilare étaient
déjà devenus en latin vulgaire bufaîo et sifilare; » l'expression est inexacte, et
il n'aurait pas été bien long de donner la belle explication de MM. Havet et
Ascoli. — P. 103, « le w germanique se prononçait oua; » pourquoi cetû?
le lecteur croira que uvrra se prononçait ouaerra. — P. 106 : « F médiale...
intervocale... reste intacte : profundo, profond. » Mais profond est un mot
savant (l'a. fr . disait parfont de*perfundu m); àrouelle de s c r o f e 1 1 a montre
la chute de l'f. — P. 108, pourquoi persica avait-il dû devenir pesca en
latin vulgaire? Le fr. pesclx s'explique sans cela. — P. 111, l'étymologie
clavicula pour cheville est au moins douteuse, et il est peu exact de tirer
faible d'un lat. vulg. febile, en présence des formes des autres langues
romanes et de l'anc. fr. fteible. Comment admettre que navile donne
navire? Navilie, d'où navirie, est le représentant savant de *navilium (d.
1. Qu'il me soit permis de risquer une explication. Pi pi on cm est en rap-
port évident avec pipire, u piauler; » or pipire en lat. vulg. de La Gaule
a dû devenir pibire; on peut admettre que dans le nord il a influencé
pipionem et Ta changé en pibionem, tandis que dans le nord la forme
ancienne s'est maintenue (d'où pichoim).
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588 COMPTES-RENDUS
Rom„ VI, 132, 2$ 5, 630). — P. 112, « la transposition » de VI dans
anhelare, singultire, n'est pas un fait de phonétique, et aurait dû être
expliqué par l'influence analogique dehalare, gluttire. — P. 118, pour la
dissimilation de n-n dans Bononia, il aurait mieux valu citer le fr. Boulogne
que Fit. Bologne. Il y aurait sans doute encore bien des points de détail à cor-
riger dans le livre de M. Bourciez (sans parler des omissions que je n'ai pas
recherchées), et il a évidemment eu un peu trop de confiance dans l'attention
qu'il avait apportée à son travail quand il a écrit : « Ce modeste Précis ne
contient pas grand'chose, je l'espère, qui ne soit rigoureusement vrai. » Mais
la plupart des taches qu'on peut y signaler sont accidentelles et de nature à
s'enlever facilement. En somme on est heureux de penser que les études de
phonétique historique possèdent maintenant un « rudiment » commode,
auquel on peut presque toujours renvoyer avec confiance, et qui rendra
désormais inexcusable l'ignorance des éléments de cette science.
G. P.
Studies on the legend of the Holy Grail with especial référence
to the hypothesis of its Cehic origine, by Alfred Nutt. London, D. Nutt,
1888, in- 8°, xvi-280 pages.
Je suis fort en retard avec le livre de M. Nutt, et je me le reproche, car il
méritait à tous égards d'être signalé dès son apparition à ceux qu'il intéresse.
Détourné par d'autres occupations d'une longue lecture sur un sujet qui
demande beaucoup d'attention, je viens seulement de trouver le loisir de le
lire, et je n'ai pas celui d'en faire une critique approfondie. Je me bornerai à
dire qu'il supplante comme information le livre de M. Birch-Hirschfeld *, et
qu'il détruit le système de ce savant sur l'origine des récits relatifs au « saint
graal ». En relisant le § 59 de mon Manuel, qui a paru en même temps que
l'ouvrage de M. Nutt, je constate que nous sommes d'accord sur tous les
points essentiels, et qu'il a beaucoup creusé dans un sens le sujet que j'ai de
mon côté étudié de plus près dans un autre J . Le grand mérite du nouveau
livre, c'est de mettre hors de doute l'origine celtique d'une grande partie des
éléments qui figurent dans les romans du saint graal, et de démontrer l'erreur
de ceux qui, dans ces romans, regardent comme primitif l'élément chrétien,
qui est au contraire récent et purement littéraire. Le rapprochement de divers
contes celtiques, notamment du lai gaélique du Great Pool, avec le récit de
l'enfance de Perceval, est tout à fait frappant ; il en est de même pour d'autres
traits, dont le caractère celtique est incontestable. Les rapprochements qui
concernent le graal lui-même sont plus douteux, mais cependant plausibles;
1. Die Sage vom Gral> Leipzig, 1877.
2. Jè veux parler bien entendu des recherches que j'ai faites et sur lesquelles
reposent les quelques lignes de mon Manuel^ et non de ces quelques lignes
elles-mêmes.
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nutt, Studies on the legend of the Holy Grail 589
les hypothèses sur l'origine britannique de la « préhistoire » du graal manquent
de solidité \ Au reste, M. Nutt, avec une parfaite sincérité et une remarquable
absence de prévention, classe très équitablement les conclusions de ses rai-
sonnements dans leur ordre respectif de vraisemblance. Sa reconstitution
hypothétique du conte breton, déjà fort composite, d'où sont sortis indépen-
damment ce qu'il appelle le « proto-mabinogi » et le « proto-conte du graal »
est tout à fait ingénieuse et vraisemblable. A ses qualités de critique il joint
un goût excellent, et les réflexions littéraires et morales par lesquelles il
termine sont parfaitement judicieuses. Bref, son livre, qui commence par des
analyses un peu courtes, mais exactes, des romans dont il s'occupe, sera
nécessairement désormais le point de départ des recherches qu'on fera sur le
même sujet; il n'a pas résolu tout le problème, mais il en a bien posé les
données, et il en a expliqué quelques-unes d'une façon qui me paraît
définitive.
Le principal reproche qu'on peut lui adresser, c'est une information
incomplète en ce qui concerne la littérature ancienne et les études modernes
en France. Il n'a pas connu, par exemple, le lai de Tiolet (Remania, VIII), qui,
certainement indépendant du Conte de graal, offre avec le début du poème
de Chrétien une si frappante ressemblance *. Il n'a pas, si je ne me trompe,
discerné la vraie place du roman en prose de Perksvaus (ou de sa source)
dans l'ensemble du cycle, et il en a méconnu l'importance et la date, suivant
à tort en ce point l'opinion de M. Birch-Hirschfeld. Il cite toujours comme
ancienne la chanson bretonne de Morvan Lez Breiz, et paraît ignorer les
études faites depuis vingt ans sur l'authenticité des pièces publiées dans le
Bar^a^Brei^. Enfin, — ce qu'on ne peut guère lui reprocher, puisque son livre
a paru presque en même temps, mais ce qui fait qu'à son apparition il était
déjà en retard, — il n'a pas connu la publication du Merlin Huth, ni celle de
la Demanda do san graal, ni les importantes conséquences qui résultent de la
connaissance de ces textes Toute la partie proprement française du livre est
de seconde main et prête à plus d'une critique ♦ ; mais cela n'empêche pas
1 . On aurait espéré trouver des lumières plus précises sur quelques points
où l'auteur semblait devoir être particulièrement informé. La conjecture de
M. Zarncke, d'après laquelle le fameux passage de W. de Malraesbury sur
Joseph d'Arimathie serait une interpolation, demandait à être discutée autre-
ment qu'elle ne l'est. L'opinion de M. Ward, rapportée en note (p. 220), est
exprimée avec une grande obscurité, et on le regrette.
2. Plusieurs autres poèmes bretons offrent des rapports, mais plus loin-
tains, avec ce début; je les ai signalés à l'occasion dans le t. XXX de Y Histoire
littéraire, que M. N. n'avait pu encore utiliser. — Qu'il me soit permis de
dire en passant que je n'ai pas exprimé sur les rapports des mabinogion (noum-
ment Peredur) et des poèmes de Chrétien l'opinion que m'attribue M. Nutt
(p. 122). r
3. Voyez mon article dans la Romania, XVI, 585.
4. Sur d'autres points encore, on pourrait signaler quelques faiblesses dans
la préparation de Fauteur. On est étonné de voir (p. 229) l'importance qu'il
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COMPTES-RENDUS
que l'ensemble du travail ne soit très digne d'éloge, et qu'on ne doive à
M. N. une des contributions les plus précieuses et les plus méritoires qu'on ait
encore apportées à l'éclaircissement de ces questions difficiles et compliquées.
Dialetti tOSCani — L. Hirsch, Laut- und Formenlehre des Dialekts von Siena
(in Zeitschrift fur romanische Philologie, IX, 5 1 3-570, e X, 56-78, 41 1-446)
Silvio Pieri, Note sid dialetto aretino. Pisa, Nistri, 1886 (in-8°, pp. 51).
Bianco Bianchi, Il dialetto e la etnografia di Città di Castello, con raffronti e
considera^ioni storiche. Città di Castello, Lapi, 1888 (in-8°, pp. ix-101).
I dialetti toscani, specialmente se si considerano nel loro periodo più
antico, si possono dividere in quattro gruppi principali : il gruppo centrale
o*fiorentino ; il gruppo Occidentale, sotto il quai nome comprendo i due
dialetti cosl affini di Pisa e di Lucca ed inoltre quello di Pistoia, che,
nonostante parziali differenze, è con essi strettissimamente legato: infine,
con sempre maggiore distacco dal tipo letterario, il ^fruppo senese el'aretino
ossia chianaiuolo. Di quest' ultimo è una varietà importante il dialetto di
Città di Castello.
Le sfumature intermedie di questi quattro grandi gruppi, se si possono
studiare nella loro fase vi vente sul luogo, offrono invece brève e stentato
pascolo ail' indagine nella loro fase più antica, mancando ora i documenti.
ora le indicazioni sulla loro provenienza. Questo motivo non si potrebbe
certo far valere pei quattro dialetti capostipiti ; tuttavia neppur intorno ad essi
essendosi molto affaticati gli studiosi, forse confondendoli troppo colla lingua
letteraria, tanto più degne di ricordo sembreranno le tre monografie
suindicate e tanto più mérite voli d'essere, anche con un pô di ritardo, esami-
nate e discusse.
Nella prefazione al suo lavoro, il D r . Hirsch si diffonde ad enumerare le
difficoltà che gli si opposero nello studio del dialetto senese ; difficoltà senza
dubbio reali, délie quali conviene tenergli conto. Esse consistono : primo,
nella mancanza, a cui alludevo, di lavori speciali intorno ai dialetti dell' Italia
di mezzo; secondo, nell' ibridismo dei testi anche più antichi, dovuto, oltre
che agli scambî reciproci seguiti sempre fra i dialetti toscani, ail' influenza
attribue à YHistoria de Gaufrei de Monmouth (qu'il met en 1145 a ^ aeu
de 1 1 3 5) : « Il ouvrit au monde littéraire un nouveau continent de matière
romanesque, et il exerça sur le développement de la littérature une influence
géographique et politique. » En réalité, l'influence de Gaufrei sur les romans
bretons se réduit à fort peu de chose, et il est probable que, sans son interven-
tion, ils se seraient développés sensiblement de même. Ce que j'ai dit à ce
sujet dans mon Manuel (§ 54) est plutôt au delà qu'en deçà de la vérité.
1. So che questo lavoro fu, anche prima che nella Zeitschrift, pubblicato a
parte, corne tesi di laurea ; ma io non ho visto codesta prima edizione.
G. P.
découverte de Colomb dans l'ordre
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Dialetti toscani 591
che su tutti esercitô prestissimo la lingua letteraria; terzo, nella cattiva grafia
dei copisti e nell' insufficienza degli editori. Per riguardo a questi, bisogna
convenire che lo H. avrebbe potuto usare parole anche più severe, giacché
finora in Italia la massima parte délie pubblicazioni di testi antichi furono
fatte da uomini, certo rispettabili e dotti, ma traviati da preconcetti e non
abbastanza préparât! .
L'A. passa poi a descrivere il materiale sul quale condusse il suo lavoro ;
materiale piuttosto abbondante per la parte antica 1 , insufficentissimo invece
per la moderna. La parte manoscritta fu dovuta trascurare del tutto, il che se
si puô deplorare neir interesse del lavoro, non si potrebbe senza ingiustizia
ascrivere a colpa alF A.
Ma, dato il materiale che lo H. possedeva e date anche le difficoltà che a
lui s'opponevano, il suo studio è quale si poteva, senza soverchie pretensioni,
aspettare ? Ver amen te non saprei rispondere di si. Finché si tratta di racco-
gliere i materiali del lavoro e di farne lo spoglio, certo lo H. si trae d'impegno
con grande cura e pazienza ; cosicché, considerato corne una raccolta di fatti
e d'esempî, il suo lavoro è buono ed utile a tutti. Ma quando si viene air or-
dinamento dei singoli fenomeni e air interpretazione di essi, la cosa cambia
d'aspetto : manca la sicurezza dei criterio e Tinsistenza nella ricerca délie
leggi ; soprattutto è completamente dimenticato il precetto scolastico, cosi
necessario in glottologia, « distingue fréquenter. »
La prima e più importante distinzione da fare era quella cronologica. Il
titolo del lavoro promette uno studio générale del dialetto senese in tutta la
sua vita a noi nota di circa sei secoli, dai Ricordi di Matasala di Spinello 2 ai
brevi saggi dello Zuccagni-Orlandini J e del Papanti Ora la grave deficienza
di testi modérai e Tassoluta mancanza, in cui lo H. era, di notizie intorno
alla parlata viva di Siena, dovevano subito sconsigliarlo dal voler troppo
1. Non accennerô se non a due lacune nei testi del sec. xiii : quella délie
Sei tavolette ceraU etc., pubblicate ed illustrate da L. A. Milani, Firenze, 1877,
e quella del volgarizzamento del De regimim rectoris di Egidio Colonna, il
codice del quale, scritto nel 1285, fu edito per curadi Francesco Corazzini.
Aile prime, che io ho mostrato altrove essere senesi (fiiorn. stor. d. letter.
it., A, 179), accenno perché facilmente possono sfuggire; al secondo invece
per mettere in guardia contro gli ammodernamenti e sopratutto contro gli
abbagli dell' editore. Il più bello tra questi è che egli ha scambiato dovunque
il Ca, seguito da punto, che vuol dire capitolo, con la congiunzione ca, la
quale vorrebbe stesse in luogo di che, e stampa : Ca diu che etc., invece di :
(Jo, 11° y 111°...) capitolo. Dice che etc.
2. Ricordi di una famiglia senese del secoïo xiii (1233-1261), pubblicati da
Carlo Milanesi nelT Archivio storico italiano, S. I, Append. vol. V, 20. Alcuni
estratti di nuovo collazionati si trovano nella Crestoma^ia italianad eiprimi secoli
del prof. E. Monaci, pp. 36 sgg.
3. Raccolta di dialetti italiani con illustra\ioni etnologiche di Attilio Zucca-
gni-Orlandini. Firenze, Tofani, 1864 (v. pp. 277-287).
4. Giovanni Papanti, / parlari italiani in Certaldo. Livorao, Vigo, 187$.
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592 COMPTES-RENDUS
abbracciare ed indurlo — e ce n'era abbastanza — a restringersi allo studio
del dialetto più antico. Ir materiale raoderno da lui raccolto non era per
questo da gettare, tutt' altro : poteva sempre farsi valere come un buon
sussidio collatérale, come una riprova, tenendolo accuraïamente distinto.
Invece che cosa succède? Siccome per lo_H. l'idéale délia disposizione è
quella per ordine alfabetico délia lettera iniziale, non è ranTîT caso_ che no i
troviamo in una série d'esempî il jiome_di Matasala citato accanto a quello
del Gigli o dello Zuccagni-Orlandini medesimoo del Papanti. Ma lasciamo
"pure la misera parte moderna : perché anche per Tantica non seguire un
ordinamento almeno approssimativamente cronologico? Io non credo cbe
sarebbe stato un inutile sforzo, e si puô citare il caso di fenomeni fonetic^che
vediamo svolgersi sotto i nostri occhi, da Matasala del principio del 200 aile
Lettere senesi 1 délia metà, agli Statuti del fine o del principio del 300 (ad es. le
formole tj sj che man mano passano da si a sci a sgf) ; o di desinenze verbali,
che, ignote al sec. xin, si fanno assai frequenti e forse. prépondérant^
nel xrv.
La mancanza d'ordine, se^ dannosa nella^cronologia, non lo è meno nella
classificazione fonetica degli esempî, dove le inesattezze prodotte dal citare alla
rinfusa vocali iniziali, vocali interne, vocali in iato, non sono certo compensate
da una materiale disposizione alfabetica. Infine, se non temessi di parer
troppo severo verso un giovane che ad ogni modo mostra d'avere assai
lavorato, potrei pure osservare che sarebbe stato facile uno studio più accu-
rato délie influenze reciproche di vocali e di consonanti ; che era doveroso
indicare, almeno in via d'esperimento e soprattutto nella morfologia, quali
forme sembrassero caratteristiche del dialetto, in mezzo aile altre più o meno
straniere ; che era necessaria una maggiore cautela nell' accettare gh esempi,
mettendo, almeno con un cenno, sull' awiso il lettore, quando venissero da
testi poco sicuri ; che invece negli esempî non era necessaria affatto una cosi
continua sovrabbondanza, e tanto meno trattandosi di fenomeni ovvî ed assai
noti. Ma lasciamo queste osservazioni generali e passiamo ad esaminare un po'
più minutamente il lavoro. Mancando in esso un numéro d'ordine progres-
sive, mi contenterô d* indicare il fenomeno studiato.
a tonico. Come eccezione alla regola che a tonico rimane intatto, si cita
im caso di à n 3 lavorente. Questo esempio, al quale si potrebbe aggiungere
drusciolente Ug 4$ ' e raggientt ib. 256, non pu6 valere ad infirmare una legge
fonetica, perché è semplicemente un prodotto di analogia morfologica, eser-
citata sui participi di 1. coniug. da quelli délie aître. Confronta ï'italiano
comune tagliente : in Dante, Ittf, XIII, 132, sanguinmii^ fuor di rima.
1. Edite dal Paoli e dal Piccolomtni nella Scella di curiosità Utterarie*
vol. IV.
2. Cito anch' io con Ug la versione delP Enéide fatta da Ciampolo di Mfio
degli Ugurgieri, senese, e pubblicata per la prima volta da A. Gotti,
Firenze, Le Monnier, 1858.
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Dialetti toscani
593
L'attrazione analogica fu resa possibile dalT aver in tali particip! preso il
soprawento la qualità di aggettivi *. Ci son poi tre casi di a I — ç J, Tomé,
MichcUgnoh, agueglia. Ma l'ultimo — dato pure che sia un f e non un ç — si
spiega bene con Tinflusso délie forme arizotoniche del verbo, aguegliare, ecc. ;
il secondo, appoggiato com'è da un unico eserapio, ispira pochissima fiducia ;
per Tomé poi, che è assai esteso, anche fuori di Toscana, vedi ora Arch. gktt.
1/., X, 346 sgg.
-ario. Parrà dawero curioso che si dica semidotto l'ital. -ajo, e solo popo-
lare il riflesso -iert\ mentre v'è perfino chi di -iere nega l'italianità. Vedi
infatti il Grundriss del Grôber, II, $24.
a protonico. Per arlique ecc. = reliquiae, TA. invece délia solita série
*a -f* r + * propone r-^-t-=:t-\-r = a-\-r^ cioè invece di *ardijue con
caduta di e interno (a prostetico è comunissimo nel senese), un * erlique con
metatesi di rc- in er ; io credo che ciô avvicinerebbe di troppo il senese aile
condizioni dei dialetti galloitalici, senza bisogno e contro la sua schietta
toscanità.
a in 1. Si accenna che W. Meyer si valse del ciscuno senese per appoggiare
la sua spiegazione di ciascuno, quisque-unum -\- kala-unum ; senonché è assai
probabile che si tratti d'un semplice ciascuno *cùscuno ciscuno. Per -ta- in -ie-
poco prima lo H. stesso cita i senesi Jiedone, lieltà; per ic (io) in i mi si per-
metta di ricordare un mio articolo, al quale già allusi, Giorn. stor. d. ktter. tt.,
X, p. 183, e cfr. Arch. gîott. 1/., II, 57-58. Si noti che qui Via ie tra palatina
e palatile aveva una doppia spinta a chiudersi in i.
a'mo. Tre esempî : os(s)ogna axungia ital. sugna, o\uru anche ^urro azzurro,
orcipresso ital. arcipresso. Nel primo si deve avère assimilazione di vocali, corne
nelP ital. ottone senese attone *lattone-, e forse non sarebbe fuor di luogo
sospettar pure di qualche lontana influenza di ossa ; nel terzo qualche falsa eti-
mologia dev* essere pur entrata (cfr. orbacca) ; o\uru infine è citato dietro un solo
testo e certo non è vocabolo popolare ; ad ogni modo anche in esso le due
vocali seguenti possono avère influito a chiudere Va iniziale. Da un vocabola-
rietto manoscritto senese, forse del secolo scorso se non del xvn J , rilevo che
c'era pure ornione, ital. arnione, che spiegherei come il primo.
1. Per il senese si potrebbe anche citare lustrichcnU, adoperato in certe
stanze rusticane da Curzio Vignali, come rilevo dal dialogo di Sopione
Bargagli, // Turamino, owero del (arlarc, e dello scriver saïuse fSiena per
Matteo Florimi, 1612V del quale il Vignali è uno degli interlocuton :
« Perche vi sete in taie sdrùciolo ritenuto di dar cenno al meno di quelle
stanze alla Villana tanto saporite, farte pur qui dal Vignale, sopra la sua Meia,
galantina (come ei le dice) piu lustrichente délia gelatina, e piu dolciata e bella
che non si sente Tvua moscadella? », pag. 101. Si noti poi per l'italiano
anche rasente, dove ci dové entrare ràdere; ed infine si confronti Tanalogo
fenomeno nei dialetti delT Alta Italia, in quelli, s'intende, dove a resta
intatto : v. Arch. Gbit, i/., I, jo8,etc. e X, 162.
2. È un codicetto délia Magliabechiana di Firenze, segnato Palch. IV, 51.
Forse non sarà inutile pubblicarlo per intero.
Eomamia. XV W. ,g
594
COMPTES-RENDUS
e brève tonico. Caratteristiche del senese sono le forme pronomjpali lui
colin costiei, aile quali del resto rispondono bene nell' ital. Ici colet costei,
quantunque il dittongamento vi sia stato impedito dalT i finale e sopratutto
dalla fréquente proclisia. Sono pur da rilevare tre casi di te in i, benché non
del tutto sicuri : insime, Orvito, richide ; vedi più sotto uo in u e poi p. 620.
Per Té in iato, si citan gli esemp! dio> anche eddio iddio *, galia 3 galea, Mattïo
Matteo, Matlia Mattea, valonla vallonéa. Per i primi cfr. d'Ovidio, in Arch.
gktt. i/., IX, pp. 48 sgg. e 36 sg.; per vàlonia poi, come per dbctia, macia ed
anzi con maggior ragione, non puô affatto ammettersi se non uno scambio di
suffisso : cfr. ibid. p. 37 e qui pp. 621-22. Noterô riguardo a Dio, rio, ricondotti
dal d'Ovidio cosl giustamente a * Dieo * rieo, che si trovano pure le belle
forme plurali Dût, riei, non necessaria ma gradita conferma?.
e immutato in sillaba chiusa. Come eccezione si cita san^a senza, il quale
lo H. pare propenda a trarre da « absentia », nel che sono d'accordo con lui.
Egli poi dice satina comune a tutti i testi toscani antichi', mentre io lo credo
fiorentino d'origine e preso a prestito più tardi nei documenti degli altri dia-
letti, ne' più antichi dei quali è infatti rarissimo. Io ho spiegato l'a da e con
la fréquente proclisia del vocabolo, in certi Studi catalani, comparsi nei Ren-
diconti délia R. Accademia dei Lincei, a. 1887, ottobre, II, 195, appoggiandomi
anche su ciô, che il dialetto fiorentino tende a mutare in a Ye atona davanti a
n. — L'altra eccezione avenante non ha valore per la fonetica.
Volgarlat. i = lat. class. è, i. Ue in sillaba aperta rimane intatto. Il dittongo
di nieve, comune toscano, quello di diebile e soprattutto del verbo dêbeo, dià
diè diebono, ecc, sono spiegati con la norma del Fôrster, che le consonanti
1.. Il d'Ovidio, Arch. glott. it., IV, 171, faceva Iddio (e i modérai toscani
ddio, mio ddio, etc.) composto di il dio; contro di lui invece stette lo
Schuchardt , Romania , III , 20. Mi pare che questa forma eddio suffraghi l'opi-
nione del d'Ovidio (è uguale ad el dio), per la quale sta poi soprattutto l'uso
sempre vivo dell'articolo gli davanti a Dei nel plurale, mentre dovrebb'es-
sere i.
2. U d'Ovidio, loc. cit.t p. 36, considéra genovesismi galéa, saettia y come
prua y per la caduta di r. Siccome sono voci antiche nel dialetto, io ho
già altrove osservato che r non poteva cadere, anche nel genovese, se non per
dissimilazione : del resto tratterô di ciô più a lungo in altro lavoro. Qui voglio
osservare solo che garia per garea si trova anche nel genovese a cominciare
dal sec. xvi, insieme con pria anter. prea pietra, etc. Di questo secondo almeno
sarà causa l' iato ? O v'è sempre e dappertutto scambio di suffissi ?
3 . Trovo diei in un testo senza dubbio pratese, / primi V libri délie metamor-
fosi d'Ovidio, volgari^ate da Ser Arrigo Simintenai da Prato, Prato, 1846,
pp. 5, 7, 11, 12, 52, $?, etc., e riei nel poemetto di Giovanni da Prato, di
cui trovansi estratti neÛ' Introduzione al Paradiso degli Alberti dello stesso
autore, edito da A. Vesselofsky (Scelta di curios. letter., dispp. 8 $-88) :
v. vol. I, parte 2*, p. 133. Anche questo testo è pratese; per il pistoiese la
forma riei è accertata dal Volgariççatnento dei irallali morali di Alpertano fatto
da Soffredi del Grazia, notaio pistoiese, e pubblicato da Sebastiano Ciampi,
Firenze, 1832 : v. pp. 56 e 57. In una carta pur pistoiese, inedita, del 1362,
trovo Graçiadiei, nome proprio.
Dialetti toscani S9S
labiali tendono ad allargare la vocale précédente, contro ciô che si vede di
solito nelle lingue romanze : cfr. Grundriss, I, 36.
e Ij = f/;, contro il fiorent. ilj : consegîio, fameglia, ecc. ». È notevole
adunque che il senese non ha neppure questa forma di metafonesi, la sola che
si conosca nel fiorentino, giacché l'i délie forme cingo, stringo, dipingo, ecc.,
checché ne dica lo H., non si deve se non ad attrazioni analogiche : cfr.
Grundriss, I, 504 e II, 517. Cè perô nel senese viglia veglia e Viglio Vigilio,
e poi, passando ad altre formole, vinti viginti 3 , e, secondo lo H., schimbo
sghembo, acciso acceso, priso preso, mise mese. Riguardo a questi tre ultimi
mi duole di non poterli per ora riscontrare; tuttavia confesso di credere
pochissimo alla loro senesità, tanto più che ciascuno di essi non è appoggiato
che da un solo esempio o testo. Meno improbabile è schimbo, il quale trovasi
pure nel piemontese e non esige necessariamente d'essere spiegato colla meta-
fonesi. Infine viglia, Viglio e vinti, i soli casi sicuri, avevano il loro t cosl cir-
condato da suoni palatini che, nonostante la refrattarietà mostrata dal pretto
toscano alla metafonesi', era difficile non cedesse : * vijelja, *Vijeljo, *vijenft.
Ma sono essi esclusivamente senesi? A proposito di viglia, lo H., ricordata
la spiegazione che W. Meyer dà delF ital. veglia, il quale risultcrebbe da un
compromesso tra vcgghia e viglia medesimo, ignoto nel fiorentino (sarebbe
più esatto dire tra vegghiare e *vigliare), osserva che, a badare aile caratte-
ristiche dei due dialetti, si sarebbe aspettato viglia pel fiorentino, veglia pel
sanese, mentre risulta il contrario. Ora ciô non è troppo esatto, poiché di
viglia fiorentino gli esempî non mancano (cito solo per ora il Gismirante,
poemetto cavalleresco di Antonio Pucci, la vilia di santo Mariino, I, 10) *, e
1. Sarei curioso di conoscere le forme senesi di «aquila ». Corne si sa, ne
toscano ed anche altrove si ha la forma aguglia, délia quale un' ingegnosis-
sima spiegazione diede non è molto il d'Ovidio, Grundriss, II, p. 515. Se-
nonché la sua stessa ingegnosità puô mettere in sospetto e d'altra parte non
v' è tenuto conto di urv altra forma antica, délia quale ho parecchî esempî,
aguiglia. Questa non puô esser altro che *aquilea, derivato identico ai noti
urbio cervo, cucûlio cûculo ; e aguglia non mi pare possa staccarsene, anzi non
sarà che una forma più récente, nella quale 1 i è caduto. Poiché taie caduta
di per sé présenta celle difficoltà, si puô supporre che abbia avuto luogo
dapprima nei derivativi, *aguigliotto * aguiglino, poi agugliotto aguglino :
cfr. Guglielmo dall* antico Guiglielmo. Del resto a rafforzare questa mia con-
gettura ha contribuito oralmente il d'Ovidio stesso.
2. Lo H. pone pur sempre « vîgintî » corne base romanza di venti, etc.,
contro il noto articolo del d'Ovidio, Zeitschr. f. roman. Plril., VIII, 82 sgg.,
e con lui anche altri : eppure la tesi di quelP articolo era cosl ragionevole,
cosl intrinsecamente verosimile ! A torto lo Seelmann, Die Aussprache des
Lateins, pp. 391 sgg., se ne spaventô, corne d'un attacco contro l'antica legge
dell' accentuazione latina ; tuttavia anche questa legge è ora, corne si sa, e dal
Cocchia e dal d'Ovidio stesso assalita da capo e almeno una délie sue parti è
rudemente crollata !
3. Cfr. l'articolo precedentemente citatodel d'Ovidio, Zeitscltr., VIII, p. 90.
4. Fu edito nella Miscellanea di cose inédite 0 rare, raccolte e pubblicate per cura
di Francesco Corazzini, Firenze, Baracchi, 1853, pp. 275 sgg.
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COMPTES-RENDUS
non mancano neppure pel dialetto lucchese (cfr. Bandi Luccbesi, editi dal Bongi,
pp. 22 e 202), nè, sebbene più rari, per il pistoiese. Del resto viglia è il vero
riflesso di « vigîlia », mentre veglia fu estratto dal verbo vegliare. Quanto a
vinti y se ne possono vedere degli esempî anche nel pisano dei Ricordi di
Meliadus Baldiccione x .
In questo paragrafo è da notare anche una lacuna, cioè quella dei riflessi
di -erio. A pag. 554 lo H. cita corne esempio di caduta di r (sic) statea
(che è pure dei Bandi lucchesi, 119) e stateja, anche statera : ora quest'ul-
timo è bensl il latino scritto « statêra », ma i due primi devono invece ricon-
dursi a *statëria o fors* anche *statêria, come parrebbero persuadere il pistoiese
statieia dei Trattatid'Albertano, p. 4, o il venez, statiera, dove perô, secondo il
Mussafia, Beitrag, 110, l'i è ritratto. Una voce assai notevole, che io traggo
dal mio vocabolarietto senese manoscritto, è papéo lucignolo, cioè « papyrus »,
attratto dai derivati con -èno, * papërio-, come il fr. papier : cfr. Arch. glott.
it.y I, 177 n., 284 n. V'era anche la forma papio 2 . Infine, prima di lasciare
'e tonico latino, aggiungerô che il suffisso -ello, che si pronunzia aperto a
Firenze, pare si pronunziasse chiuso a Siena, e da certi esempî si potrebbe
arguire che cosl è tuttora.
e s i). Notevole è bottiga o buttiga : questa è la forma affermata espressa-
mente, contro bottiga, osservato in certi testi, dal Turamino, p. 56, ed anche
dal mio vocabolarietto : l'altra poteva perô essere più antica.
e protonico. Nel senese Y-er- dei fiorentino cède il luogo ad -ar-, primi tivo
o secondario : è perô curioso vedere che lo H. cita, come esempî di
originario passato in -a-, acquarelb, albareJlo f albergaria, ambasciaria, angaria,
ballarino, barattaria, birraria, ecc., ecc., senza dire d'un viatato cascato in
mezzo agli -er- non si sa come. Lo stesso errore si riproduce più sotto per
Ye postonico, dove -er- originarî sarebbero, secondo TA., àlbaro albero,
gâmbaro, Ongaro, qkcaro. Tra i casi di e in a davanti ad altra consonante c'è
poi Diadato Diodato. Del resto, escluso il caso di -er-, una certa tendenza ad
a in sillabe protoniche è propria di tutto Tantico toscano, nè sono punto
ristrette al senese le forme piatà piatoso, aile quali tante altre sono da aggiun-
gere, piatanqi, sanato, giàlato, ecc. Il passaggio poi in a delT e iniziale di ex-
non è se non un caso particolare dei fenomeno delT a prostetico , studiato
dallo a p. 521.
Tendenza dei senese è di mantenere Ye protonico , dove dal fiorentino è per
lo più mutato in i : nondimeno lo H. enumera moite eccezioni. Da queste
vanno subito eliminati i parecchî casi di iato, che egli butta alla rinfusa œgli
1. Ricordi di cose familiari di Meliadus Baldiccione de 3 Casalberti pisano, in
Arch. Stor. ital. y S. I, vol. VIII App. : vanno dal 1339 ^ x 3^ 2 - a PP-
38 e 50.
2. Noterô, come appartenente a questo suffisso, e un po' anche per il
lessico, che nèl Turamtno, p. 32, si osserva chiamarsi a Siena capistào l'utensile
che a Firenze dicesi vassoio.
Diaktti toscani 597
altri : biato, criatura, diano decano, îiale, Lionardo, riait; e meriterebbero pure
d'essere distinti molti casi d'assimilazione, corne aconsintire, afixione, appitire e
appitito, binidire, biricuocolo, Cicilia, dove Passimilazione è pur favorita dalTi-
dentità délia consonante, cirimonia, crudUità, discripone, Disiderio, filice, gin-
tile, idificare, inistimabile, linire, lunidi, malificio, misiricordia, piti^ione, riggi-
mento, ritinere, siguire, spicificare, spidire e spidi%ione , spirimentato e spiricn^ia
(il primo puô aver tratto seco il secondo), vistimento. In altri esempî si puô
credere ad una spinta délia consonante contigua palatina o palatile, contiguità
che deve anche aver agevolato l'assimilazione in parecchî dei vocaboli da me
pur ora enumerati. Cito per il secondo caso : agniletto, Alissandro, antiussore
e con assimilazione progressiva anticissore, cigliere *cellario-, cimento, liggieri,
nicessità e con assimilazione regressiva nicissità nicistà, podistâ, procissione,
possissione, ricente, e, più dubbl, sicondo, sipellire sipolcro, sipoltura, infine spi-
ciale. Ne restano alcuni con nom attigui, Bonivento Benevento, dinajo, che
è pure di dialetti dell' Alta Italia assai più del senese propensi ail* e atono (ma
in Matasala sempre denaro), mimora, tinduto, slindale, tinore, vintresca, Vinejia
Viniqano accanto a Veni^iano ; infine con altre consonanti, aricare, Grigorio,
anch' esso dell* Alta Italia, malifattore, pitorsello, recridente, rittore, rivercio,
spiîonca, che non sono ben chiari : birretta e viduto sono qui maie coUocati.
Ricorderô che nel Turamino, pp. 26 e 73, sono dati Missere e nissuno come
caratteristici del senese, contro i fiorent. messere, nessuno. Del resto il senese
in génère, quantunque favorisca Ye atono, non pare ami due e atoni consecutivi ;
nè da questa affermazione mi rimuovono parecchî esempî, che le si oppongono,
citati dallo H. più sotto, trattando dell* i atono, soprattutto credetore, crème-
nale, devetorc, menemare, penetença, secrestia % tes se tore, vende tore. È certo che
le atone del dialetto senese meriterebbero un più attento esame. Un fatto da
tener sempre présente, anche pei casi succitati, è la non pura senesità dei testi,
che già risentono del fiorentino.
e in 0 : dovenire, doventare, dovoto ripetono il loro 0 dalla labiale seguente e
lo H. Faccenna a p. 532; ma lo stesso influsso devesi riconoscere in obbriaco
e ubriaco, aggiomai e agiumai hodie -h magis, porcioché, Porcgino, ne* quali
ultimi due puô addursi pure come facilitatrice Tassimilazione, rumito ital.
romito (cf. per Vu agiumai), scioveratamente, vangioîista. In conostabile accanto
a conistàbile essa è la sola motrice ; ma Ciotinale Cetinale (conosco pure un
ciottadina) e Froderigo come si spiegano? È vero che quest' ultimo puô essere
un semplice errore ; di Ormanno poi è tutt* altro che sicuro Tetimo « Erman-
no » : cfr. anche At ch. glot t. il., X, 342.
i atono. Notevoli e bene spiegati per lo più, del resto sotto la scorta del
Flechia, i casi caratteristici del senese d*un i, più o meno apparentemente
inserto prima o dopo di certe consonanti : al tiare, con tiare e côntio scôntio,
côntio fr. ceinte cognitum, voitare votiare vôtio vuoto, stuidare studiente, bontià
bontiade, etià, maitino, mainiera, meità tnetià anche mità, c[n]liatw ontano,
potiè, rieina, santià, ecc. Qualcuno è chiaro di per sé, meità fra questi,
• me[d]ietate, Grundriss, II, 533, il quale fu proprio anche dell* aretino, del
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COMPTES-RENDUS
pisano, del lucchese : cfr. Bandi, pp. 23, 44, 52, 116, 196, 199, nei quali
trovasi pure voito, p. 114, e voitata, ibid. Il fiorentino scioglie sempre nelT
atona il dittongo et. Quanto a maitino mi par ammissibile la congettura del Bian-
chi, nel lavoro che esaminererao più sotto, il quale pone *ma[d]iiino, con*!-/
dissimilato in d-t; e in mainiera, ruina sarà difficile non vedere un fenoraeno
di propagginazione regressiva, quantunque si sia poco preparati ad attendervisi
in un taie dialetto. Maggior stupore fanno perô ancora contiare y bontià, santià,
ôntia, ontiano, ecc, giacché bisogna aramettere una metatesi delT 1, ben nota
pei dialetti galloitalici o pel francese, ma che si crederebbe meno propria ad un
idioma toscano : compitare in coimp'tare, bonitate- in * boin'tade, * aunitano-
in * oin'tano-, ecc. Non so perô se, pensando a mainicra y e considerando che
lï si trasferisce sempre davanti ad un n (labiale o no), non sarebbe meglio
supporre *co i mpitare cointare, ecc, vale a dire considerar tutti i citati
esempî corne casi di propagginazione regressiva. Questa ipotesi mi pare trovi
qualche appoggio nel fatto che uno skointammo si legge pure nel più antico
dei nostri documenti fiorentini, vale a dire nei Frammenti del 121 1 (che io cito
dalla Crestoma\ia del prof. Monaci : v. p. 27, 325), il che dimostrerebbe che al
fiorentino per cosl dire preistorico non fu straniero il fenomeno e che solo
più tardi si localizzô a Siena, dove lo troviamo. Un* altra idea potrebbe forse
suggerire il senese sdntio per * sainto sanctus, se realmente, corne lo H. vuole,
i vi si fosse svolto da n. Perô confesso di crederci poco, anche non dimen-
ticando e^iaindio, che ha un solo esempio e che è probabilmente un tentativo
poco felice di etimologia, di chi ci vedeva proprio in Dio : invece, pensando a
bontià e soprattutto a santià, e poi dalT altra parte ad àlia t bdstio, bàstia (che
mi è dato dal vocabolarietto ms., nel senso del basta toscano e dell* Alta
Italia, imbastitura), gtidstio, scùdio, vôtio, qînio, ecc. , crederô che quelT i sia sem-
plicemente analogico. Accennerô finalmente ancora ad altiare, di cui nonsidà
alcun esempio e che è spiegato con *ailtare, dove Vi si sarebbe svolto fioren-
tinescamente da î l ; ad àlta, che pure sarebbe un *aila, con t sorto al modo
stesso, mentre t anche nel fiorentino non si svolge se non da / 4- aw.,sicché
é da postulare un *aka; a vintisêite, che io credo un vero errore; ad amplian
che non è * amplicare, ma un derivativo di « amplus » in -iare ; a prèite, del
quale si dubita corne collocarlo, mentre è évidente trattarsi d'un *pre[v]tte :
taie vocabolo si trova di fréquente nel pistoiese dei Trattati di Albertano. Per
Tetimologia di camaitare si veda Arcb. glott. 1/., VIII, 35$ -56.
1 protonico. Non si distingue ï da î, mentre non sarebbe inutile farlo, come,
sia detto di passata, sarebbe stato meglio tener separati i riflessi di ê da quelli
di f e più quelli di 6 da quelli di ù. Qui gli esempî di t mutato in e sono
1. Che questo fenomeno non si estendesse al senese, nemmeno in tempi
abbastanza tardi, si rileva anche dal Turamino, pp. 74-75, dove si dicono
aitro, voita proprî del minuto popolo di Firenze e da nessuno usati neile
scritture, sebbene qualche Accademico avesse tentato di difenderli. Si nota
pure che trovasi anche in scritture antiche.
Dialetti toscani 599
raolti, una cinquantina almeno : ma fra tutti non più di cinque provengono
da î, e non sarebbe quindi fuor di proposito cercare se alla tendenza senese
delT e atono non si sottraggano appunto gli î originarî. Tra questi metegare
suscita qualche dubbio, pensando a ntflio (con % aspra) * mïtius, ed anche a
mètiga Ug 129, dove perô Ye potrebbe provenire dalle forme arizotoniche
(tnetigavano, ib. 128 ; a p. 173 poi mitigd). Fra gli ï, trébuto e vettoria sono le
forme predominanti anche nell' antico fiorentino, insieme con vertii ed inoltre
segnore : solo a vertu è facile assegnare una ragione. Infine non si trovano qui a
loro posto tnenchion * mentulone, dove s'ha un e originario (per mincbia, cfr.
Grundriss, II, 5 14, e Mdano Mediolano (attraverso- * Miolano * Me[d]iolano?).
i in a. Non solo salvatico è comune toscano, ma anche Salvestro. Quanto
poi a Vamperadrice e simili, il nostro A. ha avuto torto di non awedersi che si
tratta di semplici abbagli degli editori, mentre era da scrivere la'mperadrice, ecc.
Anche nel paragrafo précédente si doveva dividere Unteriora, le'ntetaglie non
già Tenieriora, ecc., e cosl in quello che segue h'mbusto, Umperadorc,
ïo'mperio, alh'nferno e non Vornbusto y ecc. Nell' antico toscano Yi iniziale
seguito da n (m) complicato si elide sempre, per la sua tenuità, e resta
intatta la vocale delF articolo. Anche il Bargagli, più acuto dei modérai
nostri editori e del signor Hirsch, scrisse nel Turatnino sempre lo'ngegno,
lo'ntelletto, IcCndustria, ecc. Solo ombuto pare che proprio mutasse il suo i ini-
ziale in 0, probabilmente perché il popolo cadde nell' abbaglio stesso dello
H. : anche si noti che s'ha qui un -mt- seguente. Che fosse ombuto davvero,
lo attesta il Turatnino medesimo, p. 32, afFermando che a Siena cosl chiama-
vasi queir utensile che i fiorentini dicono pèvera; inoltre si trova pure in testi
antichi pistoiesi. — Più sicuri esempî di i in 0 sono potaffio, dove si ha un />,
fiorent. pataffio (Pataffio è, come si sa, il titolo d'un oscurissimo poemetto) ;
Xpndado e giogante dove, in mancanza d'altre spiegazioni, supporrei analogie
d'altri vocaboli. Confronta più sopra Ciotindle. Altri esempî d'influenza
labiale sono quelli di i in «, Subffla, utulità e purate; quest' ultimo perô si cita
dietro un unico testo, i Fatti di Cesare editi dal Baochi , ne' quali, a mia
notizia, non trovasi che una sola volta, a p. 185, e puô esser quindi un
errore..
ç tonico volgarlatino = class. lat. Ô. — Sono importanti i casi di uo in u
(cfr. te in i più sopra) ; Ambrugio, figliuh -//, jura foras, lugo, vul • vôlit
vult, etc., etc. Dissi già altrove, Giorn. stor. d. îetter. it., X, 193, che non 6
fenomeno peculiare al senese, ma esteso invece a tutta la Toscanâ, e citai il
fiorent. Cavicciûli y nome di famiglia, certo proveniente da Cavicciuoli, ed
esemp! di carte sangemignanesi, di poco posteriori al 1220. Anche cercaî di
spiegare fanciulh come una commistione di fancello e *fanciulo per 'faviuoh.
Aggiungo ora, tra i molti esempî che potrei citare, peççuh, figliulo dal codi-
cetto deir Archivio di Stato fiorentino, di cui un brève tratto è ora pub Wcmo
nella Crtsloma\ia del Monaci, p. 153, e il cui dialetto appartiene parte alla citta
di Firenze parte ai dintorni di essa ; cuio, cauicciult dai Documenti di Ser Cia^ :iïtto,
editi nel Giorn. stor. d. Ietter. ital., V, testo pratese (vedi pp. 357 e 3
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6O0 COMPTES-RENDUS
humo uomo in una carta pistoiese del 1330, nuue nuove in una del 1339, giuco
spesso nei Bondi lucchesi, pp. 36, 129, 157, etc. Anche nelT Intelligen^a deve
trovarsi fuco per fuoco, ma non fu inteso dagli editori; non trovo ora il
luogo, mancando dei miei appunti. Vedi più sotto, p. 619-20.
ç tonico volgarlat. = class. lat. 6 u. la una série di parole s'oscura in 11 ;
uve ubi, anche ue u y (là u\ là ùè), duve anche due, altrue più spesso alirui
altr-ove, dunque di rado duunche = de -f- ubi -|- unquam ital. dovunque, launque
= illac -f- ubi -f- unquam dovechessia. Quanto ad uve ut duve due io penso
che unico motivo delP offuscamento deU' 0 sia stata la condizione di procli-
tica, in cui taie awerbio si trova spesso, e tanto più facile doveva l'ofïusca-
mento rendersi nelle forme con iato *oe *doe. Daqueste poi passô anche in
* altroe : alirui dovrà il suo i alla tortuita coincidenza col pronome délia stessa
forma. Restano dunque launque, per i quali non è da pensare ail* analogia del
fiorent. dunque 0 meglio dunche (neppur esso del tutto chiaro), perché nel
senese si riflette per donche, sul quale non si risenti quindi in nessun modo
Teffetto delT u in iato postonico. Tuttavia ponendo qui pure un *duonque
* lauonque, coll' 0 di crue doue già ridotto ad u, e dovendosi ammettere anche
qui una certa proclisia dei due vocaboli, si potrebbe giungere senza grandi
difficoltà ail' u voluto. Ma chiunque qualunque, o meglio chiunche qualunche?
Se si pensa ail' onche caratteristico secondo Dante del dialetto di Siena (Onde
rinegato avesse io Siena, nel De vulg. éloquent.), sebbene esso secondo lo H. non
si trovi più in nessun testo, non si puô a meno di giudicare tali forme anche
più strane. Che il punto di partenza sia chiunque e che in esso 17 précédente
ail' u abbia potuto agevolare ail' -u- postonico in iato la metafonesi, non pare,
e crederemo piuttosto che avutisi una volta duunque launque, questi tra-
scinassero con sé gli altri -unque, che si sentivano come un tutto. Minori diffi-
coltà présenta dunde, che puô bene aver seguito duve (si pensi inoltre ad unde-
chè e simili). Quanto ad uncia io lo crederei volentieri un latinismo, tanto
più che non ha esempî se non di un solo testo, il primo volume degli Statuti,
dove pure si trova in concorrenza con oncia 1 . — Resterebbe un' altra brève
série, dove segue o précède r, il quale avrebbe quindi, secondo lo H., facoltà
di ristringere le vocali, mentre come si sa produce sempre effetti opposti :
taraturi, majure e magiur, bursa, curie. H primo si spiega subito, quando si
consideri che ha accanto la forma tiratuio tiratoio, che puô ben venire da
* tiratuojo : al plurale, secondo la giusta osservazione del Meyer, Grundriss,
H, p. 533, avrebbe in origine dato proprio *tiratuori, donde tiraturi, ma,
1. Mi esprimo dubitativamente, perché uncia si trova anche in qualche
testo aretino ; ma forse sarà un latinismo ivi pure. Non pare invece possa
considerarsi corne taie nei testi pisani, lucchesi e pistoiesi ; senonché questi
permettono una spiegazione. Poiché in essi, come nel fiorentino, 1' analogico
di ungo, pungo si estese anche ad unghia ugtia, *spungia spugna, * sungia
sugna, poté, facendo un passo più oltre, introdursi anche in uncia, dove la
formolà era solo leggermente diversa.
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Dialetti toscani
éoi
ammesso il più tardo tiratui, questo poté esser facilmente scambiato colle
série in -ri. Gli ultimi due non hanno esempî che d'un testo solo, anzi curie
non si trova che una sola volta, se io ho osservato bene, negli Statuti, I, 4,
e poi sempre senza eccezione corte : si puô dunque capire quale valore esso
abbia e TA. poteva bene accennare a taie fatto, per mettere i lettori in grado
di farsi un concetto giusto dell' importanza da attribuirgli. Infine resta majure o
magiure, dal quale non è altrettanto facile liberarsi, nonostante che sia suffra-
gato da soli due testi, pel raotivo che esso trovasi non solo nel ronianesco,
corae lo H. accenna, ma anche neir aretino di Ristoro e nel castellano. Io
non so che cosa pensarne, nè il Bianchi, che lo cita pure, pp. 30 n. e 36 n.,
si spiega in proposito.
0 protonico. Che neir atona protonica il senese abbia una tendenza ad u
più spinta che la lingua letteraria e che il fiorentino stesso, è ben mostrato
dagli esempî ; notisi perô che di quelli ove ail' 0 trovasi precedere m o una
labiale, parecchî sono proprî anche dell' odierno fiorentino, cosl muneta,
ptditfa, SpuUto, e che esso favori sempre Vu iniziale, ulivo, ubbrigare. Comuni
sono pure alcuni degli esempî d'o in a, Attaviano, Salamom dove s'ha etimo-
logia popolare, scarpione. Tra quelh di 0 in e nessuno è troppo degno di nota ;
segnalo invece tra quelli di 0 in t, arracomidare, nel quale si parte da cômido
comodo, per l'attrazione dei tanti -ido, ditnino dimènica (accanto a doniéneca
-naca), dove si ebbe lo scambio col prefisso di-, strefinare dove invece influl
stre-, vilume, che è da confrontare con viluppo vilucchio. Segue dell' 0 posto-
nico : gli esempî di 0 in a sono tutti o quasi tutti comuni al fiorentino.
u protonico. Cicurtaleggi Gigurta, ccmpitart^gidicare^gignore^giranienio giura-
mento, gistrare, monimento, pini\iont t (i)stipidirc 9 rimore son dati tutti corne
esempî d'u in 1, ma per lo meno potevano essere un po* meglio raggruppati.
II verbo compitare fu attratto senza dubbio dagli altri in -it- ed anche in -te-;
monimento era già latino ; in piniçwne, istipidire si ha un facile processo d'assi-
milazione; su rimore non fu senza influsso il prefisso ri-. Gli esempî che
restano presentano tutti una palatina cioè g più u : s'ebbe quindi una specie
di dittongo irrazionale g l u-, il quale segui la stessa via che avrebbe seguito
un dittongo proprio, scempiandosi in i : cfr. pimaccio, Firen^e che ho citato
altrove a questo stesso proposito, Giorn. stor. d. ktter. il., X, 183 ed inoltre
vedi Arch.gbtt. 1/., II, 57-58, Grundriss, II, 527. Al caso del dittongo atono
scempiato si riduce pure pi oltre più oltre, e meglio pittosto piuttosto, che lo
H. mette fra i casi di u caduto. Io ho trovato anche pi avanti, che si unisce
col primo. Infine mi libererô dal vocalisrao, accennando ancora a pauscua,
nel quale lo H. riconosce un caso di propagginazione regressiva, come ho io
stesso rilevato nel citato articolo,p. 196 n., ove aggiunsiqualchealtroesempio;
e in ultimo ricordando i pochi casi di u finale, àltru, casu, ciascunu, con-
ventu, etc., che certo è difficile sieno semplici errori di copisti o tentativi di
latineggiare maie riusciti. Io trovai parecchî u finaii in testi d'antico volterrano.
Consonantismo : /. Noto solo che in sénaro aAtvov, anziché un muta-
mento di / in w, si ha forse da vedere una metatesi, * sélano * sènab ; che per i
602 COMPTES-RENDUS
plurali bestiai, cardenai etc. è da vedere il d'Ovidio, Arch. glott. ital., IX,
99 sgg. ed anche il raio articolo, p. 183, infine Grundriss, II, 533 ; che voliamo
per vqgîiamo è attestato anche dal vocabolarietto raanoscritto, e che taie forma
si spiega colT influsso délia seconda singolare, tu vuoli, e délia terza, vuoie.
r. Tutti i casi di r in / si devono alla dissimilazione, almari annadî, Ave-
raldo, Btltrando, etc., di rado alP assimilazione, makscalco, spblatorc, che ha
sentito entrambi gli impulsi : solo ad alco àlcheta non si trova alcun motivo,
tranne forse pensando ad altri al- iniziali, dlbaeo, albitrio, albore, altura y etc.
Sono da notare i casi di r -\- 1 in rr, Carrino e anche Carro, ciarrare, Orrando,
parrare e sparrare : forse il fenomeno si svolse dapprima nella protonica. Un
Carré, si legge di già nei citati frammenti fiorentini del 121 1, Crestomaçùj,
p. 24, 199, ed anche in un poemetto raanoscritto su Ugo d'Alvernia di
Michelagnolo di Volterra trombetta (Bibliot. Laurenz. Medic. Palat. 82),
appartenente alla fine del sec. XV, trovo Carro Martello. Era dunque feno-
meno più esteso che non si crederebbe sulle prime. — Gli esempî di r meta-
tetico sono troppo comuni perch* io me ne occupi ; quelli invece di r caduto
meritano un po' d'attenzione. Senonché, senza il minimo dubbio, una parte
di essi non sono altro che errori di copisti, scambiati dallo H. per buona moneta,
cosl concodia concordia, coniciom, copetto coperto, faite frate, guadia guardia,
logo largo, pégamo pergamo,/**/ presi, Ubano Urbano, etc. : basta avère un po'
di pratica di manoscritti per capire come qui si dimenticasse o si fraintendesse
il solito segno ondeggiante, che indica Pabbreviazione r, e per intendere con
quanta ragione lo H. affermi che pel dialetto di Siena v der Ausfall von r auf
einem wirklich lautlichem Vorgange beruht ». La sola cosa che si possa
ammettere è che il r cade facilmente o perché trovisi in un gruppo di conso-
nanti già alquanto aspro o solo perché ad un gruppo simile si trovi vicino o
ad un altro r, il che si riduce ad un caso di dissirailazione. Riescono adunque
chiari abrobio, awesario, Bennardo, che è anche delP Alta Italia, àomeàario,
ùropio comune toscano, ammesso pure che sieno tutti esatti ; e poco meno che
chiari scuttino e scuttinto ital. squittinio, nosta nostra, maesto maestro : nel
Turamino, p. 101, trovo stambotti. Anche schitto, schittura si potranno accet-
tare, e il r sarà prima caduto dove occorreva due volte in, scrivere soprattutto,
scrittura, scritlore, aiutando la poca popolarità del vocabolo. Ricorderô schivano
dal Fioravante (edito dal Rajna, Ricerche sut Reaîi di Francià) y p. 463 : non è
dunque un seneslsmo. Di sepolco si potrebbe dubitare se sia un errore o
no; balesta infine è una svista dello H., e statea ho già detto come vada
collocato. Seguono gli esempî di r inserto, comuni in parte ed in parte
errori di copisti, che lo H. ha il torto di accettare : in livrera poi ed in giudero
il r non fu introdotto per togliere Piato, al quai uffizio se mai lettera qualche
s*usa non è questa, ma bensi perché si cedette ail* attrazione analogica di altre
série. Il primo è fatto probabilmente sul plurale giuderi, che a sua volta è un
prodotto analogico, giudeo giuderi come marinaio tnarinari, cfr. Gruttdriss, II,
$33 ; il secondo (che trovo pure nel Turamino, p. 56) si rifoggiô sopra i nomi
in -iera.
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Dialetti toscani 603
n. Molti esempî, in cui sarebbe inserto, valgono pochissimo, perché al
solito sono errori individuali, anbansadore, ancadere, pronvenda, sincondo : è in-
vece sicuro rinchiedere rinchiesta, dove si ha analogia di prefissi. In conscient
e fors' anche constate puô essere s'avesse persistenza reale di w, non grafia
latinizzante. Il cor = con. fo rmatosi seguendo utto. non è affatto « speziell
senesisch », ma di tutta la Toscana. Tra gli esempî di n -+- r = rr o r,
CurradOy orrevole, si ficca, non so come, guaracia guarnaccia, il quale trovasi
sempre in Matasala e che non saprei ben giudicare. Di « cinere » si reca solo
la forma cénnare, ma un ms. senese del Fior di virtù mi dà céndarejlucch.
céndora), che è il caso contrario a quello di nd in nn y assai meno ammissi-
bile, nonostante che lo H. ne rechi parecchî esempî, che perô riconosce
e ssere i solati. Ma tra questi banno, caknne, incarawio, sono tolti dallo Statuto
dei carnaiuoli, edito nel primo volume degli Statuti senesi dietro un codice del
sec. XVII o XVIII, il quale pare aver sofferto qualche influenza del dialetto
romano, quindi non hanno valore; esbannirc pare un francesismo e non
resta che fonamento e rifacièno in un unico testo, ai quali io credo quanto a
tornaldo tornando, citato poco dopo. A gnente, esempio di ni in n/, aggiungerô
gnevt dal solito vocabolarietto. Il citato Fior di virtù ha sempre fan foie per
farfalle, e di una Congrega dei Fanjaîini, senese, parla il Mazzi , La Congrega
dei Ro^i di Siena etc. (Firenze, 1882), II, 356, attribuendo, pare con ragione,
a ta! vocabolo il senso di « moscerino ».
m. Notevoli i casi, che lo H. chiama di m -f* * prostetico, mecostaggiù,
mequaoltre, mequï o mechï. Riporterô quello che di simili forme dicesi in due
luoghi del Turamino : « Nella nostra Citta ancôra non si sente piu quasi mai
in niun luogo, nè da veruna persona versare Mdine e Àf<?/i, » p. 83 ; e :
a Iacomo : Vien notato ancôra da alcuni quel dir proprio de' Sanesi : Mequi t
Mdà, Mequa e Mecolà. M. Verginio : Questi sono di que* che si chiaraano in
altrui Lengua Idiotesmi..., come sarà forse quel Per me' con e larga alla Fioren-
tina, significante luogo allo'ncontro, ô al dirimpetto... Mequine ancôra j e Cka,
e_ Chi, per Qua, e per Qui s'andaua dicendo : rimasti solamente con altri simili
in bocca de' nostri villani ; e vaglionsene poi coloro, che fanno, ê fappresëh-
tanq le Commedie Rusticali..., » pp. 85-86. Si veda più sotto p. 621. Non
ve n'è alcun cenno nel vocabolarietto. In questo stesso paragrafo osservo non
essere esatto che sia italiano fummo % mentre si usa ora esclusivamente fumo :
dovette perô essere fiorentino 1 .
1. Non trovo che lo H. accenni punto alla formola m/, forse perché nulla
trovô che si scostasse dalF italiano solito. Non credo perô fuor di luogo
notare che negli antichi testi fiorentini trovasi non di rado (sempre neir
odierno aretino) bestegnare m bestemmiare, con tnj protonico in n. E questa
credo sia la regola anche per i dialetti toscani, n in protonica, m j in postonica,
e citerô a sostegno délia mia opinione s^aragnare accanto a risfarmio, di cui è
un allotropo, sebbene non mi paia che come taie sia citato daTCânnello,
Settignano Septimiano, nome di luogo vicino a Firenze : inoltre sono pure
da rammentare gnanlare miagolare, gnaffe mia-fé.
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604
COMPTES-RENDUS
s. La formola s -h palat. -h i ondeggia nei testi tra si, g^s,jg, * > ma
legittimi e popolari sarebbero solo s e sg = j francese. N ell' articoletto più
vol te citato, io osservai, pp. 184-185, che conveniva tener rigoroso conto <
del tempo in cui i testi più anti chi furono scritti, giacché una differenza si
trova già tra Matasala di Spinello e le Lettere senesi, che pure non distano s e
non di qualche decennio : il primo ha sempre s, banbasc ia. cascio* diviscione 9
le secon de sg, chasgiom, masgione, Jnsgione, etc. Quanto a si, io, dietro i
Frammenti fiorentini del 121 1, supponevo fosse la forma più antica, e stabilivo
quindi la série, cosi per il sj corne per il //, (/;) si s la quale dovette esser in
origine comune a tutti i dialetti toscani. Quanto al tj è naturale che taie série
valga solo per la protonica. A ciô che allora dicevo, non ho nulla da mutare
in questo luogo ; solo, poiché qualcuno interpretô non bene parte délie mie
parole, dirô che non intendevo punto di porre il è italiano come un ulteriore
svolgimento di £ : di questo venne bensl nel fiorentino ad indebolirsi l'ele-
mento sibilante, ma non mai a spegnersi affatto ed il g puro rappresenta, per
cosl dire, la sua forma letteraria usata fuor di Toscana. Come conclusione di
ciô che afferma vo, aggiungevo che i vocaboli bascio, cascio, camiscia riraane-
vano gli ultirai superstiti délia série antica in s, mentre tutti gli altri erano pas-
sati a g. Ma la ragione del fatto? Non troppo mi appaga il Meyer, Grundriss,
II, 533, che pei due primi la mette nell' 0 seguente e considéra quindi come
fuor di regola agio; ma bastagio, Anastagio, Biagio, bigio, etc. nol sarebbero
pure ? Puô stare invece che camice influisse su camicia; e cosi forse bascio basciare j
fu trattenuta nella fase s da fascio fasciare y Jascio lasciare e simili, esso poi
trasse con sé cascio; ma il piccolo problema si complica con parecchi altri,
sui varî suoni di s o di c, dei quali toccherô altrove. — Anche in questo
paragrafo, lasciando pur stare il générale disordine, c'è qualche esempio che
non va, cosl corniscie e corniscione : pakg(g)iare fu attratto dagli altri verbi in
~ e Ég~> gutfKigûtre, etc. ; disinore andrebbe collocato poco più sotto, alla formola
s o ss. Fra gli esempî di questa poi non credo bene accentato succino o suc(c)ina,
giacché il mio vocabolarietto dice espressamente che ha 17 brève ; e un errore
credo l'avervi inserito asciunare y considerandolo come un' altra forma di
adunare, ove s starebbe ad estirpare Tiato (!). Si veda invece il Mussafia,
Beitrag 30 e le belle osservazioni dell' Ascoli, Arch. glott. j7., II, 406 sg.
È perô vero che quest' ascimiare resta sempre poco chiaro.
/. Per / in d vedi Grundriss, II, 531 ; qui sono notevoli, oltre màrdola, al
quale è da mettere accanto spclda Statuti, I, 23, privado (cfr. Arch. glott. 1/.,
X, 85-87 e Giorn. stor. d. Jetter. it., X, 186) e sokcido, ove il / trovavasi in
seconda siilaba di sdruccioia, che è molto affine alla protonica, senza
contare che potrebbe essere sorto nelle forme verbali : difatti lo H. cita pure
sokadare. Dimentica perô slrepido Ug 202, 213. Seguono esempî Jilj^rp,
dice lo H., anche di r -)- / in r, rr. Il primo caso si ammette facilmentc ed
è comune toscano : Piero e, da un solo testo, vero vetro (nel mio vocabola-
rietto polléro pulledro); il secondo invece non è confortato se non dalT
esempio di quaro o quarro, che lo H. spiega quartum. Invero quarra in senese,
I
Dialetti toscani 605
corne in pisano e lucchese antico , era una raisura équivalente alla quarta
parte deir oncia, ma non credo ammissibile la derivazione da quartum,
bensl tutt' al più da quadrum : cfr. Carrara Quadraria. Gli esempî d i -tr-
intatt o ch e lo H. cita non sono che latinismi, Jw/r<?, fratre, etc. : scalcedrare
citerô io dalla solita fonte , corne esempio di -/r- italiano, non originario,
riflesso per -dr-. Da questa pure viene confermato, che i senesi pronunziavano _ ?
-lio -%ia come -sio ~sia. Oraetto osservazioni minori, per es. sulla confu-
sione degli esempî di v // e di c tj : adosgiare forse, se è accentato sulla
seconda, potrebb' essere « adaugere » ; ramone ratjone, che trovai altra volta
enigmatico, qui par considerato come regolare, e non è.
d. In vertudoso non c'è nessun d etsirpatore d'iato, ma il vocabolo derivô
da vertude; in ched, usato un tempo seguendo vocale, i l d è originario, e da
esso, rinforzato corn ' era da ad ed od, si diffuse anche a tudsed : pur troppo
sono osservazioni elementari. A cecdra, mirollo, ove d passô in r, aggiungo
mtççrima, dal vocabolarietto ; il contrario s'avrebbe in brado, che trovo in
Statuti, I, 101 (bestia brada, selvaggia, non domata), per non citare testi d'altri
dialetti toscani; da barbaro-, secondo il Cornu, Remania, XIII, 110 sgg. È
vero perô che a giungere al voluto * braro ci sono délie difficoltà, ma d'altra
parte, mettendo * brabo o bravo come punto di partenza, il d mi riesce poco
spiegabile.
c gutturale. Una grande confusione fa lo H. nelle seguenti parole : « Im
Inlaut schwâcht sich k vielfach zu g , und dièses g verschwindet zuletzt
gànzlich. Namentlich im modernen Senesischen scheint der Ausfall des k, das
vorher aber immer erst zu g geworden, weite Verbreitung gefunden zu
haben. » Ecco parte degli esempî : aguto e aûto chiodo, anche aû^p aguzzo,
amio amico, ango anco, coo cuoeo, diano decano, d'to dico, fàbriga. fatiga,gioo
gioco, periolo pericolo, ridiolo ridicolo, sagro, saramento, etc. Di questi esempî,
amio, cào, dio, giôo, periolo e ridiolo sono tratti dallo Zuccagni-Orlandini, vale
a dire dal dialetto vi vente , e in essi , come tutti sanno , la caduta del c è
dovuta alla sua pronunzia aspirata : l'aspirazione si andô man mano indebo-
lendo, cosl da sparire affatto con essa ogni vestigio del c, come awiene nel
pisano e lucchese e, pare da questi esempî, anche nel senese. Il bello è che
deir aspirazione del c o, corn* egli la chiama, délia gorgia, l'A. tocca, come
di cosa affatto distinta, più sotto, ricercandone le prove antiche, ma anche
ivi e col modo in cui s'esprime e cogli esempî che reca (Franciesho..., shrito...,
de hamarlengo del c, el amerUngo) eccitando fortissimo il sospetto che non ne
abbia un* idea chiara e non sappia ad esempio ch'essa non si produce se non
tra vocali (la basa, ma ac-casa in casa). Ritorn ando agli esempî in cosl bell*
ordine alfabetico recati dallo H., è chiaro che con amio etc. tutti gli al tri non
hanno da far nulla, neppure Fantico didno 9 neppure aûto atifzo* comuni
toscani : cfr. Grundriss, II, 531-32. In saramento sarifigo si ha il fenomeno
Stesso che in nero, gr in r (originariamente solo in protonica?). Notiamo
ancora un poco credibile -nk- in -w-, vignastro per vincaslro : forse, se non è
errore, da un anteriore 'vingiastro} L'asserzione che qu -[- voc. mky-\- voc. è
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una caratteristica del senese si puô accettare : dunche perô è dell' antico e dcl
moderao fiorentino.
c. Alcuni esempi non vanno. Le varie grafie imbasciadore e inhaciata, escire
ed eci usci hanno la loro origine nei varî gradi d'assibilamento del if e
rientrano in un probleraa, al quale ho già accennato.
g gutturale. Fra gli esempi di g in c alcuni non hanno valore : ficura è
adesso comune toscano, e il c devesi probabilmente ad analogie lessicali, le
quali pure è da credere abbiano aiutato il suo mantenimento in frucare *furi-
care, che mi dà il solito vocabolarietto. Austîno Augustino è usato anche nel
Turamino, p. 65, e i due u facilitarono la caduta del g .
g palatino. È da credere che in majestro, pajese Yi non provenga dal g
antico, ma sia stato introdotto posteriormente ad estirpare Tiato, come in
Andreja, Bartolomejo, cimineja, etc., citati a p. 568.
h. Noto per br in r fer(r)ajo febbraio, che è di quasi tutta Toscana, tranne
Firenze, e liro libro, da confrontar con lira. Gli esempi taula, paraula sono
rari nel senese, mentre sono caratteristici del gruppo occidentale : senza dubbio
è da porre * tavïa * paravla, donde taula paraula e poi tavola e paravola, che è
la forma al senese più accetta : cfr. statova vedova. Anche Yau originario, se
seguito da /, sfuggi la riduzione ad 0 : cavolo, Pagolo. Poco esattamente si
considéra il g come un vero estirpatore d'iato, mentre esso è uûo svolgimento
di consonante o di vocal labiale anteriore.
Appendice. Lo H. dice caratteristico dei copisti senesi il raddoppiamento
délia consonante iniziale d'un vocabolo dopo a, che, da, e etc., e ognuno sa
che génère di caratteristica sia questa. Anche nasce fortissimo il dubbio A dal
modo che egli si esprirae, che non sappia a che cosa sia da attribuire taie
raddoppiamento.
Morfologia (vol. X, 56-70) : Articolo. Notevoli sono le forme dell'ar-
ticolo senese per la loro pienezza, il ello plur. elli, femm. ella elle. Invece
di in -f- artic. si ha spesso, dice lo H., o nello stesso significato o in quello di
in su, una forma in tu o in tur -f- artic., ed egli crede non sia il tu tur se non
una trasformazione fonetica di su. Ciô è affatto impossibile e si tratta invece
dell* « intus » (« intro »?), cos\ diffuso nell* Alta Italia. Vedi più sotto,
p. 621 e cfr. Arch. glott. it., VII, $26.
Sostantivo e aggettivo. Quasi tutti gli scarabî di declinazione sono comuui
ail' intiera Toscana e si devono air influsso d'una declinazione sulT altra :
parecchî non sono che errori ; per porti, cosl fréquente invece di porte nei
testi antichi (anche nel Turamino, p. 28), una spiegazione abbastanza proba-
ble è data dal Meyer, Grundriss, II, 545.
Awerbio. Non credo che anco sia proprio usato per awçi, ma piuttosto per
anche, e questo asserisce il Turamino, p. 26.
Preposizione. Noto di fino a, di sino a, etc.; oltre ad infino a anche infino
in, cosl in fino in XX soldi Stat. I, 226. Neppure mi pare fosse in tutto da
dimenticare il frequentissimo da chi (=qut) a, es. da chi a ter\a Stat. I, 24,
anche dichi a tanto che 222, etc. È il punto di partenza déil'encbia a veneziano,
Dialetti toscani
607
pel quale vedi Beitrag, 67, Arch. glott. it., II, 409 sg., ed anche un mio studiolo,
Alcune osserva^ioni al lessico genovese-antico di G. Fîechia (in Giornale ligustico,
XIII), p. 27. E perché non accennare a sun, che è cosi comune in tutte le
antiche scritture toscane? Esso è adoperato col valore di su, es. sun un albero, e
dovette sorgere da su in ; Todierno sur, che il d'Ovidio, Grundriss, II, 51 6,
sospetta sia una commistione di sor e su, potrebbe invece ridursi a sun mede-
simo, dissimilatosi davanti ad un, come cor nelT unione con un. — Di con-
giunzioni lo H. non parla : io ricorderô dagli Statuti, I, 174 e 283, intro a
tanto che = fintanto che, col quale è da confrontare V introque dantesco.
Numerali. Nel Turamino, p. 26, si afferma che due è la forma senese,
mentre dua è fiorentino ; tuttavia numerosi sono gli esempî di doi dûi, isolato
invece in un testo duoi, il quale perô non si spiega già colT influenza deir i
sulla tonica, che la rese aperta e suscettiva quindi di dittongazione, ma bensl
colT attrazione analogica di iuoi suoi. A dicidotto è da mettere accanto il
lomb. disdoti (decem-et-octo?). In atnenduni s'ha una curiosa unione « ambo -f-
duo + uno- ». Di « decem » la forma senese è, come nel più antico fiorentino,
dieu 1 .
Pronomi congiuntivi. È degno di nota lo per loro, caratteristico, come si
sa, del senese, benché non sconosciuto altrove. Quanto aile unioni milo,
mine ecc., vedi quanto osservai in proposito nel Giorn. st. d. îetter. it., X,
189-90. Fra le altre forme lo H. rileva un gnene, ma questa non è se non
l'odierna e già assai antica forma toscana di gîieîe, che si use* per tutti i generi
e numeri : da gliele si passô a gliene per attrazione di me ne ecc, e quindi la
prima sillaba si assimilô, con l'aiuto délia condizione di proclitica, alla seconda.
Ma gliele stesso come si spiega? Lo H. osserva che in Matasala, nelle
Lettere senesi ed altrove lïli « wird merkwùrdiger Weise ohne Unterschied
fur ital. glielo, gliela, glieli, gliele gebraucht ». È appunto questo lili il prede-
cessore primo ed immediato di gliele. Posto, come mi pare aver dimostrato
nel citato articolo, che in origine anche in italiano Taccusativo precedesse
nelle unioni pronominali il dativo, lili per sé rappresentava « illos-illi », ma
anche senza dubbio « illos-illis », con valore per la seconda parte tanto di
maschile come di femminile. Questo doppio anzi triplo suo valore, io credo,
fu come il punto di partenza a confondere in esso maggiormente le varie acce-
zioni di numéro e di génère; giacché, dal fatto che il secondo degli démenti
del pronome, conservando la medesima forma, poteva essere ora singolare
ora plurale, ora maschile ora femminile, si era indotti quasi senza awedersene
ad attribuire la stessa facoltà anche al primo, il quale, si noti, era alTaltro
perfettamente uguale. Inoltre nel femminile plurale la confusione tra leli
illas-illis o -illi e lili era facilissima, oltre che per i soliti scambî di génère (cfr.
1 . Turamino, p. 26 : « aggiunto, e aggionto : bramerei, e bramarei : bottega,
e bottiga : nessuno, e nissuno : bucato, e bocata : anche, e anco : dieci, e dieu :
dipignere, dipegnere : trampoli, e trampali; e altre simili : proferendo le dette
voci nel primo modo i Fiorentini, e nel secondo i Sanesi »
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il tosc. gli per le), anche per la tendenza a pareggiare, in quella condizione
di proditica, Ye délia prima sillaba ail' i délia seconda 1 . La confusione poté
anche essere agevolata, se non è anteriore, dalT incertezza prodottasi nelle
menti al passare dalle antiche forme loli, lali, lomi, loti, etc. a Mo, Ma, milo,
tilo. Più tardi, fatto già comune, il nostro Hli si mutô in Me per attrazione di
mi tie Une etc., e quando questi si fecero, pareggiandosi nella vocale al secondo
termine, mené Une, anch'esso seguendo lastessa via si trasformô in glicle.
Pronomi possessivi. Il masch. sing. mie (tutt' altro che proprio del solo
senese) non è che un regolare prodotto fonetico, quando si pensi che il dit-
tongo era in sillaba protonica e si ricordi Fioren\e * Fieren%e Firen\e, etc. :
si pensi pure ai frequentissimi avie per avia, etc. Da mie proviene poi mi', im-
mi' padre. A spiegare l'uso comune di tuo, suo per ambi i generi e numeri, lo
H. suppone suo 1 = suoi *suoa *stwe; il che in primo luogo lascia dubbio chi
dalle forme di varî dialetti, non contradette dalle toscane, arguisce che
s'avesse nel possessivo latino volgare di 2 a e di 3* persona una base con ô pel
maschile , una con ù pel femminile : poi è troppo artificioso. Certo suo 1 =
suoi sta bene, ma in seguito questa forma di maschile, comune pei due
numeri, si estese anche al femnânile : la possibilita di tal fatto è con piena
evidenza dimostrata da dialetti delT Alta Italia. Inoltre si trova in testi toscani,
per es. nei pistoiesi, anche miei suoi per mie sue, che è qualchecosa di più. —
Le forme tui sui non sono organiche, ma rifatte su tuo suo : i plurali mia, tua,
sua infine devono essere veri neutri latini, non femminili singolari, corne lo
H. mostra di credere. Del resto nel Turamino pare si neghi che essi apparten-
gano a Siena a .
Pronome relative Osservo solo d'aver trovato nel Fior di virtù mano-
scritto il eut usato parecchie volte corne soggetto : questo pub manifestamente
congnôseiare chui è di sano intendimento, f. 5 r; chui pone il suo amore a Dio,
sempre sara allegro, f. 6 v; vuoi tu congniôseiare chui è somigliantea tte? f. 10 r.
Verbo (X, 410-446). I. Per le forme andiâno, facciàtto etc., v. Arch. glott.
it., II, 452-53. Esse non sono più in uso nella lingua letteraria, nemmeno nelle
1. Nei Frammenti fiorentini del 121 1 c'è un solo esempio sicuro di lili
usato fuori délia sua accezione originaria, e sta allora per leli, Crestomaria,
p. 22, 95 (ove è da correggere li mli li) : leli trovasi perô altr ov 'e, prestamoUUi
(== illas illi) ib., ioi. Nei testi posteriori si hanno esempî per ogni punto o
quasi, ma mi dispenso per ora dal citarli. Del resto il glielo etc. odierno vale
tanto a lui lo come a lei lo, e l'origine è una sola : Mo. La forma gliele poi pare
fosse viva, accantoa^f^w^, ancora ai tempi del Bargagli, giacchè nel Turamino,
pp. 87-88, esorta i Senesi a guardarsi da certe grossolane forme di parlare,
proprie di tutti i popoli vicini, « dà quali dicesi generalmente / ver si mia, per i
versi miei ; voleui voi, per voleuate voi ; panno fine, seta fine per panno fino, e
seta fina, e d*uno ragionando, per esempio, ô piu fiori , dicono dargliele, e
dargnetie, in luogo di darglielo, e di darglieli... » É vero che TA. aggiunçe
che neppure i Senesi ne stanno « al netto, nè scossi », e pare intenda propno
di queste forme.
2. Vedi la nota précédente. Anche si puô confrontare la p. 31 del
Turamitw.
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Dialetti toscani
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unioni con enclitiche, dicendosi andiamvi, facciamïo: anche questi troncamenti
perô non s'usano ornai se non dagli amatori d'anticaglie.
II. La tendenza del senese a mutare e atono in i e viceversa si rispecchia,
secondo lo H., anche nelle terminazioni verbali ; ma questo non risulta molto
esatto, poiché fra esse alcune, corne -asse -isse -assem -issem, sono meglio
conservate che nel fiorentino : su altre si senti l'influenza analogica. Più sotto,
S VIII, TA. è anche meno preciso : la legge fonetica, per la quale il senese
cambia un e protonico e talvolta postonico in a, esercita secondo lui la sua
forza anche nella coniugazione, e in certi casi dall* atona, sia pure per analo-
gia, si estende anche alla tonica. Naturalmente per ciô che riguarda il futuro,
portarà, Umarà etc. la cosa è, in quanto si parla delT atona, giustissima, e le
cinque lunghe pagine d'esempî non erano dawero necessarie a dimostrarla.
Non cosl perô vorrei dire degli altri casi, avavàmo, diciavamo, conosciavamo,
avavate, crcdavate, etc. : i quali tanto poco hanno da fare colla tendenza senese
ad a, che si trovano anche più di fréquente nei testi fiorentini che nei senesi.
Corne altrove dissi, artic. cit., 191, sono questi prodotti analogici : avavàmo
s'è fatto su cantavâmo etc. : da avavàmo poi s'è estratto un avàvo, col che si
spiegano le forme addotte dallo H. con e tonico in a, cogliavo cogliava, volava =
voleva, etc.
III. Nelle desinenze di 3. plur. présente délia 1. coniug. trovasi spesso -ono
invece di -ano, ed è forma comune a tutta la Toscana, soprattutto poi fioren-
tinissima : lo stesso dicasi di -ano sostituito ad -otto nelle altre coniugazioni.
Solo, questa seconda forma -ano è più moderna, ed è ora si puô dire l'unica
usatain tutta la Toscana, dietro l'influenza délia prima coniugazione. Oltre ad
-ano si ha per la 3. plurale di 2. e 3. coniug. (di rado délia 1.) anche -eno y che
nel senese è mcno solito, e talvolta -ino, che non ne è che una leggera modi-
ficazione fonetica : cosl il primo come il secondo sono ignoti allo schietto
fiorentino, mentre sono le forme caratteristiche del lucchese-pisano antichi,
soprattutto -eno, e questo anche del pistoiese e in spécial modo deir aœtino.
Del resto qui e più ancora in seguito si fa sentire vivissimo il desiderio e il biso-
gno d'uno studio e cronologico e topologico délie varie forme verbali : il sig.
Hirsch doveva per lo meno manifestare come, sotto questo aspetto, egli le
giudicasse, dietro la sua pratica dei testi.
V. « La 6. delT imperf. congiuntivo, la 6. perfetto dei verbi forti di 2. e
3. coniug. e la 6. condizionale finiscono, oltreché neir ital. Vo, in J ono, 'eno>
'ino, 'ano, 'oro, f aro, e spesso le varie terminazioni si trovano Tuna accanto
ail' altra. » Ciô è vero, e gli esempî sono dallo H. dati in gran numéro, ma
si vorrebbesapere qualcosa di più sulT origine di tali forme, e in spécial modo se
tutte sieno caratteristiche del senese e come stiano cronologicamente. Intanto
col non aver citato esempî di -ero, l'A. potrebbe indurrea credere che taie forma
sia meno fréquente nel senese o non gli appartenga in proprio ; mentre, per
quello che io posso affermare dietro una conoscenza générale dei testi, -ero
è invece nei più antichi tempi la forma comune del senese e del fiorenti
nonché del pistoiese, ed anzi nel primo si mantiene prédominante assai
Romania, XVIII.
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lungo, tanto che nei documenti del 200 e anche di più tardi regni sovrana.
Nel fiorentino invece ben presto sorge a contrastarle il campo -ono> e non
molto si fa attendere neppure V odierno -ano, diedcro diedono diedano. Da -ero è
ben facile, date le condizioni fonetiche del senese, passare ad -aro> che è perô
poco fréquente ; ma come sorge invece -ono e in che rapporti sta con -oro? Io
credo sia da porre la série -ero -oro -ono, e che oro siasi svolto dapprima nelle
forme ove lo precedeva una labiale, ebboro, sarebboro e simili ; infatti esso
appare più antico di -ono, e mentre va scomparendo presto dal fiorentino , si
conserva vivissimo assai più a lungo in dialetti vicini, cosl nel pratese. Quanto
ad -ono deve ripetere il suo -n- dalle terze plurali del présente e delT imperfetto
indicativo, ma in parte anche deir imperfetto congiuntivo, di cui forse soprav-
visse sempre, accanto a facessero, la forma (facesseno) faussino anche nel fioren-
tino, sebbene essa non si veda risorgere che molto tardi. Ma di ciô avrô occa-
sione di parlare altrove con maggior agio ».
VI. D'accordo col Cittadini e col Gigli il mio vocabolarietto indica come
senese il m scempio délia 1. plur. del perfetto, fumo, etc., ma non accenna
punto che fosse sullo sparire.
VII. Parlando délie forme di 3. plurale dei perfetti deboli -àrono -àro,
-ôrono -6ro etc., era da dire che la forma tronca del -no è cosl fréquente nelT
antico senese, da poter essere riguardata come una sua caratteristica.
XI. Enumerando gli esempî di infiniti tronchi delT ultima sillaba, si
doveva indicare se ciô avvenga nel senese, come nel fiorentino, solo in mezzo
di periodo, per una specie d'assimilazione alla consonante seguente, o anche
in fine, per vero troncamento. Pel dialetto moderno questa seconda supposi-
zione è la vera, e darô degli esempî più sotto, pp. 623-24; per Tantico non
posso ora verificare come vadano le cose : ricordo per quel che valgono dagli
Slatutiy I, 344 fa' e manifesta', entrambi in fine di periodo.
Verbi ausiliari. Di avère noto la 5. indic. présente aU, in uno scritto dd
Gigli, forma ora comune : il fiorentino dice a ^ e, colT enigmatica aspirazione
del /, identica a quella del c. Di abba 3. près. cong. non c'è che un esempio
moderno, del Papanti : il mio vocabolarietto la dà come la forma usuale di
Siena, insieme con sappa sappia. Nel futuro di essere son notevoli serà
serai, etc., dove s'attenderebbe sarô sarai, etc., che è invece la forma fioren-
tina. Questa si spiega bene colT attrazione di darô> farô e simili, i quali con-
servarono Va perché in prima sillaba, cfr. tnaraviglia : invece il serà di Siena
(e di Lucca, Pisa, Pistoia, in concorrenza col regolare sirô), e per la stessa
ragione délia prima sillaba e per la brevità del vocabolo, che contribuiva a
tener distinte le due sillabe, mantenne intatto il suo e. Ci sono pure alcuni
esempî di derâ deranno, attratti, si capisce, da serà etc.
1. In uno studio sulT antico dialetto fiorentino, che cominciaio dapprima
come semplice preparazione aU 1 edizione critica del Convivio di Dante, alla
quale attendo, divenne poi un lavoro a sé.
Diaktti toscani 6*11
Singole Coniugazioni e verbi. Invece di lasciare y il scnese, come il gruppo
occidentale, ebbe lassare, cioè « laxare » invece di * laxiare, ed insieme (lagare)
laggare y pel quale lo H. cita il francese laier y ma dimenticail lombardo-veneto
Jagar : cfr. Arch. gîott. it. y I, agli Indici 1 . — Dare : un gerundio datndo è
dallo H. giustamente considerato come analogico di traendo y e lo stesso deve
dirsi di cerie forme di store e fare y staendo faendo y oltre a fusse fajesse e perfino
farre, come traesse trajesse trarre : notisi che « traho » diede anche tro y come
do y sto y fo — Stare : noto stino 6. près, cong., per stieno stiano\ e a proposito
di esso ricordo il ditio devono dei Frammenti del 121 1, per riconoscere giusta
l'osservazione fattami dal Gaspary, Zeitschr. y XII, 292, che esso sia da consi-
derare come un congiuntivo usato per indicativo : dieno e poi dino, sempre
perô a motivo d'una certa proclisia. In stagesse il g sta bensl per Vj cstirpatore
d'iato, ma la mutazione avvenne sotto Tinflusso di tragcsse : questo poi è meno
chiaro, ma forse trova la sua ragione in un antico fagendo fagesse. Infine, a pro-
posito del perfetto atidiedi, s tiédi, già riconosciuto dal Gigli come fatto su
diediy ricorderô che taie forma, già propria dell' antico toscano e soprattutto
del pisano, è ora quasi la sola usata in Toscana ; anzi si va assai più oltre,
estendendola pure a molti degli altri verbi forti e deboli, sentiedi y mettiedi y etc.
— Chiudere : 1. près, indic. clnuggo, non da * cludio *chiuggio y come lo H.
vuole, ma per analogia con fuggo y muggo y etc. : cosl è dcggo, citato più sotto,
analogico di Uggo reggo, e corgo corro, fergo ferisco di sorgo porgo y di ergo
tergo, etc. — Credere : perf. crese, cresero y forme assicurate come anche moderne
dal vocabolarietto ms. — Dire : il part. ditto y benché occorra in molti testi,
non trovandosi nei più antichi, credo siapoco senese : era invece la sola forma
usata nel gruppo occidentale. — Mettere : la forma messerno y che del resto lo H.
non trovô che una volta, non suppone necessariamente un perfetto debole
*tnesséi y potendo essere stata accentata sulla prima, méssertio y damésserono per
méssero : messe per mise è Todierna forma toscana ; le forme bisdrucciole sono
caratteristiche di certi testi, ma si trovano anche isolate qua e là. — Trarre :
1 près, indic. tro y 3 près. cong. tria y come dia sia. — Volgere : 1. près. ind.
volb analogico di tollo tolgo : invece per Pital. vqglio si ha volgo come colgo.
Lo studio sull' aretino del sig. Pieri non prétende d'essere un lavoro com-
pleto, ma solo intende a studiare i fenomeni più caratteristici di quel dialetto,
ancora poco noto e pure cosl meritevole d'attenzione. Anche questo lavoro
adunque puô essere utile per le nuove notizie che rcca a cognizione di tutti ;
nondimeno non posso tacere che in fatto di metodo e di chiarezza e d'intel-
ligenza dei fatti ed anche d'esattezza lascia moltissimo a desiderare cd
è pur inferiore al lavoro che abbiamo ora finito di esaminare. Il sig. Pieri pro-
1. Il Turamino y p. 44 : a E del predetto verbo lasso y non vô lassar di
rammemorarui, che nel nostro contado di Siena dicon tutti laggare y con duc
g , come anco s'intende cosi dirsi da' Venetiani, e forse da tutti i Lombardi con
un g solo. »
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6l2
COMPTES-RENDUS
mette uno studio sulla « fonetica comparata dei vernacoli toscani », e noi
attendiamo con impazienza uno studio siffatto, cosi necessario e cosi pieno di
attrattive ; ma non possiamo esimerci dal sospetto che il P. manchi ancora
di moite délie doti necessarie a conduire a compimento l'impresa, con pieno
vantaggio e soddisfazione di tutti. Tuttavia, siccome la deficienza non credo
consista nella buona volontà o nell' ingegno , ma piuttosto nella prepara-
zione , v'è luogo a sperare che egli , estendendo e rendendo più sicure le sue
cognizioni linguistiche, ed informandosi degli ultimi studî e del rigore
sempre crescente che si esige nella trattazione del materiale linguistico,
potrà riuscire ad opéra utile e buona.
Il fenomeno più singolare e più notevole del dialetto aretino, già osservato
dair acuussimo sguardo deir Ascoli (Arch. glott. it., II, us n., 443 sgg.) è
quello del passaggio in à di un a tonico in sillaba aperta : l'Ascoli ci vide una
prova che popolazioni celtiche s'erano mescolate con le più antiche di quella
regione. Al fenomeno, nota qui ora il P., si sottraggono gli a ossitoni, ma,
ha, volontà, futuro farà, ecc, inrln. sveghià ecc, trannein certi casi cheandreb-
bero meglio esposti e chiariti. Ad es. sveghiamme svegliarmi, con pronomi
enclitici, ma cantè ddoversi Nel primo caso l'unione col pronome ha fin da'
tempi più antichi fatto trovar in posizione la vocale tonica, mentre nel secondo
si ha in realta cantate, solo sporadicamente troncato dell' ultima sillaba. Ad
ogni modo la regola che Yd di posizione rimane intatto, è da questi esempî
ben confermata; eppure il P. credette di scoprire un caso in cui taie regola
sofirisse eccezione, cioè Y imperfetto congiuntivo di 1. coniug., dov' ei
trova spesso e, anzi senza dubbio tastesse, saltesse, 'ntopesse. Taie apparente
deviazione sarebbe propria délia sola frazione dialettale di Tornia; ma,
comunque sia, avrebbe dovuto bastare il fatto dell* e chiusa per indurre il P.
a sospettare che si trattava d'un fenomeno non fonetico ma analogico, cioè
dell' attrazione esercitata sull' imperfetto congiuntivo di prima da quello di
seconda coniugazione. Lo stesso succède ad es. nel dialetto genovese, che
mantiene l'a tonica intatta : che mi andesse, rifatto sopra che mi îàesse e simili
O, U, AU. È curioso che ail' ç = Ô del fiorentino risponda ad Arezzo un
0. Il P. dà insieme cogli esempî di 0 anche qualche caso di uô; alcuni dei
quali perô, tratti dal Guadagnoli, devono riguardarsi senza dubbio corne
forme letterarie : riguardo agli al tri non si puô che esprimere dei dubbi. Più
esplicite sono le parole del P. a proposito del lucchese, e pare proprio che in
1. Qualche caso reale di à in posizione passato in à ci dev' essere perô sul
serio, quantunque sfuggisse al P. Il Billi (Poésie giocose in dialetto cbianaiuolo,
Arezzo, 1870) hzpiegncre piangere 36, partie, friftito; e cosi il Nerbati (Sonet li
invernacolocortonese, Cortona, 1882), 31, 40. Cfr. pifggia piaggia, citato dall'
Ascoli, Arch. glott. it., I, 298. Il motivo déterminante è IV che nei due esem-
plari précède Ya, ma non credo basterebbe da sé, se non s'aggiungesse la
consonante palatina seguente : infatti pianta, trapianta, nonché magna e
simili, restano intatti. Quanto a piento, si dovette aver prima piànto, per ana-
logia di piâgnt; poi Via passô in tç, attratto dai numerosi dittonghi originari.
Dialetti toscani
613
esso il dittongo riesca finora a. sorreggersi : « Il lucchese, corne l'aretino, si
mostra oscillante, e preferisce ora il dittongo, ora la semplice vocale, onde
approvo (arc. appruovo), figliob ecc. da un lato, e puole, fuori, buono ecc. dall'
altro, con prevalenza di questo second' esito ». 11 P. dev' esser lucchese e
quindi c'è motivo di credergli, mentre per Paretino pare non si fondi che sui
pochi testi esaminati : noto perô che anche gli esempi approvo, figliolo non si
possono dire troppo bene scelti. Anche il Bianchi, nel lavoro che esamineremo
in seguito, osserva a p. 24 in nota : u II dittongo uô, dall' 0 brève latino, si
conserva ancora nel contado lucchese, ed in parte délia Chiana, ridotto ad u$,
ed è questo un bel pregio, anche sotto Taspetto letterario, ma qui parrebbe
che il castellano avesse in parte ceduto a tante parlate plebee toscane e papa-
line. » E nel testo si recano esempi castellani del dittongo con Taccento
ritratto, dûolo, giûoco, mûovo, nàovo, accanto ad altri ove esso si ridusse al
semplice 0, core, fora, more, pôle, vole, rota. Ma in che relazione sta Yuo colP
io, che il P. dubita si limiti nella Val di Chiana ai dintorni di Castiglion
Fiorentino, e di cui dà gli esempi niovo, siono, tiono, liogo ? Egli non si pro-
pone il problema, il quale si complica ancora pel riflesso castellano -tu.
Che questo sia un diretto succedaneo di uo, nega dopo un largo esame il
Bianchi, pp. 26-27 m nota - Non dimenticherô d'accennare che nel cortonese,
secondo due esempî dello Zuccagni-Orlandini, il dittongo uo scende ad ut,
come nel ladino e nei dialetti meridionali, fuedere fodere, fuer fuori. Conosco
anche un alera allora, più strano.
Il dittongo uo si otterrebbe anche in posizione, secondo esempî del Guada-
gnoli e del Papanti, àluotta, duonna, cuorno ecc.; inoltre poi da au, cuosa,puoco.
Ma non è esatto esprimersi come fa il P. : « uo stretto = it. e fior. mod. 0
largo, lat. 0 lungo od in posiz. latina o romanza, od au.» Qui non si ha nessun
0 lungo latino , trattandosi sempre, anche nel caso di posizione, di ô, vale a
dire di 0 pronunziati aperti nel latino volgare. Veri ô si troverebbero invece nel
paragrafetto seguente, cuôme, signuôra : ma per cuome non so se proprio non si
debba pensare al mantenimento dell' m di « quômodo » ; per signuora (di cui
tocca pure il Bianchi, p. 27 n.) si potrebbe supporre qualche attrazione ana-
logica, che tuttavia non riesco a concretar bene. Vedi perô più sotto. Gli altri
esempî sono errati, trattandosi di Ô, fuorsi fôrssit, sottopuosto, suonno : tutti
poi apparterrebbero al solo contado.
Proseguiamo : « 0 stretto = it. e fior. 0 largo, latino 0 lungo. » Basta che
si enunci questo paragrafetto, per mostrare come sieno incerte e mal fide le
cognizioni del P. Gli esempî sono : core cuore(l), nodo probabilmente =
* n6do-, dota, ovo, che tutti sanno risalire ad Ôvo ; chiodo, pel quale egli pone
*clovus clavus ; aprôdete prora, mole, grolia. Si ha dunque un misto di 6 classici
latini, di 6 latino-volgari, di veri 6 lunghi, e se il fiorentino li ha ridotti tutti
ad ç, si è perché in parte sono voci dotte.
Anche Paretino ha gionto, pongo, jongo come il sencsc, e cosi pure donqua,
il quale si trova bensl assai spesso in antichi testi toscani, come W. Meyer
osservô, ma non mai in testi fiorentini. Anorganici sono gli uo di muoglie,
6 14 COMPTES-RENDUS
puogli, mucmdo, artuorno, che il P. cita dal Guadagnoli, ma pub sorgere il
dubbio se, insiene col signuora di cui sopra, e forse con tutti i casi di posizione,
rappresentino un fenomeno terziario reale, un successivo estendersi nel con-
tado deir uo, legittimo succedaneo di 6, agli altri q provenienti da 6 u (feno-
meno facilitato dair essersi chiusi nelT aretino tutti gli uo), o non invece un'
esagerazione letteraria di i/o, non compreso nella sua ragione in cuosa, puoco. Il
primo caso, specialmente per ciô che riguarda il dittongo i>, non è ignoto,
come si sa, a dialetti francesi dell' Est, nè, aggiungo, a dialetti delP Alta Italia
e perfino, se è da credere aile parodie rusticane dei letterati, a dialetti toscani l .
In questo capitolo sono ancora da osservare alcuni esempî di o aperto, che il
P. cita come se contradicessero, soli, ad una regola che in aretino volesse
gli o tutti chiusi : sà sum, son sunt, bisogno, carogna, sogno, sposto y forse, colonna.
Non si potrebbe far confusione maggiore : la regola indicata non esiste e gli
esempî di ç si possono contare a decine anche solo nel Billi che il P. adopera.
La verità è che nelF aretino Vuo si chiuse per assimilazione progressiva di o ad
u; poi il dittongo si scempiô, lasciando al suo posto il solo o chiuso. Ditton-
gavano dunque, anche nella città, un tempo, çlio, opra, roga y stçria, rosa
(corton. od. Ruosa) etc., cosa, poco etc. Ma in posizione non s'ebbe dittongo
e la vocale vi si conserva tuttora aperta o chiusa, fatte poche eccezioni (come
quella degli ossitoni ov'è sempre aperta), secondo la quantità latina e il buon
uso italiano.
E. Anche il dittongo ie si pronunzia stretto. Al solito è inesattamente esposta
la relazione tra le lunghe e brevi latine e le vocali aperte o chiuse del fioren-
tino : « ie stretto = ital. ie largo, lat. e lungo. » Tra gli esempî sono chiede
quaerit, dirieto, cieco, cieh 1 . E più sotto : « è stretto = ital. e largo, lat. e
lungo od oe. » Gli esempî sono una mescolanza incomposta : giovenca, sivero,
poteca ipoteca, chiticherio criterio, orscello oriscello, astro-fabio aestrum Phoe-
1. Pel toscano, mi par ci sia qualcosa nei dialoghi contadineschi délie com-
raedie del Fagiuoli ; per TAlta Italia ricorderô il dialetto ligure, in alcune varietà
del quale trovasi appunlo taie estensione illegittima del dittongo il : pitgua
pecora, bitielîu vitello, ecc, nei dintorni di Genova. Di taie fenomeno si puô
fare una ricca messe nelle poésie di Todaro Conchetta, édite a Torino
nel 1612, insieme con quelle di Paolo Foglietra : cfr. Fléchi a, in Arch.
gloit. it.y X, 144 n. Non sarà inutile osservare che per estendere inorganica-
mente il dittongo ie, conveniva che esso già esistesse in un certo numéro
d'esemplai i ; e che quindi si puô da taie fatto trarre la conseguenza che Vie,
ora scomparso dal dialetto ligure, vi esisteva un tempo. Altre prove ci sono
che dimostrano lo ste.-so; mentre le obbiezioni del Meyer, Zeitschr. f. roman,
Phil.y XII, 296,- non hanno per sé molto peso.
2. Pare che il P. abbia dimenticato che ae lat., pronunzia odosi aperto, si
pareggiô air ê; e da auesta dimenticanza proviene anche la nota di pp. 23-2^
ove, per sfuggir di ricorrere alla « sporadica riduzione di ae lat. ad ie », si
propone per ï'ital. primiero, invece del *primaero ascoliano, un *primairo
pritneiro e poi primiero con inversione del dittongo. È un* ipotesi che certo
nessuno vorrebbe discutere.
Diaktti ioscani
6i 5
baeum, stèmpono stempero, vicchelo eccolo (il Billi ha vfccheb f) ecc. Del resto,
per le aperte e le chiuse, nuova confusione, raentre in génère, tranne per
VU, v'è accordo col fiorentino. Aperto è Ye degli ossitoni ; Stella fu attratto da
tutti gli altri in -{lia. Ci sono poi quattro 1, vinne venne, atratinne trattenne,
sviltro svelto, schirri scherzi.
I. Si comincia maie : « Vi lungo latino, in posizione, che si conserva
inalterato in più idiomi romanzi, in italiano qualche volta discende ad e. »
Seguono alcune banali osservazioni sulle lunghe e brevi di posizione ; nè la
legge del Lachmann si puô ornai dure con tanta sicurezza, nè a darle
ragione per striao-, contro il franc, étroit, sp. estrecho, ital. stretto, serve a
nulla il fiorent. slrinto, che è rifatto analogicamente sa dipinto, vinto; e ditto
non è organico, ma fu attratto dal perf. dissi, pel confronto di scrissi scritto.
Al modo stesso che -6ng- contro il fiorentino si fa -ong-, cosl -fnc- -fng-
si riflette per -trie- -eng- : lengua, stregnere, penta o capenta spinta da spingere.
E in simile modo per îlj : etglio, ed anche greglio grillo, meglio miglio da élj.
D P. trova che la quantita délia vocale tonica non ha qui nessun valore e
sospetta quindi che Ye debba attribuirsi « ad un' influenza spéciale dei gruppi
gnj eglj ». Senonché, lasciando pur stare le obbiezioni di massima, per gnj
l'unico esempio è sgualdrtgna, dove c'è scambio di suffissi, -fneo- per -ino-;
meglio poi e meglia miglia, gregli, ecc. furono attratti da maraveglia, cegli e
via discorrendo. Nota meglio milîura, meglio mèlius.
Segue la trattazione délie vocali atone, dove tutte le spiegazioni si riducono
a questa : è assimilazione o è dissimilazione. Riconoscendo pure la grande
importanza che l'assimilazione ha nel dialetto aretino, non si puô tuttavia a
meno di trovare che qui si esagera senza motivo ; e soprattutto la cosa pare e
rroppo comoda e troppo superficiale riguardo alla dissimilazione, alla quale si
riducono tutti i casi seguenti : (ht da e-t> i-e da e-e, u-i da i-i, e-o da 0-0.
D processo assimilativo si esercita, secondo il P., anche dalle atone sulle
toniche, e gli esempî sono le desinenze -ibiri per tbbi, daribbi darei, scommet-
taribbi scommetterei, -isti per -esii, movaristi pensât isti. Forse una specie di
metafonesi si potrebbe qui ammettere, sebbene senza grande verosimiglianza ;
perô un altra e mighore spiegazione offre il Bianchi, délia quale toccheremo
più sotto.
D capitoktto che segue intende a mostrare che « nei verbi délia 1 . coniug.
Yi délia sillaba immediaîamente protonica è assimila to alla vocal tonica del
finimento -ère (= -àri), irai, -are, e fl cambiamento persiste nell' altre forme,
se perô un' altra kgge non esercita il suo influsso su lia vocale ». Quanto
vi sia in ciô <£ arti£z3oso e di inutile non è chi non veda : raretino predilige
di per sé, senz* aJtro impulso, Xt protonko, onde è piuttosto da cercar la
spiegazîooe àd Don trerario in ceni casi, anziché del trovarlo ; inoltre ci puô
esser vera a^irrilazio'^e tra f ei à f Es. : losengâre, musecâre, spasemâre : che
ahro pottr.i qi* d '-.er.tare \'i Lit. se non c 'f Pij sono gli cscmpî di o : ciuft-
làre * vlirc ccr^l-Uerc, xud.rr;<Lre, a^umiieJâre, tutti derivati col suff. -ol-,
û quilc Dtlli potvxxzi, seco^do il P. stesso, si fa d, occaîxlo vocabok). Ed è
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6i6
COMPTES-RENDUS
curioso vedere corne poco dopo gli esempî analoghi a scudin^elâre t ecc., diven-
tino casi, non più d'assimilazione, ma di dissirailazione, solo perché ivi non
c'è più modo di pensare ad un a, che non c'è. Dunque e-o dissimilatosi da
o-o : bubbelone e gli altri in -dont, it. -ohne; quindi buklone ruzzolone, trappe-
lone, brodelonc, ecc. E andiamo innanzi : sprefonda dissimilazione, senza pen-
sare allo scambio, cosl comune, di prefissi; e più sopra u-i da i-i, funire,
lumico nemico, senza sospettar neppure che ci sieno accanto délie labiali.
Mi sbrigo di questo capitolo, rilevando ancora da esso che Paretino pure man-
tiene -or- contro il fiorent. -er-, o glielo sostituisce quando questo è originario ;
ed infine che il lucchese risponde ad -ario con -aro e con -aglio. Non so in
quest'ultimo esito quanta parte abbia la fonetica e quanta l'analogia ; l'etimo
« variare » dato dal Canello per vagliare e sbagliare puô certo, almeno pel
secondo vocabolo, avvantaggiarsene. Ricorderô anzi che isvaliato, certo uguale
a svariato, nel senso di « dato al bel tempo, divertito » trovasi nei Trattati
d'Albertano, p. 54 : « confidandosi de le tue moite riccheze se' isvaliato ne la
gioventudine tua. » L'origine del / invece di r si deve qui cercare nella dissi-
milazione, svaliare per svariare.
Seguono due capitoletti, uno sul Raddopptamento, l'altro sullo Sdoppiamento,
dove non si fa altro che raccogliere, lasciandone per lo più ad altri lo studio ,
i fatti che riguardano questi due accidenti generali délie consonanti e che si
staccano dalT italiano. Un altro capitolo raduna le flessioni verbali del dialetto
aretino, con frequenti riscontri del lucchese : è il capitolo pubblicato pure, con
qualche mutamento, nella Misctllanea Caix-Caneîb.
Parecchie cose ci sono in questo da osservare. La 1 . plur. del près, indicat.
esce in -ieno con t chiuso : corne si spiega?Il P. la dice uguale ail' it. -iamo,
ma IV ? Non so se si possa pensare ad un' espansione analogica di sténo = siemo
rifatto su siete : cfr. siatc 2. près, indic. da siamo, che si trova assai spesso. —
Il perfetto ha la i a pers. in it. di. Il P. rigetta la spiegazione più semplice, di a
passato normalmente in a, con caduta posteriore di /, perché, egli dice, « a tonica
in parola ossitona, quando non sia un rhonosillabo (quale hè hai, dè dai, fi fai,
sè sai) persiste senza eccezione, e quindi più agevolmente supporremo la con-
trazione in è d'aï, avettè montai, ecc. I . » Tutto ciô contradice nel modo più aperto
a quello che il P. stesso afïermava a p. 4, trattando di a tonico riflesso in à :
« Unica eccezione fanno le voci ossitone , tanto monosillabe , come ma ed ha,
fa, già, dà, va, sta; quanto polisillabe. » In secondo luogo il passaggio di ai
in e non pare facilmente ammissibile , finché non se ne vedano degli esempî
sicuri ; finalmente, se si suppone un anteriore avettâi la difficoltà delF ossito-
nia è tolta di mezzo. Anche in hâ hai, ecc, si puô benissimo supporre un
anteriore hài. Il bello è che il P. aggiunge : « Qualche volta trovasi anche la
forma non contratta, provei », e non s'avvede che questa urta direttamente
1. Qui e nelle altre citazioni dal P., ommetto l'indicazione délie fonti, che
egli dà scrupolosamente.
Dialetti toscani
6i 7
contro la sua spiegazione e rende invece piana e necessaria quella che egli ha
scartato. — La 3. persona esce in -ettt ed il P., in modo assai curioso, dopo
averla detta esplicitamente « dovuta ad analogia délie organiche dette e
sUtte » , viene poi , pare , a concludere che invece vi si deva riconoscere il /
finale latino, e toglie la difficoltà dell' a di posizione passato ad à, osservando
che questo caso non è « corne fu notato, senza esempî sporadici ». Quale
valore a tali esempî si deva attribuire , ho già mostrato addietro : confronta
invece per -ette Arch. gbtt. it., II, 401 ; IV, 175, Marchesini, Studi di filologia
romança, I, 447, ed anche W. Meyer, Zeitschr. /. roman. Phil. y IX, 244 sgg.,
Grundrissy H, 540. Il lucchese, dice il P., ha per la 3. coniug. -itte, fittitU y
sentitte, copritte, « dove sembra si debba pur riconoscere il / finale, conserva-
tosi nella maniera di cui sopra, dal lat. -ivit. » Invece anche qui si ebbe
l'influsso di « stètit » ; poiché, dopo ottenuto r endette , si considéré corne
desinenza il solo -tte, e questo s'appiccicô a senti, ecc, conservando, corne
si doveva, la vocale caratteristica di 3. coniugazione. — Futuro. La 2. sing.
è in â f jarâ farai, ed il P. crede novamente alla contrazione di ai, mentre sarà
pur qui da supporre un 'farâi anteriore : si confronti la 3. plur. arestarâno.
Notevole è la i a plurale, darietio darerao, sirieno saremo e noi vi riconosciamo
facilmente rattrazione délie forme già indicate del présente, vtdiéno, sténo.
Il lavoro sul dialetto di Citta di Castello di Bianco Bianchi supera di lun-
ghissimo tratto e per la copia délia dottrina e per l'acutezza ed estensione
dell'indagine i due già esaminati , foraendo una novella prova délie singolari
attitudini che traggono l'A., ora rinforzato e ritemprato dal metodo rigoroso,
agli studî linguistici. Nel prezioso saggio présente non solo è messo in picna
e sicura luce il dialetto castellano, ma studiando l'estensione nello spazio de'
suoi fenomeni più caratteristici, vengono indicate ed illustrate moite délie più
curiose ed importanti particolarità dialettali délia Toscana. Inoltre l'indagine
non s'arresta alla superficie, ma scavando ben addentro tenta conclusion i
etnologiche, le quali, se non tutte nuove nè tutte ugualmentc sicure, sono pur
sempre notevolissime ed attestano nell' A., oltre che un' ampia erudizione,
attitudini svariate aile più difficili ricerche.
Il lavoro comincia con un capitolctto (pp. 5-9), nel quale s'arguisce dal
l'antico nome di Città di Castello, Tifernum, l'origine sua umbro-sabellica :
questa infatti è la forma umbra di Tiberinum, aggettivo che pure, con una
curiosa ma non più sentita ripetizione, si aggiungeva al nome délia nostra
Tifernum dai latini, per distinguera fra le omonime. Il secondo capitolo
(pp. 11-57) c * riguarda assai più da vicino e studia, seguendo piuttosto
ragioni di convenienza délia ricerca etnologica che Tordine metodico rigoroso,
i principalissimi caratteri del castellano, sia fonetici (I-XIV), sia morfologici
(XV-XXV) e sintattici (XXVI).
I-II. Il castellano, corne l'aretino c Fumbriano (— dialetto odierno dell'
Umbria, per distingucrlo dalP umbro antico) ha la tendenza a mutare 1'/
atono, per lo più brève, nel principio e nel mezzo délie parole, in e, desceplina,
6l8 COMPTES-RENDUS
en, enante énonce, ve per vi = ibi, me U ve seguiti da verbo, anche quando stieno
per « mihi » « tibi » « vobis 1 » ; re- che poi divenne or-, corne in
revestirse, armettare, ecc; ma si sci pel fiorent. se congiunzione. Invece nella
postonica il castellano, contro l'aretino, mantiene di preferenza Vi.
III. Come l'aretino, il dialetto castellano présenta il notevolissimo feno-
meno dell' a turbata, à, e di esso vengono con molta cura indicati i confini
geografici. Da codeste notizie appare che esso si estende fin poco più su di
Arezzo e poco più giù di Perugia ; ad ovest, come si rileva poi dal terzo
capitolo, non va molto innanzi, tenendosi stretto alla Chiana, mentre ad est si
spinge nelle valli del Metauro e délia Foglia, valicando l'Apennino e proce-
dendo sempre oltre a tramontana, per entrar come carattere costitutivo dei
dîaletti emiliani. Suo compagno emografko è il ca per casa e fors' anche il co
= capo délie piccole valli ad oriente di Castiglion Fiorentino ; inoltre la
riduzione di re- ad ar-, ar mette rimettere, arcogli ricogliere, ecc. ; infine, poco
importante, l'-ar-, che, contro il fiorent. -*r-, ha comune col senese anche il
castellano.
i . A questo punto il B. annota che egli non intende di accennare l'origine
di ve vi in questa applicazione e che non pone in non cale le ragioni che
inducono il d'Ovidio, Arch. glotl. it., IX, 77, a riconoscere V « ibi » anche in
tal caso, propendendo perô ad ammettere un incrociamento dell' avverbio
con voi — vovis dell' antiche carte. Rigetta poi col d' - vidio Paccusativo vos
e nos (usato per ne, pronome, egli dice, non toscano) « buoni per chi crede
italiana la lingua di fra Guittone ». È questa realmente una questioncella un
po* intricata. Io ho già mostrato altrove, loc. cit., p. 188, che l'antichissimo
testo del 121 1 dà a questo no, tanto calunniato, un' autorità incontestabile,
con l'uso frequentissimo che ne fa, in concorrenza col ci : del vo non potevano
occorrereescmpî, mancandonel'occasione,ma, assicurato il no, anche su di esso
si riverbera la medesimacertezza. Esso d'altronde è frequentissimo in un testo
del sec. xrv, il frammento veronese del Girone (vedilo ripubblicato insieme
col Febusso e Breusso, Firenze, 1847, PP- xcvii-clxiii) ; dal quale si potrebbe
arguire che no e vo si mantenessero a lungo come particolarità dialettale.
Il frammento, assai notevolc linguisticamente, appartiene al gruppo occi-
dentale, ma lo direi volentieri scritto in un punto dei dintorni di Pisa, dove
già si spingessero i primi sofli dell' aria fiorcntina, pur venendovi a morire
g\\ ultimi nati dell' aria senese. Tornando ai Frammenti, il ne (che io proprio
non intendo come possa esscr detto dal B. non toscano, mentre occorre
frequentissimo in tutti i testi più antichi), si trova in essi usato pure
qualche volta c sempre nell' enclitica, non mai no : dene pagareCrestom., p. 20,
24 ; p. 21, 75 ; p. 20, 269; p. 27, 342. Come proclitico il ne pare usato in due
casi, p. 24, 189, ke ne portone, dove perô non tutto è ben chiaro, p. 25, 231,
disse ke ne pavana Taone — nos. Io non so se, considerando questi fatti, il
D'Ovidio resterà cosl saldo nella persuasione da lui espressa con tanto vigore,
che il ne pronome sia esclusivamente « inde », senza che si possa in nessun
modo pensnre, come aveva fatto il Caix, ad un indebolimcnto del no = nos.
Fd anche l'obbiezione che a lui parc fortissinia, che il ne avrebbe dovuto farsi
ni, in analogia con ci, vi, mi pare che tentenni alquanto e che non a tutti
dcva sembrarc cosl arbitraria e cos\ invcrosimile, come a lui sembra, la con-
gettura del Caix stesso, che lo suppone attratto dal ne avverbio. Non solo
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Dialetti toscani 619
VII. Notevolissimo è il fenomeno deir accento ritratto nei dittonghi ie, uo t
Pietro, dietro e fûoco, giûoco, del quale è uno svolgimento ulteriore la ridu-
zione dei dittonghi stessi ad /, û : pino pieno, enfermiri infermiere, rarissimi
îugo, nuvo. Dalle Camperie (Piano d'Arezzo) si hanno per lo scempiamento
casi più num^rosi, bicchij/i, candegliri, dijci dieci, tinse vinse = tienseviense per
tenne venne, ecc, e poiywt», tnuvo muovo, giuco, fagiuli, figliuli, uva uova,
oltre a quelli ove trovasi ju f djulo, Ijugo, sjulo suolo, sjuno suono, ecc. Mancano
invece qui gli esempi di ritrazione deir accento, il quai fatto, unito ail* altro
che sto per accennare, m'induce a credere che essa non sia in necessaria
connessione col fenomeno dello scempiamento. Il B. crede che il toscano non
abbia avuto qui nessuna parte, nonostante le forme mb, Dio, bue, che
nondimeno egli col d'Ovidio, Arch. ghtt. it. y IX, 33 sgg. (cfr. ora anche
Grundrïss, II, $14, $23) crede derivate da *mieo *Dieo *buoe; ma che
quesîa cordicella leghi direttamente il castellano aile parlate del Metauro e
délia Foglia, e via via, per mezzo di parlate romagnole, fors' anche al veneto
ed al friulano. Ma qui i fatti non pare gli dieno ragione; ed io ho già più
sopra indicato gli esempî senesi di scempiamento dei dittonghi te, uo, addotti
dallo H., ed altri ne ho aggiunto per questo secondo da tutta la Toscana.
attratto perô, io direi, maconfusosi insieme con lui,cosicché si portassero Tuno
ail* altro viccndevole aiuto. E qui mi si permetta di aggiungere alcune osser-
vazioni , che c'è bene il pericolo passino per sottigliezze , ma che non so
riguardar io stesso corne tali. Il no è nel detto testo del 121 1 usato sia come
accusativo sia come dativo plurale : il ne enclitico non occorre che le dette
4 volte, ma sempre come accusativo. Di fianco al no c'è il pronome «, usato
con frequenza non minore, ma sempre come caso dativo. È vero che nel
nostro testo sono ben rare le occasioni d'aver un accusativo plurale di 1 . per-
sona; nondimeno si puô osservare che c'è una forma nella quale taie accusa-
tivo si puô riconoscere, ed in essa trovasi usato esclusivamente no> non mai
ci : si no promise di pagare =z promise di pagare noi, 11. 43, 62, 123, 139, 316,
345, 352. D'altra parte abbiamo visto che il ne enclitico è sempre accusativo :
il ci poi come enclitico occorre una sola volta, ed è dativo : âcci pagato il
prode, 1. 82. Facciamo la riprova. Le forme si conservano più salde nelle
unioni stereotipate, per cosi dire : ora si trova spesso i ci diede, i ci daua,
11. 253, 282, ecc, ma non già mai i no dava oppure i ne dava, col ne in fun-
zione di dativo. La conclusione che vorrei trarre di qui dovrebbe servir di
risposta ad una domanda che io, saldo credente nella to<canita del ne, rivolsi
più volte a me stesso : perché due pronomi in funzione identica, di accusativo
insieme e di dativo plurale, come ne ci? Se le osservazioni da me fatte sono
fondate, il no ne sarebbe rimasto a lungo, come la sua origine vuole, soltanto
accusativo plurale, ed il ci soltanto dativo. Più tardi invasero scambievolmente
l'uno il campo dell' altro, non senza, io credo, qualche influsso del ne mede-
simo, funzionante da avverbio. Quanto a ciô che sto per dire délia 2. persona,
temo di cascare addirittura nella metafisica : tutta via propendereî ad ammet-
tere che essa pure, in analogia colla 1., avesse il suo accusativo vo cd il suo
dativo, distinti : il dativo, come da *ecce-hic nella 1., poteva essere tolto qui
pure da un avverbio, « ibi », ed allora le due forme vo *ve — vos e vi = ibi
sarebbero state necessariamente tratte a confondersi nelF unico vi %
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COMPTES-RENDUS
Assai più scarsa è invece la messe per ciô che riguarda ie : tuttavia non sono
da dimenticare, oltre ail' insime, Orvito e richide dello H., il Rugiri =
Rugieri e Piro — Piero d'una carta sangemignanese del 1227, da me pubbli-
cata in appendice al mio articolo più volte citato e riprodotta nella Crestoma-
%ia del Monaci, pp. 31-32 ; nè un brive del Tristano riccardiano e d'una carta
pistoiese del 1339, nè un prigho del Tristano stesso e d'una carta fiorentina
del 1379, n ^ spido e dici d'una del 1381, nè un adivine d'un Trattato
di Mascalcia manoscritto, testo pratese ; e non sarebbero i soli. Il fenomeno è
dunque senza dubbio toscanissimo ; ed anzi io osserverô che solo dopo questa
esplicita afFermazione si possono capire perfettamente i già spiegati mio, Dio,
rio, cria e bue, i quali nelT iato trovarono solo una spinta novella, la causa,
dirô cosi, déterminante ma non già sufficiente per sé.
In un' importante nota il B. si studia di determinare l'antichita, che non
crede possa essere grande, dell' / intruso nei casi djulo, sjuno, ecc. : accenna
poi ad eserapî corne suorta, sottopuosti, suonno, dei quali sa troppo poco per
poterne ancora parlare : tuttavia e da essi e dal fatto dell' 0 stretto, benché
brève, in posizione, colto, cogliere, molle, morto, ecc., trae la conclusione che
« anche il castellano dittongô una volta Vô in posizione e quello da au ».
Abbiamo già visto citato anche dal Pieri sottopuosti, ecc. e che il dittongo da
au domina neir aretino ; ma non si potrebbe dire lo stesso per quello da 6 in
posizione.
VIII. L'antico castellano ridusse loro a lo, ro enclitico : sappiamo già che
tal fenomeno è anche più caratteristico pel senese.
IX. Nel mezzo di parola i seguita da // si espande in ji, e cosi pure in fine
di parola, anche se seguita da / semplice : beglico, moglica; bacegli, budegli,
cervegli; duogli, len\tiogH, ecc, fatto che, secondo il B., non è rappresentato
negli antichi testi , nei quali anzi il gli toscano è spesso scritto ///. Sarebbe
perô da vedere se questo /// non sia appunto una scrizione antica per gli,
come si trova talvolta nei mss. Il fatto, secondo il B., accenna già ad una
predisposizione venuta da tramontana, dove son comuni cavai, cavei, fasoi;
mentre « il toscano puro corse brevissimo tratto di questa via , limitandosi a
gli i articolo e gli pronome dal lat. ////, quegli quei, belli begli secondo le cora-
binazioni..., togli toi to y verbo ail' imperativo, ed a qualche altro che se ne
possa trovare ; e solo l'antico senese si spinse a tagli e quagli per tali quali, ed
a qualche altra simil forma incostante ed incerta : perocché non è da presu-
mersichc siano state mai toscane le forme capei, jigliuoi e simili dei poeti ».
A questc asserzioni c'è parecchio da opporre. Per l'antico senese puô rispon-
dere lo Hirsch, Zeitsclir., IX, 553, che s'andô assai più lontano di tagli quagli,
poiché in esso « i vocaboli in aie, ello, (u)ôlo, ecc. palatizzano nel plurale il
loro / semplice, come cardetiagli, fraicgli, figli(u)ogli » ; esempi de' quali dà
poi un numéro grandissimo nella Morfologia, ibid., X. 59-60 : animagli,
bancagli, capi tagli, cardenagli, carttagli, cavagli, convenluagli, decretagli, ecc,
abominevogli, avorcvogli amorcvoli, bisognevogli , vcnerabigli, ecc, agnegli, cam-
pamgli, cattdtgli, ecc; barigli, simigli, ecc; apôstogli, capitogli, diàvogli e via
Dialetti toscani
621
via. Lascio le forme in ai, cardenai, ecc., usate anche in prosa, perché meno
frequenti ; ma neppure per esse puô sorgere il dubbio che non sieno schietta-
mente toscane. Del resto, anche uscendo dal senese, in testi se non proprio
délia città di Firenze alraeno dei suoi contorni, potremmo trovare di -gli per
-// un* abbondanza assai grande, anzi fra i testi inediti da me visti e spogliati
ce n'è qualcuno dove il -gli ha un' assoluta predominanza.
XI-XJI. Il castellano tende a scempiare le consonanti protoniche : pochi
perô sono i casi in cui nelT indebolire le tenui vada più oltre del toscano
proprio : unico anzi è forse l'esempio ghiesa. Per d fognato tra vocafi, il B. cita
arcijecomo (sic) arcidiacono, ma in esso si tratta non di d ma di dj, cosa assai
di versa, corne mostrano tnetà medjetate-, S. Friano Frediano, aiiare adjutare :
più sopra, p. 32 n., egli aveva gii addotto aZ/tur* *attudircattutire, ponendogli
a riscontro matina, in molti dialetti maitino, che spiega col dissimilato * madi-
tino.
XIII. Il monosillabo pleonastico me précède sempre i pronomi, corne fa il
perugino tu o ta : ma me a me, ma te, me H, me qui, ma questo a questo :
sarebbe, secondo le informazioni che se n'hanno, ristretto aile popolazioni
umbro-celtiche, con uno strascico fra le urabro-toscane. Tra le forme ricor-
datenon trovo quelle senesi, di cui parlai più sopra, p. 603. Per l'origine questo
curioso me sarebbe da unire « con Tant. it. vie da « medio » in per me' la
ces ta y per me* la verga, e col mi di Messer Polo, che ha in mi-mar tempestato;
laonde me-qui, me-li, ecc, verrebbero a significare « qui in mezzo », ecc. ».
In nota ricorda il fiorent. per mê presso, allato, e Tant. sen. in met chi qui,
riferito del Boccaccio. — Notevoli sono le ricerche sulF estensione di « intus »
« intro » in Toscana, usato corne preposizione, nel senso di in. Nell' Alta
Italia si sa che è assai dirTiiso : cito solo il genov. inte Vinfernu, inf e canne
neir inferno, nelle canne, e cosi dicesi pure nelle Marche, nell' Umbria e nell'
Italia méridionale : in Toscana è veramente estraneo quasi alla sola Firenze,
nel contado délia quale nondimeno si ha quin-enti, anche quin-entri e quin-
entro, awerbî, e sin-enti lui « egli ancora ». Nel castellano prende la forma 'w tor,
cosi tor un anno, che sarebbe da « intro » e più sopra vedemmo in tur nel
senese. Ctr. Arch.glott. it., II, 445-46. L'iw&pisano, lucchese, pistoiese, corso,
in delV Arno, in délia fossa, non è altro, secondo la bella spiegazione del B.,
che il nostro a intus » modificato per confusione col segnacaso del genitivo.
Ma in tor, in tur avranno proprio un r etimologico ? Io credo piuttosto che si
tratti di int'un, donde intun un, intur un, col processo stesso di cor da con .
XIV. -ARIO dà *-âjo -ào, -ORIO -ojo : frequenti sono le forme in -oro,
-oro, che il B. attribuisce ad influsso romanesco. Per -ERIA, dopo citato il
tosc. gomta = aret. gomea *vomeria, aggiunge in nota che « quanto alla
chiusura délia tonica, per effetto dell' /, il toscano si spinge anche più oltre
in macia = ant. lucch. maceja *maceria, ed in qualche altro esemplare. Ma,
corne è dato scorgere dai numerosi esempî, raramente lo / determinô
la chiusa délia vocale, nello stesso castellano che vi sarebbe stato predisposto ».
Questa confessione ci indurrà a creder poco anche alla riduzione di -ej- in i
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622 COMPTES-RENDUS
nel noto macia, il quale corne già dissi, fu spiegato bene dal d'Ovidio colT at-
trazione del suffisso ~ia, attrazione che parrà tanto più verosimile, se si
considéra la rarità degli -eja.
XV, etc. Tutto sommato, il dialetto castellano si stringe in famiglia coi
dialetti toscani, più che con ogni altro, sebbene formi una sezione distinta
insierae con le parlate che si distendono tra Paltipiano etrusco e l'alta valle
del Tevere. La fonetica è toscana in tutto, tranne che nei fenoraeni espressa-
mente indicati; toscana la morfologia, la sintassi ed anche il lessico. Noto
raffermazione che -ieri lottô anticamente con -iere in tutte le parlate toscane :
sarebbe forse più esatto il dire che -ieri fu in tutte la forma più popolare,
eccettuato il fiorentino délia città ed il senese. Ed anche in Firenze stessa
non sarà stata in tempi non molto anteriori a quelli dei quali ci arrivarono
document! forma prédominante -ieri ? E non sarà stato poi espulso a poco
a poco, per il prevalere del tipo di terza, sing. -e, plur. -i? A pochi passi
dalla città, mettiarao nel pratese, -ieri conservé sempre il suo legittimo pre-
dominio. Poco più sotto, § XVII in nota, si parla di d, corne proprio di tutta
Toscana, tranne di Firenze; ma anche in Firenze si trovô esso sempre a fianco
di t/, benché questo ne' più antichi testi non appaia : cfr. Giorn. stor. d.
ktter. i/., X, 187-88.
XX. B B. nega — e a me pare troppo recisamente — la toscanità délie
forme in -ia 9 avia, pariano y etc., che dice provenzalismi (e perché non meri-
dionalismi ?). Accenna ail' impf. castell. dàa i siâa, al partie, daenie : quest'ul-
timo si unisce col fiorent. rust. e perug. dea stea> senese daeva staeva, e
risalgono ai teorici 'daere *statre. Non so se questo sia un modo corretto di
esprimersi : tali forme sono rifatte sul lipo traeva, traendo, corne già osservava
Io Hirsch. Il fiorentino dice ora davea stavea per attrazione di avea, facea, dove
non è da dimenticare che si ebbe pure il processo opposto , con ava avamo.
XXI. Antiche desinenze del perfetto : dettero e più spesso dissaro scrissaro;
eniaro andarono, ordinaro or dinar no, malriciâarono (ant. fior. -arono talora
•cro -omo, medio -orono -emo) ; vestiero y fiero fecero, podero; impf. cong. venis-
sarOy più rari trovassero e simili. Oggi dissono , scrissono; arribbon, factssono;
impf. indic. deveono. « Tanto basu per vedere che il castellano è oggi con
l'aretino nello stadio già corso dal fiorentino nel sec. xrv, con di più qualche
esagerazione; poiché questo aveva dicono dissono y oggi dicano dissano, ma
dù.ri*cmo y portâvono, ecc., che ora si odono soltanto al confine col dialetto
aretino, dovevano appartenere a varietà locali. » Per spiegar poi la contradi-
zione tra il castell. ant. -no e il mod. -no suppone il B. che già entrambi
vivessero anticamente Tuno accanto ail' altro nelT ambiente dialettale fra
Talto Tevere e la Chiana. Osserverô che, per quello che a me consta, le
forme fôrtom e dichvno furono nel sec. xiv anche dello schietto fiorentino ;
ma quelle in -<mo di perfetto, imperfetto congiuntivo e condizionale furono
precedute da quelle in -m> : cfr. più sopra p. 610. È notevole che -ero (-oro)
aveva attratto dapprima anche le forme del présente indic. cong. e impf.
indicati vo, giacché si trova pure réndaro rendano, portâvaro, ecc. Se poi la
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Dialetti toscani
623
trafila da me supposta -ero -oro -ono sia ammissibile anche pel chianaiuolo
non so ; ma è forse più probabile che Y -ono fiorentino passasse prima a Siena
e poi più oltre, sovrapponendosi ai lipi indigeni locali. Certo nelle desinenze
verbali c'è ora in Toscana un livellamento, dal quale era nei prirai secoli
loDtana.
XXII. Congiuntivo. L'antico trieh traggale è dal B. ridotto a trdja-le,
ponendogli a confronto Tant, tresse per traesse, il quale significa dawero assai
poco. È invece da tria-le , giacché, come abbiamo visto, anche a Siena c'era,
accanto a tro traggo, un tria tragga, rifatto su dia stia. Un ai passato in i,
confesso che mi persuade anche meno delT -ej- in -t- di macia. — Invece di
dea stea l'A. trova in ogni secolo dia stia, e piuttosto che ad attrazione di sia
egli penserebbe, contro il Diez e il d'Ovidio , ad anteriori *deja *steja. Ripeto
che taie chiusura di -ej- non si puô ammettere, finché non se ne diano esempî
più sicuri : inoltre dea stea esistettero nelT ant. fiorentino accanto a dia stia, e
questa seconda appare forma alquanto posteriore ; ma *deja *sieja, che rappre-
senterebbero il punto di passaggio dalT una ail' altra non si trovano mai, nè
il fiorentino urbano conobbe Yj estirpatore d'iato.
XXIV. Ottativo. Ant. aret. -ta -eano, ant. castellano sempre -ta, ora
-ibbi, ecc, urribbi, podaristi, ecc. Il B., assai meglio del Pieri, spiega Yi di
urribbi ecc. colT influenza di ia, cosicché questo -ibbi ecc. sarebbe come un
compromesso tra Tant, -/a e il mod. *-ebbi ecc.
XXV. Noto in questo numéro, oltre alla spiegazione di fuoro, sicil. foro
fuerunt, con Pattrazione dei tanti -ho-, una fiera corica contro il povero josti
fossi fosse, sostituiti a fusti fussi fusse : il B. adopera invero sempre le forme
con u, contro Fuso générale italiano. Secondo lui fosti fosse non è nè fu mai
popolare in Toscana , come non è per la più parte dei dialetti italiani ; è
inammissibile per le leggi fonetiche e per quelle delT analogia; se si trova in
testi del trecento non è che per servile imitazione del provenzale, dal quale
passé poi a sciupare le grammatiche italiane. Veramente se l'uso letterario
voile cosl, è fatica perduta pigliarsela con esso, anche se ha torto ; ma il vedere
che perfino nel citato te?to del 121 1 occorre sempre fosse tranne una o due
yolte, induce a dubitar molto délie affermazioni del B., giacché per quel testo
e per quel tempo rimitazione provenzale non puô parère possibile. Quanto aile
leggi fonetiche, poiché Yu di « fuisti » è brève e Yi dev* esser caduto prestis-
simo, non si vede come sieno violate. Cfr. Arch. gbtt. it., IX, 40-41 e
Zeitschr. f. roman. Phïl., VIII, 100.
XXVI. Il castellano moderno ha sempre esse rende per esser e rendere, kgi
vogni per îeggere ungere; ed il B. ci vede un influsso umbriano e roma-
nesco, perché il -re non si stralcia mai ad Arezzo, nella Chiana e nel fioren-
tino, bensi si assimila il -r alla consonante seguente, nelT interno del
discorso. Pel fiorentino certo la cosa è vera ; ma nel senese moderno, se ho da
credere a certi dialoghetti che traggo dal Mira-Mira, giornaletto di Siena,
Tinfinito si tronca anche in fine del discorso o nelP interno di esso, davanti a
vocale. Cosl : O che gli fha adà? — sen\a pensà a tante scuse — fatti legge V
624 COMPTES-RENDUS
çiornak — Bisogna 'ascà. — Lasciatelo dl. — Pel senese antico vedi sopra
p. 610. Si pu6 adunque, anche per dialetti toscani, ammettere un vero tron-
caraento, sorto nei dialetti stessi, e tutt* al più si puô cercar di spiegarlo,
partendo dalla supposizione che, perdutasi a poco a poco la coscienza che
nelT interno del periodo il -r fosse assimilato, l'apparente troncamento si
estendesse pure a tutti gli al tri casi.
XXVI. Appunti sintattici. Trova, riguardo aile particelle, osservabile il
costrutto dtnante-da-\oro : in nota perô lo dice non estraneo al toscano pretto
e cita un eserapio pisano. Io credo che si dovrebbe dire piuttosto che dinan^i
da è nei tesù* toscani antichi, anche fiorentini, senesi, ecc, la forma preva-
lente e potrei citarne esempî numerosi.
Nei terzo ed ultimo capitolo (o meglio capitolo unico délia seconda parte,
pp. 59-101) TA. tira le somme délia sua paziente ed acuta ricerca, per conclu-
dere intorno al fondo etnologico del dialetto. Riassume i risultati ottenuti
circa i caratteri umbri , che riconosce assai deboli ; poi circa i più importanti
celtici, e d'accordo coll' Ascoli, ammette che il fondo del castellano, corne
delT aretino, sia umbro-senone. Ma Y Ascoli aveva posto il quesito se l'elemento
gallo-italico vi pénétrasse per le valli délia Foglia e del Metauro, o invece vi
si insinuasse dalla Romagna. Il B. con buone ragioni geografiche e lingui-
stiche (tra le quali la più notevole quejlajdeUa ^orenrim^d d^ Casentino, sul
dialetto del quale sFlianno qui svariate ed importanti nqrizièjconclude che
f Ascoli, mirando fin dal principio aile valli del Metauro e délia Foglia, aveva
seguito una délie felici intuizioni del genio.
Seguono ricerche assai curiose ed ardite sul modo in cui i Sènoni , nono-
stante la non lunga durata délia loro dominazione, poterono influire cosi
robustamente sulle popolazioni, tra le quali s'erano stabiliti ; ed il B. si studia
di dimostrare che essi, anche dopo la vittoria dei Romani, non furono
distrutti, ma bensl venduti in grande moltitudine corne schiavi, soprattutto
nei luoghi che prima occupa vano, ai proprietarî ed ai fîttaiuoli. Essi vissero
cosi dapprima « corne pastori, dal bastonefatti posciapiù o meno agricoltori »,
e si mischiarono infine « in lungo corso di secoli con la popolazione indigena
dei proprietari e dei liberi coloni » (p. 79). Anzi il B. non crede che, senza
Tipotesi d'una grande agglomerazione di schiavi in determinati territorî, si
possano spiegare certi fatti linguistici, e in primo luogo Tesistenza di caratteri
gallo-italici negli Abruzzi e più oltre a mezzodl. Ora la causa alteratrice dei
suoni latini dovette comunicarsi dapprima ai contadini indigeni e romani
conviventi coi Celti, e non poté agire che tardissimo nelle città. « D livella-
mento dialettale nei contadi dovette compiersi sotto la comune ignoranza e
servitù barbarica e feudale, e tra campagne e città (le quali non avrebbero
mai potuto, per sé stesse, assumere un* impronta gallo-italica) sotto i governi
comunali, per la successiva inurbazione di contadini, che poi vennero a
formarvi l'intima plèbe » (pp. 81-82). Il terri torio già occupato dai Senoni,
presentô tuttavia da principio l'aspetto d'una scacchiera, ma questa dové
prendere poscia un colore dialettale uniforme per la stretta vicinanza e il
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Dialetti toscani 625
contatto di popolazioni diverse ; mentre non si potrebbe ammettere che, per
questa medesima causa, i caratteri gallo-italici si estendessero mai troppo
oltre i confini primîtivi.
Altre domande si pone in seguito il B. e da tutte dà risposte, non dico défi-
nitive, ma certo assai ingegnose : perché l'elemento gallo-italico si mostra cosi
ristretto nel territorio di Chiusi, che, stando ail* antico racconto, sarebbe stato
il solo in questione coi Galli? Donde viene che il castellano « più viçino al-
Tumbriano centrale e più lontano dal pretto fiorentino, onde è separato per
mezzo del chianaiuolo, sia meno umbriano e più fiorentino di quest' ultimo? »
(p. 90). E questa potente vena toscana gli scende dal Casentino, formandovi
s^ttostratVFsoprastrato ail' elemênto" celtico ? La risposta è affermativa e la )Ç
dimostrazîonê tende a provare che un ramo tosco dovesse spingersi nella più
alta valFe del Tevere, « anch' oggi in parte afFatto tcscana » (p. 96). Da una
testimonianza di Polibio resta accertata la lunga soprawivenza di tribù appenni-
niche tosche ed umbre, soprawivenza non solo materiale, ma anche politica,
individualmente distinta; e vison nominati espressamente i Sarsinati. Ora
chi furono questi? Se in quel gruppo appenninico « non vi furono in massa
veri etruschi , vi dovette essere per lo meno un popolo italico , situato , nella
scala délie immigrazioni, tra gli Umbri e gli Etruschi, dalla invasione di
questi ultimi sospinto tra le gole dei monti orientali, ed in parte anche a
mezzodi, e per la medesima causa accomunato nella fortuna, e poscia confuso
nella storia, con gli Umbri » (p. 98). Nella conclusione TA. invita gli
studiosi a rivolgere la loro attenzione ai nodi délie montagne, dove s'accen-
trano i nodi délie questioni etnologiche.
In tutto questo lavoro, io ripeto, aile pazienti ecTacute ricerche dialettali,
s'uniscono indagini storiche accurate, giudiziose, piene di solida dottrina.
Non dirô che le conclusioni sieno tutte ugualmente sicure ; riconoscerô anzi
che talvolta l'ardimento è un po* troppo grande e che qua e là pare di sentirsi
mancar sotto il fondamento sul quale tutto riposa. Ma per lo più il passo non
è mosso innanzi senza aver prima ben scandagliato il terreno e munita la via,
cosicché a chi crede ail' importanza dei substrati etnici nella determinazione
dei varî linguaggi, il lavoro del B. sembrerà un ottimo tentativo, in buona
parte nuovo e degno d'essere imitato, di applicare con più insistente e più
minuta cura l'indagine linguistica alla risoluzione di problemi etnologici, i
quali si sottraggono ail* osservazione immediata délia storia.
* E. G. Parodi.
Remania. XF1II.
40
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PÉRIODIQUES
I. — Zeitschrift fur romanische Philologie, XIII, 1-2. — P. 1. Werth,
Altjran\œsische Jagdlehrbûcher (suite et fin). — P. 35. E. Bechmann, Drei dits
de l'ame, aus der Handschrift Ms. Gall. Oct. 28 der Kœnigl. BibL %u Berlin. Ces
trois dits sont des œuvres mystiques, en douzains (aabaab bbabba), qui ont
été certainement composés dans quelque béguinage de la Flandre ou de la
région voisine. Ils sont tirés d'un ms. du commencement du xive siècle
récemment acquis par la Bibliothèque de Berlin du libraire Quaritch, à
Londres. Ces trois poésies ne semblent pas se retrouver ailleurs, à part
quelques couplets de la troisième qu'on connaissait par un ms. de Bruxelles.
L'éditeur a placé à la suite de ces textes des notes assez élémentaires qu'il eût
mieux valu disposer en forme de glossaire. La description du ms. est mal
entendue. Le ms. de Berlin contient un assez grand nombre d'opuscules
pieux en prose française, qui doivent être en grande partie traduite du latin
et dont on a très probablement d'autres copies. Je ne reprocherai certainement
pas à l'éditeur de n'avoir pas identifié ces opuscules, mais j'aurais voulu qu'il
donnât au lecteur le moyen de les identifier. Il ne suffit pas pour cela de
transcrire une rubrique, qui peut varier selon les mss., il faut donner les pre-
miers mots du texte. C'est ce que l'éditeur a fait exceptionnellement pour le
traité de la messe (p. 38), qu'il m'est dès lors possible d'identifier avec un
traité dont plusieurs mss. ont déjà été signalés (Romania, VI, 10; Btdl. dt la
Soc. des anc. textes, 1886, p. 45). Pour la Plainte de Notre Dame (p. 37-8), il
fallait renvoyer au Bullet. de la Soc. des anc. textes, 1885, p. $0. — P. 85.
H. Andresen, Bruchstùck aus dem altfr. Roman a Atnadas et Ydoine ». Deux
feuillets de parchemin tirés d'une reliure. L'écriture est anglo-normande et
appartiendrait, selon l'éditeur, à la première moitié du xin« siècle. Ce fragment
serait donc antérieur au ms. (B. N. fr. 375) d'après leque/ Amadas a été
publié, qui est daté de 1288. Toutefois certaines des particularités linguistiques
que M. Andresen relève dans son fragment me portent à douter qu'il soit
réellement aussi ancien. Notons en passant qu'il n'est pas très exact de dire
qu'e est pour ci dans saver. Le fait est qu'en Angleterre les infinitits normands
aveir, poeir y saveir, voleir, ont été de bonne heure, avant les autres verbes en
-eir, assimilés à des infinitifs de la première conjugaison. Ce fragment fournit
un certain nombre de leçons meilleures que celles du ms. de Paris, mais il en
a aussi de mauvaises. Il apporte une preuve de plus du succès qu Amadas a
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PÉRIODIQUES 627
obtenu en Angleterre 1 . L'éditeur aurait dû placer en marge (ce n'était pas la
place qui manquait) la correspondance avec les vers de l'édition. — P. 98.
R. Otto, Die Verordnung fur den gottesgerichtl. Zweikampf \u Barcdona.
Ordonnance sur le duel judiciaire publiée avec des commentaires d'après le
ms. du Vat. Ott. 3058, duquel M. Otto a déjà Imprimé quelques brefs extraits
dans les Modem Language Notes. J'ai montré, à propos de cette dernière
publication (ci-dessus, p. 187), que les textes édités par M. Otto méritaient
peu de confiance. Il y aurait bien à dire au sujet de celle qu'il nous donne
présentement, tant sur la façon dont le texte est publié que sur le commen-
taire. Je me borne à faire remarquer que l'édition des Usatici de Barcelone
indiquée p. 109 n'est point unique, comme le croit M. O.; cette loi a été
réimprimée dans les Constitutions de Cathalunya, dont il existe plusieurs édi-
tions, et en dernier lieu par Giraud dans ses Essais sur Thistoire du droit français,
II, 468. — P. 115. A. Feist, Mitteihtngen ans celteren Sammlungen italienischer
geistlicher Lieder . Table d'incipit, au nombre de 1 381 , classés par ordre alphabé-
tique, et dressée d'après un assez grand nombre d'anciens imprimés et de mss.
(travail posthume). — [P. 186. Tobler, Vermischte Beitrage \ur fran\. Grammatih,
neue Foîge. 10. Observations complémentaires sur une remarque faite il y a long-
temps par l'auteur et capitale pour l'histoire de la syntaxe, à savoir que l'ancien
français n'emploie les pronoms personnels sous leur forme atone ni devant un
infinitif, ni devant un gérondif, ni devant un participe passé; M. T. cherche
ici à retrouver les plus anciennes traces de l'usage moderne, qui admet ces
pronoms devant l'infinitif et le gérondif, mais non devant le participe passé ;
chemin faisant, il présente plusieurs remarques importantes, par exemple sur
l'omission fréquente en ancien français du pronom réfléchi devant le gérondif
des verbes réfléchis (Cil a merveilles se seignierent Et en seignant se merveïl-
lierent). — 11. Explication de diverses locutions composées d'une proposition
commençant par se (= si), et d'une proposition principale qui ne paraît pas
être en rapport logique avec la première (S'il i eussent tousjours pris leur avis,
S'est Vuns de r autre noblement envaïs; S'il eussent esté pendans A une perche en
bon essor. Si oleient il mieus encor; Mais, se Diex et ses sain% Vavoient tout juré,
Si ferai je de vous tout a ma volenté). — 12. Etude extrêmement pénétrante et
circonspecte des cas, nombreux en ancien français, encore assez fréquents en
français moderne, où l'article défini manque devant des substantifs où il sem-
blerait indispensable. Les explications de l'auteur sont variées suivant chaque
espèce; toutes sont fort plausibles; j'inclinerais peut-être un peu plus que lui
vers l'explication générale de ces formules comme d'archaïsmes remontant au
latin vulgaire. — 13. Remarques aussi fines que profondes, mais qu'il est
1. Hippeau, l'éditeur du Doème français a réuni quelques preuves de la
popularité àZAmaàas outre Manche. On en pourrait ajouter d autres : ainsi
« Idoine and Amadas » sont cités dans le Cursor mundi (Warton, ed. 1824, 1,
127) et « un volum del romaunce de Amase e de Idoine » figure dans le
testament souvent cité et publié de Gui de Beauchamp comte de Warwick
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PÉRIODIQUES
impossible d'analyser brièvement, sur l'emploi de que dans certaines phrases
subordonnées (on rappelait encore qu'il était déjà loin), et diverses constructions
qui s'y rattachent. — P. 212, Lang, Notas de philologia portuguesa ; particula-
rités du langage des Açores. — P. 217, Lang, Tradicôes populares açorianas;
rien de très intéressant. — G. P.]. — P. 225. C. Appel, Der provenialische
Lucidarius. Sous ce titre mal choisi M. Appel étudie YElucidari de las pro-
prietats de totas res naturals dont l'unique ms. est à la Bibliothèque Sainte-
Geneviève. On peut dire de ce travail ce que l'auteur dit de ceux de ses
devanciers : qu'il n'apprend rien de neuf. On peut même ajouter qu'il ne dit
pas tout ce qu'on savait. M. A. établit que YElucidari est traduit du De pro-
prietatibus rerum de Barthelemi l'Anglais. Mais nous le savions. Il cherche à
démêler si cette version a été faite pour Gaston Phœbus (f 1 391) ou pour
son prédécesseur Gaston II (f 1343). Il se décide pour le premier, et il a pro-
bablement raison ; mais il invoque un bien mauvais argument quand il dit
que, du temps de Gaston II, l'original latin n'était probablement pas écrit,
Barthelemi l'Anglais ayant vécu dans le milieu du xiv« siècle. Or il a été
établi il y a longtemps, et confirmé récemment par de nombreux arguments,
que Barthelemi l'Anglais écrivait au milieu du xin e siècle M. A. décrit, avec
assez d'inexpérience, le ms. et y relève à la fin la devise « fay belle daine »,
dont il ne sait que faire. La Rotnania a pourtant, et à deux reprises*, fait
savoir que c'était la devise du comte de Foix Jean de Grailli. M. A. étudie la
langue de YElucidari, mais ne tire de cette étude aucune conclusion, sous pré-
texte que « notre connaissance de la géographie linguistique du provençal
est encore peu étendue » (p. 232). En ces matières il convient de parler pour
soi. Le travail de M. A. consiste essentiellement en extraits rapprochés du
texte latin et de la version française (citée d'après des imprimés) de Corbi-
chon. Entre autres passages M. A. cite le chapitre consacré par Barthelemi à
l'Angleterre, où se trouvent les vers biens connus Anglia terra ferax et fertilis
angulus orbis, etc., qui ne lui inspirent aucune remarque. Disons donc en
passant qu'ils sont de Richard de Cluni ; M. Wattenbach les a publiés d'après
une copie de Pertz, sans en savoir l'origine. Voir ma préface au Débat des
Hérauts a" armes de France et d'Angleterre, p. xiv. — P. M. — P. 253 , F. Schulze,
Rœmiscbc Rilornelle. Collection de 410 ritornelli, recueillis de 1870 à 188c et
pour la plupart nouveaux.
Mélanges. I. Histoire littéraire. 1. P. 291, Feist, Zu Gaston Paris Poème
inédit de Martin Le Franc : les passages de Y Hôpital d'Amours et du Champion
des Dames cités Rom., XVI, 410, ne prouveraient pas qu'Alain Chartier ne
soit pas l'auteur de Y Hôpital et fût mort avant ; cette hypothèse peu vraisem-
blable est faiblement appuyée. M. F. y joint quelques bonnes remarques sur
le Champion. Notons que, dans Y Hôpital, pour le senechal des Charretiers il faut
lire, avec les mss., des Hennuyers : il s'agit de Jean de Werchin, sénéchal de
1. Hist. litt., XXX, 3S35, art. de M. Delisle.
2. XIV, 227 (où il est traité de YElucidari) et XV, 611.
PÉRIODIQUES
629
Hainau. — 2. P. 294, Zenker, Zu Guilhem Adetnar, Eble d'Uisel und Cercal-
mon; la partie la plus intéressante de cette note concerne la tençon entre
Guilhelmi et Cercalmon, que M. Zenker, dans son ouvrage sur les tençons,
avait datée, d'accord avec M. Rajna {Rom., VI, 119), de 11 37 et considérée
comme la plus ancienne tençon conservée. L'auteur rend maintenant à peu
près certain que Cercalmon est une faute dans le ms. unique et que l'interlocu-
teur de Guilhelmi est Raimon de Miraval , ce qui avance d'une cinquantaine
d'années la date de la pièce. — II. Textes. P. 300, Lauchert, Bruchstûck ciner
Bearbeitung des Trésor des Brunetto Latini; fragments trouvés à Strasbourg dans
une reliure, et dont le rapport exact avec le Trésor n'est pas bien clair ; ils se
rapportent à la partie morale. — III. Exégèse. 1. P. 307, Gaspary, ploier le
corjon; cette expression (Ivain, v. 5916) signifie évidemment quelque chose
comme « escamoter, jouer d'adresse » ; l'auteur la rapproche d'expressions
analogues en provençal et en italien, et pense qu'il s'agit du giuoco délia
gherminella, décrit dans la nouv. 69 de Sacchetti. Cela ne paraît pas bien
assuré : les expressions alléguées ont besoin d'être examinées de près, et il
faudrait en rapprocher celle de boute-en-courroie, « escamoteur, » qui ne semble
pas indiquer un tour comme celui dont il s'agit dans Sacchetti. — 2. P. 309,
Lang, San Secreto, explication d'une locution facétieuse employée par
Calderon et d'autres. — P. 310, Levy, Zu Raimon Vidal 1 s Novelle: Abrils isst
e mays intrava; propositions de corrections au texte. — IV. Grammaire. 1.
P. 317, Schuchardt, Hiatustilgung . A propos de l'explication du roumain
steaoa, discussion, contre M. Tiktin, de ce qu'il faut entendre en réalité par
« Hiatustilgung » et de quelques principes généraux de linguistique. —
P. 319, Sander, Der Uebergang des spanischen j vom Zischlaut \um Reibelaut ;
explication physiologique. — 3. P. 322, Behrens, Norm. non, nou, no = n'on.
Cette forme viendrait, non pas comme je l'ai supposé, de Ten, mais de (u)n on.
Les cas parallèles allégués ne sont pas identiques, et on n'a pas d'exemples
de un bon (il faudrait, à l'époque ancienne, uns lxm, à l'époque moderne, un
fjomme) dans le sens de on, Von. — V. Etymologies. 1. P. 323, Horning,
Fran^àsische Etymologien : suie (ramené à sûcida devenu au moins dans une
partie de la Gaule sûdica; il reste encore quelques difficultés), courtier (se
rattacherait à currere, a cause du sens de couratier dans plusieurs patois;
mais ce sens peut très bien s'y être développé par ètymologie populaire ; il
faudrait connaître plus exactement l'histoire ancienne du mot en français et
en italien). — 2. Gaspary, Altfr. pce, « pitié'. » Ce mot singulier est bien
attesté dans ce sens (voy. Godcfroy) ; M. G. en fait très ingénieusement un
substantif verbal de pechier, le péché pouvant désigner le malheur, ce qui esl
certain, et le malheur la pitié, ce qui paraît plus douteux. M. G. remarque
lui-même qu'il est étrange que pce ne se présente qu'avec le sens de « pitié »,
jamais avec celui de « péché » ni de « malheur ». J'ajouterai que peccare a
un e fermé : on ne trouve pas en wallon pieche ni en esp. pieca pour peccat;
au contraire l'a.-fr., à côté de pec, nous présente pue, qui indique pour èty-
mologie un mot où Ye était ouvert.
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PÉRIODIQUES
Comptes-rendus. P. 327, Montet, La Noble Leçon (Levy). — P. 328,
Romania, oct. 1888 et janv. 1889 (W. Meyer, Tobler; ce dernier fait des
réserves générales sur le classement des mss. de Troie (proposé d'ailleurs ici
à titre purement provisoire), rapproche du thème des « Jours d'Emprunt »
une poésie de G. Keller, ajoute un nouvel exemple d'estaler et le rapproche
de l'ail, stallen, suppose que dans avoir son alevin courant le mot alevin
désignait à l'origine toute espèce d'élevage). — P. 331, Revue des langues
romanes, juillet-décembre 1887, janvier-sept. 1888 (Levy : corrections au
mystère de Saint Pons et à d'autres pièces provençales publiées dans ces
cahiers). — P. 340, Giornale storico délia letteratura italiana, vol. XII, fasc. 3
(Gaspary).
Livres nouveaux. P. 343. Monaci, Crestoma\xa italiana, I; Sundby,
Letture italiane, II ; Salvioni, La Storia di Apollonio di Tiro; Monaci, La
Gemma pur pur ea ; Amalfi, // primo libro délia Composition del mondo di Ristoro
d\4re%io; Dante 1 s Gôttliche Comédie ûberset\t von Gildemeister (dépasse de
beaucoup toutes les traductions antérieures) ; Fay, Concordance of the Divina
Commedia (très précieux); Sixth Report of tlx Dante Society; Fortier, Bits of
Louisiana Folk-Lore ; Camus, Lopera salernitana « Circa instans » (un ms. du
Grant Herbier se trouve à Paris dans le n° 623 du fonds français de la Bibl.
Nat.); Camus, Alcuni frammenti in diaktto piccardo delV Etica di Aristoteh;
Young, Sprhklig XJndersokning af La Vie saint Grégoire; Jarnik, Neuer
vollslàndiger Index \u Die%; Transactions of the Modem Language Association of
America, I-II ; Revue Celtique, IX, X, 1-2. — Annonce des Reliques scienti-
fiques d'Arsène Darmesteter. G. P.
II. — Romanische Forschungen, III (1887). — P. i, Cloetta, Poème moral.
Nous avons longuement rendu compte de cette importante publication. —
P. 269, Zupitza, Welcher Text liegt dcr altenglischen Bearbeitung der Er^Mung
von Apollonius von Tyrus \u Grunde ? — P. 280, Zupitza, Eine Conjectur
Aldhelm. — P. 281, Voigt, Florikgium Gottingcnse (supplément p. 461-464),
Recueil latin de sentences et proverbes , la plupart en deux vers , compilé au
Xivc siècle, sans doute à Paris (voy. les nos 85, 343). L'éditeur y a joint une
indication des sources qui atteste beaucoup de lecture, mais qui pourrait
encore être enrichie, notamment du côté français. Les vers 1-10 présentent
une variante de la parabole très connue du Mariage des filles du diable. Il serait
désirable, comme le dit M. Voigt, que les recueils de ce genre qui existent en
si grand nombre dans nos manuscrits fussent publiés et étudiés comparative-
ment. — P. 315, Huemer, Zur Geschichte der mittellateinisclxn Dichtung :
Warnerii Basiliensis Synodicus. Gamier de Bàle , sans doute dans la seconde
moitié du xf siècle, a composé deux poèmes, le Synodicus (défiguré au
Moyen Age en SyJonius) et le Paraclitus. U est cité avec éloge par Eberhard
l'Allemand (que les savants allemands persistent à tort à confondre avec
Evrard de Béthune) dans son Laborintus, par Gautier de Vinsauf et par Hugo
de Trimberg dans son Registrum tnultorum auctorum (curieux poème que
PÉRIODIQUES 63I
M. Huemer vient de publier dans les Mémoires de l'Académie de Vienne). Le
Paracïitus est encore inédit dans un ms. de Berlin ; le Synodkus est conservé ,
mais incomplètement, dans un ms. de Vienne, d'après lequel M. H. le publie.
C'est une composition imitée de YEcloga de Théodule, où, sous la présidence
de Sophia, Thlepsi et Neocosmus racontent les merveilles, l'un de l'Ancien,
l'autre du Nouveau Testament. — P. 331, Rônsch, Lexikalische ExcerpU ans
xveniger bekannten îateinischen Schriften (3 e série). — P. 337, Fritzsche, Die
lat. Visionen des Mittelalters bis %ur Mitte der 12. Jahrhunderts (fin). Ce travail
contient l'analyse des visions qui ont pour objet la peinture imaginaire de
l'enfer, du purgatoire et du paradis ; il paraît assez complet pour les textes
imprimés et pourra rendre des services ; mais on n'y remarque rien de bien
nouveau. Il s'arrête à la fameuse vision de Tungdal. — P. 370, Patzig, deux
formules latines contre les vers, etc., d'après un ms. de Berlin du xm e siècle.
— P. 371, Rônsch, Etymologische Miscelîen. Remarques sur les mots italiens
gattero et gattice, fistella, frusco, gallare, greggio, gru^p, guitare, lercio etgua-
lerciûy dont aucune n'est probante. — P. 363, Dunker, Zu Jehan le Marchant.
La collation de l'édition Duplessis est utile , en attendant une édition nou-
velle ; les remarques sur la langue et la versification prêteraient à un grand
nombre de critiques. — P. 403, Varnhagen, Der germanische Siamm klap
im Romanischen. Recherches érudites et pénétrantes sur un grand nombre de
mots romans qui remonteraient à ce thème (entre autres fr. clapier , claquer ,
éclater, esclace, it. chiappare, caleffare) ; mais les résultats sont bien douteux, et
il ne paraît pas même certain que klap soit originairement germanique. —
P. 415, Peretz, Altproven^alische Sprickwôrter mit einem kur^en Einblick auf
den mhd. Freidank. Ce recueil de proverbes, extrait des écrits des troubadours,
a le mérite d'être le premier qu'on ait tenté; il est mal ordonné, et les
recherches n'y sont pas commodes. Les remarques qui servent d'introduction
sont intelligentes (on ne croira pas avec l'auteur que reprochier réponde à
reciprocare), et les rapprochements avec des sentences allemandes de
Freidank curieux. — P. 458, Rônsch, Etymologische Miscelîen. Lat. girba (mor-
tier), futare, fr. blasen y it. ceffe; rien de solide. — P. 465, Wrobel, Zur
kteiniscfjeti Lexikographie. Liste de mots du latin médiéval extraits du Graecis-
mus d'Evrard de Béthune. — P. 473, Fass, Beitràge \ur fran^ôsischen Volksety-
mologie. On ne peut refuser à ce travail un certain mérite , en ce qu'il est la
première étude d'ensemble faite sur le sujet, mais ni la méthode ni l'exécution
ne méritent d'éloges. L'auteur travaille de seconde main, sans la critique et
la circonspection qu'il faudrait ; il suit un ordre externe tout à fait défectueux ;
il confond les faits les plus distincts, et n'a pas à beaucoup près la préparation
nécessaire; en somme, son essai servira surtout à montrer combien une
sérieuse étude du sujet pourrait donner des résultats intéressants. — P. 516,
Baist, assestare, jorgina; remarques complémentaires sur des étymologies
données dans la Zeitschrift (V, 244; VII, 122). — P. 517, Grûnberg, Der
objective Accusativ in den àltesten fran^psischen Sprachdenkmalen mit besonderer
Berûcksichtigung des Lateinischen. Ce travail parait fait avec soin et méthode :
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PÉRIODIQUES
il concerne essentiellement l'emploi des verbes en ancien français comme
transitifs , et il présente beaucoup de faits qui intéressent vraiment l'histoire
de la langue. On ne pourrait l'apprécier dans le détail que par une étude
minutieuse ; mais on peut le recommander dans l'ensemble. — P. 633,Voigt,
Proverbia Rustici : 76 vers latins publiés, avec un excellent commentaire,
d'après un ms. de Leide (d'origine parisienne) du xin e siècle. — P. 642,
Baist, quelques rapprochements et remarques sur le conte des Manteaux
étudié dans la Romania, IX, 61$. — P. 643, Baist, brucolaque : recherches sur
la plus ancienne apparition en Occident (fin du xvi« siècle) et le sens propre
de ce mot slave. — P. 644, Baist, jeja (cf. Zeitscbrift, X, 172).
III. — Bulletin de la Société des anciens textes français. 1888, n° 2.
— P. 72-95. P. Meyer, Notice du ms. 770 de la Bibliothèque municipale de Lyon,
renfermant un recueil de vies des saints en prose française. Ce ms., jusqu'à pré-
sent à peu près inconnu, a été exécuté dans le Nord de l'Italie au commence-
ment du xivc siècle. On y trouve, sur un feuillet de garde, un sonnet italien
qui a naguère été publié par A. Thomas, d'après un manuscrit de Florence
(voy. Rom., XII, 409). Il a du être écrit par un prisonnier italien, comme on
peut l'induire de quelques mauvais vers français ajoutés à la fin par le copiste.
A ce propos l'auteur de la notice énumère un certain nombre de mss. copiés
dans les prisons d'Italie. Le ms. de Lyon renferme dix-sept légendes en prose
française, dont une, la Vie des sept dormants, ne paraît pas se rencontrer
ailleurs. Cette notice, celle du ms. 772 de Lyon, publiée dans le même
Bulletin, en 188$, et la notice du ms. d'Arras imprimée dans le t. XVII de
la Rotnania, se complètent l'une par l'autre et comprennent à peu près tout ce
qu'on sait jusqu'à présent des légendes françaises en prose.
IV. — Il Propugnatore (nuova série). Periodico bimestrale diretto da
Giosue Carducci, compilato da A. Bacchi della Lega, T. Casini, C.
Frati, G. Mazzoni, S. Morpurgo, A. Zenatti, O. Zenatti. (Bologna,
Romagnoli dell'Acqua). — Nous avons déjà annoncé la publication de
cette nouvelle série du Propugnatore (Rom. XVII, 320). Nous en rendrons
compte aussi régulièrement que nous le permettront le temps et la place dont
nous disposons. Constatons dès maintenant que, s'il y a dans les fascicules
dont nous allons parler quelques articles un peu prolixes (c'est un défaut
dont peu de savants italiens savent se garder) , pour l'ensemble la nouvelle
série est notablement supérieure à la première.
N° 1. T. I, i re partie 1 (janv.-fév.). P. 5. Programme. — P. 7. Carducci,
Rime antiebe da carte di archivi (premier article). Morceaux de poésies, de
1 . Nous ne voyons pas l'avantage qu'il peut y avoir à diviser les volumes
en deux parties ayant chacune une pagination propre. C'est une complication
inutile.
G. P.
PÉRIODIQUES 633
valeur inégale, en général assez faible, tirés de registres de notaires, de
livres municipaux, de recueils de statuts, etc. M. Carducci avait déjà tiré
maint document littéraire de manuscrits de ce genre. Les notaires italiens
aimaient à remplir les blancs de leurs registres avec des pièces de vers de leur
composition. De plus en plus on acquiert la preuve que la poésie italienne,
spécialement toscane ou bolonaise du xme et du xiv e siècle a été le délasse-
ment de fonctionnaires lettrés. Il en était tout autrement chez nous. Cette
fois M. Carducci communique quelques proverbes, des ballades, des chan-
sons, etc. — P. 18. S. Morpurgo, Detto (Tamort, antiche rime imitate dal
« Roman de la Rose ». Nous avons rendu compte de cette publication (Rom.
XVII, 640). — P. 62. E. Rœdiger, Dichiarayone poetica delTlnferno dantesco,
di fraie Guido da Pisa (premier article), d'après le ms. add. 3 1918 du Musée
britannique. En tercets italiens, avec commentaire latin. — P. 93. D. Manto-
vani, // disdegno di Guido Cavalcanti (lnf. X, 62-3). Dans le vers fameux
Font cui Guido vostro ebbe a disdegno , le mot cui rappellerait per qui du vers
précédent, c'est-à-dire l'enfer même à travers lequel Dante et son guide
voyagent. C'est bien invraisemblable. On trouvera plus loin, dans le compte
rendu d'un opuscule de M. d'Ancona, une autre interprétation du même
passage. — P. 108. E. Teza, Corne si possa leggere il « Cantico del sole ». —
Miscellanea. P. 118. T. Casini, Gugliehno Berardi (secolo XIII). Témoignages
tirés de documents officiels sur ce notaire florentin, de qui l'on possède
quelques poésies. — P. 121. A. Solerti, Aie uni frammenti délia « Gerusalemme
liber ata ». — P. 127. L. Gentile, Lautore délia Cronachetta di san Gemignano
in ter%a rima. — P. 132. G. Mazzoni, Luca 0 Luigi Pttki? — Bibliografia .
P. 137. Supplemento aile « Opère volgari a stampa dei sec. XIII t XIV, indicate t
descritte da Fr. Zambriki. Ce supplément se compose de 74 articles.
No» 2-3 (mars-juin). — P. 167. T. Casini, Nuozn documenti su Cino da
Pistoia. — P. 186. G. Antonibon, Un codice petrarchesco Bassanese. Collation
d'un ms. des Trionfi. L'article est accompagné d'un fac-similé en couleur. —
P. 217. F. Flamini, La vita e le liriche di Bernardo Pulci. — P. 248. E. Pèr-
copo, / sonetti del Pistoia. A propos de la récente édition des œuvres de ce
poète intéressant (seconde moitié du xv e siècle), donnée par M. R. Renier
(Turin, 1888). — P. 291. E. Lovarini, Le can^oni popolari in Rusante e in
altri scrittori alla pavana del sec XVI (premier art.). Fait ressortir le caractère
réellement populaire des chansons, que le poète padouan Angelo Beolco,
dit Rusante, a insérées dans ses comédies. — P. 326. F. Rœdiger, Dichia-
ra\\one poetica delTlnferno dantesco di frate Guido da Pisa (fin). — P. 396.
G. Mazzoni, Capitoli inediti dei « Fioretti di S. Francesco ». D'après un ms. de
Padoue. — P. 412. A. Bartoli e T. Casini, // Canqmiere palatino 418 délia
Bibl. Nai. di Firen\e. Continuation et fin d'une publication commencée
en 1881 dans le Propttgnatore. — Miscellanea. P. 447. T. Casini, Appunti
GuinifeUiani. Commentaire du xvi* siècle sur la chanson Al cor gentil. —
P. 451. V. Crescini, Cantar la lodolijia.
No 4. T. I, 2« p. (juil.-août 1888). — P. 5. L. Frati, Guido di Guiniiello de'
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PÉRIODIQUES
Principi e Guido Gbisileri. Etablît contre M. A. Borgognoni que ces deux auteurs
sont réellement distincts. Documents d'archives à l'appui. — P. 31. C. Frati,
Epistola inedita di Giovanni Boccacio a Zanobi da Strada. Cette lettre, tirée d'un
ms. du Vatican, est la réponse en vers latins (qui sont bien mauvais) à une
lettre de Zanobi da Strada publiée par M. Hortis. En appendice, quelques
lettres en langue vulgaire du midi de l'Italie , sans rapport avec l'article pré-
cédent. — P. 57. G. Patroni, Antonio da Tempo commeniatore del Pelrarca ela
critica di G. Grion (premier article). Réfute surabondamment l'opinion, à
première vue dénuée de tout fondement, exprimée jadis par M. Grion, d'après
laquelle le commentaire sur les sonnets de Pétrarque, qui porte le nom d'A.
da Tempo serait en réalité de Geronimo Squarciafico. La réfutation est
vraiment trop longue. Personne ne prend au sérieux les conceptions bizarres
de M. Grion, et il faut savoir épargner le temps du lecteur. — P. 84.
A. Medin, Ballata in morte di Andréa dUngheria (André, l'époux de Jeanne
de Naples, fille du roi Robert). — P. 93. T. Casini, Notifie e documenti per la
storia délia Poesia italiana nei secoli XIII t XIV. I. Tre nuovi rimatori del trecento.
Ces trois rimeurs, auxquels on ne saurait accorder le nom de poètes, sont
Paolo di Bernardo, à qui Pétrarque a adressé une lettre ; Pier Paolo Vergerio,
de Capodistria , humaniste bien connu , et Giorgo Anselmi , de Parme. —
P. 117. E. Teza, Lo Zodiacus vitae di Pier Angelo Man^ollio. — P. 131.
A. Miola , Le scritture in volgart dei primi secoli délia lingua ricereate nei codici
délia Bibl. œrç. di Napoli. — Miscellanea. P. $12. G. Mazzoni, Notarelle
Pctrarclxsche. — P. 163. E. Manara, Pape salan pape satan aleppe. L'auteur,
qui est maltais , explique ce vers , qui a déjà été mis tant de fois à la torture ,
par l'hébreu (il n'est pas le premier!); le sens serait en hébreu, et, par une
heureuse coïncidence, en patois maltais (on sait que ce patois est essentielle-
ment arabe) : « La porte de l'enfer a prévalu. » — P. 167. U. Marchesini,
« Del ciel messo » (D. C. Inf. IX). — P. 171. Bacchi délia Lega, Barbette di
Cesare Nappi. — P. 179. E. Teza, Versi di quattordici sillabe? Conteste l'exis-
tence de cette forme de vers.
N°* 5-6 (sept.-déc. 1888). P. 185. M. Cornacchia, Di un ignoto poema
dimita^ione dantesca. Poème en trois parties sur les vices et les vertus, œuvre
médiocre d'un citoyen d'Arezzo, écrite à la fin du xiv* siècle. Le présent
article traite de la première partie, sur les vices. Une note finale, dont l'auteur
est M. Fl. Pellegrini. nous avertit que le poème a pour source principale la
Somme de Guillaume Peraut. — P. 226. G. Patroni, Antonio da Tempo eom-
mcntatore del Petrarca e la critica di G. Grion. Continue la réfutation de
diverses hypothèses, plus extravagantes les unes que les autres, de M. Grion.
— P. 240. L. Mazzoni, Il Corbaccino di ser Lodovico Bartoli. Texte de ce
poème qui est la mise en vers de Corbaccio de Boccace. — P. 302. V. Lazza-
rini, // lamenta délia sposa padovana. Le court et ancien poème connu sous ce
titre assez impropre a été publié pour la première fois en 1759 d'après un ms.
qui se trouvait alors dans un couvent de. Padoue. Depuis il a été mainte fois
réimprimé, mais sans qu'il ait été possible de consulter le ms., qui avait
À
PÉRIODIQUES 635
disparu. M. L. a eu l'heureuse chance de le retrouver dans une collection
privée à Padoue ; il donne du poème une nouvelle édition accompagnée d'un
fac-similé en phototypie. L'éditeur pense que ce morceau est un fragment de
poème. La copie est postérieure à 1277, date d'un acte au dos duquel elle est
transcrite, mais le texte peut être notablement plus ancien. — P. 313.
T. Casini, Notifie e documenti per la storia délia poesia italiana nei secoli XIII e
XIV. Appendice composé de documents à l'appui du mémoire publié dans le
fascicule précédent. — P. 367. E Lovarini, Le can^pni popolari in Rusante e in
allri scrittori alla pavana del s. XVI. Supplément à un article publié dans un
fascicule précédent. — P. 396. U. Marchesini, Documenti inediti su Albertino
Mussato. — Miscellanea. P. 413, T. Casini, Sonetti del secolo XIII. D'après un
ms. du Vatican. Ces sonnets, qui sont toscans, paraissent avoir été transcrits
à Milan. — P. 418. A. Mussafia, Troposta di correyoni al « Detto d'Amorc ».
— P. 428. E. Teza, I. Di una poesia latina delV Ariosto\ II. A proposito deW
Alamanni. — P. 433. M. Menghini, La villa Aldobrandini, can^one inedita di
Giambatistta Marino. — P. 446. G. Mazzoni, i7 don PUone. L'auteur montre
que cette pièce est une imitation sans valeur du Tartufe.
P. M.
V. — GlORNALE STORICO DELLA LETTERATURA ITALIANA, n° 3 1-2 (t. XI,
6 e année, 1888). — P. 1. V. Rossi, Di un poêla maccfjeronieo e di alcune sue
rime italiane. Sur le poète padouan Tifi Odasi, fin du xv« siècle. — P. 41-73.
P. Rajna, Intorno al cosidetto Dialogus creaturarum ed al suo autore (fin). —
Variétés. P. 109. R. Renier, Un codice antico di Jlagellanti nella biblioteca
comunale di Cortona. Recueil de laudi, écrit au commencement du xiv e siècle.
Renseignements sur d'autres recueils de même nature. — P. 12$. L. Frati,
Koti^ie biografiche di rimatori italiani dei secc. xm-xrv. Les poètes sur lesquels
M. F. communique des documents d'archives sont : Ranieri Samaritani,
Fabruzzo Lambertazzi, Paolo Zoppo da Castello. Les documents publiés sont
compris entre 1268 et 1286. — P. 131. M. Scherillo, Un vero amore del
Sanna\aro. — P. 156. E. Zerbini, Sonetti politici vernacoli. En dialecte berga-
masque, d'après un ms. de Venise. — P. 166. B. Cotronei // Rinaldo del Tasso
ed il Pastor fido del Guarini. — P. 177. Luzio-Renier, Commedie classich in
Ferrara nel 1499. — P. 191. A. Tenneroni, Laude di Jacopo da Montepulciano.
Ces poésies, au nombre de quatre, sont publiées d'après un ms. Libri-Ashbur-
nham. — Comptes rendus. P. 198. L. Padrin, LupatideLupatis, Bovetini de Bove-
tinis y Albertini Mussatt neenon Jamboni Andréa de Favafusclns carmina qtuedam
(Fr. Novati). — P. 205. Joanne Sabadino de li Arienti, Gynerera de le date
donne, & cura di C. Ricci e A. Bacchi délia Lega (R. Renier; cet article, qui
est tout autre chose qu'un compte rendu, consiste en recherches originales
accompagnées de documents sur Giovanni Sabadino). — P. 218. E. Ciavarelli,
Cariteo e le sue opère volgari (E. Percopo; l'ouvrage est fort mauvais, mais en
ce cas le compte rendu est trop long). — P. 230. P. de Nolhac, La
tljèque de Fulvio Orsini (V. Cian, compte rendu détaillé et élo~
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636
PÉRIODIQUES
P. 250. Bulletin bibliographique. Parmi les ouvrages analysés et appréciés,
citons : U. Marchesini, Due studi biografici su Brunetto Latini; A. Tobler,
Dos Spruchgedicht d. Girard Pateg ; A. Thomas, Poésies de B. de Born;
A. Tenneroni, Jacopone da Todi ; F. Rœdiger, Contrasti anticln; V. Turri, Un
poemetto allegorico amoroso del sec. xrv (cf. Romania, XVII, 618) ; A. Zardo, Il
Petrarca e i Carraresi; Fr. von Westenholz, Die Griseldis-Sagc in d. Literatur-
geschichte (faible) ; P. de Nolhac, Erasme en Italie. — P. 290. Communica-
tions diverses, entre lesquelles, p. 298, une réclamation de M. H. Simonsfeld,
qui, avant M. Macri-Leone, avait étudié et déclaré autographe de Boccace le
çibaldone de la Magliabechiana. C'est réclamer la priorité dans Terreur; voir
Romania, XVIII, 184. — P. 308. Chronique. Notons, p. 311, de judicieuses
observations sur le plan et sur l'exécution de la nouvelle revue intitulée le
Moyen- Age. La conclusion naturelle de ces observations serait que le Giornale
reprît le dépouillement des périodiques, dépouillement qui a été arrêté
dans la pensée que ce travail devait être exécuté par le Moyen-Age (voy.
Romania, XVIII, 186).
No 33 (t. XI, 6« année, 1888). — P. 325. A. Wesselofsky, Alichino e
Aredodesa. Le démon Alichino (Dante, /«/., xxi, xxn) est, comme on l'a
reconnu depuis longtemps, le Hellequin dont la « mesnie » est l'objet de fré-
quentes allusions dans notre ancienne littérature. Ce Hellequin ne serait autre,
selon M. Wesselofsky, qu'Hérode, et Aredodesa , sorcière fantastique de la
Haute-Italie, serait Hérodiade. Le mémoire de M. W. est, comme on devait
s'y attendre, d'une grande érudition , mais il est aussi plein d'assertions mal
enchaînées et d'hypothèses hasardées. — Variétés. P. 344. A. Graf, A propo-
sito délia « Visio Pauli ». Dans cette vision, et en d'autres textes analogues,
tous bien connus, tels que le voyage de saint Brandan, il est dit que les
damnés ont, à certaines époques (ordinairement le dimanche), trêve à leurs
tourments. M. Graf rassemble tous les textes relatifs à cette croyance, qu'il
qualifie de théologie de sentiment, par opposition à la théologie doctrinaire
selon laquelle l'état des damnés ne comporte aucun allégement. Il essaye de
montrer que dans l'enfer dantesque, bien que la doctrine en soit orthodoxe,
les peines des damnés semblent, en certains cas, susceptibles de quelque
adoucissement. Mais il ne tarde pas à apercevoir que ces cas n'ont rien de
commun avec celui des Visions anciennes, et il conclut, d'une façon assez
inattendue, en déplorant que Dante, qui scion toute apparence connaissait la
Visio sancti Pauli, ne lui ait pas emprunté l'idée de la trêve accordée aux
damnés. « Faire cesser subitement les cris désespérés des damnés, puis les
faire recommencer, la trêve écoulée, plus effroyables qu'avant, il y aurait eu
là pour Dante matière à des beautés poétiques de premier ordre. » Mais on
pourrait peut-être récrire VEtifer d'après cette donnée. — P. 363. G. Rua,
Gli acct'nni danteschi a Bertran de Born. Rien de neuf, pas même l'idée de
substituer giovane à Giovanni dans le vers célèbre : « Che diedi al re Giovanni
i mai conforti. » — P. 378. E. Costa, Di un' elegia erroneamente attribuita ad
Ercole Stro^i. — P. 383. L. Frati, Di un poema poco noto di Giovanni FiloUo
PÉRIODIQUES
637
Achillini. — P. 405. A. Neri, Gli « Interme\i} » del « Pasior Fido ». —
P. 416. Comptes rendus d'ouvrages qui n'entrent pas dans le cadre de la
Romania. — P. 448. Bulletin bibliographique. — P. 469. Communications
diverses. — P. 481. Chronique.
N° 8 34-5 (t. XII, 6c année, 1888). — P. 1. E. Pèrcopo, Marc' Antonio
Epicuro; appunti biografici ; poète napolitain, xve-xvi e siècle. — P. 77. E. Costa,
Il codice Parmense 108 1. Table détaillée de ce chansonnier, exécuté au com-
mencement du xv« siècle, qui est un des recueils importants de la poésie lyrique
italienne du xive siècle. Cf. une note additionnelle p. 314. — P. 109. V.
Malamani, La musa popolare vene\xana deî settecento. — P. 181 . Fr. Novati, Bar-
tolomeo da Castel délia Pieve , grammatico e rimatore trecentista. De la seconde
moitié du xiv* siècle. Biographie, en partie d'après des documents inédits, et
appréciation littéraire. — Variétés. P. 219. A. Neri, Intorno a due libri curiosi
del sec. XVII. Sur l'auteur de YAlcibiade fanciullo a scola (qui ne serait pas, comme
on Ta cru, Ferrante Pallavicino, mais un professeur de Venise, Antonio Rocco),
et sur la première édition de la Grillaia. — Comptes rendus. P. 237. Gaspary,
Geschichte d. Italienischen Literatur, II band. (V. Rossi; élogieux; quelques
réserves). — P. 247. G. Rua, Novelle del « Mambriano » del Cieco da Ferrara,
esposte ed illustrate (G. Pitré). — P. 253. P. Villari, La sioria di Girolamo
Savonarolae dei suoi tempi, vol. II. (Pellegrini). — P. 267. Bulletin bibliogra-
phique. Citons les articles sur A. Moschetti, I codici Marciani contenenti laude
di ]. da Todi descritti ed illustrati ; Macri-Leone, La Vita di Dante scritta
da G. Boccaccio; A. Luzio, Pietro Arelino mi primi suoi anni a Vene\ià
e la corte dei Gon\aga; V. Cian, « Molli » inediti e sconosciuti di M. Pietro
Betnbo. — P. 301. Communications diverses. Nouveaux renseignements
sur G. Sabadino degli Arienti, comme supplément à l'article publié
dans le t. XI du Giornale. Notons, p. 312-4, deux nouvelles lettres de
MM. Simonsfeld et Macri-Leone au sujet du Zibaldotie de la Magliabechiana.
Il est amusant de voir ces deux érudits se disputer la propriété d'une décou-
verte faite avant eux, et qui se résume en une pure erreur. — P. 316.
Chronique.
N» 36 (t. XII, 6° année, 1888). — P. 32$. L. Frati, Notice biogra-
fiche di Gio. Battisia Refrigerio. Littérateur bolonais qui joua un certain
rôle politique à la fin du xv« siècle. — P. 351. A. Medin, Docutuenti per la
biografia di Poggio Bracciolini. Tirés des archives de Florence. A noter, p. 363,
une lettre de Pogge à Cosimo de Medici. — P. 368. E. Pèrcopo, Laudi e
devojymi délia città di Aquila (suite). — Variétés. P. 389. Gaspary, Attcora
sulla lettera del Boccaccio a Fr. Nelli. — P. 395. G. Borghini, Un codice del
Filelfo nella biblioteca Malatestiana. L'objet de cet article, d'une rédaction
prolixe et pénible, est de signaler dans la bibliothèque de Cesena un ms. des
quatre premiers livres du recueil en dix livres des poésies de Filelfe intitulé De
jocis et seriis. Le ms. du même ouvrage, qui se conserve à PAmbroisienne,
n'a pas le premier livre. — P. 404. A. Saviotti, Torquato Tasso e le feste pesa-
resi del if74. — Comptes rendus. P. 418. G. Zannoni, I precursori di Merlin
638
PÉRIODIQUES
Cocai. Studi e ricerche (V. Rossi, compte rendu important dont l'auteur insiste
principalement sur les origines de la poésie dite macaronique, étendant,
ce me semble, cette dénomination à des pièces auxquelles elle s'applique mal).
— P. 444. Bulletin bibliographique. Citons les articles sur Is. del Lungo ,
Dante ne' tempi di Dante (très élogieux, cf. Romania, XVIII, 201). Fr.
Flamini, Suite poésie del Tansillo, P. Giorgi, Sonetli e canioni di M. M. Boiardo,
G. Mazzatinti, Inventario dei manoscritti italiani délie biblioleche di Francia, vol.
terzo (volume important surtout en ce qu'il renferme le texte des laudi d'un
ms. de l'Arsenal, et une nouvelle et meilleure édition du Fiore , publié anté-
rieurement par iM. Castets), G. Pitré, Fiabe e leggende siciliatte. — P. 474.
Communications diverses. — P. 478. Chronique.
VI. — Le Moyen-Age, bulletin mensuel d'histoire et de philologie, direc-
tion MM. A. Marignan, G. Platon, M. Wilmotte. Première année, 1888.
1 (janvier). P. 1. Souhart, Bibliographie générale des ouvrages sur la
chasse, etc. (P. Meyer.) — P. 6. Bartsch et Horning, La langue et la littérature
française depuis le IX e siècle jusqu'au xiv c siècle (M. Wilmotte propose de
nombreuses corrections aux textes). — P. 10. H. Suchier, La xiv« laisse du
Voyage de Charlemagne. Restitution critique [très contestable — G. P.] des
vers 226-32.
2 (février). P. 36-37. Der Loewenritter (Yvain) von Christian von Troyes,
hsgb. v. W. Fôrster. — H. Gasté, Les Serments de Strasbourg. — E. Devillard,
Chrestomathie de Vancien français. — P. 38. C. Joret, Flore popidaire de la
Normandie (M. W.).
3 (mars). P. 57. Poésies complètes de Bertran de Born, publiées... par A.
Thomas. (M. W.) — P. 60. A. Scheler, Dictionnaire d'Etymologie française
(M. W. propose l'étymologie avi{s)ceptor pour autour, a(ti)stor, oslor). —
P. 61. Le Roman de Mahomet, hsgb. v. B. Ziolecki (M. W.). — P. 62 ss. et
p. 83, ss. sont dépouillées les publications périodiques de tous les départe-
ments, dont un certain nombre renferment des travaux relatifs à la philologie
romane.
4 (avril). P. 77. Merlin, éd. Paris et Ulrich (M. W.).
5 (mai). P. 97. O. Schultz, Die proven^alisclmt Dkhlerinnen (A. Tobler).
Périodiques. — P. 107. Philologie romane, 1887. Dépouillement des princi-
pales revues d'Allemagne, de France et d'Italie (C. Frati, Muret, A. Thomas,
M. Wilmotte).
6 (j um )- A. Stimming, Ueber den proven^alischeti Girart von Rossillon.
(M. W.) — P. 131. Livres de philologie romane et germanique. Périodiques.
— P. 142. Littérature comparée (E. Muret).
7 (juillet). P. 150. G. Paris, La littérature française au Moyen Age (M. W.).
8-9 (août, septembre). Variété. — P. 179. G. Paris, Lantfrid et Cobbon.
Poème sur ces deux amis, dont une version inédite, extraite du ms. lat. 242
P. M.
PÉRIODIQUES
639
de la Bib. Nationale , est publiée ici avec un commentaire et des notes : un
article complémentaire et rectificatif paraîtra prochainement. — Chronique
bibliographique. — P. 186. Zur Erinnerung au Karl Bartsch. — E. Martin.
Observations sur le Roman de Renart. (W. Remarques sur la caractéristique
dialectale de certaines branches.) — P. 188. Perrault' s Popular Taies , ed. by
Andrew Lang (W. : quelques réserves au sujet de l'information médiévale de
M. L.). — Périodiques. — P. 208. Philologie scanditiave (J. Vising : quelques
indications de travaux de philologie romane).
10 (octobre). Chronique bibliographique. — P. 223. Die Werke des Troba-
dors N'Ai de Mons, hsgb. v. W. Bernhard. (M. W.)
11 (novembre). P. 238. Juan R. Riano, Notes on early spanish Music
(F. G.). — P. 242. H. Wick, Die Teufel auf der mittelalterlichen Myste-
rienbûhne Franhreichs (W.). P. 243. G. Gittée, Les MalxmUtans dans le Folk'
lore belge : rassemble un certain nombre de traditions et de survivances locales
relatives aux Sarrazins. — Périodiques. — P. 249. Mythologie populaire
(L. Sudre, C. Frati), M. W. Aux témoignages réunis p. 252 sur l'assis-
tance que la Vierge prêtait aux femmes en couches, on pourrait ajouter celui
de Dante, Parad., 15, 133 : Maria... chiamata in alte grida. — P. 258. Philo-
logie et etlmograplne Jwngroises (H. Bloch dépouille la partie folkloristique de
revues hongroises au point de vue du Moyen Age).
12 (décembre). P. 268. Aymeri, de Narbonne, éd. L. Demaison (W.).
1889 1 (janvier). P. 1. A. Nutt, Studies on the legend of the My grail
(J. Stecher). — P. 5. De Saint Laurent, éd. Soderhjelm. (M. W.) - P. 7.
E. Dûmmler, Un poème latin sur Joseph (extrait du ms. 324 de la bibliothèque
de 1 Université de Gand. — Chronique bibliographique. A. Millet. Etudes
lexicographiques sur Vancienne langue française a propos du dictionnaire de
M. Godefroy. (W.)
2 (février). Comptes rendus. — P. 26. L. Zdekauer. // giuoco in Italia nei
secoli xiii e xiv e specialmente in Firen^e (P. Rajna). La note de la p. 26 sur la
\ara n'est pas sans intérêt pour l'anc. littérature française. Au passage du
fableau cité on pourrait en joindre d'autres de Rutebeuf (Griesche d* Y ver et G.
d'Esté), du Roman de la Rose (1400), de Villon, etc. — P. 31.J. Vising, L'êly-
mologie de garçon, gars, garce; de l'a. h. a. g art en passant par gartionem ou
(n. 1 de la p. 33) en acceptant le même mode de dérivation que dans enfan-
çon [mais il faut sûrement un w initial sans quoi on aurait jars, jarçon; la
forme garçon pour guarçon, très ancienne (p. ex. dans le Roland), est sans
doute d'importation méridionale ; on a des formes assurées avec gu et w à
l'initiale. — G. P.] — Chronique bibliographique. L. Guibert, Le Graduel
de Limoges.
3 (mars). P. 56. Cligès, éd. Fôrster (M. W.). P. 57. — Le Wallon, etc., par
J. Demarteau (W.). — P. 58. Monaci. Crestomaiia italiana deiprimi secoli (W.).
4 (avril). P. 58. A. Mussafia, Sludien %u den mittelalterlichen Marienlegenden
(W.). — P. 79. A. Doutrepont, Trois fragments d? Anseïs de Metz, découverts à
Arlon ; M. D. les identifie à l'aide des mss. connus. — Périodiques. — P. 82.
64O PÉRIODIQUES
Philologie romane, 1888. (C. Frati, M. W. : France, Allemagne, Italie et
Etats-Unis d'Amérique.)
5 (mai). P. 104. Comte de Puymaigre, Les vieux auteurs castillans (M. W.
Nombreuses remarques). — P. 110. Chronique bibliographique. I> Mary
Colvin, Lautliche Untersuchung der Werhe Robert's von Blois (M. W.). —
Périodiques. — P. 1 17. Philologie romane. (C. F. et M. W. : fin de 1888.)
6 (juin). P. 126. Elze, Grundriss der englischen Phiblogie. (H. L. : n'est pas
sans intérêt pour les romanistes.) — P. 128. F. Torraca, Discussioni e
ricerebe letkrarie (M. W.).
VII. — Zeitschrift fur das Realschulwesen, XIV, 257-270. — A.
Mussafia, Zur altfranzôsisclxn Lautlehre; suite des remarques, annoncées plus
haut, sur la Grammaire de M. Schwan. Nous signalerons particulièrement l'inté-
ressante explication proposée pour -ier = -arium, sur laquelle nous aurons
prochainement l'occasion de revenir.
VIII. — GOTTINGISCHE GELEHRTE AnZEIGEN. 1889. — N° 4 (i février).
Le opère ilaliane di Giordatw Bruno ristampate da Paolo de Lagarde. Ce long
article, de M. de Lagarde lui-même, est précieux pour les observations
critiques et bibliographiques qu'il renferme. Nous le citons, bien qu'il sorte
de notre cadre, parce qu'il touche plusieurs points intéressants de l'histoire de
la langue italienne, et aussi à cause d'une citation et d'une demande faite par
l'auteur. U a relevé (p. 137) dans un écrit de Bruno cette belle sentence, qui
n'est pas de lui : Ignorant/' portum nullus suus venlus est. « Je serais très recon-
naissant, dit M. de L., à celui qui m'apprendrait à qui elle appartient. »
Peut-être un de nos lecteurs pourra-t-il satisfaire la curiosité que nous parta-
geons avec l'éminent professeur de Gôttingen.
IX. — Literarisches Centralblatt, 1888. — Septembre. — N° 37.
Goetz u. Gundermann, Corpus glossariorum Latinorum, vol. II. — N° 38.
Wulff, Le lai du Corn. (H. Kôrting.) — N° 39. Cnyrim, Spricfauôrter bei
prov. Lyrikern, fasc. 71 des Ausg. u. Abh. de Stengel. (H. Kôrting.) —
Oursel , Nouvelle biographie normande.
Octobre. — N° 41. Schleich, Iwain and Gawain. — Colomb de Batines,
Giunte e corrt^oni inédite alla bibliografia dantesca, pub. dal Dr. Guido Biagi.
(H. Kôrting.) — X<> 42. Meyer. Notice sur deux anciens mss. fratiç. ayant
appartenu au marquis de la Clayette. — Nutt , Studies on the legend of the hdy
Grail. — N° 43, Schultz, Die provenu. Dichterinnen (H. Kôrting).
Novembre. — N° 48. Zenker, Die proven^. Ten^pne.
Décembre. — N° 51. Philippide, Introducere in istoria limbei si literaturei
romitte. — Bohnhardt, Das Personalpronomen im A ltprovtn\aliscben (fasc. 74
des Ausg. u. Abh. de Stengel). — A. P.
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CHRONIQUE
La Remania ne peut se dispenser d'enregistrer avec reconnaissance un petit
événement philologique et littéraire qui intéresse l'un de ses directeurs. Le
jour auquel j'accomplissais ma cinquantième année, j'ai reçu, à ma surprise
très grande et très émue, un beau volume portant ce titre : Recueil de mémoires
philologiques présenté à monsieur Gaston Paris... par ses élèves suédois, U 9 août
1889, à V occasion de son cinquantième anniversaire. La dédicace, dans laquelle
sont exprimés Ses sentiments d'une reconnaissance assurément fort excessive,
— car il est vraiment trop naturel qu'un Français enseigne l'histoire de sa
propre langue et fasse bon accueil aux étrangers qui veulent l'apprendre, —
est signée de vingt noms, qu'on me permettra de transcrire, et qui sont ceux
de romanistes suédois, mes auditeurs anciens ou récents, qui ont contribué à
me faire ce magnifique présent : MM. H. Andersson, A. Bergstrôm,
H. Borg, C.-A. Dahlstrôm, E. Edstrôm, S. Eurén, C. Fant, P.-A. Geijer,
H. Hagelin, G. Lindqvist, T. Malmberg, A. Malmstedt, A. W:son Munthe,
A. Nordfelt, C.-A. Ringenson, C. Wahlund, G. Vising, F. Wulff. G. Young,
O. Ortenblad. — Le volume contient les mémoires suivants, tous écrits en
français et en bon français :
H. Andersson. L'amuïssement de IV finale en français.
S.-F. Eurén. Exemples de r adventice dans des mots français.
P.-A. Geijer. Cas de labialisation en français.
A. W:son Munthe. Chanson populaire asturienne. — Composés du type
aîiabierto.
A. Nordfelt. Classification des manuscrits des Enfances Vivien.
C. Wahlund. La philologie française au temps jadis.
G. Vising. Les débuts du style français.
F. Wulff. Un chapitre de phonétique andalouse.
Je me ferai un plaisir de rendre compte de ces mémoires, tous intéressants :
il me semblera que je suis encore asssis, avec les auteurs, autour de la table de
nos conférences ; mais je n'ai pas voulu attendre pour adresser ici les remercie-
ments les plus émus à ceux qui ont rendu pour moi inoubliable le 9 août
1889. — G. P.
— Le 16 juillet est mort à Paris Charles Nisard, membre libre de l'Académie
des Inscriptions et Belles-Lettres, âgé de 81 ans. Charles Nisard a touché
dans ses études à des domaines très divers de la littérature et de l'histoire. Il
avait composé sur la langue populaire de Paris un grand ouvrage qui a été
Remania, XF1II. a\
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642 CHRONIQUE
brûlé en 1871 à l'Hôtel de Ville; son essai Sur quelques ùarisianismes populaires
est tout ce qui en reste. Ses Curiosités de Titymologie française, quoique pré-
sentant ça et là des matériaux intéressants, manquent trop de base scientifique.
Le plus utile de ses ouvrages relatifs à nos études est son Histoire des livres
populaires; le point de vue n'en est pas toujours bien juste, et la proportion
donnée aux différentes parties du sujet n'est guère satisfaisante ; mais outre
que l'exposition, dans son genre, ne manque pas de piquant, l'auteur a con-
sulté et fait connaître des documents qui, jusqu'à lui, étaient inaccessibles ou
ignorés. Charles Nisard était le frère de Désiré Nisard, mort Tannée dernière,
et dont Y Histoire de la littérature française, importante pour l'époque classique,
est nulle pour le Moyen-Age.
— Au mois de juillet dernier, M. Hermann Knust, connu par d'intéres-
santes publications sur la littérature espagnole, a été victime d'un accident
dans une promenade alpestre. Son corps n'a été retrouvé que plusieurs
semaines après sa mort, près de Clarens (canton de Vaud), 0^1 il passait ses
vacances.
— M. H. Morf a passé, comme professeur ordinaire de philologie romane,
de Berne à Zurich, où la philologie romane est déjà enseignée par
M.Ulrich.
— Les catholiques, M. Decurtins en tête, fondent à Fribourg une univer-
sité, qui entrera très prochainement en activité. M. J. Bédier, notre collabo-
rateur, ancien élève de l'École normale et de l'École des Hautes Études, y
sera chargé de l'enseignement de la littérature française. M. l'abbé Rabiet, le
traducteur de la Grammaire de M. W. Meyer, ancien élève de l'École des
Hautes Études, y enseignera la philologie romane.
— M. P. Meyer a fait tout récemment en Angleterre quelques petites décou-
vertes qui pourront éventuellement fournir la matière d'articles dans la
Romania, mais dont certaines peuvent utilement être annoncées dès mainte-
nant. Au Musée britannique, il a trouvé, dans un psautier latin du xin c siècle,
un curieux témoignage sur Lambert le Bègue, fondateur de l'ordre des
béguines et traducteur des épîtres de saint Paul. On sait que Gilles d'Orval
et la chronique d'Aubri de Trois Fontaines attribuent à ce personnage une
traduction des Actes des apôtres (Hist. litt., XIV, 402; S. Berger, La Bible
française, p. 49) Le nouveau témoignage est indépendant de ces deux derniers.
Au Musée Britannique M. P. Meyer a étudié un ms. Egerton récemment acquis
où se trouvent, entre autres poèmes français ou anglo-français bien connus,
la pièce Grant mal fist Adam publiée par M. Suchier dans la Bibliotbeca Norman-
nica, et la vie de saint Laurent récemment éditée par M. Soederhjelm d'après
un ras. supposé unique (voy. Rom. XVII, 610) ; à Exeter, un Caiholicon latin-
français daté de février 143 1 (anc. st.) et fort différent des imprimés; à Chel- *
tenham un ms. contenant le Pèlerinage d* humaine lignée de Guillaume de
Dugulleville, V Image du monde, et le Livre de l'exemple du riche homme el du ladre.
Ce dernier ms. est indiqué par Du Cange comme appartenant à la Biblio-
thèque royale, bien qu'on n'ait pas la preuve qu'il ait jamais fait partie de cet
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CHRONIQUE 643
établissement. M. Van Hamel l'y avait en vain cherché il y a quelques années
(Reclus de Molliens, p. ce).
— Une nouvelle édition, revue et notablement corrigée, des Extraits de
Roland et de Joinville, par G. Paris, vient de paraître à la librairie Hachette.
— Le premier fascicule de la Grammaire des langues romanes de M. W.
Meyer, traduite en français par M. Rabiet, va paraître incessamment à la
librairie Welter.
— M. Lôseth, dont le Tristan (analyse des manuscrits en prose) s'imprime
pour la Bibliothèque de l'Ééole des Hautes Études, a mis sous presse l'édition
critique â'Eracle, par Gautier d'Arras, qu'il avait annoncée depuis longtemps.
Il prépare l'édition du Perceval de Gerbert, et celle de Robert le Diable, d'après
les deux manuscrits.
— Dans une note lue à l'Académie des Inscriptions, aux séances des 2 et
9 août, M. Michel Bréal a contesté l'opinion aujourd'hui généralement
admise que les premières personnes du pluriel en -ons remontent par analogie
à su m us, et a soutenu que -ons pouvait être phonétiquement rattaché à
-amus; il a également défendu l'ancienne étymologie qui rattache rêver à
rabies. MM. G. Paris et P. Meyer ont combattu ces hypothèses au nom de
la phonétique.
— Dans le n° du 26 juillet de la Galette de Lausanne, M. A. Piaget a publié
un intéressant article sur Ode ou Oton de Granson, chevalier illustre et poète
distingué de la fin du xive siècle, le plus ancien des poètes français de la
Suisse romane (cf. Romania, XVI, 414). Espérons que M. Piaget nous donnera
bientôt une édition des œuvres du poète que Chaucer appelait « la fleur de
tous ceux qui écrivent des vers en France ».
— Nous avons reçu le premier numéro d'une revue mensuelle portugaise,
consacrée uniquement à Camôes et à ses œuvres, le Circulo Camoniano. Cette
revue ne se tire qu'à 56 exemplaires, plus quelques-uns qui se donnent aux
collaborateurs : le prix, pour les 43 tirés sur papier ordinaire (déjà fort
beau) est de 12000 reis par an (on peut s'abonner à la librairie Ferin, rua
Nova do Almada, Lisbonne). Le premier numéro contient des articles de
MM. J. de Araujo, directeur, K. von Reinhardstoettner, W. Storck, J. de
Vasconcellos, etc., et deux de M mc C. Michaelis de Vasconcellos.
— Signalons à nos lecteurs l'apparition du Journal of American Folk-Lore,
publié par V American Folk-Lore Society (chez Houghton, 4, Park Street,
Boston; prix : 3 dollars), et du « Folk-Lore, rivista critica di letteratura popo-
lare, diretta da F. Sabatini » (Roma, Via délia Stelletta, 9).
— Depuis le I er janvier 1889 paraît 1 la Revue bibliographique et critique des
langues et littératures romanes, par le docteur E. Ebering; chaque fascicule men-
suel rend compte des publications — livres et périodiques — du mois pré-
cédent. A en juger par les fascicules 1-6, que nous avons reçus, ce recueil, qui
1. Paris, Welter; Bruxelles, Muquardt; Madrid, Libreria Nacional; Saint-
Pétersbourg, Richer. C'est l'édition française d'un Bibliographisclxr An^eiger
qui paraissait depuis quelque temps déjà à Berlin.
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CHRONIQUE
ajoute aux titres des livres des extraits des appréciations dont ils ont été
l'objet, peut être utile aux travailleurs. On ne voit pas bien d'après quel
système les articles appartenant aux « langues et littératures non romanes »
ont été choisis, et on ne saisit pas la raison d'être de quelques autres détails
du plan ; en outre il y a pas mal de fautes d'impression. Mais il est assuré-
ment commode d'avoir sous la main un tableau très riche, sinon complet,
et fourni aussi promptement, de l'activité philologique et littéraire de l'Eu-
rope entière dans un domaine aujourd'hui cultivé avec tant de zèle dans
presque toutes ses parties.
— Le premier tome de la réimpression de Le Morte Arthur, de Malory, a
paru à Londres, chez D. Nutt. C'est un splendide volume in-4<>, qui reproduit
page pour page et ligne pour ligne l'édition de Caxton (1485). Le tome
second comprendra une longue introduction de M. Oskar Sommer, un essai
sur Malory envisagé comme écrivain par M. Andrew Lang, un glossaire, un
index, etc. Le prix de souscription de cette belle publication, indispensable à
tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des romans de la Table Ronde, est de
21 shillings ; il sera plus tard élevé à 30.
— Voici quelques observations que je me permets de soumettre aux lecteurs
de la Rotnania à propos de l'article publié par M. Piaget dans le dernier numéro
sur Pierre Michault et Michault Taille vent. M. P. n'a pas connu l'importante
publication de M. Jules Petit : Le Pas de la Mort, poème inédit de Pierre
Micfault, suivi d'une traduction flamande de Colyn Coeïïin (Bruxelles, Olivier,
1869, in-8). H est vrai que ce volume, destiné aux Bibliophiles de Belgique,
n'a été tiré qu'à un petit nombre d'exemplaires.
Dans un avertissement très développé, M. Petit réunit tous les documents
que les archives de Bourgogne ont pu lui fournir sur son sujet. Il établit qu'il
y a eu effectivement deux Michault, dont l'un, Michault Taillevent, était mort
au mois de septembre 1458, et fut remplacé par Jehan Du Poncelet ou Du
Ponceau, comme valet de chambre et « rhétoricien » du duc de Bourgogne,
tandis que l'autre, Pierre Michault, vivait encore quelques années plus tard.
Le premier était joueur de farces ; le second est qualifié prêtre dans un ms. de
la Danse aux aveugles décrit dans le Bull, du Bibliophile (xii, 27$).
M. Petit, à l'aide de raisonnements qui ne sont pas à l'abri de toute cri-
tique, s'efforce de démontrer que le second Michault est l'auteur, aussi bien des
poésies qui portent le nom de Michault Taillevent, que de celles qui sont
signées Pierre Michault. Si M. Piaget avait connu cette argumentation, il eût
sans doute été amené à la combattre. Je crois qu'il vaut mieux, comme
M. Piaget, distinguer les deux Michault. Au dernier appartient Le Pas de la Mort,
que nous a conservé un manuscrit de la Bibliothèque de Lille. Une traduction
néerlandaise de ce poème, due à Colin Coellin, parut chez Jean van
Doesborch, à Gouda, en 1528 1 . M. Petit l'a réimprimée.
1 . Voy. la description du seul exemplaire connu dans la Btbliotheca belgica
de M. F. vander Haeghen.
CHRONIQUE 645
Les indications bibliographiques de M. Piaget auraient besoin d'être com-
plétées. Non seulement il existe beaucoup de manuscrits des œuvres des deux
Michault autres que ceux qu'il indique; mais il ne mentionne pas la traduction
néerlandaise du Doctrinal du temps (i486), ni celle de La Danse aux aveugles
(1482) l . Un manuscrit pareil à celui que M. Gratet-Duplessis a eu sous les
yeux pour donner son édition du Songe de la thoison d'or (peut-être le même)
est conservé à Valenciennes ». On y trouve notamment la moralité de
Michault Taillevent. — É. Picot.
— Livres annoncés sommairement :
Etude historique et bibliographique sur Geoffroy de Vigeois, par l'abbé Arbellot.
Paris, Haton, 1888, in-8°, 31 p. — Trois points nous intéressent dans cette
brochure. L'abbé Arbellot défend contre A. Thomas (Rom., X, $92) le
nom de Gèrald contre celui de Grégoire Bechada, l'historien de la première
croisade, mais sans apporter aucun argument nouveau. Il fait connaître la
variante rectius d'un ms. de Limoges (du xvne siècle) pour ritius ou rittno,
dans la phrase du prieur du Vigeois relative à l'œuvre de Bechada, phrase
qui reste toujours peu intelligible (voy. Rom., X, 459). Enfin il imprime
en entier, d'après le ms. B. N. lat. 5452, le prologue de Gaufré du Vigeois
à sa recension du texte de Turpin.
Geschîechtswandel im Franiôsischen. Masculinum und Femininum. Dissertation
von Dr. phil. Karl Armbruster. Karlsruhe, 1888, in-8°, 154 p. (diss. de
Heidelberg). — Ce travail mériterait un compte rendu plus détaillé, pour
lequel le temps nous fait présentement défaut. L'auteur a examiné son sujet à
tous les points de vue, il a des idées à lui, et il fournit une base généralement
solide à des études ultérieures. Il manque un peu de lecture, et travaille
souvent de seconde main, ce qui est excusable dans une dissertation de ce
genre. Il a suivi un ordre très contestable, et surtout il n'a assez soi-
gneusement distingué ni les différentes périodes de la langue (spontanée et
littéraire), ni les différents genres de mots (populaires et savants). Il
présente sur le changement de genre des mots en -orem (fieur, chaleur)
une théorie nouvelle et intéressante, dont la discussion nous entraînerait
trop loin : bornons-nous à dire que M. A., croyant à l'antiquité du nomi-
natif en -s pour les féminins de la 3c déclinaison, pense que florem,
calorem ont produit les nominatifs floris, caloris, qui, par analogie à
la grande majorité des parisyllabiques semblables de la 3c déclinaison
(navis, etc.), ont pris le genre féminin. Sur les substantifs postverbaux
(relief, doute), il émet également une théorie particulière : d'après lui, les
masculins seuls remontent aux formes accentuées sur le thème, les féminins
proviennent des formes accentuées sur la terminaison. Cela n'est, suivant
nous, qu'une pure apparence, qui tient à Page respectif des mots et non à
1. Campbell, Annales de la typogr, néerlandaise au xvc siècle, n°* 1254, 1704.
2. Cat. de Mangeart, n° $81.
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CHRONIQJJE
leur forme. Les erreurs de détail ne sont pas rares : citons le mot aspergés
(goupillon) confondu avec asperge y o tout, a tout (qui était devenu une
préposition invariable) donné (p. 78, 96) comme prouvant le genre
masculin du mot suivant, aine donné comme mot savant, etc. Les étymo-
logies proposées par M. A. ne sont pas très heureuses : givre = *geliber,
souclx =rcodica(I), a/r*=r*arium (de ara), etc. L'auteur n'a pas à beau-
coup près accordé assez d'attention à l'influence exercée sur le changement
de genre de beaucoup de mots par le fait qu'ils commençaient par une
voyelle : je n'ai remarqué qu'une allusion (p. 127) à cette circonstance capi-
tale. U insiste d'ailleurs avec raison sur le fait que la forme a eu beaucoup
plus d'influence sur le changement de genre des mots que le sens. En
somme, son essai mérite de sérieux éloges et permet d'attendre de lui des
études profitables à la philologie romane.
Joseph Defrécheux. Les Enfantines liégeoises. Liège, Vaillant-Carmanne,
1888, in-8°, 113 p. — Recueil de formulettes, amusettes, « risettes, » etc.,
qui sera consulté avec intérêt; on y remarquera la prédominance d'une
tendance assez grossière, qui est peut-être surtout moderne. L'auteur de ce
recueil a aussi publié un Vocabulaire de la Faune wallonne (Liège, 1888).
Fede e Super sti\ione nelV antica poesia francese, saggio di Giuseppe Schiavo, in-8°,
$2 p. (extrait des Atti del R. Istituto veneto, sér. VI, t. VII). — L'auteur a
fait, d'après les contes en vers profanes et dévots, un supplément au livre
de R. Schrôder sur ce sujet (cf. Rom. t XV, 480); il en donne ici un
chapitre, celui qui concerne le diable, et ce spécimen fait désirer de voir le
travail publié en entier.
Proverbes patois de la vallée de Biros en Couserans (Ariégé), publiés par M. l'abbé
Castet, curé d'Uchentein, avec une préface de M. Pasquier, archiviste du
département. Foix, Gadrat, 1889, in-8°, 58 p. (extrait du Bulletin de la
Société ariégeoise). — M. Pasquier s'est proposé le but fort louable de provo-
quer dans le département dont il est archiviste un travail d'enquête et de
collection embrassant les contes, chants, traditions, proverbes et docu-
ments patois. Le premier recueil qu'il nous offre est celui des proverbes de
la vallée de Biros, fait par M. l'abbé Castet, recueil très riche et évidemment
très fidèle. M. Pasquier l'a fait précéder de quelques pages d'introduction
sur lesquelles nous ferons deux remarques. Dans les traits signalés comme
propres au langage de la vallée de Biros, nous ne voyons rien qui justifie
l'assertion émise par M. Luchaire et reproduite par M. P., d'après laquelle
« au fond des hautes vallées du Couserans qui touchent à l'Espagne, le gascon
subit une altération sensible et, par plusieurs côtés, se rapproche du catalan
parlé sur l'autre versant ». — M. P., suivant en cela M. l'abbé Castet, semble
regarder la plupart des proverbes recueillis dans la vallée de Biros comme
originaux; il s'excuse d'en avoir admis quelques-uns qui se retrouvent
ailleurs, et il parait avoir un critère au moyen duquel il distingue les pro-
verbes indigènes de ceux qui ont été importés. Il aurait dû nous le com-
muniquer, car pour nous presque tous les proverbes recueillis par M. Castet
CHRONIQUE
647
sont de ceux qui circulent dans tout le monde roman (sans aller plus loin),
et nous doutons que les éditeurs du présent recueil soient bien en état
de faire le départ indiqué ci-dessus quand nous voyons par exemple (p. 53,
n. 1) un proverbe aussi répandu et aussi ancien que Brebis comptées, le loup
les mange expliqué en grand détail par les usages particuliers de Biros.
Disons en terminant que les notes sont en général sobres et utiles. Il aurait
été commode, pour les citations, de numéroter les proverbes.
Massai. Chansons, danses, usages et charte communale, d'après la monographie de
M. Ruffiê, instituteur à Massât, avec préface et notes de M. Pasqjjier,
archiviste de TAriège. Foix, Gadrat, 1889, in-8°, 22 p. (extrait du Bulletin
de la Société ariégcoise). — Cest une seconde pièce de la série inaugurée par
l'étude précédente. Les chansons sont au nombre de cinq; il y a un conte
et quelques proverbes. Nous voyons avec plaisir que M. P. annonce la
publication prochaine d'un recueil de contes de tout le département.
Der Imperativ in Altfran^ôsischen (von) David Englàender. Breslau,
1889, in-8°, 62 p. (diss. de docteur). — Ce travail, très riche de faits et
d'idées, d'un élève de MM. Tobler et Gaspary qui fait honneur à ses
maîtres, contient plus que le titre ne promet, bien que l'auteur ne s'occupe
de l'impératif que comme fonction et non comme forme. On y remarquera
(p. 15) l'explication (conforme à la nôtre, XVIII, 204) des constructions
impératives comme Or de, du bien faire (pour Or pense\ de, du), et surtout
celle, que l'auteur y rattache, de l'infinitif historique (et lui de courir),
également par ellipse d'un temps du verbe penser; l'explication, tout à fait
sûre (p. 21), Valons m'en par l'emploi tfalom ent dont on ne se rendait plus
compte (un doute proposé par M. E. n'a pas de raison d'être); les
remarques (p. 79) sur os tu, os (notons que dans la dernière édition de
Y Alexis, Paris, Vieweg, 1885, on a imprimé au v. 76 0\ tu) ; l'ingénieuse
conjecture (p. 34) sur aoi, qui serait a oi (ahl aùdi) et aurait plus tard
donné avoi. On pourrait aussi relever dans le travail de M. Englânder des
fautes (ainsi p. 19 veuille au sens de velim n'est pas admissible : au
passage cité il faut lire vueil je), des vues contestables (les subjonctifs pré-
sentés comme des impératifs, p. 5 , sont tous fort douteux, sauf naturelle-
ment ceux d'oïr et veoir ; et certainement il faut rayer les trois exemples
d'infinitifs allégués, p. 13, comme impératifs: commencier doit être suivi
d'un ? et se rapporte à ce qui précède; penser est sans doute une faute
d'impression pour pense^ ; ou mettre y ou taire est une locution comme : ou
rendre on pendre, sous-entendu il faut, qui ne peut être être rangé dans cette
catégorie), des omissions (ainsi pourquoi n'est-il rien dit de l'ordre des
mots avec l'impératif, sauf pour les pronoms?). Mais en somme la thèse de
M. E. est une contribution précieuse à l'histoire de la syntaxe, et la com-
paraison constante du français avec le latin lui donne une valeur que n'ont
pas beaucoup de travaux du même genre.
M. Schwarzfeld , Poesiile populare, Colectfa Alecsandri, saù cum trebue
culese si publicate Cânticele populare. Iasi, Tipografiea Dimitrie Gheorghiu,
648
CHRONIQUE
1889. In-8 de 1 f., rv et 104 pp. (Extras din revista « Contemporanul »,
1888. ) — Les poésies populaires publiées par M. Alecsandri ont eu un
grand succès; tous les Roumains cultivés les connaissent par cœur, et c'est
le plus souvent d'après les traductions qui en ont été faites que les étran-
gers ont apprécié la muse populaire roumaine. Cependant M. Alecsandri
est poète, et son recueil a le grave défaut de ne nous donner que des pièces
remaniées et arrangées. Le titre même de la collection contient à cet égard
un aveu formel (Poesii popuîare aie Romdnilor adunate £i intocmite). Dans
quelle mesure M. Alecsandri a t-il modifié les textes que lui fournissait la
tradition orale? Il est assez difficile de répondre à cette question d'une
manière tout à fait complète, parce qu'en trente ans et plus les arrangements
du poète moldave ont passé en grande partie dans la bouche des lâutarï.
M. Schwarzfeld a eu l'heureuse idée de comparer entre elles les diverses
éditions publiées par M. Alecsandri lui-même. De cette comparaison il
ressort avec évidence que les premiers chants, imprimés en 1852, 1853 et
185$, chants qui avaient certainement déjà subi de sérieuses modifications,
ont été, par la suite, interpolés, défigurés, abrégés, allongés, sans aucun
respect pour la tradition primitive. Le recueil, aujourd'hui classique, de
1866 contient une foule de prétendues 'allusions historiques, d'excitations
patriotiques, etc., qui sont l'œuvre exclusive du poète-éditeur. Parfois même
M. Alecsandri n'a pas craint d'ajouter sérieusement un commentaire à des
vers de son invention. M. Schwarzfeld met en lumière toutes ces altéra-
tions, quelques-unes entre autres qui ont leur origine dans la haine des
boïars roumains contre les Juifs. Son travail pourra ne pas être agréable à
M. Alecsandri, mais il sera désormais indispensable à tous ceux qui auront
l'occasion d'étudier les chants du peuple roumain. — Ë. Picot.
Grammaire de la langue française, d'après de nouveaux principes concernant les
temps des verbes et leur emploi , par le D»" J.-M. Rabbinowicz. Deuxième
édition, augmentée de nouvelles règles sur le redoublement des consonnes
et sur l'a nasal. Paris, Vieweg, 1889, in-8<>, xxxi-207 p. — L'originalité
de cette grammaire, d'ailleurs fort incomplète et dénuée de base historique,
est dans les vues nouvelles de l'auteur sur l'emploi des temps, notamment
de l'imparfait et du parfait (qu'il appelle, fort inutilement, le figuratif et le
narratif). Ces vues sont intéressantes et témoignent chez l'auteur de dons
remarquables de finesse et de pénétration; elles sont appuyées par un
grand nombre d'exemples pris dans les écrivains modernes. Même là où il
n'a pas résolu les problèmes difficiles que soulève la fonction en français
des divers temps du passé, M. Rabbinowicz a le mérite de les avoir posés,
parfois le premier (bien qu'il ne paraisse pas connaître les grammairiens
allemands, Mâtzner, Lûcking, etc.). M. Vising, juge si compétent en ces
matières, a déjà reconnu ce mérite à propos de la première édition.
Ferdinando Gabotto. Per le leggende maganzesi in Italia, nota. Torino,
1889, in-12 0 , 6 p. — Deux témoignages curieux, l'un de Marino Sanudo,
l'autre, assez bizarre, anonyme et inconnu jusqu'ici.
CHRONIQUE 649
A. D'Ancona, Béatrice. In-8°, 23 pp. Daté de Pise, i« juin 1889. Impr.
Nistri, à Pise (Per noççe). — Cette intéressante dissertation agite une fois
de plus, mais à un point de vue tout spécial, la question de savoir si
Béatrice est un personnage réel ou fictif. On sait que M. d'A. a de tout
temps, et avec raison (s'il nous est permis d'avoir une opinion en cette
matière), soutenu la première opinion. Il appelle présentement l'attention
sur deux passages de la Divine Comédie, le colloque de Dante avec Forese
où est mentionnée Béatrice (Purg. t XXIII, 128) et les vers si controversés :
Celui che attende la per qui mi mena \ Forse oui Guido vostro ebbe a disdegno.
(/«/., X, 62-3.) On entend ordinairement que le cui du second vers se
rapporte à Colui du premier, et désigne par conséquent Virgile : « Celui-là
« me mène par ces lieux que peut-être votre Gui (Guido Cavalcanti)
a n'estimait pas ». Et on |a fait des dissertations ingénieuses, nombreuses
aussi, malheureusement, et longues, pour montrer qu'en effet Guido
Cavalcanti avait des raisons particulières de mépriser Virgile. M. Rajna a
pensé que cui se rapportait à Dieu et a essayé de trouver à son tour les
motifs du peu d'estime que Guido aurait professé à l'endroit de l'Être
suprême. M. d'A., adoptant en partie une opinion récemment émise, veut
que cui se rapporte à Béatrice, ainsi désignée à mots couverts. Virgile
conduirait Dante à Béatrice, que Guido ne sut pas apprécier suffisamment.
De ce passage ainsi interprété et de l'épisode de Forese, M. d'Ancona tire
argument en faveur de la réalité de Béatrice.
// Tesoro di Brunetto Latini versificato, memoria di Alessandro d' Ancona .
Roma, 1889, in-4 0 , 166 p. — Dans cette très importante étude, le savant
professeur de Pise analyse deux rédactions en vers italiens, dont la plus
récente est de 13 10, du Trésor de Brunet Latin ; la seconde est un rifaci-
mento de la première, et la première elle-même dérive d'une version
rimée franco-italienne perdue, laquelle remontait certainement encore au
xine siècle. M. d'Ancona s'arrête surtout à la partie historique, riche en
additions, particulièrement dans le texte B. Il prend occasion de la longue
digression sur Mahomet pour écrire une très érudite dissertation sur la
légende de Mahomet chez les chrétiens au Moyen Age : cette partie du
travail a été l'objet, dans le Journal des Savants du mois de juillet, d'un
compte rendu de M. Renan. Sur l'époque de Charlemagne et notamment
sur Roncevaux, le texte B présente des passages d'un grand intérêt, et le
rédacteur cite entre autres quatre vers d'une chanson de geste française
qu'il dit avoir lue et qui ne se retrouvent dans aucun de nos manuscrits.
Les grandes et inestimables croniques de Gargantua und Rabelais' « Gargantua et
Pantagruel ».... von Ludwig Ehrichs. Strasbourg, Trûbner, 1889, in-8°,
47 p. (diss. de docteur). — L'auteur de cette étude, bien faite, soutient
sans réserve l'attribution à Rabelais des Grandes Chroniques de Gargantua et
croit l'avoir démontrée. Il est certain que le livre I de Pantagruel a été
composé pour faire suite aux Grandes Cfooniques, et la ressemblance, voire
l'identité de certains passages des Chroniques avec d'autres de Rabelais, déjà
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CHRONIQUE
signalées avant M. E., sont mises par lui en pleine lumière. En revanche,
il a laissé dans l'ombre les différences non moins frappantes de talent, de
ton et de style. Entre ceux qui attribuent tout le livre à Rabelais et ceux qui
le lui refusent absolument, une opinion intermédiaire a été émise il y a
longtemps (Rev. Cri/., 1869, I, 328), d'après laquelle Rabelais aurait été
l'éditeur et l'arrangeur des Grandes Chroniques, où il aurait mis du sien,
bien qu'il n'en fût pas le premier auteur (comme a fait Shakespeare pour
plusieurs anciennes pièces). Cette opinion, M. E. la signale, mais ne la
discute pas ; il nous semble pourtant encore que c'est la solution qui tient
le mieux compte de toutes les données du problème.
Letture italiane. IL Poeti antichi e moderni. Scelta corredata di note da Thor
Sundby. Copenhague, Gyldendal, 1889, in-8°, quatre-vi p. 1028 col. —
Cet excellent recueil, parfaitement imprimé et muni de notes qui, dans
leur extrême concision, ne laissent rien de difficile sans l'expliquer, fait
suite à un choix de morceaux en prose qui est malheureusement restreint
au xrxe siècle, tandis que l'anthologie poétique remonte jusqu'au xni c . Il
nous semble que le savant professeur de Copenhague devrait refaire son
premier volume et le mettre en harmonie avec le second.
Francesco Novati. Studi critiei e letterari. Torino, Loescher, 1889, in- 120,
310 p. — Deux des quatre excellentes études contenues dans ce volume se
rapportent au Moyen Age. La première, sur le Ritmo Cassinese, dont elle a
dissipé au moins une des innombrables obscurités, a déjà été appréciée ici
(XV, 460) ; l'auteur l'a revue, enrichie et corrigée avec soin. La seconde,
qui ne comprend pas moins de 1 34 pages , la Parodia sacra nette letteraturc
moderne, est d'une véritable importance, et l'auteur y montre autant de
goût que d'érudition. L'appendice, outre quelques textes inédits, contient
une excellente dissertation sur les rifacitnenii de la Cena Cypriani, cette
composition singulière, d'un caractère sans doute surtout mnémotechnique,
mais d'une forme burlesque, où l'on voit, dans un banquet donné par le roi
Joël (Dieu), figurer tous les personnages de la Bible avec les attributs, les
gestes ou les actes qui les caractérisent. M. M. établit qu'un remaniement
en prose est, non d'un Maurus inconnu, mais de Raban Maur, et montre
que la curieuse version en septénaires rythmiques, publiée en partie par
Endlicher et E. Du Méril, est de Jean Hymonide, le secrétaire et biographe
du pape Jean VIII, qu'il l'a dédiée à Charles le Chauve (cf. Romania, IX,
!55)> el <l u 'il y mentionne plusieurs personnages importants de la cour
romaine de son temps, entre autres Anastase le bibliothécaire. Un ms. de
Turin, plus complet que celui de Vienne, seul publié, a fourni à M. N.
quelques renseignements précieux; mais il n'a pu utiliser un troisième
manuscrit, conservé à Munich, qui, malgré sa date récente (xv* s.),
pourrait peut-être contenir quelque supplément d Information. Il reste
encore bien des points difficiles et douteux, que l'auteur recommande
prudemment à une étude ultérieure. Le premier vers de l'épilogue : Haec
cantabat papa (T papaè) tas sus solio Cornelii était resté jusqu'ici inintelligible ;
PÉRIODIQUES 65I
M. N. a reconnu, avec beaucoup de vraisemblance, dans tassus l'un des
noms de l'auteur auquel la Cena était traditionnellement attribuée, Thascius
Caecilius Cyprianus; toutefois on ne peut admettre sa restitution : Haec
cantdbat Thascius papae soîio Cornelii, qui fausserait le vers; il est plus facile
de supposer que le diacre Jean a employé, par une erreur quelconque,
Thassus pour Thascius ; on peut aussi garder la leçon de V, papa Tassus,
puisque Cyprien est qualifié par Jean lui-même de rhetor et papa clarus
(pour le rythme, il faut, au v. 13 de l'épilogue, insérer nunc avant ecclesia,
et, au v. 17, lire tendit hamum Jcqxbel). La seconde version en vers, du
moine de Reims Acelin, est rapportée par le savant critique, avec grande
vraisemblance, au XI e siècle et non au ix*.
Giuseppe Rua. Di aîcune noveîîe inscrite nelP « Esopo » di Francesco del Tuppo.
Torino, 1889 (Nozze Murkel-Francia), in-8°, 15 p. — On savait que
F. del Tuppo, le traducteur napolitain d'Esope (xv c siècle), avait inséré
plusieurs contes au milieu des fables qu'il arrangeait. M. Rua, connu par
un très bon livre sur les nouvelles insérées dans le Mamhriano, les relève
tous et accompagne sa liste de rapprochements qui attestent son érudition.
Nous citerons, comme ayant un intérêt particulier, les variantes de quelques
contes connus : les Trois Conseils du Père, les Deux Frères (Rom., XIII, 591),
les Trois Anneaux, le Fils qui épargne son père, Fridolin, V Empereur
orgueilleux, le Convoiteux et VEnvieux, les Trois Frères qui doivent tirer une
flèche sur le corps de leur père. Quelques récits prétendus historiques méritent
aussi d'être signalés, comme celui qui concerne Mahomet et celui qui parle
de la générosité de Saladin envers l'empereur Frédéric.
Die Futurhildung im Altfran\ôsischen... von Johannes Brôhan. Greifswald,
1889, in-8°, 100 p. (diss. de docteur). — Bon travail, dont quelques
résultats ne sont pas sans importance. L'auteur ne parle pas des désinences
personnelles du futur, dont l'une au moins (la 2 e p. pl.) offre cependant un
réel intérêt ; il se borne à rechercher les diverses combinaisons que forment
les infinitifs avec le présent du verbe avoir.
Miracles de sainte Geneviève à Paris (xiic-xrve siècles). Rédaction française
attribuée à Thomas Benoit (p. p. J. Havet pour le mariage Omont-de
Fresquet). Paris, 1889, in-i2°, 30 p. — Neuf courts récits de miracles
rédigés à la fin du xiv c s., les quatre premiers traduits du latin, les cinq
autres déjà imprimés par Saintyves.
Le grand et vrai art de pleine rhétorique, de Pierre Fabri, publié avec introduc-
tion, notes et glossaire, par A. Héron. Premier livre. Rhétorique.
Rouen, Lestringant, 1889, in-8°, 309 p. — Nous reparlerons de cette
importante publication quand elle sera terminée.
Zamietki 0 prepodavanii romanskoï philologii i frantsouikoï literatury Parijie,
Th. Batiouchkova. S. Pétersbourg, 1889, in-8°, 19 p. Appréciation très
bienveillante de l'enseignement de la philologie française à Paris.
Le propriétaire-gérant, E. BOUILLON.
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TABLE DES MATIÈRES
Pâges*
P. Rajna. Contributi alla storia dell' epopea e del romanzo médiévale.
VIL L'onomastica italiana e l'epopea carolingia i
P. Meyer. Fragments du roman de Troie 70
L. Shaineanu. Les jours d'emprunt 107
M. Wilmotte. Études de dialectologie wallonne. II. La région du sud-
est de Liège 209
A. Pages. Recherches sur la chronique attribuée à Pierre IV d'Aragon. 233
S. Berger. Les Bibles provençales et vaudoises 353
P. Meyer. Recherches linguistiques sur l'origine des versions proven-
çales du Nouveau Testament 423
P. Meyer. Fragment d'une version provençale inconnue du Nouveau
Testament 430
A. Piaget. Pierre Michault et Michault Taillevent (cf. p. 644) 439
C. de Lollis. Ricerche intorno a canzonieri provenzali di eruditi ita-
liani del secolo xvi 453
A. Mussafia. Osservazioni sulla fonologia francese. La formola t j fra
vocali 529
G. Paris. Hugues de Berzé $53
P. Meyer et Ch. Joret. Recettes médicales en français, publiées d'après
le ms. 23 d'Evreux $71
MÉLANGES.
Une version anglaise du poème des Enfatices Jésus (P. M.) 178
Estaler, estai (A. Delboulle) ; cf. ci-dessous 131
Avoir son olivier courant (G. P.); cf. p. 630 132
Bouquetin (C. Nigra) 135
La table de l'origine troyenne des Bretons (A. Loth) 281
L'ultima poesia di Gualterio di Chastillon (Fr. Novati) 283
Par ci le me taille (G. P.) 288
Fragment de Blanchandin et V Orgueilleuse £ amour (P. M.) 289
Sur le sort de quelques mss. de la famille d'Esté (A. Thomas) 296
Dehé (G. P.) 469
Estaler 472
Parche 472
André de Paris et André de France (E. Trojel) 473
Imitations pieuses de chansons profanes (A. Jeanroy) 477
Chansons pieuses du ms. de l'Arsenal (P. M.) 486
Une version aragonaise d'Eutrope faite sous les auspices de Juan
Fernandez de Heredia (A. Morel-Fatio) 491
Notes sur le vocabulaire roumain. II. Les juifs ou Tartares ou géants
(L. Shaineanu) 494
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TABLE DES MATIÈRES
653
COMPTES-RENDUS.
Ancona (D*), Poemetti popolari italiani (G. P.) 508
Baïf, Psaultier, hgg. von Groth (P. M.) 514
Bartoli, Délie opère di Dante Alighieri (N. Zingarelli) 159
Bartsch et Horning, La langue et la litt. franc, au moyen âge (G. P.) 136
Bartsch et Horning, La langue et la litt, fr. au m. â. (A. Mussafia). 506
Bianco-Bi anchi , Il Dialetto di Città di Castelb, voy. DiaUtti toscani.
Blau, Zur AJexius-Legende (G. P.) 299
Bourciez, Précis de phonétique française (G. P.) 583
DiaUtti toscani (E.-G. Parodi) 590
Gaimar (G.), Uestorie des EngUis, ed. by H. Martin (P. M.) 314
Groth, voy. Baïf.
Hirsch, haut- und Formenlebre des Dialekts von Sicna, voy. DiaUtti toscani.
Horning, voy. Bartsch.
Martin, voy. Gaimar.
Nicolas de Vérone, PharsaU, hgg. von Wahle (A. Thomas) 164
Nutt, Studies on the legend of the holy Grail (G. P.) $86
Piaget, Martin Le Franc (G. P.) 319
Silvio-Pieri, Note suî dialetto aretino, voy. Dialetti toscani.
Sôderhjelm, Anteckningar om Martial d'Auvergne (G. P.) 512
Wahle, voy. Nicolas de Vérone.
Weigand, Die Snrache der Olympo-Walachen (É. Picot) 168
Wesselofsky, Matériaux et recherches pour servir à l'histoire de la nou-
velle et du roman (Th. B.) 302
PÉRIODIQUES.
Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux, 1889, 1 519
Archivio glottologico italiano, X, 1-2 327
Bulletin de la Société des anciens textes, 1888, 2 632
Franzôsische Studien, VI, 2-3 180
Giornale storico délia letteratura italiana, n<« 25-30 182
— — n°* 31-36 635
Gôttingische gelerhte Anzeigen, 1888, n°* 20-21 191
— — 1889, n° 1 334
— — — n° 4 640
iournal des Savants, 1887-88 190
-iterarisches Centralblatt. 1884-87 334
— 1888, janv.-juil 521
— — juil.-aéc 640
Literaturblatt fur germ. und rom. Philologie, juillet-déc. 1888 181
Mémoires de l'Académie royale de Belgique, XLI, 3 191
Modem Languaçe Notes, n<» 1-8 186
Moyen- Age, I, II, 1-6 638
Propugnatore, n. s., I, 1-6 652
Revista Catalana, I, 1 109
Revue des langues romanes, 1888, janvier-juin 172
— — juil.-sept 321
— — oct.-déc 516
— 1889, janv. -mars 517
Revue des patois, I, 4 ; II, 1-3 333
Revue des patois gallo-romans, 4-6 » 332
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654 TABLE DES MATIÈRES
Romanische Forschungen, III 630
Studj di filologia romanza, II, 5-6 1 74
Zeitschrift fûr das Realschulwesen, XI V, 2 521
— XIV, 4 659
Zeitschrift fur romanische Philologie, XII, 3-4 322
— XIII, 1-2 626
Zeitschrift fur vergleichende Sprachforschung , N. F., X 520
LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT.
Amiaud, La légende syriaque de saint Alexis 526
Ancona (D*), Tradizioni carolingie in Italia 3^0
Ancona (D% Béatrice 649
Ancona (EH, Il Tesoro di Brunetto Latini versificato 649
Arbellot, Etude sur Geoffroy de Vigeois 64$
Armbruster, Geschlechtswandel im Franzôsischen 64 s
Avolio, Di alcuni sostantivi localidel Siciliano $25
Bastin, Étude philologique des participes, 2« éd 345
Batiouchkof, Zamietki o prepodavanii rom. philologii v" Parijie. ... 651
Behrens, Ueber reciproke Metathese 198
Bertran y Bros, Rondallistica : 208
BibliotJjèquâ de V École des Omtes {Table delà) 346
Bondurand, Charte du xinc siècle en langue d'oc 526
Bonnardot, Rapport sur une mission à Luxembourg 345
Bossola, La Flessione verbale nella lingua italiana 343
Breul, Das Studium der neueren Sprachen in Cambridge 343
Brôhan, Die Futurbildung im Altfranzôsischen 651
Camus, Frammenti piccardi dell' Etica di Aristotele 525
Carducci, L'opéra ai Dante 201
Cassel, Der grûne Papagei 354
Castet et Pasquier, Proverbes de la vallée de Biros 646
Caxton, voy. Furnivall.
Chabaneau, Le Parnasse provençal du P. Bougerel 203
Chabaneau, Le Roman de saint Fanuel 207
Clédat, Nouvelle grammaire historique du français 206
Codici Ashburnhamiani délia Lauren^iana t II 524
Coelho, A lingua portugueza 349
Colvin, Lautliche Untersuchung der Werke Robert's von Blois 207
Crescini, La Pharsalia di Benvenuto da Imola 200
Darmesteter, La réforme orthographique 199
Déballe, Une page du roman de Tristan sur un vitrail . . 206
Defrécheux, Les Enfantines liégeoises 646
Delisle, voy. Histoire littéraire de la France.
Demarteau, Le wallon 549
Dittmer, Die Pronomina possessiva im Altfranzôsischen 203
Dreyling, Die ûbertriebene Verkleinerung im altfr. Karlsepos 525
Dunlop, History of prosa fiction; a new édition by H. Wilson 342
Ehrichs, Les Grandes Croniques de Gargantua et Rabelais 649
Englaender, Der Imperativ im Altfranzôsischen 647
Fabri, L'art de rhétorique, p. p. Héron, 1 6$i
Furnivall, The Curial translated by Caxton . . 348
Gabotto, Per le leggende maganzesi in Italia 648
Ganzlin, Die Pronomina demonstrativa im Altfranzôsischen. 346
Gaster, Jewish Sources of the romances of Arthur and Merlin 204
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TABLE DBS MATIÈRES 655
Giannini, Canti popolari délia montagna lucchese 207
Graf, Un monte di Pilato in Italia 341
Grave (De), Introduction à une édition d'Eneas 202
Guibert, Livres de raison limousins et marchois 201
Guigue, voy. Haye (de la).
Haase, Franzôsische Syntax des xvn. Jahrhunderts 344
i Ha vet), Miracles de sainte Geneviève à Paris au xiii c siècle 651
Iaye (O. de la), Poème sur la peste de 1 348 p. p. Guigue 200
Hippe, Untersuchungen zu Sir Amadas 197
Histoire littéraire de la France, t. XXX 196
Ive, Saggi di diaktto rovignese 198
Tarnik, Vollstàndiger Index zu Diez 349
JONCKBLOET, Geschiedenis der meddelnederlandsche Letterkunde 205
Kôrting, Encyclopédie der romanischen Philologie 340
Kornmesser, Die franzôsischen Ortsnamen germanischer Abkunft, I. . 345
Koschwitz, Neufranzôsische Formenlehre nach ihrem Lautstande. ... 205
Kressner, voy. Kreyssig.
Kreyssig, Geschichte der franz. Literatur umgearb. von Kressner ... 3 50
Lane, Dante Bibliography for 188$
Leite de Vasconcellos, A philologia portuguesa. 347
Levertin, Studier ofver fars och farsôrer 197
Lôseth, Tristranromanens prosahandskrifter 341
Loth, Les Mabinogion, 1 207
Lungo (Del), Dante ne* tempi di Dante 201
Lungo (Del), La cronica di Dino Compagni 349
Malmstedt, Ora bruket af finit modus nos Raoul de Houdenc 199
Marcou, Der historische Infinitiv im Franzôsischen 203
Martin, Das Patois in der Umgebung von Baume-les-Dames 343
Mély (De), La table d'or de Don Pèdre de Castille 526
Millet, La légende du saint graal 203
Monaci, Crestomazia italiana, 1 208
Monaci, Su la Gemma purpurea 342
Monaci, Sulla classifkazione dei mss. délia Divina Commedia 343
[Morpurgo], El costume délie donne 344
Munthe, Folkmalet i vestra Asturien 204
Nigra, Canti popolari del Piemonte . . 202
Novati, La giovinezza di Coluccio Salutati 206
Novati, Istoria di Patrocolo ed Insidoria 341
Novati, Studi critici e letterari 650
Ovidio (D'), Questioni di geografia petrarchesca 206
Paris, voy. Hist. littér. de h France.
Pasquier, voy. Castet, Ruffie.
Philippide, Introducere in istoria limbei si literaturei romîne 199
Pitré , Fiabe e leggende popolari Siciliane 200
Pitrè, Il Venerdi nelle tradizioni popolari Siciliane • . . . . 345
Pogatscher, Zur Lautlehre der Lehnwôrter im Altenglischen 344
Rabbinowicz, Grammaire de la langue française, 2 e éd 648
Rambaud, Die Phonetik im franzôsischen Klassenunterricht 345
Raynaud , Les Gestes des Chiprois 527
Renan , voy. Histoire littéraire de la France.
Renier, Novelle inédite di Sercambi 332
Renier, Sulla più antica versione francese di Dante 526
Ringenson, Studier ofver verbets syntax hos Biaise de Mordue 200
Roettgbn, Vokalismus des Altgenuesischen 34$
Rua, Le novelle inserite nelT Esopo di F. del Tuppo 651
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656 TABLE DES MATIÈRES
Ruffié et Pasojuier, Massât. Chansons, usages et charte communale. . 647
[Saint-Pierre], Le strenne délia corte di Savoja neUxv° secolo 208
Salvioni, Il Canto X dell* Inferno nella più ant. traduzione francese. . 527
Salvioni, La storia di Apollonio di Tiro 528
Santa- Anna Nery, Folk-lore brésilien 207
Scherillo, I primi studi di Dante 544
Schiavo, Fede e superstizione nelF antica poesia francese 646
Schirmer, Zur Brendanus-Legende 203
Schmitt, Die Chronik von Morea 351
Schneegans, Laute und Lautentwickelung des Sicilianischen Dialectes. 205
Schuchardt, Kreolische Studien, VII, VIII 200
Schulze, Der alttranzôsische directe Fragesatz 199
Sch w arzfeld , Poesiile populare, colec|ia Alecsandri 647
Schweingel , Ueber Esclarmonde, Clarisse und Yde 348
Seelmann, Bibliographie du Rolandsliedes (cf. p. 523) 347
Stoeriko, Durmart und Garin de Monglane 34$
Sundby, Letture italiane, II 650
Tobler, Prediçten des h. Bernard in altfr. Uebersetzung $26
Traube, Karoiinçische Dichtungen 343
Vandelli, Il Padiglione di Carlo Magno 340
Wehlitz, Die Congruenz des Partie, praeter. im Franzôsischen 206
Wilson, voy. DUNLOPw
Young, Sprâklig Undersôkninç af La vie saint Gregore 201
Zenatti (O.), II dialetto di Tneste (cf. p. 332)
CHRONIQUE.
Nécrologie : A. Darmesteter, 193; P. Riant, 194; Hueffer, 194; H.
Rônsch, 337; Delius, 337; Herrig, 337 ; Hucher, 337 ; Feist, 338; Ch. Nisard,
641; H. Knust, 642; — Cinquantaine de M. G. Paris, 641. — Thèses de
M. Jeanroy, $24. — Nominations comme professeurs ou chargés de cours de
MM. Novati, à Gênes, 19$; Petit de Julleville, à Paris, 338; A. Thomas, à
Paris, 338; Jeanroy, à Toulouse, 338 ; Morf, à Zurich, 642; Bédier et
Rabiet à Fribourg, 642 ; cours complémentaires faits à Aix et Marseille par
M. Constans, 195. — Publications nouvelles : Le Morte Arthur, 644; G. Paris,
Extraits de Roland et Joinville, 2 e éd., 643. — Nouveaux priodiques :
Annales du Midi, 19$ ; Variétés bibliograplnques, p. o. E. Rolland, 338; UAli-
ghieri, 339; Revue bibliographique des langues et litt. romanes, 643; Circulo
Camoniano, 643 ; Folk-Lore, 043 ; Jourtuil of American Folk-Lore, 64$. — Publi-
cations de la Soc. des anc. textes, 192, 349. — Livres annoncés : J. Ulrich,
Éléments d'ètymologie italienne, 195 ; W. Meyer, Grammaire des langues romanes,
195, 643; Schwan, Altfr. Grammatik 2 e éd., 339; Constans, Troilus et
Brisexda, 340; Romanisclje Bibliothek, 340; Morel-Fatio, Libro de Alexandre,
523; Lôseth, Tristan, Eracle, Perceval, Robert le Diable, 643. — Fondation
de la Société des parler s de France, 196, 522; de la Società dantesca, 338. —
Manuscrits acquis par la Bibl. nat. : Mystères en langue d'oc, 105, 643;
Beuve de Hampton, Comtesse d'Anjou, Clef d'amours, $24. — Manuscrits
découverts en Angleterre : Saint Laurent, Catholicon, Pèlerinage d'humaine
lignée, Image du Monde, Livre du riche et du povre, 642. — Miniatures inté-
ressantes pour l'histoire des contes, 339. — Notices sur Lambert de Liège,
643 ; sur Pierre Michault et Michault Taillevent, 644; sur Ode de Granson,
643 ; sur la version des Juges, 523. — Communications de M. Bréal sur ~ons
et rêver, 643. — La Romania et le folk-lore, 194. — Rectification, $23.
Mâcon, imprimerie Prout frères.
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3 bl05 012 5t2 ttl
1 —
W-CffiCDLflïïlifG
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